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19 décembre 2006 2 19 /12 /décembre /2006 20:22

MONSIEUR PROPRE            Je n’ai pas grand-chose d’autre à dire là-dessus, mais cela me plaisait bien de débuter ce texte de cette manière. Il est vrai que l’on ne pense jamais assez à ce que doit être la vie de couple de cet homme super brillant qui passe sa vie à rendre tout si propre que l’on peut se voir dedans. Sans compter Monsieur Meuble et autre Monsieur Bricolage, tous plus assujettis les uns que les autres aux velléités ménagères de leur chère moitié. En attendant, il y a La Pie Qui Chante et La Vache Qui Rit…

Et là, il va falloir trouver une transition habile avec un quelconque sujet culturel de préférence peu intéressant, comme ça je pourrai en faire 3 ou 4 pages virgule 5. Alors, bien sûr, cela aurait été plus facile si j’avais fait une petite introduction démago en vous apprenant que le dauphin dort avec un œil ouvert. Sujet véridique qui paraît aisément vérifiable mais qui appelle inévitablement un autre raisonnement : comment peut-on être sûr que le dauphin est bien endormi et qu’il n’est pas plutôt en train de vivre avec un œil fermé ? Ce qui ne serait pas très surprenant vu que le dauphin est l’animal le plus intelligent, paraît-il, après l’homme. Et là je m’interroge sur la personne qui a réalisé cette mesure d’intelligence, car il (ou elle) a forcément dû établir une comparaison en fonction d’une moyenne humaine. Cela peut faire peur si l’on songe que la moyenne d’intelligence pourrait être calculée auprès d’un échantillon représentatif d’habitants de la Creuse à pilosité drue, ou pire, par les inventeurs du jersey. De toute façon, le dauphin n’est qu’un con. Et puis d’abord quel dauphin ?

Oui, si j’avais commencé cet article de cette façon, vous comprenez bien qu’il m’aurait été bien plus facile d’enchaîner sur DIKKENEK, LE CAIMAN ou RED DOAD, dont je compte absolument vous parler. Mais là, force est de constater que je suis bien emmerdé avec ce Monsieur Propre qui doit me permettre d’enchaîner d’illustre manière.

Je cherche alors dans les expériences de même sorte menées par le même agité du chaudron.

Je m’aperçois qu’il affirme aussi qu’un crocodile ne peut pas sortir sa langue. Ineptie invérifiable. Qu’est-ce qui nous prouve que le crocodile ne sortirai pas sa langue qu’à des moments très précis de sa vie ? Cela signifierait que cet homme a passé toute sa vie à surveiller un crocodile. Impossible. Quand aurait-il dormi ? Et l’évier bouché qui s’en est occupé ? De toute façon il a bien fallu qu’il s’occupe du dauphin ! En plus, le crocodile aurait très bien pu sortir sa langue juste au moment où il ne regardait pas, ce qui infirmerait, par la même occasion, la théorie sur l’intelligence du dauphin puisqu’il serait détrôné par le crocodile. D’autre part, et je sens que vous vous posez la question depuis que je vous ai révélé ce fait, comment le crocodile se débrouillerait-il donc pour faire un cunnilingus à dame Crocodile ? Non, tout cela est vraiment trop tiré par les cheveux. Position que la jeune mariée aime particulièrement, et figure de style que l’on retrouve tout au long de DIKKENEK (la voilà ma transition !). Film réalisé par Olivier Van Hoofstadt qui sent le compromis à plein nez. Il suffit déjà de jeter un coup d’œil rapide au générique pour s’apercevoir que ce film aurait dû être intégralement français, mais il a préféré combiner quelques acteurs (et non pas quelques tracteurs, ce qui ne voudrait rien dire) et techniciens d’origine belge afin de pouvoir bénéficier de certaines aides financières permettant de faciliter sa production. Sachant que Luc Besson en est le producteur exécutif, la combineDIKKENEKnous enlève déjà les quelques illusions que nous avons pu avoir à son abord. Et c’est à peu près la chose calibrée à laquelle nous nous attendions. Humour pas vraiment fin, mais chichement assumé. C’est déjà ça. Par contre, niveau direction d’acteurs c’est mon cul et tarte aux fraises pendant presque une heure et demie. C’est l’occasion de vérifier les vrais bons comédiens, ceux qui savent travailler sans metteur en scène (ou qui ont un bon coach, si Laetitia Casta nous lit, ou plutôt si elle arrive à nous lire). Contre toute attente, Jérémie Rénier est un bon comédien. Disons que nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit aussi bien. Il faut dire qu’il a un rôle en or, une sorte de blaireau, grande gueule, vraie victime, et il joue cela avec une immense aptitude à composer les Jacky qui veulent péter plus haut que leur cul et qui n’ont pas les neurones en face des trous. C’est comme s'il se plaisait à enfoncer son personnage, avec une belle dimension humaine (malgré tous ses défauts) plus il s’engonce dans sa petitesse.

Par contre, Florence Foresti représente tout ce que j’abhorre chez les comiques actuels. Son truc à elle c’est d’être dans la caricature. Soit. Il y a un public, quota Coterep oblige. Mais pour son premier grand rôle au cinéma, elle apprend douloureusement que la technique aide moins que sur scène (et non pas dans la Seine, ce qui ne voudrait pas forcément rien dire, mais qui ne serait absolument pas ce que je voulais dire). Car il est vrai que, techniquement, cette femme est irréprochable. Le problème est qu’elle a uniquement bâti sa carrière sur ce procédé. Comme il y a deux sortes de mélos : ceux qui font pleurer et ceux qui cherchent à faire pleurer (Lars Von Trier se reconnaîtra), il y a deux sortes de comiques : ceux qui font rire et ceux qui cherchent le rire. Evidemment, cela n’est pas bien joli-joli. Florence Foresti ne déroge pas à la règle avec son registre « attention, c’est là qu’il faut rire » et son manque flagrant de sincérité. Elle est constamment dans un second degré qui dessert son personnage, pour que nous n’y voyions finalement qu’une personne qui fait son show. Elle s’est crûe dans une vitrine. - Pour 1500 euros je vais prendre la comique qu’à l’air drôle. - Attention, monsieur. Il s’agit de Florence Foresti. - Oh, pardon ! Dans ce cas, je vais plutôt prendre le flûtiau dont je ne me servirai pas mais qui me sera tout de même plus utile. Qui veut bien dire à Florence Foresti que le cinéma d’Olivier Van Hoofstadt n’est pas une agence de petites annonces ?

Nous sommes juste un peu déçus pour Dominique Pinon qui peut être formidable, et Marion Cotillard qui peut être radieuse, mais ils ne sont pas dirigés.

En lui-même, le film est un gros délire de potaches avec quelques ressorts très comiques, mais qui a oublié d’engager un monteur pour assembler tous ces plans mal cadrés. Tout cela ressemble à une blague, mais en pas drôle.

« Faudrait pas que j’me laisse aller », comme disait l’autre.

            Parlons un peu de ce film de Nanni Moretti : IL CAIMANO. Super Nanni, comme le surnomment ces critiques qui ne comprennent rien à son cinéma. S’ils se rendaient compte que la notoriété n’est pas un critère de qualité artistique, ils comprendraient que Nanni Moretti n’a jamais fait de cinéma. Nanni Moretti est un coursier. C’est quelqu’un qui délivre des messages (il nous l’a ouvertement dit dans CARO DIARIO lorsqu’il se représentait sur son scooter). Exemples : dans LA STANZA DEL FIGLIO la mort c’est triste, dans CARO DIARIO je vais vous parler de ma vie parce que je connais plein de trucs intéressants que vous mourrez d’envie de connaître, dans IL CAIMANO le Berlusconisme c’est pas bien etc. L’injustice, c’est vraiment trop injuste !

NANNI MORETTIDonc, le Berlusconisme c’est pas bien. Heureusement que Super Nanni est arrivé à temps, ce n'est pas comme si nous avions subi 30 années de Berlusconisme. Le Morettisme non plus, c’est pas bien. D’abord parce que ça filme son petit nombril. La portée des idées semble plus importante que tout le processus de création filmique. Dans ces cas-là, moi, je recommande surtout d’écrire de petits livres rouges plutôt que de venir encombrer les salles où de vrais artistes n’arrivent pas à montrer leurs projets. Ca filme un vague synopsis sans sortir de ce qui est dit dans le script, ça cadre au petit bonheur la chance, ça considère la lumière comme un animal préhistorique, ça monte sans envergure et toute la suite est dans le même ordre d’idée. Parlons maintenant un peu de mise en scène. Que veux montrer Super Nanni ? Il convient très précisément de dire qu’il ne veut rien montrer mais qu’il veut faire croire. Il veut nous faire croire qu’il a quelque chose à dire, une idée très précise pour en finir du Berlusconisme, alors il essaie de faire du Rossellini. Et tout à coup, c’est le drame. Parce qu’il n’a rien à dire. Le film ne raconte rien. Il ne nous apprend rien sur Berlusconi. Ce n’est qu’un immonde tract de propagande qui présente Silvio Berlusconi comme un être abominable. Là où Super Nanni s’avère un abject manipulateur, c’est lorsqu’il décide d’utiliser la démagogie pour rallier un public à sa cause. Tiens, il fait du montage, ici ! Succinct, mais il s’agit tout de même de montage. Il extrait de courts passages filmés de Silvio Berlusconi pour laisser entendre que cet homme dit horreur sur horreur. Il commente alors librement ces paroles par des dialogues propres à inspirer légitimement ce que chacun est capable de comprendre par ces images. Que Berlusconi soit une ordure, ce n’est pas Super Nanni qui va nous l’apprendre et nous sommes lucides sur les dégâts qu’il a infligés à son pays. Mais que Super Nanni se serve de techniques de propagande pour ratisser large, qu’il choisisse de ne conserver qu’une part de vérité (celle qui l’arrange) pour faire dire aux images ce qu’il a envie qu’elles disent, cela équivaut à corroborer la théorie des extrêmes qui se rejoignent car cela s’assimile purement et simplement à du mensonge caractérisé. Rappelons que par la même technique Super Nanni a obtenu une Palme d’or à Cannes en 2001. Il a décidément bien mérité son superlatif !

            La difficulté des films qui ne restent que quelques semaines à l’affiche. Il faudrait, un jour, plancher sur l’idée de garder plus longtemps certains films dans de grands circuits pour leur permettre, non pas de trouver leur public, mais tout simplement d’être vus.

Sorti le 6 décembre 2006, RED ROAD n’est déjà quasiment plus visible sur Paris (3 copies).

Je suis à l’U.G.C. Ciné Cité Les Halles, sûrement le complexe le moins attractif de tout Paris (pour une fois que je ne crache pas sur le Pathé Wépler !). Ca sent le pop-corn, ça pue la machine à fric et l’ouvreuse au sourire décongelé, et ça renarde sec dans la salle. C’est vraiment à se demander ce qu’il s’est passé avant la séance. Qu’a foutu Monsieur Propre ? Cela me ramène brutalement aux questions existentielles que je me posais précédemment. Malgré tout cela, la salle se remplit correctement.

Le film d’Andrea Arnold nous fait penser à HARD CANDY et à THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL. La photographie évoque la même grisaille que ces deux films. Pour le film de Thomas Clay cela fait directement référence au temps saumâtre, alors que dans HARD CANDY, il y avait plus de filtres pour diriger les impressions dominantes. Il n’empêche que les trois films véhiculent cette atmosphère dépressive, ce malaise caché qui révèlera que la Bête se terre toujours là où personne n'aurait eu l’idée de la chercher.

ANDREA ARNOLDLa volonté d’Andrea Arnold est donc tout avouée : nous déstabiliser par les véritables enjeux qui nous sont inconnus et qui doivent nous pousser dans une direction pour mieux nous surprendre par ce qui surgira tôt ou tard. La réalisatrice cherche donc tout d’abord à nous rallier à la cause de Kate Dickie. Nous comprenons très vite qu’elle a vécu un drame au cours de sa vie et que Tony Curran est impliqué voire responsable. Andrea Arnold ne nous apprend quasiment rien, ce qui a pour effet de diaboliser le personnage masculin, puisqu’elle n’épouse qu’un seul point de vue. Il n’est d’ailleurs pas utile d’en savoir davantage. Les personnages ont une démarche on ne peut plus logique face à leur vécu, les zones d’ombre n’entravant en rien la facilité d’accompagnement du spectateur au sein du film. Le plus intéressant arrive au moment où le flou que constitue ce qui n’a pas été dévoilé, nous amène vers une ambivalence entre les deux personnages principaux. S’agit-il d’une de ces magnifiques histoires de vengeance qui s’achèvent dans l’ultra-violence sophistiquée et les bains de sang (nouvelle référence à THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL), ou d’une relation amoureuse irraisonnée, immorale et qui va s’épancher dans un climat malsain et dérangeant (un peu comme IL PORTIERE DI NOTTE) ? Je ne suis pas sûr que la réalisatrice ait choisi la bonne solution. Parce qu’à moment donné il faut bien lâcher les éléments qui vont venir éclaircir le pourquoi du parce que. Tout devient plus précis. Et trop explicatif ; voilà bien le problème. Après qu’elle nous ait affranchi sur les véritables motivations de Kate Dickie, Andrea Arnold s’embarque dans un épanchement psychanalytique censé résoudre les nœuds de l’histoire. Le film se veut salvateur et donc moral, là où jusqu’ici il préférait mettre en valeur des pulsions primaires (vengeance, voyeurisme, peur et sommes des peurs…). C’est dommage car Andrea Arnold avait réussi à ourdir une sorte de mécanique dérangeante car presque désenchantée. La fin est complètement ratée (en plein dans HARD CANDY !) à partir du moment où nous sentons le revirement comme une retraite non assumée (par la réalisatrice) de la part nébuleuse de Kate Dickie. Pas que le baroque ne puisse toucher que la mise en scène, je pense que c’est autant possible pour le scénario, et je pense par là même que chaque être humain est capable de se comporter compulsivement de manière complètement déraisonnée voire suicidaire, plus que d’une manière logique, ce qui implique que rien n’est gratuit (à contrario de ce que certains peuvent dire de la violence au cinéma). Cependant, cet épisode raisonne comme si l’actrice principale changeait d’identité, de façon à être active dans le contact avec Tony Curran, tiraillée qu’elle est entre ses désirs premiers et la triste réalité qui la rappelle à une vision plus raisonnée des choses. Comme ces mauvais films absolument fabuleux pendant une heure et demie, et qui se terminent par le héros qui se réveille : tout ceci n’était qu’un rêve !

Le malhonnête THE DEVIL’S ADVOCATE et bien d’autres.

Ca, c’est une manière de voir les choses. Si l’on s’en tient au décalage qui s’opère entre le ressenti et l’intellect, Andrea Arnold nous convie bien plus à une refonte des procédés émotionnels, puis intellectuels. Kate Dickie a besoin de se réaliser par l’accomplissement de ce qu’elle croît être vrai. Cela crée un choc chez elle. Exorcisme. Elle rentre en lien avec sa manière d’analyser objectivement une situation. Elle pointe sa caméra sur elle-même. Introspection. Elle prend du recul. Elle redevient la personne raisonnée et raisonnable qu’elle a appris à être. Une nouvelle façon de voir les choses, de les appréhender et, au prochain stade, de les gérer. Car le but final du film deviendra l’apaisement (et non pas l’appartement, mais je n’ai pas besoin de vous expliquer pourquoi).

Il n’en reste pas moins que RED ROAD nous offre de belles variations visuelles sur le thème de ce qui est vu et de ce qui est, ou comment chaque interprétation naît de réflexes collectifs, de fantasmes ou de règles de conduite forcément subjectives. En témoignent ces nombreuses images vidéo qui mélangent tous ces aspects jusqu’à ce que l’image ne représente plus l’image mais l’idée que l’on veut y voir. C’est la scène où Kate Dickie reconnaît Tony Curran. Extrême gros plan sur les pixels de l’écran. L’image ne représente plus rien pour le spectateur. Elle représente tout pour l’héroïne.

Là résidait la clé d’un film aux faux-semblants de mise en scène très astucieux.

Je sors de la salle qui renarde toujours autant. Pas de quoi s’exciter, pourtant, dans ce film. La scène de relation sexuelle du film est loin d’entrer au top ten des baises du siècle. Cela me fait penser à l’extrême pauvreté des scénaristes en matière de pénétration. SHORTBUS a un peu changé tout cela dernièrement. En vain ? L’avenir nous le dira.

Cette odeur est troublante. Pesante.

A vrai dire, ce qui m’embarrasse le plus dans tout cela c’est que je viens subitement de comprendre pourquoi Monsieur Propre et non pas Madame Propre. Parce que chauve et avec une grosse boucle d’oreille, cela aurait dû m’y mettre la puce. Ca sent bien plus le fennec que le détergent. Cet homme ne peut manifestement pas être marié !

11 décembre 2006 1 11 /12 /décembre /2006 01:35

THE SADDEST MUSIC IN THE WORLD            Quelqu’un a dit (comme je ne sais plus qui c’est, je vais dire que c’est moi) : « Il faut transformer ses besoins en plaisirs, sinon ce sont les deux tiers de la vie qui se passent en nécessité. » Je déteste toutes ces personnes qui commencent leurs phrases par : « Il faut… » Je n’y peux rien, j’ai toujours eu une certaine aversion envers ces taxinomistes qui croient détenir des vérités universelles en s’abritant derrière des formules de démiurge. Je n’écoute jamais ceux qui prétendent que tout système s’axe autour de composantes majeures. Différents points développés qui ne servent qu’à justifier leur propre ligne de conduite. Aucune méthode n’est infaillible. Il n’est objectivement pas possible de prétendre arriver du point A au point B si l’on respecte certaines règles (en plus, il est scientifiquement démontré que la ligne droite n’est pas forcément le chemin le plus court pour aller du point A au point B. Et nous ne pouvons pas ignorer le point G !). Ce n’est qu’un seul dispositif qui se borne à ignorer ceux concomitants. « Un film se fait de cette façon. » « Une critique s’écrit de telle manière. » « Voici une recette pour draguer les femmes. » « Une autre pour paraître intelligent en toute circonstance. » « Apprendre à mettre un pied devant l’autre en 10 leçons. » Point de vérité universelle. Juste personnelle. C’est pour cela qu’elle peut se propager comme un virus, comme le disait Happy Harry La Trique dans PUMP UP THE VOLUME.

Il n’empêche qu’il est certaines phrases qui résonnent dans votre tête comme des fouets qui claquent et marquent vos corps de lourdes cicatrices.

Et puis il est beaucoup plus excitant de faire les choses sans permission !

Cette semaine quelqu’un m’a dit de belles choses. Des mots susurrés à l’oreille. Une beauté qui peut aussi se comprendre sans les mots. Des mains qui s’engagent. Et toujours la nouveauté même si nous ne faisons que vivre inlassablement les mêmes histoires. Le sentiment que tout cela ne ressemble à rien de connu. Du cinéma, quoi !

            De vrais morceaux de cinéma nous en trouvons dans THE SADDEST MUSIC IN THE WORLD du talentueux et trop mésestimé Guy Maddin. Ce film date de 2003 mais n’est sorti en France que le 22 février 2006 ! Qui plus est dans des conditions désastreuses puisque le peu de salles qui lui ont été attribuées l’a empêché de trouver son public. Heureusement, l’Espace Saint-Michel continue à le programmer. Précipitez-vous y voir l’un des films les plus audacieux de cette année. Loin d’être exempt de gros défauts (flagrantes baisses de rythme), c’est avant tout un plaisir d’excitation visuelle, d’humour décalé et absurde, et de délire scénaristique particulièrement revigorant. Régalicieux ! Nous sortons de là en ne pouvant nous empêcher d’être en colère contre ce système français qui octroie plus de 1000 copies pour de grosses productions alors que d’autres, plus modestes, ne peuvent rivaliser en aucune façon (si ce n’est par le bouche-à-bouche. Celle-là je vais la laisser, le lapsus est tellement révélateur). Il faudrait juste une petite volontéGUY MADDINpolitique derrière tout cela, car il est encore temps d’y apporter concrètement des solutions. Mais tant qu’ils continueront à s’en tartiner l’œil avec du beurre demi-sel… « The poor stay poor, the rich get rich, that’s how it goes » comme le chantait Herbert Leonard Cohen.

            Magnifique moment aussi passé en compagnie du trop rare film de Michel Boisrond : LA LECON PARTICULIERE. Boisrond n’a pourtant jamais rien fait de bien carré mais nous découvrons avec une délectation non feinte ce film qui date de 1968. Il doit beaucoup au charme de Nathalie Delon, actrice à côté de laquelle je suis constamment passé. Il faut dire qu’ici il est impossible de ne pas être sensible à sa pudeur diffuse, sa délicate présence et son regard enjôleur. Elle envahit d’autant plus nos âmes qu’elle incarne l’un des plus beaux fantasmes que certains d’entre nous ont concrétisé : la femme mariée encore brute de passion. Hmmm… Je n’arrive pas à trouver où, mais je sens la publicité clandestine quelque part. Identification facilitée, forcément.

Et puis un autre grand charme du film est aussi cette époque où personne n’attachait sa motobylette en plein Paris, où le Louvre était filmé sans sa pyramide, où Robert Hossein portait une barbe qui le faisait étrangement ressembler à Patrick Fiori, où l’on buvait du Coca-Cola à table dans une grande bouteille en verre, où l’on roulait en voiture sans ceinture, où l’on rentrait dans les immeubles sans avoir à se souvenir du digicode et où les films se faisaient encore avec ces poils que l’on ne vérifiait pas et qui se baladaient d’un coin à l’autre de l’écran. Nostalgie, fantasme et vivre un grand amour. Des thèmes assez palpitants pour être sources d’extases. La mise en scène est sans fioritures, et sans Patrick Fiori puisqu’il n’était pas encore né. Quelques scènes ressortent étonnamment du lot comme celle où Renaud Verley sur sa motobylette défie à un feu rouge Robert Hossein dans sa Lamborghini. Néanmoins, le film véhicule un potentiel émotionnel énorme avec force idéalisation de la relation amoureuse. Un grand film romantique avec une fin complètement ratée parce que trop convenue. Nous sentons bien ici où s’arrête la capacité de Michel Boisrond à raconter une histoire. Comme il a beaucoup de mal à rentrer dans chaque profondeur de scène, LA LECON PARTICULIERE se clôt comme s’il n’avait plus trop d’autre solution. Ce qui est faux. Le film aurait d’ailleurs pu continuer une heure de plus sur le postulat qui le conclut. C’est un peu l’éternel problème de tous les films de Boisrond. Tout est parfaitement exposé mais surnagé. Pourquoi ne pas pousser plus loin les retrouvailles entre Robert Hossein et Nathalie Delon ? Pourquoi ne pas exposer avec plus de relief les tiraillements intérieurs de Renaud Verley ? Pourquoi ne pas exprimer les difficultés d’un amour qui fait du bien là où il fait du mal ? Vivre des relations destructives mais qui nous font du bien par toutes les émotions qu’elles font surgir. (Ca me rappelle des trucs, ça. Un jour il faudra que je vous raconte certaines de mes aventures. Finalement, quand j’y repense, j’en ai eu de l’intensité ! Et tout ce qu’il reste à vivre !!!) Nous sentons bien que Michel Boisrond touche là des sujets qu’il aime mais qui le dépassent, soit parce qu’il n’a pas le bagage émotionnel soit parce qu’il n’a pas le talent cinématographique qui donnerait une toute autre dimension à ses films.

            Dans les films récents, GWOEMUL de Bong Joon-Ho est satisfaisant sur de nombreux points.

GWOEMULEn premier lieu parce qu’il nous réconcilie un peu avec les images de synthèse. A l’heure actuelle, il est tout à fait déplorable de constater que leur utilisation est toujours sujette au ridicule et à une glorification de la médiocrité. Peu de films peuvent s’enorgueillir d’avoir des rendus de qualité qui ne font pas effet de superposition. Nous sommes encore trop dans les prémices de ce que pourront nous apporter ces effets spéciaux une fois qu’ils seront maîtrisés. Images trop lisses, objets sans poids, inadéquation du geste et de la parole pour tout organisme vivant, réactions trop prévisibles, manque de défauts etc. Si nous regardons les premiers films qui les ont intégrées, nous sentons bien que les concepteurs surfent sur la vague du concept et qu’ils n’ont aucun rendu optimum. Ca fera la rue Michel ! Non, ça ne fera pas la rue Michel ! Comment peut-on manquer à ce point de rigueur ? Dans quelques années tous ces procédés paraîtront bien naïfs et désuets !

GWOEMUL est une exception car le monstre est formidable de conception graphique. Outre son apparence faciale qui cherche trop le complexe et l’effrayant, sa plastique est quasiment irréprochable (à part les mandibules, irréalistes lorsqu’elles sont sujettes au souffle). La grande nouveauté c’est que la bête a un poids (très bien rendu lorsqu’elle court ou qu’elle se déplace avec sa queue). Et une des plus belles réussites, mais qui tient cette fois aux scénaristes, est d’avoir réussi à la rendre animale. Dans tout ce que cela comporte d’impulsif. D’habitude, on écrit une histoire avec un gros monstre bien flippant, qui surgit d’on ne sait où et qui commence à bouffer tous les humains. Le message derrière tout cela est invariablement d’insulter hommes et femmes en leur faisant croire qu’ils ont un Q.I. de salade, puisque chaque alien se veut plus finement réfléchi. Dans GWOEMUL, l’originalité provient de cette immense bestiole qui ressemble plus à un énorme animal de compagnie qu’à un monstre assoiffé de sang. D’ailleurs, elle ne cherche absolument pas à s’en prendre aux personnes pour les dévorer. Très bonne idée d’avoir joué avec la jeunesse de l’animal, qui se comporte dès lors comme une bête pataude et qui cherche beaucoup à jouer avec ces êtres humains qui courent autour d’elle et qui semblent très amusants. C’est très net lorsque nous la voyons les pousser comme un chien pousserait son maître afin de lui faire savoir qu’il veut jouer. Elle ne tue qu’accidentellement, pourrions-nous dire. C’est là que le scénario devient intéressant puisqu’il cherche vraiment à montrer comment les Hommes réagissent face à une agression inconnue. Ils considèrent uniformément (sauf le personnage principal, d’où le cliché dont nous allons parler) l’agresseur comme un prédateur. Ambiguïté d’autant plus renforcée que les mâchoires de la bête rappellent volontairement celles du « crustacé » de PREDATOR.

Le film reste néanmoins une déception car la mise en scène n’est fulgurante qu’à de rares moments. Toujours lorsque le monstre est en action, et prioritairement sur ses premières scènes (qui mêlent une belle volonté poétique). Les personnages sont un peu trop clichés avec le businessman sans cœur, la fille qui n’arrive pas à viser assez vite avec son arc mais qui y arrivera finalement pour toucher la bête (parce qu’il faut bien que tout soit résolu à la fin d’un film), le père qui est la voix de la raison et l’attardé qui symbolise la bonne conscience du film. Que cela est sans idée ! Rien à sauver non plus du côté des dialogues trop explicatifs, ou du montage qui se contente du minimum syndical.

De très belles choses mais un peu vaines.

MICHAEL WINTERBOTTOM            Semaine touchante. Film touchant. DOWN IN THE VALLEY de David Jacobson manque de souffle épique. Peu de mise en scène. Juste ce qu’il faut pour faire passer une histoire émouvante par ses personnages paumés et ses enjeux. Romantique et très beau par moments (notamment la première rencontre et la première fois qu’Edward Norton et Evan Rachel Wood font l’amour), DOWN IN THE VALLEY ne parvient jamais à se transcender sur la base des atouts énormes qu’il possède. Début de relation avortée.

            Nous aurions aimé lui préférer LA VIDA SECRETA DE LAS PALABRAS d’Isabel Coixet, parce que nous avions été envahis par l’intense séduction du legs que présentait MY LIFE WITHOUT ME. Le film est émouvant le temps d’une scène et aussi par le personnage de Sarah Polley, qui interprète sa souffrance interne avec une belle maestria de l’épure. A part ça, la fin est bâclée et le film s’y traîne avec une redondance quasi stakhanoviste. C’est dommage car l’histoire est sublime de pudeur, mais jamais exploitée dans son vrai propos. Je veux parler de la difficile reconnexion à soi-même. L’identité par rapport à l’autre est si peu intéressante, et tellement abordée cinématographiquement ! Il y a des films que certains cinéastes devraient voir avant de tourner. Certains font la démarche (comme Spielberg qui regarde les films d’Hitchcock), manifestement Isabel Coixet n’a pas vu SUE d’Amos Kollek ou BUTTERFLY KISS de Michael Winterbottom.

Au baccalauréat, je comprends que l’on échoue, mais quand on a la solution à portée de main !!!

            Film de l’isolement. QING HONG de Xiaoshuai Wang. Mise en scène stricte qui ramène le plus souvent à la sensation d’exil. Nous pouvons y dénoter une belle utilisation de la nostalgie à travers ces corps qui sont tournés (volontairement ou non) vers Shanghai, mais qui ne cessent de dériver de leur cible. Xiaoshuai Wang compose des plans où il cloisonne ses acteurs dans des embrasures de portes où de fenêtres, emprisonne ses sujets lorsqu’il choisit des axes derrière une vitre ou une grille, et obstrue tout point de mire, symbolisant le paradis perdu. C’est très subtil et parfois un peu trop raisonné pour être émouvant. La photo est un peu trop grise et le film un peu trop monotone. Rajoutons-y une belle délicatesse quant à la découverte de ses propres désirs et le film devient cet objet un peu vieilli, brutalement nostalgique mais suavement mélancolique.

ALEKSANDR SOKUROV            Me voilà maintenant divisé comme la Côte d’Ivoire. Car Aleksandr Sokurov est un cinéaste déconcertant. Avec SOLNTSE il signe un film riche et iconoclaste, mais qui ne se donne bêtement pas les moyens de vivre sa grande vie. D’abord, parlons de l’excellent montage de Sergei Ivanov, inattendu, rajoutant au scénario ce qui ne s’écrit pas, et méchamment rythmé. Ce qui n’est pas incompatible avec l’ennui. On peut très bien s’ennuyer devant un film sans rythme, cela se comprend aisément, mais cela peut aussi être le cas devant un film magnifiquement rythmé. C’est ici le cas. Sokurov décide une nouvelle fois de filmer son film en vidéo. Mais pas la vidéo chiadée, refondue comme de la pellicule. Non. C’est la caméra plutôt « image classieuse », mais dont l’aspect visuel fait penser au film de vacances de l’oncle Miroslav. Aucune puissance ne se dégage de l’aspect plastique. De plus, la fluidité empêche de donner du corps aux mouvements (ce qui est implacable si l’on remarque les traînées que chaque déplacement imprime derrière lui). Phénomène comparable aux images de synthèse dont nous avons parlé plus haut. D’ailleurs, le rêve d’Issei Ogata en est truffé. Et là, c’est outrageusement laid. Paradoxalement, Sokurov opte pour une lumière de grande tenue. C’est formellement très aguicheur. Nous ne pouvons nous empêcher de trouver cela encore plus dommage.

Quand on pense qu’il suffirait que Sokurov sache ce qu’il loupe pour qu’il ne le loupe pas !

            Rappelons que Jamel Debbouze n’est au générique d’INDIGENES que grâce à sa notoriété et non au talent qui lui fait justement défaut dans ce film. Mais cela devient malheureusement la norme au cinéma comme au théâtre.

Rappelons aussi qu’à l’intérieur de THE DEPARTED se terre une chanson du groupe Dropkick Murphys, intitulée « Shipping up to Boston » et dont l’utilisation rappelle directement le début du FUNNY GAMES de Michael Haneke. C’est évidemment hilarant.

Rappelons encore que Pascal Sevran, cet esthète du bon goût made in service public, ressemble à s’y méprendre à une pop-up : il est chiant et il apparaît tout le temps sans qu’on s’y attende. Son nouveau branlage de mammouth s’intitule « Le privilège des jonquilles ». Ce qui s’est passé ces derniers jours est proprement scandaleux. Suite à ces propos, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national chargé de l’égalité des chances au Parti Socialiste, a perdu une belle occasion de se taire en demandant « l’exclusion pure et simple du service public de l’audiovisuel » de Pascal Sevran. Michel Audiard avait écrit : « Mieux vaut fermer sa gueule et passer pour un con que l’ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet. » A proportion, personne n'a montré autant de zèle à s'élever contre les propos racistes que l'on entend dans BLOCK PARTY de Michel Gondry. Pascal Sevran n’a effectivement pas sa place à la télévision mais ce n’est certainement pas à cause de ce qu’il pense. Dégueulasse et tellement facile en période de campagne présidentielle qu’un membre du P.S. s’amuse à terroriser son camp rival de la sorte. Comment, en 2006, des personnes peuvent encore condamner un homme pour ses idées ? Bien triste régression (régression, vraiment ?) à laquelle nous assistons. Quand on décide de juger une personne par rapport à ses convictions, cela porte un nom. Quand une personne doit rendre compte de ses idées, cela porte un nom. Quand une personne est victime d’ostracisme quant à ses croyances, cela porte un nom. Une société se définit aussi par rapport à ses possibilités de remise en question et aux libertés qu’elle entend conserver. Participerons-nous à l’avènement des standards de pensée unique ?

Rappelons que ce livre est paru voilà maintenant presque un an. D’aucuns diront que c’est le temps nécessaire qu’il a fallu à ces pithécanthropes pour qu’ils comprennent qu’il s’agissait d’une insulte à leur encontre. Il n’en est rien. Il s’agissait juste de la nouvelle diarrhée mentale de ce vil animateur qui ne sait pas qu’un appareil génital sert aussi à se reproduire, puisque lui-même n’en a pas cette utilité. Uniformisation des comportements humains, quand tu nous tiens…

3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 14:36

THE DEPARTED - JACK NICHOLSON THE DEPARTED - LEONARDO DICAPRIO THE DEPARTED - MATT DAMON THE DEPARTED
           
Les Américains c’est comme ça. Faut toujours qu’ils trouvent des ennemis planqués quelque part. Et même quand il n’y en a pas, ils trouvent toujours un pauvre pakistanais pour lui faire avouer qu’il était en fait un sale fourbe de taliban démuni à la solde du Grand Timonnier du IIIème Reich et frappez-le avant qu’il ait le temps d’ouvrir sa babouche.

Avant, c’était pratique. Il y avait la Guerre Froide. On l’appelait comme ça parce que les soviétiques voulaient d’abord la faire chez eux, là où il y a de la glace et une pelouse qu’ils appellent la toundra tellement on peut plus appeler ça de l’herbe. Avant tout, sachez qu’il y a trois règles à respecter si vous possédez un communiste chez vous :

1. Ne jamais lui faire fumer la toundra. C’est une sorte de beu qu’ils font pousser en l’arrosant avec de la vodka. Il devient alors sanguinaire et ne pense plus qu’à assassiner des projectionnistes avec force faucille et marteau.

2. Ne jamais lui verser de la vodka dessus. Sinon il active sa fonction « Boggle » et inverse automatiquement l’ordre des lettres qui composent les mots qu’il prononce ou écrit, se prenant par exemple pour un tsar au lieu d’une star. Fonction diablement difficile à déjouer au scrabble. Heureusement, tout le monde sait que « tsar » c’est comme « wzurgx », ça débarrasse mais ça n’existe pas. Occasionnellement, il peut croire qu’il a déjà vu un film se passant il y a bien longtemps, dans une contrée lointaine, ou des rebelles cherchent à vaincre un dictateur puissant et cruel. Il essaiera de vous convaincre que le film s’appelle TSAR WARS.

3. Ne jamais lui donner à manger après minuit. Si vous passez outre cette règle, il peut arriver qu’il se transforme en soviétique qui doit placer « plan quinquennal » dans toutes ses phrases.

Les Américains pesèrent le pour et le contre : « -Oui, mais la glace c’est quand même confort pour les apéricubes. -D’accord, mais les hivers c’est plus vraiment des hivers chez les russes. Ca s’apparente plutôt à des glaciations post-jurassiques. » Finalement, jamais ils ne se déplacèrent si ce n’est pour voler un avion furtif nommé Firefox, dont ils ne purent jamais se servir puisque le nom était déjà déposé par un navigateur web. Et en Word, tu excelles ?

Donc, la Guerre Froide s’est bornée à cela : d’un côté les bons, de l’autre les méchants (faciles à reconnaître parce que tout rouges, et ayant un nom de famille se terminant par « -ine » tels Joseph Staline, Youri Gagarine, Vladimir Poutine, John Lénine, Ernest Borgnine, Renault Alpine…).

On rigolait bien et tout le monde disait : « Laisse tomber la neige, on fera les boules demain. » Et puis, quand tout le monde en a eu marre d’attendre que les autres viennent faire la guerre, les Américains décidèrent d’effacer l’éponge. En vrai, c’est surtout qu’ils n'étaient pas sûrs de pouvoir les péta, les soviets. Parce que là-bas, ils n’ont pas besoin de bombe à neutrons. Ils ont le gaz. Il leur suffisait d’ouvrir une vanne pour faire sauter la planète entière. En Irak, ils n’ont pas de gaz mais du pétrole. S'ils y foutaient le feu, les Ricains ne risquaient pas grand-chose. D’autant plus que le petit moustachu les narguait depuis un petit moment : « Les Russkoffs ils sont plus forts que vous ! Les Russkoffs ils sont plus forts que vous ! » Il n’en fallait pas moins pour qu’ils aillent lui faire tâter de la soupe de phalanges. Seulement après être allés vérifier en Irak que la véritable arme de destruction massive se trouvait plutôt chez eux (le tyran GWB se reconnaîtra), ils n’avaient plus personne à terrorifier.

Ce furent les Chinois qui leur causèrent leur nouvelle montée de grenadine (ce qui, combiné chez les femmes enceintes peut provoquer un cocktail assez savoureux). Juste avant les soviets, il y avait eu leurs voisins, les niakoués, qui leur avaient mis la carotte pas possible. Du coup, ils avaient une revanche à prendre avec les asiatiques.

Donc, dès le début, les Américains ils ne les aimaient pas, les Chinois.

C’est normal, c’est parce qu’ils ne comprennent rien à leur langue. Essayez, vous verrez : il n’y a pas un seul mot de français ! Alors pour un Américain… Pire que tout, ces Chinois ils écrivent en codé avec pas des lettres de notre alphabet qu’on connaît. Non, non ! Des putains de sigles d’un autre temps qui rendaient déjà fous les Egyptiens. Quand ils ont essayé de les déchiffrer ça les a rendus complètement déglingués de la tête. C’est pour cela qu’ils se sont mis à marcher de traviole. Ils sont forts ces putains de chinetoques ! Mais les Américains, on ne peut pas leur dissimuler trop longtemps que ce sont des cons. Parfois, il y en a un qui s’élève du lot, comme celui, il y a des années, qui avait révélé au peuple entier que les Chinois étaient en fait des espions communistes qui avaient trouvé le moyen ultime de paraître inaperçu en se faisant passer pour un peuple qui écrit d’abord et qui cherche une signification ensuite. Le bonhomme s’appelait Champollion. Il avait déjà fait le coup avec les hiéroglyphes, qu’il avait pu décrypter grâce à de la charcuterie. La rosette, qu’elle disait la maîtresse. Ce qui m’a toujours paru bizarre, mais comme c’était la maîtresse et qu’elle disait qu’elle continuerait à me caresser entre les jambes si je ne disais rien à personne… Quand ils ont compris ça, les Américains, nous nous sommes tous dit que pour les Chinois ça allait être carnaval dans leur slip. Et ça n’a pas tardé :

THE DEPARTED de Martin Scorsese.


THE DEPARTED
 

« Quand on est cantonnais, on rit. Jaune » disait Lao Tseu lors de sa dernière interview accordée à Première (ou Psychologies, enfin un magazine qu’à des trucs à dire en tout cas). Et pour rire jaune, les Chinois ils en sont devenus tout en liège ! Le film l’annonce clairement : les prochains ennemis ce sont eux. Pourquoi ? Qu’ont-ils fait d’aussi terrible ? Réponse : ce sont des niakoués déguisés, on vient de vous le dire !!! Et puis les Américains ne vont quand même pas aller s’agiter le scud en Corée du Nord !

Amusons-nous donc à atomiser encore et toujours du rouge. THE DEPARTED rejoint directement MARNIE du gros Alfred. Marnie qui a peur du rouge c’est la morbidité psychique qui affecte Matt Damon et Leonardo Di Caprio. Les microprocesseurs sont ici substitués à la couleur. Le microprocesseur c’est le composant qui infiltre et grippe le système (Actifed se nomme ici Mark Wahlberg). Dérèglement de l’organisme. Décidément, nous retombons dans le cliché du petit asiatique sournois et pervers, qui semble dire oui à tout mais qui prépare silencieusement la révolution dans sa cave. C’est la même vision d’esprit étriquée qui fait que les Américains nous voient (nous, Français) comme des félons pro-musulmans. Exemples caractéristiques des idées qu’une nation tente d’imposer par sa culture, comme une seconde peau que l’on revêt pour partir au combat. Et se battre pour des idées est une vertu difficilement attaquable, car premier degré. Il n’empêche que quand les choses sont si fortement ancrées chez un peuple, le raisonnement devient unilatéral. Pernicieux. Surtout lorsque la culture dudit peuple bénéficie d’un rayonnement international.

THE DEPARTED film de propagande comme l’était MARNIE ?

A vrai dire, non. Ici, ce n’est qu’anecdotique alors que c’était le principal thème sous-jacent dans le film d’Hitchcock. Toute cette introduction pour ça ! Parce qu’avant d’aller presser du chinetoque agrumeux, les Américains ont décidé de s’entretuer. Si THE DEPARTED se situe dans la continuité prosélytiste de MARNIE, il poursuit chronologiquement la vision pessimiste amorcée dès la fin de CIDADE DE DEUS. C’est le grand jeu du rapport coûte que coûte si j’ai bien compris ? Et le rapport avec MISS CONGENIALITY ?

Voilà pour le point de départ. Constat : tous les ingrédients de base sont réunis pour développer les thèmes chers à notre bon Martin. Ce qui va l’amener à se transcender car il faut bien dire que depuis CASINO, le père Scorsese ne forçait pas beaucoup son talent. Manque d’inspiration. Il est surtout un thème particulier que chérit Scorsese et qui peut faire assimiler THE DEPARTED à CASINO ou GOODFELLAS. Il s’agit de la dualité. La Mafia n’est qu’une vérité apparente. Mais le véritable lien est bel et bien la dualité. Et si vous comparez THE DEPARTED à CASINO ou GOODFELLAS, il doit en être de même pour d’autres films de sa filmographie tels AFTER HOURS, RAGING BULL ou encore CAPE FEAR. Et là où Scorsese s’est cette fois-ci surpassé, c’est qu’il envisage la dualité de manière plus élargie. Il l’aborde par la thématique du mimétisme. Voilà le cœur du film. Scorsese parle de la même chose, mais différemment. Il se renouvelle.

D’un point de vue de la mise en scène, c’est clair comme du pipi de jeune fille.

D’abord par son casting. Il a réussi le tour de force de rendre Leonardo DiCaprio, Matt Damon et Mark Wahlberg totalement semblables physiquement. Le dernier aurait pu l’être encore plus si la coiffeuse ne l’avait pas affublé d’une coiffure ringarde à souhait. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. D’abord parce que je dis ce que je veux et que je vous emmerde, et ennsuite car je ne trouve pas que le différencier par la coiffure soit une mauvaise idée. Au contraire, Wahlberg étant le lien final entre les deux premiers, il était donc nécessaire que les DiCaprio et Damon soient plus proches encore. Juste que cette coiffure est en complète inadéquation avec le personnage.

Puisque nous avons commencé à parler de Leonardo, ouvrons une parenthèse pour souligner que les mauvais jeux de mots eu égard son nom sont revenus en force, ornant les diverses critiques se prévalant d’une certaine forme d’humour. C’est en tout bien tout honneur, de la manière la plus décente et faisant preuve d’un peu de pitié à leur égard que je leur demande d’arrêter, que je leur demande d’arrêter, comme disait le poète. Comprendront-ils un jour qu’il n’y a rien de plus bête qu’un calembour ?! Quand on sait ce qui s’est passé en 1924... Fermons la parenthèse et revenons-en à Leonardo DiCaprio. Encore une fois impeccable et bien sûr exceptionnel. Il joue avec une vérité qui fait rendre la douleur sienne. Il joue tout ce qu’il y a à jouer sans en rajouter, et sa plus grande qualité est de pouvoir faire passer tout ce qu’il ne joue pas. Je parle ici des sentiments que ses mots ne peuvent trahir, comme lors de son premier entretien avec Martin Sheen et Mark Wahlberg, ou encore lorsqu’il se fait poser un plâtre et qu’il regarde l’infirmière de manière pluvieuse. Jack Nicholson est flamboyant, à l’instar de Daniel Day-Lewis dans GANGS OF NEW YORK, la comparaison étant inévitable tant ils semblent animés plus par des flammes que par des caractères humains. Et finalement, même Jacques Nicholson a une ressemblance avec le trio. Une ressemblance ultime, exagérée par l’âge (corroborée par la première métaphore mimétique du film : première scène où il usurpe la figure du père, autre thématique chère à Scorsese). Or, si Nicholson vit dans les flammes, Matt Damon y brûle. C’est le gros point négatif du film. Nous l’avions vu pas trop mal dans GOOD WILL HUNTING et puis c’est tout. L’avantage avec ce comédien c’est que si vous allez voir le film pour Noël, vous avez déjà la bûche. Nous avons beau essayer de chercher ce qu’il joue, nous nous heurtons toujours à une véritable non-compréhensite aigüe. Heureusement il ne déroge pas au théorême du comédien du bas de l’échelle, qui veut que tout mauvais comédien est un leurre. Un mauvais comédien, cela n’existe pas. Il n’y a que des comédiens mal dirigés. Et bien dirigé comme il l’a été sur le plateau de THE DEPARTED, Matt Damon s’en tire plutôt bien. Justesse mais grosses ficelles d’acting comparé à Leonardo DiCaprio. Passons maintenant à Mark Wahlberg. Alors là, je suis bien emmerdé. Ce genre de comédien boursouflé m’énerve au plus haut point. Je l’ai toujours vu dans des personnages arrogants, prétentieux et immoraux. Même si cela contredisait le script de départ (puisque je parle de son jeu évidemment). Rien de nouveau, vous l’aurez compris. Je viens de vous décrire son personnage, ce qu’il joue et ce que l’on ressent. Oui, ce que l’on ressent, tel un négatif de la fadeur Damonienne, il révèle une propension immense à mettre en évidence tous ses traits de caractère. Ils sont grossièrement dessinés, peu nombreux et point de subtilités. Passage en force, personnage entièrement cohérent, très drôle et très précis dans son anima. Et tout cela fonctionne, bien sûr ! L’harmonie du réalisateur, du film, de l’originalité stylistique et du comédien. D’ailleurs, il faut bien avouer que l’on se demande tout au long de THE DEPARTED pourquoi ce personnage est aussi poussé dans ses délires verbaux et ses confrontations physiques avec les autres personnages, et plus particulièrement avec Matt Damon et Leonardo DiCaprio. Tout simplement parce que son rôle est le plus ingrat du film. C’est évidemment la dernière scène qui nous révèle le mystère, et fait de Wahlberg le chaînon manquant qui confirme que le système est plus que pourri, mais cette fois-ci sur trois niveaux. Le parti et les flics, nous le savions, mais, tertio, voici l’homme qui agit, ce qui est pire que tout. Car, si la distinction entre flics et mafieux tend à s’estomper tout au long du film, Mark Wahlberg clôt le discours de Scorsese par une figure encore plus immorale, encore plus pessimiste, encore plus définitive que tous les rebondissements. Quand chacun perd son identité et qu’il n’y a plus personne pour revendiquer et imposer légitimement les codes d’un groupe, il ne reste plus que l’homme face à sa petitesse et à ce qu’il croît juste. Mark Wahlberg sait que rien ni personne n’endigue et ne pourra endiguer le fléau qu’il poursuit. Sa légitimité c’est la vérité qu’il a éprouvée à travers son métier. Il décide d’éliminer Matt Damon non pas parce que la justice n’a aucune preuve contre lui, encore moins parce que c’est un infiltré, mais parce qu’il est le seul à connaître et à pouvoir appliquer un simili de justice. Son rôle est donc bien le plus ingrat du film. C’est pour cela qu’il a été rehaussé par un caractère spécifique et des dialogues chiadés. Achèvement du mimétisme final où Mark Wahlberg reproduit ce en quoi il a toujours crû et qui ne peut lui donner raison par voie légale. DEATH WISH. Immoralité ? Etes-vous bien sûrs ? Scorsese n’est pas très sûr non plus, c’est pour cela que la question reste en suspend. D’ailleurs cette séquence de fin est propre à nous égarer. Nous pourrions effectivement croire que Wahlberg est (lui-aussi !) un infiltré, sentiment encore accrû par le rat final, image symbolique aussi maladroite qu’inutile car bis repetita. Oui, Scorsese nous balade volontairement sur la fin, mais (et c’est l’apanage des grands auteurs) il nous avait pourtant présenté la solution précédemment. Rappelez-vous cette réunion dans le bureau avec tous les flics qui préparent le grand coup qui verra (ou plutôt « devrait voir ») la chute de Nicholson. Mark Wahlberg est à côté d’Alec Baldwin. Voici que s’amène la mise en scène Scorsesienne dans ce qu’elle a de plus bluffant. Les plans isolent ces deux chefs qui font un énoncé de la situation, tout en usant de mots charmants alliés à une répartie dont chacun a le secret. Mimétisme ? Come again ! Par des mouvements circulaires transversaux en habile jeu de miroir, Scorsese notifie déjà qu’Alec Baldwin et Mark Wahlberg ne font qu’un. L’intégrité de Baldwin ne sera jamais mise en doute jusqu’à la fin (si toutefois personne n’a THE CAT IN THE HAT en tête !), ce qui justifie l’appartenance de Wahlberg. D’autant plus que ces mouvements de caméra n’ont d’existence que s’ils justifient les deux hommes qui se fondent l’un dans l’autre. Sinon cette figure de style n’aurait aucune raison d’être, sauf en tant que figure de style, qu’objet visuel, ce qui rendrait la mise en scène complètement artificielle.

A travers cet amalgame visuel, Scorsese cherche à créer un malaise dans l’indéfinition des rôles de chacun. Nous sommes constamment le cul entre deux chaises, en train de se demander quel est celui qui vaut mieux que l’autre. Scorsese joue avec notre confusion, aussi bien visuelle qu’intellectuelle.

Mimétisme et confusion.

Voilà les deux grands thèmes sur lesquels repose THE DEPARTED. Sans vouloir réduire le film à cela (THE DEPARTED est quand même riche de plein d’autres choses), Scorsese nous démontre que le cinéma ne tient pas à grand-chose, finalement. Deux grands thèmes qu’il met en scène de façon outrageusement lyrique, et puis c’est tout. C’est tout mais il faut tout de même parler du montage absolument virtuose, que l’on doit à Thelma Schoonmaker (ex-compagne du réalisateur Michael Powell et monteuse attitrée de Scorsese depuis RAGING BULL). Il est concis, abrupt, inattendu, armé de sous-entendus, imaginatif, tendu, haletant et sa plus grande qualité est d’anticiper constamment nos réactions. A une exception près : lorsque Leonardo DiCaprio menotte Matt Damon et qu’ils descendent en ascenseur, les plans insistants sur les numéros d’étages annoncent qu’il va se passer quelque chose à l’ouverture des portes. Téléphoné. Nous noterons aussi une scène d’interrogatoire aux champs/contrechamps un peu faibles. Mais tout cela se fond dans l’immense tourbillon de ces images qui crée un vertige pathologique aussi bien de beauté que de malaise. Exemple frappant : lorsque Jack Nicholson remet un dessin au prêtre qu’il accuse de pédophilie. Cut anticipé sur le dessin. C’est d’une beauté tellement excitante qu’elle nous donne envie de crier de rage. Cela contribue à cette impression constante d’avoir affaire à un film animal, et plus particulièrement félin, à l’image des parties de cache-cache auxquelles se livrent Matt Damon et Leonardo DiCaprio.

La photographie de Michael Ballhaus renforce cette vague de lyrisme. Remarquez aussi les subtilités des costumes, mention spéciale à ceux de Jack Nicholson, caïd à l’aura démesurée mais adepte du mauvais goût. Et puis un peu de son aussi (ce qui est assez rare pour être souligné) avec des efforts particulièrement audibles concernant les bruits d’armes et de coups de feu, habituellement difficiles à contraster. Quand tous se liguent pour sublimer le film…

Note amusante : notre œil finement affûté aura remarqué qu’Alec Baldwin joue très mal au golf.

            Si les règles du Kamoulox sont pour vous un jeu d’enfant et que vous vous sentez une âme de pédophile, ou que, plus humblement, vous aimez affronter ceux qui n’hésitent pas à donner des coups en dessous de la syntaxe, le magazine Panic est une nouvelle revue de cinéma bimestrielle que je vous recommande chaudement. D’abord car la publication a choisi un papier d’impression absolument sublime au toucher, et ensuite parce que l’on peut y trouver cette lumière dans le numéro d’octobre/novembre 2006 :

« Quand j’ai vu pour la première fois KIYOKO’S SITUATION de Mako Idemitsu, un film par une cinéaste japonaise (1989, 25 minutes), j’étais encore jeune et je pensais que ce film est un peu caricature la réalité d’une vie d’une femme. Mais après la marriage, j’ai tout à fait changé ce que je pensais avant. Car ce film raconte la vérité vraie. On pourra trouver Kiyoko dans le monde entier, une héroïne de ce film qui renonce son rêve de devenirune peintre a cause de la pression de marriage même encore aujourd‘hui. KIYOKO’S SITUATION, c’est mon histoire, peut-être votre histoire. »

J’ai volontairement retranscrit l’article à la faute près (sans corriger mais sans en rajouter) pour volontairement mettre en relief la phrase qui le suit et que je vous livre : « Ecrit en français ». Il y a une erreur de tricot dans le bonnet, vous l’aurez remarqué !

Vous pouvez aussi y trouver une analyse très précise (donc fabuleusement intéressante) sur un film qui n’en méritait pas tant : MIAMI VICE, et puis surtout un article de Jean-Baptiste Thoret, qui vous explique par A + B pourquoi INDIGENES est un film démagogue. Personne n’en a jamais aussi bien parlé. En tout cas, il révèle exactement tout ce que je pense du film et que j’aurais pu retranscrire par ici à la virgule près. Voilà ! Nous avons fini par trouver un critique qui n’a pas que des cheveux, là-haut !

Enfin, Panic nous révèle que le cinéma n’est « grand qu’à condition de rester populaire ». On applaudit le myopathe ! Myopathe, oui, mais des Panzani !

THE DEPARTED THE DEPARTED - LEONARDO DICAPRIO THE DEPARTED - MATT DAMON 

28 novembre 2006 2 28 /11 /novembre /2006 02:10

            Aujourd’hui est une journée merveilleuse. Il y a aura sûrement beaucoup de morts sur les routes. Quitte à détester les gens autant souhaiter leur mort. Je n’aime pas la demi-mesure. Et tant qu’à faire, autant que la mort soit lente et douloureuse. Un accident de la route, ça fait toujours plaisir. Un autre truc que j’ai toujours trouvé formidable, c’est la mort dans les sables mouvants. Ou mourir noyé, vous savez, enterré dans le sable, juste la tête qui dépasse et la marée qui monte, qui monte… L’agonie ! Rien de véritablement nouveau dans ces atteintes létales. D’ailleurs, ce ne sont pas celles qui sont les plus choquantes. De nombreuses tortures causant la mort ont un impact beaucoup plus traumatisant (notamment la vision de l’intégrale de Philippe Noiret. Je sais, c’est salaud de jouer avec les morts, mais il ne m’a jamais stupéfait en tant que comédien, à croire que la reconnaissance s’acquiert avec la longévité). Mais ce n’est pas la conséquence de la souffrance qui m’attire le plus, c’est son caractère anxiogène. C’est pour cela que je suis parfaitement sain d’esprit (au contraire de Nicolas Sarkozy qui se repaît de l’effet que provoquent ses petites phrases assassines sur les populations qu’il vise). Quand je dis parfaitement sain d’esprit cela reste encore à vérifier. Je n’avais pas encore 14 ans quand j’ai vu THE TEXAS CHAIN SAW MASSACRE pour la première fois. Quand vous vivez des expériences comme celle-là vous prenez conscience de vos limites. On a beau dire, on n’est pas plus fort que la musique. Trop de lignes terminatrices peuvent se franchir comme on appuierait sur son reflex. Seulement la photo reste inscrite dans le temps alors que le coup de hache (ou de feu) décide du prolongement. Alors qu’un coup de rein change si peu la donne ! C’est pour cela que je crois qu’il vaut toujours mieux interdire un film violent qu’un film pornographique. Localisez les points du globe où les guerres font rage et remplacez-les par de gigantesques orgies dionysiaques. Oui, il y a encore des cons qui font la guerre ! Il y a même des religions qui interdisent le coït. Et j’en connais une qui interdit le porc. C’est à cela que l’on mesure le degré de stupidité chez les religieux, parce que, franchement, entre faire l’amour ou manger du cochon… D’ici quelques années, quand nous aurons vaincu, nous pourrons rire de tout cela en se félicitant d’avoir desserré certains culs qui voulaient faire de l’art une entité qui ne doit choquer personne (ce qu’ils ne parviendront jamais à faire puisque c’est contraire à sa définition). Alors nous danserons sur leurs corps putréfiés auxquels nous aurons préalablement fait subir le bouc des sorcières ou la Vierge de Nuremberg. Et puis nous irons violer leurs filles, en leur faisant subir les pires outrages, tétons tuméfiés et cris d’extase enfin révélés. A la fin, nous balancerons leurs cadavres encore chauds dans des charniers de fortune, tout cela parce que les films que nous regarderons nous auront tous transformés en dégénérés. (Je regarde des films interdits aux moins de 16 et 18 ans depuis l’âge de 13 ans, donc. C’est marrant, c’est depuis cette période que j’ai des envies de meurtre. Personne ne sait que j’ai tué un homme, à part les quelques habitués de ce blog. C’est assez simple finalement. La première fois c’était par hasard. Ce n’était pas du tout prévu. Je vous assure que je n’ai pas fait exprès. Alors du coup, oui, c’est facile. Mais c’est la seconde fois, lorsque le scénario est prémédité, que vos membres se retiennent de réitérer l’exploit… Jamais pu. Pour l’instant. Mais le meurtre n’est qu’une étape ultime dans la découverte de sensations extrêmes. J’avais une idée de scénario. Des jeunes créent une organisation secrète. Elle permet (moyennant finance bien évidemment, quoique s’ils ne recherchent pas l’argent c’est encore plus subversif) à des personnes avides de sensations extrêmes de participer à une sorte de jeu où elles finissent par tuer une victime que les jeunes auraient préalablement enlevée. L’organisation s’occupe de toute la mise en scène jusqu’au meurtre final. Il faut que le parcours soit entièrement sous contrôle mais sans une maîtrise totale, de façon à ce que « l’acheteur » ait suffisamment d’adrénaline pour qu’il ne puisse pas croire que quoi qu’il arrive il tuera et qu’il ne lui arrivera rien. Au contraire, le danger doit être constamment perceptible pour lui. Point de départ du film. Je ne révèle pas comment cela se développe au cas où je me ferais voler avec ruse). Retournons vers le futur dans lequel nous nous projetions. Finissons par avouer que dans un dernier râle orgasmique, nous philosopherons sur l’Histoire, qui n’est qu’un éternel retour, et nous attendrons les prochains culs serrés qui diaboliseront cette musique de nègres et ces films morbides qui rendent les gens décérébrés. C’est bien connu. Ce qui est bizarre c’est que les films qui sont l’objet de ces attaques sont à chaque fois des films qui sortent au cinéma. Personne ne parle plus de NATURAL BORN KILLERS ou de SALO O LE 120 GIORNATE DI SODOMA comme incitant des jeunes à commettre des crimes abominables. Et pourtant nous sommes toujours dans l’extrême. A croire qu’avec le temps ces films n’ont plus aucune action sur les masses. Théorie des fessiers cousus qui n’entendent rien au cinéma et plus généralement à l’art. Il y aura toujours une nouvelle œuvre qui centralisera les peurs prochaines.

Tout cela n’est que du vent.

Des tortures. Parce qu’il semblerait que le grand chic, actuellement, en matière d’ultra-violence, soit à la torture physique et mentale. On nous en avait parlé avec le grand-guignolesque HOSTEL d’Eli Roth (gofio !), remis le couvert avec HARD CANDY de David Slade, et voici que désormais débarque SAW III de Darren Lynn Bousman. Je n’aime pas trop faire des jeux de mots sur les noms de famille, mais avec un nom pareil (l’homme qui fait des bouses) fallait un peu s’y attendre ! Ce film est tellement horrible qu’il va être à l’origine de vocations inquisitrices et peut-être même relancer un métier qui avait disparu depuis de nombreuses années : celui de bourreau. C’est notre bon gouvernement qui devrait être content. Au lieu de cela il lui flanque une interdiction aux moins de 18 ans ! Prétexte ? « La violence et le sadisme incessant et insoutenable de scènes s'apparentant explicitement à des tortures physiques et morales justifient pleinement cette décision d'interdiction. » Attendez. Si je ne m’amuse, ce n’est quand même pas la première fois qu’un film peut se vanter d’un tel état de fait ?! Le cocktail violence + sadisme + torture, nous le connaissons dans des films tels qu’ODISHON, FUNNY GAMES ou même la série des ZA GINIPIGGU ! Le phénomène de mode est à rejeter.

Je n’ai pas vu SAW III et je n’irai probablement pas le voir, la cause revenant aux deux premiers, particulièrement indigestes.

De toute façon, il n’est pas besoin de connaître le film pour se faire un avis sur la question. Ce n’est pas son intérêt artistique qui est ici en jeu mais le caractère de l’interdiction qu’il a récolté. C'est-à-dire qu’on ne cherche pas à savoir si l’interdiction est justifiée, mais l’on s’insurge contre une interdiction aux moins de 18 ans pour un film non pornographique. En France, une interdiction aux moins de 18 ans peut frapper n’importe quel film. C’est la loi. Il existe aussi deux autres interdictions : pour les moins de 16 et 12 ans (ils peuvent même interdire complètement un film de sortir sur les écrans ! Si, si, la loi existe même si elle n’est plus appliquée depuis longtemps. Tiens, justement…). Celle des 18 ans est en général appliquée à des films comportant des scènes explicitement sexuelles. Ce fut donc le cas récemment pour BAISE-MOI, POLISSONS ET GALIPETTES, KEN PARK et 9 SONGS. Bizarrement, SHORTBUS (sorti ce mois-ci) n’a écopé que d’une interdiction aux moins de 16 ans. Et je peux vous dire que, dans ce film, il y en a plusieurs qui sortent les pommes du frigo, pour parler gentiment. Personnellement, je suis favorable à ces interdictions tant que la censure n’intervient pas sur la qualité de l’œuvre. Mon bon lecteur, dis-leur, toi qui sais désormais que la liberté n’est pas sans contraintes. Et là, je vous parle d’une définition juste et objective du concept, pas du spectre que l’on brandit à tout bout de champ pour vous faire réagir à la seule idée que l’on vous enlève votre liberté. Exemple récent, ces quelques patrons de café qui commencent à bombarder leurs murs de tracts « Et ma liberté ? », suite à la future interdiction de fumer dans les lieux publics. Cela n’a rien à voir avec la liberté. En tout cas pas celle qu’ils estiment être un droit de faire ce dont ils ET MA LIBERTE ?ont envie. Trop facile de faire réagir quiconque en brandissant l’étendard de la liberté bannie ou de faire mine que l’on vous prend pour des enfants. Démagogie aussi élégante qu’un Big Mac ouvert. Parce que le véritable intérêt là-dedans est uniquement pécuniaire. Ce sont ces pauvres buralistes et ces modestes patrons de cafés qui pleurent le magot qu’ils vont perdre. Mais s’il y a bien un facteur qui passe avant l’argent, ce devrait être le facteur humain. Car ce prochain décret n’a qu’un seul but : faire de la cigarette un problème de santé publique. Protéger les fumeurs (comme les non-fumeurs d’ailleurs, ce que l’on dit moins) comme l’on essaie de protéger les plus jeunes de SAW III. Eternel problème du monde qui évolue sans que ceux qui l’accompagnent ne changent outre mesure. Difficulté d’adaptation, manque d’ambition (autre que personnelle), gangrène de la société. Finalement, ce sont toujours eux les perdants (il n’y a que Starsky et Hutch qui gagnent à la fin). La semaine prochaine nous entendrons le témoignage des maisons de disques… Aucune compassion pour ces personnes qui ne s’intéressent qu’à ce qu’ils ont.

« Bande de déchets des reins de vos pères », comme disait le Général.

Le but d’un comité de censure est de protéger une certaine frange de la population face à des œuvres qui pourraient la perturber. Permettons-nous de croire que les personnes majeures ont déjà l’esprit formé dans le choix des films qu’elles vont voir au cinéma (et si ce n’est pas le cas, de quel droit un organisme serait en droit de décider pour eux ?), et focalisons-nous sur les plus jeunes qui ont besoin d’être accompagnés dans leurs différents apprentissages. Les deux zones alors fixées délimitent les degrés d’acceptation d’un film. Et le vrai problème dans tout cela c’est que le visuel l’emporte toujours sur l’impact émotionnel sournois de philosophies douteuses. Ne remettons pas en question la légitimité des personnes qui s’interposent en tant que juges. Si elles ne sont pas à leur place, cela est indépendant du système même de cet organisme. Aujourd’hui, on fixe une majorité virtuelle qui se situe à 16 ans. A cet âge-là on est capable de voir et d’affronter certaines choses difficiles. Un second degré est fixé à douze ans, et tout cela paraît assez ordonné. C’est vrai que ça l’est. Ce qui me paraît plus difficile à défendre comme position c’est l’interdiction de films à caractère sexuel pour les moins de 18 ans, alors que ça dépèce à tout va dans les moins 16 et les moins 12. Un film qui incite à faire l’amour est quand même mois agressif qu’un film qui prône la vengeance œil pour œil dent pour dent, et la haine par les armes. Il ne s’agit pas de laisser les films pornographiques en libre accès aux enfants et d’abaisser l’interdiction qui les vise. De nombreux adolescents ont déjà connu leur première expérience sexuelle à 16 ans, sans compter la quasi-totalité qui n’ignorent rien des choses du sexe. Hypocrisie ! Parce que si c’est une affaire de chiffres, nous nous apercevons que le taux est bien plus élevé pour un premier rapport chez les jeunes hommes. Il faudrait donc pouvoir permettre une interdiction aux moins de 16 ans pour les hommes et aux moins de 18 ans pour les femmes ? Nouveau mai 68 en perspective et début des interdictions au cas par cas. Allons plutôt prendre appui chez nos voisins étrangers. Les pays scandinaves ont beaucoup à nous apprendre quant à leur culture du corps, décomplexés qu’ils sont. Depuis tout petits les enfants apprennent la conscience de leurs corps, jusqu’aux caresses. Aux Etats-Unis, cela est tabou. Oui, le même pays qui affiche un taux de viols parmi les plus élevés. Et au Danemark, me direz-vous ? Je vous rétorquerai que ce même taux est bien plus bas. Et je rajouterai que la frustration est une composante majeure qui implique le passage à l’acte. Nous en revenons à une question de liberté, mais il est vrai que les sociétés qui agissent en inculquant des valeurs de refoulement créent les effondrements émotionnels, aux conséquences dramatiques lorsque exacerbés. C’est pour cela que je me félicite de l’interdiction de SAW III et que je milite contre la loi Gayssot de 1992, mais je m’élève contre ces petits salopiots qui collent des logos d’interdiction sur certains films diffusés à la télé. Qui êtes-vous pour changer l’esthétisme d’un film ?

Les interdictions cinématographiques posent aussi le problème de la limitation des autres arts. Si le cinéma est une forme artistique qui peut porter atteinte à l’intégrité des personnes, pourquoi ne pas interdire des tableaux, des sculptures, des expositions ou des jeux vidéo ? Justement, la question est posée cette semaine face à la déferlante des tortures (ah, si ! En fait, c’est bien un phénomène de mode, c'est-à-dire que cela passera aussi vite que c’est arrivé) nouvelle génération qu’arborerait notamment un jeu où le vainqueur serait le plus sadique dans sa façon de violer, torturer et tuer une jeune fille dans un pensionnat anglais. Rien que l’énoncé, cela me donne envie de dénicher cette petite perle, moi qui ne joue jamais. Mais pour des âmes plus impressionnables, il est vrai que certains jeux ne devraient pas être exempts d’interdiction si l’on s’en tient à la logique cinématographique. Je vous rappelle que n’importe qui peu acheter les œuvres du Marquis de Sade chez ces voleurs de la FNAC. Il n’y a pas comme une incohérence quelque part ?

Définition brumeuse que cette interdiction aux moins de 16 ans. Parce que si cette majorité fictive devient la norme de la libéralisation qui consiste à voir en eux de futurs adultes, elle semble leur conférer un pouvoir de libre arbitre qui ne s’accompagne pas d’une participation active à la vie civile. On admet une majorité fictive sans lui donner la possibilité de voter. Pas forcément une incohérence cette fois-ci, mais un véritable flou en matière de citoyenneté.

Paraît que tout cela rend les gosses sadiques.

Ben, tiens ! Quelle est donc cette poignée d’imbéciles qui croient que le cinéma ou les jeux vidéo peuvent changer nos comportements ? Rappelons que si tel est le cas, il n’y a aucune raison pour que cela s’arrête brusquement après 18 ans. Gageons que ces mêmes personnes croient encore à la théorie du nuage de Tchernobyl qui s’arrête à la frontière française. Dans ce cas-là, le cinéma est nocif pour la société et il faut l’éradiquer. Puis toutes les autres formes d’art. Dans certains régimes totalitaires ils ont essayé de le faire. Pour d’autres raisons. Ils pensaient que l’art pouvait mener à la liberté de penser (terrible pour ce genre de régime). Ce sont eux qui avaient raison. C’est pour cela que l’art n’a rien à craindre d’une démocratie. Mais jusqu’à quand y serons-nous ? Déjà le cinéma ne peut plus tout se permettre.

Alors, bien sûr, ils ne censurent que des produits. Comment voulez-vous qu’une chose impersonnelle forme un tout indivisible par rapport aux questions que soulève l’esprit d’une personne déséquilibrée ? Je vous rappelle, puisque nous parlons de tortures, qu’il y a plus important que les tortures de fiction. Il y a celles que subissent des êtres humains. C’est dans la vraie vie et c’est maintenant. C’est notamment en Chine ou les adeptes de Falun Gong subissent des atrocités pires qu’une période d’Inquisition. Comment ??? Il n’y a personne qui censure ce pays en France ? Et Chirac continue à aller rendre visite à Hu Jintao pour soigner son commerce extérieur ? Et personne pour censurer la violence de celui qui doit montrer l’exemple ? La vraie violence n’est pas sur les écrans. C’est Chirac qui devrait être interdit aux moins de 18 ans. Etablir des repères en contradiction avec une volonté politique. Création d’une société déphasée qui ne comprend plus qu’on lui interdise quoi que ce soit.

« Tout est chaos » comme disait l’autre. On a beau se moquer, en attendant, la génération désenchantée ce n’est pas moi qui l’invente ! Et quand on sait ce qu’il s’est passé en 1924…

            Puisque tout cela n’est pas très gai, terminons sur un royal au bar :

PHOTO AVEC OU SANS FLASH

21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 01:15

            De l’eau. Quelque notion liquide de la pierre précieuse qu’est le diamant. Le prisme. Aussi précieux que l’éclat de ces couleurs incandescentes. Incandescentes comme la brûlure du liquide drainé par nos yeux. Le bruit des larmes qui s’explosent sur le sol. Big bang lacrymal.

De l’espoir. Oui, de l’espoir. Pleurer, c’est une quantité non négligeable d’espoir réapproprié. Comme une délivrance. Un acte forcément très naturel. A proportion, la colère est moins libératrice que les pleurs. Pleurer pour se sauver. Vivre dans l’essentiel. Pleurer pour vivre. Pleurer pour se sentir vivre. « The more you suffer, the more it shows you really care. »

Tout le monde pleure.

Et tous les jours. La sécrétion moyenne des larmes est de 1,5 ml par jour et par personne. Ce n’est pas un calcul établi en fonction de ceux qui pleurent beaucoup et d’autres moins. Sinon, dans la même logique, sur 6 milliards de personnes vivant sur cette planète, une moyenne pourrait établir que quasiment tout le monde possède un testicule. Absurde. Non, c’est un fait scientifique : tout le monde sécrète tous les jours 1,5 ml de larmes.

Il existe cependant une seule personne qui pleure plus que quiconque. A ce niveau-là, nous ne pouvons plus dire qu’elle pleure. Elle érupte. Tel un volcan qui se réveille, remplaçant la lave par des larmes. Notre amie Volvic, dans le monde ZOE FELIXréel, se nomme Zoé Félix et fait la comédienne dans des films aussi insipides que n’importe quelle eau de source. Dans TOUTE LA BEAUTE DU MONDE elle semble avoir trouvé son âme sœur en la personne de Marc Lavoine, aussi expressif qu’une bouteille de Cristalline. Nous pérorons sur la transparence d’un critère gustatif alors qu’il serait bien plus question de plats cuisinés et notamment de spécialités traditionnelles. Monsieur et Madame Quiche Lorraine traversent donc le film de Marc Esposito avec une confondante facilité à ne nous soutirer aucune larme. Tant mieux. S’il y a bien une chose que je déteste au cinéma c’est le totalitarisme religieux des pauvres metteurs en scène dont la seule grande idée est supposée être cette sacralisation des larmes, comme au football le tricheur se laisse volontairement tomber dans la surface de réparation afin d’obtenir un penalty. Entendons-nous bien. Et pour cela ouvrez grands vos orteils. Le cinéma c’est d’abord des émotions. Aussi large soit la palette, le but ultime, et ce depuis la nuit des temps où le premier homme a commencé à raconter la première histoire à la première femme (pour mieux la coucher sur son tapis de feuilles), le but ultime, donc, reste ce que nous sommes capables d’éprouver face à une histoire. De nos jours, il appartient au cinéaste d’user de tous les artifices de mise en scène pour nous plonger au cœur de nos mystères émotifs (dont seuls certains, comme le rire, sont assumés, alors que les autres sont plus souvent rejetés et toujours déversés comme des tares dévolues au film). Nous pourrions croire qu’il s’agit de manipulation, mais ce n’est tout au plus que du jeu. Il faut le considérer comme une sorte d’espièglerie qui brille dans le regard du cinéaste, celui-là même qui nous dit : « Je vais vous raconter une histoire merveilleuse. J’emploierai toutes les tournures appropriées pour essayer de vous faire ressentir les véritables émotions qui ressortent de ce récit. Et si je n’y arrive pas, ce sera entièrement de ma faute. Par contre, si j’y arrive et que vous me faites confiance, je vous garantis que nous allons passer un bon moment ensemble. » Ca, c’est la version honnête. Sur la rive située en face, rôde le cinéaste malhonnête, le vrai manipulateur, celui qui va essayer de vous faire croire que l’histoire qu’il vous raconte est parsemée de grandes émotions. Il emploiera tous les moyens, même les plus vils pour essayer de vous tirer une quelconque réaction. C’est l’homme qui ne sait pas comment faire du cinéma, alors il triche, à travers les nombreuses techniques de mise en scène, pour créer un semblant d’émotion. Mais tout cela ne peut rester qu’artificiel. Ce lascar est un prestidigitateur. Comme lui, il manipule. Il manipule des objets et vous fait croire qu’il est arrivé à les faire disparaître. Ce n’est que de l’illusion, de l’esbroufe. Un prestidigitateur ne fait rien disparaître. Jamais. Mais il vous manipule pour vous faire croire ce qu’il souhaite. Il n’a qu’un seul dessein : vous tromper. En exemple concret, nous pouvons l’appeler Lars Von Trier qui, dans son DANCER IN THE DARK, recherche tout ce qu’il y a de plus larmoyant dans une histoire tout ce qu’il y a de plus terrible, et ce dans un seul et unique but : la recherche de vos pleurs. Vous l’entendez qui vous bassine avec ses : « Oh, mon Dieu, que c’est difficile d’être une émigrée ! Que c’est triste d’être aveugle ! Ayez pitié d’une pauvre femme qui n’a pas assez d’argent pour payer une opération chirurgicale à son enfant ! Comme la vie est vraiment dégueulasse ! » Pleurer au cinéma, c’est super. Je l’ai dit plus haut. Par contre, le vrai dégueulasse, celui qui pue la fourberie et l’indigence imaginative, c’est le procédé par lequel on stoppe votre processus de réflexion par la barrière du cœur. Lorsque les sentiments prennent le dessus vous perdez tout recul. Le réalisateur peut alors manipuler vos instincts primaires comme il le souhaite.

LIV ULLMANNEncore plus bête que tous est le réalisateur qui recherche les pleurs par les pleurs. Effet de mimétisme nul et non avenu. C’est trop facile de pleurer ou de rire. La preuve, tout le monde y arrive. Cela devient plus dur pour le comédien, lorsqu’il apprend les techniques qui vont lui permettre de parvenir à ces états tout en faisant semblant (faire semblant, je rappelle cette base essentielle du cinéma à monsieur Bruno Dumont). De la technique, donc. Et pourtant ils sont légion ceux qui croient pouvoir attendrir en faisant faire du calcaire à leurs acteurs. Rappelez-vous SECRETS & LIES de Mike Leigh. Beurk ! CHAUDES ET HUMIDES, ça aurait dû s’appeler (référence aux larmes, vous l’aurez compris). En général, plus le comédien retarde le moment où il va lâcher ses pleurs, plus l’imaginaire joue son plein et la situation s’enrichit. C’est une question de tension. Pleurer est un acte qui évacue un stress accumulé. Regardons la façon dont Liv Ullmann gère cela dans ANSIKTE MOT ANSIKTE. D’abord, Bergman crée le climat. Existence d’une situation pesante, indéhiscente comme pas permise. Lorsque les différents éléments se mettent en place, Liv Ullmann devient vulnérable. Elle laisse entrevoir ses fêlures. Nous entrons dans le vif du sujet. L’horreur. Son sens du rythme lui permet de finalement se lâcher au moment approprié. Jamais trop tôt ni trop tard. Vous l’aurez compris, ce ne sont pas les pleurs qui la rendent émouvante.

Zoé Félix passe toute la première partie du film à chouiner tout ce qu’elle sait. Drôle de solution pour éviter que l’on s’aperçoive qu’elle ne sait pas jouer. Plus futée est la prise du début où elle apprend une terrible nouvelle par téléphone. Comme Marc Esposito ne veut pas la faire geindre à nouveau (après tout ça risque de se voir, quand même !), il choisit de la filmer de dos ! Là, faut quand même avoir vu Godzilla en Kickers pour penser que Zoé Félix peut faire passer une quelconque émotion avec son dos ! Déjà qu’avec sa face… Le reste du film sera aussi vertigineux de cinéma en charentaises. Les images d’Indonésie, bien sûr. Très belles. Vraiment. Mais je ne nourris que peu d’intérêt pour ce dont tout le monde est capable. Et puis Zoé Félix pleure encore. Oui, mais c’est dans le scénario, tout de même ! Alors si c’est dans le scénario…

            Coïncidence.

Je continue à suivre la carrière de Sara Forestier. Excellente comédienne. Encore un peu verte, donc parfois monocorde, mais souvent juste et touchante. Comédienne médiatiquement connotée, donc titulaire d’une réputation injustement établie, comme nous pouvons le constater par son (difficile) rôle de prostituée dans COMBIEN TU M’AIMES ?

Lorsque l’on voit HELL de Bruno Chiche, le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle ne cherche pas à aller à l’encontre de ceux qui ne voient en elle qu’une pauvre petite fille riche qui se la joue caillera.

C’est là où l’ambiguïté devient diablement intéressante.

Qu’importent les commentaires. Elle se sert de son vécu pour donner corps à son personnage, et les critiques annexes n’ont rien à voir avec du cinéma.

Dans le film de Bruno Chiche, elle ne force pas trop son talent mais elle demeure tout de même divine par ses expressions de naturel tout en surprise. Elle n’est jamais aussi formidable que dans les scènes d’affrontement. C’est définitivement une actrice de réaction. A côté d’elle, Nicolas Duvauchelle essaie de concourir avec Louis Garrel pour le titre de Plus Grande Imposture Du Cinéma Français. On ne peut tout de même pas lui enlever une présence physique indéniable face à la caméra. On donne parfois des César qui devraient revenir à des parents…

SARA FORESTIERHELL c’est tout aussi peu palpitant qu’un film avec Zoé Félix. C’est adapté du bouquin de Lolita Pille, qui a elle-même participé au scénario. Nous nous demandons bien pourquoi. L’histoire a la prétention de nous montrer des classes sociales aisées décadentes et flambeuses à tous les rayons de la vie. Ca se veut provocateur, furieux et fascinant. Malheureusement, ce n’est qu’une vague histoire de personnes qui n’ont rien de différent. Ils cherchent à flamber, à vivre plus d’histoires plus passionnantes que tout le monde, et toujours plus vite. C’est le lot de beaucoup de personnes, indépendamment de leur milieu social. Mais c’est désespéré aussi. Alors c’est beau. Seulement cela s’arrête là. Pas de quoi s’extasier ! Ca ne claque pas tant que cela, finalement ! Nous sommes en terrain connu. La grande vie de BONNIE & CLYDE est à cent lieues. En tout cas, moi, cela m’a donné l’impression d’une personne qui a imaginé ou connu un milieu qu’elle a cru parallèle au nôtre, mais elle est un peu loin du compte de la vie dans tout ce qu’elle a de plus excessif. C’est presque aussi consensuel qu’un film de Gérard Jugnot. Sécher les cours, sortir tous les soirs, vivre selon ses propres lois, drogue, alcool, sexe, injures, vivre au jour le jour, désespoir du quotidien, excommunication de l’amour, attente de l’autre. C’est nous tous, cela. Du moins selon les proportions du film. Car la mise en scène ne transcende rien de tout ce qui est dit (et puis il y a des plans d’une laideur ! Rien que d’en parler les frissons, les poils qui se hérissent, le cerveau qui peine à s’oxygéner etc.). C’est un peu comme si Bruno Chiche avait adoré le livre et qu’il avait essayé de retranscrire exactement les mots lus. Trop de respect. Vous savez, comme quand vous admirez le livre d’un auteur et que vous avez envie d’écrire comme lui. Alors vous commencez à griffonner et vous vous apercevez finalement qu’il n’y a que cet auteur pour écrire de la sorte. « Trouve ton style. » « Just do it. » « N’imitez pas. Innovez. » « Think different. » « Il est fou, Afflelou ! »

Au milieu de toute cette Foir’fouille, nous pouvons déceler un moment rare. Une scène qui aurait pu tourner au grotesque caractérisé, sauvée par un état de grâce involontaire. Après que Nicolas Duvauchelle et Sara Forestier se soient rencontrés, ils se retrouvent dans un bar. Ils se scrutent du regard, personne ne parle. Ou très peu. Ils ne se connaissent pas. Sara Forestier est un cheval qui se cabre dès que l’on essaie de l’approcher ; Nicolas Duvauchelle, un écorché qui tient à garder ses distances. Il veut être celui qui décide ; elle veut donner l’impression que c’est elle qui décide. Et puis, il lui lance un défi qu’elle accepte, le menton relevé. Elle se saisit du micro. Elle doit chanter. Nous savons qu’elle va le faire. Mais pas qu’elle s’apprête à entonner : « Il était un petit navire ». Bruno Chiche a au moins eu une bonne idée, celle de ne pas avoir demandé à Sara Forestier de prendre des cours de chant. Elle chante faux et il a laissé la prise sans rien retoucher. Belle intention qui rajoute à la vérité du moment qui se joue. Car, tout en fredonnant cet air, Sara Forestier montre ici tout ce qui fait l’étendue de son talent. Elle commence à prendre le micro d’un air provocateur, puis se met à rire devant l’énormité de la situation (l’on y décèle notamment un fort accent d’autodérision), et puis elle devient plus grave, le regard plus perçant et toujours aussi frondeur. Elle affronte Nicolas Duvauchelle. Le principe lui convient. La discussion débute. Une discussion de regards. La seule possible, la seule qui lui permette de se livrer. Les intentions « musicales » révèlent tout son désarroi intérieur, son attente vis-à-vis de lui et le grand vide comme une détresse. Miracle : les larmes lui viennent. Au bord des yeux. A peine. Point trop n’en faut. Question de dosage. Les larmes qui tremblent c’est le personnage de Sara Forestier qui vacille, qui se livre enfin. Du champ/contrechamp bien chargé, et un montage pas con du tout. Millimétré. Avec un prolongement over-rythmé dans le silence final. C’est romantique, et c’est beau.

Et Sara Forestier est belle.

THERE IS NO DIRECTION            Dialectique de l’image. Dans son documentaire THERE IS NO DIRECTION, Sarah Bertrand essaie de capturer ce qui fait l’essence des grands cinéastes. Elle leur pose des questions frontalement et en retire une matière qu’elle exploite par le visuel plus que par les mots. Filmé en Super-8 et plans au vibromasseur. Lorsque l’on rentre dans le film, il est question d’établir un rapport entre un quotidien présent par ces vues de rues, de passants, de décors naturels, de tout ce qui nous entoure (le quotidien étant présenté ici comme l’élément commun et fédérateur entre les cinéastes et les spectateurs, comme celui de la réalité infalsifiable, comme dira l’un d’entre eux) et le processus de création qui les anime (celui qui constitue la vie parallèle et qui trouve son achèvement dans ce que nous montre visuellement la réalisatrice : le quotidien qui se modifie pour devenir forme artistique). Je trouve sa démarche assez juste dans le sens où les images (avec cet effet de balancement qui m’aurait fait hurler de douleur rétinienne en temps normal) deviennent petit à petit matière. Matière artistique en totale adéquation avec cette recherche de création. Ou comment relever le défi de la compréhension sans passer par le processus narratif classique du documentaire. Là où le film trouve ses limites c’est dans sa continuelle vision étriquée du développement scénaristique. Pas de progression. Nous nous orientons lentement mais sûrement vers le film tapisserie, avec des rouleaux qui pourraient continuer de recouvrir l’écran durant de longues minutes. Et c’est d’autant plus dommage que les réalisateurs interviewés ne sont pas à la hauteur de leur réputation. Ce ne sont pas forcément les réalisateurs que j’admire le plus qui sont les plus intéressants à écouter parler. D’ailleurs quasiment aucun (excepté Mike Figgis, peut-être) n’a véritablement quelque chose de pertinent à nous faire partager. Je ne crois pas qu’il s’agit d’un manque de matière. A leur contact, la réalisatrice a dû accumuler pas mal d’heures de rushes, mais je crois plutôt que le choix des séquences est assez mal vu. Voilà ce que c’est que de faire du montage sans ses lunettes…

            Dans SEVERANCE nous trouvons de bonnes idées et une euphorie directement en provenance de SHAUN OF THE DEAD. En effet, voici la première séquelle de l’humour sur la réappropriation des codes du cinéma de genre en général, et horrifique en particulier. Parce que SHAUN OF THE DEAD était clairement une comédie, le film pouvait s’autoriser les pires délires sans chercher à recréer l’ambiance de ceux qui étaient sa source d’inspiration. Piège dans lequel tombe SEVERANCE, puisqu’il hésite constamment entre comédie ou film d’horreur. Dès le début, l’esprit léger aurait tendance à souligner le ton de la comédie, mais petit à petit le long métrage sombre vers le film d’épouvante. Et autant les gags sont assez drôles et bienvenus autant l’ambiance chercher à s’inspirer du chef-d’œuvre de Tobe Hooper : THE TEXAS CHAIN SAW MASSACRE (encore un, eh oui, qui n’a rien compris à sa beauté visuelle, sa terreur rentrée et sa thématique de l’isolement). Souvent c’est le son qui trahit. Bingo ! Il retranscrit effectivement tout ce que vivent les personnages : sons tendus lorsque suspense, augmentation du volume lors des effets de surprise, remplissage du vide… Nous échappons au trash death métal evil bad killer fuck hell fanatic hard demon, c’est déjà ça ! Par contre, Christopher Smith à la réalisation, cela nous rappelle de mauvais souvenirs : CREEP, avec la charmante Franka Potente. Evidemment, la mise en scène est succincte, sympathiquement rythmée. Les personnages sont des archétypes de quotas : le black, le comique, la voix de la raison, la bombasse etc. Tout cela est plaisant, quoique laborieux.

Le souffle de la folie ne frappe pas tous les ans le Royaume-Uni.

            Le phénomène du moment : BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN de Larry Charles. Borat c’est avant tout Sacha Baron Cohen, qui nous avait fait hurler de rire dans ALI G INDAHOUSE de Mark Mylod. Nous allons donc au cinéma d’abord pour voir ce comédien doté d’un immense sens comique.

BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTANBORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN c’est parfois très drôle. Mais, bizarrement, pas tant que ça. Si l’on s’en tient aux premiers résultats publiés sur le Net, le film est arrivé premier aux box-offices américain, britannique, suédois, hollandais, danois, finlandais et maintenant français. Et là, c’est moins drôle. Parce que s’il s’agit de l’humour le plus universel à l’heure actuelle, nous prenons en pleine gueule la distance qu’a créée la censure depuis les vingt dernières années. En termes de comique, il faut bien comprendre que le personnage de Borat Sagdiyev compile toute une série de tares qui vont de la crétinerie incestueuse à la misogynie antisémite. Le comique même en est réduit à cette mesure. Nous sommes clairement dans un humour qui joue la carte de l’excès, de l’énorme, de l’extrême. Principe bien connu du « plus je vous en mets dans la tronche, plus vous en redemandez ». Très à la mode depuis une vingtaine d’années. Tiens, comme c’est bizarre ! Rappelez-vous du premier élément déclencheur : le TENUE DE SOIREE de Bertrand Blier, bien plus subtil. Et si je choisis de citer un film français c’est pour montrer que Sacha Baron Cohen a choisi de faire évoluer son personnage aux Etats-Unis, mais la satire aurait été tout aussi percutante en France, en Allemagne ou au Japon. C’est un conflit de coutumes. Et cela a déjà été fait plusieurs fois. CROCODILE DUNDEE ! Borat, ce n’est ni plus ni moins que Crocodile Dundee. La naïveté face à un monde qui n’est pas le sien.

Crocodile « Borat » Dundee débarque donc aux Etats-Unis dans le but de tourner en ridicule nos mœurs. Et il choisit l’humour extrêmement politiquement incorrect. Dans sa manière de l’amener voici le premier problème que rencontre le film : une fois le personnage présenté, le ton est donné. Il ne variera que très peu. C’est tout le problème de cet humour : il ne laisse qu’une marge de progression minime et il faut savoir amener les situations délicatement. Et BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN c’est plutôt du lourdaud. Si bien que nous plafonnons très vite dans le registre humoristique. Les gags deviennent alors toujours un peu plus attendus et leur impact s’amoindrit petit à petit. Le rire se raréfie. En plus, c’est un film à sketches, genre redoutable par excellence, et c’est bien pour cela que l’on n’en produit que très peu. Rares sont ceux qui ont su se sortir de cet exercice avec les honneurs, le plus bel exemple étant PULP FICTION. Et là encore, le film se vautre dans le piège annoncé. Nous passons d’un sketch à l’autre, puis au suivant, puis au suivant, puis au suivant, puis… Ca, c’est impardonnable. C’est une narration convenue, sans surprise et très rébarbative. Finalement, nous ressortons de la séance avec le sentiment de ne pas avoir assisté à un film radicalement drôle. Et pourtant, il est possible de dénombrer un réel potentiel comique dans la plupart des scènes. Je pense que cela tient aux composantes majeures du film qui sont trop floues pour créer un impact marqué. En fait, le film se vend comme le reportage qu’un kazakh fait pour son propre pays. Ce que le film montre est (clairement au premier degré puisque la première chose que l’on voit ce sont les armoiries du Kazakhstan) ce reportage en tant que produit fini, prêt à être distribué. Or, le film se contredit énormément. Par l’utilisation du champ/contrechamp, nous comprenons bien qu’il est question de plusieurs caméras, que certaines scènes ont pu être rejouées, que le montage est possible afin de faire dire ce que l’on veut aux personnes qui jouent leur propre rôle et donc, qu’il ne s’agit pas de plans « volés » dans le style d’une caméra cachée. D’ailleurs, lors de certains entretiens, il a bien fallu expliquer aux personnes pourquoi l’équipe voulait les filmer, qui elles allaient avoir en face d’elles (mais là il était facile de mentir) et où le film allait être diffusé (ce qui implique une décharge à signer).

BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN n’est pas un reportage, c’est une arnaque !

Finalement, la résolution s’opère. Il s’agit d’un film complètement scénarisé, j’irai même jusqu’à dire dialogué. Je pense que l’équipe a complètement construit la satire qu’elle voulait démontrer, a choisi les personnages les plus représentatifs, leur ont dit le minimum requis concernant le tournage, de manière à obtenir leur assentiment, et ont filmé avec une trame prévue à l’avance. Sacha Baron Cohen savait exactement ce dont il allait parler et où il devait parvenir avec son raisonnement. Facile pour lui, puisqu’il maîtrise totalement ce personnage qu’il a déjà étrenné à maintes reprises dans des shows à l’américaine, et même dans son ALI G INDAHOUSE. Seulement il y a le facteur humain, l’impondérable, le grain de sable qui peut gripper les rouages à n’importe quel moment : la répartie. Parce qu’à chaque fois, Sacha Baron Cohen ne sait pas ce que va lui répondre son interlocuteur. Il sait juste où il veut l’amener. Mais c’est aussi ce qui peut amener la scène à se transcender, à révéler un élément que les scénaristes n’avaient pas prévu et qui se trouve être encore plus à propos que tout ce qu’ils avaient imaginé. C’est ainsi que nous avons droit tout au long du film à des réactions absolument sublimes, telle la tronche que tire l’homme à qui Crocodile « Borat » Dundee confie que le fromage qu’il est en train de lui faire manger est fabriqué avec le lait des seins de sa femme. Ce que fait cet homme à ce moment-là est à mourir de rire. Et ça, c’est absolument impossible à obtenir de la part d’un acteur. Ce sont des choses qui ne s’apprennent pas dans un cours d’art dramatique. Un comédien ne peut pas reproduire cela, sauf involontairement.

SACHA BARON COHENC’est donc cet amalgame qui fait de BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN un faux documentaire qui, pour le coup, aurait sûrement gagné à travailler de la même manière sur son aspect technico-esthétique. Puisque le principe est avoué pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et tenter un travail plus agréable concernant le cadre et/ou les lumières ? Parce que tout cela est franchement triste comme un réveillon dans la Creuse.

Finalement, même si j’avoue avoir passé un bon moment (même si ce n’était pas celui-là), il y a tout de même quelque chose qui me dérange dans la satire. « Magistrale » ai-je pu lire quelque part. Là, je suis quelque peu abasourdi parce que si l’on peut se souvenir de beaucoup de scènes, celle qui perdure de manière plus forte (peut-être parce que c’est la plus longue, ou la plus hilarante, mais cela est trop subjectif) reste celle ou Crocodile « Borat » Dundee et son producteur se battent nus dans leur chambre d’hôtel et achèvent leur délire dans une course poursuite pas piquée des hannetons, comme on dit là où on s’emmerde pendant les réveillons. Mais c’est la seule séquence qui ne nous tourne pas en ridicule ! Ca la fout mal pour une satire magistrale ! Quand on pense à MODERN TIMES de Charles Chaplin, on se dit que cela a une autre gueule, les satires capables de faire mouche 70 ans plus tard ! Peut-être que BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN ne nous apprend rien, finalement. S’il n’opère pas le moindre petit changement en nous (pas grand-chose de plus, ne donnons pas non plus au cinéma plus que ce qu’il n’est), il y a fort peu de chance que ce soit plus qu’une blague de potache déguisée en satire.

C’est à pleurer.

            Je rentre chez moi. Je regarde une autre comédie, pour comparer : QUATRE ETOILES de Christian Vincent. Je suis plein de préjugés. Je m’attends à un petit film franchouillard avec quelques idées sympa et une photographie qui me ramène à la grisaille parisienne. Finalement, je me dis que si les comédies françaises se mettent à être supérieures à BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN, je perds mes repères et m’apprête à encenser Nicole Garcia.

Du montage comme s’il en pleuvait, et enfin nous sortons de la petite musique qualité française sans ambition ! C’est du jazz. Et c’est calqué sur l’action avec une précision parfaite. La musique idéale ! José Garcia parfait, Isabelle Carré pas forcément idéale dans ce registre, mais lui répondant de manière aussi délicieuse qu’elle sait le faire, et un François Cluzet décidément immense (qui ne s’en était pas aperçu qu’il regarde sans plus attendre L’ENFER ou LES APPRENTIS). Le film s’essouffle un poil vers la fin, mais ce n’est presque pas perceptible. Très jolie surprise. On fait comme dans les magazines qui donnent des notes parce qu’ils se croient encore à l’école ? Allez, moi je donne 5 étoiles au film. Il me reste encore des étoiles ? Allez, c’est cadeau, je ne compte pas m’en servir ultérieurement.

            S’il vous reste encore quelques larmes, merci de les réserver pour honorer la disparition d’Anicée Alvina, survenue le 10 novembre dernier, à l’âge de 53 ans. Elle restera à jamais la seule personnalité capable de rivaliser avec Brigitte Bardot et Catherine Deneuve dans les années 70. Evidemment moins médiatique, elle était tout de même une star à cette époque. Sans parler des fantasmes érotiques dont elle fut à l’origine. Elle est décédée dans une indifférence quasi générale, l'information ayant été plus relayée sur le Net que par la presse. Anicée restera la magnifique héroïne de GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR d’Alain Robbe-Grillet (scandaleusement introuvable en DVD, si quelqu’un en possède une version qu’il ou elle me contacte immédiatement afin que je l’aime par-dessus tout), l’interprète d’un film au titre joliment évocateur : LE TROUBLE-FESSES, la Maria retrouvée au cinéma 14 ans plus tard dans JUSQU’AU BOUT DE LA NUIT de Gérard Blain, Virginie dans la série télévisée « Les 400 coups de Virginie » (comme c’était bien trouvé !), et puis surtout la divine Hélène du non moins divin REMPART DES BEGUINES, film réalisé en 1972 par Guy Casaril et qui la rendit célèbre. Sa carrière a toujours été ponctuée de choix de films exigeants, parfois difficiles, même si elle était souvent mise en avant par sa délicate beauté physique. Elle avait délaissé le cinéma après YUME, YUME NO ATO de Kenzo Takada, en 1981, pour partir vivre avec un psychanalyste et élever ses quatre enfants.

Anicée, tu vas nous manquer. Antikal, vite !

ANICEE ALVINA

12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 22:05

            « Qui auget scientiam, auget et dolorem. » Ce qui signifie : « Celui qui accroît sa science, accroît aussi sa douleur ». « Ma science grossit », disait le jeune marié. « Ma douleur va s’accroître », répliquait sa femme. C’est une question d’espoir qui est au centre de cet énoncé.

THE BLACK DAHLIATout d’abord l’espoir retrouvé à chaque nouveau film de Brian de Palma. Allez savoir pourquoi mais nous attendons toujours quelque chose de ce grand réalisateur, plus qu’à chaque mouture du dernier Woody Allen. Et pourtant, ils se gaufrent autant le museau tous les deux. Woody Allen réussit ses films (la plupart du temps) alors que Brian de Palma se vautre invariablement sur le bitume de la théorie cinématographique. C’est ainsi depuis WISE GUYS (1986) à deux exceptions près : CASUALTIES OF WAR et CARLITO’S WAY (tout comme MATCH POINT et EVERYONE SAYS I LOVE YOU sont aussi des exceptions chez Woody Allen). 13 ans, donc, depuis le dernier bon film de Brian de Palma. Il n’empêche que nous sommes toujours à l’affût de ses sorties car, au contraire de Woody Allen, dans tous ses films il essaie tout de même de continuer à faire du cinéma. Même dans MISSION TO MARS ses intentions sont palpables. Nous sentons la volonté prégnante, les idées, le sens, les essais de mise en scène. Le film est nullissime, mais nous sentons que Brian de Palma, bien que dépassé par beaucoup de choses (cela doit se jouer à la production), ne nous laisse pas tomber, nous prend par la main, serre très fort et nous dit dans un dernier râle : « Je suis là. Cette fois-ci, c’est raté, mais je ne vous laisse pas seul face au marasme. J’en suis le maître d’oeuvre, je le domine et je vais vous montrer que je ne me fiche pas de vous. » Dans le même ordre d'idée, et poussé à son paroxysme, l’effet est encore plus flagrant chez Verhoeven lorsqu’il réalise le pitoyable SHOWGIRLS. C’est vrai, de Palma travaille. C’est l’un des rares qui bosse et rien que pour cela il a toute notre sympathie. Quand on voit tous les réalisateurs de brasserie que compte le milieu… La brasserie sera bientôt pleine. Alors, bien sûr, depuis très longtemps, il n’arrive plus à faire des films passionnants, mais tous sont intéressants. Jusqu’au dernier qui date de 2002 (FEMME FATALE, œuvre expérimentale complètement décousue), il n’était jamais passées quatre années avant qu’il ne réalise un nouveau film, c'est dire le doute qui l’assaille). THE BLACK DAHLIA, c’est un peu de Palma qui retombe dans son péché mignon. Plus facilement abordable que son précédent, mais il reste néanmoins sur les rails d’un cinéma désespéré et en ruines. THE BLACK DAHLIA c’est beau comme une ruine. Nous y trouvons plein de choses intéressantes (des effets de mise en scène en parfaite harmonie avec les situations, des plans terrifiants (la chute du coéquipier de Josh Hartnett depuis le haut de l’escalier, directement inspirée du cinéma de Dario Argento, et non pas un vibrant hommage ; c'est pour cela d'ailleurs que Brian de Palma reste un grand réalisateur), le cadre des films en noir et blanc ainsi que la sublime interprétation de Mia Kirshner etc.), et puis, bien évidemment, du moins bien comme cette utilisation de couleurs qui flirtent avec le sépia pour figurer le Los Angeles des années 40. Aussi belle soit la photographie, que cela est maladroit ! D’ailleurs cela nous rapproche terriblement du Paris de Luc Besson d’ANGEL-A. Il faut bien voir qu'il s'agit là d'une réappropriation : c'est la manière dont ces cinéastes se représentent ces villes plutôt qu’une approche fidèle.

En fait, de Palma est toujours porté par l’espoir de faire un grand film. A chaque fois.

Nous avons souvent envie de lui dire se lâcher un petit peu. Ses films paraissent toujours trop cloisonnés, ce qui les empêche de développer une densité dionysiaque, comme nous avions pu le constater dans SCARFACE, CARRIE et surtout PHANTOM OF THE PARADISE. Aujourd’hui, il semble obsédé par l’envie de bien faire. Et c’est vrai que c’est bien fait. Cadres, lumières, direction d’acteurs, on peut se satisfaire du processus de création de Brian de Palma. Dans les écoles de cinéma, à ce moment-là. Car sur grand écran, l’objectif premier est de ressentir des émotions plutôt que de réagir intellectuellement face à ce qui nous est montré. Et de Palma ne fait que de l’intellectuel. MIA KIRSHNERPoussé à son paroxysme, c’est l’expérimentalisme de FEMME FATALE, dont nous avons parlé plus haut. Qu’est-ce qu’il nous raconte ? Où sont les tripes ? Et surtout : qui m’a piqué mon sandwich, bordel ? Nous avons l’impression que plus Brian de Palma maîtrise son art, plus il s’éloigne de ses désirs premiers, des émotions qui ont marqué de son empreinte son envie de concevoir des films. « Qui auget scientiam, auget et dolorem. » C’est donc le même désespoir que nous retrouvions chez les décadents, que de Palma s’ingénue à mettre en scène. THE BLACK DAHLIA est un film imbibé de décadence, car si l’histoire ne raconte pas celle du roman (inutile d’y revenir, tout le monde l’aura remarqué, et c’est d’ailleurs la plus ingénieuse trouvaille de Brian de Palma pour ce film), c’est quand même un prétexte tout trouvé pour une mise en avant de ce désenchantement. C’est ce que l’on nomme l’ironie enchevêtrée dans le désespoir. THE BLACK DAHLIA est avant tout un film ironique, bâti comme tel dans la structure de sa mise en scène, dans le choix des comédiens et jusque dans la cruauté perverse du meurtre commis, que nous ne verrons que très peu. C’est aussi le cas à travers l’ennui qui imprègne le milieu social des classes supérieures. La figure de la mère en est, de manière très figurative, la plus précise des représentations de cette décadence. De plus, la question de l’esthétisme décadent nous ramène à la grande tradition du baroque (l’esthétisme décadent est aussi esthétisme baroquisant dans la littérature). C’était du pain béni pour notre ami de Palma. Et conjointement, il y a Josh Hartnett, la représentation de la foi, l’idéal, l’espoir.

Nous venons de résumer ce qui compose les caractéristiques majeures du processus créatif chez Brian de Palma (oui, THE BLACK DAHLIA est bel et bien un film secondairement autobiographique). Nous comprenons donc pourquoi un prochain chef-d’œuvre de Brian de Palma est sans espoir. « Vanité des vanités, tout est vanité. »

            Pas d’espoir non plus dans le SHORTBUS de John Cameron Mitchell (déjà remarqué pour son pétillant HEDWIG AND THE ANGRY INCH). Un film qui satisfera ceux qui recherchent une vision plus fidèle de nos mœurs contemporaines que les visions fantasmées de la trop naïve série « Sex in the city ». Une vision toute synthétisée dans cette formidable réplique de Justin Bond, désignant le Shortbus et ses extravagances sexuelles : « C’est comme dans les années 60, l’espoir en moins. »

Voilà un film ingénieux quant à son esthétique sexuelle.

SHORTBUSSHORTBUS donne à voir du sexe, des scènes non simulées, des positions, de l’intimité. Pas de censure. Première notion d’intelligence. Là où d’autres se seraient contentés de décadrer ou de trouver des astuces visuelles pour masquer certaines parties, SHORTBUS s’affranchit de toute forme d’hypocrisie et choisit d’appeler une chatte une chatte. Le film est interdit aux moins de 16 ans ? Qu’importe ! Le propos nécessite le parti pris. Ce qui est encore plus attrayant c’est l’utilisation chronologique qu’il élabore autour de la composante sexuelle. Les premières scènes sont toutes en constats ludiques et se paient même le luxe d’être parfois très drôles (c’est un luxe car le film est tout sauf drôle, et si l’on revoyait SHORTBUS tout de suite après sa première vision il est peu probable qu’il ait le même impact humoristique). C’est la première époque du film. Celle qui s’identifie aux années 60. Ou plutôt au temps passé. Faire du sexe une célébration. L’espoir. Et puis, petit à petit, le film sombre dans l’héritage de cette politique. Les temps changent. L’époque est tributaire des ruptures sociétaires. Tristesse des personnes qui se perdent. On fait du sexe comme l’on appartiendrait à une communauté. Déviance. Pour tous ceux qui aiment le cinéma (je pense que l’on peut quand même en compter 2 ou 3 par ici), cela pourrait s’apparenter à l’émergence de la Nouvelle Vague et à l’influence qu’elle continue (tristement) à imposer.

Le film reste porteur d’espoir par sa fin. Cela reste hors de propos. D’ailleurs, il a beaucoup de mal à aller voir plus loin que cet énoncé. Même si l’analyse est absolument implacable, les enjeux sont clairement formulés et nous savons que les différents problèmes que rencontre cette population vont trouver une résolution ou, à défaut, un épanchement. D’ici-là, John Cameron Mitchell s’enferme dans la description de cette faune et dans une problématique qui ne sert qu’un discours. C’est de la lecture. Le montage hyperserré du début était beaucoup plus hospitalier. Une belle preuve de ce constant déballage est le peu d’originalité avec laquelle John Cameron Mitchell filme ces séquences : plans rapprochés quasi généraux. Là, ce n’est vraiment pas possible ! Allié à une photographie terne, le film rate une belle occasion de rallier toute une génération qui en aurait fait un film culte. « Tous les fleuves vont à la mer et la mer n’est pas remplie. »

            Encore dans les salles : ALL THE KING’S MEN de Steven Zaillan. Le film est en train de se briser lamentablement la tronche sur les écrans de nos salles en demi-teintes. Pas très étonnant. C’est épais, très épais, voire touffu. Et dans ces cas-là, ce qui compte c’est de donner un peu d’air au film, grâce à un montage millimétré. Vous repasserez donc, malgré les efforts de mise en scène de Steven Zaillan, et un casting de luxe. ALL THE KING’S MEN reste trop brumeux (comme à la recherche d’un classicisme enfoui) pour nous prendre là où il faudrait. Allez, avouez, vous aussi, que vous escomptiez secrètement voir un film avec Stéphane Bern en justaucorps bicolore et chapeau à grelots. Merci pour l’espoir !

Les américains ne sont pas si funky qu'ils le disent…

            Du côté de la comédie, « rien de nouveau sous le soleil ». NACHO LIBRE de Jared Hess n’est pas le grand film drôle qui aurait permis à Jack Black de distiller toute la démesure de sa démence. Nous le savons, c’est un comédien complètement fou qui a une légère tendance à en faire un poil trop. Savoir canaliser l’énergie de cet acteur ne doit pas JACK BLACKêtre une sinécure pour un metteur en scène, puisqu’il s’agit en même temps de ne surtout pas le brimer dans ses propositions. Ce n’est malheureusement pas Jared Hess qui sera celui-là. Il aurait cependant pu téléphoner à Stephen Frears pour lui demander des conseils. Dans HIGH FIDELITY, Jack Black était excellent, à mi-chemin entre le parfait abruti et le névrosé en représentation permanente. L’erreur de Jared Hess est de compter sur le talent de son interprète principal pour combler les lacunes humoristiques de son scénario. Car, de toute évidence, lorsque nous voyons NACHO LIBRE, ce qui saute aux yeux c’est le peu de rires qu’il arrive à déclencher. Il part d’une idée de départ plus que sympathique, mais pas assez forte pour constituer la trame de l’histoire. Chose dont ne bénéficie même pas le navrant YOU, ME AND DUPREE d’Anthony et Joe Russo. Mise en scène récalcitrante, gags éculés (comme disait la jeune mariée, le jour où elle avait des problèmes d’élocution) et personnages à gifler (notamment celui de Matt Dillon, doté d’une lâcheté incommensurable, qui fait craindre le pire pour sa santé mentale). Les comédiens n’ont rien à jouer, et ne jouent à rien d’ailleurs. Nous préférons retrouver ce monsieur Dillon dans un film qu’il a tourné deux ans plus tôt : EMPLOYEE OF THE MONTH. Seule réalisation à l’heure actuelle du comédien Mitch Rouse. Une demi-surprise, quand même. Parce que Mitch Rouse sait parfaitement nous emmener vers le sentier balisé que d’autres ont su si bien tracer avant lui. Le film s’oriente donc vers une sorte de dramatique à tendance auteurisante. Message en grosses lettres soulignées, absence caractéristique de musique, une tendance à composer maladroitement les cadres et une atmosphère lourde sur les enjeux du couple Dillon-Applegate (plus intéressante en tant que comédienne qu’on ne l’aurait cru). Le tout manque de rythme et de mise en scène, notamment la scène complètement ratée où cette dernière retrouve ce dernier dans son motel d’un soir. Confrontation statique qui se limite à un simple règlement de comptes. Comme si cela ne pouvait se faire qu’en se criant dessus. Nous ne verrons jamais ce qui les bouscule intérieurement. Jared Hess n’a jamais vu un film d’Ingmar Bergman.

Et puis, tout à coup, alors que nous nous laissons bercer par la douce léthargie dans laquelle le film nous enfonce, voici le retournement de situation. « Tout n’est qu’illusion. » Au-delà de cette réplique candide, le film se révèle et casse complètement tout ce qu’il avait établi auparavant. EMPLOYEE OF THE MONTH change de ton, devient une comédie, un scénario complètement secret et sinueux qui ne se dévoile que pour dire au spectateur à quel point il s’est fait berner de A à Z. Le procédé est très réjouissant, un temps. Comme nous repensons à tout ce qui s’est joué, l’intrigue ne fonctionne que vaguement. D’ailleurs, le scénario recherche toutes les combinaisons possibles pour flouter au maximum les véritables enjeux. Ce n’est pas très bien écrit, c’est assez mal dirigé, mais c’est assez exquis si nous songeons à l’irrévérence que tire Mitch Rouse face au film qu’il a décidé de détruire : le sien.

Je trouve cela très hitchcockien. Le savoir-faire en moins.

GATTACAEt puis, il faut aussi parler de JOHN TUCKER MUST DIE de Betty Thomas. Nous y allons sans bouder notre plaisir puisqu’il s’agit d’un film de lycée. Nous ressortons en boudant notre mémoire, qui nous fait maugréer que nous aurions dû nous souvenir que la réalisatrice était à l’origine de DOCTOR DOLITTLE et I SPY. C’est dire le niveau. Un avion vient de heurter un poteau téléphonique…

            Je me tape RENAISSANCE, le film d’animation de Christian Volckman. Comme ça. Pour voir. Par curiosité. C’est graphique. Le genre de film qui me plaît beaucoup car il y a toujours quelqu’un au générique pour s’occuper du casting (merci Monique Durlacher et Celestia Fox pour ces quelques atomes d’absurde contemporain) !

Tout de go : je ne trouve pas cela très intéressant. Contrairement à SIN CITY (même si le film a d’autres lacunes), RENAISSANCE ne bénéficie pas d’une forme avenante et génératrice d’excitations rétiniennes. Je trouve tout simplement que le noir et blanc manque de profondeur sur la dimension émotionnelle que nous sommes en droit d’attendre. Les personnages n’expriment pas grand-chose. Monolithisme. Richard Gere. Pas de subtilités dans les couleurs. Et pourtant, certains plans sont assez classieux et ont franchement de la gueule. Mais l’univers aseptisé ne signifie pas pour autant qu’il faille en faire de même avec ce qui se joue derrière ce qui nous est montré. Regardez comment, sous ses airs de publicité pour parfum, GATTACA était bien plus riche de pensées et d’envies sournoises. GATTACA c’est l’archétype même du film-complot. Rien n’est dit, tout est calme et bien ordonné en apparence, mais entre les lignes s’ourdissent les pires machiavélismes. RENAISSANCE n’extrait que le premier degré de son propos. Or, ce n’est pas à voir que donne le film, mais bien plus à entendre. Attention ! Révolution dans le cinéma : on se met à travailler sur le son ! Alors que RENAISSANCE s’enorgueillit d’une opération marketing basé sur son graphisme, c’est au niveau de l’ouïe qu’il nous surprend le plus ! Ecoutez la puissance de ces basses. On ose vraiment faire ça dans une salle de cinéma ? Les différences vocales sont très nuancées, on passe de sons directs à des sons filtrés dans la même phrase, et tous les sons sont d’une clarté magistrale. Ca, c’est du boulot. Pas con, en plus, puisqu’en totale harmonie avec le dessin. C’est étonnant à écrire mais c’est grâce aux sons que le film trouve une réelle atmosphère de bande dessinée.

Entendre du beau, voilà un concept que « La lumière vient du fond » ne désavoue certes pas !

            L’espoir comme une lumière du désespoir. Voir des films et garder espoir. Fouiner parmi les nouveaux. Revenir en arrière de temps en temps. « Il y a un temps pour tout. » Voilà. Et je m’en réserve pour me permettre de découvrir les œuvres inconnues de mes cinéastes préférés. Quand je pense que je n’aurai plus jamais le plaisir de découvrir un film de Kubrick ! Heureusement il reste Tarantino, Blier et Lynch. Et Bergman ? Ah, Bergman ! C’est vrai ! Bon, d’accord, il ne réalise plus que pour la télé mais l’avantage est que sa filmographie est vraiment dense.ANSIKTE MOT ANSIKTE Il y a encore quelques-uns de ses films que je n’ai pas encore vus. Parfois, j’en déniche un et j’attends le moment propice pour m’aveugler d’étoiles. Comme ce SCENER UR ETT AKTENSKAP que j’ai vu il y a quelques jours et dont je ne vous ai même pas parlé ! Grosse talmouse tridimensionnelle dans ma face ! J’en subis encore la persistance de l’acouphène. Il faut dire que le génie suédois était bien en avance sur beaucoup de points : le rythme, l’ellipse, la narration, la caméra frontale, les dialogues et même la lumière (sans vouloir sous-évaluer l’apport de l’autre grand génie de ce cinéma : Sven Nykvist). Et puis la direction d’acteurs, mais là, il est encore loin devant tout le monde pour de longues décennies.

ANSIKTE MOT ANSIKTE c’est à la fois tout cela et c’est encore plus. Nous retrouvons les névroses qui ont fait l’attrait populaire de son travail, et dont Lars Von Trier s’est plus qu’inspiré pour n’en extraire que la sève racoleuse de son cinéma lyophilisé. Dans ce film de 1976, tout débute comme la plupart du temps chez Bergman : la persona. Et puis nous découvrons, nous entrons petit à petit dans les univers intérieurs, bousculés et parfois érigés en barrières infranchissables. Liv Ullmann est hallucinante. Choc. Rarement une actrice aura été aussi bouleversante. Nous sommes là face à un mystère de la composition. Elle est indéchiffrable. Elle peut manifester n’importe quelle émotion et passer d’un sentiment à l’autre en une fraction de seconde (seul Louis de Funès, dans un autre registre, y arrive avec autant de facilité). Tout peut surgir chez elle, indépendamment de ce qu’elle est en train de jouer. Déstabilisante. Et ça, quoi qu’on en dise, ça fait tout de même partie de la mise en scène.

Mise en scène qui travaille une nouvelle fois dans l’épure. De longues scènes aux lumières faussement improvisées. Si vous cherchez à comprendre pourquoi les lumières ne cherchent pas à mettre en valeur là où l’œil est requis, regardez comment elles façonnent les visages. Parfois ils sortent de l’ombre, parfois ils sont éclairés de moitié, parfois elle les modèle avec des zones d’ombre de façon à figurer des masques mortuaires. Et là aussi, quoi qu’on en dise, c’est de la mise en scène.

Il y a tout chez Bergman.

Et dans ANSIKTE MOT ANSIKTE, c’est le regard sur soi-même qui est porteur du tout comme élément signifiant de nos vies. Lorsque vous vous retrouvez seul avec vous-même, que vous ne pouvez plus composer avec vos repères du quotidien et que vous abordez enfin la vraie recherche de vos stimuli vitaux, alors une dualité s’opère. Il y a d’un côté la jeune femme qui n’arrive pas à se faire violer parce que trop étroite, et de l’autre, celle qui est inerte, névrosée de son état et qui ne peut être sauvée que par l’autre. La mise en scène est simple mais percutante. Cette dichotomie, au centre de l’œuvre bergmanienne. Et le spectateur qui s’engouffre dans les entrailles béantes d’un monde froissé, maltraité, torturé, rejeté et désenchanté. C’est une descente (tiens, revoilà l’inconscient !) au fond des choses. Avec Bergman vous allez aussi loin que possible dans la restitution des maux internes. Et c’est beau. C’est beau comme si vous parveniez à trouver le Chemin des Solutions. L’espoir en moins.

10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 18:24

            « La lumière vient du fond » ne recule et ne reculera jamais devant rien pour vous. Ainsi se bousculent ici nombre de films aux horizons fort différents. Peuvent se côtoyer aussi bien le dernier blockbuster de Roland Emmerich que des films bénéficiant d’une ou deux copies sur la France, une vieille série B des années 50, un Bergman oublié, un film de Max Pécas que même M6 n’ose plus diffuser, une version restaurée d’un film de DAVID WARK GRIFFITHDavid Wark Griffith, les films de vacances de Madame Sampaio (c’est ma concierge), des films expérimentaux faits par des albinos néo-nazis et imprimés sur de la pellicule élaborée à partir de ganglions cancérigènes prélevés sur des jockeys juifs etc. La palette est donc volontairement très large. C’est du moins comme cela que je conçois la cinéphilie. Cinéphilie qui fut d’abord cinéphagie chez moi, ce qui m’a amené à aborder un maximum d’approches cinématographiques. Alors pourquoi réduire le cinéma à un genre, un auteur ou un pays ? Toutes les formes visuelles ne sont-elles pas reliées entre elles ? Nous connaissons bien l’influence des courts métrages expérimentaux sur les films de Martin Scorsese. Nous voyons bien à quel point la télévision a finalement réussi à imposer ses règles au documentaire. Nous nous rendons bien compte que, dans le futur, chacun pourra réaliser un film avec son téléphone portable.

Important : ne pas oublier que chaque métier s’apprend et que réalisateur est un métier.

Nous allons donc parler aujourd’hui d’une autre catégorie de réalisateurs. Ceux qui ont bel et bien appris leur métier dans une école de cinéma, mais dont personne dans leur entourage n’a jamais eu les « corones » de leur avouer qu’ils n’ont aucune once de talent pour que leur nom survive à nos mémoires collectives, si fines et si élitistes. Surtout la mienne. Pour se faire nous allons prendre un exemple particulier, celui de Renny Harlin. Ici, point de régime de faveur, tout le monde est logé à la même enseigne. Que l’on se nomme Kubrick, Von Trier, Peckinpah, Blier, Jugnot, Campion, Ozu, Warhol, Howard, Laughton, (bon, il va pas tous les faire quand même ?), Kaurismaki, Jeunet ou Harlin, les mêmes règles régissent l’avis que nous leur portons : la preuve par l’image. Le film avant l’œuvre. Le talent et rien que le talent. Renny Harlin pourrait avoir les meilleures intentions du monde, rien ne pourrait influer sur l’inimitié que je porte à ses films. Et non pas celle que je porte à ce réalisateur même. Vous remarquerez donc l’absence de jugement sur chaque artiste (en tant qu’être humain), l’œuvre n’étant pas la valeur référence pour ce genre de sentence. Ah bon ? Tous les acteurs qui incarnent des salauds ne sont pas comme cela dans la vie ?

Le peu de passion que je porte à la carrière de Renny Harlin ne vous aura donc pas échappé et vous vous demandez sûrement pourquoi j’ai décidé de parler de lui aujourd’hui, alors qu’il y a tant à dire sur d’autres réalisateurs plus talentueux (rien que de rajouter « plus » est une erreur). Détrompez-vous, il n’est pas plus intéressant de parler de Darren Aronofsky que de Renny Harlin. Que l’on n’aime pas ses films est une chose, mais je ne vois pas en quoi Harlin mériterait notre mépris.

En 2005, MINDHUNTERS était sûrement ce qu’il m’avait été donné de pire à voir au cinéma. Comme à peu près chaque fois que j’ai vu l’un de ses films. Ma cinéphilie me pousse donc à voir la quasi-totalité de ce qui sort, et, de ce fait, je ne coupe pas au nouvel opus de Renny Harlin. M’enfin, il pourrait quand même attendre 2 ou 3 ans avant de commettre ses nouveaux méfaits ! Certains pourront parler de masochisme, c’en est ! Et totalement assumé. Puisque j’en retire toujours quelque chose. Comme disait le jeune marié. Figurez-vous donc que son petit dernier sortira chez nous le 13 décembre prochain, sous le titre : LE PACTE DU SANG. Moi je trouve que THE COVENANT c’était plus vendeur, parce que là nous sommes tout droit dans la lignée du bon téléfilm que TF1 diffusera un après-midi (tiens, saviez-vous que ce mot est hermaphrodite ?) pluvieux, alors ce sera ça où une partie de Mille Bornes et ce sera ça parce qu’au moins on sait ce que l’on regarde alors qu’au Mille Bornes on espère toujours secrètement devenir un as du volant et on est souvent déçu. Avec Renny Harlin, jamais. Je vais même vous faire un aveu : j’ai été surpris. Allez, je vous explique. Oh, non ! Pitié ! On s’en fout, nous !

THE COVENANT est mauvais. Sans déconner ?!

Jusque-là rien de bien original. Juste que Renny Harlin signe cette fois-ci un film un peu moins mauvais que ses précédents. La chance d’être tombé sur un script où le fantastique permet beaucoup de choses dans la mise en scène. Là où Harlin nous faisait habituellement dresser les poils du torse lorsqu’il se permettait les pires imbécillités abracadabrantesques, ici tout est à peu près valide si l’on passe cela sous le sceau du surnaturel. Ne nous égaronsTHE COVENANTcependant pas. THE COVENANT n’arrive qu’à se hisser difficilement au niveau d’un téléfilm, du fait d’une histoire idiote, de séquences trop longues, d’un montage utilitaire, d’effets spéciaux que-je-fais-pareil-avec-mon-final-cut-chez-moi (on ne lésine pas sur la plupart des techniques à la mode, avec bien sûr de gros morceaux de bullet time, technique qui, je le rappelle, n’a pas été créé par le couple Wachowski pour leur prétentieux MATRIX (bien qu’ils s’en vantent) mais par le plus imaginatif Michel Gondry), de comédiens nullement dirigés (formule à double emploi) et de situations, dialogues et personnages complètement stéréotypés, sans relief, sale, nul, deux. Renny Harlin s’essaie à la mise en scène ; l’auriez-vous cru ? Très rarement, certes, mais à chaque fois par le biais des éclairages. La plupart du temps ils sont tous conçus en dépit du bon sens (allez savoir d’où proviennent les lumières en pleine nuit noire…), mais Harlin recherche un certain impact visuel. Des éclairages semblent sortir d’on ne sait où, mais confèrent au métrage une empreinte surnaturelle. Nous avons donc parfois droit à des lumières très travaillées qui mettent en scène certains personnages d’une manière iconographique, vraiment pas si dégueulasse que ça à regarder. Comme en témoigne la scène où les jeunes marchent à contre-nuit, et qui fut reprise pour l’affiche américaine. A part cela, ce n’est que du branlement végétatif, comme dirait le sergent Hartman dans FULL METAL JACKET. Le film est évidemment destiné à un public adolescent, exploitant la veine du fantastique sans jamais trouver à nous faire peur, nous émerveiller, nous fasciner ou nous surprendre. Tout est convenu de A à Z. C’est pratique puisque l’on peut faire autre chose pendant ce temps ! Les fans de Renny Harlin ne seront tout de même pas déçus car, si sa marque de fabrique consiste à essayer de nous faire croire, par d’énormes procédés malhonnêtes, tout ce qui ne peut pas arriver, le fantastique est employé pour expliquer les actes les plus spectaculaires des jeunes en question. Mais lorsqu’il s’agit de bâtir des situations cohérentes, Renny Harlin relit ses cours de cinéma qu’il avait pris en Finlande. Le résultat final nous apprend qu’il n’arrive plus à dépasser la barrière de sa langue maternelle. La preuve en est cette première scène au cours de laquelle les jeunes se retrouvent en haut d’une falaise morte. En bas est improvisée une rave party farineuse, en plein air, évidemment, pour que personne ne repère d’où vient cette puissante musique techno-débiloïde (qui accompagnera les scènes d’action du film, ben voyons !). Les amis se donnent donc rendez-vous sur le sommet surplombant la petite fête. Présentation lapidaire. Nous comprenons que le point de rendez-vous a été choisi de manière à être le moins logique possible. Au lieu de se dire : « On se retrouve à la fête, les gars. OK ? Vous trouverez facilement, c’est perdu au milieu de la forêt et on mettra la ziquemu à donf pour pas se faire poisser par les condés », la petite troupe préfère se filer rancard à cet endroit car il y a une petite malice scénaristique à faire passer. Comme les quatre z’amis ont des superpouvoirs supermaléfiques et qu’ils s’en servent même pas pour faire super le bien, Renny Harlin (en connivence avec son piètre scénariste J.S. Cardone, bien pire que Renny Harlin côté réalisation : THUNDER ALLEY, OUTSIDE OZONA, THE FORSAKEN… Plaisir des yeux !) se rend bien compte qu’il faut faire comprendre au spectateur, dès le début, que ces superadolescents superneurodéficients ne sont super pas comme nous. Ils sautent donc du haut de la falaise et se retrouvent plusieurs dizaines de mètres plus bas grâce à une superréception sur leurs superpapattes. Heureusement, « La lumière vient du fond » ne recule devant rien. Je me suis donc procuré un compte-rendu de la séance d’écriture entre Renny Harlin et J.S. Cardone pour cette première scène. Et comme je suis un monstre d’altruisme, je l’ai traduit en français spécialement pour vous, et puis aussi parce qu’en ce moment je prends beaucoup de coups cours de langues :

 

J.S. CARDONE : Bon, alors ? Qu’est-ce qu’on fait pour cette première scène ?

RENNY HARLIN : Et si ils se donnaient rendez-vous juste à l’entrée de la fête ? Ca paraît logique pour ce genre de soirée, non ?

J.S. CARDONE : Non, il faut une scène forte pour que le spectateur comprenne de suite que ces gars-là ont des superpouvoirs.

RENNY HARLIN : Ah ouais, pas con !

J.S. CARDONE : Et si ils se retrouvaient en haut d’une falaise ? Comme ça ils sautent, se retrouvent en bas et on a alors un indice sur l’étendue de leurs pouvoirs.

RENNY HARLIN : Qu’est-ce qu’ils iraient foutre sur une falaise ?

J.S. CARDONE : On n’a pas précisé leur Q.I. !

RENNY HARLIN : Je sais pas. Ca paraît bizarre, non ?

J.S. CARDONE : Et tes requins qui changent de forme dans DEEP BLUE SEA, c’est pas bizarre ça ? Et avoir épousé Geena Davis, faut pas être sacrément déglingué du bulbe rachidien ?

RENNY HARLIN : Je suis finlandais.

J.S. CARDONE : Oh, putain ! Désolé.

            Un temps.

J.S. CARDONE : Ils sont bizarres dans les mairies, en Finlande ! Ils n’ont rien fait quand tes parents leur ont dit qu’ils comptaient te donner le nom d’une pastille contre les maux de ventre ?

 

S’ensuit alors une grande discussion faite de noms d’oiseaux, de mots bizarres (pour ne pas dire finlandais), d’injures paléontologiques, de noms de joueurs de football turcs et de paroles de chansons de Jane Manson. Finalement, le travail reprend et, par une série de compromis, aboutit à une première version de la scène en question dont voici le coup de langue :

 

            Un jeune homme est allongé sur un lit, visiblement malade (pas le lit).
            Deux amis sont près de lui, cherchant à savoir ce qui lui arrive.

UN : T’es sûr qu’il n’a pas trop mangé ?

DEUX : Sûr. Il n’y avait que de la choucroute, ce soir. C’est pas lourd, la choucroute.

UN : Pas pour lui. Il n’a pas l’habitude de manger autant.

DEUX : Et alors ?

UN : Il a un petit estomac. C’est comme pour les enfants éthiopiens, faut pas leur donner tout de suite trop à manger. Sinon l’estomac se détend et… Et…

DEUX : Et… ?

UN : Je sais plus trop mais ça doit faire comme une sorte d’appel d’air.

DEUX : Un appel d’air ?

UN : Oui ! Comme dans les incendies.

DEUX : N’importe quoi ! Quand il y a un appel d’air c’est parce qu’il y a un manque d’oxygène. C’est l’oxygène qui crée la combustion. Est-ce qu’il est en train de flamber sur son lit ?

UN : C’est peut-être ça, alors : il manque d’oxygène.

            A ce moment-là, un requin géant sort de l’abdomen du jeune homme alité. Comme ils se trouvaient au bord d’une falaise, le requin saute et dès qu’il se retrouve en bas se métamorphose en pastille Rennie.

 

Vous comprendrez aisément pourquoi cette version n’a pas été retenue.

            Parlons un peu théâtre. « Dura Lex » c’est la pièce événement de l’écrivain new-yorkais Stephane Adly Guirgis, mise en scène par Marianne Groves.

Voici un très bon spectacle pour tous ceux qui, comme moi, s’emmerdent au théâtre.

La pièce est très vivante par les différents thèmes qu’elle aborde. L’écriture est l’un des composants essentiels du succès de la pièce. Elle vous fera vous interroger sur le règne de la loi par la peur, le terrorisme psychique, la graduation de toute forme de loi, la déshumanisation des condamnés et encore plein d’autres sujets passionnants. Le couplet sur le rôle de Dieu est un peu trop long à mon goût, en bon athée provocateur que je suis. C’est surtout la place du prisonnier en retrait de nos regards qui est l’enjeu principal. Enferme-t-on certaines personnes pour ne pas avoir à être confronté à l’ambiguïté qu’une relation pourrait générer ? L’idée de faire discuter deux prisonniers comme deux hommes libres permet de faire passer cette barrière plus facilement.

La direction d’acteurs est fabuleuse. Edouard Montoute est prodigieux, ce que nous savions déjà au cinéma. Il campe un Lucius dont la force de conviction est l’atout maître. Varié, subtil, puissant et charismatique, il est extrêmement à l’aise dans ce personnage d’handicapé physique. Beata Nilska est tout aussi convaincante, même si elle se laisse dépasser par l’énergie que Marianne Groves a essayé de mettre en place. Il faut en effet noter que tous les acteurs sont dirigés de manière à ce que chaque personnage soit dans une sorte de furie intérieure, ce qui confère un dynamisme particulier aux scènes d’affrontements verbaux. Beata Nilska ne nuance pas cet effet dans ses autres apparitions. Thierry de Peretti est tout aussi juste en contrepoint d’Edouard Montoute. Morgan Perez, lui, est plus caricatural dans son rôle de maton. Il cherche à composer une brutalité sans malice et un respect forcé, qu’il ne maîtrise pas. Son personnage manque de violence et de danger. Enfin, John Berrebi est particulièrement émouvant, même s’il « fabrique » légèrement sa dernière scène. Scène qui, entre parenthèses, est absolument immonde quand à la recherche des larmes de la part de l’auteur.

La mise en scène est minimaliste et se concentre sur les quelques éléments majeurs nécessaires à la mise en place (les confinements des reclus, les postes du maton, les parloirs…). Parfois cela sonne assez faux, notamment lorsque John Berrebi commence à jouer aux cartes sur une table. C’est faux car cela n’est pas nécessaire et ne signale qu’un artifice de mise en scène pour combler le manque d’occupation du comédien. Et puis, il faut aussi noter une utilisation un peu classique des lumières, mais assez convaincante quand aux délimitations des cadres des situations.

« Dura Lex » est une pièce bouleversante sur le retrait de certains hommes de la société.

Des personnes qui ne participent plus de rien. Ils n’ont plus que leur faculté de raisonnement, leur bagage émotionnel et intellectuel pour porter un regard sur ce qui les entoure et les juge. La loi est dure. Encore plus quand elle agit comme une déportation.

La pièce est actuellement en tournée et sera notamment le 14 novembre 2006 au théâtre des Trois Ponts à Castelnaudary.

CHILDREN OF MEN            Terminons par LE film à voir actuellement dans les salles. Il s’agit de CHILDREN OF MEN, réalisé par Alfonso Cuaron, à qui nous devons surtout le très surprenant Y TU MAMA TAMBIEN.

Epoustouflante mise en scène avec des plans tournés sans discontinuités. Il n’est absolument pas question de plans-séquences comme j’ai pu le lire ailleurs. En tout cas, cela crée une situation de désordre et de confusion sur chaque moment d’action. Proximité des risques. Insécurité constante. Comme si, dans ce futur, il était besoin d’être constamment sur ses gardes, le danger pouvant venir de n’importe qui et surgir de nulle part. Ce qui est d’autant plus réussi que le réalisateur ne recherche pas le style documentaire. Suivre au plus près ses personnages, uniquement. Cela n’a rien à voir. Qui plus est, notons que le cadre est toujours pertinent dans ces moments-là.

Le scénario n’est que celui d’un but à atteindre. Mais le dénouement est moins important que le processus qui y mène. Toujours. Nous nous prenons alors d’affection pour beaucoup de ces personnages qui sont aussi proches de nous que possible. En témoigne Clive Owen qui ne se servira jamais d’une arme, alors que nous ne comptons plus ceux qui se tirent dessus autour de lui. Après tout, c’est une vision assez juste d’un homme lambda qui n’a que faire d’une arme dont il ne saurait se servir. Etonnant comme dans beaucoup de films les héros tirent comme s’ils avaient su le faire. Point de cela ici. Comme vous et moi. Que feriez-vous d’une arme ? Clive Owen réfléchit avec les moyens qui sont à sa portée. C’est bien vu.

Signalons aussi le piège du futur proche qu’Alfonso Cuaron a su éviter.

Visionnez ALIEN NATION de Graham Baker pour vous rappeler tous les pièges à éviter. Vingt années nous séparent. Pas de quoi prévoir un bouleversement complet du monde. Certains postulats suffisent, comme la perte de fécondité, le chaos général (beaucoup plus proche de nous que celui des deux suites de MAD MAX !) ou ce qui est arrivé à Madrid.

Du cinéma palpitant, nerveux, parfois émouvant et toujours très sincère. SAVING PRIVATE RYAN calibrait un débarquement à bases d’images décadrées et qui plus est manquantes (oui, oui, Spielberg avait choisi de retirer des images dans un style qui fut repris par de nombreux réalisateurs, c’est un comble !). Regardez plutôt ici comme Alfonso Cuaron reste fidèle avec l’idée de faire du cinéma. Vous êtes au cœur de l’action, la sincérité visuelle renforce l’identification, vous n’êtes plus seulement spectateur, vous ne participez plus à quelque chose, vous participez de quelque chose.

3 novembre 2006 5 03 /11 /novembre /2006 01:41

PERFUME : THE STORY OF A MURDERER            Je me suis décidé à aller voir PERFUME : THE STORY OF A MURDERER de Tom Tykwer un peu par hasard. A cause de cette irrépressible envie de voir du cinéma. Débarquer devant le cinéma le plus proche (la joie de ne pas avoir de carte illimitée !) et vous laisser guider par l’affiche qui exquise le plus vos pupilles. Tu peux me rappeler quel dictionnaire donne une définition précise du verbe « exquiser » ? Après tout, pourquoi ne pas décider d’aller voir un film de cette façon ? Ce n’est pas plus bête que d’aller voir INDIGENES parce qu’il paraît que c’est un film utile. D’ailleurs, il n’existe pas vraiment de recette infaillible pour bien choisir un film. La plus viable reste encore de choisir en fonction du réalisateur (quoique… Gageons qu’il y a fort à perdre à donner son pécule pour le prochain Brian de Palma : THE BLACK DAHLIA). Et cela tombien parce que Tom Tykwer est dans mes petits papiers. Certes pas depuis le surestimé LOLA RENNT, mais plutôt grâce à son suivant : DER KRIEGER UND DIE KAISERIN. J’aime beaucoup certains de ses effets de style, notamment lorsqu’il abuse de longs travellings afin de souligner ce qui se trame. Il a la qualité de savoir les accompagner d’une tension régulière qui emporte notre attention au sein d’un suspense marqué. Cela tient à l’accaparement du public comme Kubrick savait le faire. Chez Tom Tykwer la fonction est beaucoup plus hypnotique. C’est difficile à percevoir si vous n’avez que LOLA RENNT en tête. On le retrouve aussi chez Sergio Leone.

La distension du temps comme héritage du cinéma japonais.

Dans PERFUME : THE STORY OF A MURDERER, Tykwer utilise encore ses recettes pour mettre en scène cette singulière histoire. Et c’est tant mieux car, connaissant la légende qui entoure le film, ce qu’il pouvait y avoir de pire c’est qu’un petit réalisateur (ou Ridley Scott) reprenne les rênes du roi Süskind et s’attelle à la tâche. Mot judicieux vu le réalisateur que nous venons de citer. En effet, avec un tel matériau il fallait quelqu’un qui puisse apporter autre chose qu’une simple resucée visuelle du roman. Au cinéma, le plus grand danger pour une adaptation est de rester fidèle à la forme littéraire de base. Même si cela est bien fait, ce n’est jamais vraiment très intéressant. L’exemple le plus populaire en est GONE WITH THE WIND. A ce moment, je préfère lire le bouquin. Euh… Moi, si j’ai le choix, je préfère quand même jouer aux Hippos Gloutons. Pour moi, une bonne adaptation cinématographique est une histoire qui part de l’essence même du livre, qui en élague tous les détails inutiles, refond la mise en scène dans une épopée picturale aussi riche que les possibilités imaginatives qu’offre le roman, et aboutit sur une nouvelle œuvre indépendante. C’est pour cela que je trouve toujours plus que stupides les comparaisons « livre et film ». Un film doit pouvoir fonctionner sans que l’on ait lu le livre ! Il n’y a bien qu’en cinéma que l’on fait cela. Est-ce que l’on juge une sculpture d’après son modèle ? Comme on dit chez moi : « On ne juge pas Fontaine d’après Bataille ».

A l’occasion de la sortie de PERFUME : A STORY OF A MURDERER, ce fut exactement la même chose que d’habitude. Toutes les critiques que j’ai lues ont invariablement ramené le film au livre. Moi, j’ai un gros avantage, c’est que je n’ai pas lu le roman original. Et ça, ça a une valeur énorme. Quand il s’agit d’un chef-d’œuvre s’entend. Quand il ne s’agit que d’un vulgaire roman de gare comme le « Tell no one » d’Harlan Coben (que Guillaume Canet a adapté au cinéma, et qui est sorti avant-hier), c’est plutôt un privilège que de connaître cette histoire même pas bien écrite, où l’on tourne la dernière page en sachant qu’on n’ira jamais dépenser un seul dollar d’euro si un idiot se charge d’en faire un film. En même temps, nous savons déjà que c’est Marie-Josée Croze qui a refroidi Guillaume Canet, d’où l’inutilité de se rendre en salles.

Parlons un peu du film. Qui est assez réussi, d’ailleurs. Assez réussi (dans le sens où il est vraiment très plaisant à suivre) car Tykwer arrive doucement à imposer son style, à coups de détails sans effets, d’univers où l’agencement des couleurs forme des compositions picturales élaborées, et puis de longues scènes hypnotiques. Et plus c’est long, plus c’est bon, comme dirait la jeune mariée. J’ai employé l’adverbe « doucement » car vous remarquerez comme il arrive à insinuer tout cela petit à petit. D’abord, il faut dire que la reconstitution historique est vraiment superbe. La saleté, la puanteur, le climat, la pauvreté, les sentiments bêtes et méchants, tout contribue à donner une image assez crédible de ce qu’a pu être Paris à cette époque. La représentation des immondices est particulièrement édifiante tant l’hygiène semble être un mot qui n’a pas encore été inventé. - Quand on pense que le TOP 50, le questionnaire de Pivot et Larusso n’existaient pas encore ! - Oui, mais en même temps, ils ne connaissaient pas le fist-fucking ! - C’est vrai. La mise en scène de la misère est un peu plus simpliste. Cela se remarque à chaque fois que le propos s’installe dans une démonstration outrancière. Telle en est la naissance de Jean-Baptiste Grenouille. Le film n’a pas besoin de ces spectacles outrés qui cherchent à aller au plus profond de l’infect, du nauséabond, du dégueulasse, dans une recherche de heurt qui n'a pour dessein que préparer le terrain pour mieux nous attendrir. C’est ce qu’il se passe lorsque le bébé paraît et que sa mère l’abandonne au milieu des détritus. Si on ne cherche pas les pleurs, on dira qu’on ne l’a pas fait exprès ! On dirait du Lars Von Trier tellement la manipulation est grossière dans tout ce qu’elle a de plus putassier. Seulement il n’y a pas d’idée derrière cela. Je veux dire qu’à ce moment-là, la description est déjà figée. Le spectateur s’est déjà fait son impression sur Paris. Rien ne justifie l’ignominie de cette naissance. C’est un peu comme la scène de cannibalisme à la fin. Ratée, mais pour d’autres raisons. Elle ne repose effectivement que sur un choc narratif que Süskind a sûrement voulu encore plus élevé sur son échelle graduelle du sensationnel. Le problème vient en fait de la mise en scène. Nous avons beau nous repasser la scène dans tous les sens (soupirs exquis de la jeune mariée), elle ne fonctionne vraiment sous aucun point de vue. Je pense qu’elle doit déjà pas mal peiner dans le bouquin, mais ici Tom Tykwer ne prend même pas le soin de jouer la vérité finale. Ce geste que va avoir Jean-Baptiste Grenouille, ce n’est pas avec lui que nous avons le plus de mal, après tout, il n’y a pas d’idées stupides au cinéma, comme disait la jeune mariée. Euh, non ! C’est Kubrick cette fois-ci. Mais dans la cohésion fictive du réalisateur au public, personne ne marche car nous ne disposons pas de suffisamment d’éléments pour parvenir à recréer la justesse de la situation. Du cannibalisme ? Pourquoi pas ! Je ne vois pas pourquoi l’idée serait grotesque. La scène le devient car Tom Tykwer n’a pas réussi à nous montrer la fin de Jean-Baptiste Grenouille. Les sales charclos de l’époque se jettent sur lui. Plaquage. Mêlée. Et puis tout le monde se relève. Sauf JBG. Mangé ! Happé ! Oui, seulement au rugby, il y a de l’action, du mouvement, et à la fin le ballon sort de la mêlée. On a envie de voir la chair déchiquetée (alors, mon gars, tu voulais nous en montrer du bien dégueu tout à l’heure, voici l’occasion maintenant et tu n’y sautes même pas dessus ?), des cris de gens affamés, un corps qui se disloque, et puis par-dessus tout : des os. Des vestiges. Cannibales, d’accord, mais les os ? Le détail qui tue. La cohésion fictive, bordel ! Le spectateur est prêt à tout croire mais, à la fin, la vérité est dans son œil. Ce qui est rageant c’est que Tykwer s’ingénue à mettre en place son histoire pendant plus de deux heures et, finalement, il semble caler sur une faute d’inattention. Il détruit tout son film d’un simple claquement de doigts. Nous sommes en plein David Fincher, lui qui fait la même chose à la fin de quasiment tous ses films.

Tous les films de Fincher passent à un Twix d’être des chefs-d’œuvre.

Un peu plus tôt dans PERFUME : THE STORY OF A MURDERER, nous avions été heurtés par la scène d’orgie, sensiblement la même chose que celle dont nous venons de discourir. Scène très étrange qui ne fonctionne absolument pas. Et si je dis « étrange », c’est parce qu’elle est pourtant fort réussie, mais elle ne passe pas le support visuel. Là encore, le film souffre de tous les excès du livre. Ce n’est pas ce qui s’y passe qui me dérange. J’ai pour habitude de croire que la vie est toujours plus horrible que tout ce que l’on pourrait nous faire croire au cinéma. Il n’y a qu’à regarder la rubrique « faits divers » et vous verrez que les scénaristes sont encore loin du compte. Mais le problème, c’est aussi beaucoup le spectateur, celui qui lit le journal en se disant : « Non, ce n’est pas possible ! Ce serait dans un film on n’y croirait pas ! ». Il est bien là le nerf de la guerre : quand c’est dans un film vous n’y croyez pas. La scène d’orgie dans PERFUME : THE STORY OF A MURDERER, je n’y crois pas, pas parce qu’elle n’est pas plausible (je rappelle que le cinéma n’est pas une histoire de crédibilité ; il y a bien des films avec des vampires qui marchent à 100% !), non, je n’y crois pas car elle est hors du domaine narratif qui nous a été proposé jusque-là. Et cette fois-ci je ne pense pas que ce soit la faute de Süskind mais plus celle de Tykwer. Après tout, je me dis qu’avec tous ces éléments nous ne sommes plus dans quelque chose de très réaliste, mais aux portes d’un monde un peu plus étrange, peut-être plus caricatural, en tout cas certainement plus mystérieux, globalement fantastique. Fantastique, voilà. C’est exactement ce qu’aurait dû être PERFUME : THE STORY OF A MURDERER, une transposition d’une réalité un brin déformée où les bébés survivent au milieu des détritus, où les morts inexpliquées surgissent chez chaque personne que Jean-Baptiste Grenouille quitte, un don pour ce dernier qui est dans la veine de tout ce qu’il y a de plus fantastique, le même don qui va lui conférer un pouvoir fascinant capable de faire tout ce qui ne peut pas arriver dans une réalité connue, et enfin une mort aussi fantasque que l’aura été son destin. Jean-Baptiste Grenouille est d’ailleurs lui-même complètement en dehors de cette réalité du quotidien. Il vit dans le silence, la nuit, la nature, l’isolement, le mutisme. C’est un être qui n’a pas grand-chose d’humain. Aussi amoral que la nature, qui semble être sa vraie famille. Contraste étonnant avec le monde des humains où ce qu’il recherche (le parfum) est tout le contraire de quelque chose de naturel. Lorsque les deux mondes se confrontent… Exactement comme dans un film fantastique, donc. Il est ici possible de mentionner le LADYHAWKE de Richard Donner, exemple de script mélangeant avec beaucoup d’efficacité ces deux univers, sans jamais paraître grotesque. Et pour avoir recours au fantastique dans la mise en scène, pourquoi ne pas aller fouiller vers quelque chose de plus baroque, voire de carrément abstrait (ce qui pouvait être sûrement plus efficace pour essayer de rendre les odeurs que le livre essaie de décrire. Cela étant dit, le parti pris de Tykwer, sur ce point, est plutôt assez intelligent. Malheureusement intellectuel aussi). Je tempèrerai toutefois mon discours en vous assurant que la scène est pourtant extrêmement bien réalisée par Tom Tykwer. C’est un délice d’épanchement des pulsions dans une douce folie où les dizaines de corps s’entremêlent (ainsi que ceux des plus hautes instances ; tiens pourquoi pas Alan Rickman ?), filmés sans voyeurisme et avec juste ce qu’il faut de nudité. A ce titre, je voudrais vous renvoyer à TORREMOLINOS 73, qui a tout compris à ce qu’il faut montrer et jusqu’où aller quand on doit exposer des corps face à la caméra. Et enfin, une dernière parenthèse, puisque nous en parlions, pour décerner une mention spéciale aux figurants de ce film, bien sûr pour cette scène (regardez-les tous et voyez jusqu’où ils vont !) mais aussi pour certaines scènes bien antérieures, notamment lorsque le peuple veut se faire justice au tout début du film. C’est rare de voir des figurants jouer comme des premiers rôles. En tout cas, cela est forcément dû à une volonté de direction d’acteurs qu’il convient de saluer car c’est vraiment grâce à ce genre de petits détails que la différence s’effectue.

Terminons donc sur les comédiens puisqu’il y a beaucoup à dire.

Commençons par la révélation Ben Whishaw. La seule chose que je savais en allant voir le film c’est que, dans le livre, le héros est laid. Mais vraiment laid. Le genre qui fait décoller la rétine. Du coup (si on n’a plus envie de parler de cinéma) on peut toujours se demander pourquoi le réalisateur a choisi quelqu’un de franchement pas repoussant, à part le critère marketing que l’on peut comprendre. Mais la question est un peu sans intérêt. Beau ou pas beau, le livre le requiert peut-être, mais dans le film, tout passe. Et puis il y a de charmantes jeunes filles aux cheveux délicieusement teintés. Et puis il y a Alan Rickman, sublime quand il est en sobriété et guidé de main de maître. Et puis… Et puis, au détour d’une scène, il y a la surprise. Il y a l’ange qui se cache derrière un film au titre trop évocateur. Il y a celle qui relance l’intérêt du film, là où une petite longueur commençait à s’installer. La longueur se téléporte. Sara Forestier. Divin rayon de soleil. Sublime vivacité de la jeunesse. Un peu d’astuce, beaucoup d’espièglerie. Une scène où elle est à nouveau incandescente. Eau froide. Eau froide. Pense à de l’eau froide. Enfin, un petit mot sur Dustin Hoffman, l’une des carrières les plus surfaites d’Hollywood, avec Harrison Ford. C’était quand la dernière fois que vous l’avez vu faire le comédien, le Dustin ? Pas dans PERFUME : THE STORY OF A MURDERER. Assurément. Il nous refait le coup du gars pas mature pour deux sous, veule et gentiment maladroit, juste ce qu’il faut pour s’assurer les faveurs féminines. Il n’a jamais joué autre chose. Dans PAPILLON ou LE LAUREAT, cela peut passer, évidemment. Ici, c’est une erreur de casting évidente, et qui plus est risible. La touche du pauvre Hoffman, maquillé et perruqué ! Ca, c’est grotesque. Sortir les vieux pour vous faire rire. Ca ne vous rappelle pas quelqu’un ?... Paul Préboist !

Le film a certainement déçu cette grande majorité de critiques qui ont lu le roman original et qui ne savent pas faire la part des choses. Ce n’est pas une raison pour ne pas faire la part de son métier, qui devait être consacrée à PERFUME : THE STORY OF A MURDERER. Non seulement le film n’a que très peu de lignes pour presque chaque critique (je le redis, je ne les ai pas toutes lues), mais ce qui est un peu plus abject et vulgaire (et qui m’aurait profondément plu si j’y avais trouvé un semblant de finesse et d’esprit) c’est que chacun y va gaiement de sa petite cocasserie en rapport avec le titre du film (« LE PARFUM, un film qui pue » etc.)

            Nous n’allons pas médire du film de Danièle Thompson : FAUTEUILS D’ORCHESTRE. C’est sûrement une réalisatrice fort peu compétente, mais LA BUCHE avait un peu de gueule. FAUTEUILS D’ORCHESTRE guère plus. Le montage n’est pas trop con, ce qui lui confère un rythme un peu moins ventripotent que la plupart des films français. Mais côté mise en scène, c’est quand même très plat. Elle aurait pu diriger les comédiens, quand même ! En plus, quand on réunit ce casting, il n’y a quasiment plus rien à faire ! Et puis le scénario, niveau émotions, faut quand même creuser profond pour trouver du pétrole. Oui, mais tout à coup, il y a la petite perle. Dupontel qui commence son récital. Il s’arrête. S’adresse au public. Enlève ses vêtements parce qu’il a chaud (moi, je l’aurais fait mettre complètement à oilpé tant qu’on y était, mais bon, le film doit être tous publics, tu comprends). Et là, avant d’aller se rasseoir, il y a ce moment. Le plus beau du film. Un moment d’une rare intensité. Ca y est, nous sommes partis, nous sommes ailleurs. Cela ne rattrape pas tout, mais rien que pour ça, je continue à être persuadé qu’il y a toujours quelque chose à sauver, même dans les pires bouses.

            2005. L’ICEBERG est un drôle de film drôle. Belge. Réalisé par Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Un humour fait de petits riens et de non-sens que les français, évidemment, ne veulent pas dans leurs produits. « Chez les autres, d’accord. Mais chez nous, jamais. Trop casse-gueule. » Quelle bêtise ! C’est à pleurer. Quand on voit L’ICEBERG, on se dit que tout reste à faire en France. Et une nouvelle fois, preuve est faite qu’il n’y a pas besoin de beaucoup de mots pour amener une salle à s’esclaffer de rire. C’est universel.

La scène du début est absolument hilarante.

La surprise, bien sûr. Ensuite ce sera encore l’occasion de faire face à de grands moments humoristiques. Et puis après, cela se calme un petit peu. On va sûrement dire que le film flirte avec le cinéma de Tati, mais attention, Tati c’est tout sauf L’ICEBERG. Tati, c’est la nostalgie comme critique du monde moderne. L’ICEBERG c’est un comique de situation et, plus rarement, de gestuelle. C’est un vrai film iconoclaste, indéniablement. Avec un vrai charme naïf et un brin suranné. Alors, bien sûr, nous pouvons y déceler quelques longueurs, mais que cela fait du bien de voir enfin un film qui sort des sentiers battus, qui ne joue pas avec l’académisme cinématographique ambiant et qui souhaite nous faire rentrer dans une forme d’humour qui ne cherche rien d’autre qu’à avoir l’impact qu’on lui suppose. Et c’est déjà beaucoup quand on pense à tous les MEAN GIRLS, ESPACE DETENTE, THE 40 YEAR OLD VIRGIN et autres IZNOGOUD qui nous ont emmerdés l’année dernière.

            Cette année, par contre, nous allons nous faire emmerder par Woody Allen.

SCOOPEncore ? Mais c’est tous les ans, alors ? Sauf qu’en 2005, il nous offre MATCH POINT et là, il surprend tout le monde au lieu de faire son bon petit film pépère de l’année. Eh bien, en 2006, c’est reparti comme au bon vieux temps. Monsieur Allen, que vraiment j’aime beaucoup (mais pas tout, c’est normal, un par an ça ne peut pas être tout le temps le rendez-vous du label qualité), nous la refait réalisateur de brasserie avec son dernier opus : SCOOP. Gentille petite comédie qui ne décevra personne, donc qui décevra tout le monde, tant l’intrigue est convenue, le dénouement attendu et puis vous n’aurez rien de plus. Même pas de vrais bons dialogues comme lui seul sait s’en écrire. A peine 3 ou 4 répliques drôles. Trois petits tours et puis s’en vont.

C’est un peu toujours la même chose dans ces cas-là. La mise en scène est inexistante. Mais rien de chez rien. Même pas un iota de début d’embryon de molécule. C’est le Ténéré. Soit le personnage tripote quelque chose dont nous ne savons pas à quoi cela va lui servir, soit il est en train de se faire à manger, s’il ne mange pas déjà. Le placebo à toute mise en scène aux Etats-Unis : la boustifaille. Je crois que le pire c’est dans A PERFECT WORLD de Clint Eastwood, qui a toujours eu des problèmes de ce côté-là, lui aussi. Je pense que l’équipe à dû finir obèse à la fin du tournage car ils sont tout le temps en train de manger ou de boire un truc pour combler le vide qui enduit leurs mains. Mais qu’ils passent plutôt leur temps à se peloter ! Des mains sur des seins et des pantalons déformés, voilà qui serait conceptuel ! Et en plus, il y aurait du public dans la salle ! Chez Woody Allen, c’est pareil. Personne ne se touche suffisamment. En plus, il commet la même erreur que pour la bague dans MATCH POINT, et dont je vous avais livré le secret, petits veinards que vous êtes ! Pareil, donc : tant qu’il ne nous a pas montré que ce qui devrait arriver, arrive, la porte reste ouverte aux suppositions, et il devient donc facile de deviner comment le film va se terminer.

Du bon petit travail d’honnête gars qui ne force pas son talent. Cela fait passer le temps en bonne compagnie. Mais, une nouvelle fois, Woody Allen ne fait plus de cinéma. En même temps, nous serons moins tristes le jour de sa mort puisque nous serons préparés.

27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 19:57

L’ASSASSIN HABITE AU 21

MELISSA P.

AMERICAN DREAMZ

JEAN-PHILIPPE

SCREAM

SEX TRAFFIC

LA PETITE JERUSALEM

THE END OF THE AFFAIR

PULSE

BRICK

THE DEVIL WEARS PRADA

THE BREAK-UP

et OTLEY.

Quelques bonheurs assez diffus et de grandes plages d’insignifiance. C’est une question d’époque, via nos préceptes économiques et les considérations de nos mœurs. La période actuelle est un fossé cinématographique (qui lorgne vers la cuvette). Il y a plein de choses très intéressantes et parfois émergent de vraies perles, mais vu le nombre de films qui nous sont proposés, nous sommes face à un processus laborieux où le manque de rigueur artistique ne parvient pas à ébranler les exigences marketing en place.

De toute façon le bonheur se raconte mal.

MARTIN SCORSESENous n’allons toutefois pas pleurer sur ce qui se présente à nous car, s’il reste aujourd’hui difficile de trouver un film assez excitant pour aller s’enfermer dans une salle de cinéma, les deux bons gros mois qui vont clore l’année cinéma 2006 vont être source d’assouvissement exacerbé de notre curiosité. Vont ainsi se succéder le Woody Allen (SCOOP), le Brian de Palma (THE BLACK DAHLIA), le Christopher Nolan (THE PRESTIGE), le Scorsese (THE DEPARTED, mais ce n’est pas une raison pour oublier son prénom), le Paul Verhoeven (ZWARTBOEK), le Darren Aronofsky (THE FOUNTAIN), ainsi que quelques mystérieux : NACHO LIBRE, SHORTBUS, BORAT, FAST FOOD NATION et RED ROAD. Je sais, voilà du lourd ! On pourra même trouver un Eastwood qui me fait un peu trop peur pour le citer. Vu la bande-annonce en salles et j’ai bien l’impression que notre bon vieux Clint ne se soit un peu trop dévoilé cette fois-ci. (Puisque nous parlons de bande-annonce, j’ouvre ici une parenthèse pour mettre en avant celle du nouveau film de Stephen Frears : THE QUEEN. Je ne savais pas que l’on faisait encore ce genre de niaiseries dignes d’un téléfilm sur M6 l’après-midi. Nous y trouvons une des plus belles occasions de rire, mais aussi de pointer du doigt les concepteurs, puisqu’au milieu des différentes images du film nous pouvons y lire le carton : « Une femme face à son destin ». Il ne manque plus que la voix grave et nous y sommes. A venir : « A man and a woman who believe in dreams ».) Nous l’aimons bien, le gars Clinton, il faut bien l’avouer, mais nous apporterons un sérieux bémol quant à ses prétentions de metteur en scène, nous en avons déjà parlé il y a peu. Or, FLAGS OF OUR FATHERS tendrait à démontrer sa vision étriquée de l’héroïsme et sa philosophie malsaine de glorification des armes et des luttes qu’elles servent. Clint Eastwood = Charlton Heston, ne nous leurrons pas. Une facette du personnage étrangement passée sous silence chez nous. Alors, bien sûr, Heston ferait sa propagande par film interposé, nous ne serions pas loin du phénomène que nous avions connu lorsque Mel Gibson faisait la sienne dans THE PASSION OF THE CHRIST en 2004. Mais notre bon Clint jouit d’un capital sympathie qui va encore faire juger les critiques à travers le message de glorification qu’ils vont y voir. Les mêmes qui considèrent INDIGENES comme un film essentiel. Conneries. Uniformisation sous couvert d’une pensée universelle. Eux qui dénonçaient hier le manichéisme américain. Car INDIGENES c’est quand la plus belle arnaque organisée, dans vos salles, en 2006. Laideur d’une vision imposée sur ce qui s’est vraiment passé. C’est prêcher parmi des convaincus qu’ils ont raison d’être convaincus. Mais quid des sujets qui posent questionnements ? Et qu’en est-il des antithèses ? Mise à mal de la liberté d’expression. Tant pis pour vous ; si vous cherchez toujours à savoir si les bons ont raison de ne pas avoir tort, alors vous êtes un con ou un fasciste. Belle conception ! Heureusement que le talent ne se mesure pas à l’applaudimètre.

Nous avons donc bien fait d’attendre avec impatience cette fin 2006, qui s’achèvera en beauté par THE FOUNTAIN, le 27 décembre, et dont j’ai personnellement entendu le plus grand bien. Sûrement le film que j’attendais le plus cette année, avec le Terrence Malick. Il est encore un peu matin pour dire s’il suivra les mêmes traces.

            En attendant vérification de nos préjugés (que nous vous encourageons à ne jamais abandonner, vous aussi), arrêtons-nous un peu sur ce qui se discerne plus aisément.

KEVIN WILLIAMSONAviez-vous remarqué comme les scénarii de SCREAM et de L’ASSASSIN HABITE AU 21 se ressemblent étrangement ? Kevin Williamson n’a rien inventé, nous le savions depuis longtemps, mais il est étonnant de s’apercevoir qu’il n’y a dans SCREAM aucune grande idée qui n’ait déjà été exploitée dans le film de Clouzot (- Tiens, encore un cinéaste qui n’a pas de prénom ! - Ah bon ? Il n’est pas inspecteur ?) Le tueur (qui est en fait plusieurs), évidemment, mais aussi beaucoup d’emprunts dans la construction narrative (exemple : une première scène de meurtre où le meurtrier se cache), dans les composantes des personnages (exemple : les archétypes extrêmement forts des pensionnaires dans L’ASSASSIN HABITE AU 21 et ceux des lycéens dans SCREAM), ou même dans l’élaboration du suspense (la manière dont Pierre Fresnay joue avec son chapeau ramène directement à la manière dont Wes Craven désigne (par une réelle mécanique de mise en scène) les faux coupables). Et comme Wes Craven est un petit malin, il a réalisé son film en couleurs pour qu’on ne l’accuse pas de plagiat. Non, il n’est pas question de recopiage, mais juste d’une refonte d’idées, ce que d’autres qualifieraient d’inspiration.

Ce pourrait être le cas de PULSE de Jim Sonzero. En fait, il s’agit carrément d’un remake du film KAIRO de Kiyoshi Kurosawa, film japonais qui ne parvenait jamais à faire peur. Nous pouvions cependant y déceler une certaine volonté de plans chocs qui explosaient le film de la léthargie où il s’enfonçait petit à petit. Le matériau était assez riche mais encore fallait-il en comprendre toute la vision sous-jacente de l’original. De même RINGU n’est pas seulement une histoire de série B où une cassette tue ceux qui la visionnent. Mais PULSE c’est du travail bâclé. Rien de juste de A à Z. Multiplication d’effets qui ne cherchent qu’à surprendre le spectateur. Mais ce n’est pas la peur. De toute façon, il n’y a pas de mise en scène, donc pas d’ambiance, pas de direction d’acteur, pas de chocs visuels (les suicides sont filmés platement, sans action sur la stupéfaction du geste final).

Pas de lauriers, donc.

PAUL WEITZEt les lauriers, ils ont largement été distribués aux films de Clouzot et de Craven. Ce n’était pas la première fois que je les voyais, il est vrai. Disons qu’au rayon des nouveautés il reste encore AMERICAN DREAMZ à féliciter. Réalisé par Paul Weitz (qui n’avait rien de très marquant à son palmarès jusque-là), il s’agit d’un des films les plus drôles de ces derniers mois. Les effets humoristiques ne sont jamais appuyés. Le texte, les personnages, les situations et les décors font tout à l’affaire. Seuls quelques effets de montage viennent renforcer l’impact de certaines chutes, par des « cuts » légèrement anticipés. Nous rions donc volontiers devant ces personnages un brin demeurés, un brin caricaturaux, un brin incroyables et un brin déjantés. Ce cocktail façonne un ton satirique où le comique naît d’une vision poussive, mais toujours relative à la pertinence du discours en filigrane (les dérèglements de la société américaine) qui renvoie largement à la responsabilité de l’administration Bush. Le film atteint une impétuosité comique qui s’essouffle dans le dernier tiers du film. Au cours des deux premières parties, le film tire avantage de l’exposition des différents personnages et de leurs enjeux qui vont finir, bien évidemment, par converger. Le rythme est assez enlevé et lorsqu’il va retomber pour laisser place à l’émission (qui va beaucoup plus poser le déroulement de ce qui vient d’être enclenché), le film ne parviendra pas à trouver son second souffle. Cela n’est pas dû au changement de rythme mais plutôt à la conjonction des éléments que les scénaristes ont mis en place et qu’il faut bien, à moment donné, faire coexister. Ces moments-là sont moins imaginatifs. Grâce à tout ce que la richesse des personnages permettait, on assiste alors à un déchaînement des comédiens. Nous sentons très vite qu’ils ont bénéficié d’une grande liberté de la part de Paul Weitz, et qu’il a même dû les encourager à improviser, à rajouter de la folie ou des attitudes qui rajouteraient aux caractéristiques de leurs rôles. Il convient de parler spécifiquement de la sublime Mandy Moore (alors là, par contre, je crois que tu te trompes de prénom. Tu avais pourtant le choix entre Roger, Julianne, Michael, Demi ou Lova), souvent vue dans des films qui n’ont jamais cassé trois briques à un canard, et qui est exquise tant par sa beauté plastique que par l’ignoble petite star prête à tout qu’elle compose. Personnage très contrasté, Mandy Moore parvient à en comprendre sa substance par l’alternance de deux visages variables : l’attachante idole m’as-tu-vu et la sournoise arriviste. Mais ce qui la sublime par-dessus tout c’est le délaissement quasi instinctif de sa représentation féminine. La plupart du temps, dans les comédies, les femmes ne sont pas crédibles car elles jouent leur image. Mandy Moore ne semble pas s’en préoccuper et cela donne du poids à son jeu comique. Elle n’hésite pas à paraître ridicule ou à revêtir des faciès peu esthétiques. Et ce n’est pas incompatible avec une mise en avant de ses atouts lorsque les scènes le nécessitent !

En termes de nécessité, je me demande bien qui a pu permettre à Laurent Tuel (déjà auteur de la baudruche UN JEU D’ENFANTS) de réaliser JEAN-PHILIPPE. Là aussi, on ne saurait être aimable qu’avec un numéro d’acteur : celui de Fabrice Luchini. Pourtant quelqu’un que je déteste quand il en fait des patatonnes. Ici, hasard et coïncidence, cela correspond très bien au rôle et il le mène avec une énergie compulsive particulièrement convaincante. Johnny, lui, ne fait que du Johnny. Juste, mais au même titre que Bernard Tapie dans son propre rôle chez Lelouch. Sans chair, sans démesure, sans originalité, sans éblouissement. On continue, cette fois-ci avec une erreur de casting : Antoine Duléry qui incarne Chris Summer dans le monde parallèle. Alors là, le charisme, la présence, la capacité à soulever des foules, ça ne s’invente pas. Ca peut se travailler, mais c’est comme le talent, c’est quasiment de l’ordre de l’inné. Et force est de constater qu’Antoine Duléry va à l’encontre d’une star que l’on pourrait aduler. Je parle en tant que représentation d’une icône musicale scénique. Regard fuyant, posture douteuse, force intérieure inexistante, bref, il n’est convaincant que quand son personnage se comporte comme un loser. Tout ça pour dire que JEAN-PHILIPPE est une horreur et une erreur. Laurent Tuel se trompe en ne faisant pas confiance à son script. Il le dévalorise en recherchant l’approbation du public plutôt que de respecter son sujet. Tout est conçu pour caresser le spectateur dans le sens du poil, l’inciter à rire par tous les moyens possibles sans considérer les enjeux des personnages (qui sont loin d’être dans une comédie, eux). Ainsi, c’est une véritable abomination de voir Fabrice Luchini s’exprimer comme s’il était encore dans son ancien monde. Il devrait logiquement s'apercevoir que personne ne peut comprendre que Johnny Hallyday a pu être une idole dans une autre dimension. Ou alors il est peut-être émacié du lobe temporal. Le fait est que le film souffre d’incohérences profondes et d’inexactitudes dans les réactions de chacun. C’est putassier et insupportable.

JEAN-PHILIPPE est un film qui musarde. Sans quête. Sans qui ?

Pire, peut-être pas, mais THE DEVIL WEARS PRADA de David Frankel suit la même ligne de conduite. Le réalisateur est un anonyme comme le voulaient les producteurs, et donc comme l’est devenu son résultat final. Accumulation de scènes censées assouvir les pulsions sadiques des spectateurs, où nous voyons l’adorable Anne Hathaway se faire rabaisser et humilier par Meryl Streep (encore une fois parfaite ; même si le rôle ne revêt pas de caractère très compliqué, il fallait tout de même le souligner, d’une part parce qu’il n’y a pas besoin de plus pour le faire, et d’autre part car elle ne doit le succès du rôle qu’à elle seule. Et probablement son coach). Le reste n’est qu’une vision sans grande imagination du monde de la mode et une bluette même pas romantique (ce qui pouvait au moins sauver le tout aussi pitoyable PRETTY WOMAN).

TARSEM SINGHCe n’est quand même pas grand-chose de demander un minimum de mise en scène dans un film, non ? Quand je vais au cinéma c’est pour ressentir des choses, aussi contrastées soient-elles. Et il n’y a qu’un seul et unique moyen pour ne pas trop passer à côté de cela : que le réalisateur ait une vision de ce qu’il doit porter à l’écran. Qu’il réussisse ou non, mais qu’il essaie de faire de la mise en scène, bon sang ! Dans ses plus mauvais films Brian de Palma reste quand même un réalisateur fascinant. Récemment, Peter Jackson et Sofia Coppola son largement passés à côté de leur film mais KING KONG et MARIE-ANTOINETTE sont terriblement séduisants sur bien des points. De la mise en scène ! Cela ne passe pas uniquement par la mise en relief du scénario. La direction d’acteurs en fait aussi partie. Mais nous n’allons pas au cinéma pour voir des comédiens. Vous-mêmes, vous ne devriez jamais (soulignez deux fois, s’il vous plaît) choisir un film pour son casting. Cela n’a jamais été une garantie de satisfaction (même s’il y a 2 ou 3 exemples qui confirment la règle). On ne va pas au cinéma pour voir Angelina Jolie ou Tom Cruise. Il y a des revues pour cela. Un film ne se fait pas par son casting. C’est une combinaison de facteurs. Aujourd’hui l’on réclame aux films d’avoir du style. C’est une erreur. Qui demande cela ? D’abord les producteurs, évidemment. Mais ensuite le public, qui s’est vu imposer ses propres goûts en la matière depuis de nombreuses années. C’est une erreur de croire que le cinéma est affaire de style, car cela est réducteur. THE CELL de Tarsem Singh est un film qui a un style fou, mais épouvantable si nous regardons ce qui l’entoure. La nature et le style. Nous sommes passés progressivement d’un cinéma de nature à un cinéma de style. Où sont passés les gueules d’antan ? Ces comédiens au physique sans critères, qui bâtissaient des films autour d’eux, ont été évincés par une foule de candidats plus sérieux quant à l’obtention du monopole de la beauté. Techniquement c’est aussi l’avènement d’effets toujours plus spectaculaires au détriment de la cohésion du film. INDEPENDENCE DAY et consorts. Aujourd’huin, le cinéma a évolué avec les sociétés et il est normal que les exigences du public mutent de la même manière. Il faut qu’un comédien soit beau pour être bankable, qu’un film mise sur les effets spéciaux pour amasser toujours plus d’argent, que le scénario soit le plus explicite possible pour ne léser personne etc. On cherche le style, on recherche l’iconographie. On mise sur la beauté universelle. C’est ce que nous entendons et ce que nous voyons.

Mais c’est faux.

C’est faux car la beauté universelle n’existe pas. Car si on peut essayer de calibrer des films pour que les producteurs aient l’assurance d’un succès financier, on ne peut que difficilement prévoir le charme qu’un film exercera. Je parle de producteurs mais je pourrais tout aussi bien inclure les critiques, eux qui sont les premiers à relayer le phénomène d’appartenance aux idées préconçues. Ce sont eux qui décident qui est beau ou pas, où se trouve la laideur d’un film etc. Mais sur quels critères ? (Ces gens ne parlent que d'eux-mêmes et de ce qu'ils aimeraient voir !) Remarquez comme ils ramènent tout à cette référence avérée. Avérée de quoi ? Il serait temps qu’ils en proposent une définition… Malgré ces données que l’on veut imposer de nos jours, rien ne pourra jamais aller contre le cours du temps, celui qui prouve que certains films fonctionnent encore auprès de nombreux publics. C’est donc bien un effet de mode général, comme d’autres effets ont régi par le passé le système cinématographique. Ce ne sont que des archétypes amenés à évoluer. Arrêtons de vouloir changer nos comédiens et arrêtons de prendre des films pour ce qu’ils ne sont pas. Mais par-dessus tout : ne créons pas du talent là où il n’y en a pas !

La nature et le style c’est un peu la querelle du fond et de la forme. Mais leurs connotations ne sont pas suffisamment précises quant à ce qui nous intéresse. La nature serait ce qui a trait à la véritable essence du film. Et quand nous parlons d’essence nous faisons directement référence à la matière élaborative. Nous sommes donc face au potentiel, qui devient puissance lorsque le style joue dessus son rôle de révélateur. Il s’agit de la matrice, ce qui est moteur de l’action, qui avance les grandes lignes abordées tout au long du métrage. C’est foncièrement ce qui fait le caractère unique d’un film, ce qui est capable de nous attirer par ce qu’il dégage. Une notion totalement subjective. Et j’emploie l’adverbe « totalement » pour signifier qu’elle ne souffre aucune possibilité d’appropriation aux critères d’objectivité universelle comme le style peut en être le sujet. On ne change pas une nature au contraire d’un style (qui n’échappe pourtant pas à la règle de la subjectivité puisque nous venons de démontrer qu’il n’existe pas de beauté universelle). Ce dernier introduit la notion d’artifices. Le film pourrait se suffire à lui-même sans style, mais jamais en procédé inverse. Cela ne veut pas pour autant dire que le superficiel est inintéressant car creux. Nous devons à ce titre militer pour plus de superficiel dans les films. C’est une notion trop péjorative aujourd’hui. Elle l’est si elle est considérée sans finalité (d’où l’accord avec la nature) comme autant de couchers de soleil (aussi beaux soient-ils) peuvent fonctionner indépendamment mais jamais sur la globalité d’un sujet qui ne les exploitera que pour ce caractère. Attention, voici quelque chose qui ne se reproduira peut-être plus jamais : je vais citer du Lars Von Trier. Dans BREAKING THE WAVES, regardez comme les inserts entre les séquences filmées se fondent en changements de couleurs avec l’évolution des situations et des personnages, sur fonds sonores tout aussi révélateurs.

Chacune de ces parties peut donc très bien se comporter de manière tout à fait sublime indépendamment, il n’en reste pas moins qu’aucune ne fait un film à elle seule. - Dites-moi, mon bon... Vous qui semblez tout savoir, je croyais qu’en art il n’y avait pas de règles ? - C’est faux. Bien sûr qu’il y a des règles, même si elles sont peu nombreuses. Rappelez-vous que la liberté n’est pas sans contraintes. Dire que l’une ne saurait trouver sa juste valeur sans l’autre serait un peu convenu. Se rapprocher de ce qui a été fait en la matière et constater que ce n’est pas la cohabitation mais l’art du dosage, qui a toujours fait le film, donc le cinéaste. Le génie est une question de nature. L’œuvre, une question de style.

            Bon, nous avons beaucoup digressé et nous nous sommes un peu trop éloignés du concret.

Reprenons le cours de nos estampilles.

Je voulais juste vous dire de ne pas perdre votre temps avec SEX TRAFFIC, un téléfilm de David Yates. Je l’ai perdu pour vous. Pas que ce soit inintéressant mais j’ai vraiment beaucoup trop de mal avec les formats télévisuels. Tous les formats. Le principal étant cette constante absence de qualité au niveau de l’image. Jamais de cadre. M.P.E.R. Que du plan rapproché. Une photographie morne. Un montage sans relief, la plupart du temps à refaire. C’est une épreuve dont je sors malheureux à chaque fois. Mais j’aurais quand même bonne conscience pour 2006 : mon quota d’un téléfilm par an est atteint.

EDWARD DMYTRYKTHE END OF THE AFFAIR est un film qui date de 1955, réalisé par Edward Dmytryk, et dont Neil Jordan a tiré un splendide remake en 1999. Autant dire qu’après cette grosse impression il me tardait de voir l’original, difficile à trouver. Pas de grande déception même si le film avec Julianne Moore est très nettement au-dessus. Deborah Kerr est bien évidemment tout aussi expressive, mais ce sont les personnages masculins qui manquent de corps. L’histoire est toujours aussi prenante. L’explosion toujours aussi surprenante et limite choquante. C’est romantique à souhait, même si la mise en scène souffre d’un certain académisme. Le couplet moralisateur sur l’intervention divine est certes moins intéressant. C’était moins appuyé chez Jordan car il préférait tisser les liens singuliers qui unissaient le trio, et c’est ce qui manque ici. Que l’on soit d’accord ou non avec le propos moral, c’est avant tout les convictions des personnages qui ajoutent au tragique de l’histoire. A noter que l’opposition des univers psychiques de Julianne Moore et de Ralph Fiennes est une trouvaille de Neil Jordan, qui marque par sa mise en scène l’exemple même d’un remake réussi. Et qui prouve une fois de plus qu’il n’est pas besoin de partir d’un chef-d’œuvre pour ce faire. C’est ainsi que nous avions vu cet été L’EQUILIBRE DE LA TERREUR, film raté qui possède tous les ajouts pour en faire un remake éclatant. Et ils sont légions les films de cet acabit !

Je passerai très vite sur MELISSA P., petit film qui nous parle sexualité sans nous en montrer grand-chose, ce qui est une erreur manifeste vu l’état de frustration dont nous ressortons. Qui plus est, le film est assez malsain dans sa complaisance alors qu’il aurait tellement gagné à se servir de l’énergie d’un film comme THIRTEEN. Même passage au contact de LA PETITE JERUSALEM, pourtant pas mal foutu, mais qui m’a laissé de marbre par son sujet et par le peu d’idées cinématographiques. Idem pour THE BREAK-UP, comédie assez efficace qui doit beaucoup à son interprétation, mais lâchement répétitive et ennuyeuse. OTLEY de Dick Clement est plus convaincant dans sa manière d’aborder l’humour. C’est un pastiche de film d’espionnage assez prenant, et qui affiche un goût prononcé pour les blagues en coin, les détails comiques et les références anecdotiques. Nous aurions tout de même souhaité que ce soit parfois plus drôle, ce qui est un peu embêtant pour une comédie…

Et puis il y eut BRICK de Rian Johnson. Exercice de style qui consiste à replacer de jeunes étudiants au sein d’une intrigue policière style années 50. Les codes du genre sont respectés mais rien ne marche vraiment à ce niveau. Un film comme BUGSY MALONE est d’un ordre tout autre face à la folie dont il fait montre. BRICK se prend trop au sérieux et navigue dans le premier degré. Ce n’est pas sur ce registre qu’il aurait dû se concevoir. Impossible de croire à cette histoire inadaptée aux personnages, ainsi qu'au campus (lieu que le réalisateur ne mettra jamais à profit, mais qui sera juste prétexte à l’établissement d’une mise en scène qui se démarque par son étrangeté). Mais le point le plus satisfaisant réside dans des rapports assez opposés avec ceux que nous venons d’établir. Point de crédibilité nécessaire ici. BRICK se regarde comme un fantasme d’adolescent. Prisme d’une vision extraordinaire où chacun de nous est le héros qu’il aurait toujours rêvé d’être. Une sorte de rêverie où nos esprits vagabondent lorsque la réalité n’apporte plus son lot d’extravagances. Vous savez, le genre de petites histoires que l’on se crée, les yeux perdus dans le vide et l’imagination au pouvoir. Vous êtes le héros qui fascine par son assurance. Celui qui ne paie pas de mine mais qui se révèle dans sa virilité si on le cherche un peu trop. L’homme qui ne dit rien mais qui devine avec une grande finesse les tenants et les aboutissants de toute intrigue. La force intérieure est votre atout et attire inévitablement les plus belles femmes. Vous bâtissez votre monde, vous en fixez les règles. C’est réjouissant de replacer le tout dans un contexte de réalité fort marqué. C’est gratifiant d’avoir des superpouvoirs et de se prouver qu’il suffit d’un rien. BRICK c’est cela. C’est le grand détective que l'on aurait rêvé d’être à la fac. C’est la femme à qui l’on aurait voulu prouver que l’on peut tout tenter pour elle. C’est continuer à se comporter comme soi-même tout en montrant aux autres que l’on vaut un peu mieux. Mais enlevez la magie et il ne reste rien de réaliste. Allez hop, on se réveille et on essuie son petit filet de bave ! Vous comprenez alors pourquoi cela ne fonctionne qu’en rêve mais jamais au contact du réel. Dur retour à la vie. Bonus : nous apprécierons grandement le moment où notre héros se fait poursuivre par un homme dont la tête finit par heurter un poteau, avec un bruit qui nous donne des frissons partout partout. Du bon gros son bien travaillé comme rarement. Cela nous rappelle les grandes heures de TRUE ROMANCE et le délicieux son de la plaque de la chasse d’eau dont se sert Patricia Arquette pour frapper violemment James Gandolfini. C’est à cela que l’on mesure encore les déficiences des retransmissions télévisées des matches de football et des coups de boule en particulier.

            Je rappelle enfin que le premier novembre sortira NE LE DIS A PERSONNE, le dernier film de Guillaume Canet. Pour ceux qui ne le savent pas encore c'est Marie-Josée Croze qui tue Guillaume Canet et le titre requiert qu’on ne le dise à personne. Merci de respecter la règle du jeu.

Je n’ai absolument rien contre François Cluzet. Je le tiens même pour l’un des cinq plus grands acteurs français vivants. Et ce depuis ce qu’il nous a montré dans L’ENFER (et un bon film de Chabrol, ça se remarque !) Une composition qui aurait dû lui valoir le César du meilleur comédien. Savez-vous qui l’a eu à sa place ? Gérard Lanvin pour LE FILS PREFERE.

* * * * * ALERTE C.V.R. * * * * *

12 octobre 2006 4 12 /10 /octobre /2006 02:46

            Ce blog vit ses dernières heures. Ces mots qui résonnent en vous comme des prophéties explosives font partie des ultimes messages que chacun peut y voir. Je pourrais très bien évoquer plusieurs raisons qui justifieraient la fermeture de cet espace, je pourrais vous dire que je ne supporte plus les claviers AZERTY et pourtant il était si simple de faire en sorte que les lettres de l’alphabet se suivent, que des ponts d’or me sont faits pour que j’aille écrire ailleurs mais que je préfère rester sur mon petit pont de bois (en évitant la compagnie d’Yves Duteil, de préférence) à attendre que ce soit l’or qui coule dessous, qu’il faudrait foutre une honte publique aux hommes qui portent des slips en lycra, que je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi mon facteur s’obstine à sonner furieusement chez moi à 08 heures du matin et qu’il doit être sacrément seul dans sa vie pour n’avoir que La Poste de si bonne heure, que je n’arrive pas à me faire à l’idée que la girafe n’aura jamais le pelage de la panthère, qu’on ne parle plus de Margaret Thatcher alors qu’elle a plusieurs morts sur la conscience, que jamais personne n’a pensé à appeler son groupe de rock : Tite, pour pouvoir faire un album live dont le titre aurait été : « Tite live », et que je suis persuadé qu’il y a des extra-terrestres parmi nous et qui si vous arrivez à lire entièrement cette phrase sans reprendre votre souffle, vous en êtes sûrement un. Et le pire c’est que vous ne nous donnerez jamais la formule du vaccin contre le S.I.D.A. Putain ! Dire que vous aviez abandonné l’un des vôtres dans E.T. THE EXTRA-TERRESTRIAL ! Peuple de dégénérés qui se croit supérieur, tout ça parce que ses excréments s’illuminent. Si, c’est vrai ! D’ailleurs, on le voit bien quand E.T. se sort le doigt et qu’il en a encore plein au bout.

Oui, je pourrais trouver tout un tas de bonnes raisons qui légitimeraient mon acte, mais il n’est qu’une seule et bonne raison à tout cela : la lassitude. Entendons-nous bien : je ne suis pas du tout lassé par la tenue de ce blog. Pas même fatigué. Même pas ennuyé. Même pas morose. Même pas gloomy. Même pas mal ! Même pas touché ! Même pas là ! Même pas invité ! M.P.E.R. ! Non, c’est juste qu’il faut être lucide face au monde virtuel. La relation qu’entretien un utilisateur régulier avec son blog est en moyenne de deux ans. Après quoi... Voilà la vraie raison. Et puis aussi parce que, cette nuit, j’ai été visité par un messager de Dieu, vêtu d’une burqa en or, qui s’exprimait dans un waray-waray approximatif, et qui ressemblait à Edouard Balladur. Alors, me direz-vous, comment puis-je savoir qu’il s’agissait d’Edouard Balladur, puisque le spectre se cachait sous un tel déguisement et qu’il parlait une langue que seulement 5 millions de personnes peuvent décrypter ? Je vous l’ai dit, c’était un spectre, il ne faut pas chercher de logique dans tout cela. Tout ce que je sais c’est que j’ai toujours pensé que la burqa ferait un très bon costume d’assassin dans une nouvelle série à slasher. C’est un vêtement très agressif lorsqu’on l’a en face de soi. Il crée tout de suite une panique suffocante. Malheureusement, et vous comprendrez aisément pourquoi, aucun producteur ne prendra le risque de développer un tel projet. Dommage. Edouard Balladur aurait été très bien. Toujours est-il que j’ai très distinctement entendu ses paroles. Sur le sol, il a d’abord jeté son bâton qui s’est transformé en serpent, puis, il a levé les bras vers le ciel, il y eut un grand bruit comme des éclairs qui frappent un clodo un soir de pluie, et tout à coup ces quelques paroles : « Je vous demande de vous arrêter. Je vous demande de vous arrêter ». C’est à ce moment précis que j’ai reconnu notre ancien Premier Ministre.

Lorsque vous êtes sujet à ce genre de vision, le monde vous apparaît tout à coup nettement différent. Ces paroles ont été lourdes de sens pour moi. Quel oracle ! Il fallait absolument que je mette en œuvre la mission qui m’avait été ordonnée.

En y réfléchissant, j’aurais de toute façon clôt ce blog d’ici quelques années par manque de motivation, écrivant quelques vagues articles d’une dizaine de lignes une fois par mois, mettant à jour les lanternes magiques lorsque j’y aurais pensé, ne répondant plus à vos commentaires, bref, cela aurait été plus un boulet qu’autre chose. Alors qu’en choisissant dès aujourd’hui la date de péremption de ce blog, je vous assure jusque-là une continuité dans votre quête d’idées précieuses, et une absence de déception le jour où la date fatidique arrivera. Quoi de plus beau que de fêter une mort annoncée, alors que nous aurons profité au maximum de chaque moment passé ensemble ?

Je lance donc dès aujourd’hui la grande autodestruction de ce blog. Que résonnent cloches au son lourd, qu’explosent feux d’artifices festifs et que se jettent sur moi de jeunes femmes dénudées et perverses !

Ce blog s’autodétruira dans 1310 jours, dans un fracas webesque infernal. Préparez vos bougies, la lumière va s’éteindre.

JUAN CARLOS CREMATA MALBERTI            D’ici là, nous allons continuer à nous passionner pour toutes choses artistiques ou culturelles, à commencer par VIVA CUBA, le second film de Juan Carlos Cremata Malberti. Gros succès dans son pays d’origine, ce film est avant tout destiné aux adultes accompagnés d’enfants, selon son auteur. Mais c’est un vrai film d’enfants et quand même destiné prioritairement à ces derniers. Ce n’est pas une raison pour se permettre tout et n’importe quoi. Un film a beau être destiné à une certaine catégorie, il a beau développer une idéologie, véhiculer des sentiments, mettre en scène un scénario implacable, il n’en reste pas moins une forme d'expression artistique avant tout.

Juan Carlos Cremata Malberti est né à Cuba. Une chance en soi, puisque l’île bénéficie de l’extraordinaire caractère naturel qu’on lui connaît. Malheureusement, il a choisi de devenir réalisateur. Or, à Cuba, on manque d’argent. Le film a été fortement soutenu, mais cela n’a manifestement pas suffi pour l’acquisition de pellicule. VIVA CUBA a donc été tourné en digital. Bon, jusqu’ici rien de très scandaleux (on ne pourra jamais faire pire que l’abject DANCER IN THE DARK) quand on sait les derniers progrès qui ont été faits en ce domaine, et qui ont permis à certains films de devenir regardables. Mais VIVA CUBA n’aura pas connu ce succès. La post-production n’a pas jugé utile de lui donner un caractère cinématographique, ce qui le confine honteusement au rang de vidéo de nos dernières vacances. Il faut aussi dire que l’on peut difficilement transformer une matière brute qui manque singulièrement de classe. Je veux parler ici de la photographie. Détestable. Du digital, d’accord, mais un travail spécifique. Il n’est pas fait, ici. Ce qui aurait pu être passable devient alors très laid. Cela se voit notamment lorsque les flux lumineux sont trop intenses, comme en témoigne le passage où Jorge Milo dirige le rayon lumineux d’une lampe torche sur son visage. Je m’attache à des détails importants et je n’oublie pas pour autant de parler de l’émotion que le film cherche à véhiculer. C’est son but premier. La relation d’amitié entre les deux gamins est bien définie, même si sans grande originalité. Et pourtant nous sommes loin du compte à cause d’un jeu en dents de scie. Il est dans un premier temps déstabilisant, autant du point de vue des enfants que des adultes. Très souvent, les expressions sont outrées et exagérées. Je trouve malgré tout que c’est une des réussites du film car cela compose un monde en manque d’apaisement, très contrasté dans ses caractères, et qui fera négatif avec l’échappée des enfants (moment qui sera propice à plus d’intériorité et de justesse (même si tout est assez inégal) de la part des enfants). C’est fait dans l’esprit d’un conte. L’histoire elle-même s’en rapproche effrontément : le milieu qui empêche l’épanouissement des enfants, la fuite, la quête d’un monde meilleur, la rencontre de plusieurs personnages sur leur chemin, les enfants que l’on retrouve, le retour dans leur milieu originel. C’est assez simple et assumé comme tel par le réalisateur. Oui, mais qui dit simple ne dit pas forcément simpliste, et ce n’est pas ce que nous propose Juan Carlos Cremata Malberti. L’amitié plus forte que tout est un propos limité, qui ne trouve pas sa véritable exploitation au sein du film. Je crois pourtant sincèrement que l’on peut faire des films avec un discours tout aussi simple que celui-là, que l’on peut encore réaliser de bons films sans scénarii sophistiqués, encore faut-il savoir comme mettre le tout en images. Et l’un des gros défauts de VIVA CUBA est qu’il manque continuellement de mise en scène. Juan Carlos Cremata Malberti s’amuse sans discontinuer à filmer en plans rapprochés et gros plans, ce qui empêche de donner de l’espace à l’action et pallie à l’absence de mise en scène. Et lorsque la caméra s’éloigne un peu, le défaut est flagrant, à l’image de la scène où les deux gamins s’insultent : plan large, profils, statisme. Il y avait sûrement autre chose à trouver, au-delà de la composition picturale.

A contrario, la scène d’ouverture est à la fois drôle et terrible, lorsque les enfants, jouant à la guerre, sont filmés comme un jour de mission spéciale. Pour une fois, la mise en scène est très présente. Elle autorise un jeu de commando comme l’on en voit dans les films provenant des Etats-Unis. Cela participe au style non réaliste que le réalisateur imprime à VIVA CUBA et qui nous fait rentrer de la meilleure des manières dans le monde de l’enfance, qui n’a pas les mêmes priorités que celles par lesquelles le duo enfantin va être rattrapé.

C’est le découpage qui est une véritable surprise, dans VIVA CUBA. Il favorise un rythme assez soutenu et avec des ellipses évocatrices.

Le réalisateur utilise beaucoup le montage alterné, avec plus ou moins de réussite. Lorsqu’il tient à opposer les deux familles par leurs travers, le procédé fonctionne plutôt bien, alors que, lorsqu’il met en avant l’angoisse des familles pendant que les enfants sont à l’autre bout de l’île, nous tombons dans le cliché manichéen du film hollywoodien par excellence.

Nous noterons aussi les petits moments de poésie (les fleurs qui poussent sur la plante, les étoiles qui dansent, les lucioles et le guije…) qui se trouvent disséminés tout au long du film, et qui sont particulièrement révélateurs de l’univers magique que se créent les enfants. Ces rares moments sont comme de petites billes de velours sur lesquelles se laisse glisser le spectateur.

Au final, VIVA CUBA est un film assez sommaire dans sa conception, dans son message et dans sa concrétisation visuelle. Il a cependant remporté nombre de prix dont le Grand Prix Ecrans Juniors du Festival de Cannes 2005. Oui, mais attention, même si le jury l’a attribué à l’unanimité, il n’était composé que d’enfants. Et pourquoi pas un jury composé de serial killers pour élire le meilleur thriller, tant qu’on y est ? Je n’ai rien contre les jurys d’enfants et les festivals qui remettent ce genre de prix. Au contraire. Ce que je trouve un peu plus putassier c’est l’amalgame qui est établi avec les jurys de professionnels. On vend un film avec des prix qui ont la même valeur. Mais quel est l’intérêt marketing de mettre en avant une récompense qui n’a pas été décernée par des professionnels ? D’autant plus que je comprends parfaitement pourquoi ce jury a été aussi touché par ce film, tout comme l’immense majorité des enfants qui le visionnent. VIVA CUBA est recouvert d’une épaisse couche de consensualisme qui se retrouve jusque dans son titre. C’est un film qui a été fait pour les enfants, tout comme un blockbuster est calibré pour assouvir une soif de spectaculaire.

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            D’un extrême à l’autre, passons à HARD CANDY de David Slade, pas franchement fait pour les enfants et à l’origine de grosses sueurs chez la gent masculine.

Tout d’abord, je voudrais féliciter les concepteurs de l’affiche. On parle rarement des affiches de cinéma et pourtant, c’est l’un des premiers éléments marketing du film. Tout comme les bandes-annonces, ce n’est pas souvent que l’une d’entre elles sort du lot. Pour les bandes-annonces, nous avions dernièrement pu apprécier celle de THE HITCHHIKER’S GUIDE TO THE GALAXY (bien plus efficace que le film en lui-même), alors que les dernières grandes affiches sont à chercher du côté d’ASSASSIN(S) ou de KIDS (affiche française). HARD CANDY c’est un concept simple, une évocation rapide de ce que présente le film, une seule et grande idée visuelle et le mystère que suscite l’attrait du film en rapport avec les interrogations nées de l’affiche.

Le film est assez flippant quant aux zones d’ombre qui révèlent peu à peu le personnage interprété par la jeune Ellen Page. Jeune fille à peine majeure et qui doit composer un personnage bien plus jeune. Difficile de trouver une actrice qui convienne aussi bien et qui combine un faciès plus juvénile, ce qui aurait encore apporté un caractère dérangeant, voire perturbant et malsain, encore plus marqué. Mais l’actrice est absolument prodigieuse de folie et de maturité. Le rôle est bien évidemment écrit pour (cela aide), mais elle amène en plus une assise qui ne trompe pas la caméra.

Difficile, en tout cas, de parler du film sans en dénaturer toutes les surprises et le leit-motiv, mais ce qu’il est possible de dire c’est qu’HARD CANDY joue avec l’ambiguïté pédophile, qu’elle soit placée du côté d’une jeune fille dont on est en droit de se demander ce qu’elle cherche d’une relation avec un photographe bien plus âgé qu’elle, et, bien sûr, la limite floue qui nous permet de juger un homme en tant que pédophile. Car Patrick Wilson n’est jamais dans une démarche qui tend à affirmer un quelconque penchant. Il n’existe aucune preuve flagrante qui puisse le rendre coupable. D’un autre côté, ce n’est pas parce que l’on n’est pas coupable que l’on est innocent. Le film s’acharne sur cette zone nébuleuse.

ELLEN PAGENéanmoins, HARD CANDY n’est pas totalement réussi car il y manque un certain aboutissement. Pas dans son scénario (quoiqu’un certain passage aurait pu se contenter de ne pas faire de retour en arrière ; si tu as vu le film, tu sais de quoi je parle et que je ne peux nommer), mais plutôt dans son abomination des caractères des personnages principaux. Un film comme FUNNY GAMES a au moins l’honnêteté d’être glacial, pervers et implacable dans le moindre de ses recoins. HARD CANDY n’est pas aussi retors que son sujet l’est. Même si certains moments sont de véritables épreuves pour le spectateur (au niveau du ressenti visuel ou de la prise de position), le film se dilue dans un systématisme artistique qui ne trouve d’évolution que dans le scénario. Prenons le cas de la mise en scène. David Slade choisit, comme bon nombre de metteurs en scène à l’heure actuelle, de filmer en plans rapprochés. Aberration filmique. Il choisit aussi de ne jamais faire d’explication des situations par des plans généraux. Soit. Ce peu de mise en scène (il choisit de préférence d’écrire la mise en espace dès le scénario) semble pourtant être ici un vrai choix, une vraie manière de filmer, avec un impact précis sur le public. David Slade choisit de ne rien montrer des situations environnementales pour garder son spectateur dans un vide qui s’apparente à une neutralité. Gardons les yeux ouverts sur ce qui se joue et n’ayons aucun recours intelligent de ce que l’on pourrait déduire. Gros plan, donc, sur l’ordinateur. Plans rapprochés sur les visages qui se découvrent. Qui plus est, l’effet va devenir encore plus saisissant les rares fois où il se permettra d’élargir ses plans, comme le moment où Patrick Wilson accompagne Ellen Page à sa voiture, afin de l’emmener chez lui. Le cadre est magnifique. L’isolement total. Car si le plan général rend les protagonistes moins présents, il les montre encore une fois seuls, et en milieu urbain. C’est la vision du prédateur qui fond sur sa proie. Rien n’existe alentour. Lien. La tragédie peut avoir lieu.

Par ce qu’il donne à voir et par son caractère décalé, HARD CANDY est vraiment un film très excitant, et qui bénéficie d’une photo sublime que nous devons à Jo Willems. De beaux inserts de couleurs en milieu quotidien et des choix très osés de lumières qui s’affaiblissent à des endroits précis du film, comme des évènements semi-conscients annonciateurs de revirements sombres.

Si j’avais un conseil à donner, ce serait d’aller voir le film sans rien en lire auparavant. Vous devriez d’ailleurs toujours vous comporter de la sorte. Pourquoi donc continuez-vous à prendre en compte les critiques ou à aller voir les films dont on parle le plus ? Seul le réalisateur devrait être un facteur déterminant dans ce choix. En ce qui concerne HARD CANDY, ce serait dénaturer l’essence même du film que d'en connaître plus que ses dix premières minutes. Sachez juste qu’il est interdit aux moins de 16 ans, mais que si vous aimez les expériences extrêmes il est fait pour vous. Je citais plus haut FUNNY GAMES, voilà non pas un bon élément de comparaison mais plutôt d’association.

            Qu’on se le dise, le « Cinéma de minuit » de France 3 n’est plus ce qu’il était. Déjà qu’Arte diffuse de moins en moins de films en version originale et que T.F.1 vient de supprimer le film du dimanche soir en première partie de soirée (voilà exactement le genre de décisions qui devraient être prises par référendum), voici donc que notre rendez-vous hebdomadaire prend une forme cauchemardesque qui ne me plaît absolument pas. Figurez-vous que dimanche dernier, il nous offrait la diffusion du trop rare A HIGH WIND IN JAMAICA d’Alexander Mackendrick, réalisateur qui gagnerait beaucoup à ce que l’on se replonge dans son œuvre. Ce film est d’ailleurs un bel exemple de film d’aventures riche en émotions. Puisque nous parlions tout à l’heure de VIVA CUBA, A HIGH WIND IN JAMAICA prouve que l’on peut faire des films avec des enfants et pour les enfants tout en faisant appel à une palette de sentiments que l’on tend aujourd’hui à exclure de ces productions. Mais SNOW WHITE AND THE SEVEN DWARFS et BAMBI sont aussi des films cruels, brutaux et tristes. Et pourtant, quelle richesse pour un enfant de le découvrir à travers eux !

Dans A HIGH WIND IN JAMAICA, que vous soyez enfant ou non, vous pouvez découvrir de magnifiques cadres composés au ras du sol, que vous kifferez encore plus si vous ne visionnez pas une copie en pan & scan. Car, et c’est la première fois que je vois cela au « Cinéma de minuit », ils n’ont rien trouvé de mieux que d’éliminer ces bandes noires qu’ils ont jugées disgracieuses, et de recadrer ce film (qui bénéficie de compositions de cadre abouties, avec de formidables prises de vues de la Jamaïque) pour ne laisser place qu’à un tronçon de film inintéressant et granuleux. Je n’aurais jamais cru pouvoir dire cela un jour envers l’émission de Patrick Brion, mais suite à cette pratique je crie : « Honteux ! »

GARDE A VUE            Dans la série « Honteux mais juste », je vais vous conter le dernier projet que j’ai essayé de mener à bien.

En revoyant GARDE A VUE de Claude Miller, me vient à l’idée de mettre en scène au théâtre le scénario de Michel Audiard, après une adaptation que j’aurais moi-même entreprise. Je me renseigne donc auprès de la S.A.C.D. où je tombe sur une dame charmante qui m’explique que pour toute adaptation d’une œuvre cinématographique, c’est le producteur qui détient les droits, et que je dois en premier lieu lui adresser une demande pour obtenir une autorisation de sa part. Après quelques recherches, je trouve le nom de la production : les Films Ariane. Il s’agit d’une société de production qui a à son actif des films tels que FANFAN LA TULIPE, L’HOMME DE RIO, L’EMMERDEUR, ADIEU, POULET, LA BALANCE ou encore GINGER E FRED. Grosse boîte, donc, qui ne serait pas difficile à contacter. Seulement là où l’affaire se complique c’est au moment où je commence à chercher son adresse. Après maintes pérégrinations, je finis par m’apercevoir que les Films Ariane a été dissoute à la fin du siècle dernier, et les droits d’exploitation de son catalogue rachetés par T.F.1 International. Aïe ! Je vous passe les diverses manigances pour rentrer en relation avec une personne qui puisse me renseigner, et j’obtiens enfin les précisions qui décideront de mon adaptation future. Chez T.F.1 International, une autre charmante personne finira par lâcher quelques éclaircissements précieux. Figurez-vous qu’à sa mort, Michel Audiard a laissé un testament dans lequel il stipulait qu’il ne voulait en aucun cas que GARDE A VUE soit adapté au théâtre. Il doit y avoir une petite subtilité puisque la seule possibilité qui pourrait outrepasser cette ordonnance serait que les ayants droits soient tous d’accord face à la proposition qui leur serait amenée. Ces ayants droits, ils sont une dizaine, parmi lesquels Claude Miller et le producteur du film. Autant dire que les satisfaire tous est une mission quasiment impossible, voire une galère innommable. Cerise sur le gâteau, il y a environ six mois, une grosse boîte de production, dont je tairai le nom, s’est aventurée à proposer un projet équivalent. Jean Reno devait tenir le rôle de Lino Ventura (pourquoi pas ? Ils ont bien essayé de monter A STREETCAR NAMED DESIRE avec Eric Cantona !) et Jacques Gamblin celui de Michel Serrault. Le nom de Stéphane Freiss était avancé pour le rôle de Guy Marchand. Eh bien cette production fut tout simplement refoulée, les ayants droits n’étant pas satisfaits.

Donc, pour une adaptation de GARDE A VUE au théâtre ce ne sera pas sous notre règne, mes chers amis. Honteux, mais juste. Qu’à cela ne tienne, il existe tant d’autres projets à entreprendre, tout aussi excitants. Mais cela passe par la destruction de ce blog. « La destruction est une forme de création », entend-on dans DONNIE DARKO. Probablement. Première étape : l’autodestruction de « La lumière vient du fond ». Mais rassurez-vous, cela est tout sauf une fin. C’est une étape. Et puis la mort du virtuel, après tout, cela n’existe pas vraiment.