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14 mars 2007 3 14 /03 /mars /2007 00:00

            - Touching the pervert

L’éternelle histoire du verre à moitié vide. La serviette à moitié sèche, la cassette à moitié rembobinée, la pizza moitié anchois, Raymond Barre à moitié con… Il existe un état de fait qui me remplit à la fois d’un désarroi abyssal et d’une plénitude sculpturale tant il traduit toute ma vie. Jamais plus je ne découvrirai un film de Stanley Kubrick. Moi, ce sont les chansons de Diam’s. En même temps, des 13 longs métrages qu’il a tournés, je les ai tous vus, et cela prend racine en moi comme une part qui s’autosuffit par sa cohérence et la nouvelle dimension qu’elle acquiert par l’assemblage de ces FULL METAL JACKET13 éléments. Lorsque l’on a vu tous les films de son cinéaste préféré, ils forment comme un nouveau film. Une œuvre à part entière, bien sûr, mais bien plus que cela, un personnage hybride né de fantasmes et de peurs, de visions et d’appels, d’idées et de styles. Can you feel a little love ? La première vision d’un film reste comme la possibilité d’une révélation capable de vous hanter votre vie entière. Influx nerveux pérenne. Je me rappelle, tout petit, de mon premier Kubrick, 2001 : A SPACE ODYSSEY, et de mon père qui décida brutalement d’arrêter la projection « parce qu’on n’y comprend rien ». Moi non plus je n’y comprenais rien, mais je me souviendrai toute ma vie de cet astronaute qui se perd dans l’infini, sur fond de mutisme anxiogène et incroyablement violent. Impétuosité. Je me rappelle aussi d’A CLOCKWORK ORANGE, du film diffusé en lousdé par le cinéma que je fréquentais à l’époque, d’une pléthore de chocs, de la première fois que l’idée de cinéma m’imprégnât, de l’incroyable modernité, et, encore une fois, du visuel. A l’heure actuelle, les cinéastes qui ont compris l’importance du visuel se comptent sur les doigts de pied. Je me rappelle que mon ascendant pour Kubrick venait d’éclore. Je me rappelle dès lors FULL METAL JACKET, vu quelques jours plus tard, et de l’énorme boule dans la gorge qui devenait forme concrète face à ces premières images de soldats dont on efface la personnalité en leur rasant la tête. Horreur froide de l’armée. Et la musique de fin, le « Paint it black » des Rolling Stones ou comment une musique non originale n’aura jamais aussi bien retranscrit une émotion. A part « Si… » de Karen Chéryl dans LE CHOIX DES ARMES. Et je ne voudrais pas non plus oublier LOLITA, découvert au Champo. Persistance de la mise en scène, plus de 40 ans après, sûrement l’une des plus inventives de l’histoire du cinéma avec THE GRADUATE. Deux films qui symbolisent parfaitement le principe selon lequel la mise en scène c’est tout ce qui n’est pas dans le scénario.

Stanley Kubrick est décédé le 07 mars 1999 et avec lui l’idée de l’excitation face à l’exceptionnel. Alors, bien sûr, il reste Tarantino… Toujours laisser les sens ouverts.

Et puis, il y a les cinéastes réputés dont nous pouvons toujours découvrir les premiers films. Un cinéphile est avant tout curieux. Veuillez soulevez votre jupe, s’il vous plaît, mademoiselle.

George A. Romero est un cas très intéressant. Sa trilogie NIGHT OF THE LIVING DEAD / DAWN OF THE DEAD / DAY OF THE DEAD a acquis au fil des ans une notoriété conséquente. En substance, tout son cinéma et son discours devenaient porteurs de sens, comme ça, du jour au lendemain. George A. Romero est sûrement un cinéaste plus important qu’on ne le croit. Cela est certain. Il faut cependant isoler ce qu’il a fait après les années 80. Ainsi, LAND OF THE DEAD, quatrième partie de ses morts-vivants, n’aura plus le même impact idéologique tant la redite paraît complaisante et atone, et le style cinématographique un peu trop balourd. Il serait même en post-production d’un cinquième volet (DIARY OF THE DEAD) qui n’annonce rien de bon. George A. Romero joue sur ce qu’il sait faire de mieux (pour le plus grand bonheur des studios), comme Stallone n’aura jamais été que Rocky Balboa ou John Rambo pour ces mêmes personnes. Mais l’élan est cassé. Un cinéaste qui ne se renouvelle plus est un cinéaste qui a discuté avec Ridley Scott. Pourtant, sa filmographie comporte 3 films vraiment formidables. NIGHT OF THE LIVING DEAD, nous l’avons déjà cité. MONKEY SHINES, qui reste à ce jour la quintessence de son art, son vrai chef-d’œuvre. Et MARTIN, qui n’est absolument pas un documentaire à la gloire du chantre des dimanches de cette époque : Jacques Martin. Non, non. MARTIN date de 1977 et il est intéressant de s’y intéresser car il recoupe les thèmes chers à Romero, car c’est un film fait dans des conditions impossibles à renouveler aujourd’hui, et car GEORGE A. ROMEROc’est avant tout une formidable réussite. Je le dis dans le sens où il explique très bien pourquoi le public aime ou n’aime pas les films. En l’occurrence, MARTIN est un film que peu de personnes avouent aimer. Comme c’est souvent le cas lorsque nous entendons cette expression, ces personnes qui n’aiment pas le film abhorrent plutôt une atmosphère, une manière de faire, des idées véhiculées, des problèmes personnels qui se sont révélés à eux etc.

Et c’est vrai que MARTIN est un film difficile à aimer. Nous suivons le parcours d’un jeune homme qui tue sous l’impulsion du sang. La scène prégénérique n’offre ni excuses ni circonstances atténuantes. John Amplas prémédite froidement de vider une femme de son sang selon un rituel qu’il semble avoir l’habitude de suivre. L’impression de réalisme est renforcée par une caméra au plus près des corps et par une photographie qui ne s’appuie par sur la superbe ou la grandiloquence mais sur un mode couleurs naturelles, comme celles qui hantent les rues de Pittsburgh. Même dans le Perche ils sont plus gais ! C’est cette photo terne (qui joue avec les marrons) qui est la composante majeure de la nausée que dégage le film. No exit. Plus que l’idéologie malsaine d’un jeune homme bien sous tous rapports que tout un chacun pourrait fréquenter. Et je termine sur cette scène d’exposition, mes amis, en vous annonçant haut et fier qu’il s’agit d’une des plus belles séquences mixant les titres du générique à l’action. C’est beau ! Mais c’est beau ! Le sens du timing, les silences, les relances de rythme, le naturel tangible, l’alternance de calme et de violence… Et je ne vous parle pas des plans de coupe égrenés tout au long du film. C’est tellement beau, mes très chers, que l’on irait jusqu’à oublier juillet 2006 et se réconcilier avec les italiens !

Le fait d’ancrer cette histoire supposée fantastique dans un réalisme quasiment palpable augmente la force du propos social de Romero. Nous sommes ici en plein dans les désillusions d’une région qui a perdu son allant / d’un homme qui a perdu l’impétuosité de sa jeunesse, d’une société qui laisse de côté les exclus / d’un personnage à qui personne ne réapprend à vivre (lui, en tant que vampire, ne cherche qu’à survivre, terrible symbole de l’homme qui ne s’aperçoit pas qu’il a emprunté un chemin déviant), de l’influence tellurique / d’un jeune vampire qui ne peut se comporter qu’en vampire (tout élément extérieur devenant explication rationnelle, comme est abordée le thème de l’impuissance sexuelle, thème commun aux vampires, qui ne peuvent développer qu’une relation d’amitié avec les femmes. Dans le film, cela résonne un peu comme une phrase d’horoscope dont on cherche le lien avec sa propre vie pour se persuader de sa véracité).

Les vis serrent nos viscères et la vie sert de vice à notre ère.

MARTIN pose une question très grave. Comment s’affranchir de sa propre nature lorsque celle-ci est perverse sans jamais avoir été pervertie ?DEMENTIA 13 George A. Romero sous-entend ici qu’il n’existe pas de clivage bien/mal, mais plutôt des formes comportementales différentes, jusqu’à se trouver en contradiction avec les lois, les convictions et les traditions établies.

            Autre exemple de curiosité juvénile : DEMENTIA 13 de Francis Ford Coppola. Tiens, drôle de titre ! Petit whodunit qui a vu l’éclosion d’un réel cinéaste, il se regarde d’un œil attendri, cherchant les quelques éléments épars qui indiquent la genèse Coppola. Cela se retrouve dans quelques très jolis plans (les deux personnages qui s’étreignent dans l’atelier) ou dans des scènes vraiment réussies (la première scène du bateau ou lorsque Luana Anders se retrouve sous l’eau) qui dénotent avec le reste de l’intrigue où Coppola se contente de filmer impersonnellement sa production Corman (qui, déjà, n’en demandait pas tant !). Et puis de nombreuses influences dont M (mais c’est surtout le genre qui veut cela) et PSYCHO (pour les séquences où le meurtrier sévit). L’ensemble se regarde plutôt agréablement. Le nom du coupable se trouve très vite mais, finalement, ce n’est pas le plus important. DEMENTIA 13 (ah ! Je sens qu’on va avoir l’explication de ce titre…) ne se regarde pas comme un film de divertissement mais comme une curiosité un peu cachée de la filmographie de Francis Ford, parce qu’au fond ce n’est pas ce qu’il y a de plus montrable. Surtout que les acteurs ne sont pas très convaincants, mention spéciale B+ pour Patrick Magee, comédien prodigieux dont la colère rentrée et l’intensité de son regard transpirent déjà. Et le titre, ça veut dire quoi ? On peut savoir ???

            Le cas Louis Malle. Voilà bien un réalisateur qui me laisse généralement sur ma fin, voire qui me frustre à la vision de la plupart de ses films. J’attends toujours avec beaucoup d’envie d’en découvrir un nouveau, et de déceler le talent que l’on loue un peu partout. Allez, ne boudons pas notre plaisir, dernièrement PRETTY BABY nous avait agréablement diverti. PRETTY BABY ou Brooke Shields ? Avec BLACK MOON, j’étais encore plus impatient car ce film est un peu à part dans sa filmographie. Il contraste avec sa manière de faire et ses grandes préoccupations. C’est très étonnant. Nous sentons fortement les premières incidences de 2001 : A SPACE ODYSSEY (même si la plus importante c’est tout de même 4 ans plus tôt dans THX 1138). L’expérience non verbale, comme le disait Kubrick. Comme si, suite à sa vision, Louis Malle avait trouvé le véritable moyen de faire du cinéma autrement que par le processus classique de la petite histoire qui va du point A au point B en utilisant le chemin le plus court, à savoir le raccourci. Eh bien, non. Le cinéma ce n’est pas cela. Après Kubrick et Lucas, Louis Malle le prouve à son tour.

LOUIS MALLEComme BLACK MOON se trouve en prolongement direct de 2001 : A SPACE ODYSSEY, il devient aisé de définir toute une ligne de conduite qui a fini par aboutir dernièrement au style lynchien de MULHOLLAND DR. et INLAND EMPIRE. La véritable révolution a été d’asséner un coup terrible aux producteurs en leur démontrant que le scénario n’est pas ce demi-dieu par lequel tous les problèmes se résolvent. Le scénario n’est plus l’élément unique sur lequel repose le succès d’un film. Eh oui ! Il faut aussi du cul ! Dans BLACK MOON il y a bien une poitrine que l’on tête sans pour autant être un nouveau-né. Nous y trouvons aussi de nombreux soupçons de poésie et de surréalisme. Des enfants nus s’amusent avec un cochon, les femmes sont pourchassées par un Etat totalitaire, une licorne erre, des fleurs que l’on entend souffrir quand on les piétine etc. BLACK MOON est un poème, un essai de déconstruction de la réalité comme nous la connaissons. S’appuyant sur un concret assez proche de notre monde, Louis Malle choisit d’y mêler divers concepts nous plongeant dans un univers qui serait assez proche d’une appellation non conventionnelle de toute chose, d’une vision fantasmée, d’un négatif horrifique du quotidien ou même d’une mise en scène de l’imagination collective. Peu importe l’axe choisi. Il est d’ailleurs inutile d’en choisir un. Le film se vit plutôt comme une expérience sensorielle complètement surréaliste, à la beauté onirique et à l’ambivalence omniprésente. L’essentiel est de se laisser bercer par ce qui nous est proposé. L’imagination au pouvoir. Car nous nous trouvons en terrain dépourvu de repères, un endroit où personne n’a jamais mis les pieds. Nous sommes dans l’inconnu le plus total. C’est pour cela que Cathryn Harrison est constamment en découverte. Et comme l’inconnu favorise l’imagination, cette dernière devient le principe actif du spectateur. Cela s’explique par une absence absolue de cohérence scénaristique. Là où nous citions Kubrick et Lynch, nous pouvions toujours établir un déroulement narratif logique dans chacun de leurs films précités. Précis, exact, fatal. Tout est explicable chez eux. Ce qui est aussi le cas des surréalistes (Dali, Blier, Cocteau, Jodorowsky…) puisque nous en parlions aussi. Là où Louis Malle confirme que c’est bel et bien lui qui est allé le plus loin, c’est dans la dissociation du propos à l’émotion. BLACK MOON a exploré bien plus avant le concept d’inconscient relié au visuel et au sonore (un élément sur lequel Louis Malle aurait d’ailleurs pu travailler un peu plus). Tout se situe hors des mots, d’ailleurs fort peu présents dans le film. C’est un ailleurs, une petite bulle où le spectateur flotte à son gré, butine là où son imagination le porte, récoltant une gamme d’émotion qui varie en fonction du bagage émotionnel de chacun. On emploie très souvent, à tort, la dénomination de film unique. BLACK MOON l’est véritablement.

            Des films dont vous entendez régulièrement parler. Des films que vous ne connaissez pas mais dont les titres, à force d’être répétés, deviennent comme autant de présences qui vous accompagneront à un moment ou à un autre. Cette DIEGO LERMANsemaine : TAN DE REPENTE de Diego Lerman. Film ultra-récompensé et qui bénéficie d’une aura de petit film qui n’a pas beaucoup de pétrole mais qui a des idées. Certes, pas de pétrole mais le peu d’idées frôle d’un iota la marée noire. Ca part pourtant pas mal. Belle image. Un noir et blanc étoffé, un joli grain, une lumière classieuse et un cadre pas trop con. Diego Lerman prend le temps d’installer ses personnages. Il suscite en même temps la suspicion sur ce qui pourrait arriver dès la rencontre des divers rôles. Leurs univers sont si bien définis que nous imaginons sans peine le choc des mondes. Nous nous plaisons d’ailleurs à imaginer la perversité qui va s’instaurer lorsque les lesbiennes vont prendre l’ascendant sur Tatiana Saphir. Vous le croyez une nana qui s’appelle comme ça ? Le film pourrait même partir sur une voie encore plus sadique. Diego Lerman a défini deux lesbiennes si mystérieuses qu’elles en deviennent dangereuses et que le film ne se spécialise pas encore. Nous sentons bien que l’odyssée peut devenir violente à tout moment. Malheureusement, Diego Lerman n’opte pas pour cette solution. Juste une tranche de vie. Dans ta face. Une chronique douce-amère qui nous révèle la misère de chaque personnage à hauteur de ses aspirations. C’est un constat parfois assez dur, mais point trop n’en faut. Finalement, il manque quelques éléments insubmersibles au scénario (qui auraient notamment obligé le monteur à dénigrer le superflu) et une plus grande propension à explorer la difficulté ou la tendresse avec laquelle les personnages se croisent. Dès que le petit trio décide de faire une virée, tout se distend, et le film s’essouffle et manque de percussion à tous les points de vue. L’affaire Luis Trio va à la plage. TAN DE REPENTE s’étire interminablement jusqu’à la fin. N’est pas Jarmusch qui veut…

            Passons des classiques aux blockbusters qui n’ont à priori rien d’attrayant. Comme tout bon cinéphile, je vois tout. Comment peut-on se définir par rapport au cinéma en occultant un pan entier de son histoire ? « La lumière vient du fond » c’est l’occasion unique de voir se côtoyer des films aussi bien d’auteurs rigoristes que des grosses machines faites par des yes men aussi charismatiques qu’une Vizirette.

Shawn Levy a déjà commis les bien tristes BIG FAT LIAR et THE PINK PANTHER. Il récidive avec NIGHT AT THE MUSEUM, entraînant Ben Stiller et Robin Williams dans cette Saint-Barthélemy cinématographique. C’est tout à fait le produit calibré qui attire les enfants, avec ces personnages de musée qui prennent vie le soir venu, le pauvre Ben Stiller en victime au grand cœur qui veut à tout prix ne pas décevoir son fils (tiens, un thème déjà exploré récemment dans le détestable PURSUIT OF HAPPINESS, ça sent le bon filon), et cet avorton bien évidemment plus intelligent et bien plus mature que son père, image parfaite du chérubin innocent, dépourvu de tout vice, sans sexualité et complètement assujetti à la cause du bien de la planète. C’est consternant ! Alors ensuite, on sort les orchestres symphoniques, on invente des scènes pour déployer l’arsenal des effets spéciaux (dont certains sont assez réussis, il faut bien l’avouer) et surtout on déploie des trésors d’ingéniosité au sein du scénario pour qu’il corresponde au schéma thèse-anthithèse-synthèse des productions de même acabit. Rien d’intéressant, passez votre chemin. Un film qui n’est que bruit.

NIGHT AT THE MUSEUM            Quoi que l’on puisse croire, rater un film n’est pas une chose aisée. Vu l’énergie déployée dans NIGHT AT THE MUSEUM, il est peu probable que l’on ait pu croiser sur le tournage des stakhanovistes du sabotage. C’est pire ! Lorsqu’il existe de vraies causes d’échec, les intentions restent louables et l’honnêteté fait rarement défaut. Dans NIGHT AT THE MUSEUM tout est fait pour aboutir à un succès populaire, en utilisant toute la panoplie du pur produit. Nous sentons bien que chaque partie, de la technique aux comédiens, oeuvre dans le même sens : faire un film rentable. Nous pourrions donc en déduire que si le niveau artistique est mis de côté, cela est normal que le film fasse ses entrées et que plus personne ne s’y intéresse par la suite. Mais le plus effrayant c’est lorsque les caractéristiques commerciales deviennent la norme artistique. NIGHT AT THE MUSEUM ne pouvait pas être autre chose qu’un parangon de film manipulateur. De toute façon, moi je ne vais plus aux musées. C’est vrai : qu’est-ce qui nous prouve que ce sont bien les originaux et non pas des copies qu’ils nous montrent ?

A l’inverse, ANCHORMAN : THE LEGEND OF RON BURGUNDY d’Adam McKay est tout aussi raté, mais bénéficie d’une énergie revendicatrice qui n’essaie pas de mener le film hors des vues auxquelles il peut prétendre. Lorsque nous nous attardons uniquement sur les comédiens il est facile de déceler la fièvre qu’ils semblent se communiquer, au service des gags qu’ils revendiquent. Cela fait plaisir à voir. Le but n’est pas capitaliste, il se recentre plutôt sur l’élan du comique collectif. Ce qui fait moins plaisir c’est le niveau de la vanne. Alors là, ça rase gratis. Le rire potache ne me dérange pas. S’il est régressif et qu’il devient puéril, mes poils se hérissent. Will Ferrell, Steve Carell et consorts c’est toujours la même limonade. Ils incarnent toujours des déficients mentaux, des ringards de première classe, et c’est bien ce que je leur reproche. Il est tellement facile de composer des personnages moins intelligents que soi-même ou des caricatures de la débilité humaine ! On ne force pas son talent, si tant est que l’on en ait un échantillon sur soi. Montez sur scène, lâchez un petit écureuil et vous verrez si vous n’obtiendrez pas les rires du public. En tout cas, c’est à chaque fois un aveu de la pénurie d’imagination dont font preuve ces pseudo-comédiens qui officieraient au théâtre des Deux Anes (véridique !) pour peu qu’ils fussent parisiens.

Et dans tout cela, Adam McKay n’est qu’un majordome. Il coordonne la folie générale et essaie d’agencer le rire de manière définitivement scolaire. Le problème de ce genre de films est qu’ils cherchent toujours à montrer les gags mais jamais à les mettre en scène. Leur impact s’en trouve donc amoindri. Et ANCHORMAN : THE LEGEND OF RON BURGUNDY n’échappe pas à la règle. Aucune perspective, aucun plan d’attaque.

 

            - Loving the paranoid

Nous sommes tous gouvernés par deux grandes émotions. Elles se subdivisent en de nombreuses catégories, mais toutes découlent uniquement de deux seules émotions. Il s’agit de l’amour et de la peur. En général, les bons films optent pour l’un ou l’autre. BUG est l’un des rares à combiner les deux de manière aussi sublime.

Nous avions laissé William Friedkin avec un THE HUNTED peu téméraire. Nous l’avions loué pour la dernière fois en 1985 pour son TO LIVE AND DIE IN L.A. Mais Friedkin c’est surtout l’immense maître d’œuvre des non moins immenses THE EXORCIST et THE FRENCH CONNECTION. Que s’est-il donc passé chez ce réalisateur extrêmement doué pour qu’il perde ainsi son cinéma et toute crédibilité bankable ?

BUGComme il faut que justice soit faite et que « La lumière vient du fond » est là pour y remédier, sachez qu’en revenant aujourd’hui avec BUG, William Friedkin retrouve son aura de cinéaste mythique. Et là je vais en remettre une couche sur l’incommensurable vacuité professionnelle de nos amis les distributeurs, puisque sorti le 21 février 2007, il ne dispose plus que d’une seule salle à Paris (le MK2 Beaubourg) et de seulement 23 à travers la France !

Friedkin est donc de retour avec un style toujours aussi classe, une maîtrise imparable, un sens de l’inattendu totalement jouissif et un lyrisme qui vous fait pleurer à gauche, là où ça bat fort.

BUG joue sur les duos plus que sur la dualité. La signification, d’abord. Le double sens du mot. Et puis, par la mise en scène. L’homme et la femme se lie dans une complémentarité qui solde aussi leur vie. L’intérieur compose avec l’extérieur un agencement de replis face à une ouverture sur le monde qui pourrait être synonyme de liberté, mais ils ne trouvent celle-ci que dans l’enfermement. L’individuel face au collectif, métaphore militante face à un constat précis de la société américaine (critique souvent développée par Friedkin, notamment dans THE EXORCIST, TO LIVE AND DIE IN L.A. ou RULES OF ENGAGEMENT). Le jour et la nuit, où l’on remarquera l’étrange changement d’Ashley Judd, beaucoup plus en jambes dans le noir. L’humour qui se mêle à l’horreur la plus dure, ce qui donne un ton singulier, aussi déstabilisant que la folie du sujet abordé.

Le grand défi du film est d’essayer de ne pas opter pour l’une des deux solutions qui s’offrent à nous : Ashley Judd et Michael Shannon sont-ils victimes d’un dérangement cérébral ou les aphides sont-ils vraiment des insectes que l’armée a expérimentés sur eux ? Là encore, il faut envisager la réponse sous le principe du duo. Les deux propositions fonctionnent ensemble ou ne fonctionnent pas. C’est pour cela d’ailleurs que la fin reste ouverte. Friedkin cherche à ne surtout pas opter pour la prépondérance de l’une sur l’autre. C’est assez réussi mais je trouve qu’il se fourvoie au niveau de la direction d’acteurs. Vers la fin du film, si le jeu d’illuminé paranoïaque peut convenir au personnage de Michael Shannon, il devient plus douteux chez Ashley Judd. L’overacting associe directement son personnage à la folie. En prenant le rôle dans une souplesse plus prononcée (pourquoi pas dans la conviction raisonnée) elle serait restée dans un personnage plus posé qui ne peut convaincre quiconque faute de preuves et s’en trouve désolée, en même temps que toute sa mesure prêchait pour sa bonne foi, voire sa lucidité. Elle n’a pas besoin de jouer la maladie psychologique puisque tout le monde sait bien que lorsque l’on dit la vérité on est souvent pris pour un fou. C’est plutôt dans le regard de celui ou celle qui lui donne la réplique que la réponse ou l’ambivalence quant à sa santé mentale se situerait. Il n’en reste pas moins qu’Ashley Judd trouve là le meilleur rôle de sa carrière. Elle est absolument bluffante par son naturel, sa volonté de rester loin de l’image glamour de la femme isolée dans un coin de campagne, la fragilité de son regard ou encore ses résurgences d’anciennes fêlures. Face à elle, Michael Shannon est tout aussi convaincant, passant d’une timidité un peu gauche à une paranoïa confondante de persuasion. Notons aussi la présence d’Harry Connick Jr. dont les propositions sont un peu convenues, mais qui s’effacent devant son charisme pharisaïque, et de Lynn Collins, belle révélation à l’écoute humble et feutrée.

William Friedkin retrouvé, cela ne fait plus aucun doute. A défaut du Graal. Ouvre bien tes orteils, peuple de Judée. Apprends à te courberASHLEY JUDD bien bas quand un seigneur passe non loin de toi. Et question grandeur vous allez tous pleurer votre race parce qu’il y en aura pour tout le monde, même pour ceux qui ont étudié dans un I.U.T. Proéminence de la virtuosité friedkinienne. Ca fourmille de partout. A commencer par cette première partie qui impose le bouillon de culture dans lequel baigne Ashley Judd. Le réalisateur s’attarde sur la psychologie des personnages. Il prend son temps pour révéler les liens entre eux. Il définit un état dont le bouleversement trouvera toute son horreur par la brutalité avec laquelle il sera désintégré. On dit parfois que ça ne peut pas être pire. Friedkin ou la démonstration contraire. Il adapte ici le principe déjà mis en place dans THE DEER HUNTER. Dans le film de Cimino, le reste du film et particulièrement la troisième partie ne fonctionne absolument pas si la première partie ne prend pas le temps de développer tout ce qui caractérise la vie du petit groupe. Le paisible se substitue à la lenteur. BUG, même combat. Enorme talent que de savoir retarder l’échéance horrifique. Friedkin dose avec beaucoup de savoir-faire les indices qui annoncent la tragédie. C’est monté avec l’énergie sous-tendue du bouleversement qui se prépare. C’est pour cela que cette partie se suit allègrement. Elle est annonciatrice du but prochain. Et le montage participe à cette invasion future, comme est annoncée l’arrivée d’Harry Connick Jr. Formidable ellipse qui efface toute notion de temps pour quelques secondes ! Cela fait un peu trouvaille scénaristique, mais c’est terriblement efficace et délicieusement déstabilisant pour le spectateur qui ne sait plus ce que l’histoire lui raconte. Puisque nous y sommes, glorifions le plan où Harry Connick Jr. nous apparaît au travers de la vapeur d’eau. Onirique, William Friedkin ne recule devant aucune note d’humour. Un humour parfois très bien écrit lorsque Ashley Judd et Michael Shannon pérorent sur la juste définition des aphides. Tellement irréel en pleine nuit !

Dans tous les films de William Friedkin, il y a quelque chose comme une force supérieure, une menace qui plane et qui peut frapper à tous moments. Il faut aussi souligner les effets stylistiques que Friedkin installe pour engendrer cette paranoïa de l’invisible. C’est encore absolument régalicieux de se trouver au milieu d’une sorte de tremblement de terre qui mêle lumières tressaillantes, espace qui se disloque, son oppressant de lourdeur et personnages apeurés. Ce sont des moments charnières. A partir de là, la réalité n’est plus vraiment la réalité. Reste à savoir pour qui. Un choc s’est produit. Nous en suivons les conséquences. Toute la démonstration devient alors beaucoup plus nerveuse (déjà par la prestation des comédiens), plus énergique. Même si la dernière scène se situe dans une pièce recouverte d’aluminium (et là je tire mon chapeau à Michael Grady pour la prouesse technique, même si je soupçonne que ce ne soit pas intégralement de l’aluminium), elle ressemble énormément à un cocon, dernier refuge de nos personnages avant leur étape suivante, où tout se métamorphose à une vitesse folle. Tout va très vite. Les déductions que Michael Shannon pousse Ashley Judd à faire, en sont la preuve. Le cocon est l’étape qui précède la vie, me direz-vous. Certes, mais la libération qu’ils cherchent ne ressemble-t-elle pas à un élan vital ? Dernier stade de la réflexion de Friedkin : totale réussite d’un organe duMICHAEL CIMINO pouvoir qui aura réussi à faire croire à quiconque que la mort ou la vie, tout cela se ressemble très nettement.

Nous remarquerons néanmoins quelques petits bémols à rapporter. Le plus visible est la scène d’amour entre les deux comédiens principaux. Ratée, évidemment. Comme la plupart de ces scènes au cinéma. En général, le réalisateur est aussi gêné que les comédiens et repousse toujours l’échéance. Lorsqu’il faut bien la filmer, il a toujours du mal à diriger ses comédiens et leur conseille de faire juste comme ils font dans la vie réelle, pour que cela paraisse vrai. Puis, il essaie de faire quelques plans esthétiques, mais pas trop volés car il faut respecter la pudeur des comédiens. Tiens donc, la pudeur des comédiens, ça existe, ça ? Cela ne fonctionne quasiment jamais. Les seules exceptions sont invariablement des réalisateurs qui ont pris le temps de chorégraphier la scène, voire de la story-boarder, et de définir avec les acteurs les différentes étapes, ce qui sera vu à la caméra et ce que cela signifie. Bref, travailler comme pour n’importe quelle scène avec les avis des deux côtés de la caméra. Le talent du réalisateur, du directeur de la photographie et surtout du monteur fera le reste. Manifestement, la magie n’a pas pris sur le plateau de BUG. Nous n’en saurons jamais vraiment la cause, mais la scène est d’une platitude érotique, d’un inintérêt scénaristique, sans originalité, sans rythme. Le film se rattrape sur énormément d’autres points.

Bien plus qu’une simple histoire sur un homme et une femme qui font chabada bada, chabada bada, Friedkin bâtit un espace où les amants vont pouvoir briser les liens qui les retiennent dans la réalité si bien décrite tout au long de la première partie du film. C’est en quelque sorte une histoire d’amour où deux êtres sont en quête de l’ultime délivrance des attachements sociaux qui ont développé chez eux une paranoïa hallucinatoire. Un peu de la même manière que les protagonistes de MORE s’exilaient du monde. A travers cette tragédie horrifique, Friedkin développe une métaphore de la perte des libertés individuelles dans la société américaine contemporaine, qui passe par une paranoïa de l’information (médiatique ainsi que non médiatique s’entend) et une altération personnelle de sa propre intégrité. Processus inconscient d’accord, mais pourtant déjà présent dans d’autres de ses œuvres. Dans THE EXORCIST, par exemple, le Mal pouvait venir de n’importe où et s’attaquer à n’importe qui, même au plus innocent. Le danger était partout. Dans BUG, le danger c’est soi. Chacun véhicule une certaine somme de certitudes prêtes à influer sur son comportement. Seulement avec le 11 septembre 2001, la suspicion a amené le cloisonnement collectif. Tout individu est devenu suspect et les contrôles se sont multipliés à l’encontre des personnes. En aboutissant au Patriot Act, le champ des libertés individuelles s’est considérablement réduit. Encore en vigueur, il permet notamment d’avoir recours aux listes des personnes qui empruntent des livres, aux listes de voyageurs, aux informations que tout FAI pourrait transmettre, au contrôle des mails et des conversations téléphoniques échangés, de mettre toute personne en détention pour une durée illimitée et sur simple soupçon, et la liste est encore longue. Pour être bref, voici les amendements que viole le Patriot Act :

MORE- premier amendement : le Congrès ne fera aucune loi accordant une préférence à une religion ou en interdisant le libre exercice, restreignant la liberté d'expression, la liberté de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'Etat des pétitions pour obtenir réparation de torts subis

- quatrième amendement : il ne sera pas porté atteinte au droit des citoyens d'être exempts de toute perquisition ou saisie déraisonnable concernant leur personne, leur domicile, les documents et biens leur appartenant ; aucun mandat de perquisition ne pourra être délivré s'il ne se fonde sur des motifs plausibles, s'il ne s'appuie sur des déclarations ou des affirmations sous serment et s'il ne mentionne de façon détaillée les lieux qui doivent faire l'objet de la perquisition et les personnes ou objets dont il faut s'assurer

- cinquième amendement : nul ne pourra répondre d'un crime capital ou infamant à moins d'avoir été inculpé ou renvoyé devant les tribunaux par un grand jury, à l'exception des poursuites engagées à l'occasion d'actes commis dans les forces armées terrestres ou navales ou dans la milice, dans le cadre d'un service actif en temps de guerre, ou de péril public ; nul ne pourra deux fois pour le même délit se trouver menacé dans sa vie ou dans sa personne ; nul ne pourra être contraint de témoigner contre lui-même dans un procès criminel, ni être privé de sa vie, de sa liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière ; aucune expropriation dans l'intérêt public ne sera possible sans une juste indemnité

- sixième amendement : lors de toute poursuite criminelle, l'accusé aura le droit d'être jugé rapidement et publiquement, par un jury impartial de l'Etat et du district où le crime aura été commis, ledit district ayant été préalablement déterminé par la loi ; d'être informé de la nature et des motifs des charges retenues contre lui ; d'être confronté avec les témoins à charge ; de faire citer des témoins à décharge ; et de bénéficier de l'assistance d'un avocat pour sa défense

- huitième amendement : il ne pourra être exigé de caution disproportionnée, ni imposé d'amendes excessives, ni infligé de peines cruelles ou inhabituelles

- quatorzième amendement : toute personne, née ou naturalisée aux Etats-Unis et soumise à leur juridiction, est citoyen des Etats-Unis et de l'Etat où elle réside. Aucun Etat ne pourra édicter ou appliquer une loi quelconque limitant les privilèges ou les immunités des citoyens des Etats-Unis ; aucun Etat ne pourra priver quiconque de sa vie, de sa liberté ou de sa propriété, sans procédure légale régulière, ou dénier à quiconque relevant de sa juridiction l'égale protection des lois.

Lorsque l’on sait cela, la paranoïa sous-jacente qui menace le peuple américain nous apparaît comme une névrose particulièrement symptomatique d’une telle dérive. En faisant régner la terreur, le gouvernement Bush a ouvertement neutralisé une partie de la population. En instituant l’idée qu’ils sont des pions au service d’une cause, il impose l’idée d’instrumentalisation des corps. Le dernier stade de la névrose devient ainsi la dissociation d’avec son propre corps, qui n’est plus considéré que comme une composante au dictat en place. Si l’on suit le raisonnement qui consiste à se débarrasser de toute idée de contrôle des cerveaux, il convient aussi de se débarrasser du contrôle des corps, c'est-à-dire son éradication du monde réel. Dans BUG, beaucoup d’indices nous montrent l’emprise du gouvernement américain sur son peuple. D’abord, notons ce magnifique plan d’hélicoptère qui ouvre le film. La lenteur par laquelle il s’approche de la maison d’Ashley Judd évoque une menace qui plane. Une menace à la force tranquille, comme un oiseau de proie serait aux aguets afin de fondre sur sa victime. Et plus le plan se resserre sur cette maison, plus il l’isole. Car si BUG est aussi un film sur l’isolement, il est encore plus un film sur l’hermétisme. Toute maison est isolée uniquement si elle est hermétique (sinon le moindre minuscule aphide se fraie un chemin). C’est ce qui aboutit à cette longue (mais pas dans un sens péjoratif) scène de fin où l’aluminium joue ce rôle d’isolant.

Si vous arrivez à imposer l’idée que vous n’êtes plus utile en tant qu’être humain doté de raison à l’organe du pouvoir, vous arrivez à cantonner les personnes dans leurs derniers retranchements (la plupart du temps leur famille, leur « home »). Ils ne sont alors plus que relégués au rang de « bras », de robots chargés de fournir la quantité nécessaire d’énergie pour faire tourner la machine. Rien de plus. Alors peut se développer le sentiment d’être utilisé. Comme l’on fait des expériences sur des souris de laboratoire, on se sert de personnes pour utiliser leurs réactions. Et c’est avec un fracas énorme que BUG détaille cela. Il est la réponse formelle à une analyse très juste de ce vers quoi la société américaine évolue. Une société qui a peur d’elle-même est une société qui se parasite et donc qui crée sa propre mort.

4 mars 2007 7 04 /03 /mars /2007 19:49

            Il y a des bouquins comme ça qu’on aimerait que ce soit nous qui l’ayassions (du verbe « avoir » composé à l’inditionnel qui, je le rappelle, est le mode qui te permets, toi le jeune, de composer n’importe quel verbe (même si, en l’occurrence, et c’est l’exception, il s’agit ici d’un auxiliaire) à n’importe quel temps et un peu n’importe comment que tu le souhaites) écrit. En pleine lecture, nous fermons le livre pour regarder la couverture et s’apercevoir que non, ce n’est pas nous, c’est l’aut’ con qui l’a écrit. Et pourtant, il nous arrive vraiment d’être convaincus qu’il est de nous ce bouquin tant ça s’écrit avec des phrases comme on les parle, nous, et que ça décrit putain bien des trucs qu’on ne pensait pas que quelqu’un d’autre pouvait les avoir vécus. Même qu’en pleine page 364, temps d’arrêt et :

- Putain mais c’est sûr que c’est pas moi qui l’ai écrit ce bouquin ?

(Regard sur la couverture)

- Bah non, c’est bien l’aut’ con !

C’est toujours l’aut’ con de toute façon.

CATHERINE LABORDEQuand j’étais à l’école c’était toujours l’aut’ con qu’avait la meilleure note. A la bibliothèque, c’est pareil. Toujours l’aut’ con qu’a pris le livre que vous voulûtes. Toujours avec l’aut’ con que sort la plus belle meuf, toujours l’aut’ con avec un caddie rempli à ras bord qui vous passe devant quand vous alliez rentrer dans la file d’attente à la caisse, toujours l’aut’ con qui met la musique à six du mat’, toujours l’aut’ con qu’oublie de mettre son grignotant pour tourner à droite, toujours l’aut’ con qui croit pouvoir nous débarrasser de la racaille, toujours l’aut’ con qui siffle un péno imaginaire, toujours l’aut’ con de La Poste qui vient sonner chez vous à huit du mat’ alors que vous veniez juste de vous rendormir de l’aut’ con qui venait d’arrêter sa ziquemu. L’aut’ con est une conspiration. Il se terre partout et n’importe où, en quête du moindre de vos faits et gestes. L’aut’ con peut surgir même à cinq du mat’ pour emmener votre véhicule à la fourrière. C’est lui aussi qui se cache derrière le fabricant de ces fabuleuses boites de sardines que si on les ouvre la sauce vous gicle tout partout et que c’est là qu’on pouvrait le désosser si on le tenait l’aut’ con.

            Il y a aussi de ces expressions qu’on se demande pourquoi qu’elles existent et quel est le con qu’a bien pu leur définir une utilité. Il y a la locution « il y a ». Il y a aussi Catherine Laborde. Comprends pas très bien qui l’a inventée et à quoi elle sert. J’évite au maximum de l’employer (pas Catherine Laborde) car je la trouve d’une laideur (oui, oui, Catherine Laborde) ! Des fois j’aime bien imaginer des gens qui font l’amour. Des fois… Pas toujours. M’enfin je me demande bien combien de fois par semaine elle a droit à son gros anticyclone…

            Et puis il y a même les films que lorsqu’on les voit on n’arrive pas à en croire ses yeux. Cela m’est arrivé dernièrement en regardant THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY. Je m’arrêtai en plein milieu pour me dire : « ‘Tain mais c’est pas possible ! C’est pas moi qui ai réalisé ce film !!! » Regards sur la couverture. Effectivement, ce ne serait pas moi. On dirait que ce serait Ken Loach, d’accord ? Bah non, pas trop d’accord, parce que moi je l’aime bien le gars Loach (on avait dit fini les jeux de mots !). C’est quand même lui qui nous a donné les sublimes KES, AE FOND KISS… ou encore FAMILY LIFE. Je vous rappelle que pendant ce temps Catherine Laborde ne donne que la météo ! Alors, bien sûr, il n’avait jamais gagné la Palme d’or. Eh bien voilà un jury intelligent qui a fait montre de toute sa supériorité de peuple élu en la décernant à l’un de ses plus mauvais films. Déjà sur le coup depuis longtemps, la C.V.R. en a tiré cette conclusion exemplaire : chacun de nous peut non seulement prétendre à faire partie des prochains jurés de Cannes mais peut aussi concourir pour la fameuse récompense avec l’un de ses nombreux films faits à la maison. La semaine prochaine Catherine Laborde viendra nous faire accroire qu’il est plus difficile de lire une carte météorologique qu’essayer de se tuer en retenant son souffle.

Ken Nibard nous a fait cette fois-ci un film très poli, assez sage dans l’esthétique, pépère dans la mise en scène et bien mou des rotules au niveau de la dénonce.

C’est les vacances.

KEN LOACHUn film de vacances. Rien de plus. Un petit film qu’il s’emmerdait dans son transat le père Loach, alors qu’il a pris sa caméra et a commencé à se faire plaisir. Ken fait des images. Ken et les irlandais. Ken à la plage. Ken promène le chien. Ken fait du tuning. Ken joue à Mako moulage. Ken fait une otite… Comme ce réalisateur est devenu bien fade si l’on se réfère à ses mises en scène précédentes ! Ken achète une brasserie. Bien que le sujet soit par définition très loachien, le starter s’enclenche d’entrée jusqu’à la fin du film. Ken passe son permis. Loach cherche à emballer le récit mais se retrouve le nez dans l’eau à chaque essai. Ken fait du rugby. La faute principalement à une dramaturgie qui définit mal les principales causes de révolte. Ken rend sa rédaction. Ainsi, ce ne sont pas ces infâmes et répugnants colons britanniques qui étions montrés du doigt par ces pauvres petits irlandais qui n’ont plus que la peau des yeux pour pleurer toute leur innocence de peuple traqué parce que si pur. Ken fait de la propagande. Dans ces conditions-là, vous comprenez bien que le manichéisme ne peut s’accompagner que d’un refus d’adhésion au camp que le réalisateur cherche à nous faire rejoindre. Ken présente « Le dessous des cartes ». Nous pourrions parler de manichéisme tant le point semble s’orienter vers la compassion misérabiliste des opprimés. Ken se travestit en Mère Teresa. THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY ressemble à s’y méprendre à un fumeux remake de THE PASSION OF THE CHRIST du non moins secoué Mel Gibson. Ken et Mel font leur catéchisme. Les méchants ils sont très très méchants (gueules pas possibles et agressivité permanente) et les gentils ils sont très très gentils (« Ils nous lancent des pierres, m’sieur ! »). Ken fait l’apologie des Etats-Unis. A défaut de manichéisme je parlerais volontiers de simplicité naïve. Ken parle de sa lobotomie. Où est passé le discours revendicatif chargé d’injustices révélées et de soubresauts vitaux d’une légitimité bafouée ? Ken fait une sieste. Où se terre la force narrative et la construction dramatique qui donnaient tout le rythme à ses films antérieurs ? Ken enfouit de l’argent dans son jardin. Quid de la poésie humaniste qu’il savait si brillamment distiller ? Ken a oublié de faire ses devoirs. Et enfin, à quoi riment toutes ces scènes qui servent un propos et non une émotion ? Ken fait de la poésie underground. Parce que celle-là, avant de la trouver il faut se lever matin. Ken fait la grasse matinée. Même Cillian Murphy n’est employé que pour exprimer la grande théorie de l’Axe du Bien contre l’Axe du Mal. Ken fait les soldes. Nous l’avions connu BREAKFAST ON PLUTOdernièrement bien plus en jambes sur le terrain de Neil Jordan, où il figurait dans le très intéressant BREAKFAST ON PLUTO, un Patrick Braden époustouflant(e). Ken se fait masser. L’Axe du Bien c’est évidemment vous, et vous comprenez subséquemment que Ken Loach base sa mise en scène uniquement sur le fait d’acquérir toute votre commisération, parce qu’au fond de tout cela, ce n’est vraiment pas juste que l’injustice soit injuste ! Ken vise la Palme.

LE VENT SE LEVE (en français dans le texte) se prévaloit tout de même d’une grande qualité. Il nous fait se poser les bonnes questions. Et ça (à part, peut-être, TAXI 4), c’est rare. C’est peut-être encore plus rare qu’un toit ouvrant sur un sous-marin, il n’empêche qu’en allant voir le film de Ken Loach, outre l’impression d’être pleins de sentiments justes et nobles, vous vous sentez aussi complètement en accord avec la dimension naturelle des éléments qui vous entoure. Vous êtes dans le Vrai. Toute la démonstration de Ken Loach concernant le vent vous a complètement convaincu et c’est là que s’impose à vous toute l’ampleur d’une question restée jusqu’ici dans un suspend anxiogène et quasi métaphysique : comment le vent sait-il dans quel sens il doit souffler ?

            DARSHAN - L’ETREINTE est un film qui fait bien plaisir. C’est l’occasion de retrouver notre ami Jan Kounen, réalisateur du mythique, et malheureusement trop souvent incompris, DOBERMANN. C’est aussi l’occasion de faire un voyage apaisant et généreux aux côtés de Mata Amritanandamayi Devi dans son propre rôle. Oui, c’est un documentaire. Oui, il a été tourné en numérique. Et oui, l’image est regardable. Cela nous change de tous ces documentaires insupportables qui se contentent de laisser tourner leur caméra puisqu’ils ne sont pas assujettis à une pellicule chère à développer. Malheureusement, en post-production, quasiment aucunJAN KOUNEN travail n’est effectué pour essayer de rehausser la qualité de l’image qui se contente le plus souvent de ressembler à un vulgaire reportage télévisé. Car il faut bien dire que si le documentaire en est arrivé aujourd’hui à cet état de décomposition avancée, cela est dû en grande partie à l’inspiration qu’il a trouvée au cœur de la télévision. Presque plus aucun documentaire ne se donne la peine de faire du cinéma. Voilà une reconversion toute trouvée pour Ridley Scott. Alors cela fait plutôt plaisir quand un réalisateur fait des efforts pour décentrer son sujet sur une humeur, une impression. Quelque chose dans l’air. L’ambiance.

Dans DARSHAN - L’ETREINTE, il y a du cadre. Enfin ! Et là, ne blâmons pas uniquement la télévision puisque même dans la plupart des longs métrages, le cadre semble être un gros mot de l’ère Mésozoïque. Jolis mouvements de caméra, très fluides, très sereins, très musicaux.

L’important est de capter une sensation externe afin qu’elle passe de manière très précise par le filtre de la caméra.

Même si Jan Kounen valorise son personnage principal, il oublie de s’y attarder pour essayer de s’attacher à la singulière dimension qui l’entoure. C’est le travail de la caméra que d’épouser cet état de flottement, cette impression d’évoluer dans d’autres sphères, autres que celles très concrètes de nos sociétés. Tout est très éthéré, sans dénigrer l’impact spirituel omniprésent. C’est fort au point de devenir étourdissant. Voilà un film qui fait du bien à tout son être. Il s’en dégage un rayonnement intérieur très fort, une embellie qui cicatrise toutes nos souffrances, une vraie quiétude assez insaisissable mais tournée vers la sagesse. Un film comme une onction.

ERROL FLYNN            Vu pour la première fois THEY DIED WITH THEIR BOOTS ON de Raoul Walsh. Sublime titre traduit lamentablement en français par LA CHARGE FANTASTIQUE. Et pourquoi pas ULTIME ATTAQUE DANS LA VALLEE DES OMBRES DE LA MORT ? Dans ce film, Errol Flynn se la joue gosse beau qui a le défaut de ne pas obéir à la rigidité militaire, et c’est ce qui fait qu’il est parfait. Quand il joue les candides nous avons plutôt l’impression qu’il compose un personnage à qui il manque des cases de Monopoly. Le jeu est très théâtral, bien évidemment, mais ce n’est pas forcément cela qui nous interroge. Ca y est, c’est reparti avec les questions genre « Pourquoi les animaux ne louchent-ils pas ? » Comment un tel personnage peut-il ne pas comprendre la rigueur militaire, s’y investir au point de donner sa vie, et être capable d’avoir des relations on ne peut plus normales, notamment avec Olivia de Havilland ? Il existe une réelle schizophrénie chez cet homme. Nous en imputons la cause à un film qui cherche à inclure dans son histoire, un humour constamment malvenu. Premièrement, il ne sert absolument pas son sujet. Deuxièmement, si nous enlevons toutes ces scènes, nous nous apercevons que le film n’a absolument pas la sécheresse que les producteurs cherchaient à éviter. Et troisièmement, cet humour est une catastrophe. Pire qu’un manque d’humour, il s’agit d’une puérilité affligeante. (Et je vous passe les rires complètement plaqués.) Malgré tout cela, l’histoire fonctionne plutôt bien et Raoul Walsh a assez de talent pour la rendre attrayante, même si la caméra semble parfois peser 2,34 tonnes. « Hmmm, ça fait envie une telle caméra ! » Comme disait la jeune mariée.

            Encore un film qu’on n’a pas pu bénéficier sur nos écrans français. Pourquoi ? Sorti aux Etats-Unis en 2003, HOUSE OF SAND AND FOG a largement sa place aux côtés de YAMAKASI - LES SAMOURAIS DES TEMPS MODERNES et autre HOUSE OF WAX. Etrange oubli, alors qu’il est déjà sorti dans 29 pays. Le film bénéficie en plus de deux têtes d’affiche : Jennifer Connelly et Ben Kingsley. Qui plus est, une bonne vingtaine de nominations dont 3 aux oscars.

Les distributeurs sont décidément des gens dénués d’imagination et de couilles.

Jennifer Connelly est une actrice sublime que nous vénérons ici au même titre que Keira Knightley, c’est vous dire ! C’est vous dire qu’une fois de plus elle est bouleversante en jeune femme qui cherche à récupérer sa maison que le fisc lui a enlevée à tort, et que ça lui fait snif dans son cœur quand elle voit des étrangers habiter à l’intérieur et même qu’ils laissont la lumière allumée toute la nuit, les salauds !

Jennifer Connelly nous l’avions découverte il y a à peu près 15 ans lors de la diffusion télévisée de CAREER OPPORTUNITIES. Voilà un film un peu commun mais qui bénéficie de deux personnages très forts, d’interprétations idéales et donc de plusieurs scènes absolument divines. Douceur absolue de l’être attendu.

Avec HOUSE OF SAND AND FOG, Vadim Perelman réalise un film à la poésie soutenue.HOUSE OF SAND AND FOGBeaucoup de plans environnementaux essaient de définir l’ascendant tellurique que subit surtout Jennifer Connelly. Qu’elle subit lorsque tout va mal pour elle, mais aussi qui l’aide à vivre (car c’est une beauté qui la fascine) lorsque les choses vont mieux.

HOUSE OF SAND AND FOG se prévaut avant tout d’être un film de genre. Du bon gros drame avec des morceaux de triste et de pas cool, mélangés avec des pleurs et quelques jérémiades. Disons que son plus gros défaut est d’insister là où il aurait fallu alléger un propos qui n’a pas besoin d’être stabiloté. Nous nous enfonçons dans une lourdeur comme dans un bourbier où chacun de nos gestes produit un effort incommensurable. Tout devient prétexte à une dramatisation immodérée :

- Je voudrons une baguette, s’il vous plaît.

- Bien cuite ?

- Oh, mon Dieu, j’hésite. J’ai un problème avec la cuisson au feu de bois.

- Tous nos pains sont cuits au feu de bois.

- Mais c’est terrible ! C’est un véritable massacre ! Nous pouvons même parler d’un panicide. Ne me dîtes pas en plus que vous y mettez de la levure…

- Si. Chimique.

- Oh, le carnage ! Des expériences scientifiques sur de pauvres petites mies qui n’avaient rien demandé !

- Mais, monsieur, nous sommes une boulangerie. Que voulez-vous que nous fassions d’autre que du pain ?

- Mais des hosties, madame. Des hosties !

            Enfin, terminons avec cette accorte nouvelle qui n’est plus toute fraîche, mais qui a au moins la qualité d’être franchement revigorante : demain sortira enfin le second album de la plus belle découverte de l’année 2004, à savoir le groupe Arcade Fire. Il signe son deuxième LP intitulé « Neon bible », rien à voir avec l’inintéressant film de Terence Davies, mais sûrement beaucoup plus avec l’œuvre de Dieu puisque les membres du groupe s’étaient enfermés dans une église pour composer ce nouvel opus. De là à penser que la messe aurait une toute autre allure avec Arcade Fire aux grandes orgues (ou Big Joe Williams pour les fans des GRANDES VACANCES), c’est un recours pour une autre histoi-a-are…

22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 18:37

        1. Propos

Proposer une interprétation d’INLAND EMPIRE, peu de critiques s’y risquent. Le risque, le critique n’aime pas ça. Il préfère croire que seul son avis prévaut et qu’il est tellement bon de rire avec ses amis en employant un jargon obscur qui restera comme un point d’interrogation pour le spectateur lambda. Alors, quand il faut aller au charbon son inculture se charge de discréditer le peu d’intégrité qu’il lui restait.

Qu’on se le dise, la critique ce n’est pas de l’interprétation. Les explications de texte c’est bien pour remplacer les dictées au lycée mais, au cinéma, ce n’est que l’affirmation mégalomane de celui qui entend apporter un discours synthétique à une discussion. Or, cela est impossible. Aucune idée ne peut clore de manière si définitive ce que chaque film charrie.

Quand il ne peut pas interpréter, le critique s’emmerde. Il aime alors à se grattecouiller, avachi sur son sofa délavé, ou déclarer en privé son amour à son toaster en bakélite. Exemple de vie rock n’ roll.

La plupart du temps c’est facile de tricher avec l’avis personnel. J’aime, j’aime pas. C’est bien, c’est nul. J’ai raison, vous avez tort. Mais dès qu’il faut coller des mots sur des sentiments, de brusques phobies de la parole ou de la plume apparaissent chez nos amis critiques. Les autres partent en hibernation. C’est marrant, vous remarquerez que cela arrive à chaque sortie d’un film de David Lynch. L’un choisit de se taire car le film parle de lui-même, l’autre se perd en circonvolutions diaprées pour ne pas avoir à affronter le difficile exercice de l’exégèse, un autre fait dans la critique énigmatique sous prétexte de rendre l’atmosphère du film (s’autodésigner Lynch de la critique, faut plus pouvoir enfiler ses Adidas quand même !), encore un autre préfère ne rien dire car ce serait se rabaisser à tant de foutage de gueule, et puis il y a celui qui croît que Lynch a complètement oublié son savoir-faire du jour au lendemain pour volontairement faire ce qu’aurait fait un enfant de 5 ans, celle qui veut absolument se persuader que c’est le plus grand film de tous les temps (sans rien avancer de décisif, évidemment), celui qui trouve le moyen de parler de tout sauf du film parce qu’il ne sait pas quoi en penser etc. Les seuls qui s’en sortent sont ceux qui font preuve de modestie, qui essaient de regarder par le trou de cigarette, le leur, savoir exactement l’impact que le film a eu sur eux. Ca ne cherche pas autre chose qu’à dire qu’il ne s’agit que d’un film. Un bon film, certes, mais des Panzani, comme dirait le poète italien Terry Kevin. Ca, c’est fait.

           2. Contenu

Compte tenu de l’aura de David Lynch, le but du jeu est d’essayer d’être plus malin que lui. Autant dire mission impossible qu’un critique soit plus malin qu’un réalisateur, et aussi que de pouvoir croire que l’on peut dompter un film de Lynch en se croyant supérieur. L’esprit du cheval. Si vous ne le traitez pas d’égal à égal vous n’aurez jamais aucune chance de le monter. Comme disait la jeune mariée. L’autorité n’est pas la dictature. Voilà pourquoi les critiques imposent et ne parviennent jamais à convaincre. J’ai comme l’impression qu’il cherche à nous dire que tout critique se définit dans un système totalitaire...

Que peuvent-ils nous dire ? Qu’il est impossible d’expliquer un film de Lynch ? C’est faux. Qu’un film de Lynch doit se vivre plus que se comprendre ? Répondons-leur par un autre lieu commun, que les voyages forment la jeunesse. INLAND EMPIRE doit nous pousser à voir plus loin que ce délire obsidional de vulgarisation cinématographique.

De la modestie, donc. Car INLAND EMPIRE en regorge. Ce n’est absolument pas un film difficile, intello, obscur ou envahissant. Il est modeste en cela que sa portée est aussi universelle dans ses moyens que l’est n’importe quel morceau de Bach. Lynch se distingue par le fait de donner à voir et de faire encore de la mise en scène. Le cinéma c’est avant tout provoquer des émotions. INLAND EMPIRE c’est un tourbillon, une danse nihiliste d’appels incessants à ce que l’on projette sur ce qui est projeté.

            3. Sens

Sans effort de compréhension il n’est pas d’ajustement à l’expérience sensitive. C’est ce qui distingue le film où l’on peut montrer tout et n’importe quoi et celui (lynchien) qui s’appuie sur une histoire, un sens voire une interprétation. Tous les films de Lynch ont une vraie logique interne et tous racontent quelque chose de précis. INLAND EMPIRE aussi. D’ailleurs, le film est encore moins obscur que certains ont pu le dire, parce qu’il reprend exactement le processus constitutif que nous avions affronté dans MULHOLLAND DR. C’est exactement la même chose. Le film n’en est qu’une resucée ; c’est là une de ses grandes limites qui prouve que David Lynch ne s’est pas tant renouvelé que cela. Son renouveau n’est qu’une question d’apparence. Ceux qui croient que Lynch a dynamité le cinéma et qu’il est loin devant les autres se fourvoient. Ils se sont laissés abuser par une problématique formelle. Vrai et faux, nous y reviendrons si nous sommes encore sains d’esprit dans 74 lignes.

En ce qui concerne la trame narrative, c’est MULHOLLAND DR. 100% laine vierge. Désorientation (et non pas déconstruction) chronologique, multiplication physique des personnages (déjà présente dans LOST HIGHWAY), addition des points de vue, conjonction des mondes intérieurs et extérieurs etc. Même dans l’élaboration scénaristique, les personnages se ressemblent étrangement. Les flux et reflux des éléments que Lynch nous impose comme vrais dès le début (c’est là où il est le plus piégeant, dans le fait d’affirmer un monde qui ne révèlera qu’à la fin son existence réelle ou virtuelle) sont autant de composants névrotiques. Le personnage principal est enfermé. MULHOLLAND DR. et INLAND EMPIRE restent deux films sur la quête d’une libéralisation, une sorte d’apaisement avec le monde où l’on s’est laissé enfermer et qui terrorise. Un film sur une quête ! Voilà quelque chose de pas super innovant, quand même !!! La quête est envisagée comme une reconstruction intérieure. D’où les scènes (qui n’en forment qu’une seule en vérité) avec le personnage qui fait figure de psychanalyste, où Laura Dern fait le lien final entre toutes les histoires abordées et qui paraissent décousues. Ouverture d’une parenthèse : grossière erreur de la part de Lynch d’avoir placé le lieu à l’étage puisque, psychanalytiquement, c’est en descendant que Laura Dern est censée rentrer en contact avec ce qui la constitue. M’enfin, moi j’dis ça, j’dis rien, j’ai d’autres soucis…

Plus précisément, cette reconstruction est plutôt un réaménagement. A preuve toutes les pièces dans lesquelles pénètre Laura Dern. Les ellipses sont là pour faire le lien entre le réel et l’imaginaire, il n’en reste pas moins que, comme la limite est floue pour elle, elle est à chaque fois en train de réajuster ces pièces, un peu comme elle remettrait de l’ordre dans les morceaux d’un puzzle. La dernière étant évidemment la pièce où vivent ces humains déguisés en lapins géants au sein d’un sitcom qui symbolise le vrai Moi de Laura Dern. Sa quête.

Notons au passage que c’est dans l’une de ces pièces que se déroule la plus belle scène du film, la première fois où elle rencontre le groupe de jeunes femmes. Des parts d’elle-même. Enormément d’émotion. Scène chargée d’érotisme primaire, d’envie, de répulsion et de nostalgie. Le fossé tout à coup révélé des années qui ont passé et qui ont éloigné la femme de son questionnement originel. Une mise en abîme magistrale.

            4. Avancées

Avant ses prises de position très marquées concernant l’emploi du format DV, rappelons-nous que David Lynch nous a donné des films magnifiquement beaux, d’une classe transcendantale. Ne serait-ce que pour le noir et blanc de Freddie Francis dans THE ELEPHANT MAN, l’impact visuel et notamment la signification des couleurs, et la portée des formes qui ont toujours joué un rôle prépondérant au niveau de l’emprise psychique sur laquelle Lynch n’a jamais cessé de travailler.

Mais cessons de jouer les hypocrites deux secondes et admettons sans chercher d’excuse que la photographie d’INLAND EMPIRE est d’une laideur stratosphérique. Laideur revendiquée, qui plus est. Rien de sexy. Rien de fun. Rien de rock n’ roll. Rien que du vil, de l’immonde, de l’épouvantable. On ne peut pas continuer à être sincère et à louer ce travail sous prétexte uniquement qu’il s’agit de Lynch. On ne peut pas rester cohérent et porter aux nues un procédé que l’on aurait flingué si cela avait été un quelconque autre petit tâcheron. Quel snobisme que d’avouer la magnificence suprême de ces images qui n’ont que la vulgarité de celles d’un film pornographique usuel !

Non, ce n’est pas un trait de génie. D’ailleurs Lynch avoue lui-même l’utilisation du format DV pour toutes les absences de contraintes qui pourraient lui être infligées. Alors, bien sûr, il renforce son propos en faisant de ces images une dénonciation de la médiocrité qualitative du harcèlement de l’imagerie actuelle (qu’elle provienne de la télévision, d’Internet, de la presse…), il n’empêche que ce n’est pas en reproduisant les mêmes procédés avilissants que la puissance contestataire peut s’exercer. Elle doit s’accompagner d’une réflexion plus poussée sans quoi elle devient limitée, et relâche les attentions qu’elle aurait pu créer. Par exemple, NATURAL BORN KILLERS avait très bien su dénoncer la violence en la montrant. Ces moments-là contrastant étrangement avec les vrais moments d’humanité. S’il avait voulu aller jusqu’au bout, Lynch aurait normalement dû faire bénéficier la scène où Laura Dern se révèle en dame respectable de la fin du film, d’une photographie qui aurait tranché avec le reste. Mais cela aurait été un indice de plus donné à la lisibilité d’INLAND EMPIRE et Lynch n’aime pas cela.

C’est un peu comme si l’on faisait un film sur l’ennui et que l’on filmait quelqu’un qui s’ennuie. Il existe pourtant plein de manières de figurer l’ennui et de rendre un tel film intéressant. C’est ici la plus grande et impardonnable erreur imputable à David Lynch. Car faire un film sur le manque de lyrisme, d’accord, mais cela n’empêche pas de faire du cinéma. Voilà ce qui est bien paradoxal dans INLAND EMPIRE. Le film alterne des choix de mise en scène intelligents et couillus (ellipses déstabilisantes, surréalisme du récit, ruptures de rythme dionysiaques, effets d’épouvante bienvenus et ultra-pertinents…) avec des plans où Lynch filme l’ennui en faisant s’ennuyer son spectateur (notamment tous ces gros plans hideux, flous et mal cadrés qui sont une insulte à toute échelle de plans, comme si Lynch devenait un yes men). Ce n’est finalement qu’une idée très réactionnaire du cinéma.

David Lynch, 61 ans, découvre la DV. Tout se joue à l’âge Playskool.

            5. Références

Nous le savons, Bergman est un incontournable pour Lynch. Cela n’a jamais été aussi vrai que pour MULHOLLAND DR. et donc cela n’est jamais aussi vrai que pour INLAND EMPIRE puisque ce sont les mêmes. C’est pour cela que certains diront que maintenant Lynch fait du Lynch puisqu’il s’auto-influence lui-même. D’abord on a aussi dit à Bergman qu’il faisait du Bergman sur la fin de sa carrière, et ensuite voici une belle expression toute faite qui ne signifie pas grand-chose puisqu’elle juge plus les réalisateurs que leurs films. Ce qui est vrai c’est que l’œuvre de Lynch renforce sa cohérence au fur et à mesure qu’elle s’enrichit. Cela pour vous dire qu’outre le fait qu’INLAND EMPIRE m’a beaucoup fait penser à MULHOLLAND DR. et à PERSONA, des images d’ERASERHEAD n’arrêtaient pas non plus de m’envahir. Parce qu’INLAND EMPIRE est aussi un film très drôle. Drôle comme l’était ERASERHEAD, c'est-à-dire avec de vraies scènes comiques au sein de problématiques prégnantes.

Et PERSONA parce qu’il est certain que la prise d’ascendant est aussi une thématique forte chez Bergman, sublime dans SKAMMEN, mais encore plus absolue dans PERSONA.

Pour en finir avec cette impression de patronage, il faut considérer INLAND EMPIRE comme un tableau de Jean-Michel Basquiat. Face à l’apparente naïveté et à l’anarchie visuelle, les thèmes abordés sont souvent très forts, empreints de violence et très caustiques face à la société dans laquelle ils vivent. INLAND EMPIRE est une vive rupture face à l’hégémonie d’une esthétique. Cela se retrouve dans les deux œuvres particulièrement au niveau des sons. Car il n’est pas possible d’envisager INLAND EMPIRE sans son. Il compte comme une personne à rajouter à la distribution. Ca sort les kalaschs à tout va et l’on a souvent l’impression de passer sous un rouleau compresseur. A part un coup de poing très descriptif, il se veut méchamment étourdissant, comme une sorte de viol psychique qui coupe le souffle par son aspect rugueux. Il s’insinue, il oppresse, il surprend, il accompagne, il détend, il interroge, il crée, bref il est absolument splendide de A à Z et étoffe des univers plus que la pauvreté de l’image.

            6. Axes

Accessoirement, vous aurez aussi remarqué la voix de Naomi Watts. Couplée à l’envoûtante présence de Laura Harring, elles constituent le relais qui confirme bien INLAND EMPIRE comme un parent proche de MULHOLLAND DR.

Il faudrait aussi dire tout le bien que l’on pense de Laura Dern, chose déjà avouée ici même après le très bon WE DON’T LIVE HERE ANYMORE. Cette actrice n’est pas tombée dans le piège de l’après WILD AT HEART qui aurait pu la cataloguer, la franchiser. Même si elle n’était absolument pas convaincante dans ce rôle, elle a pourtant su s’en affranchir et sa carrière n’a jamais connu de vide. Cela est dû en grande partie à sa volonté revendiquée et ô combien juste de composer des rôles fouillés, denses, surtout loin de la midinette Lula Fortune qu’elle n’est pas. Dans INLAND EMPIRE, elle joue énormément sur la dichotomie qui la sépare de la réalité, à tel point qu’en même temps qu’elle nous arrivons à nous demander si elle existe vraiment. Question métaphysique terrible pour une personne, et redoutable à interpréter pour un acteur. Et puis, en termes d’interprétation il faut aussi mentionner Julia Ormond, à nous révélée par SMILLA’S SENSE OF SNOW (quel magnifique titre) en 1997, et qui, ici, est émouvante rien que par les gros plans sur ses yeux en pleurs. Toujours l’importance du regard…

Ajoutées aux autres personnages féminins du film et INLAND EMPIRE pourrait se définir comme une addition. Dans notre quête de savoir ce que nous y ressentons, il faut laisser la porte ouverte à tous les indices sans exception. INLAND EMPIRE est un tout. Là où nous disons : « Ah, mais non ! Ce n’est pas ça, en fait. C’est plutôt ça », il faut se dire : « Ah oui, c’est ça ! Et en plus il y a ça et ça ». Rien ne se soustrait, tout s’additionne chez Lynch.

            7. INLAND EMPIRE
INLAND EMPIRE

18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 20:32

            Je suis un imposteur.

Il est enfin temps que je vous révèle la proéminente vérité qui se cache pourtant maladroitement derrière celles que j’assène régulièrement par ici. Il est temps que vous sachiez exactement qui je suis, qui je défends, qui lorgne sur la récupération de vos idées inexploitées et pourquoi le Grand Stratéguerre est devenu plus charismatique au fil des années en vous offrant une liberté sponsorisée. La cape du Mal revêt toujours plus de classe que l’uniforme de travail du taciturne. Sympathy for the devil. Plonger dans A BRONX TALE pour les valeurs à défendre et la belle réflexion sur ce changement sociétal.

Eh bien ces valeurs-là sont de fausses valeurs. A contresens de l’élaboration de la société de demain. Ne m’écoutez pas. Ne m’écoutez plus.

BABELJ’avoue. L’éclair de génie n’est pas dans mes yeux. Où est-il alors ? J’ai bien une idée mais paraît qu’il y a déjà une fuite de gaz… J’avoue : je ne connais rien en cinéma. Je m’y connais sûrement plus en fission nucléaire. Qu’à cela ne tienne, on peut très bien acquérir une crédibilité fictionnelle dans un domaine que l’on ne maîtrise pas. Gérard Jugnot en sait quelque chose. Il n’empêche que moi, je n’ai pas d’avis. Ni même la moindre idée. Rien qui puisse appuyer un quelconque talent en matière de déchiffrage du langage cinématographique. Je ne suis pas critique, je ne les aime pas car ils ne servent à rien. La preuve : aucun cursus scolaire ne prépare à le devenir. Ce sont des ratés : ils ont raté comédien, ils ont raté réalisateur et pour finir ils ont raté écrivain. Et puis, franchement, qui parmi vous lit encore les critiques ? Mais pas les vraies critiques indépendantes, non, je vous parle de celles que l’on trouve encore dans la presse traditionnelle ou de celles qui passent encore à la télévision, et qui sont à la solde de grands groupes qui financent les films qu’ils doivent défendre. S’il y en a encore quelques-uns au travers de ces lignes, sachez que vous perdez un temps énorme. Cela a-t-il un réel impact bénéfique sur vos choix cinématographiques ? Proportionnellement, que vous lisiez ou non les critiques, vous irez voir autant de bons films que de mauvais.

Une solution finale s’impose.

Mais nous pouvons toujours trouver pire qu’un critique : l’étudiant en cinéma. Non seulement il n’est pas encore désenchanté par son impossibilité future à devenir le sauveteur du cinéma français, mais il est plein de théories révolutionnaires. Il a généralement des idées très arrêtées sur la manière dont un film doit se faire, et doit absolument les exposer à son entourage, au contraire du vrai réalisateur qui, lui, les met en images. Accessoirement, il se lave très peu, déteste la lumière du soleil et ne veut manger qu’après minuit. C’est vous dire son degré d’animosité.

Et moi je n’ai même pas suivi d’enseignement cinématographique. Personne ne m’a jamais rien appris. Pour moi, le cinéma est un monde extra-terrestre et j’assène des vérités avec intransigeance, que d’autres sauront trouver logiques à ma place.

La plupart du temps, tout le monde vous laisse tranquille avec votre façon de penser, votre envie de croire le monde autrement qu’il n’ait. Et puis, il y a un cycle qu’il faudrait élucider : une fois tous les 2 ou 3 ans un film vient poser problème et jeter la discorde entre ceux qui savent et ceux qui cherchent. Nous n’y pouvons rien, c’est cyclique. Le but d’un film comme BABEL est de faire admettre à des personnes comme moi que nous ne savons rien. C’est le genre de films qui dépassent le cadre de la salle de projection puisque la réflexion déborde sur le comportement et la manière dont doit se comporter le spectateur. BABEL est un film anti-cinématographique, par définition. Et moi je ne sais rien. D’accord.

Si l’on s’en tient à une pure question sociologique, alors je sais parfaitement pourquoi BABEL a obtenu un tel succès, pourquoi les effets à la mode sont des franchises comme le logo Nike devient un symbole fédérateur. Mais ce qui pousse à croire les spectateurs à avoir vu du cinéma et pire, les professionnels de la profession, à y déceler l’émergence d’un génie, jusqu’à la nomination aux oscars dans la catégorie du meilleur film, là, non, je m’incline et j’avoue que je ne sais rien du cinéma et que sa véritable essence ne s’apprend pas.

D’abord, c’est faux. Le cinéma s’apprend. Pas (uniquement) dans les livres (à bon entendeur, messieurs les étudiants dont je parlais plus haut). Et non seulement ceux qui le font doivent l’apprendre, mais aussi ceux qui le regardent. La démarche reste toutefois sensiblement différente. L’œil du spectateur peut s’éduquer. Or, BABEL est typiquement le genre de films qui déconstruisent tout ce travail.

C’est un film qui croit être une véritable ode lyrique et charnelle au cinéma alors qu’il en affiche une haine virulente.

Alejandro Gonzalez Iñarritu nous le connaissions déjà pour avoir commis les insipides AMORES PERROS et 21 GRAMS. Comparé avec tout le tapage que ces films ont amené, sa réputation est donc on ne peut plus surfaite puisque, à bien y regarder, ses films sont complètement dénués de sens, d’idées, de consistance. Tout au plus pouvons-nous saluer une certaine forme de cinéma, une qualité très kraspek pour la photo, une décontraction narrative assez belle et encore deux ou trois choses à sauver. Mais que de la technique. C’est pour cela que ses films restent très superficiels, effleurant leurs sujets avec une maniaquerie maladive, et souffrent de ne pouvoir aller plus loin dans la profondeur des tourments humains. Car il y avait pourtant de quoi faire avec BABEL (notamment ce couple en difficulté dont la femme va prendre une balle perdue en plein corps). Et le pire c’est que toute l’originalité technique des précédents films d’Iñarritu n’existe plus ici. Seule la photographie reste à peu près la même, mais alors qu’elle pouvait intégralement se justifier dans AMORES PERROS et 21 GRAMS, elle pose ici question la majeure partie du film. De plus, BABEL est affreusement chronologique ce qui en fait un film choral dont le principe, je le rappelle, est le même que celui de « Santa Barbara » : nous suivons une histoire, puis une autre, nous revenons sur la première, puis sur la suivante etc. Dans BABEL il n’y a que trois histoires mais peu importe, Iñarritu choisit la théorie du cercle infini et racole au dernier degré. Personne plus qu’Iñarritu ne saurait revendiquer le concept de proxénétisme cinématographique, dernier degré du C.L.C.

Mais Brad Pitt, quand même, il ne va pas nous dire qu’il joue mal ?! Putain, c’est quand même Brad Pitt !!! Oui, c’est vrai que niveau direction d’acteurs Iñarritu les guide vers des intériorités chargées de vécu. Lourdes mais sèches. Car lorsque le propos à défendre n’est pas à la hauteur des moyens mis en œuvre, l’émotion ne se diffuse qu’avec une probabilité bien peu souveraine. Technique, une fois de plus. Tous justes, Cate Blanchett et Rinko Kikuchi premières de lignée. Mais que tout cela est vain ! Comme d’habitude chez Iñarritu, les histoires se plaisent à s’étoffer, amenant leurs parts d’inconnu, de passé comme origine conflictuelle et de pseudo réflexion sur l’universalité. Faire de 21 GRAMS le titre d’un film en analogie avec son caractère anecdotique, il fallait oser ! Mais BABEL, c’est exactement la même chose. Car quel en est le véritable sujet ? La grande et belle idée ? Le mythe de la tour, celle-là même qui fut à l’origine de la division des peuples par les différentes langues que l’Eternel leur imposa. C’est donc cela ces personnes qui n’arrivent qu’à détruire parce qu’ils ne parlent pas la même langue ? Autant de bruit pour dire que personne ne peut rien construire quand il y a incompréhension ? 25 millions de dollars pour souligner l’importance de la communication et de l’interprétation ? Tout ça pour dire qu’il y aurait moins de guerres si les hommes essayaient de se comprendre, s’ils essayaient de ne pas se montrer plus arrogants qu’ils ne le sont et s’ils promettaient de ne plus jamais rien fabriquer en formica parce que rien que d’y penser c’est déjà sacrément angoissant ? Quand on pense qu’il suffirait de donner à ces gens-là un translateur pour qu’ils n’aient plus de problème ! Peut-être que le grand talent d’Iñarritu est de nous avoir montré que l’avenir de la guerre sur Terre ne tient qu’à un petit objet rempli de microprocesseurs qui connaît la traduction de chaque mot en n’importe quelle langue !

D’accord, c’est vrai que je n’y connais rien en interprétation biblique mais Iñarritu ne s’y connaît pas plus en psychologie humaine.

Pas d’exploration en profondeur. Nous restons dans le superficiel. Qui n’aimerait pas aller vers une mise en avant de ce que reproche Cate Blanchett à Brad Pitt ? Qui n’aimerait pas entendre les mots qui font mal, la manière dont Brad Pitt chercherait à les apaiser, ou encore des injures cinglantes qui le déstabiliseraient comme un coup de fouet ? Iñarritu ne sait pas faire et opte plutôt pour l’enrobage formel afin de déporter l’attention.LA TOUR DE PISE C’est la grande théorie Bonapartienne : « Je ne peux pas gagner, mais je ne veux pas perdre ». C’est dommage, certes, mais le style n’a jamais effacé complètement le manque de nature. Dans BABEL, tout au plus a-t-il pu donner un intérêt là où il n’y aurait pu y avoir qu’un gouffre d’ennui. Nous avions déjà vu cela appliqué par d’autres cinéastes, dont David Fincher est pour moi le chef de file. Mais enfin, comment peut-on faire croire que le cinéma se limite à flatter le public en lui donnant ce qu’il attend ? Car il est bien là le nerf de la guerre, non ? BABEL n’est qu’une accumulation de scènes qui ont pour but de rechercher la sympathie du public, de lui faire croire qu’il est plein de sentiments bons et bienveillants, et qu’il sort grandi de ce film en demeurant persuadé que son regard sur l’autre vient de changer. Non, nous n’avons pas à déconsidérer les personnes muettes, ce sont des personnes aussi respectables que nous. Nous n’avons pas à les regarder de travers et ceux qui le font ne sont que d’infâmes égoïstes. Montrons un peu de compassion pour ces enfants que l’on abandonne en plein désert. Et cætera. Pleins de bons sentiments et des leçons sur les différences à gommer. A mon avis, c’est toujours suspect les personnes qui ont un discours moralisateur. Parce qu’ils soulignent précisément ce qui demande à ne pas l’être, ce qui ne demande qu’à être considéré comme un tout de la norme. Mais montrer du doigt revient à affirmer une différence. Ce n’est pas joli-joli pour un film qui se veut humaniste. Comme c’est facile de rechercher les larmes et de faire croire à celui qui regarde que ses sentiments sont grands et nobles !

Moi qui ne connais rien à rien, je veux bien accepter que je ne sache pas, je veux bien convenir qu’il y a parfois de nouvelles portes qui s’ouvrent et que la lumière n’est pas toujours signe de nouveauté, je veux bien me poser en apprenti, je veux bien tout recommencer à zéro, je veux bien vous expliquer en justifiant que le fait que je n’aime pas soit la preuve que je ne sais rien, je veux bien tout ce que vous voulez, mais il faut m’expliquer. Et il va me falloir de la précision ! Pas comme la plupart des critiques qui écrivent c’est bon ou c’est mauvais, et qui vous laisse chercher des arguments ailleurs.

Marre des réalisateurs qui ne font pas leur travail ! Marre des réalisateurs qui ne peuvent pas aligner la moindre idée dans un plan, qui n’ont pas le moindre sens esthétique de composition du cadre ! Marre des réalisateurs qui cherchent la larme à l’œil, qui attendrissent parce qu’ils ne peuvent pas émouvoir !

            Autre manière un peu plus intelligente de concevoir une bataille : « La tour de Pise » de Diastème, mise en scène de l’auteur, à la Manufacture des Abbesses.

Vous ne le savez peut-être pas mais je vais très souvent voir des pièces de théâtre. La plupart du temps j’y vais pour voir et soutenir le travail d’amis comédiens ou metteurs en scène. Vous comprenez maintenant par quel souci de conserver ces quelques personnes triées sur le volet (qui ont la chance de faire partie des gens qui me connaissent, qui m’admirent et qui, surtout, continuent à parler d’Hissène Habré entre eux bien que celui-ci ne fasse plus la une de l’actualité) je ne vous parle jamais de ces pièces. Or, pour une fois, je vais me dérober à la règle.

« La tour de Pise » est avant tout un très beau texte de Diastème. Plein de poésie et d’un humour délicatement asséné, il sait se révéler propre à figurer les interrogations d’une jeune femme à un moment précis de sa vie, sans tomber dans la complexité littéraire qui aurait alourdi l’ensemble. C’est fin, subtil et riche des expériences de la vie, de celles qui vous font vous arrêter un instant pour vous foutre le vertige ou vous faire pousser des ailes. Le personnage incarné par Jeanne Rosa se trouve être dans la première solution. Elle est à un moment où…

En général, quand une personne est à un moment où, cela signifie pas mal de choses quant à son état intérieur.

On peut très bien passer sa vie en se laissant bercer par le doux cliquetis des jours qui se referment derrière soi. On peut très bien continuer à croire que l’on voit du cinéma, car 99,37 % des films ne sortent jamais de l’uniformité qui fonde autant de points de repère qui sécurisent. Jusqu’au moment où… Cette période de votre vie où il faut affronter une sorte de machine métaphysique qui se met en branle et qui menace de vous laisser dépérir si vous continuez votre surplace. Le rideau tombe pour laisser place à une jeune femme en équilibre précaire. La vie est une salope quand on s’aperçoit des instabilités qu’elle génère. Doutes, peurs, remises en question et image de soi. Finesse d’un texte qui aborde la difficulté de se jeter à l’eau. La peur du vide c’est une sorte d’accomplissement personnel, une tentative irraisonnée de s’allier à l’inconnu. Celui qui est à l’origine de la peur du fait de son mystère, de sa présence là-bas, dans le noir. Il n’y a pas de victoire à proprement parler, il y a juste une capacité ou non à faire face. Arrêter de se raccrocher, de se mettre des béquilles.

LA FEMME COQUELICOTDiastème symbolise cette transformation en demandant à Jeanne Rosa de se dévêtir à des moments-clés de la pièce. C’est une manière très fluorescente de saluer la progression de son personnage, de divulguer son passage, il n’empêche que le processus n’en reste pas moins efficace puisqu’il finit vers la voie de l’apaisement, tout du moins de l’apprivoisement. Elle a gagné ses ailes.

Jeanne Rosa est une comédienne vraiment exceptionnelle. Elle trimballe un mélange de candeur et de fermeté psychique qui en font l’interprète idéale de ce texte tout le temps sujet à une interprétation personnelle. C’est pour cela que nous passons régulièrement d’une émotion à l’autre sans problème d’incompatibilité. Ses silences imposent des rythmes assez troublants quant à la qualité de son univers. Additionnés aux magnifiques lumières de Stéphane Baquet, le climat se veut avant tout celui de son héroïne. C’est beau, original, parfois oppressant, loufoque et très souvent drôle. Drôle à pleurer. Pleurer d’être drôle. Ce n’est finalement que l’histoire d’une jeune femme qui ne sera jamais qu’elle-même et qui découvre comment l’on s’affirme lorsque l’on saute et que le vertige devient ce grand cri tellement libérateur.

            Non loin de là, au théâtre Mouffetard, « La femme coquelicot » de Noëlle Chätelet est une autre variation sur le principe de la comédienne seule en scène et face à elle-même. La mise en scène est signée Yann Le Gouic (si, si ! Je viens de me renseigner à l’Etat Civil et il paraît qu’il est tout à fait légal de porter un nom pareil).

« La femme coquelicot » est un texte très moralisateur, exagérément verbeux et même pas lol, qui voudrait réunir les spectateurs dans une grand messe du « nous sommes tous pareils, nous avons tous le droit à l’amour, peu importent nos âges ». Au contraire de « La tour de Pise » qui nous parle d’une femme cherchant à s’assumer, « La femme coquelicot » est le récit d’une femme qui se complaît dans une névrose amplifiée au cours des ans. Une femme amoureuse, certes, mais qui se comporte comme une r’ n’ bitch de 20 ans, prenant des poses érotico-graisseuses, frénétique dans sa passion, se comportant comme une vraie midinette et jouant la félicité comme si les ans n’avaient eu aucun impact sur elle. C’est du moins ce que Thérèse Roussel essaie de faire. Elle essaie de faire passer cette grande idée que les sentiments savent s’affranchir des années et qu’une femme âgée à autant le droit de vivre un grand amour. Démagogue, bien sûr, puisqu’au lieu d’affronter avec force arguments la question de l’âge et le discrédit des vieux sur les jeunes à l’heure actuelle, tout est ramené à une comparaison frustrée avec la jeunesse.

Trois responsables, trois coupables.

Noëlle Châtelet ne fait pas dans la demi-mesure. Ses idées sont un douteux éloge de la vieillesse qui cherche à effacer les rides inscrites sur le palmarès du corps, tout en embrigadant le spectateur dans un populisme écoeurant. Attention, grande leçon de tolérance en perspective ! Thérèse Roussel n’est pas en reste puisqu’elle ne joue pas plus son personnage que celle qu’elle aimerait être. Elle semble à l’aise et nous sentons l’expérience qui parle, malgré un début de pièce un peu faux sur quelques phrases. Ce n’est pas bien important. Le plus dégueulasse, c’est la mise en scène de Yann Le Gouic (vous êtes vraiment sûr pour ce nom ?) Nous sommes dans le conventionnel le plus balourd et aucun effort pour gommer la vile philosophie du texte. Au contraire, il en rajoute en exhibant sa comédienne comme une Virginie Ledoyen des magazines. Ce n’est pas la nudité qui est embarrassante. Loin de là. Ce serait même plutôt un joli risque qui manque à la platitude des 99,8 % des mises en scène parisiennes. Mais ici elle n’est pas nécessaire et devient une fausse bonne idée d’un metteur en scène qui croît se faire remarquer en jouant la carte du : « Vous avez vu jusqu’où je peux aller ? » En faut-il vraiment si peu pour émoustiller des esprits aussi puritains ? Pour en revenir à ce qui est inacceptable dans cette mise en scène, c’est l’exhibition, celle qui va dans le sens du texte. Thérèse Roussel semble comme en complet anachronisme, bizarrement en accord avec la génération 2000 qui ne cherche que de nouveaux moyens pour se montrer. L’idée n’est pas de demander à Yann Le Gouic de faire des contresens mais plutôt qu’il s’explique quant à ce qu’il a voulu mettre en valeur. Mais c’est parce que c’est dans le texte, monsieur ! Si c’est dans le texte, pourquoi ne pas plutôt faire une lecture ? C’est ce à quoi il m’a semblé assister.

Peu d’émotion à faire passer tant les phrases manquent de respiration, sont littéraires et dénuées de tout intérêt théâtral.

A Paris, tout cela est assez snob. Nous sommes dans l’hyperconsensuel. Cela ne va pas déranger le public âgé du théâtre Mouffetard, peut-être même le flatter. Encore une fois, nous nageons dans une mer vide d’idées qui ne cherche qu’à nous épuiser par un manque flagrant d’artistique et un mouvement général qui nous entoure, nous enserre, nous étouffe, jusqu’à ce que le manque de force nous fasse capituler. En ce qui me concerne, ce ne sera pas une défaite.

5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 16:31

            C’est en allant faire un tour dans l’administration d’Over-blog que je me suis aperçu de quelque chose d’assez effroyable. Selon mes statistiques, chaque jour, des visiteurs s’introduisent sur LA LUMIERE VIENT DU FOND !LA LUMIERE VIENT DU FOND

J’en appelle à votre bon sens mesdames et messieurs, cet espace n’est pas fait pour vous. Il ne l’a jamais été. Il est réservé à un public de bon goût, tolérant (dans ce que sa définition à de différent par rapport à INDIGENES qui se réclame de cette tolérance, mais qui n’est qu’un fascisme outrageant de la pensée unique), qui cherche autre chose que les sempiternelles mêmes façons de regarder un film et donc de le critiquer, à ceux qui ne voteront pas aux prochaines élections présidentielles, ceux qui rêvent de Keira Knightley à contre-jour, la lumière irisée filtrant par les voiles vaporeux qui recouvrent son visage, et son sourire comme une blessure, ceux qui n’ont pas peur de s’élever contre la loi Gayssot de 1992, ceux qui déménagent uniquement parce que leur voisin utilise un linoléum laminé, ceux qui savent pertinemment KEIRA KNIGHTLEYque l’on ne peut plus rien apporter au cinéma, ceux qui se battent pour d’infimes quantités, ceux qui militent pour le grand retour des boules magiques, ceux qui savent qu’il est des choses de faire et de ne pas dire, et ceux dont le seul regret est de ne pas habiter le pays de Gandhi puisque, c’est bien connu, au pays de Gandhi, comme dans tous les pays, on s’amuse, on pleure, on rit. « La lumière vient du fond » s’adresse donc uniquement à moi et à moi-même. A quelle catégorie pourrais-tu donc bien appartenir toi qui atterris ici suite à une recherche Google estampillée « mémé se fait labourer le fion par nègre débile » ? Qu’à cela ne tienne, tu ne représentes qu’à peine 10 % des personnes qui surfent par ici. Plus de 80 % d’entre vous sont des connexions directes, c'est-à-dire des personnes qui arrivent par le lien qu’elles ont placé dans leurs favoris. Des habitués, des fidèles, des fans, de vrais amis et aussi quelques personnes que je paie très cher, il est vrai, mais cela reste néanmoins un pourcentage impressionnant, bien loin devant les milliers de visiteurs qu’arborent certains blogs, mais qui ne reflètent que certaines recherches googleiénnes. La véritable qualité d’un site se mesure à ces chiffres et non pas à la quantité de visites effectuées et qui ne satisfont pas les visiteurs. Nous ne le répèterons jamais assez : le talent ne se mesure pas à l’applaudimètre.

Et c’est principalement à ces lecteurs inconditionnels qui ne se sont pas trompés sur l’iconoclasme du lieu, que je voudrais m’adresser, puisque je ne comprends pas ce mode de fonctionnement qui est de revenir sans cesse sur un blog qui n’offre pourtant pas toutes les bases requises quant à la qualité de ses textes. Car, en les relisant, je m’aperçois qu’il est une question que je ne me suis jamais posée et que sûrement la majorité d’entre vous brûle de me poser (n’y voyez pas là une apologie des camps de concentration car la remarque s’adresse aussi aux non juifs). Une question pourtant primordiale et qui conditionne le bon déroulement non seulement de la lecture de ces articles mais aussi de leur compréhension. Encore plus que cela, il s’agit ici même d’une donnée de l’écriture mondiale qui en dit long sur la manière d’appréhender sa fonction d’être humain en rapport avec le monde qui l’entoure et de chercher à le décrypter. Je vais parler ici d’une chose qui va sûrement faire grincer quelques dents, une sorte de tabou organisé, une omerta qui concerne pour une fois tous les pays (à part les pays illettrés, bien sûr, c'est-à-dire les pays scandinaves) et que même Google a choisi de voiler puisque aucun article référencé n’y fait allusion sur la Toile.

Cet article est peut-être le dernier que j’écris. Je ne suis pas sûr de bénéficier d’une connexion wi-fi derrière les barreaux qui m’attendent. Si j’arrive déjà à avoir une boule à facettes pour donner un peu de poésie à ma chambre, je pourrais m’estimer heureux.

Tant pis. Lançons-nous. Pas trop fort, s’il vous plaît.

Lorsque vous apprenez à écrire, on vous apprend surtout à tenir votre stylo et puis, surtout, à former des lettres. Mais jamais personne ne vous dit quel espace il est nécessaire de laisser entre deux mots. Voilà maintenant plus d’un an et demi que j’exerce par ici et je ne m’étais jamais demandé quel espace, vous, lecteurs, êtes le plus en droit d’attendre. Y a-t-il trop ou pas assez d’espace entre les mots que vous lisez ? En fait, cinématographiquement, la question ne se pose pas de cette manière. Elle reviendrait à accorder une toute puissance au spectateur (ici lecteur ; là-bas, en Amérique, gros con). C'est-à-dire : doit-on donner au spectateur ce qu’il attend ? Chaque producteur répondrait par l’affirmative. Mais ce serait bien une réponse de producteur, dans tout ce qu’elle a de faux puisque, par définition, ces personnes n’ont aucune qualification artistique. Que les choses soient bien claires : le spectateur n’attend rien. Il ne vient pas dans une salle de cinéma en position d’attente. Lorsqu’il s’assoit il est plutôt réceptif et disposé à écouter ce que l’on a à lui raconter. Il a juste payé 8,84 euros et n’a pas envie qu’on lui lustre l’étoile de shérif. Ce qui est fort peu demandé pour un tel prix, convenons-en. Je donne un petit conseil à nos amis réalisateurs qui nous lisent : utilisez la mise en scène, n’hésitez pas à en remplir la pelloche quitte à ce qu’elle se voit à l’écran. Il vaut toujours mieux un cinéaste qui essaie de faire du cinéma et qui se vautre qu’un petit tâcheron qui se contente de faire ce qu’il a lu dans les livres ou ce qu’il a déjà vu et qu’il s’est imposé comme valeurs vraies. De l’iconoclasme encore et toujours. Car ces personnes qui ne cessent de faire et refaire les mêmes choses insipides sans personnalité méritent plus que quiconque le dénominatif tendancieux et fortement péjoratif WOODY ALLENde réalisateur. Chez moi, cela s’appelle un réalisateur de brasserie. Se reporter à SCOOP de Woody Allen pour comprendre à quel point le monsieur ne force pas son talent et se contente de faire ce qu’on lui a demandé. C’est ici qu’intervient la réponse à la question que je posais plus haut concernant l’espace entre les mots. Quelle quantité d’espace laissez-vous entre les mots que vous écrivez ? Est-ce uniformément la même ? Laissez-vous un espace uniquement parce qu’on vous a toujours dit d’en laisser un ? Jusqu’à quand continuerez-vous à faire votre petit écrivaillon de brasserie ? Vous me direz qu’avec les ordinateurs la question se pose moins puisque l’espace a une valeur constante. Il est vrai. Mais cela ne change pas le problème de la quantité. La réduire reviendrait à uniformiser l’adaptabilité de l’œil à la lecture des phrases. L’espace entre les mots ne serait qu’une forme de facilité face à la lecture d’un texte ? Et si la véritable interrogation se posait plutôt sur un phénomène d’esthétique et de métrique ? Faire d’un texte une forme plus qu’une suite de mots aboutissant à une compréhension logique de leur mise en ordre. Le lecteur n’est donc plus considéré ici comme une personne à combler. Si le lecteur-spectateur ne vient pas ici pour être heurté que vient-il donc y faire ? Le cinéma c’est la même chose. Le succès d’un film réside dans la quantité d’espace que le spectateur est capable d’accepter comme érotisation de l’histoire, avant de juger le processus énervant voire ésotérique.

L’espace, comme le temps, étant une valeur inventée par l’Homme, il n’appartient qu’à soi de décider de son utilisation, de sa déformation et du sens que l’on daigne lui supposer. Celui qui est capable de jouer sur sa malléabilité est capable de faire de la mise en scène. Forme, style, rythme et nature. Et si, en plus, vous n’avez que des situations de crise à exploiter c’est jackpot, car n’oubliez jamais que le bonheur se raconte mal. Finalement, le cinéma ce n’est pas si compliqué que ça en a l’air.

            Exemple.

CASHBACKLorsque    vous     réalisez    un   court     métrage    et   qu’il    connaît      un       énorme  succès,    il    est       de   fortes   chances     pour            que            vous    obteniez assez        d’argent      afin       de     le       convertir    en       long. C’est          toujours     mieux     dans       ce      sens-là,       comme     dirait    la       jeune             mariée.         A      l’origine,      CASHBACK     était         un       court                       fort    réjouissant          qui     nous         avait       enthousiasmé           par          son           audace          et           sa           facilité            d’expression              d’images         délicates             à   traiter. Filmé     avec        beaucoup    de     sincérité               et     surtout de    poésie,     il       avait          mis   en     avant     un        univers        simple,       drôle,     émouvant            et        terriblement       proche    de          nos         rêves           les             plus              secrets.   Son   passage    au          format     long    posait    le     problème    de            l’adaptation.         Dans       ce  cas-là,       beaucoup       gardent     le     traitement        tel       que        formulé                 de     A   à                                                 Z.          Imagination    limitée.           Parfois      cela      peut            être                                                  formidablement          payant      comme      ce      fut          le   cas  de  DELICATESSEN. Parfois  cela         est    plus       problématique      car    le            court    ne     révèle        qu’une    seule idée            qu’il     faut            étirer          jusqu’à         l’élongation.              Ce   fut    le       cas       du    lamentable  13   TZAMETI.

Pour le film de Sean Ellis nous savions que le court original recélait plein de petites idées originales dans l’écriture, les dialogues et les personnages, mais surtout une principale qui est le don dont (c’est assez laid, vous ne trouvez pas ?) dispose Sean Biggerstaff d’arrêter le temps. Une grande erreur aurait été de reprendre la trame du scénario et d’étoffer une histoire autour de cette idée forte. Mais là où le tour de force de CASHBACK devient sculptural c’est lorsque le court vient s’insérer dans le long métrage comme si de rien n’était. Un peu d’astuce, d’espièglerie… A peine une dizaine de minutes pour situer le véritable leitmotiv (la perte de l’être aimé et la reconquête de son propre espace personnel), le court métrage, puis le reste du film. Et tout cela sans rupture de rythme, sans différence d’étalonnage et sans incohérence. Sean Ellis a su extraire de son court ce qu’il y avait de plus substantiel pour nourrir CASHBACK à travers les grands thèmes déjà abordés, les détails qui se développent et tissent le maillage du parcours des personnages et l’esprit que l’on retrouve dans le même style d’humour, la même façon de concevoir les scènes, ou encore l’originalité de l’écriture. SEAN ELLISJ’espère au moins que les acteurs font des phrases moins longues quand ils parlent ! Ontogénie brillante d’un propos en poupées russes. Car l’on se dit que CASHBACK pourrait encore passer au format supérieur, s’il en existait un. Tu veux que je te le sorte, mon format supérieur ? En tout cas, le film a assez de matière pour donner naissance à une suite. Par exemple, quand nous apprenons qu’il n’est pas le seul à voyager dans le temps arrêté, Sean Biggerstaff n’exploite pas cette « faille » et laisse en suspend un développement probable de cette histoire parallèle.

Nous sommes ici ancrés dans le principe de l’évolution. C’est ce que semble dire le film à travers son titre (notamment) : CASHBACK. « Donnant donnant » dans les sous-titres français. Mais cela ne traduit pas vraiment cette expression. Elle va même à l’encontre de cette philosophie puisqu’elle impliquerait une sorte d’équilibre, d’égalité par ce que l’on donne et que l’on reçoit en échange. Or, le cashback ce n’est absolument pas cela. C’est l’art de faire fructifier quelque chose, pour ne pas parler d’argent. En échange de son temps, Sean Biggerstaff gagne de l’argent. L’emploi du verbe gagner est explicite car il implique une notion d’accroissement. Accroître son capital comme l’enfant grandit et devient adolescent puis adulte. Comme le court devient long. Ce principe de l’évolution est particulièrement parlant puisque Sean Ellis l’adapte à une jeunesse flagrante. Outre celle premier degré des personnages, elle se ressent tout au long du film dans leur manière d’appréhender le moment présent. Impossible de parler d’avenir car ils vivent bien dans l’instant présent sans penser à bâtir, développer, investir, quoique cela soit un peu moins vrai pour Sean Biggerstaff, car c’est lui qui cherche une relation durable et c’est aussi lui qui fait le plus de cashback. C’est ce qui annonce bien ce principe qui dit que chaque personne est amenée à évoluer dans un souci d’épanouissement personnel (voilà le vrai cashback du film et non l’argent), et Sean Biggerstaff est le personnage le plus en avance de tous. CASHBACK est un film sur la jeunesse, fait par des jeunes mais pas foncièrement que pour des jeunes.

CASHBACK est extrêmement plaisant car il est aussi la preuve que l’on peut encore faire à l’heure actuelle du bon cinéma sans têtes d’affiche. Cela fait longtemps que nous en étions persuadés, mais cela fait du bien de le repréciser. Sans aller jusqu’à magnifier chaque rôle en un impressionnant numéro démonstratif, chacun tient sa part avec une belle conviction et surtout un dynamisme qui rajoute à cette jeunesse qui ne se soucie pas du temps qui passe. Du coup, le film bénéficie d’une fraîcheur très Hollywood chewing-gum jusque dans sa construction. Car, que nous raconte CASHBACK finalement ? Si ce n’est une histoire empreinte d’une recherche de romantisme entre Sean Biggerstaff et Emilia Fox, il n’est qu’une succession de petites scènes drôles, mélancoliques ou poétiques. Sans forcément de lien. Joli mixage de ce qu’est la vie à cet âge là ! Sortons un temps soit peu de cet emploi de réalisateurs de brasserie qui croient qu’un film doit absolument être une quête ou une construction scénaristique en trois parties : thèse, antithèse, synthèse. Foutaise ! CASHBACK est une réelle retranscription de l’occupation adolescente avec ses points de mire et ses obsessions. Tout comme Sean Ellis aborde la question du sexe, bouleversement existentiel de cette période. Il est mis en rapport avec la beauté dans le film. Cela paraît assez juste. D’autant plus qu’il donnera lieu à l’un des plus beaux gros plans du cinéma mondial, tout simplement. Je veux bien évidemment parler de la manière de filmer la jeune fille au pair suédoise. Encore une idée qui tord le cou aux clichés. Car c’en est bel et bien un, de cliché, mais réapproprié avec tant de poésie et d’humour, qu’il démontre que tous ceux qui dénoncent les clichés au cinéma du simple fait que ce sont des clichés n’ont jamais rien compris à l’essence même du cinéma. C’est sûr, ce n’est pas au Pathé Wépler qu’ils vont apprendre…

CRANK            Continuons avec la jeunesse. Puisque nous apprenons avec CRANK que ce ne sont plus les voyages qui la forment mais la connerie. Sortie le 14 mars 2007 pour ce film pas vraiment pinocumettable. Et pourtant, sur le papier, CRANK ne sent pas forcément le renard inhumé. C’est l’histoire d’un tueur à gages à qui l’on a inoculé un dangereux poison et la seule opportunité qu’il a de retarder ses effets est de garder constamment une quantité non négligeable d’adrénaline dans le corps. Voici le genre de pitch que j’aime bien. Sérieux. C’est tout à fait le genre de délire qui vous revigore s’il est réussi. Le problème c’est que CRANK est une lente agonie, vous l’aurez compris. D’autant plus lorsque l’on s’aperçoit que c’est l’inexpressive bûche Jason Statham qui incarne le tueur en question, et que Mark Neveldine et Brain Taylor s’y sont mis à deux pour assumer autant de nullité. En fait, j’opte plutôt pour une théorie tout aussi poivrée que leur scénario. L’un est sûrement l’ami imaginaire de l’autre et hurle constamment à l’intérieur de son crâne de stridentes vociférations qui rendent impossible toute manipulation délicate à la caméra (une sorte de duo à la Minos et Minas). Nous nous en apercevons à chaque seconde puisque tout est filmé au vibromasseur, les réalisateurs soulignant de cette manière que nous devons nous attendre à un film d’action. En tant que spectateur, nous le comprenons parfaitement, mais nous ne le voyons à aucun moment. La caméra crée tellement de mouvements pour faire croire à un style testostéroné que, finalement, nous ne voyons plus à l’écran qu’une chose informe. Nous sentons bien qu’il doit se passer quelque chose d’intéressant mais que personne ne sait le mettre en scène. Ca sort les kalaschs mais c’est juste impétueux, avec un manque de travail évident sur le suspense, la nervosité et l’exploitation du second degré. Niveau scénario, c’est la grande foire de la surenchère. Aucune logique de crédibilité. Le second degré n’est pas la farce, il n’a pas à être exempt de cette logique.

CRANK est une longue et lamentable diarrhée visuelle. Ce film est bruit.

            Enchaînons avec une belle surprise. LITTLE CHILDREN de Todd Field, réalisateur dont le premier film (IN THE BEDROOM) nous avait agréablement surpris.

Que voilà un film bien déroutant ! D’abord il s’embourbe dans une scène d’introduction longue et laborieuse, et continue sur un fil conducteur mainte fois abordé et flirtant avec l’académisme. Nous nous disons que nous sommes partis pour deux heures et vingt minutes d’analyse ampoulée de la société américaine et de morale LITTLE CHILDRENpréfabriquée façon AMERICAN BEAUTY, et puis tout à coup, c’est le drame, comme dirait l’autre. Le film change radicalement de cap et découvre ses véritables desseins.

Todd Field est un cinéaste exigeant dont le sens de l’épure a pour but de tisser une toile d’araignée qui se révèle être un piège juste au moment où il est trop tard. LITTLE CHILDREN c’est cela. Il est question d’apparences et de ce que l’on établit comme des vérités intangibles. Formellement, le film se comporte exactement comme son propos. Collaboration de la mise en scène. LITTLE CHILDREN n’est jamais ce que l’on tient pour vrai et se situe toujours là où nous ne l’attendons pas. Tels sont les couples Kate Winslet / Gregg Edelman et Jennifer Connelly / Patrick Wilson : des maris et des femmes dont l’existence sociale ne laisse présager aucun manquement à l’équilibre du couple. Mais ce qui se passe à l’intérieur d’une maison est toujours plus éloigné que tout ce que nous pourrions imaginer. C’est en révélant la frustration que chacun éprouve (ouvertement sexuelle en l’occurrence) que LITTLE CHILDREN nous fait part de ce qu’il cachait : le comportement face à certains milieux façonne une manière d’être qui enferme et peut conduire jusqu’à l’aliénation (ce sera le cas pour Jackie Earle Haley). La présence des enfants est alors indispensable dans ce que le titre du film symbolise. Il faut y voir la disparition des rêves enfantins, ceux qui se vivent sans réfléchir et qui font s’épancher les pulsions dans le seul but d’être à l’écoute de ses propres envies. C’est bien ce qui s’est volatilisé chez ces personnages et que certains retrouveront, comme Patrick Wilson qui ira faire du skate.

Où sont passés les grands espoirs qu’ils nourrissaient et qu’une manière de se comporter a étouffé pour ne plus faire d’eux que des êtres sans vie qui se contentent d’être ceux que l’on attend ? A cet égard, le regard des autres est primordial dans ce processus. C’est pour cela que le film s’ouvre sur ces femmes mûres qui devisent sur Patrick Wilson. Personne ne choisit sa réputation, ce sont les autres qui vous la fabriquent. Dans la mise en scène de Todd Field, nous sentons bien qu’il existe une différence entre Kate Winslet et ces trois femmes, puisque toujours filmées séparément. C’est un peu maladroit mais le réalisateur annonce déjà que quelque chose n’est pas tout à fait mort chez Kate Winslet, pourtant en devenir de ressembler aux dames qu’elle côtoie. Plus tard, elle sera montrée plus souvent en compagnie de Patrick Wilson que des trois commères. Prémices d’un retour à la vie.

Retour à la vie également pour Jackie Earle Haley, exhibitionniste aux tendances pédophiles, qui doit se réinsérer face à des personnes qui le jugent constamment. Le regard des autres (qui n’est autre que le nôtre, bien évidemment), une nouvelle fois. Question philosophique mais aussi politique, abordée à juste titre sans morale. Ce personnage est le plus criant quant à l’étouffement social qu’il a subi et aux regards uniques qu’il provoque désormais. La conjonction avec les deux couples précités interviendra plus tard, lorsque nous comprendrons le processus intime qui l’a amené à devenir ce qu’il est, dont il est conscient et envers lequel il ne peut lutter car trop faible. Processus entièrement analogue à celui que connaissent ses prédécesseurs, à un degré moindre. La clé se trouvant au moment où sa mère décède et qu’elle lui laisse un message lui demandant de rester un bon petit garçon bien JENNIFER CONNELLYsage. Douloureuse image fantôme de la mère qui croit aider son enfant mais ne fait qu’accentuer sa maladie. Cri de rage. Le plus beau moment du film où il se met à tout casser et à hurler, coupé magnifiquement par un montage matinal. Toute la détresse de ces personnages réside dans cette scène. Being weird isn’t enough.

Enfin, quelques très beaux moments de mise en scène. Là aussi, ça sort les kalaschs et les tirs atteignent invariablement la cible. J’en veux pour preuve le joli passage où Jennifer Connelly découvre, sous la table, les ongles de pied de Kate Winslet. Du décalé, de la poésie, du sens ! C’est beau à se déshydrater de pleurs. Ou encore ce temps juste avant le rituel du brossage de dents. Tiens, il y a aussi toutes ces images de transition qui amènent une singularité troublante. Todd Field décide de retarder au maximum l’explication de chaque image, de chaque situation. Comme s’il choisissait de nous dire : « Regardez d’abord. Prenez en compte uniquement ce que vous connaissez. Ne jugez pas si vous manquez d’éléments. Ne vous forgez une opinion que lorsque vous saurez tout ce que vous avez à savoir ». Le meilleur exemple en est ces images d’hommes juste après la première scène entre Jackie Earle Haley et sa mère. Baroque. Incompréhension. Déstabilisation. Redoutable précision de la douceur avec laquelle LITTLE CHILDREN se place à vos côtés, vous dit qu’il n’a pas de solution à vous apporter mais qu’il a juste envie de vous accompagner pour vous signaler qu’il est là et qu’il vous comprend. A part ça, le bonheur se raconte mal.

28 janvier 2007 7 28 /01 /janvier /2007 23:21

LES NYMPHEAS

            C'est ce qui fait la beauté des coins de rues. Car, pour que la justice puisse s’exprimer, il est nécessaire qu’au préalable il y ait eu injustice. La justice ne serait donc qu’une fausse valeur qui se nourrirait du malheur des nantis (et non pas d’Isabelle Nanty). Le plus bel exemple à cette démonstration réside dans l’apologie du mercantilisme de nos coins de nos rues. C’est ici que la misère a choisi d’élire domicile. Ici même où le français lambda (que l’on désigne souvent sous le pseudonyme de « gros con » et vous vous reconnaîtrez) admire joyeusement la décrépitude du charclo de quartier qui se distingue par les coups en dessous de la syntaxe qu’arbore son annonce peinturlurée sur un vague morceau de carton, ou par les cris écorchés de son chien qu’il bat lorsqu’il se transforme en cliché malodorant et alcoolisé. Le gros con vient alors réparer l’injustice sociale en se déchargeant de quelques grammes pécuniaires (vous remarquerez que le nécessiteux, lui, ne fait jamais aucun effort pour rétablir cette justice qu’il réclame car réclamer, ça, il sait).

C’est dans ces coins de rues qu’aime à se terrer le pauvre, ouvrages élevés à la gloire du miséreux et qu’encore peu d’artistes ont consacrés comme il se doit. Au départ, l’idée était de construire un lieu à la gloire des non fixes. D’ailleurs, dans les pays les plus pauvres, les coins de rues n’existent pas, vu qu’il n’y a pas de rues. Il n’y a pas de pauvres non plus puisqu’il faudrait d’abord qu’il y ait des riches pour comparer. Mais cela n’empêche pas qu’un très pauvre chez nous peut être très riche dans son pays. C’est en venant chez nous qu’il crée l’injustice. Ce qui corrobore la proposition de départ (la justice se nourrit des miséreux), mais, pire que tout, l’aggrave. En effet, dès lors que la justice devient effective, le déséquilibre est réparé et les pauvres cessent d’exister. Ce qui tendrait à dire que les pauvres ne cherchent qu’à entretenir une forme d’autodestruction.

Nous venons de prouver que, par définition, le charclo est suicidaire. Ca, c’est fait. Comme dirait Terry Kevin.

LES NYMPHEAS

A l’heure actuelle, le coin de rue est décrié, délaissé, dénigré. Plus personne ne se préoccupe des coins de rues, eux qui pourraient être si fédérateurs. Ce n’est pas parce qu’ils abritent une population d’incapables qu’il faut pour autant négliger leur design ! Pourtant, le tabou des coins de rues semble s’intensifier avec les années puisqu’en cette année d’élection présidentielle aucun des candidats ne semble prendre le risque d’affronter la question. Quand nous nous attardons sur le bilan des démocraties, il en ressort uniformément qu’aucune n’a jamais réussi à effacer les injustices. Alors nous nous demandons si une dictature ne serait pas une bonne opportunité, finalement. Parce qu’au second tour, entre Ségolène et l’autre candidat, il va bien falloir choisir ! Mais attention parce que ce que j’entends par dictature n’est pas forcément ce que tout le monde veut bien y voir. D’habitude, on refuse cela en bloc car on pense directement à Hitler et à l’extermination des juifs. Mais non, pas du tout. On peut être un bon dictateur sans nécessairement chercher à exterminer tous les juifs. Juste quelques-uns, ça suffirait. Et puis, entre nous, s’il y avait une communauté que l’on me demandait de choisir à exterminer, mon choix se porterait bien plus sur les catholiques. Voilà une belle bande de résidus de fausses couches ! Ce sont eux qui ont la meilleure religion :

- meilleur logo (le plus simple : deux traits qui se croisent et qui forment une croix)

- le mec le plus sympa (Jésus : il s’élève contre ceux qui ont le pouvoir et prend le parti des pauvres)

- et le meilleur slogan (« Aimez-vous les uns les autres »),

et malgré tout cela rien ne fonctionne, c’est le bordel partout où ils se trouvent !

            De la dichotomie encore et toujours.

La vie comme une renaissance. Un peu trop moral, STRANGER THAN FICTION voudrait nous faire croire que la vie est injuste. Dès le départ, le spectateur sait que Will Ferrell va mourir. Il apprendra plus tard qu’il va plus précisément se faire exterminer. Et c’est une bonne nouvelle, car ceux qui restent sur sa prestation dans BEWITCHED, commençaient déjà à mettre en œuvre des expéditions punitives. Aller voir ce comédien dans un film est toujours un supplice précinématographique. Déjà à son palmarès : ELF, A NIGHT AT THE ROXBURY, SUPERSTAR, ZOOLANDER, BOAT TRIP, THE PRODUCERS, WEDDING CRASHERS, STARSKY & HUTCH, THE THIN PINK LINEStop ! J’ai enbie de bobir !!! Comme les réalisateurs qu’il côtoie ne s’occupent jamais de diriger leurs comédiens, Will Ferrell n’y va généralement pas avec le dos de la main morte et pique du nez invariablement de la même façon. Nous pourrions croire que lorsque la vie s’acharne à ne vous confier que des rôles de ringards, le destin crée l’injustice. C’est une manière de ne voir qu’une seule face de la Lune. Ce qui est surtout vrai c’est que chacun crée son destin. Parfois son coin de rue.

LES NYMPHEAS

Dans STRANGER THAN FICTION, heureusement, Marc Forster (facétieux metteur en scène du trop incompris STAY) est aux commandes. Si présent que l’on ressent un peu trop la professionnelle scolarité du comédien. Will Ferrell n’est en rien détestable, cette fois-ci. Mais il est dans des marques. Il fait les choses bien. Bien comme il faut. Bien comme Marc Forster le lui a demandé. Et la principale consigne est de ne pas trop en faire, d’aller à l’économie. Forster a bien compris qu’à défaut d’extraire un jeu fin et en perpétuel renouvellement chez Ferrell, il fallait au moins réussir à canaliser l’énergie dévastatrice qui joue contre son comédien. Finalement, un directeur d’acteur ne crée jamais rien. C’est un jardinier. Il désherbe. Il ne fait qu’enlever les mauvaises herbes pour mettre à jour les qualités des personnes choisies. Malheureusement, chez Will Ferrell, les touffes n’ont rien à cacher. Marc Forster lui dit d’y aller mollo, du coup, voici notre bon Will qui reste impassible, avec de grandes difficultés pour aller charger des émotions lorsque celles-ci sont requises.

La banquise, et le vent qui soulève la neige en un silence glacial.

Le reste du générique est évidemment plus excitant même si mon aversion à l’encontre d’Emma Thompson ne s’est pas amoindrie au fil des années. C’est physique. Physique aussi ce qu’il se passe quand Maggie Gyllenhaal apparaît à l’écran. Actrice capable de tout depuis sa formidable prestation dans SECRETARY, allant même jusqu’à rendre WORLD TRADE CENTER d’Oliver Stone, regardable. Dans le film de Marc Forster, elle fait preuve de beaucoup de chaleur humaine à travers ce personnage de femme au regard aiguisé sur notre monde. Qualité qu’il n’était pas aisé à faire passer puisqu’elle se retrouve d’entrée dans l’affrontement avec Will Ferrell. Elle se fera au fur et à mesure, touchante, sensible et particulièrement attentionnée, ce qui se perçoit dans la douceur de sa voix. Multiples visions d’un ange au charme hypnotique. Enfin, passons très vite sur Dustin Hoffman, qui fait son comédien de brasserie depuis bien trop d’années pour avoir envie de prendre le moindre risque, et Queen Latifah, pour qui les remarques de Will Ferrell s’appliquent également.

LES NYMPHEASIl n’en reste pas moins que ces miséreux nous font passer un moment plus qu’agréable. Au départ, le scénario semble avoir été écrit dans le but d’être l’unique argument marketing. Le côté irréaliste est très bien rendu par des trouvailles surprenantes et avec un impact sur le côté réel de l’histoire toujours précis et logique. La cohésion fictive du réalisateur au public (nous en avons déjà parlé). C’est donc très juste, mais pas assez fou. Des moments comme la grue qui vient détruire l’appartement de Will Ferrell manquent considérablement pour rendre compte de toute la démesure de ce qu’est la vie de cet homme. Aseptisation directement issue du politiquement correct. Par exemple, lorsqu’il découvre qu’il peut cesser de répéter les gestes qu’il effectuait, Will Ferrell se contente de profiter de sa nouvelle vie alors que c’est à ce moment précis qu’il aurait pu s’adonner à diverses folies qui pouvaient passer par une exploration de nouvelles sensations, comme la méchanceté, la perversité ou la création d’un mouvement pour la défense des coins de rues qui n’ont pas leur clodo. Le scénario peine alors vers une résolution très vite annoncée et dont le parcours narratif ne surprend pas le spectateur. D’autant plus que la fin s’annonce exactement comme nous nous en doutions, la pirouette en moins.

STRANGER THAN FICTION, vrai film sur la misère ? La morale du film poserait donc des questions existentielles pertinentes et qui font bon effet dans les soirées de l’ambassadeur ? Suffirait-il de changer de comportement pour que nos penchants naturels changent eux aussi ? Serait-ce simplement en s’affirmant que l’on connaît ses vrais désirs ? A-t-on raisonnablement le droit de manger des animals (- On ne dit pas des animaux ? - Non, ça c’est quand il y en a plusieurs) qui ont joué dans BAMBI ? Pourquoi la femme cligne-t-elle des yeux deux fois plus souvent que l’homme ? Pourquoi l’alphabet est-il dans cet ordre ?

            Si vous n’arrivez pas à répondre à ces quelques questions simples, 3 choix s’offrent à vous :

- attendre que Grosminet ait rattrapé Titi

TITI ET GROSMINET

 

 

 

 

 

 

- trouver une rime en « -enre ». Je commence : « genre ». A vous.

- ne pas cliquer ici.

            Vous aimez donc les jeux, vous aimerez forcément le Jeu de Paume. Actuellement, l’exposition « L’Evénement » regroupe différents supports qui rendent compte des images de cinq événements majeurs : la guerre de Crimée, la conquête de l’air, les congés payés, la chute du mur de Berlin et le 11 septembre 2001. Le but est de mettre en avant l’étroite interaction des images sur l’événement lui-même. Par exemple, nous apprenons comment intervient la photographie dans la révélation au peuple du conflit de 1853-1856. De la même manière, l’espace consacré à ce qu’il s’est passé le 09 novembre 1989, permet d’y voir plus clair (à l’aide des actualités télévisées notamment) à propos de la mise en scène de l’événement. Le 11 septembre est sûrement le plus impressionnant par l’émotion qui surgit des nombreuses photographies d’amateurs, qui montrent la mondialisation du phénomène en ce sens que c’est désormais le public qui diffuse l’événement (autrement démontré par ces affreuses vidéos pixellisées diffusées via internet).

Exposition très intéressante d’après les connexions établies selon ce processus de l’image dans l’événement, elle aurait cependant mérité d’être plus fournies en documents. Qui plus est, elle est très mal éclairée dans certaines sections, ce qui est un comble vu les possibilités qu’offre ce lieu.

Jusqu’au premier avril 2007.

            Si cela ne vous satisfaisait pas, à deux pas, vous auriez aussi l’opportunité de faire quelques pas et de visiter le musée de l’Orangerie qui accueille les Nymphéas de Claude Monet. Immenses panneaux d’une beauté transcendantale. Deux lieux ovales (- On ne dit pas ovaux ? - Non, ça c’est quand il y en a plusieurs) où règne une sérénité, un apaisement, auxquels aucun autre musée parisien ne peut prétendre. Nous nous asseyons au milieu pour bénéficier d’une vue circulaire de manière à avoir l’impression d’être entourés par ce paysage idyllique. Reposant. Frais. Magique. La douceur exceptionnelle des couleurs. L’incroyable sensation des textures qui émergent du procédé. L’une des vraies merveilles parisiennes. On en redemande. Comme disait la jeune mariée. So be it.

            Il ne faut pas croire, l’injustice touche aussi les riches. Cela se passe au théâtre du Palais-Royal où l’on joue « Toc toc », une comédie écrite et mise en scène par Laurent Baffie, et dont le titre n’est pas sans évoquer un tatouage qu’arborait fièrement Laure Sinclair à l’endroit où ses partenaires finissaient toujours par entrer. Point de cela avec Laurent Baffie. Dans ce théâtre, la place coûte 47 euros en première catégorie, ce qui contribue aux arnaques légales de la plupart des théâtres privés parisiens. Encore plus belle devient l’arnaque lorsque nous apprenons que Laurent Baffie demande aux comédiennes qui viennent de rejoindre la troupe de jouer sans répétition et sans connaître le texte. Grâce à une oreillette, une personne est chargée de le leur dire ainsi que de leur indiquer les déplacements à effectuer. Bel exemple de rigueur et de déontologie de la part de quelqu’un qui croît que l’on peut tout acheter avec de l’argent, même le talent. La marque des désenchantés. Le coin de rues n’est pas toujours extérieur à soi-même. Plus lourd est la charge. Laurent Baffie est un homme triste. Il aurait été parfait dans BUNKER PARADISE. C’est Jean-Paul Rouve qui lui a piqué le rôle. La vie est une salope.

LES NYMPHEAS

21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 04:17

            Nous ne le dirons jamais assez : y’a pas de saison pour que vive la musique, au fond, pas de saison pour que vive le son. Ce qui nous emmerde bien parce qu’il y a des fois où, la musique, c’est quand même rat des villes et rat des champs. Même pour ceux qui pensent que c’est leur métier. Tenez : Georges Moustaki. Chanter c’est pas qu’une affaire de micro. Qu’il aurait un micropénis qu’il chanterait pas mieux. Qu’on peut pas employer le verbe « chanter » non plus. Bon, disons qu’il ne baiserait pas mieux. « Tout est sexuel » dirait notre bon Freud. Moi qui croyais que tout est amour, comme le clamait si fort monsieur Christ. Là-dessus, v’là l’autre qui vient nous dire que tout est relatif. L’autre, là… Marc Lesgy. Faudrait qu’ils arrivent à accorder leurs harmonicas ces gens-là. Manquerait plus que Mylène Farmer vienne nous faire accroire que tout est chaos.

Tout cela manque donc bien d’accord majeur. CQFD. EFPDBDI.

LUQ HAMET            Funky toujours, nous voici en partance, samedi 13 janvier 2007, pour Drancy de sinistre mémoire, parce que l’on y joue l’une des pièces les plus follement attrayantes de l’année, et puis aussi parce qu’une musique sans accord majeur c'est une piste sans danseur. Allons donc les voir ces dégingandés de la guibole qui s’exhibent sans pudeur dans « Un héritage pour deux », comédie en trois actes douloureux de Duru, Busnach et Gatineau. Ils auraient pu rajouter un nom de plus, personne ne leur aurait scotché le museau sur la nougatine. Parce qu’il y a des auteurs que personne ne connaît ni de la pomme ni des dents et c’est très bien comme ça. Seulement Luq Hamet (metteur en scène de cette descente en ski sans skis) a deux métiers dans la vie. Quand il est en forme, il est fossoyeur. C'est-à-dire que son boulot c’est la mort. Il déterre pour mieux enterrer. Remontons les Champs-Elysées. Avant d’exhumer, Luc rêve de gloire, de reconnaissance. Tout comme l’on félicite Quentin Tarantino d’avoir su réaffirmer le talent de John Travolta, de Pam Grier etc. ou de savoir dénicher les musiques idéales à calquer sur ses œuvres, Luc aussi prospecte. Il gratte la terre, s’use les ongles et va jusqu’à s’épancher tel un petit goret, pour trouver ce qu’il appelle des truffes. Pour lui, ce sont ces petites perles théâtrales qui feront dire plus tard aux critiques : « Mais où est-ce que tu as bien pu aller dénicher ce petit bijou ? » Pour d’autres, une truffe est un imbécile qui vend des cachous pour du caviar et qui se lève en chantant : « Je suis de bonne bonne bonne bonne humeur ce matin » en mangeant des meringues bio. (J’ai essayé de trouver des paroles de Diam’s intéressantes pour mettre à la place de la chanson de Tristan, mais il est manifestement évident qu’elle n’a pas envoyé POEZI au 82 500). Le deuxième boulot de Luc c’est contrefaiseur. Déformation professionnelle qui provient de ses jeunes années où il travaillait pour Canada Dry. On dirait du, ça a l’air de, c’est un peu comme, ça ressemble à, mais ce n’est pas ! Perfection aboutie jusqu’à son nom de famille qu’il essaiera en vain de faire passer pour l’une des plus grandes pièces de théâtre jamais écrite. En plus, Othello ça ne casse pas des briques. Comme dirait David Douillet.

« Un héritage pour deux » veut donc se la jouer petite comédie joyeuse et bien écrite où la folie l’emporte sur la vraisemblance. Tout est raté d’Aadorf à Zywiec, c’est régalicieux ! A commencer par cette affiche ringarde qui annonce les grandes heures retrouvées du théâtre de boulevard qui dégueule son amateurisme et son patronage, starring Patrice Laffont, Christine Lemler, Luq Hamet et surtout Lucienne Troka. Là où ils peuvent féliciter leur metteur en scène c’est dans l’ouverture d’esprit dans laquelle il était disposé lorsqu’il les a dirigés. Ou plutôt mis en place, devrais-je dire, car Luq Hamet dispose des comédiens (on le voit nettement se replacer sans motivation tout au long de la pièce) et ne s’occupe pas de leurs propres motivations. On sent bien qu’il ordonne plus qu’il ne dirige, ce qui annihile toute vibration artistique issue de l’imagination des comédiens. Alors Patrice Laffont dit son texte comme s’il présentait « Pyramide », les mêmes attitudes, la même façon de ne pas être présent. Parfois il commence ses phrases par : « Monsieur Tertain, les lettres… », puis se ravise aussitôt. Luq Hamet, lui, est beaucoup plus investi. Il fait son petit numéro de cabotin de manière assez juste. Tout passe pour peu qu’un comédien soit convaincu à 100% de ce qu’il défend. Il n’en reste pas moins que le texte n’est jamais drôle. La pièce est sans intérêt, l’intrigue indéfinie, le décor polonais, les lumières abruptes dans leurs déclarations. La panoplie complète, quoi. Placid et Muzo font du théâtre. Alors le public rit, évidemment et heureusement pour les comédiens. Mais le talent ne se mesure pas à l’applaudimètre. En fait, c’est avec une pompe à vélo, étrangement, et personne ne le sait. Mention spéciale aux rôles secondaires parmi lesquels se trouvent de vrais comédiens qui ont l’humilité de ne pas s’affubler des prétentions précédemment revendiquées. Nous pourrions aussi y englober Christine Lemler, qui a un rôle très important mais qui se comporte plus comme une artiste que ses compères de même niveau. D’abord, son volume de jeu est loin d’être aussi fromager, et son aisance est très rassurante par la vraie nature d’une comédienne qui n’est pas sans cesse travaillée par son image personnelle, mais plus par la vérité qu’elle confère à son personnage. Alors, bien sûr, elle a du mal à trouver le trou du poncho car sa technique prend souvent le pas de son père et ses efforts sont souvent projetés. Mais c’est sûrement son envie qui la fait se hisser au-dessus de la barre transversale. Comparaison amère pour Lucienne Troka, qui n’a encore pas tout à fait compris ce qu’est le théâtre. Déclamation, syllabes qui s’étirent pour marquer des effets de voix, jeu face public, répliques assénées avec force, poses guindées, fausses sorties puis retour face public pour dire sa dernière phrase et partir le menton levé comme pour dire au public que c’est là qu’il doit rire, conviction de faire de l’art, impossibilité de marquer une attitude de défaite en face d’un autre personnage féminin (ce que d’aucuns appellent la ringardise de l’acteur) etc. Tout y passe et l’on regrette de ne pas la voir plus souvent dans des festivals. Pas tout à fait l’idée que je me faisais des étoiles.

C’est justement le livre de la hiérarchie qu’ouvre ce genre de théâtre. Le genre pas de genre. Je me suis souvent demandé à quel point ces personnes peuvent être convaincues de se positionner au-dessus du lot. Croyant être exceptionnels et faire quelque chose de radicalement ovationné, comment réagissent-ils s’ils font le bilan de leur non nomination aux Molières ? Ils doivent quand même bien se rendre compte qu’ils ne font pas partie des références professionnelles !… Le meilleur moyen est souvent de se croire un artiste incompris. Mais peut-être sont-ce eux qui ont raison et que c’est ma vellecer qui fait des gueva.

           Dans les prochaines sorties de films.

Vu BOBBY d’Emilio Estevez. Comédien dans l'un des plus grands films de lycée de tous les temps : THE BREAKFAST CLUB, il n’avait plus tourné que dans des productions télévisées ou complètement fauchées, depuis le début des années 90. C’est son frère, Martin Sheen, à la présence plus poussive, qui fera le jeu de films plus médiatisés. BOBBYRien que pour le film de John Hughes, Emilio a une place un peu particulière dans nos cœurs. Mais tout cela est un peu loin. Le film est très peu convaincant, et même en tant que comédien Emilio se la joue anti-pornostar, c'est-à-dire qu’il ne montre pas grand-chose.

BOBBY est un film choral qui se prend en pleine face le panneau du piège à éviter. La difficulté est de passer outre la superposition quantitative de microhistoires. Lorsque l’effet est réussi, le film crée une harmonie étroite entre les personnages, soit par des liens directs soit par une ambiance (souvent poétique) qui travaille dans le même sens idéologique. Un bon film choral est bâti selon une forme géométrique très précise. Quasiment mathématique. La figure avouée est le cercle. C’est la théorie du cercle délimité. Cinématographiquement, il est possible de concevoir un cercle de deux manières diamétralement opposées. La première consiste à percevoir un cercle comme une ligne. Nous partons du point A pour aller au point B. Il est aussi possible de passer par d’autres points (ils seront alors les différents éléments insubmersibles du scénario), mais le but avoué est bien d’arriver à un point défini. J’ai ! Nous limitons donc le cercle à ce point A (pris n’importe où) jusqu’au point final (qui se trouve être le dernier point que l’on peut trouver sur la ligne qui forme le cercle, et qui vient s’apposer en bordure du A). On dit que le cercle est fini. Cela forme la cohésion et la cohérence du récit. Chaque point est un élément constituant de l’histoire qui permet son élaboration, son développement et finalement sa résolution lorsque les équations révèlent enfin les inconnues.

La seconde manière est de concevoir le cercle comme un ruban de Möbius. Il n’existe ni début ni fin. Le film débute arbitrairement (par n’importe quel point) et ne décide de s’arrêter que d’une manière aussi arbitraire. Bien évidemment, il choisit aussi des points d’ancrage tout au long de son parcours, mais il se singularise par le fait que ces points peuvent être illimités. Ici, on dit que le cercle est infini. Comme pour une tapisserie, les motifs sont répétés ad libitum, jusqu’à ce que le réalisateur y mette fin. Mais le véritable arbitre est celui qui possède les cartons jaunes et rouges. Le spectateur.

Carton rouge pour BOBBY qui opte pour le ruban de Möbius dans une succession de portraits et de petites histoires insignifiantes, pas très bien mises en scène et sans effort de cadrage. Par rapport au cœur de l’histoire que le film souhaite mettre en avant, tout devient vite anecdotique. Les phases de montage pourraient être inversées et les histoires concernant les personnages prolongées. C’est à cela que nous reconnaissons les films chorals sans intérêt, lorsque la théorie devient trop obscure.

BLOOD DIAMONDVu aussi BLOOD DIAMOND d’Edward Zwick. Celui-là nous le connaissons bien puisqu’il fait partie du Consortium des Laxatifs du Cinéma depuis le désastreux LEGENDS OF THE FALL. Juste avant BLOOD DIAMOND, THE LAST SAMURAI était aussi un beau ratage des familles. Pas d’indulgence donc, et rien de nouveau sous la ficelle du string. C’est fait avec les armoiries de la famille Milligan afin de s’octroyer le privilège des larmes par l’image. Tu la sens bien l’émotion pénétrer en toi quand on nous montre les victimes des rebelles se faire hacher menu best-of les membres ? Ca sent dès le départ le film à grosse morale et, bien sûr, ça finit de la même manière avec les cartons sur fond noir de rigueur. C’est lourdaud dans les dialogues, les situations sont montées comme des gradins dans le stade de Furiani et la réalisation est d’une belle platitude façon ligne bleue des Vosges.

Attachons-nous à un moment particulier du film.

Un enfant est enlevé par les rebelles. Ils lui mettent une arme automatique entre les mains, lui bandent les yeux et lui ordonnent de tirer sur un autre enfant qu’ils ont placé devant lui. L’enfant finit par appuyer sur la détente. Juste après, il ôte son bandeau et réalise (mieux qu’Edward Zwick, d’ailleurs) ce qu’il vient de faire. Un plan un peu plus appuyé sur le garçon nous montre la prise de conscience interne qui vient de faire l’effet d’une véritable bombe chez lui. Oui, mais voilà. Outre l’incapacité d’Edward Zwick a faire jaillir ne serait-ce qu’une illusion d’émotion, il choisit en plus de filmer l’infilmable. Car vouloir rendre compte de ce qu’une personne éprouve la première fois qu’elle constate qu’elle vient de donner la mort, beaucoup s’y sont essayé mais personne n’y est arrivé. Même Kubrick dans FULL METAL JACKET. Voici l’une des rares choses que le cinéma n’a jamais réussi à faire passer. La bonne intention est visible, palpable, malaxable, tâtable. Nous comprenons que cette révélation est une sorte de rapport direct avec ce que nous ressortons de l’expression de notre propre violence. La découverte de ses plus bas instincts. C’est parfois très violent et extrêmement bouleversant, mais c’est un chemin interne et souvent peu expressif, si bien que la caméra est bien incapable d’aller chercher cela. C’est un semblant de réaction que nous offrent Edward Zwick et Stanley Kubrick, ce qui n’aura pas échappé aux personnes qui ont déjà pu tuer. La première fois que j’ai eu du sang sur les mains (la seule fois, d’ailleurs, en ce qui me concerne) fut un véritable choc. Genre qui vous coupe du monde pendant quelques secondes, avec véritable immobilisme face à la victime et impossibilité physique d’entendre paroles ou sons. Le moment où tout s’arrête. Vous avez même l’impression que votre cœur ne bat plus. Vous n’éprouvez et ne ressentez plus rien. Vous devenez imperméable tant la révolution interne qui vous affecte change toute votre conception du monde. C’est une sensation effroyable. Vous n’existez quasiment plus. Du moins pas de la manière consciente dont vous avez appris à vous situer. Vous comprenez que tout cela est naturel, dans un sens darwiniste. C’est ce qui peut vous amener à vous considérer comme un monstre face à la logique des hommes. Et puis vous apprenez à vivre avec et, le temps aidant, la symbiose s’exerce, la violence s’efface. Un étrange sentiment de supériorité vous envahit. Mais ce n’en est pas. La ligne terminatrice n’est qu’une oraison funèbre de la connaissance. Nous pourrions dire de l’accomplissement total. Comment retranscrire cela en langage cinématographique ?

Le seul que je connaisse à s’en être le plus rapproché est George Sluizer dans SPOORLOOS.

La mise en scène anorexique de BLOOD DIAMOND fait déporter le sujet (à défaut de juifs) sur les comédiens. Jennifer Connelly, une comédienne que l’on révère et une femme que l’on admire, est ici sous-exploitée dans un rôle peu étoffé. Djimon Hounsou est le plus accrocheur car son rôle est plus payant. Très belle annotation dans la marge et parenthèse spéciale pour les moments où il joue l’émotion blanche, c'est-à-dire rentrée, que ce soit la colère, l’impatience ou bien les débordements lacrymals (-On ne dit pas « lacrymaux » ? - Non, ça c’est quand il y en a plusieurs). Leonardo DiCaprio est à nouveau très fort. Beaucoup moins cependant que dans THE DEPARTED, qui nous reste encore en mémoire deux mois après sa sortie. Difficile de faire oublier cette prestation. Qui plus est, dans BLOOD DIAMOND, comme il n’est pas dirigé le travail est beaucoup plus dur. Le rôle est de toute façon moins riche, ce qui ne lui permet pas de jouer sur une énorme palette, comme il nous avait éblouis dans le film de Martin Scorsese. Son rôle ne bénéficie de toute façon pas de la même évolution que dans THE DEPARTED. Dans BLOOD DIAMOND, le personnage ne mue pas. DiCaprio est alors obligé d’aller chercher dans son imagination pour mettre en scène son personnage dans des attitudes qui lui confèreront la crédibilité et tout le curriculum vitae que les rares indices du scénario pouvaient suggérer. Ce qui fait partie intégrante du travail de comédien. Mais regardez bien de quelle manière il va plus loin. C’est par une mise en œuvre formelle qui n’a rien à voir avec la façon dont tout un chacun se figure son personnage qu’il crée une véritable œuvre iconoclaste.

Coïncidence de la programmation actuelle, c’est encore plus visible chez le Jason Schwartzman de SHOPGIRL. Film sorti derrière les fagots le 19 novembre 2005 et qui n’aura pas tenu l’affiche très longtemps grâce à un tirage copie qui avait oublié sa propre définition. Nouvelle injustice que même une sortie vidéo ne pourra pas rattraper. La faute d’abord au genre sûrement le plus suranné et décrié à l’heure actuelle : la comédie romantique. Paraît que toutes sont remplies de clichés, mais qui ne rencontre pas de clichés dans sa vie de tous les jours ? Et puis les relations amoureuses sont emplies de clichés à 97,18 %. Il suffit de lire le journal ou de parcourir les blogs pour s’en rendre compte. JASON SCHWARTZMANNous nous heurtons là à une définition du cliché qu’il faut extraire de la péjorativité et qu’il convient d’employer dans une acceptation moins générale pour qu’elle devienne plus juste. Essayons d’aller voir plus loin. Des clichés, nous pouvons dire que nous en trouvons plein dans SHOPGIRL. Attenants à cette histoire de jeune fille venue réussir sa vie dans une grande ville et en attente du prince charmant qui saura déceler le diamant qui se cache au fond de son cœur. Situations clichées, aussi. Mais, encore une fois, pas plus que ce qu’apporte le quotidien de chacun. Ce qui fait que ces clichés n’enrayent pas la bobine c’est que le réalisateur Anand Tucker a compris la composante essentielle de ce genre : il faut allier le propos avec une poésie visuelle transcendante. Et un peu de cul, quand même ? C’est vrai que ça fait toujours plaisir, mais pas cette fois-ci. Claire Danes reste sage et garde les pommes au frigo. A part une très belle petite scène où nous la voyons allongée sur le ventre dans le plus simple appareil. Très joli moment car complètement inattendu. C’est d’ailleurs le qualificatif qui convient le mieux à ce film qui s’écarte volontairement du convenu. Seule la trame du scénario peut paraît simplette (et aussi Anne Roumanoff). Ce qui n’est pas bien grave puisque (contrairement à ce que croient les producteurs) un film ce n’est pas un scénario. Tout reste à faire et l’on peut dire que c’est assez admirable dans SHOPGIRL. Tout d’abord, la mise en scène cherche à être en perpétuelle exploration des éléments qui surgissent brusquement dans une vie pour lui faire emprunter de brusques virages. Ellipses et cassures de rythme arrivent le plus souvent à anticiper nos réactions. Surprises et détournement des grandes routes qu’empruntaient alors nos conceptions du film. Le film avance subtilement grâce à ces mouvements très maîtrisés. Anand Tucker cherche à nous baigner dans une atmosphère de fiction qui matérialise la grande utopie de la personne idéale qui viendra un jour, accompagnée par une réalité cruelle qui fait contrepoids au monde précité. Par ce bel amalgame, Anand Tucker construit un univers doux-amer très proche des visions fantasmées de nos mondes personnels. L’identification s’en trouve forcément facilitée.

C’est juste, sensible et attachant.

Nous noterons aussi une photo très luxueuse qui prend le parti d’alterner la classe éclatante avec des zones plus sombres, et ce dans le même plan. Le chef opérateur signale ici la volonté dont nous parlions précédemment de faire coexister deux mondes en un. Et puis nous pouvons aussi trouver quelques perles dans les dialogues comme lorsque Jason Schwartzman expose sa théorie sur les amplificateurs qui pourraient être cools mais personne ne s’est encore assez penché sur leur design pour le leur permettre. Cela flirte parfois avec l’absurde quand le même Schwartzman explique à Claire Danes qu’il pourrait se confectionner un préservatif si elle avait un petit sac en plastique, ou lorsque Bridgette Wilson le prend pour Steve Martin. Ajoutés à des plans très originaux et d’une grande beauté, toujours en accord avec l’action qui va suivre, tout cela n’a qu’une seule et même portée : de la poésie autour de nous. C’est ce qui fait de SHOPGIRL un film singulier et décalé qui ne tombe jamais dans le conventionnel comme certains critiques ont pu l’écrire. A ce chapitre je vais me parquer et mettre mes warnings pour vous faire part de mes recherches sur internet. Car lorsqu’un film qui vous a plu de la sorte n’a pas eu la couverture médiatique qu’il mérite, vous cherchez évidemment un maximum de renseignements qui pourraient vous éclairer sur son échec en salles. Allôciné nous informe que seuls deux critiques ont vu le film. Déjà on sent qu’il va y avoir de la conscience professionnelle à revendre… Pire que tout, il s’agit en fait de déontologie. Car, en surfant jusqu’au site Mcinema.com (qui est en fait un site racheté par Alice Ouhou pour se faire de la publicité) voici ce que le fumeux Franz Miceli griffonne : « Il en résulte une bluette insignifiante où les personnages, caricaturaux, développent, tous autant qu'ils sont, le charisme d'un poulpe en fin de course. Claire Danes, malgré ses fossettes et son sourire enjôleur, peine à trouver ses marques au milieu de tant de pellicule gâchée ; Jason Schwartzman, à la fois doux et dingue, s'essouffle plus vite qu'un fumeur courant après un bus ; et Steve Martin, en quinqua à l'âme tourmentée, est aussi touchant et expressif qu'une huître morte. Resserré sur vingt minutes, cela aurait pu faire un très bon épisode d' « Hartley coeur à vif ». Au lieu de ça, la musique d'ascenseur, les plans sans objet et le scénario inconsistant font de SHOPGIRL, un film à éviter toute séance tenante. » Alors là, je n’ai pas l’habitude de faire du jet ski avec des moonboots, mais force est de constater que nous sommes en présence d’une caricature de critique en plein inventaire de neurones. Nous sentons bien l’idée de chercher la bonne réplique en vue de briller dans ce cercle de l’élite cinématographique. Que Franz Miceli n’ait pas aimé je m’en claque un peu les rotules. Ce qui me fait croire que sa critique ne vaut pas la peau de la tête c’est lorsque je constate que mon détecteur d’arguments ne ferait pas sursauter un spectateur de « Derrick ». Comment peut-on écrire autant sans expliquer ? « Bluette insignifiante » : pourquoi ? « Personnages caricaturaux » : qu’est-ce qui le montre ? « Claire Danes, malgré ses fossettes et son sourire enjôleur » : cela aurait-il une quelconque incidence sur sa capacité ou son incapacité à interpréter un rôle ? « Jason Schwartzman, à la fois doux et dingue » : termes impersonnels et passe-partout (à moins que ce ne CLAIRE DANESsoit « passe-passe », je les confonds tous les deux !), ou alors prouvez-le. « Les plans sans objet » : faux. Et ça je peux le prouver, moi, à commencer par ce magnifique plan sous le lit, qui s’attarde sur les pieds de Claire Danes qui cherche son chat, et puis, plus tard, sur un peu plus d’elle-même lorsqu’elle vient à regarder sous le lit. Nous sentons bien toute l’étrangeté qu’il y a d’effectuer un plan aussi décalé. Sublime plan aussi que celui où Claire Danes pleure sur le lit, Steve Martin au premier plan, dos à elle. Très léger travelling arrière raccord avec le même travelling avant du plan suivant montrant Claire Danes qui va partir. Et enfin un plan large qui les montrera dans les bras l’un de l’autre, avec beaucoup de pudeur. Si le réalisateur ne joue pas sur la distance qui existe entre les paroles et les faits, entre dire à quelqu’un qu’on l’aime et le lui prouver, alors SHOPGIRL n’est pas un film qui parle de la transformation de l’idée amoureuse. Il y a autre chose que je ne pardonne pas non plus à Franz Miceli, c’est l’histoire des animaux de mer. Insulter Steve Martin avec autant de classe, cela mérite au moins le Goncourt. Ou une baffe dans sa gueule ; on devrait toujours hésister. En fait, la méchanceté est juste triste. Encore plus quand l’on songe que la formule l’aura sûrement fait sourire. Enfin, s’en prendre au scénariste par une image du même acabit (toujours les animaux de mer, cela révèle une ouverture au monde incommensurable) c’est vraiment avoir regardé le film en tapant une autre de ses critiques. Car s’il y a bien un personnage non caricatural c’est bien celui de Jason Schwartzman (ça tombien, je voulais finir par ça). Il est bizarre, décalé, inattendu et à la fois attirant et repoussant. Comme une fleur au milieu de plantes à désherber. Il est flagrant que le comédien lui a apporté beaucoup plus que le script ne le laissait présager. L’imagination de Jason Schwartzman s’est emparée de son personnage pour en établir toute sa densité. Cela peut se vérifier par tous les petits gestes qu’il additionne pour valoriser certains de ses actes. C’est drôle et en plus très poétique. C’est la résurgence de toute la folie du personnage. Cela donne corps concrètement à ce qu’il pense, chose qui aurait paru beaucoup plus obscure scénario seul. Il est d’une inventivité de tous les instants. Sa justesse en devient d’une précision matricielle. Nous ne nous ennuyons pas un seul instant dès qu’il apparaît à l’écran.

Et c’est une grande qualité que l’on peut aussi appliquer au film. Ce qui est rare avec de telles touches de simplicité comme connaître les positions qui font qu’une femme se sente vraiment femme, ou comme cette manière originale qu’a Claire Danes de se photographier. Juste se photographier. Un cliché.

11 janvier 2007 4 11 /01 /janvier /2007 00:49

THE FOUNTAIN            Nous y voici. Les yeux rivés sur les affiches du MK2 Odéon, cinéma dans lequel je mets les pieds pour la première fois et qui n’a rien à envier à Pathé ou UGC depuis que les cinémas de Marin Karmitz sont devenus des complexes capitalistes revendiqués. Tant pis, j’aime bien essayer de nouveaux cinémas. A défaut de nouvelles femmes. Occasion exceptionnelle : THE FOUNTAIN de Darren Aronofsky. Ironie du sort : il aura fallu attendre 2007 pour ce film que j’ai attendu toute l’année 2006.

Le gros problème des chefs-d’œuvre trop tôt venus.

Ce fut notamment le cas avec Tarantino et son PULP FICTION, film parfait, exceptionnel et culte. Oui, mais voilà, il faut y aller au charbon, après, pour se montrer aussi surprenant. Déception donc, quand sort JACKIE BROWN. Je me souviens des longueurs que j’y trouvais et du manque de surprise. Et puis, en le revoyant, il s’avère que JACKIE BROWN est un film beaucoup plus dense qu’il n’y paraît, et de toute façon magistral. L’après chef-d’œuvre est peut-être plus difficile pour le spectateur que pour le réalisateur. Lui, il a son univers, aussi multi-varié soit-il. Le spectateur, lui, doit apprendre tout un champ lexical qui le frustre parfois, lorsque la barre est placée un peu trop haute trop tôt. A quoi peut-on s’attendre d’autre après CITIZEN KANE ou LES 400 COUPS ? C’est une sacralisation du réalisateur avant l’œuvre dont il est question ici. Héritage (très difficile à se défaire) de notre éducation judéo-chrétienne.

La question n’est pas là, revenons-en à THE FOUNTAIN et non pas à Darren Aronofsky. D’un point de vue formel, le film est esthétisant. L’idée du réalisateur est d’allier le plaisir visuel à celui de l’histoire. Ce n’est pas très révolutionnaire, mais qui peut encore prétendre révolutionner le cinéma ? Y a-t-il seulement encore des idiots qui croient que c’est possible ? Aronofsky, lui, a travaillé sur sa vision esthétique. On ne peut absolument pas lui reprocher cela, ce qui donnera une classe au métrage que nous avons rarement vue tout 2006. C’est beau, mais pas tout à fait quand même. Par exemple, les dorures manquent d’éclat. Le contraste n’est pas si prononcé que cela. Nous avons du mal à saisir certaines nuances de couleurs qui pourraient peut-être plus provenir d’un mauvais tirage de la copie. Car cela me semble singulier qu’il existe une certaine fadeur sur des images qui ont pris le temps d’être chiadées. Ne blâmons pas Aronofsky sur ce point, l’édition DVD nous donnera sûrement d’autres certitudes.

Revenons sur ce qu’il y a de positif dans le film. Des éloges ? Cela existe alors les cas de méningite schizophrénique ? Oui, des éloges car le film a fait un bel effort narratif. Pas dans la chronologie des événements s’entend, puisque THE FOUNTAIN est ultra-classique de ce point de vue (complètement linéaire), mais bien dans son affranchissement des points de vue. Alors que quasiment tous les films se conjuguent selon un seul et unique point de vue, THE FOUNTAIN innove par la grande trouvaille qu’il peut se lire instantanément sur trois niveaux. Darren Aronofsky amalgame tout au long du film ces trois représentations complémentaires qui se nourrissent à tour de rôle. Nous avons pu lire à plusieurs reprises que l’histoire se déroule à plusieurs époques. Il n’en est rien. Une seule et même époque, et les personnages sont toujours les mêmes. Rien que pour voir jouer le rôle de Rachel Weisz par un arbre, THE FOUNTAIN vaut le coup ! Après tout, Frédéric Diefenthal joue bien comme une bûche.

Nous sommes, en fait, en relation avec ce que Sigmund Freud appelle le Ca, le Moi et le Surmoi.

Un film très psychanalytique, il est vrai, mais loin d’être intello. Darren Aronofsky souhaite mettre l’accent sur le ressenti des personnages et sur ce qui conditionne leurs actes. Alors beaucoup de symbolisme, beaucoup d’ellipses qui jouent la similarité, et beaucoup d’associations d’idées. Mais au-delà de ces aspects narratifs, la base n’est pas assurée. Nous entrons là dans un problème de fond. De quoi nous parle Aronofsky ? Une histoire d’amour. Plus précisément, un homme qui aime une femme qui va mourir. Que deviendra cet amour ? C’est aussi bête que ça. Mais ce n’est pas sur cela que THE FOUNTAIN peut être attaqué. « La lumière vient du fond » a toujours défendu le fait qu’un bon film peut se contenter d’une seule idée, encore faut-il qu’il nous raconte quelque chose. Les mêmes personnes qui concèdent que THE FOUNTAIN ne s’appuie pas sur une histoire assez fouillée sont les mêmes qui sacralisent le scénario comme l’élément prépondérant de la machine cinématographique. Seraient-ce toujours les mêmes qui sont toujours d’accord avec tout ce DARREN ARONOFSKYque dit Pascal Prau ? Le film de Darren Aronofsky ne souffre pas de sa simplicité. C’est plutôt la mise en scène idéologique qui plombe le film. D’abord, nous apprenons que Hugh Jackman est amoureux, et que son amour puise sa force dans le désir qu’il éprouve pour sa compagne. C’est ici la prédominance du Ca. La force qui s’exerce est intrinsèque à l’expression sexuelle de cet amour. C’est tout l’acquis qui nourrit cet épanchement. D’où la nécessité de le replacer dans un contexte historique. Parallèlement, le Moi est la pierre angulaire de l’histoire. Il est la résultante du mouvement précédent. C’est l’entre-deux, le moment présent. Il dirige donc l’action et conditionne tout ce qu’il va advenir. Il fixe le but à atteindre. Comme l’écrit Freud : « Le Moi tend vers le plaisir et cherche à éviter le déplaisir. ». A partir de là, nous comprenons parfaitement le continuum dans lequel se trouve Hugh Jackman et la rupture amoureuse qu’il cherche coûte que coûte à éviter dès lors que Rachel Weisz sera emportée par la maladie. Reste enfin le Surmoi, où la pulsion précitée se voit réfrénée par l’inéluctable : le décès. Alors tout cela est une représentation un peu trop commune de ces instances, mais il n’empêche qu’elle reste fidèle et particulièrement juste. Cinématographiquement, c’est bien moins pertinent. Le film est un ventre mou qui manque de punch. Darren Aronofsky nous laisse sans cesse sur la brèche, prêts à s’enflammer à la moindre étincelle. Mais le film ne semble bâti que pour parvenir au finale. Entre temps, c’est un peu le même axiome resservi à la sauce libanaise. On change la couleur mais c’est toujours le même goût. Un finale pourtant sublime, qui fait regretter que la totalité du film n’ait pas bénéficié du même rendement. Le but est constamment en dehors de toute attente, les images d’une beauté apocalyptique et le rythme parfait. Mais c’est désespérant car c’est précisément le rythme qui est le plus en cause jusque-là. Très peu épicé. Quasiment impersonnel. Alors quand arrive cette scène de fin, cela ne peut que nous conforter dans la maestria que nous avions vécue lors de REQUIEM FOR A DREAM, et ne peut nous empêcher d’être convaincu qu’Aronofsky en garde sous la moquette. En fait, THE FOUNTAIN c’est tout bonnement la théorie du passage de Charybde en Scylla. Aronofsky combine le vraiment très bon avec d’autres effets bien moins heureux dont nous avons déjà amplement soupé. Autre exemple : le son. Pour une fois qu’un réel effort a été fait en concordance avec la mise en scène, il convient de le souligner. Voici enfin le système auditif employé comme un élément capable d’interagir sur la qualité de l’émotion. Son utilisation frôle le génie, notamment lorsque les graves sont travaillées avec une immense profondeur, à la limite de l’audible. Associés avec du mouvement, cela confère l’impression d’un poids qui agit sur notre corps, comme la grosse caisse d’une fanfare qui passe près de vous ou lorsque le train des montagnes russes se trouve en haut des rails et qu’il s’apprête à dévaler de nombreux mètres. Souvent Aronofsky joue avec cet effet du plexus qui remonte et provoque en nous une sensation d’extraction de notre propre corps. Comme si le Ca et le Surmoi étaient aussi proches de notre enveloppe corporelle que l’est le Moi profond. THE FOUNTAIN se vit alors comme une expérience très proche de la réalité, celle-là même qui ne peut nous échapper parce que la manière de la vivre la rend palpable. Et, en même temps, cette réalité n’est pas aussi fidèle que nous pouvons la vivre. Nous abordons ici toute l’architecture des perspectives du film (d’un point de vue très graphique). Dans cet ordre d’idée, Aronofsky fait exprès de ne pas calquer les perspectives sur l’échelle graphique que nous connaissons (empiriquement). Il choisit alors des cadres où la gravité terrestre n’est pas forcément en accord avec le haut et le bas. Une pente peut être droite, le haut et le bas peuvent être inversés, la gravité peut ne pas exister, l’essentiel est encore de déstabiliser le spectateur par cette impression de flottement que peuvent connaître les astronautes. Bref, tout cela pour dire que nous ne sommes pas libres de nos actes et que nos sphères d’influences sont aussi très légèrement en dehors de notre apparence humaine. Nous pourrions dire vulgairement que personne n’est libre de ses actes. Tout cela n’est pas expliqué mais bel et bien montré. C’est pour cela que THE FOUNTAIN n’est pas un film intello, comme je le disais, mais beaucoup plus une expérience non verbale, en dépit des dialogues. Ca, c’est le gros point fort. Parce que niveau poing dans la gueule, Aronofsky se pose là (non, pas là, juste à côté, merci !) pour mettre en œuvre des moments qui frisent la perfection et parallèlement mettre en pièce jointe des images qui véhiculent un son ultra narratif, d’un académisme à pleurer.

CARLITO'S WAYMais il faut encore parler de ce rythme qui fait défaut, qui empêche constamment le film de décoller. Tout pour le finale, ça c’est une erreur. Darren Aronofsky semble fatigué. L’aurait fallu attendre que les Frosties fassent leur effet !

            Un scoop dont tout le monde se fout : Emmanuelle Devos va remplacer Catherine Frot dans la pièce « Si tu mourrais… » de Florian Zeller, mise en scène par Michel Fagadau à la Comédie des Champs-Elysées.

            Tout le monde se fout aussi du début de RUNNING SCARED.

Voici une nouvelle preuve de l’incompétence des critiques qui ne voient pas plus loin que les dossiers de presse qu’ils ont entre les mains ou de la réputation qu’ils cherchent à se créer. L’utilisation de la vidéo ne semble pas non plus leur faire se taper le croupion sur le parquet Louis XV jusqu’à faire des étincelles. S’ils avaient vu BRODRE de Susanne Bier, ils auraient remarqué à quel point ce film est proche de FESTEN. Il doit exister une période secrète dans le monde du cinéma qui équivaut à la période des soldes commerciales et qui aboutit à une forme de cinéma discount exécrable. BRODRE c’est le nouvel opus qui confirme que le cinéma est un tout. On ne peut pas rogner indéfiniment des parts de budget. Tout comme FESTEN est passé à un Twix d’être un chef-d’œuvre, BRODRE est un bon film privé des excès de beauté que lui aurait conféré une qualité moins vidéo.

RUNNING SCARED, rien à voir. Plutôt des effets gratuits dont le vide peut donner le vertige. Dans la forme, c’est vers la problématique de Tony Scott que Wayne Kramer cherche à se rapprocher. Mais sans n’y avoir rien compris. Du mouvement, de la couleur, des détails scénaristiques aberrants et surtout une malheureuse envie de montrer qu’il sait faire des choses. Comme ce début qui reprend une scène qui arrivera aux trois quarts du film. L’idée c’est évidemment la scène d’ouverture de CARLITO’S WAY, scène que nous retrouvions à la fin, et placée en ouverture de sorte qu’elle mette en exergue un futur déjà écrit à l’avance. Dans RUNNING SCARED, Paul Walker sort d’un bâtiment avec Cameron Bright dans ses bras. Ce dernier ayant sa chemise maculée de sang, le réalisateur veut nous faire croire que l’enfant est proche de la mort. Lorsque la scène intervient dans le cours de l’action, elle nous révèle qu’il n’est absolument pas victime d’une blessure mortelle. Et l’action reprend comme si de rien n’était. Voilà comment on fait de l’effet gratuit et que l’on essaie de faire croire qu’il y a du talent là où il n’y en a pas. Sans effet. T’es dans mon rétroviseur, Wayne, commence à tresser ta corde !

            Je préfère réfléchir sur les nouvelles idées scénaristiques que je vais mettre en forme.

Mon prochain scénario aura comme phrase d’accroche : « Nos amis les nazis ». Un drame en huis clos, dans un bâtiment d’Auschwitz, qui s’efforcera de montrer que les nazis n’étaient pas aussi méchants qu’on le croyait.

Extrait :

- Ach, Gunter. Ché zouis déssolé pour doutes ces morts.

- Gomme ché té gombrends, Ulrich. Moi-mêmé, guand ché zigouille, cé né pas fraiment moi. Zé oune autre moi. Ché né zouis pas oune monsdre, après tout. Gu’est-ce que les chens groient ? Gué zé vacile dé gazer à dout va ? Moi, ch’aurais foulu êdre oune bédit rate dé l’Obéra. Ch’aurais foulu qué mé bédites jaussons dé danse tapotent délicadement le blancher en bois. Mais ché né jamais arrifé à lacer gorrecdement mes jaussons. Ché zerrais doujours, ché zerrais, zerrais, zerrais, zerrais engore blus vort qué ché né bouvais plus marger abrès.

- Ach, Gunter ! Lé monde né gombrendra nodre art qué dans des années…

Autre extrait déjà écrit que je vais avoir du mal à insérer :

- Je ne viendrai pas au ciné, ce soir.

- Te casse pas, j’ai compris. T’as envie d’être tout seul chez toi pour sortir ta poupée gonflable…

- Non, pas du tout. J’en ai une en chair et en os qui fait très bien l’affaire.

- A mon avis tu dois la gonfler quand même.

Dernier dialogue déjà entendu quelque part et que je ne tiens absolument pas à faire figurer :

- J’ai faim… Non, j’ai soif… Non, j’ai faim. Qu’est-ce que t’as à boire ?

Gestaprod présente : LES CAMPS DU BONHEUR.

29 décembre 2006 5 29 /12 /décembre /2006 14:53

GAND

            Gand est une ville merveilleuse. D’abord parce que ça s’écrit comme une moufle et que ça s’enfile comme une jeune mariée. Ou l’inverse. Et ensuite parce que c’est moi qui vous le dis et que je sais ce que je dis quand même !!! Cons de geeks ! Gand est hors du temps par ses bâtiments marqués par le burinage du climat, associés à certaines maisons dont l’architecture demeure grandement en avance sur la pauvreté de nos horizons français. Des maisons qui donnent droit dans l’eau, une cathédrale aux verticales proches d’une influence germanique, une sérénité des habitants qui doit beaucoup à la quasi-absence de circulation de voitures, pas de clodos, pas de pédés, pas de nègres etc. Alors pourquoi ne pas aller vivre à Gand ? Parce qu’il y fait froid sa race ! Mais je ne vous parle pas du froid que nous connaissons tous qu’il suffit de bien se couvrir pour affronter la rue et qu’après nous retrouvons nos appartements moelleux. Non ! A Gand, le froid est une atteinte à la dignité humaine. Ce n’est même plus une dimension climatique, c’est une attaque légale d’Al-Qaida. Là-bas, personne ne se réchauffe. Oubliez-en jusqu’à l’idée. Personne n’y vend de chauffage, cela ne sert à rien. Soit tu résistes physiquement soit… Soit… Y’a pas de soit ! Le froid s’infiltre partout. Le froid n’est jamais ton ami. Les gantois parlent le flamand (quand le froid ne les empêche pas d’articuler) et n’ont pas d’équivalence pour le terme « chaleur ». Il n’est même pas possible d’essayer de le leur faire comprendre, c’est hors de leurs conceptions biologiques.

Alors pourquoi aller à Gand, me direz-vous ? Tout simplement pour se rendre à l’immense exposition internationale concernant le plus grand cinéaste, j’ai nommé monsieur Stanley Kubrick. Comme je vous l’avais annoncé il y a quelques mois de cela, le Caermersklooster abrite une concentration impressionnante de documents en rapport avec l’œuvre du maître, et ce encore jusqu’au 7 janvier prochain. L’exposition a déjà été présentée à Francfort (dès le 31 mai 2004), Berlin et Melbourne, et sera accessible futurement à Rome.

C’est une somme colossale d’informations ici amoncelée, même si tout est un peu trop grand public à mon goût. J’y ai passé 8 heures.

On a tellement l’impression de rattraper du temps que l’on n’a pas perdu, quand on est passionné !

Pour commencer vous devez aller acheter vos billets juste à côté de l’entrée. Là, pour la somme modique de 8 euros, votre passeport vous est délivré. Inutile de faire la comparaison avec la France où le prix s’élèverait déjà à un minimum de 15 euros ! Tout cela pour dire que l’expo ne sera pas visible en France (chose incompréhensible !) à cause de l’incompétence de Marin Karmitz, qui n’en est plus à sa première bévue !

Donc, vous achetez votre place muni du plan de l’exposition et d’un petit guide rempli d’un peu trop de publicités (pas trop bêtes, par ailleurs, puisque certaines reprennent les idées d’affiches kubrickiennes ou de slogans qu’ils font leurs) qui présente succinctement (malheureusement en flamand) les grands projets de Stanley Kubrick. Beaucoup de photos. Il va sans dire que le numéro est gratuit et que vous pouvez en voler un nombre incalculable, ce qui est prestement fait. Ressortons maintenant pour entrer. Remarquons au passage que ce Caermersklooster est d’un aspect extérieur peu engageant, limite en ruines. L’intérieur est entièrement rénové mais l’exposition ne nous permettra pas de le délimiter (si ce n’est le plafond) puisque ce sont de faux murs blancs anonymes qui le cachent, afin de mieux arborer photographies et autres matériels divers. Mais avant cela il faut faire valider son billet dans un petit sas où un écran plat fait défiler un documentaire. Je ne vous dis pas quel en est le sujet, je suis déjà absorbé. Un petit avertissement pour nous rappeler que les photos et les films sont interdits. Je rêve ! Je crois qu’ils n’ont pas compris que nous sommes français !!! Puis, nous rentrons. Premier choc. Nous nous retrouvons de suite face au plus bel agencement de l’exposition. 12 écrans retransmettant chacun les films de Stanley. Qui plus est, le format est retravaillé de manière à ce que l’uniformité nous frappe premièrement. Evidemment, cela est une atteinte sans nom à l’intégrité des films, mais là n’est pas l’enjeu. Le panneau est sublime. Le surplombant : la signature de Stanley Kubrick faite en néon rouge. Toute l’essence kubrickienne est concentrée ici. Il serait possible de rester scotché pendant des heures. Ce n’est pas loin d’être le cas. C’est l’endroit que je viendrai le plus souvent revoir. A gauche, nous commençons avec deux grands panneaux qui retracent les grandes dates de sa biographie pour l’un, et un rapide aperçu de chaque film pour l’autre. Progressons. Tout est organisé d’un point de vue chronologique. C’est peu innovant. Un peu trop simple, trop évident. Comme le sera en grande majorité la présentation des photos : fond blanc, cadre strict, pas de jeux de lumières. Une épure proche de celle du réalisateur, cependant.

Ensuite, la première salle est consacrée à un documentaire d’une dizaine de minutes, fait de photos pour la plupart connues, ainsi que d’intertitres dont une fabuleuse citation que l’on doit à Sidney Lumet, qui dit à peu de choses près que chaque mois pendant lequel Stanley Kubrick ne réalise pas de film est une perte importante pour chacun. Il manque toutefois une musique pour accompagner le tout. Sublime photo de Stanley face à l’objectif, avec deux de ses chiens, de dos, qui le regardent, et dont les queues se rejoignent pour ne devenir qu’une.

Nous reprenons le sens de l’expo. Nous débutons par ses premières photos. C’est l’occasion de s’apercevoir de la qualité exceptionnelle des objectifs de l’époque. Photos qui ne trouvent quasiment pas de correspondance aujourd’hui. La précision est diabolique. Une autre époque. Pas grand-chose d’exceptionnel concernant ces photos connues depuis longtemps. C’est la partie où nous trouvons aussi son tambour, qu’il avait gardé, celui qui date de la même époque où il était batteur.

Commencent alors les différents espaces consacrés à ses films.

Chacune des parties est organisée un peu de la même manière. L’on y trouve des photos de tournage, des photos du film, des extraits vidéos pour chaque film (y compris FEAR AND DESIRE) et un petit panneau présentant sommairement ce dont il est question, en trois langues : flamand, français et allemand. Chaque scénario original est aussi présent, souvent ouvert en plein milieu. Mais aucun ne sera à disposition. Parfois (c’est le cas pour 2001 : A SPACE ODYSSEY et PATHS OF GLORY), une reproduction a été faite et se trouve en libre accès. Malheureusement, elles sont incomplètes. Après une minutieuse analyse de ces scénarii, il apparaît que quasiment chaque page est annotée de la main de Stanley. Certains sont même recouverts de passages retapés au fur et à mesure du tournage (THE KILLING). Ces annotations sont parfois très fournies, presque compulsives, dénotant une précision extrême. Des indications pour les comédiens, des questions, des doutes, des signes concernant les respirations, d’autres signes incompréhensibles, des annotations pour le montage (que viennent faire les notes concernant des inserts de Jessica Harper dans le script de THE SHINING ?) et puis des questions que ne se posent que les comédiens. Indications précieuses sur la manière d’envisager la direction d’acteur. Certains de ces scénarii sont accompagnés de traitements du film, parfois aussi volumineux. Celui de THE SHINING est accompagné du premier script original signé Stephen King.

Seul vrai bémol qui pénalise beaucoup cette exposition, les écrans qui diffusent en boucle les extraits de films proposent des images d’une qualité vraiment déplorable et qui ne sont pas dignes d’une exposition de cette importance. Pixels, drops et freeze. Que du pas beau.

Comme je le disais précédemment, chaque espace est assez peu différencié du suivant. Exception pour 2001 : A SPACE ODYSSEY et A CLOCKWORK ORANGE. Tout cela manque d’une personnalisation filmique un peu plus marquée. Ainsi, « redrum » est une inscription sur un mur blanc, mais qui ne reprend que la typographie du film. Il aurait été préférable de l’avoir en rouge sang et écrit réellement à la main. Le coin consacré à BARRY LYNDON manque un peu de démesure et est surtout bercé par une lumière basse qui empêche d’apprécier correctement chaque élément. L’idée était bonne mais il aurait fallu que la pièce soit complètement éclairée à la bougie pour baigner parfaitement dans cette ambiance feutrée. J’aurais même été jusqu’à faire les vraies toilettes du Caermersklooster à l’image de celles de THE SHINING, en rouge vif, avec comme porte d’entrée la notice concernant la gravité dans les toilettes de 2001 : A SPACE ODYSSEY. La porte s’y trouve, d’ailleurs. Mais au mauvais emplacement ! Par contre, concernant ce film de science-fiction, idée très juste d’avoir conçu l’endroit en cercle. Mais tellement plus intéressant si un monolithe géant avait été placé en son centre ! Beaucoup de documentation par ici. Le cloisonnement consacré à l’intérieur d’HAL9000 est un peu raté car nous entendons les respirations de Keir Dullea, mais la voix de l’ordinateur et la chanson qu’il interprète avant de mourir font défaut !

Parmi les belles curiosités (éléments originaux, s’il vous plaît !) qui sont visibles, citons entre autres le casque porté par Matthew Modine dans FULL METAL JACKET, l’oscar attribué à Stanley Kubrick pour 2001 : A SPACE ODYSSEY, son propre échiquier, un de ses premiers appareils photos, une lettre d’Eli Wallach à propos de DR. STRANGELOVE OR : HOW I LEARNED TO STOP WORRYING AND LOVE THE BOMB, une page manuscrite recensant les différents titres envisagés pour le même film, la platine disque de Malcolm McDowell dans A CLOCKWORK ORANGE, un des costumes portés par Ryan O’Neal dans BARRY LYNDON, le système de classement de 15000 fiches pour le projet NAPOLEON avec une mise en libre-service de certaines (oui !!!), une lettre de la commission de censure qui détaille toutes les scènes qu’il faudrait couper pour A CLOCKWORK ORANGE (c’est sans fin !), pour THE SHINING : les costumes des sœurs jumelles, le couteau de Shelley Duvall, la photo de fin, des projets d’affiche de Saul Bass, la machine à écrire de Jack Nicholson, sa hache, la montre Hamilton de 2001 : A SPACE ODYSSEY, des photos prises par Stanley sur le tournage de PATHS OF GLORY où il immortalise celle qui allait être sa femme (d’une beauté, la femme et les photos !), son fauteuil de réalisateur, l’objectif qui lui a permis de filmer les scènes aux chandelles dans BARRY LYNDON, des tenues romaines de SPARTACUS, l’affiche originale de FEAR AND DESIRE, un masque et un costume de singe de 2001 : A SPACE ODYSSEY, des masques originaux d’EYES WIDE SHUT, le costume de Malcolm McDowell dans A CLOCKWORK ORANGE, les journaux que nous voyons dans ce même film, une lettre d’Audrey Hepburn qui décline le rôle de Joséphine pour NAPOLEON, la cape de Tom Cruise dans EYES WIDE SHUT, une partie des 500 livres sur NAPOLEON que comportait sa bibliothèque, et encore plein de richesses émerveillantes.

Finalement, nous pouvons revoir énormément de photos et de documents que nous connaissions déjà, mais tout ce qui relève de la découverte est bien plus qu’étourdissant.

Bon, bien sûr, impossible de voir FEAR AND DESIRE en copie correcte, mais nous ne nous y attendions pas, donc aucune déception. Par contre, le making of de FULL METAL JACKET est flamboyant. Ce que nous apercevions dans A LIFE IN PICTURES est présenté dans une version de 10 minutes et doit encore être sûrement beaucoup plus long. Certaines correspondances sont étonnantes, comme cette femme de militaire qui s’insurge devant LOLITA. Toutes les notes de Stanley sont exceptionnelles dans la retranscription de l’attention qu’il porte aux moindres détails. Et puis il y a les projets non aboutis dont nous ne connaissions rien. Personnellement, je ne savais pas qu’ARYAN PAPERS était prêt à tourner. Apparemment, il n’y aurait que la sortie de SCHINDLER’S LIST qui l’aurait empêché de le réaliser. En plus de ce que nous ne savons pas… Le travail préparatoire est conséquent. Les repérages énormes. Les essayages nombreux. Le casting déjà établi (il existe notamment beaucoup de photos avec Johanna ter Steege). Mais cela n’est rien comparé à la somme de travail, de documentation et de préparation engagés dans le projet NAPOLEON. Le plan de travail est colossal rien qu’à travers sa conception. Là encore le film était prêt à être tourné. Et puis il y a le fameux système de classement des 15000 fiches, qui est déjà beau à pleurer rien qu’à le regarder. Je ne savais pas non plus que des voitures futuristes avaient été conçues pour 2001 : A SPACE ODYSSEY. Plusieurs photographies nous les présentent. Nous comprenons très vite le danger de les montrer dans le film ! Enfin, dans les projets avortés, terminons par A.I. Peu de documents mais beaucoup de dessins signés Chris Baker (ou plutôt signés Fangorn, bravo aux fans de Tolkien qui reconnaîtront), assez extraordinaires d’ailleurs.

Pas beaucoup de son tout au long de l’expo. Il faut dire qu’il aurait été difficile de les faire exister avec les ambiances que dessinent les projections vidéo. Nous retrouvons de toute façon l’essentiel : la chanson de Christiane dans PATHS OF GLORY, l’entêtante musique de LOLITA (avec, en prime, le 45 tours original !), la musique classique sur 2001 : A SPACE ODYSSEY, le Beethoven d’A CLOCKWORK ORANGE, la respiration de Keir Dullea (nous l’avons déjà évoqué) etc. Pour remédier à ce manque de combinaison, les organisateurs ont eu l’idée d’une dernière salle qui évoquerait l’accompagnement musical dans son œuvre. La salle est très grande. C’est un immense plaisir. Pour la projection du documentaire, nous sommes dans le noir et nous levons la tête. Enfin du vrai cinéma ! Histoire de ressortir avec d’incessantes vibrations. La salle arbore encore des photos en noir et blanc prises par Stanley. Enfin, nous entrons et nous sortons par un petit couloir où les murs s’enorgueillissent des photos des grands seconds rôles de ses films. Histoire de saluer ceux qui l’ont accompagné et dont le talent est immense : Patrick Magee, Leonard Rossiter, Steven Berkoff, Philip Stone, Leon Vitali…

Pour ceux que la technique intéresse, tout un passage est laissé aux optiques, aux caméras, au montage, et l’espace 2001 : A SPACE ODYSSEY explique aussi quelques innovations techniques présentes dans le film. Cela prouve que Stanley était en perpétuelle recherche quant à ce qui se faisait au plus haut degré de la dernière technologie. En témoignent aussi certaines correspondances, notamment des lettres de Jan Harlan qui l’informent des nouvelles caméras et des possibilités qu’elles offrent. Car Stanley Kubrick c’était aussi une multitude de personnes qui travaillaient constamment pour lui à travers le monde. Nous comprenons un peu mieux cette obsession du classement. Ce ne pouvait être qu’inévitable.

L’exposition se clôt par un tableau floral signé Christiane Kubrick. Très coloré, comme la plupart de ses peintures.

Exposition colossale qui nous apprend finalement pas mal de choses, qui nous permet d’en revoir d’autres que l’on reverrait encore et encore, et qui nous laisse avec l’impression d’avoir la main de Stanley au creux de la nôtre, quelques minutes encore après être sorti.

Ce qui est particulièrement magique, c’est la concentration de toute cette vie en un lieu, ce qui permet de passer allègrement d’un film à l’autre en atteignant toujours l’essentiel. Et cela permet de se rendre compte de l’extrême cohérence de l’œuvre de quelqu’un qui a eu la chance de savoir très tôt ce qu’il voulait faire. Remarquez comme la lumière est déjà sublime dans KILLER’S KISS. Regardez attentivement les effets de surprise dans THE SHINING. Le son anticipe souvent de manière infime le choc visuel. Les chorégraphies de BARRY LYNDON mélangent musique et gestuelle avec un calque d’accompagnement absolument parfait. Ses attitudes sur le plateau de FULL METAL JACKET montrent à quel point cet homme était généreux et attentif, et que l’ambiance était toujours agréable si elle savait être studieuse. La recherche est aussi constamment présente. Même dans les périodes où il n’y a pas de films. Etre toujours au fait. Ce qui l’a amené à constamment se renouveler, à aborder des genres aussi différents. Ce que certains grands cinéastes comme Brian de Palma ou Francis Ford Coppola n’ont pas réussi. Et le regard ! Filmer les comédiens de face. Filmer leur regard. Ne jamais leur couper le visage.

Kubrick est inépuisable, pour moi. 8 heures d’expo ce n’est pas assez. Je rêve d’y retourner. Finalement, je crois que c’est un bien qu’elle ne débarque pas à Paris.

            A Gand, si les journées sont froides, les nuits sont polaires. Dans mon igloo, le froid m’empêche de dormir. Par chance, j’ai une télévision dans ma chambre. Je décide de l’allumer, elle produira sûrement un peu de ##*@§**?!!!##. De ##*@§**?!!!##. De ##*@§**?!!!##, quoi ! Damned, je suis fait ! Les traditions flamandes m’envahissent peu à peu. Je ne peux même plus prononcer le mot ##*@§**?!!!## !!! Stade ultime avant la congestion cérébrale, je dois devenir complètement végétatif pour croire qu’une télévision peut créer de la ##*@§**?!!!##.

L’avantage que j’ai avec la télévision, c’est que je ne la regarde quasiment plus depuis plusieurs années. Vous avez déjà entendu dire quelque part qu’il n’y a rien d’intéressant à la télévision française ? Justement, nous allons parler de cela.

Et là, fermez bien les autres fenêtres car il va y avoir du gros dossier.

Je vais maintenant vous dévoiler l’un de mes superpouvoirs et vous allez encore croire que je pars dans un de mes délires de neuro-dévasté du froid, mais tout est vrai. Bref. Il se trouve que la télévision (l’objet) et moi sommes au sein d’un pacte secret. Je suis soumis à une influence compulsive inexplicable qui me pousse à l’allumer à chaque moment télévisuel important. Un match de football ? Je l’allume précisément au moment du but. Une émission en direct ? J’arrive juste au démarrage de l’altercation verbale dont tout le monde parlera la semaine suivante. Parfois je tombe pile poil sur un spécial J.T. d’info, sur le moment le plus drôle des AVENTURES DE RABBI JACOB, moments comiques, diffusion d’une archive télévisuelle rare etc. T’as pas comme l’impression de ne pas être tout seul dans ta tête ? Effectivement. Je suis deux. Mais tout cela n’est pas très nouveau, j’emploie ici fréquemment le pronom « nous » pour parler de moi à la première personne du singulier. Et en cette nuit du mardi 26 au mercredi 27 décembre 2006, j’ai à nouveau été deux. Il est presque deux heures du matin lorsque Numéro Deux me réveille. Machinalement, je branche le poste de télévision, et ce que j’ai vu… Je suis en Belgique. J’en conclus qu’ici les chaînes sont complètement différentes de ce que l’on produit chez nous. Je vois de la vraie télévision qui ose, intelligente, belle, libre, complètement poétique et presque subversive. J’avais oublié. Ou je n’avais pas connu. Et puis le présentateur nous apprend que nous sommes sur France 2 ! Surprise. Incompréhension. Cela ne peut pas se passer sur le service public ! C’est impossible !!! Comment cette chaîne a-t-elle pu permettre une œuvre aussi iconoclaste ? L’émission s’intitule « Visu ». Il s’agit d’un faux débat où un présentateur accueille un réalisateur et un opticien pour parler de ce qui est vu et de ce qui permet d’être vu au cinéma. Le réalisateur s’appelle Benoit Forgeard. Inconnu de la pomme d’Adam. C’est son vrai nom. Il joue son propre rôle, ou presque. Ses courts métrages viennent illustrer le débat.

Y a-t-il parmi vous des personnes qui ont vu ce que j’ai vu ? Ai-je été victime de mon ennemi belge ou tout cela est-il vrai pour de vrai ? Dites-moi que tout cela a bien eu lieu et qu’une brèche vient d’être ouverte. Non pas celle qui va permettre à la télévision de changer de visage, mais une brèche qui nous permet de croire qu’il y a encore de la place pour qu’un grain de sable vienne gripper le système.

« Visu » dépasse l’entendement.

Le plateau est composé de panneaux représentant des yeux qui semblent tomber des cintres, le tout dans un décor évoquant les grands débats des années 80, avec ces comédiens qui jouent de prime abord l’intellectualisme. Ce qui est absolument bluffant c’est ce second degré permanent, hilarant et très poétique. Ce plateau est d’un lyrisme comique à nul autre pareil. Pour rajouter à cet élan de recherche de légitimité télévisuelle, une harpiste est placée en arrière du plateau. Constamment dans le champ mais n’ayant aucun autre intérêt jusqu’à la danse des fromages. Belle idée puisque jusqu’au boutiste. Décalée, poétique et politique aussi. Encore plus fort : cette danse des fromages, donc. Poème lyrique. Expérience visuelle tonitruante. Folie qui n’a d’ordinaire pas sa place sur un écran. Tout est merveilleusement écrit, développant toute une thématique liée à l’optique, au regard. L’émission est d’ailleurs ironiquement sponsorisée par le magazine « Rétine » ! La mise en scène est proprement prodigieuse avec ses effets d’un télévisuel guindé, parfois complètement largué par la technique ou l’imprévu. Les comédiens, eux, ne sont pas totalement convaincants (notamment l’opticien) car ils sombrent très facilement dans le sourire en coin. Le second degré est un peu trop visible, rendant parfois le débat plus potache qu’il ne se veut. Le débat aurait gagné à être complètement premier degré avec une sincérité de tous les instants. Benoit Forgeard est beaucoup plus juste. D’ailleurs, dans ses courts métrages, certains acteurs sont tout autant peu justes. C’est particulièrement frappant dans STEVE ANDRE, reportage de 40 minutes dans un conseil municipal. C’est le court qui est le moins intéressant. Malgré des dialogues encore une fois très drôles, le film tombe dans un systématisme qui flingue le rythme. Il manque quelques cassures cinématographiques. Cela arrivera un peu tard avec le comique Mouquette. La mise en espace deviendra dès lors plus aérée.

Ce qui m’a le plus convaincu c’est LA COURSE NUE. Histoire nourrie par un comique en constante évolution qui charrie des idées folles, improbables, parfois absurdes voire grotesques. C’est alerte (le rythme est pourtant assez lent, ce qui n’empêche pourtant pas le spectateur de soutenir son attention grâce à la singularité du film, propos plus mise en scène), fin, complètement pragmatique au bout du compte, mais d’une beauté à couper le souffle. Et cela vient en grande partie de la réalisation qui ose, toujours dans le second degré, avec une confondante ingénuité. En témoigne ce plan fixe sublimement composé mais gâché par les allers incessants d’un acteur qui obstrue le champ les trois quarts de la scène. Le film est hilarant de bout en bout. Là encore, les comédiens ne sont pas tous vraiment à la hauteur, mais c’est un peu plus secondaire.

Nous citerons aussi LAIKAPARK, épisodes 0 et 2 d’une série qui en compte 52, fantaisie ouvrière qui se déroule dans un parc d’attractions consacré aux animaux morts dans la conquête spatiale ! Benoit Forgeard joue tous les rôles. Il fait d’ailleurs quasiment tout sur le film. Nouveau lyrisme formel. Même rythme neurasthénique complètement régalicieux.

Comment se fait-il que personne n’a entendu parler de ce programme passant, il est vrai, tard dans la nuit ? C’est le genre d’expérience que tous les médias devraient relayer s’ils faisaient un temps soit peu leur métier.

Une vraie émission culturelle comme personne n’en fait plus, avec du texte, de la mise en scène, un vrai propos sujet à discussions (notamment pour STEVE ANDRE), un divertissement effréné et une magie poétique qui suspend le temps. Car l’émission dure tout de même plus d’une heure et demie. Quand le présentateur annonce la vision de LAIKAPARK épisode 0 et qu’il mentionne une durée de 12 minutes, la folie d’une telle entreprise nous fait éclater de rire. Nous sentons la blague, évidemment. Nous pensons que peut-être le film va être tronqué pour revenir au débat, mais non. Et c’est là toute la force du gag. Ils en remettent une couche car STEVE ANDRE est annoncé pour une durée de 40 minutes ! Et ils vont jusqu’au bout ! C’est du Andy Kaufman sur toute la ligne, parfois aussi très desprogien (version « Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède ») sur le plateau télé.

Beau, intense et cruel.

Mais là réside aussi toute la limite de « Visu ». Elle s’adresse dans ses moindres détails à un public qui possède déjà une culture, notamment des mouvements télévisuels et cinématographiques. De là peut naître la dérision. Mais quiconque ne possède pas ce langage se retrouve désarmé face à des décalages qui peuvent passer pour un sérieux pompeux, voire carrément chiant. Car il existe un immense public sous l’influence des formes télévisuelles actuelles qui, par exemple, refusent tout espace, tout vide, toute suspension d’écran. La télévision d’aujourd’hui a horreur du silence. Et « Visu » c’est tout le contraire ! « Visu » c’est la télé du silence. La lenteur qui crée l’ambiance, les silences d’incompréhension au moment du débat, le systématisme etc. tout cela peut concourir à la perplexité du spectateur qui perd ses repères et rejette en bloc ce qu’il voit. Or, « La lumière vient du fond » est depuis longtemps un espace qui affirme que l’œil du spectateur peut s’éduquer. Et c’est pour cela qu’il faut promouvoir une telle émission, car outre toutes ses qualités elle bénéficie d’un réel intérêt pédagogique. Ce sont les prémisses de quelque chose que touche ici Benoit Forgeard. Les prémices de son art, cela est certain. Car si l’on regarde avec attention ses films, nous pouvons nous apercevoir des qualités autant sur le fond que sur la forme, mais qui manquent cruellement d’enrobage pour rendre son cinéma plus personnel. La référence c’est le personnage de Christian Bale dans THE PRESTIGE. L’homme qui ne sait pas se vendre. Comme un diamant non taillé. Benoit Forgeard me fait penser à Robert Pirès lors de la Coupe du Monde de football de 1998, quand Aimé Jacquet lui disait de muscler son jeu. Benoit Forgeard c’est le talent qui est palpable, mais qui manque de muscle, de corps. Chose d’autant plus frappante lorsque l’on sort d’une exposition consacrée à Stanley Kubrick. En visionnant les films de Benoit Forgeard, nous nous disons que tout cela est plus qu’intéressant mais qu’il manque ostensiblement la classe.

            Je reviens sur Paris. Je sors du TGV, je pose de nouveau le pied sur le sol français, j’ouvre mon blouson. J’ai chaud.

A la rentrée, Laurent Romejko est passé directeur du service météo sur France 2. Belle carrière !

25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 22:26

ARCADE FIRE            Tout est blanc. Tout est froid. Sauf la fille. Cool. C’est la période où l’on se blottit l’un contre l’autre et où l’on enferme nos regards quatre à quatre vers de magiques instants dévédés. Ca sonne à l’oreille comme à la porte le nom d’un grand-oncle. Confrérie. Convivial. Le temps qui s’égrène au rythme d’Arcade Fire. Suspendu comme les jardins de Babylone. My dear, mon grand, mon tout, my precious. Non ! Tout sauf ça ! Eviter les clichés. D’accord. Donc, ne pas s’abonner à WHEN A STRANGER CALLS de Simon West où la règle est respectée. Nous quittons les grands espaces vides de démesure et de démence organique pour se perdre dans des contrées où s’affiche l’hérésie maximale de la faim. Hiroshima dans mon estomac. Les mêmes grandes lignes tracées à même le sol deviennent des rails. Je caresse. Mais le carcan comportemental emporte le réalisateur. L’enfant reproduit le geste du parent. No more creation. La peur ne réside que très peu dans la surprise. Préparer l’effet si l’on craint le pétard mouillé. Simon West et ses aberrations. Vous souvenez-vous de son irruption brutale au sein du Consortium des Laxatifs du Cinéma grâce à l’abrutissant LARA CROFT : TOMB RAIDER ? J’adore adorer et tu pars si loin de moi… Rien de rien. Je ne ressors rien de WHEN A STRANGER CALLS. Une jeune fille traquée au téléphone pendant plus d’une heure. Ce film est un pénis que l’on allonge. Etirement jusqu’à ce que l’élastique lâche. Il est toujours difficile de combler les vides avec de mornes plaines. Place aux effets. « Je sais pas quoi faire. Qu’est-ce que je peux faire ? » disait Simon West dans un film de Godard. Celui-ci lui répondait : « Si tu veux faire de l’effet gratuit dans un film d’épouvante, filme un chat qui surgit à n’importe quel moment et qui miaule comme une bachelière à l’oral. » De l’agresseur jusqu’au synopsis, tout est téléphoné. Jeu de mots qui se vautre avec délectation dans cette mare excitante de saleté. Plonger en apnée dans le répugnant et se délecter du plaisir pervers qui inonde chaque centimètre érogène. Toujours plus loin. L’affreux son de l’être aimé qui tombe à terre et ne se relèvera plus. Le canon fume. Déjà les sirènes hurlent. Je mets un disque pour happer le bruit.

Baby will never do a bad bad thing…

EYES WIDE SHUTIl se calme en sirupant des glaces ensoleillées. La grande famille du déjà vu s’agrandit et avant de parler de Tony Scott, l’abordage Claude Chabrol en ligne droite balise le terrain. Je me soutiens pour ne pas crier mon exaspération bicéphale envers les montagnes qu’il érige en monstres convénients et je m’arrête. Demi-tour. Tête à queue, comme dirait la jeune mariée. Je ne sais pas ce que je sais mais je sais que je ne sais pas ce que je sais. Cela ne m’empêche pas d’inventer des mots. L’inconnu favorise l’imagination. Et Claude Chabrol ne m’est pas inconnu. +1. L’IVRESSE DU POUVOIR. Rien ne me tente. J’ai beau m’accrocher et continuer à caresser, rien ne me tente. Je veux de la lumière, je veux des comédiens qui sachent parler, je veux du gros son massif, je veux être surpris et je veux de la mise en scène !!! Petit. Chabrol toujours songer petit. La Nouvelle Vague encore et maintenant. Moi, je. Mon expérience. Un semblant de maîtrise de l’inacceptable. On ne peut se résoudre au « déjà ça » du « déjà vu ». Chabrol miroir de quoi ? Représentatif de quoi ? Mon cul et tarte aux fraises ! Patrick Bruel au cinéma c’est Geneviève de Fontenay qui saute à l’élastique. Que ce chanteur cesse d’arborer fièrement sa médiocrité autant vocale que visuelle ! Des générations sacrifiées. Cet homme n’a rien à faire dans une distribution. Le spectateur se lève de son fauteuil et montre du doigt son manque de technique. Un phrasé mou comme la teub d’un opéré de la prostate. Ses débuts de phrase manquent de tonicité et ses fins sombrent par paresse ou par incompétence. On est homme avant d’être comédien. Même Isabelle Huppert se contente parfois de jouer les comédiennes de brasserie. Passages inertes. Direction d’acteurs lyophilisée. Ce n’est pas gai d’assister à la déchéance d’un couple qui sombre dans la routine. Mon vague à l’âme reprend, bercé par d’inconditionnels fils du temps qui dirigent mes pas. « Revois Chabrol ! Il y a bien 2 ou 3 trucs à sauver, quand même ! » Mes yeux me font mal comme de l’alu sur mes plombages. Je veux faire une pause et écouter une chanson qui porte un joli titre. « Rue des cascades » de Yann Tiersen. Ce n’est plus moi qui écris. Je viens de m’en apercevoir depuis que je me suis relu. Je ne le dirai pas au lecteur. Il faudra que je pense à supprimer les phrases précédentes pour qu’il ne s’aperçoive de rien. Le souci de ne pas trop en dire. Je retrouve mon marque-ma-page. Poursuite dans les rues de mon appartement. L’ivresse joviale de la blondeur. Les cheveux qui t’effleurent sont les langues qui te dévoreront demain. En ce moment, c’est Chabrol qui est aux petits oignons. Le cuistot va faire la gueule. C’est certain. Tant pis, je dirai que j’ai déjà déjeuné. Après tout, c’est la vérité. Que ses fade in & out faits en post-production sont laids ! Ils sont trop courts pour insuffler le moindre rythme et ça c’est une erreur mystificatrice. Est-il vraiment obligé d’afficher l’impasse de son art ? Encore un puits de science !

            J’attendrai seul dans la nuit s’il le faut. Et proche des vapeurs exhalées. Des yeux dans le noir. Je rêve de massacres et de morts dans la souffrance. Parfois c’est moi. La rose à côté du cœur. Juste pour le contact. Toucher ta peau en fusion éternelle. Je te donne mon sourire. Je sais que tu iras le vendre au Pandémonium. C’est mon tumulte intérieur qui s’arroge certaines heures de ma vie. Et j’attends. Des fois j’entends ta voix, au loin. Je l’ai entendue dans THE HOLIDAY de Nancy Meyers. Quoiqu’un peu trop faible. Je tenterai les synthétiseurs la prochaine fois. Trompé que j’ai été par cette glorieuse affiche qui promettait un petit film d’auteur touchant et qui n’est autre qu’une grosse comédie à peine alerte. Alerte, oui, à ceux qui seraient tentés par le confortable du soyeux. Fuyez ! L’arnaque, vous, l’argent, bassesse, hypocrisie, talent publicitaire, les pleurs, une de perdue, offrir des fleurs. Imposture du film sans intérêt. THE HOLIDAY est un film choral. Moi, j’appelle cela un film tapisserie. Partons du principe qu’une chorale est inconstante car il peut lui arriver malencontreusement de chanter juste, la tapisserie, elle, se décline à l’infini sans changer quoi que ce soit aux questionnements qui restent les mêmes dans ces films où chaque histoire n’est jamais assez développée pour en faire une histoire à part entière. Et puis, dans la chorale, les participants essaient de converger vers le même point. L’objectif radial. Avec la tapisserie, ce n’est plus le but l’important, c’est la déclinaison. La quantité à la qualité. J’ai vu la perte et la chute. J’aiTHE HOLIDAYrelayé. J’ai été pris à partie. J’ai été pris à part. J’ai pris ma part. Alors le cinéma c’est encore comme quand je n’étais pas né et que tout le monde s’offusquait de tout ? Alors, dans les musées, on autorise la vision de jeunes femmes dénudées alors que Cameron Diaz garde son soutien-gorge profonde quand elle fait l’amour avec Jude Law ? Mais quels temps anciens sont ceux qui nous hérissent le poil ? Nous aurions évidement adoré qu'elle sorte les pommes du frigo mais, au-delà de ça, il s'agit d'une ingérence évidente face à une telle situation. Contrarié, Jude Law a sûrement dû garder son caleçon. Cela en dit long sur la fantaisie au pieu avec Nancy Meyers ! Faute de mise en scène. Enorme. Impardonnable. Inqualifiable. Je vous crache à la gueule et je piétine votre film. TIREZ SUR LE PIANISTE ! Comédie légère même pas lol. Deux histoires qui se croisent (pas de fil, pas d’aiguille) mais qui ne se nourrissent jamais l’une de l’autre. Un quelconque petit tâcheron hollywoodien aurait aussi mal fait d’en faire deux films distincts à peine plus étoffés. Les comédiens n’y vont pas avec le dos de la main morte et fragilisent tout le procédé qui égrène sans jamais récolter. Mon histoire est plus belle que la vôtre, madame Meyers. Pauvres radiofréquences exhumées par hasard.

Et je préfère chanter sous une fine pluie d’été.

            Se mêler de faire du cinéma pour quoi faire ? Qui croit encore que l’on peut apporter quelque chose au cinéma ? Qui peut se prévaloir de faire des films qui changent quelque chose à quoi que ce soit ? Et si le cinéma n’était qu’un dinosaure qui n’entravera pas le fleuve au long cours quand il disparaîtra ? La preuve : il a déjà disparu. Comme un animal. Pas con. Extended version. Hymne loin de ses bases, série en cours d’œuvres dégradantes : ANIMAL de Roselyne Bosch, AN UNFINISHED LIFE de Lasse Hallström, HELLBENT de Paul Etheredge-Ouzts et ILS de David Moreau et Xavier Palud.

Quelques hallucinations collectives devant le premier et sa lumière un peu surexposée. Assez agréable malgré moi. Le film lance des fourches sur lesquelles je m’embarque. C’est extrêmement bien fait pour les vagabonds de l’âme, ceux qui rêvent du meilleur, qui s’émerveillent en pensant à ce qui aurait pu sublimer l’immonde sarcophage (dialogues trisomiques, situations raffariniennes, montage à la truelle, comédiens vacataires etc.) Incapacité à s’entendre hors des sentiers balisés. Peu s’élèvent.

Les choses rares sont des démons insouciants.

Le suédois, lui, ne fait plus grand-chose depuis WHAT’S EATING GILBERT GRAPE. Les travailleurs étymologiques aiment le nom de réalisateur. Ils affleurent près des côtes populaires, au son d’une barcarolle stridente et rébarbative. Jetez vos tympans dans la mère de toutes les mers ! Vous ne serez jamais le premier de la classe. Et pour cause ! Les élèves dissipés sont les plus récréactifs. Il y aura toujours ce que vous ne pourrez contrôler. Question de mode. Profitez-en avec le vieux Redford et la bien improbable scène qui ne consiste qu’à redorer son effigie de vieux beau toujours attractif. L’intérêt de la scène dans le film ? Scénario à haut pouvoir médiatique, donc, avec en prime l’immonde Jennifer Lopez. Imbuvable comédienne. Manque de charisme aux jointures. Il y a le cinéma et il y a les à-côtés. Et chacun est heureux. Mais la révolution gronde…

Film porno des années 70 où l’on joue de face, plaqué et avec un montage qui ne tient compte ni du son ni des axes, HELLBENT c’est de la pisse de dromadaire qui a le cancer du gland.

Enfin, le film français est peut-être le moins pire des trois, puisqu’il y en a quatre, c’est dire le niveau de la division d’honneur sans honneur ! ILS pour nous faire peur. Filmé au vibromasseur dans les scènes d’action, j’ai enbie de bobir ! Laideur, fuite du cadre et sans propos. Pourquoi ? Pourquoi l’épouvante ? Pourquoi le manque de moyens se voit-il si bruyamment ? Encore de l’effet, votre Majesté. Mais vous ne pouvez pas vous tuer en retenant votre souffle, c’est impossible ! M.P.E.R. Vous êtes des sujets, des cobayes. Ils vous envoient des décharges pour mesurer votre taux d’acceptation. Et ça peut aller très loin. Ils s’en prennent à vous comme les gamins du film s’en prennent aux deux comédiens principaux. Dans les deux cas, ils ne savent pas ce qu’ils font. La porte se referme sur ces jeux de l’enfance. En avant !

            Je ne dois rien à ceux qui ont enflammé les restes de ma vie qui subsistent en soubresauts démentiels. La route est longue et j’attends contre le mur. Il s’effrite. Personne ne me l’a dit. C'est toujours au pied du mur qu'on voit le mieux le mur. Imagine… Moi avec toi. Entourant le monde. Et je n’aurais rien à dire. Life is so easy. Je pense au GRADUATE. L’une des plus grandes surprises en matière de mise en scène qu’il m’ait été donné de ressentir. Mise en scène frontale, figurative et impressionniste. Le film ne bouge pas à chaque vision. Il attend, lui aussi. Notion de clôture. Du GRADUATE à RUMOR HAS IT… je me fais aspirer et me retrouve dans l’œil du cyclone. Je dois énormément d’émotions à Rob Reiner (STAND BY ME, MISERY et WHEN HARRY MET SALLY évidemment bien sûr) mais je reste le client affable que j’ai toujours voulu être. Même Kubrick. Même Kubrick. Soulignez. Et notez bien que Rob Reiner fait une entréeTHE GRADUATEremarquée parmi les cinéastes du C.L.C. Nous le sentions venir avec son cabriolet ostentatoire. Je réside dans toutes les remarques et tous les détails cinématographiques. Rien ne peut m’échapper. Je suis une maladie intempestive et je contamine tous ceux qui font du cinéma, à défaut de faire de l’art.

Et j’en rajoute 3 grammes 50 pour la bonne bouche. Savez-vous comment l’on peut s’apercevoir que Jennifer Aniston fait sa mauvaise actrice (THE GOOD GIRL n’étant qu’une parenthèse qui répond à la démarche scientifique tendant à prouver qu’il n’y a pas de mauvais comédiens mais uniquement de mauvais directeurs d’acteurs) ? D’une part, elle fait son show (chose qu’elle a largement eu le temps de bonifier au fur et à mesure de la série boulevardière « Friends ») en jouant tout avec un temps de retard, et, d’autre part, elle ne bouge jamais sa lèvre supérieure. Ce qui explique aussi la rupture avec Brad Pitt.

            Je rechigne à la tâche. Pourquoi ai-je FRANKIE entre les mains ? Faut-il comprendre : «  au lieu de l’avoir entre les jambes » ? Non, il faut comprendre que ce film paraît terne et creux comme ce que je pouvais attendre du plus que mauvais BACKSTAGE. Il faut parfois s’établir en athlète et s’affranchir du sélectif. C’est une guerre civile qui se joue en mon for intérieur. La rage. Jusqu’à ce que je m’y risque.

Les premières images. Pire que tout. Filmé en DV. Et je ne le savais pas ! Le piège se referme sur moi. Je sens poindre mon courroux. De convulsions volcaniques en outrageantes dérélictions atrabilaires. Si j’étais sculpteur, je modèlerais, je donnerais corps, et ce qui sortirait de moi serait comme une deuxième personne. Pas un nouveau-né. Mais une nouvelle naissance.

Voilà bien ce que le cinéma fait de plus laid à l’heure actuelle : de l’image vidéo.

Et certains osent en faire des films ! Colère rentrée parce que Diane Kruger est magnifique. Aryika ! La solitude des mots face à ce qu’ils ne peuvent exprimer. Juste le cœur qui bat plus vite. Merde, je vais manquer de subjectivité ! Tant mieux, je pourrais tout vous confier. Et, tout à coup, la bascule dans le grand vide. Cendrillon passe de l’autre côté du miroir. Quoi, c’est Alice ? Ne soyez pas si comme ça, bordel ! Un peu d’iconoclasme ! Diane Kruger c’est Cendrillon, un point-virgule c’est tout ! Eh bien, vous me croirez parce que je vous le dis, mais c’est sûrement le film qui m’a le plus touché cette semaine (avec ISOLATION, nous allons y revenir, je le laisse pour la bonne grosse bouche de fin). Rien de transcendentalement mirifique dans cet univers. Un son ignoble de chez monsieur et madame Ignoble, pas de cadre, du gros plan vendu comme du gros sel, un rythme décousu de fil blanc cassé et des comédiens qui jouent comme chez Lars Von Trier. Du montage, cependant. Des effets assez plaisants. Comme la pluie d’été. C’est chaud, moite, humide, réconfortant, étrange et grandement paradoxal. Alors quoi ? Il en faut peu, c’est ça ? Hmmm… Il faut parfois simplement qu’un film tombe au bon moment, qu’il fasse écho comme un cri de rage se propage le long d’un canyon asséché et qu’une fine pluie d’été vient convertir en sentiments nobles à la grandeur inimaginable. La détresse de Frankie. Des envolées lyriques. Des cordes sensibles qui vibrent en chœur comme les cœurs des amants font vibrer des cordes sensibles. Ca fait du bien parce que sans raison. On ne sait jamais vraiment pourquoi un film nous touche. Merci Fabienne Berthaud. FRANKIE est d’une beauté que j’aurais rejetée pour tout autre film. DIANE KRUGERMais la période, la call-girl, les cordes vocales fatiguées, la chanson qui file encore et encore, les libellules qui se transforment en échappatoires…

            DEJA VU de Tony Scott. Moi, je l’ai déjà dit à l’occasion de la sortie de DOMINO, j’aime de plus en plus le style de Tony Scott. Pas ses films. Idem, DEJA VU c’est compris dans le titre. Beaucoup d’esbroufe et impossible d’adhérer à cette histoire impossible à adhérer. Tiens, déjà écrit, non ? Le labyrinthe de mon cerveau m’explique que toute cette simplicité fait passer les chercheurs du C.N.R.S. de mon quartier pour des fonctionnaires de La Poste. « Déjà vu » me dis-je, après THE PRESTIGE de Christopher Nolan. Même cause, même effet spécial. Deux films qui se comportent plutôt bien jusqu’à l’énoncé abracadabrantesque et la poursuite des choses change d’angle et casse la magie du rêve éveillé. Explosion démentielle. J’entends un bruit sourd qui indique la persistance du PRESTIGE. D’abord parce qu’avoir Christian Bale dans son film c’est un atout majeur. Rayonnement et fonte des glaces. Et puis la mise en scène s’accorde à la fluidité de l’énergie frénétique. Rythme en cadeau jumelé chez Scott mais qui ne trouve pas son cheval d’arçon dans le montage. Ce qu’a compris Nolan par le biais de Lee Smith. Il pactise avec un soulagement qui ressemble étrangement à une délivrance (producteur visé) de l’épilepsie antiproductive de BATMAN BEGINS. A côté de cela, Tony Scott, pourquoi tu parles dans le vide ? Put your hands up.

            Les grands remous involontaires ne s’arrêtent jamais et, malgré le déjà vu, vos meilleurs amis sont encore capables de vous surprendre. Comment vous sentez-vous ? A votre place, je m’éloignerais de la porte d’entrée. Il y a toujours quelqu’un qui attend derrière. Du sang goutte de la machette qu’il tient à la main. Peut-être qu’il l’a ramassée. Peut-être pas. Ce qui est sûr c’est qu’ISOLATION de Billy O’Brien démontre que l’on peut faire un film fauché sans qu’il n’en ait l’air de rien à faire. Rappel : ILS.

Belle surprise. Un film à regarder la nuit et dans le noir, comme tous les films d’horreur, je vous le rappelle pour ceux qui n’étaient pas là à la dernière session et qui ont à cœur d’éduquer leurs yeux. ISOLATION c’est de la peur sans les effets, du genre chat mongolien qui bondit devant vous toutes les cinq minutes, ou le cousin d’Amérique qui débarque à l’improviste et pose sa main sur l’épaule du personnage principal pour lui faire un peu peur mais pas trop par ce que c’est surtout le spectateur qu’on veut prendre pour un con. Non, ici que du vrai. Des situations qui prennent le temps se s’installer. On vit sa vie d’irlandais avec un air triste de savoir qu’on ne sortira jamais de l’enfer de ce pays, mais on prend surtout le temps de vivre ces silences qui font la véracité de cette histoire de génétique. Billy O’Brien soigne l’ambiance car il a compris que c’est elle qui va conditionner l’effet futur. Je suis en Irlande. Un peu, mais pas vraiment. Signe que ça marche. Vous l’entendez le crachin qui pourrait vous faire croire à une pluie d’été si tout n’était pas si gris ? Si tout n’était pas si gris, je me croirais chez Jean-Pierre Jeunet et je ne marcherais plus. De la justesse, ce n’est pas beaucoup demander pourtant. ISOLATION s’en contente, fait le minimum syndical et est grassement payé puisqu’il se hisse parmi les meilleurs films de cette année, ce qui est un comble pour un film pas si extraordinaire. Mais j’aime le travail honnête et ISOLATION vous surprend à l’angoisse et à la résolution pressante. Un grand conventionnel à la fin l’isole de l’iconoclasme, mais un montage sec et avec de magnifiques changements de cap nous ont fait saliver comme au dernier degré d’un combat de pride. Un peu de sensationnel et beaucoup de gore dévissent nos têtes et font de nous des combattants inaccessibles. Je bois la beauté. Je meurs de plaisir. Je fuis quand je suis sûr de perdre.

A l’apogée de ce qui nous comble au lieu de nous divertir.

            On remet le couvert dans les salles ? Mercredi prochain sort THE FOUNTAIN de Darren Aronofsky, le film que j’aurais attendu toute cette année. J’en ai déjà la culotte qui palpite ! A suivre…

            Terminons par une note exclusive qui ne s’adresse qu’aux enfants qui lisent ce blog, et je sais qu’ils sont nombreux. Chers enfants, vous qui passez vos heures ici et qui êtes la bonne conscience de cet espace, il est temps que vous sachiez la vérité : le Père Noël n’existe pas ! Ce n’est qu’un énorme mensonge que les personnes qui vous servent de parents ont décidé de vous faire pour vous déchirer le cœur quelques années plus tard. Ces gens-là sont sans vertu. Bientôt ils vont vous faire croire à l’existence de Dieu, à la politesse, aux bienfaits du travail, à la fraternité et aux sachets à ouverture facile. Mensonges ! Ce Père Noël n’est qu’une légende construite comme un complot d’envergure mondiale, et tout cela dans le seul but de vous faire croire à la générosité de vos parents une fois qu’ils vous annonceront la vérité. Ne gâchez pas votre enfance. Buvez, faites du sexe et dites des horreurs !