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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 16:00

SA MAJESTE MINOR            Vous le savez, puisque vous êtes en train de déguster ces nouvelles lignes, « La lumière vient du fond » c’est l’assurance toujours renouvelée d’un décryptage indépendant des productions cinématographiques aussi diverses soient-elles. L’abonnement est gratuit et illimité. Mouais… Faut avoir de bons yeux quand même ! Dès le début, j’ai conçu chaque « lumière » comme un fragment intemporel s’opposant aux vulgaires critiques cinématographiques qui n’ont pour durée de vie que celle des films qu’elles exploitent. Ici, vous pouvez lire au hasard et n’avez pas besoin d’être assujettis à l’actualité. En plus de faire le jour sur les différents savoir-faire (ce qui nous différencie de la critique officielle, puisqu’elle ne parle jamais de mise en scène), nous avons à cœur de révéler les éléments peroxydés qui émaillent toutes les étapes de conception d’un film. Aujourd’hui, nous innovons une fois de plus. A partir de maintenant « La lumière vient du fond » vous rapporte de l’argent. Une visite en nos aimables contrées peut vous éviter de perdre 14 millions d’euros, comme cela vient d’arriver récemment à Studio Canal. Manifestement, ses dirigeants ne viennent pas fureter par ici, sans quoi nous aurions été honorés de pouvoir leur apprendre leur métier. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir rabâché que Jean-Jacques Annaud est l’un des chefs de file du Consortium des Laxatifs du Cinéma. Nous, nous le savons bien qu’il s’agit d’un réalisateur extrêmement surfait. Braquage médiatique en vue pour chacun de ses nouveaux opus. Cela remonte aux films événements qui ont focalisé (pour de mauvaises raisons) toute l’attention sur lui. Lorsqu’il sortit de cette recette miracle, sa véritable nature prit enfin le dessus avec les immondes SEVEN YEARS IN TIBET, ENEMY AT THE GATES et surtout DEUX FRERES. Ce qui fut avéré avec COUP DE TETE, ne s’est jamais concrétisé. Il n’est pas sûr que ce qui est avéré soit le dénominateur commun aux germes du futur. Toute logique peut acquérir un détournement de sa viabilité avec le temps.

Cette fois-ci, notre Ridley Scott français a eu une idée (ce qui change de ses films habituels). L’embêtant c’est qu’elle s’ennuie un peu toute seule. SA MAJESTE MINOR est déprimant de vacuités polyvalentes. Il trouve son point d’ancrage dans un scénario qui mise sur des temps pré-Homériques propices aux bouffonneries et autres pérégrinations aux accents fortement sexuels. Une truculence de propos malhabile puisque jamais drôle. Elle ne trouve sa genèse que dans un concept marketing primaire et racoleur. Cet aspect est entièrement dévoilé dans la bande-annonce et ne dévoile rien de plus tout au long du film. Et là où nous lui en voulons encore plus c’est qu’il ne sert pas l’histoire. C’était donc ça ! Le dernier film de Jean-Jacques Annaud n’est rien d’autre qu’une œuvre amplement bourgeoise, pour un public qui cherche à se sentir moins coincé en riant à toute connotation verbalement fleurie.

Pour le reste, SA MAJESTE MINOR s’avère fainéant et scurrile. Pour garder l’attention de son public, le film adopte dès le début un rythme assez plaisant et ce jusqu’à la fin du jugement de Minor. Ensuite, un phénomène d’effervescence dilue à la fois les véritables enjeux et le tempo de chaque scène. Le scénario se perd en langueurs neurasthéniques et en relances narratives inexistantes. Le tout est enrobé dans un ensemble très laid. Mauvais raccords, costumes d’amateurs, coiffures approximatives, lumières hideuses et une absence de cadrages qui annihile tout lyrisme susceptible de se dégager. Les rares moments de poésie que Jean-Jacques Annaud semble se faire une douleur de procréer (les fleurs qui éclosent, la pellicule qui se pare de couleurs) n’existent que de manière illustrative, comme une composante essentielle à respecter dans le cahier des charges qu’il s’est imposé.

Quelques César à distribuer aux comédiens. Passent en premier Claude Brasseur, Rufus et Mélanie Bernier, horriblement théâtraux (c’est très nettement le parti pris de la direction d’acteurs : expressions outrancières, cabotinage suppléant la verdeur du texte, acteurs qui jouent les mots etc. Beurk ! Moi qui croyais que l’on avait arrêté de jouer comme cela depuis l’après-guerre !). Bizarrement, j’ai trouvé que c’est Vincent Cassel qui s’en sortait le mieux, c’est vous dire ! Cela peut néanmoins s’expliquer par le fait que son personnage est sûrement le moins ingrat.

SA MAJESTE MINOR a coûté 30,4 millions d’euros, dont 14 injectés par Studio Canal. « La lumière vient du fond » est plus que jamais d’utilité publique.

            Des nouvelles de la critique qui ne fait pas son travail.

            On n’avait pas interdit les pléonasmes ? Selon notre théorie de la pédanterie fictive, beaucoup trop de films sont démolis par des critiques qui jugent selon un dossier de presse, les avis échangés avec leurs collègues de travail et les préjugés qu’ils ont sur les différentes personnes ayant pris part à l’œuvre. C’est ce qui semble être le cas de MR. BROOKS de Bruce A. Evans. Sorti chez nous le 29 août 2007, le film a été victime d’un véritable lynchage en règle. Evidemment, pour un critique officiel (je ne dirai pas professionnel puisque j’en connais sur la Toile qui mériteraient bien plus cette appellation), aller voir un film au scénario entartré et propice aux poncifs du genre, vendu sur deux anciens will be en jachère cinématographique (Kevin Costner et Demi Moore) et réalisé par un quasi-inconnu (même s’il a déjà réalisé un film en 1992, je doute qu’une majorité de ces critiques l’aient vu. Ce constant manque de culture n’étant pas tellement grave puisqu’il peut être comblé), relève plus de la sinécure que de la satisfaction du devoir accompli. Or, MR. BROOKS mérite mieux qu’un article rédigé de bon matin entre deux croissants et un bol de Rice Krispies.

MR. BROOKSUn des grands atouts du film est la division de Mr. Brooks en deux personnages. Encore une fois, les critiques ont repris cette information d’une version contemporaine de « Docteur Jekyll et Mister Hyde ». Ce n’est pas tout à fait exact. Dans l’histoire originelle, un personnage se substitue à l’autre. Le jour pour le premier, la nuit pour le second. Dans MR. BROOKS, la double personnalité est active de jour comme de nuit. S’il est vrai que Kevin Costner ne tue qu’en mode nocturne (mais qu’en est-il exactement de tous les meurtres qu’il a commis avant que le film ne débute ?), il est tout de même très conscient de William Hurt à certains moments de la journée. La plus belle idée de mise en scène exploite la relation entre ces deux acteurs. Bruce A. Evans les fait communiquer en présence des autres personnages. Bien entendu, ceux-là n’entendent rien puisque William Hurt n’existe pas. Il n’empêche que Kevin Costner converse avec lui comme si sa présence était normale et venait compléter les échanges des personnes en jeu. Pour ne pas trop brouiller la différence entre ce personnage imaginaire et la réalité, Bruce A. Evans limite au maximum la présence de William Hurt dans le même champ et le réduit souvent à des espace délimités (dans le rétroviseur, derrière quelqu’un ou un objet, découpage qui l’exclut etc.) En fait, la question de savoir qui est exactement William Hurt par rapport à Kevin Costner n’a pas vraiment d’importance. Evidemment, le lien l’établit comme une sorte de petit diable, de déploiement de sa maladie mentale, sa part d’ombre ou plus prosaïquement le côté obscur de la Force comme on dit quand on n’a rien à dire. L’important c’est la manière dont Kevin Costner cherche à le dissocier de sa vision des choses. Parce que MR. BROOKS débute au moment où ce mass murderer n’aspire plus qu’à la tranquillité de la vie qu’il s’est forgée. C’est là un bien joli thème qu’explore le scénario du film. Un homme qui éprouve du plaisir à tuer, qui est parvenu jusqu’à une addiction qu’il a maîtrisée pendant deux années et le voici qui replonge. Les deux heures du film vont s’ingénier à suivre cette nouvelle série de meurtres sonnant le terme de son activité cachée. Mais comme il n’aura tenu que deux années, rien ne nous dit que sa volonté soit suffisamment tenace. Ce qui est paradoxal, donc comique, c’est la méticulosité avec laquelle il conçoit ses divers plans en vue de raccrocher définitivement. D’ailleurs, vers la fin, William Hurt ne croit pas du tout à sa retraite. C’est là où l’opposition de ce double personnage prend tout son sens. Car la vérité apposée à moment donnée par Kevin Costner ne sera pas forcément celle qui prendra acte dans la réalité de son entourage. Lui s’invente une vérité, tout comme William Hurt en a une autre. Mais rien n’est totalement tangible. C’est ce que nous dit le film. C’est particulièrement clair à travers sa fille, jouée par Danielle Panabaker. Ce qui était formulé comme vrai l’instant d’avant ne l’est plus l’instant d’après selon une autre formulation. Mais peut-être qu’il s’agit encore d’une autre dimension de logique et de vérité. Car rien ne dit que Danielle Panabaker est coupable du premier meurtre à la hachette. Ce n’est qu’une déduction de l’esprit malade de Kevin Costner. Les flics n’ont aucune preuve. Certes, l’histoire de la BMW déroute considérablement. A-t-elle menti à son père ? Si le réalisateur nous montre une part de vérité inamovible, alors il n’y a aucune raison qu’il ne nous fasse pas part de sa culpabilité ou de son innocence. Le flou qui persiste provient du fait que toute déclaration est perçue par le prisme du fonctionnement cérébral de Kevin Costner. Un esprit qui s’enfonce un peu plus dans la névrose, puisqu’il parvient à élaborer une théorie fumeuse selon laquelle les gènes meurtriers seraient transmissibles. Il n’y a qu’à partir de ce moment que l’on peut nettement se situer par rapport à sa logique.

L’entrée dans cet esprit malade (et pourtant très ordonné) est encore mise en relief par les différences avec lesquelles Kevin Costner (très méticuleux) et Matt Schulze (très rentre-dedans, manifestement peu calculateur) opèrent. Le soin avec lequel il programme chacun de ses meurtres ajoute énormément à son altération psychique. Et puis, il ne faut pas oublier Demi Moore qui campe un agent de police qui semble ne servir à rien en apparence, puisqu’elle ne capture pas Kevin Costner, et dont les histoires d’arrière-plan paraissent bien secondaires. Là encore, le personnage vient contrebalancer celui du tueur. Il s’avère que leurs vies sont calquées sur un négatif troublant. L’un a réussi sa vie professionnelle, sentimentale et familiale mais est en lutte avec des pulsions qu’il ne peut réprimer, l’autre cherche toujours une reconnaissance dans son travail (par des méthodes un peu déviantes, alors que Kevin Costner est on ne peut plus dans le consensuel puisqu’il vient d’être élu « homme de l’année »), peine dans sa vie privée mais connaît les limites à ses pensées les plus négatives car elle leur trouve toujours un substitut (c’est le cas lorsqu’elle dit à son mari qu’elle aimerait le voir écrasé par un 38 tonnes, ce qui fait toujours autant de bien mais diffère quelque peu d’un meurtre, vous en conviendrez).

Il a raison et tous les autres sont des ignares crépusculaires, si je comprends bien… Pas tout à fait. Il n’y a pas de fumée sans feu au cul, comme dirait la jeune mariée. En fait, pour comprendre où le bât blesse, le premier film de Bruce A. Evans va nous être d’une grande utilité. KUFFS n’est rien d’autre qu’un petit ersatz de film policier, où il n’y a rien à sauver, même pas la prestation de Christian Slater. Mais le film cherchait à se démarquer par ce comédien s’adressant constamment au spectateur, face caméra. Procédé intéressant s’il n’avait pas été laissé pour compte au milieu de cette tragédie impériale. Il faut dire que Bruce A. Evans bâcle très souvent les scènes qu’il ne considère pas comme les véritables enjeux du film. C’est souvent le cas pour les scènes d’exposition. Dans MR. BROOKS c’est filmé d’une manière assez plate, avec des champs/contrechamps assez balourds et un manque d’idées flagrant. Etrangement, cela n’apparaît plus lorsque qu’il se prend d’affection pour les scènes où une idée lui est venue. Un peu plus de charisme transcende l’affaire. Et même au niveau des compositions visuelles. MR. BROOKS alterne des séquences sans relief à l’intérieur des cadres, avec des jeux de lumière vraiment chouettes (dans l’avion, lorsque Kevin Costner s’éclaire avec sa torche…) et des cadres qui ont revêtu le costard.

MR. BROOKS c’est comme un terrain vague plein de mauvaises herbes qu’il suffit d’arracher pour découvrir un film plus travaillé qu’il n’y paraît. C’est ainsi que nous apparaît au détour d’un passage scénaristique qui pouvait sembler quelconque sur le papier, la plus belle scène du film lorsque Demi Moore se fait tirer dessus dans le couloir. Regardez où le cadre décide de s’attarder lorsqu’elle se met à l’abri. La virtuosité s’allie à un ralenti qui n’a qu’un seul but : transcender le rythme lorsque la bande défilera à nouveau au rythme normal. Qui plus est, le réalisateur a choisi d’effacer la piste sonore pour ne laisser la place qu’à la musique. Le reste c’est du montage. Et alors là, ça sort les kalaschs. C’est brut, bien massif. Image et musique en complète symbiose. Que du bonheur !

Retrouver Demi Moore et Kevin Costner nous plonge en plein syndrome Kad Merad. Vous savez, le comédien à qui l’on donne un César parce qu’il sait faire autre chose que du comique. Dites-donc, ce n'est pas juste un peu son métier ? Pour la même raison nos deux stars américaines seraient en droit de mériter récompenses et lauriers. Mais si nous regardons MR. BROOKS un peu plus attentivement, nous repèrerons que Kevin Costner ne retrouve pas enfin un rôle à la mesure de son talent. Certes, ce n’est pas un acteur que je déteste mais j’ai toujours trouvé que sa présence imposait plus que son jeu qui manque de variété et de profondeur. Et puis, ce film n’est pas à part dans sa carrière. Il a toujours jonglé entre succès et cataclysmes monstrueux, rôles insipides et personnages plus dessinés. Demi Moore, elle, n’a que très peu dévié du personnage autoritaire, castrateur et peu féminin qu’elle a véhiculé dans des films tels que G.I. JANE, A FEW GOOD MEN, ST ELMO’S FIRE et DISCLOSURE. MORTAL THOUGHTS est peut-être la seule fois où elle m’est apparue plus contrastée. Ici, elle continue sur la même pente sablonneuse. La froideur de son personnage (certainement pas moins bien écrit que celui de Kevin Costner, preuve en est la masse d’informations qui nous parviennent tout au long du film) empêche toute expression de ce qui se joue chez elle. C’est un de ces ingénieux artifices des comédiens qui lui permet de masquer ses difficultés à jouer dans la finesse et la multiplicité. Elle expose tout sur un seul registre et son grand charisme lui permet d’affirmer l’essentiel à la caméra.

Tout cela n’aurait pas été possible sans la baguette du chef d’orchestre Bruce A. Evans. Que nous éviterons d’appeler maestro. Sa véritable intelligence découle de son aptitude à désherber les mauvaises pousses. En cadenassant leur jeu, il leur a permis de ne pas verser dans le grand guignol, dans les travers de comédiens qui ont tendance à trop en faire pour prouver qu’ils savent jouer. Il leur a donc demandé d’en faire le minimum, de jouer avec parcimonie, de penser à s’orienter vers une sobriété maîtrisée. Et c’est ce qu’ils ont réussi à faire, parce que ce sont des indications simples. Se laisser photographier et parler juste. La France en est le premier éleveur. Avec notre grande championne agricole : Virginie Ledoyen ! En plus, nous donnons des récompenses aux personnes qui savent réprimer leur cabotinage. Une race de comédiens qui savent aussi jouer sur un autre registre. A quel moment de la journée ? Quand ils dorment !!! Voilà bien à quoi ce genre de direction d’acteurs aboutit : à des comédiens endormis. Kevin Costner et Demi Moore dorment d’un œil, c’est déjà ça de pris.

            Des nouvelles de la critique qui fait bien son travail.

            C’est dans quel pays, ça ? France. 2007. PARANOID PARK. Gus Van Sant. Evidemment, c’est plus facile à juger quand il s’agit d’une personne récemment couronnée à Cannes et qui rentre dans les cases de la politique des auteurs ! Cinéaste dont nous suivons le parcours sans cautionner toutes ses prises de risques (GERRY), Van Sant nous fascine par son aisance à jongler entre impératifs commerciaux et profondes recherches artistiques. Avec son dernier opus il réussit à nous éblouir avec un film couillu à cent lieues du glamour hollywoodien et de ses parures qui vous excitent l’œil. A la fois extrêmement simple dans son langage cinématographique et structurellement pétillant d’ingéniosité, PARANOID PARK démontre que le cinéma est aussi affaire de sensualité et avant tout d’impressions non littérales.

Gus Van Sant nous conte l’histoire d’un jeune adolescent américain qui a commis un homicide involontaire et qui se trouve désormais désarmé face au silence dans lequel il choisit d’enfouir son acte. Pour bien comprendre que ce film n’est pas un simple jeu du chat et de la souris avec un policier qui cherche à faire le jour sur ce fait divers, ou juste l’histoire d’un adolescent mal dans sa peau qui flirte avec les embrouilles, il faut comprendre les précédentes démarches filmiques du réalisateur et les points de repère qu’il impose ici.

PARANOID PARKGus Van Sant a beaucoup filmé les errements de personnages cotonneux, emportés par le moelleux du brouillard qui les entoure et les déconnecte des références que la société impose. Il poursuit cette aventure aux côtés de Gabe Nevins, ne cherchant jamais à extirper son intimité mais plutôt à écouter son rythme de vie. C’est un cinéaste qui travaille sur la notion d’affleurement de l’inconscient, de prise en charge de la réalité, de lutte métaphysique entre un monde que l’on perçoit et dont on n’arrive pas à se convaincre que l’on en fait partie. Toute son œuvre est basée sur la perception de soi. C’est indubitable et sans ambages dans GOOD WILL HUNTING, perspicace dans LAST DAYS, téméraire dans MY OWN PRIVATE IDAHO et ainsi de suite pour tous ses autres films. C’est très clair par l’emploi qu’il fait des inserts en 8mm où nous voyons des jeunes faire du skate. Il les dissémine à des endroits clés du film, de sorte qu’ils apportent aération narrative et recentrage de la problématique première. N’oublions pas qu’ils closent le film en annonçant peut-être pas la totale résolution des tourments du jeune homme mais, du moins, la stabilité que lui confèrent les rails retrouvés (nous allons y revenir). Ces intervalles ne sont pas innocents et je suis surpris qu’aucune critique n’ait relevé leur dissémination stratégique. Le skate c’est d’abord un sport pour funambules de la vitesse, moins suicidaires que ceux du vide. A nouveau la perception de soi. C’est aussi l’élément d’identification de ces jeunes, un des éléments qu’il faut avoir coché sur sa check-list pour être accepté populairement et intégrer la norme. Avoir une jolie copine aussi. Baiser surtout, car baiser vaut toujours mieux que ne pas baiser, entendra-t-on dire (remarquez qu’au travers d’un film aussi peu bavard, les moindres phrases sont travaillées et si elles semblent dépourvues d’éloquence littéraire et tellement quotidiennes c’est parce qu’avant tout elles cherchent à ressembler à ceux qui les prononcent). Pourtant, cela ne satisfait pas pleinement Gabe Nevins. Bienvenue dans le monde de ceux dont le prénom ne figure pas dans le calendrier. Faire l’amour avec sa copine n’est qu’un processus d’identification à ceux qui se préoccupent de leur sexualité, donc de leur normalité. C’est pour cela que Taylor Momsen se précipite sur le téléphone (la scène est envenimée par un humour jaune de très haut vol !) pour raconter à son amie qu’elle l’a fait avec Gabe Nevins. Qu’elle a fait quoi ? Cette relation n’est pas suivie dans son intimité, dans sa tendresse, dans son infini prolongement de soi-même. Qu’elle a fait quoi ? Surtout parce que Taylor Momsen est une jeune fille qui ne s’intéresse qu’à elle-même et à se faire valoir auprès de ses copines. Mais qu’elle a fait quoi ??? Même si ce n’est pas explicite, nous sentons bien que c’est quelque chose de cet ordre qui taraude l’ami Gabe. Mais qu’elle a fait quoi, nom de Dieu ??? ‘Tain c’est toujours pareil, on ne me dit jamais rien à moi !!! Ainsi s’explique l’attrait qu’il éprouve pour une Lauren McKinney, au physique plus étrange, au visage couvert d’acné, mais au comportement plus sensible à son contact (c’est d’ailleurs avec elle qu’il se confie le plus). D’ailleurs, regardez bien comment la mise en scène nous le montre lors de la rencontre entre Lauren McKinney, son amie Emily Galash et Gabe au restaurant. Elles tombent sur lui en train de lire le journal et lui proposent d’aller au cinéma avec elles. La façon de décadrer légèrement Emily Ganash en dit long sur la manière dont les personnes passent à côté d’autres personnes. Lui donnant un rôle secondaire, Gus Van Sant en fait dans un premier temps un personnage relégué à de la simple figuration. Mais un plan plus serré sur elle vient annuler cet état de fait pour appuyer notre regard mais aussi celui de Gabe sur cette actrice devenue bien plus simiesque à Taylor Momsen que nous ne l’aurions cru précédemment. En fait, détaché des artifices superficiels dont Taylor Momsen se pare, la véritable fille dont Gabe serait amoureux sans le savoir c’est bien Emily Ganash ! C’est ici que réside l’intention dans cet effet de style propre à nous indiquer les véritables émois de Gabe. D’ailleurs, nous avons souvent l’impression de se sentir à l’intérieur non pas de son cerveau mais de son corps tout entier. C’est là le magistral tour de force de Gus Van Sant. Tout son film est orchestré comme un ballet sensoriel et sensuel, une expérience de vibration corporelle intense et délicate. Et du son dans la mise en scène, mes amis !!! Si vous saviez ! C’est à faire faire une crise cardiaque à sa mère-grand ! Moi qui me plains continuellement que 99,37 % des cinéastes délaissent habituellement le son au profit du scénario ou des comédiens, voilà bien de quoi alimenter mes insistances sur la nécessité d’une vigilance tout aussi contractuelle. Quel plaisir d’écouter cette bande son ! Et pas de celles qui font compilation des meilleurs titres que le réalisateur aime à écouter, non, une vraie correspondance avec l’état dans lequel se trouvent les personnages à l’écran, ou alors utilisée en contrepoint (comme la scène où Gabe vient dire à Taylor Momsen qu’il veut rompre avec elle. Gus Van Sant a guillotiné les paroles, laissé la musique en libre accès et vous comprenez tout ce qui se passe ! C’est une scène à la fois bouleversante et extraordinairement comique grâce à l’emploi détourné de cette chanson). Toute une palette des genres extrêmement riche et colorée. Et des sons il y en a encore beaucoup, et du signifiant ! Notamment dans la scène où le policier interroge Gabe à part, dans son lycée. Nous découvrons les niveaux intérieurs par lequel passe l’adolescent face à la justice qui semble le rattraper. Le malaise vertigineux s’installe. Vivre avec le poids de l’horreur. Le rappel de ces images d’un soir qu’il cherche à évacuer et qui ressurgissent sans cesse. Si vous écoutez bien, vous entendrez le cri de l’homme qu’il a poussé sous les roues du train. C’est la fragile cohabitation entre la liquéfaction interne de la culpabilité et l’apparence extérieure qu’il tente de tenir détachée et hors d’implication.

Nous avons parlé du son mais n’oublions pas non plus les cadres de malade mental du dénommé Christopher Doyle qu’il faut enfermer tout de suite. Pas étonnant quand on sait que le beau dans THE QUIET AMERICAN, CHUNG HIM SAM LAM, FA YEUNG NIN WA ou LIBERTY HEIGHTS c’était déjà lui ! Il est totalement en phase avec la poésie du cinéaste. Des mises au premier plan de lieux, d’objets et, accessoirement, de comédiens. Beaucoup de mouvement même dans les plans qui peuvent paraître posés, je pense notamment à la petite horde de convoqués qui avance dans le couloir du lycée. Ca, c’est carrément impressionniste ! Comprenez l’osmose : si le cinéma n’existait pas, Gus Van Sant serait sans aucun doute un peintre impressionniste, de ceux dont la poésie vous émeut par ce qu’elle a de plus indicible.

Le skate-board c’est aussi (et avant tout, je dirais) la notion d’équilibre, d’harmonie entre les différents points d’appui. Gabe Nevins est en demande de réappropriation de ses propres particules élémentaires, une demande qu’il ne sait pas formuler. Pourtant il l’attend, notamment de la part de sa copine Taylor Momsen. No way, celle-ci ne le voit pas. Figurer, s’incarner dans les yeux et les mots de l’autre. C’est pour cela que Gabe ne fait pas partie de ces adolescents à problèmes dont ELEPHANT brossait le portrait. PARANOID PARK en est très éloigné, ses stigmates sont d’un ordre tout autre, quoi qu’en puissent dire toutes les critiques (y’en a qui ne doutent de rien, c’est rafraîchissant !). Evidemment, en parcourant le film en travers nous comprenons aisément qu’ils se soient faits abuser par le lycée, un meurtre, l’adolescence… Il y a une scène d’une importance capitale qui nous révèle toute la dialectique du film. Là encore, attention : mise en scène ! C’est lorsque Lauren McKinney en vélo trouve Gabe étendu sur le béton. Ils repartent ensemble, elle sur son deux-roues et lui se faisant tirer sur sa planche à roulettes. J’aime bien faire des phrases ambiguës, comme ça. Evidemment, ce symbolisme démontre toute l’inutilité du personnage de Taylor Momsen et souligne les atouts de celui de Lauren McKinney, la figure forte. C’est elle qui donne l’impulse. C’est elle qui répond à la demande de Gabe, entendue inconsciemment. Rien d’étonnant à ce que les quelques conseils qu’elle lui donne résonnent en lui comme des éléments salvateurs. C’est le montage qui donne de l’impact là où le réalisateur décide d’attirer notre attention. En effet, il met fin à la scène par un montage très sec qui permet aux mots de ricocher et donc de tisser leurs synergies. Grandiloquent par le style ! Dionysiaque, mes amis ! C’est ici le point de départ de tout le film. Tout le talent de Gus Van Sant réside dans cette aisance à développer cette problématique avant de la poser. Bien que l’on puisse concevoir PARANOID PARK d’un point de vue non chronologique, il se développe surtout en fonction de thèmes et d’approches communes indépendantes du temps. C’est ainsi qu’une fois les questionnements clairement définis (je parle de cette scène à six roues), Gus Van Sant n’a plus qu’à conclure son film sur l’évidence qui s’impose à Gabe : brûler ses écrits. Libéré avant que l’enquête de police ne s’achève. Encore une musique sublime pour ce moment de grande poésie amère. Comme on dit quand on ne sait pas quoi dire : tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ou paraplégique.

3 novembre 2007 6 03 /11 /novembre /2007 00:05

            Pour d’autres ce sont les araignées, l’avion, la foule ou les poignées de porte en laiton, moi c’est le noir. J’ai peur du noir. Attention ! Ne tombons pas dans un racisme primaire qui me ferait dire ce que je n’ai pas dit. D’abord, je dis ce que je veux. Ensuite, un Noir n’est pas forcément un noir, mais un Noir peut être noir. Mais le Noir, celui qui vient d’Africanie, celui qui se cache avec un couteau entre les dents dans l’ombre des coins de rue lorsque la nuit surgit, celui qui connaît des chants ancestraux pour faire tomber la pluie alors que Britney Spears ne connaît même pas le solfège, celui-ci peut être parfois moins Noir qu’un Blanc. Interrogeons-nous sur la différence épidermique que Dieu imposa. Faut-il voir ici la touche personnelle de l’artiste ? The God’s touch ? Les divagations esthétiques d’un créateur prêt à expérimenter bouffonneries et blagues de mauvais goût ? Mais je ne l’invente pas, ça : c’est quand même bien parce qu’il a pris deux fois plus de temps avec les Noirs que Dieu leur à mis qui un coloriage plus prononcé, qui des yeux injectés de sang, qui des canines pointues, qui des griffes acérées. Rien que pour cela me traiter de raciste serait une épouvantable erreur. Si faire une différence aussi discriminatrice entre les races relève de ce concept alors c’est Dieu le premier raciste. J’écris Dieu mais prononcez Allah, Bouddha, Yahvé, Jéhovah, Râ, Vishnu, Nicolas Sarkozy, Feta Salakis ou Capote Percée. D’ailleurs, ce ne sont pas les Noirs que les racistes n’aiment pas, ce sont les étrangers. Pas forcément Noirs mais plutôt Non Français, car je vous rappelle que le grand avantage de notre Mère Patrie est d’être le seul pays au monde à ne pas être un pays étranger. Evidence du nombre d’étrangers qui se réfugient chez nous. C’est bien parce qu’ils sont admiratifs de notre supériorité qu’ils viennent jusque dans nos campagnes égorger nos filles et nos…

*** Veuillez nous pardonner cette interruption momentanée des facultés mentales. Le cours normal de votre programme reprendra incessamment ***

Enfin… Tout ceci nous laisse dans la plus totale circonspection quant à savoir ce que devient Michel Noir…

Ne croyez pas que chaque phobie est exclusive, qu’elle s’octroie des droits d’auteur égotistes sur le corps qu’elle infecte. Non. Il m’arrive aussi d’avoir d’intenses bouffées de chaleur rien qu’à la simple évocation mémorielle de lait en poudre. Je peux aller jusqu’à mordre un critique de Technikart lorsque j’en viens à m’interroger sur sa seule viabilité commerciale. Comment des personnes peuvent-elles ingurgiter ce mélange trouble et fadasse ? Empathie lénifiante que celle du majordome vous annonçant concomitance au sein de la névrose. Vous n’êtes plus seul. Ca me fait une belle jambe, j’ai peur du noir, moi !

La peur du noir c’est celle qui vous prostre toute la nuit, englués que vous êtes dans votre couette qui fait plus office de burqa que de bouclier protecteur. Pourvu que l’on ne vous voie pas. On dit la peur du noir mais cela n’a rien à voir avec une simple peur. Le noir c’est un tout. Ceux qui ont peur des insectes sont face à un ennemi identifiable. Le noir ne l’est pas. Ni palpable ni malléable. Il est partout et nulle part à la fois. Là où il n’existait pas l’instant précédent, il est maintenant apparu et il déploie ses tentacules fibreux. Il peut prendre possession de chaque atome qui vous entoure. Pire : il peut s’arroger le droit de venir flirter avec vous pour mieux vous envelopper dans les limbes de ses profondeurs qui engloutissent toute particule de vie.

Le noir c’est évidemment la symbolique de la mort mais, plus perfide, c’est surtout la dialectique de l’affaiblissement. Comme un poison que l’on vous injecte chaque jour un peu plus. Il parcourt vos terminaisons nerveuses. Il vous ronge de l’intérieur. Il vous fatigue les forces vives. Il se substitue à votre sang. Du noir dans les veines.

Il est à la fois vivant et endormi. Même lorsque la lumière joue à vos côtés, il est là. Il sait attendre le moment propice. Il surgira de toutes façons. Il vous aura à l’usure. La plupart des personnes font comme si elles ne le voyaient pas. Ou peut-être savent-elles se préserver de le voir. Moi, je vis avec. Une relation qui me déchire autant qu’elle donne un sens à ma survie. Vous ne pouvez jamais lutter contre plus fort que vous. Faut pas se croire plus fort que la musique. Quand vous avez compris cela, il ne vous reste plus qu’à détourner le sens du noir. Vous ne pourrez jamais le transformer en lumière éclatante, mais vous pouvez au moins éviter de l’absorber et jouer avec son reflet comme un miroir renvoie une image selon son orientation. La nuit crée les formes et révèle les démons. Dormir c’est mourir. C’est un enfer magique où tout est permis. Savoir pactiser. Le noir s’est fait vide vertigineux, vous a emporté dans un maelström anxiogène. Se battre toutes les nuits. Hurler. Se réveiller complètement déshydraté. Dans le noir. Laisser s’approcher ces yeux blancs qui fondent de trop briller. Il y a des ogres partout. Des fantômes rutilants aux têtes déformées, maltraitées, décharnées. Des formes inadaptées, suintantes, grouillantes, rampantes, menaçantes. Mon inconscient n’est pas conforme aux normes de sécurité, il y manque une sortie de secours. Mes craintes se confirment. Il va nous falloir un plus gros bateau. Prendre sa place dans l’obscur péril et donner vie à ces expressions condamnées à flotter hors de tout matérialisme. L’ombre n’a pas d’ombre. Je lui propose de se travestir sur une toile blanche. A travers un faisceau lumineux. La lumière vient du fond. C’est dans la noirceur des salles de cinéma que j’en ferai mon plus magnifique allié. Réjouissance d’une illumination venue assez tôt.

Aujourd’hui je vais jusqu’à pousser le vice de regarder le noir sur l’écran. Choisir les films d’après leur titre, voilà bien une idée complètement byzantine qui ne pouvait pas manquer de me séduire.


THE DARK   DARKNESS   DARKNESS FALLS

Le premier est signé John Fawcett, cinéaste de brasserie qui avait fauté avec GINGER SNAPS. Rassurez-vous, la télévision et les séries l’ont vite rattrapé, et il semble aujourd’hui relégué uniquement à ce qu’il aspire. THE DARK vaut essentiellement par la présence de Maria Bello, repérée au summum de sa beauté dans THANK YOU FOR SMOKING, mais déjà très belle dans A HISTORY OF VIOLENCE, ASSAULT ON PRECINCT 13, AUTO FOCUS, COYOTE UGLY, PAYBACK et donc THE DARK. Maria Bello, dans le noir, coincée entre deux portes… Il est vrai qu’ici elle ne fait pas forcément dans la sobriété, elle monte un peu sur le dos du chameau avec des éperons, mais cela relève plus de mauvaises indications de jeu de la part du metteur en scène. Celui-ci nous dirait que le genre le nécessite. Voilà bien une intervention inopportune d’un réalisateur tout aussi inopportun et incapable d’adapter sa direction d’acteurs aux exigences de son scénario. C’est parce qu’elles voient le film de genre comme répondant à des critères précis que ces personnes continuent de véhiculer d’ineptes règles fondatrices. En attendant, la mise en scène tresse sa corde. Maria Bello n’a pas besoin de crier tout le temps et de s’agiter comme une ménagère de moins de 50 ans qui aurait perdu sa carte Cofinoga, pour nous convaincre que nous sommes dans un film fantastique. Je conseille à John Fawcett de visionner THE EXORCIST et CANDYMAN où Ellen Burstyn et Virginia Madsen lui donneront réciproquement de probantes leçons de tempérance. Chose qui ne doit pas totalement lui être étrangère car Sean Bean est beaucoup plus en train, donc bien plus convaincant. Il ne cède à aucune pose outrée ni à la persuasion primaire. Au lieu de se focaliser sur les effets de chaque situation, il préfère inscrire son personnage dans une logique pérenne de demi-teinte mesurée. Bien vu. Et un bon point de plus, ce qui vous donne droit à une image !

Comme son nom ne l’indique pas, DARKNESS est un film de Jaume Balaguero, réalisateur du très subversif LOS SIN NOMBRE. Ce qui veut dire qu’il était à supposer que ce film serait censé nous plaire. Trois temps dans la même phrase, ce n’est pas un peu de l’outrecuidance ? Des trois films qui nous intéressent, c’est effectivement le plus pertinent, celui dont la débauche d’énergies aura permis l’avènement d’une ambiance oppressante et paranoïaque. Même si le film perd du terrain dans des scènes d’exposition un poil trop taciturnes, et que le scénario n’est pas totalement convaincant, DARKNESS bénéficie néanmoins d’un réel amour formel et d’un schéma d’adoption du noir encore une fois subversif. La menace se fond dans l’inconnu. Et les M & M’s fondent dans la bouche, pas dans la main. Ses moindres défauts se trouvent en grande partie compensés par une tension issue de cadres joliment expressifs et d’effets stylistiques intelligemment ménagés. Et puis énorme choix de casting : la trop rare Anna Paquin. C’est quand même autre chose que nos Chiara Mastroïanni, Marie-Sophie L, Emma de Caunes, Louis Garrel, Zoé Félix, Nadia Farès, Marina Foïs, Isild Le Besco, Frédéric Diefenthal, Julie-Marie Parmentier, Melvil Poupaud et autres Colargol au charisme digne d’un petit suisse.

Ils ont Kathy Bates nous on a Catherine Jacob.

Ils ont Burt Reynolds nous on a Clovis Cornillac

Ils ont Liv Tyler nous on a Lou Doillon

Ils ont Paul Giamatti nous on a Patrick Timsit

Ils ont Charlize Theron nous on a Ingrid Chauvin

Ils ont Sharon Stone nous on a Mireille Darc

Ils ont George Clooney nous on a Francis Huster

Ils ont Mel Gibson nous on a Christophe Malavoy

Ils ont Cameron Diaz nous on a Clémentine Célarié

Ils ont Woody Allen nous on a Patrick Braoudé

Ils ont Danny de Vito nous on a Jean Benguigui

Ils ont Ving Rhames nous on a Mouss Diouf

Ils ont Christina Ricci nous on a Marilou Berry

Ils ont Eddie Murphy nous on a Pascal Légitimus

Ils ont Uma Thurman nous on a Sophie Mounicot

Ils ont Al Pacino nous on a Richard Berry.

Pour clore notre trilogie, je ne déroge bien évidemment pas au sacro-saint rituel qui veut que les films d’épouvante se regardent la nuit et dans le noir. Je ferme les volets, je tire les ridals (- Les rideaux, non ? - Non, ça c’est quand il y en a plusieurs !), je bloque l’ascenseur, j’éteins mon ordinateur, je range mon téléphone, je débranche grand-mère (ou l’inverse), un Lexomil au gamin, une tape sur le chien, je crie très fort dans mon appartement : « Cinéma, cinéma, tchi-tcha ! » et la séance vidéo débute.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ces trois films ont bien du mal à produire du fantastique et toujours principalement à cause d’un trop important vagabondage à travers les différents éléments que le genre colporte de production en production. Du cinéma de VRP en quelque sorte. Cela a toujours existé, mais disons que cela est certainement plus visible dans le cinéma de genre. Il est toujours question de renouveler le genre ou, à défaut, de s’en démarquer. Bizarrement ce ne sont jamais les plus adroits qui se posent ces fausses problématiques. Exit la question de la crédibilité (vous croyez réellement aux vampires ? Moi, non. Cela ne m’empêche pas de marcher à fond dans DRACULA), le fantastique doit avoir une racine commune avec le surréalisme sans jamais chercher à en épouser la forme. C’est dans sa perception des mondes qu’il doit trouver son salut. D’ailleurs, plus il s’inscrira dans la réalité plus le malaise s’installera dans l’identification du spectateur. Cela n’est évidemment pas une règle, les films moins réalistes s’axeront plus ce qui va suivre. Indissociables seront les superpositions d’éléments hétéroclites qu’ils soient narratifs, psychologiques et formels. Being weird isn’t enough ! C’est l’exercice de ces artéfacts disparates à travers le film qui amène les différentes dimensions dans lesquelles vont évoluer les personnages et où le réalisateur sera plus apte à puiser selon les mélanges qu’il voudra impulser. Au lieu de cela, nous assistons le plus souvent à une surenchère des codes qui mènent systématiquement au grand guignol et au grotesque (ce qui fut le cas récemment avec le BROKEN de Simon Boyes et Adam Mason). DARKNESS FALLS c’est l’excellente démonstration que ces strates n’interagissent jamais entre elles et ne sont nullement exploitées, ce qui est pire.

Le film de Jonathan Liebesman commence par établir les bases de la légende de la Fée des Dents, comme s’il était besoin de tout expliquer par une logique de cause à effet. Nous sommes face à une introduction narrative inutile du point de vue de la mise en scène et du scénario. Tout expliquer dans les moindres détails afin que chaque axiome puisse s’interpréter de manière logique. En même temps, cela corrobore notre grande théorie selon laquelle la violence n’est jamais gratuite. Même au cinéma. Présomptueux réalisateur qui croit pouvoir nous révéler les mystères du noir, ses secrets pigmentés, sa difficulté à aimer et être aimé, ses ignobles rancoeurs, son attrait etc. Clint Eastwood gagnait bien plus à estomper les contours de son personnage dans PALE RIDER. Ici, la voix off semble légitimer tout ce qui va découler des mauvaises intentions de la Fée des Dents et de l’institution directe de ce manichéisme si souvent décrié. Ce sera univoque jusqu’à la fin. Quel dommage pour un film qui joue avec le noir (en fait, son personnage principal) mais ne l’inclut jamais dans son scénario ! Car s’il y a bien quelqu’un qui le connaît, le noir, c’est moi. Jamais son potentiel cinématographique n’a fait l’objet d’un film qui tenait à le disséquer et à dévoiler un peu de son essence. Il y a des caresses dans le noir que seule l’horreur peut glorifier comme des actes empreints d’une violence viscérale. Tout et son contraire. Assommés par la force du tourbillon qui nous entraîne par le fond. Le corps ne résiste pas aux éléments naturels. Il est des souffrances qui ne pourront jamais être montrées que par la poésie horrifique. Malheureusement, DARKNESS FALLS infuse sa semence comme un homme poursuit sa lignée dans un réflexe naturel. Mise en avant des mêmes effets faciles de surprise, de pornographie morbide, de ficelles scénaristiques éculées et de chat guetté par la dépression chronique dont la seule distraction consiste à sauter sur n’importe qui à n’importe quel moment (sur le capot d’une voiture en l’occurrence). Quelques tics de réalisation très tendance. Quelques scènes filmées au vibromasseur comme celle dans la voiture, insupportable quand le caméraman ne fait plus que du mouvement (ça part d’une volonté très nette, si vous êtes attentifs vous verrez que l’idée c’est d’éviter de montrer de manière trop frontale la Fée des Dents) et que le spectateur ne distingue plus rien à l’écran. Un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire dans ce genre de films : au début, lors de la première scène de nuit, la mère inspecte la chambre de son fils où est apparue la Fée des Dents quelques minutes auparavant. Petite tension comme si la Fée des Dents allait surgir. Puis, après avoir regardé partout, la tension s’estompe, la mère s’apaise et se retourne vers son fils pour lui dire que tout va bien. C’est évidemment à ce moment-là que nous nous attendons à voir surgir la Fée des Dents et devinez ce qui arrive… Mise en scène qui n’a rien d’inventive et qui ne fait que transférer ses sources d’inspiration. C’est assez paradoxal si l’on se réfère aux quelques velléités de faire des cadres plutôt élaborés et d’avoir une lumière convenable. De plus, le montage est toujours efficace, bien ficelé avec des petits effets rapides bienvenus. La Fée des Dents est assez flippante, renforcée par une volonté accrue de retarder au maximum le moment où elle sera dévoilée à la caméra. Dans le même ordre d’idée, ses apparitions sont toujours étonnantes de transposition spatiale. Comme très souvent les effets spéciaux sont particulièrement laids, notamment à la fin où la lumière passe à travers le corps de la Fée des Dents lorsqu’elle explose. Nous voyons très nettement qu’ils ont été faits à l’ordinateur par un petit chinois exploité pour 10 cents de l’heure dans un bordel informatique de Hanoï.

Quoi qu’il soit, le gros du désastre réside dans l’ostracisme pur et dur des jeux d’interopérabilité entre le noir et les lumières. Les jeux d’ombres sont vraiment primaires et ne rendent jamais compte de la véritable densité des contrastes. La lumière reste juste un élément de scénario. Nous aurions aimé que le chef opérateur varient plus les jeux sur les formes et rende compte de l’obscurité de la même manière qu’il a photographié chaque personnage. Les mêmes interrogations contournées, elles semblent se graver toujours plus profond dans le marbre. Comment rendre compte de l’impétuosité du noir poisseux et de la déflagration qu’il impacte dans nos corps, au plus profond de nos peurs ? Le noir nous isole. C’est une blessure lancinante qui attaque les chairs dans une démence incontrôlée, complètement tyrannique. Pleurer ou se faire saigner c’est l’idée d’expulser le noir en soi. Mais il y aura toujours plus anxiogène. Le pire quand on a peur du noir, ce serait de devenir aveugle.

 

« Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l'ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s'habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin, et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant et sans savoir où ils allaient. »

15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 01:02

            J’aime bien faire chier les caissières du Pathé Wépler. Il faut bien qu’il y en ait qui paient plus que les autres. C’est comme cela que le monde tourne. Et puis, d’habitude, c’est toujours moi qui paie plus que ça ne vaut : 8,60 euros la place de cinéma, ça vaut quand même la peau de la tête !

Un scientifique a calculé un beau jour, ou peut-être une nuit, que chacun d’entre nous doit en naissant 70 000 heures de travail à la collectivité. Trop imprécise est cette notion de travail car si nous voulons la coupler avec un certain critère qualitatif, nous nous apercevons très vite que ce total ne fait rien à l’affaire. La connerie et sa logique. Le travail ne fait pas la compétence et 70 000 heures passées au Pathé Wépler peuvent n’aboutir à rien. Que nous importe le chiffre puisque nous recherchons l’ivresse. Rien ne garantit à un réalisateur que les nombreuses années qu’il passera sur son film en feront un chef-d’œuvre. Un tableau ne s’apprécie pas en fonction du nombre d’heures que le pinceau a passé à caresser la toile. Pierre Martinet a beau passer sa vie dans sa cuisine, la qualité de ses plats cuisinés ne fera jamais oublier le peu d’heures que son agence de publicité a passé à chercher cet affriolant surnom de « traiteur intraitable ». Et lorsque l’écart se creuse entre le travail et la qualité, lorsque ces deux concepts s’opposent en antipodes philosophiques, lorsque la bouche béante s’apprête à engouffrer ceux qui n’ont pas le courage de demander pourquoi il y a 9 guichets mais seulement 3 d’ouverts, lorsque le cri d’effroi de l’ascète sombre dans le gigantesque maelström de médiocrité normative de La Cinq, à ce moment il est un lieu encore pire que le Pathé Wépler, un lieu où 70 000 heures de travail ne sauraient égaler une seule ligne d’un seul livre de Fédor Dostoïevski, j’ai nommé : La Poste. Le seul refuge pour sans-amis, ceux-là qui se font rembarrer même par les free hugs. Mais, au-delà de toute cabale, ne tombons pas dans cet anti-Poste primaire qui nous réjouit tant, même s’il est vrai que certains qui y bossent peuvent découper de la tôle avec leur haleine ! C’est sûr, si vous préférez les gens qui réfléchissent avant de parler, chaque escapade dans un bureau de La Poste doit vous sembler proche de la désolation qui parcourait la morne plaine de Waterloo, ce soir du 18 juin 1815, lorsque Napoléon Bonaparte fit la première partie du groupe Abba.

Pour toutes ces raisons, je préfère de loin les légumineuses du Pathé Wépler.

BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU'RE DEADEt quand j’emploie ce terme, je pense plus précisément à cette plante potagère que l’on nomme oignon. Légume absolument merveilleux que Dame Nature nous a donné. Le seul à être équipé d’un mécanisme de défense ! Il nous fait pleurer quand on s’attaque à lui. Comme mécanisme de défense, il est vrai que cela intervient un peu tard dans la vie de l’oignon. Tout comme elle (ou plutôt comme lui devrai-je dire, puisque selon les rouages mystérieux de la langue française il s’agit d’une plante mais nous préférons dire un oignon), les caissières du Pathé Wépler possèdent des feuilles de couleur verte étrangement creuses, ce qui les différencie du poireau, autre plante que nous rencontrons au Pathé Wépler, qui vous déchire violemment votre ticket et vous indique la bonne salle. Creuses, j’en veux pour preuve la petite entrée en matière que j’avais préparée lorsque je me suis présenté au guichet dans l’espoir de recevoir ma place pour BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD de Sidney Lumet. Entièrement préméditée, je l’avoue. Parce qu’en général, je commence par dire bonjour (pour leur rappeler que la politesse n’a pas à céder à l’immunisation des rapports humains) et je demande une place en donnant le titre du film choisi. Mais cette fois-ci, j’avais prévu de compliquer quelque peu l’opération. Tout fourbe que je suis, je me suis présenté en demandant une place pour le dernier Sidney Lumet. D’entrée, mon plan fonctionne à merveille. La jeune fille marque un léger temps d’incompréhension pendant lequel elle espère que l’influx nerveux parviendra à chacune de ses synapses. Finalement, elle me demande de répéter. Je m’exécute. Sans arme à feu, ce qui, en soi, est vachement balèze. La caissière fait toujours mine d’avoir bien saisi ce que je lui demande, et hasarde son doigt vers l’écran tactile où sont répertoriés les différents films proposés. A son regard mutique, je sens l’effort désespéré que fournissent ses neurotransmetteurs pour essayer de décrypter l’information. Elle ne dit rien mais je vous assure que ses stridulations intérieures m’assourdissent. Puis, elle repose son doigt comme si elle avait besoin de regrouper toutes ses forces physiques vers un seul et même but, et me fait comprendre qu’il va falloir sérieusement l’aider sur ce coup-là car elle commence vraiment à croire qu’elle est bouchée à l’émeri. Moi, toujours allègre, je me penche vers elle et prononce distinctement le nom du réalisateur, de manière outrageusement protocolaire. Bien sûr, je rajoute avec une extrême déférence que je me trouve absolument confus d’avoir oublié le titre du film ! Le déclic s’opère finalement et la pauvre liliacée se répand en excuses, ce à quoi, bien évidemment, je lui rétorque de ne pas s’excuser de son ignorance. Réminiscence brutale de mes 3-jours-qui-n’en-ont-duré-qu’un à Limoges : 

- Votre métier ?

- Comédien.

Le temps s’arrête.

- J’ai pas de case qui correspond. Je mets ça où ? [J’avais bien une idée à ce moment-là…]

- Je ne sais pas, moi, je suis comédien. 

Parfois, c’est moi qui marque le temps d’arrêt. Récemment, je suis allé acheter le DVD de PUMP UP THE VOLUME au Virgin Mégastore : 

- C’est Christian Slater, sur la jaquette ? Ouah ! Qu’est-ce qu’il était jeune ! C’est quoi ce film ? 

??? Comment ça : « C’est quoi ce film ? » C’est le plus grand film de tous les temps espèce d’ignare !!! La Poste et ses émules ! Des pans de culture régulièrement balancés avec les ordures ménagères.

Que tout cela est bien triste ! Nouvelle démonstration du désintérêt avec lequel le public traite les réalisateurs.

Mes craintes se confirment. Il va falloir redoubler d’efforts : 

MAYDRICK : Bonjour, je voudrais une place pour TITANIC, s’il vous plaît.

LA CAISSIERE : C’est plus à l’affiche. Ca fait un moment.

MAYDRICK : Mais vous êtes un cinéma oui ou non ?

LA CAISSIERE : Oui.

MAYDRICK : Alors donnez-moi une place pour TITANIC !

LA CAISSIERE : Mais on ne l’a pas !!!

MAYDRICK : Vous avez quoi, alors ?

LA CAISSIERE : On a le dernier Sidney Lumet, si vous voulez.

MAYDRICK : D’où les caissières du Pathé Wépler se mettent-elles à citer les réalisateurs maintenant ?

LA CAISSIERE : C’est parce que nous sommes dans un dialogue pas réaliste. C’est vous-même qui êtes en train de l’écrire et vous vous mettez vous-même en scène.

MAYDRICK : Génial ! Je peux écrire ce que je veux alors ? Et y’aurait moyen d’avoir une petite gâterie avant la séance ?

LA CAISSIERE : Tenez ! Voilà un sachet de Maltesers. Avec votre place ça vous fera 11,20 euros.

Maydrick rentre dans la salle.

MAYDRICK : Je commence à en avoir ras le Mi-Cho-Ko. Ils n’ont jamais TITANIC quand je viens ! En plus BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD je l’ai déjà vu. Pas glop la fin avec le père qui tue son fils…

Excédée par ce qu’elle entend, une vieille dame se retourne.

LA VIEILLE DAME : Chut !!! S’il vous plaît !!!

Le temps s’arrête.

MAYDRICK : Oh, putain !

Maydrick se lève brusquement et s’en va.

Quelques secondes plus tard, il revient accompagné d’un poireau.

MAYDRICK : (en désignant la petite vieille) C’est elle, là. Elle n'arrête pas de parler et de raconter tout le film.

LE POIREAU : C’est vrai, madame, que vous avez dérangé Maydrick ?

LA VIEILLE DAME : Oui, mais c’était pour…

MAYDRICK : Voyez ! Elle recommence !!!

LE POIREAU : Je vais vous demander de bien vouloir quitter la salle, madame. 

La séance pouvait débuter.

Ah ! Il va enfin nous parler du dernier Sidney Lumet, c’est pas trop tôt !!! Mais avant cela j’aimerais attirer toute votre attention sur deux manifestations qui auront lieu prochainement.

Le Sky Prods Festivals s’adresse aux amateurs comme aux professionnels. Pour sa première édition, aucun thème n’est imposé. Tout participant peut présenter jusqu’à 2 courts mais chacun d’une durée inférieure à 10 minutes (hors génériques). Les inscriptions (3 euros l’un ou 5 euros les deux) sont encore possibles jusqu'au 5 novembre 2007, et la projection des courts métrages finalistes ainsi que la cérémonie de clôture auront lieu le samedi 24 novembre 2007 au Palais de la Culture de Puteaux. Et pour ceux qui ne souhaitent pas concourir pour rien, notez que le premier prix sera un caméscope Panasonic mini-DV 3CCD d’une valeur de 500 euros (selon les organisateurs), mais vu bien moins cher sur Rue du Commerce (selon la police). Idéal pour réaliser des longs métrages de mauvaise qualité. Toutes les informations sont sur le site : http://www.skyprods.fr.

Et puis le samedi 27 octobre 2007, le premier numéro des ApéroProjections se tiendra au 140 rue de Picpus à Paris. C’est un événement qui se propose d’avoir lieu tous les derniers samedis du mois. Ca tombien, moi je suis pris tous les premiers samedis du mois ! Lancement à partir de 18 heures avec entrée gratuite !!! Sont déjà programmés :

OPEL TIGRA : publicité Internet décalée

DROLES D’ANIMAUX : court métrage de Séverine Vincent et Julie Marboeuf

LE JOCKEY : court métrage de Jérôme Fansten

BREAK-UP : moyen métrage de Guillaume Cremonese et Stéphanie Sphyras

IMPROBIBEULE : long métrage de Christian Boisliveau.

Sidney Lumet, j’y arrive.

MARISA TOMEIJe ne comprends pas très bien l’engouement soudain pour ce cinéaste que beaucoup de critiques officiels instaurent grâce à BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD, et surtout à cause de son âge avancé (et là nous voyons bien que ces personnes prennent en compte des critères complètement surréalistes !). Parce que le talent de Sidney Lumet a quand même été mis en lumière un bon nombre de fois me semble-t-il. Nous pouvons citer THE HILL comme son chef-d’œuvre le plus abouti, et dans une moindre mesure les formidables 12 ANGRY MEN et THE FUGITIVE KIND. Sur ces films-là, oui, il y avait de quoi s’extasier. Alors quoi ? Ceux qui avaient raté le bus de 18 heures 32 à l’époque attendaient son dernier bon film pour le glorifier ? DEATHTRAP m’avait laissé une énorme impression, mais il y a de cela presque 20 ans et il faudrait que je le revoie. Par contre, je suis plus mitigé sur NETWORK, SERPICO, DOG DAY AFTERNOON et EQUUS, de bons films qui auraient mérité mieux. Certes, je n’ai pas tout vu dans sa longue filmographie, mais de là à le déifier tel un Kubrick ou un Fellini (que j’aime peu), faut avoir sérieusement oublié qu’il a quand même fait du foie de veau ! GLORIA est vraiment navrant. THE VERDICT fonctionne plutôt mal. GUILTY AS SIN constamment laborieux, malgré notre fascination pour Rebecca De Mornay (sublime dans RISKY BUSINESS voire géniale dans THE HAND THAT ROCKS THE CRADLE). FAMILY BUSINESS est aussi très pénible. A STRANGER AMONG US et MURDER ON THE ORIENT EXPRESS sont sans intérêt. Bref, voilà une trentaine d’années qu’il n’avait pas retrouvé un si bon niveau. Or, si BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD est un bon film, il ne révèle jamais une hypothétique leçon de cinéma du maître Lumet. Premièrement parce que le scénario fait le film. Et les voyages forment la jeunesse. T’en as d’autres des clichés du même genre ? Je veux dire par là qu’une grande partie de la mise en scène s’y trouve. Jusqu’ici, pourquoi pas ? Après tout, j’ai toujours pensé que la mise en scène commençait dès l’écriture du scénario. Mais c’est en général le cas lorsque le réalisateur est aussi le scénariste. Ici, c’est Kelly Masterson qui a le stylo entre les mains et qui fait la mise en scène à la place de Sidney Lumet. Prenons le cas du principe narratif non chronologique. Voici une belle idée artistique, qui va de plus en plus être discréditée parce qu’elle commence à être trop employée. Mais cela n’en restera pas moins un procédé jouissif. Dans BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD son emploi n’est pas toujours fort à propos. D’un point de vue de l’histoire pure, nous n’y gagnons rien. Cela ne raconte que ce qu’elle aurait raconté dans sa forme plus académique. Mais du point de vue des personnages l’apport est considérable. En termes de présentation, d’enjeux, de progressions psychologiques et d’interactions. Là où l’accord du réalisateur avec sa scénariste me semble peu convaincant c’est dans sa transcription littérale ultra-scolaire. L’articulation temporelle reste très évidente. Elle peut l’être, ce n’est pas ce que nous lui reprochons, mais elle peut aussi s’affranchir d’un respect trop fidèle au scénario et devenir un élément constituant des personnages, puisque justement le récit éclaté ne s’attache qu’à eux dans ce film. Prenons un exemple concret. WHERE THE TRUTH LIES parvenait formidablement à effacer toute notion de temps de manière à mieux flouter les réflexions internes et égarer le spectateur dans un dédale qui se chargeait de le ramener à destination lorsque le réalisateur le souhaitait.

Mais l’impact de Sidney Lumet sur le scénario est bien moindre que ce que l’on voudrait nous faire croire.

Le film n’en est pas moins attachant. Et notamment par la direction d’acteurs d’une quintessence démoniaque. Philip Seymour Hoffman pourrait bien retrouver ici le chemin des oscars. Il oscille d’une manière si précise entre le pouvoir qu’il tire de sa force de persuasion, son désarroi familial intérieur (quel défi que cette scène en voiture avec Marisa Toméi !) et sa distance maladroite d’incapacité à se confier, que chaque scène enrichit toujours un peu plus son personnage, foisonnant de détails, de tics, d’indications comportementales. Travail d’orfèvre très maîtrisé. Nette impression de capacités infinies. La vraie surprise vient tout de même de Marisa Toméi. Ce n’est vraiment pas une actrice que j’aimais à voir. Pour une simple raison physique. J’ai un souvenir affreux de sa période du début des années 90 où elle était souvent mal castée (UNTAMED HEART, ONLY YOU ou encore MY COUSIN VINNY). Mais merci à Sidney Lumet de l’avoir choisie pour incarner Gina. Elle est le personnage de A jusqu’aux pieds. Un oiseau blessé dont on n’a qu’une envie c’est la recueillir et lui donner l’affection qu’elle recherche. Comparée à Philip Seymour Hoffman, son jeu est moins millimétré, plus brut de décoffrage. Cela est en partie dû aux rôles respectifs où l’un doit tenir les chevaux alors que l’autre doit les laisser filer tout en contrôlant leur allure pour éviter qu’ils ne s’emballent. Je dis « en partie » car cela n’est plus valable pour le personnage masculin lors de la scène en voiture, dont nous avons parlé plus haut. Marisa Toméi est vraiment brillante car ses scènes ne sont pas faciles et d’une ingratitude manifeste puisque c’est souvent Philip Seymour Hoffman qui ramasse. Bouge pas, y’en a encore un peu par terre ! Elle joue l’attente envers son mari avec une telle fêlure qu’elle en devient émouvante à chaque fois qu’elle apparaît à l’écran. Elle est un peu le contrepoint de son mari, lui qui reste sur ses acquis, refuse de reconnaître ses erreurs et met un point d’honneur à valider sa fierté. Même quand il s’habille avec goût, il est laid. Elle, elle reste belle jusque dans l’affliction.

Et puis, il y a la valeur morale que véhicule la fin du film.

Hasard et magie du cinéma, je voulais aussi vous parler de deux autres films qui charrient le même thème de la vengeance par la mort : CONTRE-ENQUETE et LE SERPENT. Avez-vous entendu ces critiques qui jugent un film en fonction de leurs propres affinités avec ce qu’il défend ? Ainsi, un film ne serait intéressant que parce qu’il va dans un sens personnel ou vers le concept d’établissement d’une société ? C’est très sectaire et carrément intolérant comme manière de procéder. Les critiques accusent souvent (un peu trop facilement d’ailleurs) certains films, voire certains cinéastes, de fascistes (et c’est vrai qu’il y en a), mais le fascisme des critiques est bien plus agressif que tout ce que l’on peut voir sur un écran de cinéma. Il existe encore un ostracisme très poussé concernant des œuvres taxées de mauvais goût, vulgaires ou politiquement inacceptables. Que l’on dénonce certaines manipulations faites dans des films cherchant à légitimer des actes, je le comprends parfaitement, mais lorsque le critique s’élève et dénigre un film sous le prétexte fallacieux qu’il n’est pas d’accord avec sa façon de voir le monde, là je crie à la faute professionnelle. Assez récemment, j’ai moi-même parlé du film EYE FOR AN EYE de John Schlesinger. Ceux qui s’en souviennent comprendront que j’étais fortement en désaccord avec les idées que véhiculait le film, mais jamais je ne me serais permis de l’associer à un quelconque critère artistique. Ce qui importe plus est la manière dont le réalisateur s’en sert pour nous raconter son histoire.CONTRE-ENQUETEAvec CONTRE-ENQUETE, nous avons le type même de ce qu’il faut faire artistiquement sans le cautionner idéologiquement. Le film tire sa force de toute la mécanique qu’il met en place pour ne nous être révélée qu’à la fin. Mais pourquoi la querelle sur la question morale n’a-t-elle pas eu lieu à propos de ce film ? En fait, comme Laurent Lucas joue une espèce de salaud (pas du tout caricatural, ce n’est pas pour rien que « La lumière vient du fond » l’a élu meilleur acteur français) et que tout le film repose sur une question de justice, Franck Mancuso ne fait qu’exploiter cette faille. Il ne cherche ni plus ni moins qu’à dresser le public contre un coupable qui est en train d’échapper aux griffes de la justice. Evidemment, lorsque le dénouement final la rétablira, Franck Mancuso aura travaillé à délivrer le spectateur d’un poids. Mais il n’empêche que l’on peut être complètement opposé au vigilante et trouver que le film est machiavéliquement jouissif. C’est notre cas, pour ce qui constitue l’un des meilleurs films français de cette année. C’est dire une nouvelle fois la piètre qualité de notre production car, si CONTRE-ENQUETE se déroule agréablement, il n’est pas grand-chose avant le retournement final pour nous secouer le golliwog. Finalement, Franck Mancuso ne s’en sort pas trop mal. Il évite les poncifs du genre et, même s’il n’arrive qu’à créer une petite ambiance, elle est tenue jusqu’au bout. Evidemment, elle ne repose que sur le coup de théâtre final et nous aurions aimé qu’elle joue plus en sinuosité ou que Laurent Lucas ne soit pas annoncé dès le début comme le véritable coupable, ce qui bousille tout l’effet de sa composition. A sa place je maudirais Franck Mancuso pour ne pas avoir modifié son scénario. D’ailleurs, s’il avait commencé à y toucher, il aurait fallu qu’il revoit 63,7% de ses dialogues, qui flirtent très souvent avec le grotesque, particulièrement celui de la fin. Et puis quelques mots sur Jean Dujardin dont j’attendais enfin un grand et beau rôle au cinéma. Je mets OSS 117 : LE CAIRE NID D’ESPIONS de côté puisqu’il était en terrain connu. Sa facilité d’exécution rendant sa composition un peu trop lisse. Je le préfère dans CONTRE-ENQUETE, prenant des risques, explorant des terrains propices à son univers. D’où son indéniable explosion dans 99 FRANCS de Jan Kounen. Si le film de Mancuso le révélait (il manque indubitablement de profondeur sur certaines scènes), 99 FRANCS le consacre. Et le voici tête d’affiche des deux meilleurs films français de l’année ! Dans le film de Jan Kounen, il est parfait. Drôle et suffisant. Ridicule et hâbleur. Potache et fascinant. Titi et Grosminet. Encore une fois, Jan Kounen porte à controverse après son chef-d’œuvre DOBERMANN, très décrié en son temps mais comme tout chef-d’œuvre c’est bel et bien le temps qui lui a donné raison. C’est toujours un plaisir de voir un film de Jan Kounen, d’abord pour son flamboyant talent visuel à nul autre pareil dans le cinéma français, et ensuite parce que c’est l’occasion de s’amuser follement en lisant le tissu d’imbécillités que les critiques essaient de colporter à son égard. Parfois, nous nous demandons s’ils ne préfèrent pas le bon cinéma français bien pèpère (comme UN SECRET de Claude Miller, sorti mercredi dernier) parce que c’est le seul qui correspond à des critiques préexistantes. Désarmés devant ce qui ne rentre pas dans les cases. Et pour ce qui est d’être hors normes, Jan Kounen est évidemment l’homme de la situation. Je n’ai pas lu le bouquin de Frédéric Beigbeder mais il me semble que Jan Kounen en a fait une adaptation très réussie, conservant l’essence des données binaires tout en les transférant du style littéraire à son propre univers visuel. Il a surtout essayé de construire son film comme une sorte d’A CLOCKWORK ORANGE actuel. C’est flagrant de l’escapade hardcore en voiture à la tentative de suicide du personnage principal, en passant par les différentes drogues et la fausse rédemption qui s’avère aussi perverse que l’oxymoron du titre burgessien. A la sauce Kounen, le film fonctionne sur un impact immédiat. Il lui manque un arrière-plan qui soutient le héros et le constitue. Comme en général chez Kounen, les personnages vivent au jour le jour, voire à l’heure l’heure. Un vin qui vous explose en bouche et qui vous laisse seul lorsque son effet premier a disparu. C’est pour cela qu’aussi formidable que soit la mise en scène de 99 FRANCS, le scénario ne supporte que sur un laps de temps très bref son aura primitive, aguicheuse et sommaire, presque grossière et naïve. 99 FRANCS est brillant dans l’instant alors que nous aurions aimé que tout ce talent nous donne un peu plus que du concentré. Et je ne renie pas toutes les belles choses que l’on y trouve. A commencer par cette idée de double fin. Car, lorsque vous croyez que le film va enfin vous dévoiler sa vraie fin, il repart comme s’il n’avait été interrompu que par une coupure de publicités, et dure bien plus qu’une simple fin. Ca, c’est formidable. Un réalisateur français qui se permet cela ne peut avoir que toute notre reconnaissance éternelle. Et il me reste un Balisto aussi, si tu le veux, Jan…

Et puis, bien évidemment, nous fut resservi tout le couplet sur la vulgarité du film.

99 FRANCSLà aussi, c’est une question d’esthétique, mais jamais un film ne doit être laminé parce qu’il n’est pas conforme à nos propres soucis comportementaux ! Laisser croire qu’un film est mauvais parce qu’il est vulgaire !!! Non mais on croit rêver ! C’est comme si je vous disais je n’ai pas aimé LA FOLIE DES GRANDEURS parce que c’est drôle. Marre de ces critiques qui n’aiment pas les films qui ne sont pas conformes à leurs attentes. Et là, je dénonce : [prénom et nom retirés le 08 octobre 2011 sur demande de l'intéressée, mais cependant disponibles en M.P. pour ceux qui en feraient la demande] qui officie régulièrement sur Le Quotidien du Cinéma et qui rejette constamment certains films pour de tels motifs. Le cinéma est aussi affaire de morale et c’est pour cela qu’aucune idée n’est irrecevable. Il n’y a pas de mauvaise idée au cinéma. Pas plus que dans toute forme de culture. Sous prétexte qu’elle diffuse des valeurs, elle n’est pas là pour éduquer son public. C’est afficher tellement de mépris envers lui que de croire qu’il va se faire abuser par des théories fascistes ou par une ode à la peine de mort ! Il est plus à même qu’on ne le croit de discerner ce à quoi il a envie de se rattacher. En tout cas, c’est une grande liberté qu’il possède et qu’il serait scandaleux de lui retirer en ne lui montrant plus que des films qui lui dictent la bonne manière de penser. Pour corroborer mes dires, je peux prouver que la culture n’a jamais changé personne. Certains nazis n’étaient-ils pas des inconditionnels de Beethoven ? Et « L’ode à la joie » de Friedrich Von Schiller ne les a pourtant jamais remis dans le droit chemin ! Autre exemple, actuellement sur nos écrans de télévision, vous aurez sûrement remarqué un petit spot visant à attirer l’attention des parents, les enjoignant de faire respecter la signalétique apposée sur certains programmes. Ce n’est pas la première fois que nous parlons de ce substitut au carré blanc qui est un véritable poison pour nos films. Qui s’est arrogé le droit de les altérer de manière si laide ? Comme l’on fait un procès à une jeune femme pour avoir fait un baiser rouge sur une toile blanche, ces personnes mériteraient tout autant d’être traînées devant un tribunal pour vandalisme. D’autant plus que leur campagne de publicité les contraint à avouer que cette signalétique est un véritable échec depuis son instauration. Dont acte.

Toutes ces digressions nous ont fait perdre le fil de notre discours et les quelques mots que nous voulions placer concernant LE SERPENT d’Eric Barbier. Grosse déception eu égard aux quelques échos que j’en avais eus. C’est très lourd à se mettre en place, les personnages sont complètement stéréotypés et les deux figures d’Yvan Attal qui passe de l’amorphe franchouillard au rebelle survitaminé sont d’un cliché trop attendu. Ca se trimballe comme du bon gros thriller américain fabriqué en usine, et Clovis Cornillac nous sert son personnage à la louche. Ce film ne vaut vraiment pas la peine de dépenser son argent et tout ce qu’il nous inspire une fois son générique terminé, c’est qu’un serpent ce n’est pas si long si tu enlèves la queue !

22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 00:26

4 LUNI 3 SAPTAMINI SI 2 ZILE4 LUNI 3 SAPTAMINI SI 2 ZILE            Mettre des mots. Il est toujours question d’être maître des mots. Toujours coller une appréciation. Quelques lettres formant un assortiment de sonorités censées vous révéler l’excellence d’un intellect. Taisez-vous ; le temps s’arrête ; la critique a compris. Compris quoi ? A quoi servent les mots de la critique sinon à nous faire savoir la particularité de ceux qui la rédigent ? Des personnes capables de lire dans l’obscurité de la salle de cinéma, dans l’obscurité du film. Nous ne comprenons jamais vraiment un film. J’en suis intimement persuadé. C’est pour cela qu’il n’est rien de plus faux dans tout ce verbiage acidulé que son caractère définitif.

Toujours compliqué de mettre des mots, de bien les choisir. Mettre des mots sur des émotions, n’y a-t-il rien de plus absurde ? Un film qui se limite à quelques mots comme des mois de travail se limitent à un film. On ne parle jamais mieux d’une œuvre qu’en l’écoutant, la lisant, la regardant. J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de vain à écrire sur. L’acte a une valeur psychanalytique, à n’en pas douter. C’est aussi une résurgence d’envies refoulées. On devient critique de cinéma parce qu’on a raté cinéma, parce qu’on a raté acteur, parce qu’on a raté écrivain et parce qu’on a tout raté. Paradoxalement, on peut réussir en compilant tout ce qu’on a raté. On peut même en faire de l’art.

Ainsi, critique de cinéma est le seul métier où l’on peut faire de l’art avec sa propre merde, mais aussi avec celle(s) des autres.

            Quand la force de l’œuvre devient plus fulgurante que les mots, il faut savoir s’incliner, révérer la hiérarchie, sans toutefois accepter de ramasser la savonnette. Il est impossible de parler de manière aussi éblouissante de 4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE que le film ne l’est lui-même. Surtout avec une tartine de Nutella dans la bouche ! Son excellence vous bouscule et vous tord les tripes jusqu’à en extraire la sève qui va irriguer l’empathie que le film transmet. C’est dur comme du Pialat, et en même temps ça n’a jamais été écrit pour être complaisant. C’est sombre comme du Schubert, et en même temps ça n’a jamais été écrit pour être festif.

Je suis allé voir 4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE par curiosité. Parce que ce fut la dernière Palme d’or et cela me sembla une bonne unique raison. Je savais seulement qu’il s’agissait d’un film sur l’avortement, difficile d’y échapper. Je n’ai lu aucune critique et aucun résumé du film, ce qui devrait être le cas pour chaque film que l’on va voir au cinéma. La critique ne sert qu’à empêcher certaines personnes de bénéficier du R.M.I. et le résumé est fait pour ceux qui ont peur de ne rien comprendre, ne vont rien comprendre et reviendront lire qu’ils n’ont rien compris. Je pensais aller voir un film sur l’avortement, absolument pas. Il ne va quand même pas nous dire que c’est l’histoire de rastafarians qui, en fumant du double zéro, ont l’idée d’organiser des combats de pride sur terrain ombragé, pour financer leur voyage en pédalo dans une île des Moluques où Bob Marley finit des jours paisibles en compagnie de Jim Morrison, Kurt Cobain et Jacques Martin ? Absolument pas ! Mais avant tout, outre ses qualités artistiques, 4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE est surtout la première Palme d’or incontestable depuis PULP FICTION. Nous commencions à désespérer que les jurés fassent leur travail ! Il faut dire qu’avec un sujet pareil le pire était à craindre. J’y allais moi-même à reculons (et, jusqu’au cinéma, un kilomètre sans rien voir derrière soi c’est vraiment galère !) J’imaginais une Palme acquise au chantage émotionnel. Un peu comme l’infâme Nanni Moretti avait opéré lorsqu’il avait volé la récompense suprême de l’année 2001. Cela arrive quelquefois. Un film semble l’emporter et dans les derniers jours on en présente un qui fait pleurer tous les jurés, et l’affaire est emballée avant d’être pesée. C’était le scandale de l’insipide LA STANZA DEL FIGLIO. Vous pensez, avec un film sur l’avortement c’était pratiquement dans la poche ! Or, cette année, 4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE fut présenté le lendemain de l’ouverture du festival. Heureusement qu’il précise, je croyais que c’était l’ouverture des boîtes de sardines ! Ce petit détail devait nous mettre sur la voie.

N’y allons pas par quatre chemins, 4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE est une œuvre résolument moderne. Nous sommes face à un film très dur, pas forcément difficile d’accès, mais plus abscons dans la perméabilité aux émotions qu’il suscite.

Du point de vue de ses recherches esthétiques, Cristian Mungiu opte pour une épure quasi totale.

Son intention ne se réduit pas à faire beaucoup avec peu, il a d’autres ambitions. En fait, il essaie de condamner une partie du cinéma qu’il considère comme trop conventionnelle. Son but à lui va être de sortir le spectateur du film. Là où la plupart recherchent l’identification, la catharsis, c’est-à-dire faire en sorte d’attirer le spectateur dans la projection comme s’il était question de le faire participer au film, Cristian Mungiu opte pour une réappropriation du regard du spectateur. Tout au long de son film, il va le pousser à se questionner sur ce qu’il regarde, et à ce qu’il est face à ce qu’il vient regarder. Nous pouvons dire qu’il milite pour un cinéma qui accepte consciemment de lâcher la main du public, pour lui dire qu’à partir de maintenant il l’accompagne, mais qu’il n’a plus besoin de lui. C’est le cinéma de la responsabilité. D’ailleurs, c’est l’un des thèmes premiers du film puisque le cinéaste choisit de s’attarder sur Anamaria Marinca (plutôt que sur son amie qui va se faire avorter, nouvelle preuve que l’avortement n’est qu’un vecteur et non un composant) à travers un parcours continuellement tendu par l’énergie de la survie. Le film traite de ces personnes en état de survie permanente. Cela amène une comparaison fort pertinente avec le ROSETTA des sinistres frères Dardenne. Et c’est vrai que l’on y retrouve le même dynamisme, le même entêtement à parvenir à tirer son épingle du jeu, à défaut de pouvoir choisir le jeu. Comme dans ROSETTA, quasiment chacun des actes de l’actrice principale est sous-tendu par la notion de réussite. Aussi terribles que soient les épreuves par lesquelles elle doit passer, elle n’a pas d’autre choix que d’arriver au but qu’elle s’est fixé. Et ce but c’est la survie. La morale n’a pas sa place ici. (Ici s’arrête la comparaison avec ROSETTA ou le cinéma des frères Dardenne, trop limité à l’importance de l’illustratif et rarement pertinent). Pour Laura Vasiliu, l’avortement c’est la survie. Pour Anamaria Marinca, aider son amie c’est la survie. Pour les deux filles, ne plus parler de cette histoire, c’est aussi la survie. Attention, ce n’est pas une survie face aux horreurs qu’une loi roumaine les aurait amenées à commettre. La loi n’a rien à voir là-dedans. A cette époque, c’était illégal en Roumanie. Ce l’est tout autant de nos jours en France. Après 12 semaines de grossesse, l’avortement devient illégal. Ce qui clôt définitivement les spéculations quant à connaître le point de vue du film face à cet acte. 4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE ne traite à aucun moment du débat sur l’avortement. Même lorsque Cristian Mungiu appuie le plan sur le fœtus, ce n’est pas pour nous renvoyer cette question en pleine face. S’il nous renvoie quelque chose c’est bien à la place que nous occupons face à ce que nous acceptons de regarder. Le terrible côté des choses qui a conduit deux jeunes filles à se débarrasser d’un fœtus de quatre mois. Sous cet aspect des choses, il s’agit de l’unique moment où il n’est plus question de la Roumanie. Cela aurait très bien pu se passer en France, comme je le disais précédemment. Ou en Afrique, pour faire plaisir à Pascal Sevran.

Reprenons le fil de notre discours sur la modernité.

Cristian Mungiu utilise l’adresse caméra, procédé qui a déjà fait se preuves, notamment chez Bergman où tout le monde se rappelle ce fameux plan dans SOMMAREN MED MONIKA. Nous pourrions aussi citer Stanley Kubrick dans A CLOCKWORK ORANGE (et, dans une toute autre mesure, dans BARRY LYNDON avec la parole !) et, plus proche de nous, Michael Haneke dans le très dérangeant (donc très réussi de ce point de vue là) FUNNY GAMES. Dans le film de Cristian Mungiu, nous retrouvons cette façon de faire évidemment avec le regard de fin qui vient clore tout ce qui a été vécu dans le film (avec cet élan d’ambiguïté qui nous permet de lire l’intention sur deux niveaux, puisque les phares des voitures qui se reflètent dans la vitre peuvent aussi indiquer le regard de la comédienne qui se déporte par détournement d’attention). Un regard qui interroge sur ce qu’elles ont fait, sur qui nous sommes pour les juger, sur ce qu’il y a de plus terrible entre être la victime d’atrocités ou être poussé à les commettre, sur la quête (impossible ?) d’être maître de ses propres actes, de ses propres mots etc. Même procédé aussi avec, nous en avons parlé plus haut, le visage du fœtus tourné vers nous. Là encore, double niveau : ce n’est pas véritablement une personne et nous ne pouvons pas dire non plus qu’il s’agit d’un regard. Enfin, bel exemple de mise en scène qui montre une excellence dans la diversité d’un même effet : le regard qu’Anamaria Marinca s’adresse dans le miroir de la salle de bains. Son reflet la dévisage et nous fixe dans les mêmes proportions. Je suis stupéfait qu’aucun critique ne l’ai remarqué. Oups ! Autant pour moi, c’est de la mise en scène, j’avais oublié qu’ils ne touchent jamais à cette bête féroce. Emettrai-je l’hypothèse que leur Petit Larousse date d’avant l’invention du cinématographe ?

En s’appuyant sur ce concept, Mungiu est obligé d’accorder une place prépondérante à la théâtralité et donc d’œuvrer dans le sens de ses comédiens. Il va alors développer de longs plans séquences, figure de style chérie des comédiens mais largement casse-gueule. Tous les comédiens sont impeccablement dirigés. Dans l’écriture, les deux comédiennes principales sont parfaitement dessinées dans la complémentarité qu’elles tirent de leurs oppositions. Là encore, la modernité de leur jeu est bluffante. Impressions d’improvisations, justesse impeccable, profondeur de la sincérité, incapacité à deviner leurs réactions, simplicité de l’acte physique etc. Jusqu’aux plus petits rôles, Cristian Mungiu nous prépare face à une société roumaine où la crédibilité de l’oppression et de la neurasthénie ambiantes semble être palpables.

Nous avons cité précédemment Bergman, Kubrick et Haneke, mais lorsque Mungiu combine la longueur du plan et l’atrocité du fœtus qu’il montre, le choc devient processus de déstabilisation face à la cruauté de l’environnant, puis, dans un second temps, le temps devient élément d’appropriation de son propre être face au caractère réactif puis intelligible de ce qui est donné à voir. Il se rapproche ainsi beaucoup plus du cinéma de Gaspar Noé, et particulièrement d’IRREVERSIBLE.

4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE trouve sa libération dans son absence d’intention de provoquer les pleurs, tout en conférant une tristesse diffuse à sa vision. C’est parce que le film véhicule une tristesse de dureté et non pas une tristesse de chagrin.

Alors d’autres ont fait tout cela avant lui, certes, mais nous vous l’avons vendu comme un film moderne et non pas novateur. Et puis on adhère si aisément aux thèses de ceux qu’on admire.

SUPERBADSUPERBADPourtant, il persiste une entrave à l’appréciation définitive de ce film. Dans ce que nous venons d’énoncer, la mise en scène de Cristian Mungiu n’accorde pas de place aux jugements de valeurs du spectateur. Soit ce dernier ne participe pas au film et alors il se retrouve en position de donneur de leçons, pouvant considérer que le film va de sordide en sordide, soit il s’engouffre totalement dans ce que lui propose le réalisateur et alors il ne peut être juge puisqu’il prend part à l’action. Si l’on s’en tient uniquement à ce qui est montré, le film ne porte jamais de jugement moral. Et sa construction narrative ne jongle jamais avec le sordide, au contraire d’un Lars Von Trier (nom de virus très tendance) qui accentue ce genre de plongée pour assouvir un concept assez malsain de satisfaction primaire. En acceptant les postulats du réalisateur nous sommes dans l’interrogation de notre propre distance, de la signification de notre sensibilité. Dans le cas contraire, intervient le rejet des émotions qui ne correspondent pas à celles que nous souhaitons avoir en nous. C’est ainsi qu’en lisant la grande majorité des critiques qui n’ont pas aimé le film, vous pourrez remarquer qu’il est toujours question d’impressions négatives, de sentiments peu agréables, rejetés en bloc. Comme si un film ne pouvait être un bon film que parce qu’il nous met dans un état agréable, accort, gracieux. Ne pas apprécier 4 LUNI, 3 SAPTAMANI SI 2 ZILE revient à avouer l’absence d’une mise en relation avec une partie de ses émotions. Il montre bien qu’être en lien avec un ressenti rebutant voire insupportable n’est pas une chose que beaucoup de spectateurs sont prêts à accepter. Leur réaction première sera de rejeter le film alors qu’en fait c’est leur propre impossibilité à faire face à de telles réactions qu’ils repoussent. Résolument moderne.

            Bientôt au cinéma : SUPERBAD de Greg Mottola.

Anthologie du film débile, nouveau chapitre.

Et moi j’aime bien ce genre de films un peu losers où la stupidité s’enfonce à chaque instant un cran en dessous. Sortie chez nous le 31 octobre prochain de SUPERBAD ou les nouvelles aventures des spéléologues de la déficience mentale. Dans la série « J’ai dans ma tête un ami imaginaire qui me fait faire n’importe nawak », je vous propose l’exemple type de Greg Mottola. SUPERBAD retranscrit parfaitement les signes qu’une puissance surnaturelle semble lui envoyer. Si, comme moi, vous êtes chez Numéricable et que le seul haut débit que vous avez c’est le débit de conneries de la hotline, avecHOT FUZZHOT FUZZSUPERBAD vous ne serez pas dépaysé. Film inepte, sans aucune idée de mise en scène, qui se contente de suivre les élucubrations d’ados anémiés du bulbe rachidien, puceaux des deux côtés et qui n’arrêtent pas de parler sexe (disons plutôt « cul » pour être en accord avec le film). Comme point de départ cela promettait de belles joutes. Malheureusement, tout tombe à plat car le film reste premier degré du début à la fin. Ce n’est qu’une succession de scènes potaches, vulgaires, incohérentes, abrutissantes et même pas drôles (si ce n’est les deux flics). Futur gros succès chez les jeunes, mais vous voilà prévenus : il y a le vernis qui se décolle !

            Remettons-nous l’eau à la bouche. SHAUN OF THE DEAD nous avait procuré un immense plaisir niveau rencontre des genres. L’équipe promettait de remettre le couvert avec HOT FUZZ, ce qui nous faisait rageusement miauler d’impatience.

L’épopée commence plutôt pas mal. Très beau travail durant la scène où l’on apprend à Simon Pegg qu’il va être muté. En arrière-plan, les bruits de bureau ponctuent les réflexes visuels du comédien et, bien plus fort, son drame intérieur. Très ingénieux. Belle chorégraphie qui ressemble à de la pantomime, et mise en scène qui démarre fort.

Le film continuera à accumuler de belles qualités. Les flashes après sa rencontre avec Cate Blanchett. Le photographe, qui est vraiment très drôle. Les plans courts qui nous font croire à une course poursuite alors qu’Edgar Wright ne la filme pas. Quelques liaisons pertinentes. Notamment celle du « s » avec le « e » dans « faibles étoiles », quoiqu’assez dangereuse.

Malgré toutes ces gourmandises terriblement tata chiante attachantes (ne pas faire la liaison, finalement), le film ne rééditera pas l’exploit de SHAUN OF THE DEAD, même s’il en photocopie le principe même.

HOT FUZZ s’essouffle très vite dans son aptitude à jongler entre les genres.

Il bute à plusieurs reprises sur la réappropriation des codes du film d’action. Il tombe dans l’explication conventionnelle lorsque chacun explique pourquoi il est devenu flic. Au niveau de l’écriture c’est du vu et revu, qui plus est avec une musique additionnelle absolument écœurante. Au lieu de détourner les conventions, HOT FUZZ en rajoute. Dans WILD AT HEART, Sailor ne chantera « Love me tender » qu’à la femme de sa vie. Résolution du problème à la fin du film. Dans DIE HARD, Reginald VelJohnson vaincra sa difficulté à tirer sur quelqu’un à la fin du film. Dans HOT FUZZ, même schéma. Tirer en l’air avec une arme à feu semble être une des grandes préoccupations de Nick Frost, suite à ce qu’il a vu faire dans POINT BREAK. Nous nous disons que les scénaristes nous ont donc réservé un épisode spécial quant à la résolution de ce problème si métaphysique. Lorsque le moment arrive : rien, nada, Snoopy. Le comédien se contente juste de tirer en l’air pour résoudre son obsession. Ce n’est ni plus ni moins la même chose que dans les films précités. Là où le film appelait une poursuite du gag ou un changement de valeur de sa signification, HOT FUZZ peine à trouver son originalité. C’est l’histoire du joueur de football qui remonte tout le terrain, effectue quelques jolis passements de jambes, dribble ses adversaires et manque finalement de souffle devant le gardien pour propulser le ballon dans la cage.

THE ABANDONEDTHE ABANDONED            Terminons par un film passé complètement inaperçu. THE ABANDONED de Nacho Cerdà est sorti chez nous le 30 mai 2007 et a connu une carrière en salles plus que courte. Nouvelle victime de la monstrueuse logique de la distribution. D’autant que le film fut servi par une affiche absolument hideuse qui laissait présager un mauvais film d’horreur parmi tant d’autres.

THE ABANDONED vaut beaucoup mieux que cela. Nacho Cerdà est un très très bon réalisateur qui prouve que le cinéma espagnol est plus dense que ce que les fades Almodovar érigent comme devanture. THE ABANDONED joue beaucoup sur l’effet claustrophobique, sur l’isolement et l’agression par le vide. Le vide c’est l’inconnu qui prendra forme comme toute maison hantée fera surgir ses fantômes. Les cadres sont absolument sublimes et peignent une angoisse à la fois latente et inéluctable. Mais le plus admirable c’est la patience avec laquelle Nacho Cerdà met en place les divers éléments qui constituent petit à petit un puzzle étrange dans son agencement, mais aux frissons extrêmement délicieux.

Travail tout aussi sublime sur quelque chose qui l’est moins : la crasse, la décrépitude, l’insalubrité. Nous n’avions pas vu cela depuis BRING ME THE HEAD OF ALFREDO GARCIA de Sam Peckinpah. C’est du propre !

THE ABANDONED est évidemment un film qui se regarde la nuit et dans le noir, car il fait bien flipper. Il fait bien Skippy aussi.

18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 21:08

SICKO            La ligne de coke ou la place de ciné ? Au vu des prix que pratiquent certaines enseignes labellisées cinémas, il semblerait que le gramme du divertissement se consomme plus facilement avec une paille qu’avec du pop-corn. Suite à la mise en service de leurs cartes illimitées (qui ne servent que l’uniformisation du paysage culturel), personne ne s’est interrogé sur la rentabilité des grandes surfaces U.G.C. et autres Gaumont. Comment diable pouvaient-elles rester compétitives lorsque moins d’argent rentrait dans leurs caisses ? Le cinéma illimité débarquait. « Illimité », voilà encore une belle arnaque puisque ces lieux ne peuvent pas vous offrir plus de séances qu’ils n’en proposent. Un film est en général programmé 4 à 5 fois par jour et basta. Le cinéma illimité n’existe donc pas en France. Jolie preuve de publicité mensongère. Elle se concrétisait de cette manière : pour une personne qui allait plusieurs fois par mois au cinéma, ils proposaient désormais une carte avec un tarif de moins de 20 euros qui permettait un accès illimité aux films à l’affiche. En deux séances, la carte était déjà quasiment rentabilisée. Mais là où cette personne dépensait largement plus de 20 euros par mois, comment faisaient ces grands groupes pour récupérer ce manque à gagner ? Ceux qui dépensaient moins paieraient pour eux, me rétorquerez-vous. Certes, vous répondrai-je. Mais cela ne comblerait qu’une infime partie de cette évaporation pécuniaire. Si vous déboursiez moins de 20 euros en cinéma, il fallait être sacrément myope des neurones pour payer quelque chose plus cher que ce dont vous auriez l’utilité. Ca vous plaît jusqu’ici la conjugaison qui change tout le temps ? Ces grandes figures ont donc eu cette idée lumineusement radioactive de se faire subventionner. En augmentant leurs prix, elles créent un effet tout à fait nouvellement concurrentiel entre les diverses offres de divertissement. Plus le prix des places de cinéma augmente et plus les spectateurs se laissent dériver vers les rives d’autres formes d’épanouissement. Et la consommation de cocaïne de repartir en force. Les trafiquants reversant une partie de leurs larges bénéfices à nos amis qui aiment tant le cinéma que leur politique tarifaire sert aimablement la tangibilité du vieil adage qui veut que pour avoir une chose de qualité il faut y mettre le prix. Si, si ! La preuve, j’ai un pote qui s’est tapé Paris Hilton pour 20 dollars ! C’est ainsi que certains cartels ont commencé à maintenir les cinémas parisiens sous respiration artificielle. Le milieu du cinéma a le nez dans la poudre, c’est bien connu. C’est donc tout normalement, en tant qu’étape suivante, qu’elle (la poudre) s’est octroyée les dernières parts du capital, contrôlant ceux qui le faisaient (le cinéma) et maintenant ceux qui le dirigent (euh… Le cinéma ?).

Pour maintenir cet état de fait qui arrange tout ce joli monde, les prix pratiqués ne sont pas près de baisser. A une lettre près c’était le drame ! Dans notre grande enquête annuelle, nous vous annoncions l’année dernière qu’une place de cinéma à Paris coûtait en moyenne 8 euros et 84 cents. Nous faisions cependant une césure entre les séances en journée et celles du matin. Ces dernières faisaient alors baisser le tarif à 5 euros et 54 cents. M’étonnerait pas qu’il ait encore gueulé contre ces prix prohibitifs ! Aujourd’hui nous avons ressorti notre belle calculette Galaxy 40x de Texas Instruments (la classe !), et grâce à notre système très élaboré (suivant un principe dont la simplicité dégoûterait même Stephen Hawking) nous avons procédé à une réévaluation de ces indices. De cet indice devrai-je dire, car nous avons mergé la moyenne de toutes les séances. Après tout, il n’y a aucune raison de faire en sorte que les séances du matin subissent un ostracisme qui n’a pas lieu d’être. Seule l’envie d’aller au cinéma et la possibilité d’accéder à une salle devaient être prises en compte, et cela ne joue aucunement sur l’horaire. Il en résulte donc que pour aller au cinéma à Paris, vous débourserez en moyenne 8 euros et 60 cents !!! Eh oui, il faut bien que les dealers gagnent leur vie eux aussi ! Cela reste évidemment extrêmement cher pour un seul film quand nous savons le nombre de nouveautés qui voient le jour chaque semaine. Du vol, voilà comment cela s’appelle. Alors, au milieu de tout cela, me voici avec mon doigt brandi (parfois c’est autre chose), me levant tout doucement de mon fauteuil en rottin et m’adressant ouvertement à ces quelques personnes à la figure (ou au nez, je ne sais plus) enfariné. Me voici avec ma grande proposition à laquelle, je le sais, nombre d’entre vous ne manqueront pas d’adhérer. Une proposition si évidente qu’elle va relancer la fréquentation de nos salles et pourrait même aller jusqu’à booster la créativité de toute cette activité. Puisque ces personnes semblent si bien s’entendre, je propose que, désormais, avec notre place de cinéma nous soit offerte une ligne de coke. C’est commerçant, il y a l’amour du geste, et tout le monde s’y retrouve.

C’est bon de savoir que mon cerveau sera étudié par la science quand je serai mort !

            Comment se divertir en région parisienne. Second volet. Le marchand de sable nous fait savoir qu’il distribuera dorénavant de la cocaïne. La nuit va être longue. Comme disait la jeune mariée. Alors que son mari rajoutait : « Et pas que la nuit ! »

Et si nous allions nous faire une toile ? Qu’y a-t-il en ce moment au cinéma ? Euh… Du pop-corn ? Puisqu’il est question de fric, allons voir un film qui en parle. SICKO de Michael Moore. Et quoi de mieux qu’un petit tour dans notre très cher (mais aussi très cher, puisque c’est ici que l’on trouve la séance de cinéma la plus onéreuse sur Paris : 11 euros !!!) Pathé Wépler.GALAXY 40X DE TEXAS INSTRUMENTS

Michael Moore, petit échotier cinématographique, nous refait le coup de la raison du plus fort. Rien de neuf depuis La Fontaine. Moore prend le parti des opprimés et dénonce les injustices. La Croix Rouge à lui tout seul. Gandhi qui serait tombé dedans quand il était petit. Qui peut encore douter du bien fondé de sa philanthropie, de son élan de solidarité ? Prêcher le juste, prêcher l’égalité des chances, prêcher le respect, prêcher la fraternité, prêcher la tolérance etc. Presque des lieux communs tant notre vie de tous les jours se trouve confrontée à ces principes. La cause de Michael Moore est louable car c’est un projet universel. Elle l’est moins si l’on songe que toute injustice fait s’émouvoir une personne normalement constituée. Car, si l’émotion est le premier des buts recherchés au cinéma, il convient d’en débusquer ceux qui l’utilisent avec facilité. Certaines images de SICKO en sont directement issues, comme celles où la caméra s’attarde un peu trop sur des pleurs. L’idée c’est de faire du cinéma intelligent, diversifié, complémentaire, surprenant, mais faire pleurer avec de telles images tout le monde peut le faire à partir du moment où l’on sait appuyer sur le bouton « enregistrement ». Et le talent dans tout cela ? C’est ce qui sert la mise en scène. Ce qui fait la particularité d’un cinéaste. Mais ne résumons pas SICKO à cela. Ce ne sont que des passages anecdotiques, qui trahissent bien un point de vue, mais qui n’en démontrent pas toute la sémantique.

SICKO est un film très simple.

Un peu trop, d’ailleurs. Comme si son réalisateur avait voulu que tout soit compréhensible par tout le monde, qu’aucune velléité formelle ne vienne brouiller son discours. Dans un premier temps parce que son humour s’amenuise. Je ne dirai pas que son humour fonctionnait quand il était nouveau. Ce serait faux. Une chose est drôle ou elle ne l’est pas. Si elle l’est, elle continuera à l’être des années après. Chaplin est encore drôle alors que personne ne glorifie ce qu’il fait avec sa caméra. Il fallait s’être fait quelque claquage du cerveau pour dire cela à son époque. L’humour évolue, bien entendu. C’est pour cela que la nouveauté joue sur le plaisir de la découverte de l’humour, mais pas sur son impact. Ce n’est qu’une donnée anecdotique. L’humour n’est fait que de ruptures. Et la rupture n’a pas d’âge.

Autant j’avais commencé à le ressentir sur FAHRENHEIT 9/11, autant SICKO regorge d’aussi peu d’humour, et cette fois-ci de moins bonne facture. Michael Moore met son propos de plus en plus en avant au détriment du sens artistique. Car rien ne vient rattraper cet affaiblissement. Manque d’humour, d’accord. Mais peut-être aurions-nous pu bénéficier d’une ambiguïté du montage, d’une éloquence narrative, d’une beauté des cadres… Que nenni. De ce point de vue, SICKO est un film mutique. Pour la beauté, cliquez ici.

Partant d’un cinéma aussi pauvre, Michael Moore le dépouille encore plus en lui apposant l’enseigne de cinéma documentaire. Et pas n’importe quel type de cinéma documentaire, celui que je déteste le plus entre tous : celui qui se réclame de la télévision. Cela devient rare de nos jours de tomber sur un film documentaire qui ait quelques exigences cinématographiques. La plupart sont mal cadrés et sans lumière. Ils ressemblent aux vidéos de vos vacances cet été au camping « Les Roquilles » de Palavas-les-flots. Je fais du documentaire, tu fais du documentaire, il fait du documentaire, nous faisons du documentaire etc. Et j’allais oublier la fameuse mini DV livrée dans le kit. On tourne sans discontinuer, finalement sans trop savoir quel est le sujet du documentaire. C’est l’exemple même du cinéma discount sur lequel j’aime cracher ! Le WOODSTOCK de Michael Wadleigh a tout de même une autre gueule ! Vous l’imaginez filmé en DV ?! N’en jedez blus, je grois que je bais bobir !!!

Il faudrait encore parler de la musique additionnelle pour corroborer tout ce que nous venons de mettre en évidence. Images de France ? Mais quelle bonne idée de les accompagner d’un petit air à l’accordéon !!! Michael Moore nous a au moins épargné le béret et la baguette (il y a le vin, je l’ai vu ! Il y a le vin !!!) ! Pour Londres, ce n’est pas l’hymne national, mais presque. Nous nous attendons à voir surgir la reine et ses sujets à chaque coin de rue. Mais le pire du pire c’est tout de même le recours à l’Adagio de Barber pour relever toute la tristesse des images. Ca, c’est du putassier, du vrai. En fait, je pense qu’il s’agit de second degré (sauf pour l’Adagio). Comme si nous plaisantions entre nous sur les fast-foods américains, sur les kilts des écossais, sur la mafia italienne, sur le SIDA africain ou encore sur les hémorroïdes de Florent Malouda. Hélas, dans SICKO, ce second degré tombe complètement à l’eau. Pour qu’il fonctionne il aurait fallu que l’intention soit un peu plus grossie, savamment décalée, pour que le clin d’œil s’opère. Au lieu de cela, le résultat final ne correspond qu’à ce qu’aurait fait un mauvais cinéaste qui serait tombé dans les clichés les plus éculés. A une lettre près c’était le drame !

Ce qui pose question, chez Michael Moore, ce sont les zones obscures, les ellipses qui cachent on ne sait quoi.

Michael Moore ne fait jamais l’apologie d’un quelconque parti, si ce n’est le sien. Quand les uns méritent qu’on leur tape dessus, il tape. S’il faut cogner sur les autres, il cognera aussi. Antisocial, tu perds ton sang froid ! Dans SICKO, la perversité du système de santé américain semble née et entretenue par la cupidité conservatrice. Et les démocrates ont le beau rôle puisqu’ils sont montrés comme les seuls à avoir essayé de contrer le système mis en place. C’est tout le passage qui concerne Hillary Clinton, qui avait tenté d’effacer les injustices. N’ayant pas réussi dans son combat, elle a fini par terminer seconde au classement des personnes les mieux payées pour se taire sur le sujet. Mais entre temps ? Un bon vieux raccourci des familles qui jette le flou sur ce que Moore souhaite prouver.

Dans sa construction, SICKO fonctionne selon le bon vieux principe narratif qui vous pousse du point A au point B pour finir au point C. L’inénarrable Thèse - Antithèse - Synthèse - Foutaise. Plus précisément, le film se veut comme une réflexion. C’est lorsqu’il s’aperçoit que quelque chose ne fonctionne pas dans le système de santé américain que Michael Moore demande à tous les patriotes si eux aussi ont connu plus que des déboires : de véritables injustices. Lorsqu’il se demande comment cela est possible, il remonte à la filière des assurances. Lorsqu’il se demande comment cela a bien pu commencer, il remonte jusqu’à Nixon. Si c’est politique, il doit en conclure que c’est pour le bien du peuple américain et que cela doit être pareil ailleurs. « Ailleurs », cela résonne en lui et le voici parti pour le Canada, puis l’Angleterre, la France… Le film se poursuit selon le même principe. BENCOUn premier élément amène le second puis le troisième etc. Nous pourrions dire que le film est structuré, mais plus que cela, il s’agit en fait d’un film qui s’apparente plus à une fiction qu’à un documentaire. Tout est très étudié chez Michael Moore. Il sait pertinemment où il veut en venir dès le moment où il choisit l’idée de départ. SICKO est un film au raisonnement inductif. D’ailleurs, Michael Moore réfléchit lui-même dans ce film. Il n’hésite jamais à dire ce que tout ce qu’il apprend signifie pour lui et la manière dont cela influe sur lui. Et il le fait de deux façons. Par sa voix off ; là, c’est très net, c’est écrit de A à Z. Et aussi en assénant des répliques comme des réparties naturelles. En fait, elles ne le sont pas ; tout est scénarisé. Il ne sait juste pas à quel moment il va devoir les placer. Ainsi, à chaque fois qu’il s’étonne du mode de fonctionnement dans un autre pays, rien ne sort spontanément. Il savait exactement ce qu’on lui dirait et qu’à ce moment-là il devrait s’étonner (ce qui a pour effet de faire surenchérir la personne en face de lui). C’est pour cela qu’il essaie de figurer au minimum dans le champ. Les rares fois où cela arrive, et si nous sommes assez attentifs, nous pouvons remarquer qu’il ne joue vraiment pas bien le naturel que requiert la situation. La voix off, elle, a pour effet de lier les différentes parties entre elles et donc de diriger son parti pris. Cela a aussi pour but d’intégrer de l’humour. C’est de la mise en scène, comme dans le gag de fin, mais aussi comme les différentes personnes qui trouvent ses questions incongrues lorsqu’il se présente dans un hôpital anglais. Via les rires de ces personnes, résumant ses entrevues, sa voix off nous dit que ces gens se riaient ouvertement de lui lorsqu’il s’étonnait qu’ils ressortissent de l’hôpital sans rien payer. Légère nuance de l’écriture, tout cela lui sert la soupe puisque ce n’est évidemment pas écrit. Là, c’est bonus, c’est cadeau. C’est du documentaire mais c’est exactement ce qu’il espérait recueillir comme réactions pour étayer son propos ! Exactement comme lorsqu’il découvre le cashier. Michael Moore sait auparavant qu’il trouvera un cashier dans cet hôpital. Hors, la séquence est filmée comme s’il le découvrait. Mise en scène plutôt sympathique, oui, mais écriture préalable !

A ce moment-là, SICKO n’a plus de documentaire que l’image numérique tremblotante trimballée vaille que vaille.

Comment tout cela se passe-t-il ? C’est très simple. Quelqu’un renseigne Michael Moore sur la manière dont cela se passe dans les hôpitaux anglais, et il n’a plus qu’à organiser sa structure narrative pour mettre en scène son film. « Discuter d’abord avec un médecin pour qu’il nous dise qu’en Angleterre cela ne se passe pas du tout comme on nous le dit aux Etats-Unis. Ensuite, filmer des personnes quittant l’hôpital et leur demander combien ils vont payer. Se rendre au cashier pour terminer sur une note humoristique. » Lorsque Michael Moore pose des questions au médecin il sait ce qu’il va lui répondre. Lorsqu’il demande aux hospitalisés à combien va se monter leur séjour, il sait exactement ce qu’ils vont lui répondre. Enfin, lorsqu’il s’adresse au cashier et lui demande à quoi il sert, il sait toujours ce qu’il va lui répondre. Il ne lui reste alors plus qu’à monter son film comme il l’entend. Cette manière de faire est totalement visible lors de l’épisode français. A Paris, il rencontre un groupe de jeunes américains vivant en France. Selon le même principe, il les interroge sur le système de santé du pays. Les jeunes ont l’air de lui révéler tout ce à quoi nous avons droit lorsque nous sommes malades, et même plus. Evidemment, lui, il sait très bien comment cela se passe puisqu’il est en train de faire un film dessus. Si tout se passait exactement comme aux Etats-Unis, très bien, le monde tourne partout de la même manière, on paie une fortune pour se faire soigner, tant pis pour les pauvres, z’avaient qu’à pas être pauvres, merci pour l’info, poignée de main, bise à la femme, caresse au chien (et pas l’inverse), on rentre chez soi, camomille, une claque sur les fesses et au lit. Fin du film. Ce serait trop beau ! Ce que l’on voit dans cette séquence c’est que le groupe d’américains lui apprend tout de même quelque chose : en France, une femme qui vient d’avoir un enfant à droit gratuitement à une aide à domicile. Et la personne qui vient l’aider peut même faire sa lessive si elle le lui demande. Michael Moore est estomaqué. Le plan d’après, il a pris rendez-vous avec une jeune femme, chez elle. Il y a aussi son bébé et la personne employée par l’Etat. Là, Michael Moore met en scène ce qu’il vient d’apprendre, de manière prétendument drôle. Une seule chose différencie cet acte des épisodes précédents : Michael Moore a gardé la scène où il apprend le fait. Cela nous interroge puisque, jusque-là, il s’était ingénié à ne surtout pas divulguer ce qui allait se passer dans les scènes à venir, en ne laissant au montage que ce qu’il semblait découvrir. Effaçant au passage tout le caractère prémédité de SICKO. Eh bien s’il a gardé cette scène, c’est qu’il y a une raison. Il est obligé de la mettre s’il veut garder toute la pertinence du gag qui clôt le film (pas si drôle que ça, soit dit en passant).

En essayant de dissimuler l’élaboration de SICKO, Michael Moore ne cherche qu’une chose : ne pas donner raison à ses détracteurs. Ceux-là même qui lui reprochent d’être anti-Bush, de faire des charges malhonnêtes, de diaboliser le président américain. Mais c’est pourtant ce que sont ses derniers films, des actes politiques anti-Bush, et qui plus est malhonnêtes (uniquement par moments, c’est de là que naît toute l’ambiguïté Moore) puisqu’il s’agit de films de propagande. Lui-même le revendique. C’est comme s’il l’assumait face à ses détracteurs, pour leur prouver qu’ils ne pourront pas le paralyser dans sa démarche, et puis qu’il ne l’assumait plus du tout artistiquement. Cela en dit long sur le public américain…

Le générique de fin débute et déjà l’employée du Pathé Wépler s’insère dans nos rangées pour vérifier si les spectateurs qui ont pris peur dès l’apparition des premiers noms sur l’écran (« Si je vais au cinoche, ce n’est quand même pas pour lire sur un écran ! ») n’ont pas généreusement renversé leur pop-corn ou oublié leur mère-grand.

Il n’y a pas que le système de santé américain qui déconne.

            Ca, c’était la salle 11. Avant cela, ils m’avaient mis dans la salle 3, la semaine dernière, pour BOARDING GATE. Aussi étrange que cela puisse paraître, je ne la connaissais pas. J’étais heureux à cette époque. Je buvais du Benco, je faisais mes courses chez Super U, je prenais mes vacances dans le Dodécanèse, je voulais donner des prénoms composés à tous mes enfants, je venais de finaliser mon inscription sur BOARDING GATECopains d’avant, la vie était une fête, quoi. Maintenant, je suis un autre homme, ma vie est fichue. Je sais désormais que la salle 3 du Pathé Wépler est une honte pour toutes les projections qui eurent, ont et auront lieu à cet endroit. Cette bande de… Ces espèces de… Ces gros… Je capitule. Je ne trouve même plus d’adjectifs ou de mots assez grossiers pour qualifier les insupportables affronts que subissent les idiots qui continuent à fréquenter ce complexe. Si vous vous rendez un jour dans cette salle 3 (mais j’en doute vu que même Paris Guide déconseille la visite de ce lieu perverti), vous remarquerez que l’ouvrier polonais qui était responsable du chantier de ce cinéma, non content de subir tous les 15 jours une panne de secteur du lobe temporal, s’est aussi ingénié à rendre compte de la dyslexie des doigts qui avait auparavant frappé l’architecte, principal responsable du désastre dont je vais vous faire part. La porte d’entrée de cette salle est aussi la porte de sortie. Comme il fallait bien trouver un endroit où la caser, ils n’ont rien trouvé de mieux que de la mettre à droite de l’écran. Ce dernier étant logiquement (je m’en veux d’employer ce mot s’ils me lisent !) surélevé, le haut de la porte arrive au niveau du bas de l’écran. Comme l’architecte n’est pas la moitié d’un con, il a fort heureusement bien conçu l’ouverture de cette porte, évitant qu’elle tape en plein dans l’écran lorsque quelqu’un l’ouvre. C’est déjà ça. Mais qui devait s’occuper des normes de sécurité ? Manifestement, la liste s’est égarée dans la nature avec le bon sens inné qui garantit à tout un chacun le bon usage de son intellect. Comme toute commission de sécurité impose que chaque porte de sortie soit signalée, au-dessus de cette porte existe un petit boîtier éclairé qui indique « sortie » et dont la principale utilité est de vous signaler que, s’il y a le feu, ce serait stupide d’essayer de traverser un mur. Or, éclairé comme je viens de le préciser, il illumine tout le bas droit de l’écran lorsque la salle est plongée dans le noir, la lumière effaçant tout ce qui est projeté à cet endroit-là. - Ce n’est pas Stanley Kubrick qui faisait refaire les salles de cinéma lorsqu’elles n’étaient pas conformes à la projection optimale que requéraient ses films ? - Il est mort ma petite dame. Il est mort.

Pour en revenir au film d’Olivier Assayas, je trouve qu’il mérite mieux que l’élan de circonspection dans lequel la critique l’a fait mariner. Serait-ce donc à partir du moment où les choses se complexifient qu’ils arrêtent de faire leur boulot ? Ont-ils jamais commencé ? BOARDING GATE est un film où l’on n’entre pas facilement. Il recèle cependant de bien beaux trésors. A commencer par Asia Argento, que l’on peut adorer pour les mêmes raisons qu’on peut la détester. En ce qui me concerne, je la trouve absolument épatante. Peut-être pas forcément dans ce qu’elle essaie d’imposer. Sa personnalité instable, ses prises de risques, son insolence, son charisme sexuel et le caractère trouble de son aura physique en font une véritable artiste. Une artiste dans le sens où elle se trouve au centre de la création. Les formes qu’elle crée (le très beau THE HEART IS DECEITFUL ABOVE ALL THINGS traduit lamentablement chez nous par : LE LIVRE DE JEREMIE, ainsi que la composition vulgaire de la Comtesse du Barry dans MARIE-ANTOINETTE) sont aussi incarnées que celles qu’elle a inspirées. Muse des temps modernes. Les temps modernes, justement, voilà ce dont il est question dans les derniers films d’Assayas. Le réajustement par l’image. Voilà un cinéaste pas assez aimé, je trouve. Et c’est vrai, jusque-là, qu’à part FIN AOUT, DEBUT SEPTEMBRE, ses films ne me satisfont jamais pleinement. DEMONLOVER est pénible et LES DESTINEES SENTIMENTALES un ratage complet. A défaut d’aimer totalement ses films, j’aime son cinéma. Sa rigueur m’interpelle, son souci esthétique me surprend. Assayas est français et peut-être l’un des rares dans l’Hexagone à faire du vrai travail d’écriture cinématographique. Alors ses films sont rarement convaincants de bout en bout mais, au moins, le gars travaille, il propose, il donne à voir, quitte à finir dans le fossé.

BOARDING GATE ne va pas échapper à l’imperfection traditionnelle.

Sauver le film de l’incompréhension critique. D’abord par l’irrespect des règles balisées. Lorsqu’Assayas décide de changer la donne des genres, il déroute, forcément. Comment comprendre le film de thriller d’un point de vue contemporain ? Aux courses poursuites extravagantes et aux fusillades frénétiques, le cinéaste préfère un point de vue plus réaliste où l’action n’est qu’un recours ultime. Beaucoup de longues scènes, beaucoup de dialogues, pour recentrer le facteur humain. Il filme d’ailleurs avec une grande virtuosité les échanges entre Asia Argento et Michael Madsen. La caméra se veut très fluide, se rapproche des visages, accompagne les personnages (le montage est aussi fort intéressant lorsqu’il ne limite pas les champs/contrechamps à ce qui est dit). Sa manière de s’insérer autour d’eux délimite des cadres où le pesant est signifié. Les gros plans sont aussi fort nombreux, chose qui me dérange profondément chez la plupart des autres réalisateurs. Pas ici. Pour la bonne raison qu’ils ont une véritable raison d’être. Assayas ne fait pas de gros plans pour la stupide raison que, comme ça, nous sommes au plus près des émotions des personnages. Philosophie télévisuelle ! Dans BOARDING GATE ils ont une fonction d’affrontement et de déstabilisation. Ils soulignent le caractère non figé sous-jacent qui nous suit tout au long du film. C’est d’ailleurs magnifiquement écrit puisque les deux protagonistes ne sont pas dans une relation définitive dans ce qu’elle pourrait avoir de refoulée. Voilà encore une notion qui différencie Olivier Assayas de ses confrères français. Là où la relation s’arrête entre deux amants, le petit film français élude toute la relation à l’autre. Tout s’évapore. Ce n’est pas le cas ici. Les vies émotionnelles intérieures prennent le dessus et ont raison des personnages, c’est notamment ce qui les mènera au sexe pour le sexe où se mêleront divers rapports pas forcément très sains. C’est une des forces du cinéma de Bergman, dont ces scènes se rapprochent énormément. C’est filmé comme du Bergman. D’où les gros plans. Ils ont exactement la même utilité que ceux du génie suédois. Ils puisent leur pouvoir dans l’intensité de ce qui entre dans le cadre. Même procédé chez Carl Theodor Dreyer, qui semble avoir plus influencé Assayas pour BOARDING GATE que Bergman. C’est ce que nous retrouvons dans cette lumière diaphane, un peu irréelle mais absolument magnifique. Voilà de quoi est capable Yorick Le Saux lorsqu’il se donne la peine de travailler correctement (se référer aux AMITIES MALEFIQUES).

Cette caméra qui bouge c’est surtout le reflet que rien n’est figé dans BOARDING GATE, comme en témoignent les flux de marchandises du milieu des affaires ou les partenaires qui vous trahissent (développant un puissant climat de paranoïa), ou même l’inquiétant aspect sous lequel les femmes sont utilisées. Plus personne ne sait trop qui est qui, qui devient quoi. Caractère qui s’amplifiera dans la seconde partie lorsqu’Assayas use de sa caméra comme d’un vibromasseur (encore une chose qui m’horripile !)

BOARDING GATE est un film qui n’éclot que très tard (avec le danger de perdre quelques spectateurs en chemin). Film sur l’instabilité qui débouche logiquement sur l’errance des plus désespérés. Le chemin s’allonge et la nuit s’épaissit. Chouette, le marchand de sable va bientôt passer !

12 septembre 2007 3 12 /09 /septembre /2007 17:40

            Mais l’effort ? Qui est-ce qui le fournit, l’effort ? C’est comme les piles. C’est toujours vendu séparément. Pour bien faire, il faudrait être deux. Celui qui offre et celui qui reçoit. La difficulté de l’un est corollaire à celle de l’autre. Parce qu’au fond, la vraie problématique de l’artiste c’est la solitude. Comme les amants se mettent en couple pour soulager leur peur d’affronter la mort, l’artiste écrit pour soulager son domaine intérieur. Il peint pour s’alléger d’un poids universel. Il sculpte pour partager sa vision. Il filme pour dire avec des mots ce que nous ne pouvons pas exprimer. Pas les mots dans leur sens premier, vous l’aurez compris, mais dans ce que leurs définitions ont de précis et de fulgurant. La lumière a des mots. La matière a des mots. Etc. Et c’est parce qu’il croit être deux que l’artiste les emploie. Quand il écrit, il est question de partage. C’est comme se confesser. Libérateur sous la certitude d’être entendu. Quelque part c’est toujours une histoire de pardon. L’aliénation possède une part terrible de culpabilité qui prend le dessus sur tout. Que n’ai-je tant espérer partager en écrivant ces quelques lignes ! L’artiste vend un second lui-même comme pour reporter ses souffrances sur ceux qui voudront bien s’y reconnaître. Il recherche quelque chose qu’il ne pourra jamais obtenir : le fusionnel de la gestation. Pendant neuf mois, la femme est à la fois un et deux. L’artiste correspond à un être factice, en recherche de gestation, donc en recherche de communion sexuelle. La fusion des deux corps comme dans l’acte charnel. Se fondre dans le corps de l’autre. Hypostase conflictuelle. Après l’œuvre, il ne restera que celle-ci. Elle ne subsistera que par son rapport au public. Et pourtant, c’est l’artiste qui lui a donné la vie. C’est lui qui a espéré partager ses tripes, son corps. Il reste à jamais confiné au fin fond de sa propre existence. Et le spectateur-lecteur ce n’est pas mieux. Le don artistique est un pouvoir onaniste. Vous naissez et vous mourrez seuls. La rencontre est illusoire.

Pourtant, moi, je le fais, l’effort. Je ne rechigne pas à la tâche. Et vous le savez, sinon vous ne reviendriez pas sur ces pages. L’effort est réel est pour moi. Prendre le temps de visionner. Prendre le temps de ne pas céder à la facilité de l’écriture. Chercher un mouvement. Ne pas tout expliciter. Travailler le moindre détail. Rester distant avec l’ostentatoire. Je veux être indéchiffrable, inattendu et opposé. Je vous oblige alors à être actif. Vous n’êtes plus un lecteur mais une entité en mouvement. Je vous transmets le pouvoir de la recherche. Ne pas s’arrêter aux mots. Chercher le bonus caché. Persévérer dans la difficulté de la lecture. Faire une pause. Revenir. Trouver l’amalgame entre le sens et le style. Enfin, profiter des résonances. Chacun son rôle. Seuls.

Pour moi, c’est plus simple, je suis l’accoucheur. Ma tâche est donc plus aisée. En tout cas, dans un premier temps. Car, comme je suis aussi artiste, elle se redéploie sur un second niveau. L’avantage c’est que ces deux fonctions n’interfèrent jamais. L’accoucheur et le géniteur n’œuvrent pas pour le même résultat. Mais ils sont entièrement complémentaires. Leur problématique réside dans l’ascendance que l’un tente de prendre sur l’autre, mais elle ne nous occupe pas aujourd’hui. Nous allons juste redéfinir les positions de chacun.

Donc, disais-je avant de m’interrompre aussi grossièrement, moi, je bosse. Mais avec quoi ? Quelle matière ? Avec du bon ou du mauvais, c’est simple. Il y a toujours quelque chose à dire, une ligne à corriger, un morveux à montrer du doigt. Mais avec rien, avec du vide, de l’inepte, je décrépis, je m’évente, je m’évapore. Je suis donc en droit de demander à recevoir autant que je donne. Nous avons besoin d’être deux, je l’ai dit plus haut, et je me sens de plus en plus seul. Il arrive un moment où il faut bien les nommer, ceux qui bossent. Oui mais voilà, leur raréfaction sclérose la mise en pratique de mon iconoclasme.

Je m’explique.

            EYE FOR AN EYE de John Schlesinger.

EYE FOR AN EYENous connaissons ce dernier par ces quelques petites choses regardables que sont MARATHON MAN, PACIFIC HEIGHTS ou MIDNIGHT COWBOY. Mais sa filmographie renferme tout de même plusieurs œuvres bien moins avouables. Les grandes idées cinématographiques sont paresseuses et l’essentiel est d’atteindre une finalité par le chemin le plus court, avec un maximum d’effet. C’est généralement le scénario qui sert le film, l’action qui retient le spectateur et le montage qui sert de clé de voûte. Pas de quoi faire frissonner la trompe de l’éléphant mais une technique efficace, savamment utilisée. Le guide du routard, quoi.

EYE FOR AN EYE ne déroge pas à la règle. C’est du Schlesinger dans toute sa splendeur, du Hollywood standard. Il suffit de lire le synopsis (là va falloir vous débrouiller par vous-mêmes. Z’êtes tatoués, non ? Z’êtes quand même pas crus chez Allociné ?) pour s’apercevoir que le film n’ira pas par quarante-douze chemins. Bien malin, le Schlesinger, avec son guide du routard ! Si le sujet de l’injustice, et de son dérivé : la vengeance personnelle, reste un thème plus que passionnant, notre petit réalisateur illustré lui préfère sa mise en exergue plutôt que son argumentation. A la justification raisonnée qu’un tel débat nécessiterait, il enveloppe son film dans la passion. Ce qui ne peut tout bonnement pas permettre au spectateur de suivre Sally Field sur cette voie. Trivialité. Qui ne serait pas bouleversé par la mort de quelqu’un de sa famille ? Qui ne serait pas scandalisé par l’abomination du crime perpétré ? Qui n’aurait pas la rage au ventre à la relaxe d’un tel criminel ? Un film comme TWELVE AND HOLDING avait au moins le bon goût de ne pas flatter le spectateur. L’intelligence de la mise en difficulté provenait du fait que des parents doivent vivre avec le poids de la mort d’un enfant par accident. La valeur que l’on accorde au meurtre devient alors sensiblement différente car abstraite.

Là où l’élévation spirituelle eut amené une ouverture sur la condition de la victime au criminel et, bien plus, de notre condition d’êtres humains capables d’accorder une place à ces personnes dans nos sociétés, EYE FOR AN EYE s’oriente vers la satisfaction des instincts primaires, ceux qui empêchent le recul, c’est-à-dire la juste vision des choses. C’est quand il validera ce point de vue que le film deviendra abject et répugnant, corroborant l’idée que la mort appelle la mort. Un œil pour un œil. La devise chère à Jean-Marie Le Pen. Ne devait-il pas être question de justice ? Donc de morale ? Or, la justice n’est pas celle que chacun décide. Dans son fondement (et pas d’esprits mal placés, s’il vous plaît), elle doit être le fait d’une autorité. En réalité, le film n’a d’intérêt que par l’introspection d’une mère qui vit non loin du meurtrier de sa fille. Mais ce n’est à aucun moment le ressort du scénario. Schlesinger n’a foi qu’en la concrétisation d’une vengeance froide et calculée. C’est là où l’idéologie trouve ses limites pour faire place à un film de propagande. Jamais le profil psychologique de Sally Field ne sera approfondi. Cela aurait pu nous engager sur le domaine de la thèse et de l’antithèse, du tiraillement ou même encore de la perte de valeurs, mais non, EYE FOR AN EYE est résolument tourné vers l’assouvissement énoncé. C’est très clair vers la fin. Schlesinger sent bien qu’il est une question de morale qu’il ne peut éluder aussi simplement. C’est pour cela que Sally Field n’ira pas au bout de sa démarche. Alors, les scénaristes ont trouvé un substitut. L’idée c’est de créer un alibi. Quelque chose qui puisse justifier que la justice soit rendue et que la mère se venge. Donc, Kiefer Sutherland doit recommencer. C.Q.F.D. Ce faisant, EYE FOR AN EYE cautionne la mise à mort des indésirables. Evidemment c’est très régressif et réactionnaire, et ça l’est encore plus lorsque l’on s’aperçoit, finalement, que toute la cause de ce film y aura été dédiée (Barbelivien ?). Tout le film est conscient du but vers lequel il tend. SALLY FIELDJamais il n’esquisse la moindre interrogation personnelle, jamais il n’accompagne les personnages sur leurs cheminements intérieurs. Il ne fait que servir des valeurs qu’il essaie de nous faire accepter par des moyens détournés vils et manipulateurs.

Ses vraies qualités artistiques, EYE FOR AN EYE les doit à Sally Field. C’est elle qui sauve le métrage. Son énergie est dévastatrice. Sa vitalité est telle que nous avons parfois l’impression qu’elle coordonne le montage, que ce dernier ne peut pas aller contre l’intensité de son personnage (j’allais dire de son jeu, mais non, ça c’est la base même du montage). Sa force de conviction et sa détermination permettent de ne pas briser le fil du scénario malgré les horreurs qu’il véhicule. Elle est vraiment formidable. C’est une immense actrice dont on ne parle pas assez. Peut-être à cause de certains mauvais choix de carrière. Comme EYE FOR AN EYE. Cela montre bien l’ostracisme qui caractérise les films considérés comme mauvais. Les récompenses ne sont réservées qu’aux bons films (à de très rares exceptions près). C’est dire la nullité des votants ! « C’est mauvais donc les acteurs doivent forcément être mauvais. » Eh bien non !!! A « La lumière vient du fond » nous pensons qu’il existe tout autant de rôles à récompenses dans les bons que dans les mauvais films (opinion valable pour tous les autres participants à l’élaboration d’un film). Et justement, Sally Field en est la preuve. Dans EYE FOR AN EYE elle aurait au moins mérité une nomination à l’oscar.

            MAN OF THE YEAR de Barry Levinson.

MAN OF THE YEARDéjà, son précédent film (ENVY) n’était pas sorti en France et celui-ci n’a toujours pas de date annoncée. Etrange mise au placard pour celui qui avait signé les très connus SPHERE, RAIN MAN, BUGSY, BANDITS, DISCLOSURE, SLEEPERS, DINER, THE NATURAL ou encore GOOD MORNING, VIETNAM. Que voulez-vous ? En France, il y a des personnes qui décident ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas. Et vous n’aimez pas les films politiques. Alors aucun producteur français ne s’y risque. Alors aucun distributeur ne s’y risque. Et ce n’est pas avec ce qui nous provient de l’étranger que la tendance va s’inverser. FAHRENHEIT 9/11, pourtant le moins bon des Michael Moore, fait figure de vilain petit canard. WAG THE DOG (tiens, encore Barry Levinson !) n’avait pas suffisamment marché pour relancer la vague ALL THE PRESIDENT’S MEN. Et l’année dernière ALL THE KING’S MEN était passablement ennuyeux. En vérité, ces films ne sont que le folklore du paysage politique. Les vrais films politiques, en France, cela n’existe pas. La preuve c’est que nous pouvons les compter sur les doigts de la main.

MAN OF THE YEAR n’est pas encore un film politique, même s’il l’aborde sous un jour passionnant. Un présentateur de talk-show (Robin Williams, insupportable dans les bonus DVD de BERNIE, si vous avez l’occasion) qui se lance dans la campagne présidentielle suite au rang élevé que les sondages de capital sympathie lui accordent. Jusque-là ça m’en soulève une sans bouger l’autre. C’est sans compter la répartie de cet animateur qui a toujours la réplique idoine pour replacer chaque personne en face de ses réalités. Et là, le film devient intéressant lorsqu’il choisit le support de la comédie pour mettre à jour la rivalité politique. Ainsi, Robin Williams, qui est indépendant, affirme ouvertement les paradoxes des politiciens, la manière dont ils sont financés, leur façon de plaire davantage avec leur image qu’avec leurs idées etc. Et toujours avec de bons arguments. Enfin nous sortons du côté pompeux des films soi-disant politiques, qui n’auraient de crédit que par leur sérieux. Quoique… Quand on y pense, c’est peut-être vrai.Les hommes politiques sont des personnes qui ne rient jamais. Pas même un sourire. Aux spectacles de Florence Foresti, BARRY LEVINSONils se gardent bien d’imprimer la moindre empreinte zygomatique sur leur faciès. Ils ont bon goût. Jamais ils ne manquent un seul conseil des ministres, chose où ils sont d’une discipline exemplaire. Ils montrent l’exemple en restant fidèles à leurs amis du parti. C’est pareil pour le chef de l’Etat. La république n’est pas à Nicolas Sarkozy, mais lui à la République. Ca, il l’a très bien compris. Enfin, je crois… Pendant ce temps-là, Monica Bellucci, elle, ne fait jamais caca. D'ailleurs, les femmes genre Monica « vont à la salle de bains ». Ce qu'elles y font demeure un mystère.

Mais revenons-en au cinéma. Du moins à ce qu’il en reste. MAN OF THE YEAR débute donc ainsi et l’on se demande bien où il va pouvoir aller car, connaissant un peu Barry Levinson, la charge que le film pourrait porter contre le système politique américain ne peut forcément pas charrier l’ostentatoire qui va de paire. MAN OF THE YEAR est un vrai film pour toute la famille, très consensuel. Il ne nous apprend donc rien de véritablement nouveau sur les exactions ou les magouilles, et il ne cherche pas non plus à développer de thèses subversives. Une sorte de résignation semble être fabriquée de toutes pièces pour les spectateurs. « That’s how it goes », comme disait le poète. Du coup, MAN OF THE YEAR passe complètement à côté de son sujet. Il dérive petit à petit vers le film de suspense, nous laissant sur la touche. C’est dommage car le film était de bonne tenue, malgré son langage cinématographique des plus basiques, et Robin Williams était très bien dirigé (en quelle année ?).

            THE QUIET de Jamie Babbit.

THE QUIETJe poursuis au rayon des films inédits chez nous. Si la médiocrité de MAN OF THE YEAR nous interrogeait précédemment, là, il faut bien dire que nous sommes en face de la bêtise incarnée des distributeurs français. Comment peut-on laisser passer une telle perle ? (Je m’arrête au passage pour vous inciter à changer votre manière d’opter pour tel ou tel film. Déjà que seul le réalisateur devrait être l’unique critère à rentrer en compte, s’il vous plaît, ne choisissez plus un film en fonction de ses acteurs ou de son scénario. C’est le meilleur moyen pour être déçu. Choisir par genre est une hérésie de même acabit. Tout comme choisir en fonction des blockbusters ou des films d’auteur. La proportion de bons et de mauvais films est exactement la même dans ces deux catégories. Alors comment ? Pas par hasard tout de même ? En fait, vous y êtes presque. Non, pas par hasard, ce serait trop cruel de ma part de vous dire cela. Mais par ressenti. C’est presque la même chose. Pour THE QUIET, c’est l’affiche qui m’a plu. Tout à coup, sa conception graphique a trouvé un écho en moi par rapport au genre de films qui me plaisent. Généralement, un film est un tout. Les films susceptibles de vous plaire se repèrent assez facilement. Ce fut par une affiche, cela aurait pu être par autre chose.)

Jamie Babbit, inconnue au tableau de chasse. Et THE QUIET donne très envie de voir autre chose de la dame. Comme disait le jeune marié. De la mise en scène ! Enfin je l’ai trouvée la personne qui fait le boulot !!! Et là, je peux vous dire que ça sort les kalaschs niveau demi-teinte. Dès le début, Jamie Babbit prend bien soin de ne pas être déterminante. Rien n’est cloisonné. Il n’y a aucune rigidité et chaque relation est remise en cause. Comme rien n’est définitif, la caméra bouge beaucoup. Lentement. Les zooms, par leur délicatesse, nous font pénétrer petit à petit dans l’univers d’une famille américaine, attirent notre attention sur quelque chose qui se jouerait hors de ce qui nous est affirmé. Les personnages vont alors s’imposer à nous. C’est une histoire de faux-semblants, bien sûr. De cloisonnement aussi. Chacun s’enferme dans son dérèglement mental (à défaut de pouvoir parler de maladie). Le film se déroule en douceur et pourtant sur un rythme frénétique. C’est une véritable leçon de cinéma ! Joan Sobel, responsable du montage, avait été à bonne école pour avoir travaillé sur l’affreux BOOGIE NIGHTS et les deux volumes de KILL BILL. Son travail est très musical. Brisures, relances, célérité des actions, énergies décalées, contraste des mouvements… C’est extrêmement agréable à suivre et plus encore. La photo est glaciale, absolument délicieuse dans la définition de cette cellule cloisonnée où ce qui s’y passe ne supporte pas la lumière du dehors. Le cercle familial recèle de terribles secrets qui n’ont pas accès au contact public. Dès lors, tout ce qui se passe dans cette maison devient terriblement anxiogène. A l’image de l’ordre parfait qui y règne. Et au milieu de tout cela, un escabeau. Une partie de la maison est encore en travaux. On rafistole, on cache, on essaie de dissimuler ce qui peut encore l’être. Mais les erreurs sont présentes, faisant planer une détestable atmosphère d’impossibilité à vivre normalement. En surface il y a le lycée, le rapport aux autres, tout ce que l’on invente pour vivre au mieux sa condition sociale. Décidément, l’enfer est partout.

Camilla Belle (rappelez-vous THE BALLAD OF JACK AND ROSE et WHEN A STRANGER CALLS) est sourde et muette. Elle semble à la dérive au milieu de jeunes étudiants qui ne s’adressent jamais à elle. Elle à l’air de porter quelque chose de supérieur à son handicap. C’est le fait qu’elle ne paraisse pas si handicapée qui nous met sur la voie. Et de commencer à prier que le film ne soit pas comme le prétentieux THE SIXTH SENSE, que Camilla ne se fasse pas passer pour sourde et muette et qu’à la fin nous apprenions qu’en fait pas du tout et personne ne l’a vu venir, je vous ai bien eu et c’est parce que je vois des gens morts que je n’arrive plus à parler !!! Heureusement, le scénario est plus fin que cela. Nous apprendrons bientôt qu’effectivement Camilla Belle n’est ni sourde ni muette. Je ne vous révèle pas grand-chose en vous avouant cela, c’est très explicite dès le départ. Dans sa mise en scène, Jamie Babbit filme exactement comme si Camilla Belle n’avait pas de handicap. Il est parfois même très clair qu’elle entend et qu’elle réagit (très subtilement, et là, il faut saluer la prestation de la comédienne qui est d’une précision implacable dans un rôle très ingrat) à ce qui se passe autour d’elle. Très belle idée de la cinéaste, puisque dès le départ le postulat est énoncé et que l’on peut toujours se dire qu’elle lit sur les lèvres. C’est un nouveau cas manifeste de mépris envers le public que de toujours le considérer comme un être passif !

Et puis, il y a cette histoire d’inceste. Là encore, dès le début, les indices se multiplient pour nous dire que le père et la fille ont une relation plus que trouble. Mais nous ne pouvons pas blâmer Martin Donovan, après tout. Imaginez le calvaire de ce pauvre homme ! La plus belle fille du lycée vit sous son propre toi ! Parfois je pense aux pères de Kim Basinger, de Jennifer Connelly ou de Jessica Lange. J’essaie alors d’imaginer la souffrance psychologique qu’ils ont endurée, le désir qu’ils ont dû réprimer, les pires plans qu’ils ont dû échafauder et puis finalement laisser tomber à cause de la peur de la culpabilité. Mais moi j’adorerais ça ! Pensez ! Ce n’est même pas puni en France ! J’espère que ma fille sera la plus belle du monde…

Dans THE QUIET, le thème est malheureusement effleuré mais il a au moins le mérite de poser clairement les choses. Et en tout premier lieu par son ambiguïté. Nous ne savons pas comment cela s’est produit. Nous arrivons dans l’histoire et les choses sont. Aucune explication par la suite. Bon point. Mais où se situe réellement la faute ? Son père n’abuse jamais violemment d’Elisha Cuthbert (à la fin il semble que ce soit l’unique fois, mais dans quel but ? Parce qu’il n’a pas envie de la perdre ou parce qu’il veut prendre le dessus par la violence ?). Elle semble presque consentante. En tout cas, elle n’apparaît pas comme une victime mais juste comme une jeune femme qui n’est pas (plus ?) satisfaite de la relation qu’elle a avec son père. Au même titre que s’il s’agissait d’un petit ami. Sa difficulté à se sortir de ce piège vient du fait que c'est précisément son père. Voilà comment nous est présentée la situation. Tout reste ouvert. Quelle est la part de provocation d’Elisha Cuthbert envers Martin Donovan (car c’est un attribut dont elle use souvent, notamment pour se confier à Camille Belle, puisqu’elle sait qu’elle l’entend, et lui dire que son père la « baise ») ? Quelle est la part de responsabilité d’Elisha Cuthbert, dont la virginité est une des principales sources de discussion avec sa meilleure amie ? Quelle est sa part de manipulation (au fond d’elle, Camilla Belle n’est-elle pas celle qu’elle invoque de lui venir en aide ?) ? Et du point de vue du père, à quel niveau se situe le décalage ? Après tout, il est plus souvent montré comme une victime que comme une bête. Toutes ces questions ne trouveront jamais de réponses. Elles existent pourtant et fondent l’hypothèse que la toute la fin n’est peut-être qu’une méprise, que Camilla Belle n’a jamais été que l’objet du lien qu’elle tissait avec Elisha Cuthbert et de toute la rancœur que la disparition de son vrai père a nourrie.

Au-delà de toutes ces révélations, ce sont tous ces non-dits qui intéressent Jamie Babbit, et plus particulièrement les acceptations qu’ils véhiculent. Comme je l’ai dit plus haut, le silence est vécu comme un repli sur soi. Les seuls moments où chacun s’ouvre c’est quand les personnages croient encore vivre dans ce silence (Martin Donovan appelle Camilla Belle au téléphone pour lui parler de ce qu’il vit, Elisha Cuthbert se confie tout haut à elle). Leurs mots n’ont de valeur que parce qu’ils sont censés ne pas trouver d’écho. Hurler sur la falaise et laisser s’évanouir les cris. Jamie Babbit aime à filmer ce qui remplit ce silence. Elle le dissèque pour voir ce qu’il renferme. A la caméra elle s’aide par des cadres travaillés et une échelle des plans qui donne beaucoup de souffle à cet univers si étouffant. Elle l’aère de cette manière. C’est forcément très bien vu.

Je ne pensais pas connaître Elisha Cuthbert. Je n’ai pas fait attention à elle dans LOVE ACTUALLY, HOUSE OF WAX et THE GIRL NEXT DOOR. Ici, difficile de passer outre. La jolie jeune femme est aussi productrice associée, c’est dire si elle s’est investie. Cela se passe souvent de cette manière lorsqu'un acteur ou une actrice souhaite sortir des rôles qui lui sont invariablement proposés. ELISHA CUTHBERTSoit tu prends toi-même le risque soit… Soit tu prends toi-même le risque. Elle est plutôt bien dirigée, tout comme la plupart des autres comédiens. Rien à redire sur la justesse de son jeu. Il manque un peu ce qui fait la singularité de ce film, une démarque dans la manière d’appréhender le personnage, un jeu un peu moins balisé. La fine bouche que je suis à d’autres espérances. On ne se refait pas ! Au contraire de Faye Dunaway.

Le film est loin d’être exempt de reproches et le symbolisme est parfois un peu lourd, comme avec le nounours sous le fer à repasser. La fin est un peu gâchée. Trop explicite, trop logique. Il faut que tout soit résolu et avéré. Qui plus est, c’est un peu trop moralisateur sur les dernières phrases. Je préfère quand rien n’est expliqué, que tout trouve sa cohérence intrinsèquement. C’est la lumière qui amène la magie. Et le cinéma ne doit faire que montrer et jamais démontrer. Il n’empêche que THE QUIET impose son tempérament aigre-doux avec une belle maturité et une grande envie de nous transporter. Comme au cinéma, quoi.

            LES AMITIES MALEFIQUES d’Emmanuel Bourdieu.

LES AMITIES MALEFIQUESNous y voilà ! Alors je fais quoi, moi, maintenant ? Il faut bien en parler finalement de ceux qui prennent vulgairement la place des autres ? Emmanuel Bourdieu est un usurpateur. Oui, monsieur le duc de Guise. Et pas celui qui passe inaperçu, pas de ceux qui se font faire le double des clés et qui pénètrent la maisonnée la peur au ventre. Non, non. Le fier à bras, le sans scrupules, la canette qui gicle quand on la décapsule ! Moi je veux bien parler cinéma, mais je parle de quoi, alors ? LES AMITIES MALEFIQUES c’est la vacuité intersidérale de la recherche d’une expression artistique. J’ai beau chercher, du début à la fin tout n’est qu’ennui, copie bâclée, travail dédaigneux. Laborieux effort du spectateur qui tombe dans le vide pour n’avoir rien à quoi se raccrocher.

Thibault Vinçon campe un personnage fort, pas forcément avec beaucoup de relief mais avec beaucoup d’interactions sur ses camarades. Un personnage immense en substance. C’est déjà ça. Et c’est tout. Le scénario ne servira qu’à sens unique ce personnage, et c’est parti pour un déroulé. La petite histoire suit tous ces personnages sur une période donnée, et cela pourrait se poursuivre si la rallonge budgétaire des scénaristes se définissait en conséquence. C’est un film français, d’accord. Je ne m’attendais pas à avoir autre chose que de la lumière anonyme et commune à tous nos films hexagonaux, mais un petit effort aurait été le bienvenu. Ne serait-ce que pour faire des images regardables. Mais non. Même pas. Sinon, question découpage, c’est uniquement de l’illustratif, le montage tranche quasi n’importe où, l’axe des caméras semble être une donnée extra-terrestre, les comédiens sont à peine dirigés (Malik Zidi est celui qui s’en sort le mieux, Jacques Bonnaffé est épouvantable comme jamais il n’a été et Natacha Régnier ne fait que de la figuration. Quand on connaît son potentiel, c’est une honte et une goujaterie, monsieur Emmanuel Bourdieu, de faire cela à une actrice !) et ça continue dans tous les sens à qui mieux mieux.

L’absence de tout indicateur cinématographique n’est pas tant ce qui est le plus scandaleux. Après tout, c’est le lot de nos productions. Routine et prises de risques minimum, les deux sœurs jumelles. Ce qui est le plus rageant c’est que, pour un film qui dispense de hautes idées sur l’exigence littéraire (les médiocres n’auraient pas leur place en publication), LES AMITIES MALEFIQUES se situe à l’opposé du discours qu’il revendique. Autant son discours peut paraître cohérent d’un point de vue scénaristique, autant il n’est jamais mis en œuvre par le réalisateur. Où est le travail d’esthète ? Où se situe l’iconoclasme ? Quand nous vend-on de l’originalité ? Emmanuel Bourdieu ne prend jamais la peine de mettre en place les objets de ses revendications cinématographiques, tout simplement parce qu’il n’en a aucune. Et par ce film amblyope, il nous prouve la réduction de son idéologie par l’expérience même de la pellicule. Et j’écris bien « son idéologie » car c’est ce qu’il met en avant tout le long du film. Nous pourrions nous dire que Thibault Vinçon est un jeune homme qui véhicule une certaine conception de la littérature et du sens artistique, et qu’Emmanuel Bourdieu ne fait que nous raconter son histoire sans forcément être d’accord avec. Or, c’est faux. Il nous le concède lorsque la figure du professeur (Jacques Bonnaffé), qui est la seule à pouvoir recentrer les choses et à imposer une référence (puisqu’il incarne la connaissance qui se transmet), glorifie non pas Thibault Vinçon mais sa faculté à être pertinent et brillant. C’est un comble !

C’est en sa qualité de film méprisant que LES AMITIES MALEFIQUES nous parvient. Les artistes sont une élite. Les autres n’ont pas droit de cité. Mais ce n’est qu’une base de départ sur laquelle (entre autres) le réalisateur se base pour nous refourguer sa grande idée : LES AMITIES MALEFIQUES est un film sur la maïeutique. Et je m’en réfère directement à la méthode mise au point par Socrate. C’est-à-dire que Thibault Vinçon est l’accoucheur qui permet de bâtir les personnages. Qui plus est, ses personnages. C’est le cœur du film. A travers ses différentes interférences il construit ses amis. Le beau rôle que celui de l’accoucheur. EMMANUEL BOURDIEUC’est d’abord le plus facile (même s’il n’est pas aisé) et c’est aussi celui qui engendre la reconnaissance. Un discours socratique, comme je le disais, parfaitement logique mais qui ne supporte pas sa mise en forme. Aussi pertinent, documenté et argumenté que puisse être son propos, il est d’abord démonté une première fois lorsqu’Emmanuel Bourdieu essaie de faire de la mise en scène (désolé pour l’émotion mais la culture ce n’est pas l’intelligence), et une seconde fois lorsque Thibault Vinçon dit à Alexandre Steiger qu’il sera un grand acteur comme l’a prouvé son audition pour rentrer au Conservatoire (en passant, me voici très étonné de voir que les auditions du Conservatoire ont lieu au théâtre Tristan Bernard !!! Est-ce que les dirigeants ont subitement eut honte que l’on montre les froides salles sans âme où se déroule le premier tour ?). Manifestement, cela prouve définitivement que Thibault Vinçon se fourvoie sur le sens de l’art. Lors de son audition Alexandre Steiger est catastrophique. Il déclame ses vers, est figé comme le requiert toute mise en scène guindée de Racine, aucune vie ne nous parvient (au contraire de la jeune fille qui lui donne la réplique). Tout est plaqué, antinaturel.

« … » résume bien le reste du film.

Alors si ni les comédiens ni le réalisateur ni personne d’autre ne le fait le boulot, moi je pose la question : « Qui est-ce qui le fournit, l’effort ? »

3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 14:15

THEIPCRESS FILEplaisir de cette période estivale les herbes hautes baguenauder cueillir des gypsophiles mutiler les bougainvilliers parce qu’ils portent un affreux nom amener le Petit Chaperon Rouge à une corrida accessoirement enfourcher sa bicyclette mot qui s’écrit et ne se parle plus pour aller au cinéma tout en profitant de la pluie et des rues parisiennes désertes pour un peu nous nous croyons dans THE WORLD, THE FLESH AND THE DEVIL Ranald MacDougall 1959 l’effrayant silence et puis la redécouverte du monde « this is the end » comme un éternel recommencement la déception estivale des films que l’on y case par défaut de ne savoir quand les sortir le reste de l’année cortège embrumé de productions anonymes rien de trépidant envie de vénérer le confort la climatisation l’acoustique détrempée des salles feutrées mais la lumière qui vient du fond m’échauffe la vue avec son nuage pyramidal qui me surplombe m’encercle m’étouffe m’étourdit et m’emplit toujours de sa magie j’active mon bouclier d’hyperénergie et me voici prêt à dégainer anachorète que je suis ne supportant ni la fumée dans les yeux ni la moiteur des échanges en milieu tempéré encore moins les personnes âgées qui vous poussent pour sortir alors que la rame de métro n’est toujours pas arrivée à quai les personnes âgées tout court d’ailleurs vieilles usées ridées fripées froissées décrépies gâteuses séniles déliquescentes mourantes pas d’hiver prochain et c’est tant mieux et cela fait du bien de rire et de souhaiter la mort et se venger pour toutes ses souffrances et quand on a déjà tué quelqu’un on n’a plus peur d’oser le dire tout haut dans cette grande piscine où nous nageons tous beaucoup de monde près du bord pouvoir se raccrocher au cas où mais moi le cliquetis de l’eau m’emporte au loin il existe un horizon dans cette piscine le croyez-vous arrivés sur les bords de THE WICKER MAN Robin Hardy 1973 de réputation plus intéressante que de visu beaucoup de bruit pour une histoire somme toute abracadabrante prestidigitation lyrique et somme toute malhonnête psychologie des situations et des personnages peu plausibles et deux fois « somme toute » à si peu d’intervalle je me dis qu’il existe forcément un sens caché les chocolats sont parfois trompeur avec leur enrobage mais ici c’est l’enrobage qui ne donne pas forcément envie de toucher au fruit défendu le cœur sera-t-il fondant le mien se liquéfie à chaque rayon de soleil image finale symbolisme appuyé le long du film dont les principales intentions sont plus que captivantes premier lieu d’entrée la volonté affichée de provoquer la Hammer sur son propre terrain pas seulement géographique la particularité tellurique l’hostilité masquée la lourdeur du non explicite le danger qui peut surgir à chaque instant craintivement épouvantable l’ambiance qui avance à pas millimétrés et puis qui ose changer du tout au tout atout majeur de THE WICKER MAN fabuleuseZABOU BREITMANouverture du champ lexical que ce mélange des genres acidulé version policier comédie musicale érotisme fantastique ce que le film n’est pas malgré cette idée véhiculée par les ans nous applaudissons des deux oreilles l’amour du geste une communion comme un régal face à la prédisposition du spectateur que Robin Hardy prend d’abord plaisir à désamorcer pour ensuite insérer son propos théologique car THE WICKER MAN vaut essentiellement par l’opposition du christianisme et du paganisme l’un et l’autre les deux extrêmes qui se rejoignent blanc et noir le loup et l’agneau Quick et Flupke MacDo et Flunch sous couvert de dénoncer l’un par l’autre et puis finalement exposer l’autre à la lumière de ses mêmes limites beau discours l’assemblée était assise et écoutait consciencieusement les mains croisées et les oreilles décollées l’envol semblait n’être qu’une question de temps passer sa vie à réfléchir comprendre s’envoler et atterrir lorsque le trajet vous aura conduit au point de non retour c’est implacable comme des numéros accrochés dans le dos qui se battent la suprématie du terrain du pouvoir devenir ministre du culte sous les hourras de la foule qui réclame l’homme d’osier magnifique représentation de toute cette impuissance de l’Homme face à la croyance impuissance qui déifie l’icône par sa sublimation via le feu et pendant ce temps le film n’emporte pas totalement notre enthousiasme la vraisemblance en prend un coup et comme ils sont machiavéliques pour avoir tout planifié de cette manière heureusement que Neil LaBute est arrivé sans se presser sur son beau cheval persan pour clarifier tout cela bien mettre dans des cases expliquer les moindres détails et changer la photo un truc plus classe qui pète sa mère et puis de l’action surtout alors une première séquence absolument inutile simplement mathématique j’appuie sur la touche = et j’obtiens une équation qui force le spectateur à rentrer directement dans le vif du sujet le souffle court en attente de la suite créer l’envie oui mais c’est pourtant par son inappétence que brille THE WICKER MAN de Neil LaBute oubliée l’ambiance sinistre et drôlement décalée voire perverse voire vénéneuse tout en pâles dénivelés du coup le film ne raconte plus rien si ce n’est une banale enquête pour retrouver une petite fille et toute l’étrangeté de cette communauté n’est plus présentée comme un contrepoint au monde d’où vient Nicolas Cage mais comme une bizarrerie de la nature que l’on regarde d’un mauvais œil mais pas trop parce que l’on sait que l’on colporte la vérité et que tout grotesque n’identifie qu’illuminés et autres anormaux une sorte de quota comme ceux que la société oblige à instaurer pour se défausser de son manque de tolérance parce que nous savons bien et c’est ce que montre ce remake qu’elle se rit de ce qu’elle considère comme des déviants but inverse de celui recherché par l’original et Nicolas Cage n’y changera pas grand-chose se prendra les pieds dans le plat mangera finalement dans la gamelle du chien attaché à la niche de l’impossible transmission émotionnelle de ses rictus faisandés heureusement qu’il y a Molly Parker très belle actrice avec un physique out of the road et ça fait du bien de voir ça dans une grosse production hollywoodienne déjà très appréciée dans WONDERLAND ou KISSED actrice que l’on voit trop peu sous-employée elle aussi et pourtant le magnétisme sexuel qui se lit sur son visage convenait parfaitement à l’ambiance de ce film immonde gâchis dont aucune date de sortie n’est encore prévue chez nous et peut-être qu’avec un peu de chance cela sortira directement en DVD alors que ça n’aurait été que de moi ç’aurait été directement sorti avec les poubelles ces trublions démasqués qui espéraient faire uneTOM NOVEMBREaffaire avec le statut de film culte dont ils n’ont franchisé que le nom et là nous débusquons l’une des plus grosses arnaques contemporaines celle de ces producteurs qui n’ont aucun scrupule à profaner des œuvres d’art dans le seul but de faire de la caillasse sur le dos là où il y a un numéro vous suivez belle illustration d’une stratégie que les Etats-Unis ont goupillée depuis quasiment les débuts du cinématographe étrangement accélérée depuis la fin du siècle dernier « quand c’est usé je le jette je le jette et je rachète » comme disait le poète c’est l’idéologie culturelle récupérée en instabilité du vu lu et entendu et si vous écoutez bien mais surtout écoutez mieux vous comprendrez que les Etats-Unis réinventent l’Histoire en imposant leur version des faits du monde car pour eux l’Histoire n’est jamais fixe elle est mouvante si elle s’écrit au jour le jour elle se réécrit aussi aujourd’hui on grave l’Histoire de demain alors que celle d’hier est déjà en train de s’effacer pour devenir celle que les Etats-Unis ont toujours voulu qu’elle soit c’est bien simple quand cela ne leur convient plus ils jettent ils jettent et ils rachètent ils effacent ils effacent et ils réécrivent « incunable » est un mot qui tend à disparaître du vocabulaire américain s’il faut dire les choses telles qu’elles nous sommes en mesure de vous révéler le négationnisme dans lequel est en train de s’enfoncer la culture cinématographique U.S. l’Histoire n’existe plus telle que nous l’avons vécue mais comme on nous la dicte c’est ainsi qu’ils sont arrivés à s’approprier l’Histoire d’autres pays et à la réécrire selon leurs propres conceptions CRIMINAL THE RING THE DEPARTED TRUE LIES THE LAST KISS THE ITALIAN JOB VANILLA SKY THREE FUGITIVES WICKER PARK DIABOLIQUE SOLARIS THE LADYKILLERS ALFIE GET CARTER UNDER SUSPICION THE GRUDGE OSCAR SORCERER THE LONG NIGHT THE BIRDCAGE UNFAITHFUL PARADISE 3 MEN AND A BABY SOMMERSBY THE MIRROR HAS TWO FACES NINE MONTHS MY FATHER CE HEROS TWO MUCH pour ne citer qu’eux et là où le processus devient particulièrement sournois et pernicieux c’est qu’il s’attaque aussi à sa propre Histoire avec des films tels que GLORIA HAIRSPRAY ASSAULT ON PRECINCT 13 KING KONG THE HILLS HAVE EYES OCEAN’S ELEVEN THE STEPFORD WIVES THE END OF THE AFFAIR THE GETAWAY THE THOMAS CROWN AFFAIR THE MANCHURIAN CANDIDATE SABRINA THE TEXAS CHAINSAW MASSACRE FUN WITH DICK AND JANE THE JACKAL THE PINK PANTHER GONE IN 60 SECONDS THE BLOB BODY SNATCHERS CHARLIE AND THE CHOCOLATE FACTORY PLANET OF THE APES VILLAGE OF THE DAMNED PSYCHO le pire du pire pourtant étrangement très intéressant THE FOG ROLLERBALL alors que sont annoncés THE EVIL DEAD THE FLY FOOTLOOSE THE TOPKAPI AFFAIR BANGKOK DANGEROUS LABYRINTH pour 2008 et deux scandales qui feront certainement beaucoup parler d’eux les remakes de PHANTOM OF THE PARADISE 2010 et THE BIRDS 2009 avant que cela touche la France c’est pas à côté de la porte pouvait-on entendre puisque nous ne sommes pas issus d’une culture négationniste tu parles mon-cul-et-tarte-aux-pommes le phénomène s’exporte très facilement puisque les prochaines années françaises seront marquées soulignées Stabilo Bossées par les précurseurs LE SCHPOUNTZ UN CRIME AU PARADIS LE DEUXIEME SOUFFLE quand nous débarrasserons-nous de ces maudites chaînes pour mener le combat de nos libertés suicidaires d’ici-là je me serai exilé dans un bouge de Hanoï où de vieilles chanteuses oubliées essaieront de mettre du GHB dans mon verre pour abuser de moi et je me laisserai faire parce que moi je ne les aurai pas oubliées alors je renaîtrai en Dieu de l’Amour et j’aurai connaissance de tous vos secrets même les plus enfouis de toute façon j’ai toujours rêvé de faire dans l’humaniquaire et de savoir si c’est possible ça des Transformers transsexuels transgéniques transfusés transalpins transportables et transparents et si oui je promets THE WORLD, THE FLESH AND THE DEVILde pas faire de recherches sur Google tu sais le site internet où ta mère est tellement moche qu’elle a zéro résultat gucci baby c’est ce que je préfère bonne pioche comme disait Marc Dutroux BIG FISH Tim Burton 2003 plutôt regardable plutôt réconciliant avec le Tim seconde vision plutôt similaire à la première et enfin le retour à l’esbroufe apaisée l’œuvre de l’artiste qui prend le pas sur la volonté de devenir un artiste les choses fonctionnent d’elles-mêmes ne jamais jouer les fiers à bras drôle de goût que cette résurrection annoncée par un film profondément chrétien et là je vais préférer l’enrobage parce que toute cette soupe « God bless America » m’énerve toujours profondément c’est patriotisme et consorts les mêmes insignes que l’on nous présente comme les gardiens des vérités universelles de la limite fascisante nous nous rapprochons et toujours de façon très inconsciente rappelez-vous D.W. Griffith et son THE BIRTH OF A NATION il y a presque un siècle ce n’était pas du fascisme mais c’était tout aussi inconscient d’autres y passeront plus tard c’est épistémique rajoute des mots comme ça si tu veux que ton article fasse sérieux et professionnel et toute cette farandole pour finir sur l’image du fils qui baptise son père la boucle est bouclée comme s’il fallait une logique à tout ce tintamarre la figure du père c’est évidemment le rapport du Christ face à celui qui l’a abandonné rapport de force inversé s’il en est complètement caduc si l’on peut prouver que Dieu n’existe pas et c’est con parce que j’avais la preuve sur un papier mais ce matin le temps de prendre ma douche et mon chien l’a bouffé tant pis je resterai quelqu’un d’ordinaire pour encore quelques temps de toute façon la relation à ses parents n’est pas très nette ça au moins j’en suis sûr tout comme la haine est une émotion très sous-estimée sûr aussi que Zabou Breitman fait du cinéma SE SOUVENIR DES BELLES CHOSES était très réussi et elle confirme son talent avec L’HOMME DE SA VIE plus méditatif et de belles idées comme le récit qui ne suit pas une trame linéaire mais revient à un moment précis du passé pour se nourrir de points de discussion c’est nouveau ça s’appelle le flashback inversé et cette caméra qui filme une scène selon des angles différents c’est bien amené et en plus c’est beau dans le cadre messieurs les français vous voyez que c’est possible une symbolique parfois un peu redondante beau moment toujours en simplicité apparente puisqu’elle cache invariablement de profonds malaises qui n’attendaient qu’un déclencheur intelligent dans l’approche qui évite les clichés non seulement des homosexuels contrairement au pitoyable POLTERGAY vu récemment et qui additionnait aussi les clichés envers les psys le cinéma et le monde en général et si vous en voulez toujours plus la goutte d’eau le vase la bassine et le tuyau d’arrosage vous avez besoin de CONFESSIONS OF A SOCIOPATHIC SOCIAL CLIMBER Dana Lustig 2003 honteux téléfilm pourtant sorti dans nos salles sous un titre trop crétinoïde pour que je le mentionne je vous laisse le privilège Google Earth tu sais le site internet où ta sœur est tellement grosse qu’on peut voir son cul en full screen je vous dirai seulement qu’il n’y a rien à espérer qualité téléfilm pas de cadres un seul éclairage pour toutes les scènes comédiens qui n’y vont pas avec le dos de la main morte scénario indigent personnages polycopiés par centaines pour avoir un tarif dégressif ne parlons pas du montage ou de toute autre velléité inexistante à procurer une quelconque satisfaction de divertissement je ne mets pas de points cette fois-ci mais CONFESSIONS OF A SOCIOPATHIC SOCIAL CLIMBER en mériterait un et dans la gueule vautrons-nous plutôt dans THE PASSION OF DARKLY NOON Philip Ridley 1995 dont le premier film THE REFLECTING SKIN 1990 nous avait déjà séduit par sa singularité Ridley s’applique et cela se voit à l’écran film très audacieux qui ne semble pas s’autoriser de limites les acteurs jouent le jeu prennent des risques Brendan Fraser enfin digne d’intérêt jamais vu faire autre chose que de l’overacting et des tics de physionomie pour combler son manque d’intériorité ici c’est pourtant avec beaucoup de conviction qu’il incarneMOLLY PARKER Darkly Noon d’autant plus passionnant au vu du nombre de plans où il ne parle pas et fait passer tout ce que son personnage ressent par autre chose que des grimaces et des processus de lifting il en faut de la charge intérieure je vous le dis mais c’est toujours pareil dès qu’un vrai directeur d’acteurs pointe le bout de son nez il arriverait même à faire jouer Louis Garrel il n’y a pas de mauvais comédien et Ashley Judd il nous faut encore parler d’elle complètement bluffante dans BUG cette année elle tient un rôle là encore très riche avec des scènes particulièrement casse-gueule énorme présence parfaite rien à dire sinon qu’elle devrait parfois mieux choisir ses rôles les films de Joël Schumacher en avoir c’est se faire avoir et si Philip Ridley c’est quand même mieux cela peut au moins se vérifier par l’intensité des émotions qu’il exacerbe mise en scène toujours prégnante jusqu’au boutiste elle ne fera pas de cadeau et vous êtes prévenus même si parfois il faut montrer les personnes nues lorsque les scènes le nécessitent alors qu’est-ce qui te gêne là Ridley à part ça c’est beau c’est triste c’est fou c’est agressif c’est claustrophobique pas d’effet en trop beau sujet belle réussite qui fait regretter que Philip Ridley ne soit pas plus reconnu il en est de même pour un peu trop de cinéastes dont la place est squattée par Jean-Jacques Annaud Lars Von Trier Ridley Scott Ron Howard Xavier Beauvois et autres membres du Consortium des Laxatifs du Cinéma et pareillement qui ose encore parler de Scott Reynolds ou Nicolas Roeg ostracisme inacceptable qui ne peut convenir aux assoiffés de prises de risques que nous sommes et ô combien leur cinéma est osé voire incantatoire tu les entends les grands manteaux noirs qui s’avancent vers ta geôle pour la libérer de ses grilles froides comme l’indifférence des critiques qui veulent imposer leurs critères gustatifs comme universels au lieu de faire correctement leur travail c’est d’autant plus stupide que s’ils savaient ce qu’ils loupent ils ne le louperaient pas Mocky lui il en a loupé dans les derniers machins qu’il a réalisés j’ose même plus appeler ça des films tellement c’est informe filmé en ADSL version fibre optique pensez donc déjà 3 films rien que pour 2007 faut dire que la DV ça lui a ouvert des perspectives à notre Mocky national pas cinématographique pour faire pencher la balance GRABUGE ! ne pèse pas lourd et ferait même passer la pesée en négatif lumières signées Edmond Richard qui ne fait plus que celles de Mocky depuis des années alors qu’il a travaillé il y a bien longtemps pour Buñuel notamment CET OBSCUR OBJET DU DESIR mais aussi LE PROCES Orson Welles 1962 il semble lui aussi passé de mode reléguant son ancien talent aux projections du dimanche après-midi séance spéciale pour les petits-enfants « vous voyez là c’est papy quand il essayait de faire une lumière un peu sympa » liste à terminer Michel Serrault dans l’un de ses plus mauvais rôles cabotin voyageant en première classe même pas composté son billet le saligaud et dire que sa mort a occulté celle du génie Bergman facile à détecter il n’y en a que trois dans le cinéma mondial et m’est avis que Gérard Pirès pleure déjà desBIG FISHlarmes de sang comme cette empreinte ADN qui faisait la marque de fabrique Mocky et qui aujourd’hui ne ressemble plus qu’à du cinéma amateur pas bien ficelé moche même pas prétentieux ou ambitieux vieux ringard du cinéma plein de toiles d’araignées ça sent fort la naphtaline et comment arrive-t-il à convaincre encore autant de personnes à tourner avec lui outre la panoplie qu’il se trimballe regardez bien les génériques et vous verrez qu’il fait équipe avec une bande de joyeux lurons de l’art très dramatique et ce depuis de nombreuses années Michel Serrault parce que c’est un ami Villeret parce qu’il a réussi à le convaincre de produire LE FURET Renaud Dick Rivers Pierre Cosso Géraldine Danon Bruno Solo Bernard Ménez c’est le bal des has been OK mais Michael Lonsdale Robin Renucci Thierry Frémont Jean-François Stévenin Tom Novembre François Toumarkine Marianne Basler Charles Berling je suis mystifié des statues de cire voilà ce que j’ai l’impression de voir le musée Grévin articulé vous sentez bien que ce ne sont pas totalement eux et pourtant il y a bien un petit quelque chose dans la bouche ou dans le regard mais ces grands mannequins liftés j’ai toujours trouvé cela angoissant et tellement peu naturel le faux qui se voit les grosses ficelles le manque d’intérêt et on vous ferait payer une place pour voir n’importe quoi c’est cela que je ne lui pardonne pas à Mocky la place achetée au guichet et je croyais aller au cinéma alors qu’on me poussait dans un musée même des ratés à la limite c’est excusable j’accepte les erreurs mais pas les fautes là je verbalise pas une seule intention cinématographique ce qui entre dans le cadre fait sens et ça d’accord pour la télévision mais voilà à quoi nous réduit ce cinéma discount qui montre son nez de plus en plus projection intensive de films faits à la maison on applaudit avec un bon scénario et moi je pleure de toute façon tu viens me parler discrètement à l’oreille et replonger avec toi dans les profondeurs assourdissantes tourbillon des corps désamorcés qui ne répondent plus la ligne est coupée cordes vocales fatiguées des fois je me demande comment certains ont le courage de continuer parce que quand j’étais adolescent j’aimais certains films et quand je les revois je me demande comment j’ai pu ne jurer que par ces immondes produits un peu trop de sauce qui dégouline pas revu IRON EAGLE Sidney J. Furie 1986 réalisateur dont THE ENTITY 1981 fonctionne plutôt bien et THE IPCRESS FILE 1965 est un authentique chef-d’œuvre que je vous conseille de découvrir si ce n’est pas encore fait ce doit être à peu près tout ce qui se regarde mais il a tellement œuvré que je suis loin d’avoir tout vu en tout cas une chose est sûr c’est que son SUPERMAN IV : THE QUEST FOR PEACE 1987 est une aberration générationnelle il y a des cinéastes comme ça j’aime bien avoir de leurs nouvelles Renny Harlin je préfère que ce soit par e-mail des fois je tombe sur un truc pas connu alors je regarde je sais que ça va être mauvais mais que voulez-vous il faut bien entretenir les relations et sur ce coup-ci c’est NICOLAS ROEGDETENTION 2003 je vois Dolph Lundgren au casting et là je me dis que j’en prends pour 1 heure et 38 minutes de souffrance que n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie et pourquoi ce masochisme à répétition ma cinéphagie l’emporte sur ma cinéphilie ma psy n’aura qu’à se démerder avec ça illusion qu’un jour tout va changer mais je souris au vent et perd mon ombre chinoise la loi du plus fort étant toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire fontaine j’avais bien lu dans les cartes quelqu’un a jeté le valet de cœur il ne reste plus que les prédictions avérées avariées averti que j’étais d’un œil je regarde l’écran je bloque l’autre avec ma main j’essaie avec mes oreilles mes yeux se croisent je floute les visages je me rebaptise Photoshop CS ma tête se penche elle est maintenant à l’envers rien n’y fait Dolph Lundgren n’a jamais été qu’une brute et il n’y a que des cheveux là haut je pensais avoir flirté avec les spéléologues de la médiocrité lors de CONFESSIONS OF A SOCIOPATHIC SOCIAL CLIMBER mais là c’est carrément incompréhensible ils s’activent dans tous les sens ça bastonne pour un rien le scénario m’attaque les neurones il devient une bouillie où tout n’est que bruit dans un monde testostéroné dans CONFESSIONS OF A SOCIOPATHIC SOCIAL CLIMBER il y avait aussi du muscle et je préférais ceux de Jennifer Love Hewitt associés à ce nom je suis sûre que si tu rajoutes « nue » « naked » « rasée » « humide » et « bunker » les moteurs de recherche vont soudainement beaucoup t’aimer la vie est tellement riche d’enseignements festifs et régénérants il n’empêche Sidney J. Furie m’attriste aujourd’hui pourquoi tu parles dans le vide dis Furie demain ce sera fini et j’exploserai avec les feux d’artifices en d’incommensurables dérélictions dionysiaques et je serai content de me remémorer mes regrets aussi nombreux que mes rêves pareil pour tous le même tarif de groupe il est faux de croire à l’idée commune que nous ne colportons aucun regret et pire encore que cela ne sert à rien d’en avoir ce n’est qu’un concept préétabli guidé par la tyrannie de ne vivre que pour des instants de bonheur le mot qu’il m’avait manqué pour MA MERE Christophe Honoré 2004 à vomir c’est dire si j’appréhendais DANS PARIS 2006 avec Louis Garrel dans la distribution que n’ai-je donc tant vécu que pour cet infamie air connu et blablabla et blablabla comme quoi tout arrive figurez-vousCHRISTOPHE HONORE que ce film contient du goût et des arômes et des morceaux de fruits comme en Bulgarie d’abord ça surprend ensuite nous sortons de là en se disant qu’à défaut d’être complètement séduisant DANS PARIS a l’énorme avantage de se démarquer de toutes les autres productions hexagonales si si même que Christophe Honoré essaie de faire du cinéma je le vois bien que personne ne me croit moi-même je suis en train de me demander si ce n’est pas quelqu’un d’autre qui serait entré en possession de mon corps et guiderait tous mes gestes m’obliger à écrire cela faut vraiment être le fils de personne il y a un peu de vrai en matière de sémantique Honoré crée son monde son petit univers qui n’a pas grand-chose à dire mais qui le dit très bien Romain Duris qui s’enfonce dans le plancher de sa chambre l’impossible accès de la proximité « Cambodia » en fond sonore ça c’est du joli Guy Marchand pourtant un bon comédien mais tout comme Victor Lanoux ou Michel Galabru ils auraient pu devenir les plus grands acteurs français mais ils se sont sabordés eux-mêmes avec Marie-France Pisier c’est du moins propre et Louis Garrel qui n’est employé que pour plagier Antoine Doinel voilà je l’ai dit ça ne vous aura pas échappé tout l’intérêt de Christophe Honoré à vouloir faire ce film réside dans son amour des décalcomanies nous y trouvons pêle-mêle Truffaut Rohmer Godard Demy déjà dans 17 FOIS CECILE CASSARD 2002 ou encore Eustache et après on crie à la modernité du cinéma français à la sortie de la projection cannoise ce qui confirme que la culture du cinéma est réservée à une élite et ensuite que l’intérêt suscité devient très relatif les bons réalisateurs s’inspirent les autres rendent hommage nous y sommes encore et toujours les chaînes et leur bruit clinquant et s’il y a de belles choses DANS PARIS marque le pas sur le terrain du renouveau conceptuel au bout du compte l’idée d’avoir retrouvé quelque peu l’atmosphère Nouvelle Vague pour ceux qui aiment sinon il y a de la Danette dans le frigo et du Melville dans le magnéto finalement j’en conclus que cela doit être chiant de toujours porter son véto c’est quand même plus simple de prendre rendez-vous faut que j’arrête de boire sinon je vais continuer

17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 01:49

            Les chiens adorent dormir la tête dans leur cul. Il est comme ça des spécificités de nos amis canidés qui échappent parfois au bon fonctionnement de notre cerveau. Et c’est ici que je m’écris : « Refusons le port du tchador ! » Ou, en d’autres termes plus politiquement corrects : « Ne nous voilons pas la face, mes amis musulmans. » Car l’animal n’a de musulman que ce que son maître lui suppose. Et s’il suppose… C’est encore une histoire de cul ! CQFD. J’ai vécu quelques temps avec une jeune femme qui s’écriait souvent au réveil : « Ouah ! J’ai la tête dans le cul ! » Faut-il en conclure pour autant que c’était une chienne ?

Toujours est-il que dormir la tête dans son cul, c’est quand même un peu comme apprendre des verbes irréguliers. Faut être passablement pervers pour passer son temps à ces prévarications contre nature. Moi qui suis d’une nature complexe, mais d’une composition ordinaire, j’aime les choses simples, Burt Reynolds dans STRIPTEASE, les soldats de plomb de la guerre 14-18 des éditions Atlas, et le prénom Chochana. Et j’abhorre la trivialité, Emma Thompson, le coleslaw, les tests scientifiques qui nous forcent à acheter des crèmes antirides, et les fèves de collection des éditions Atlas. Bon, c’est vrai, en leur temps, j’adorais Gérard Lenorman et Nicolas Peyrac, mais j’ai maintenant renié ces années noires de mon passé. Je suis dans ma période rouge.

Vu comme cela, nous pourrions très bien nous interroger sur l’utilité de cet animal parmi la faune terrestre. Et pourtant, l’animal de compagnie qu’est le chien a beaucoup plus à nous apprendre qu’un film de Jean-Jacques Annaud. Incroyable le plaisir qu’il met à essayer de tourner sur lui-même de plus en plus vite ! Pas Jean-Jacques Annaud ! L’admiration que je développe envers nos meilleurs amis me plonge dans l’interrogation la plus complète. La création de cette sous-espèce fut-elle un acte primesautier ?

Si l’on en croit pourtant la légende, le chien serait toutefois très utile pour savoir quand la caravane passe.

Cette oisiveté bestiale ne manquera certainement pas de vous rappeler un célèbre personnage de dessin animé : Homer Simpson. L’une des rares personnes que je connaisse (avec Katsuni) à se contorsionner avec autant d’animalité. Du fait de cette corrélation l’image d’Homer Simpson dans notre société devient le symbole d’un mouvement trop méconnu : le situationnisme.

L’actualité d’Homer Simpson c’est une série télévisée qui compte un peu plus de 400 épisodes depuis 1989. Pour prolonger son succès, les créateurs de la série ont eu très tôt l’idée d’en faire un long métrage. Le procédé pourrait paraître uniquement mercantile, mais s’il découle d’une telle logique il sert avant tout de témoin aux saisons à venir. Les années ont érodé l’effet de la nouveauté et contribué à donner aux « Simpsons » une place dorée dans notre univers quotidien, celui qui conjugue nos gestes téléguidés. Pour les plus grands fans, la question ne se pose même pas. C’est un public acquis. C’est lui qui rentabilise les coffrets DVD et qui continuera encore à jurer fidélité une fois que la série sera terminée. Mais en ce qui concerne les pourceaux télézappeurs, ils ne constituent plus une manne assez stable pouvant servir les intérêts de la théorie de la propagation de l’écho. De par sa longévité, « The Simpsons » fait désormais partie du paysage audiovisuel au même titre que « Des chiffres et des lettres », « Envoyé spécial » ou encore « Le jour du seigneur ». Son excès de présence nous fait parfois oublier sa diffusion, tout comme à force de répéter un mot, sa sonorité devient si familière qu’elle devient une bouillie inaudible dépourvue de sens. La nouveauté est plus médiatique et nous parlons plus volontiers de l’actualité plutôt que de rabâcher dans chaque conversation que « The Simpsons » ça claque quand même sa race ! Le problème c’est que la propagation de l’écho n’apparaît en rien tributaire du coefficient d’appréciation. De temps en temps, nous tombons par hasard sur un épisode des « Simpsons » et nous regardons parce que, finalement, c’est quand même plutôt drôle. Et c’est vrai que l’on retrouve toujours cette famille avec plaisir. Nous nous remémorons que sa diffusion continue et nous nous flagellons 3 minutes et 28 secondes avec des barbelés rouillés en nous exhortant à la regarder plus souvent. « The Simpsons » est devenu le tableau que vous avez accroché chez vous et que vous ne prenez plus la peine de regarder, le cerisier du Japon que vous redécouvrez lorsqu’un ami de Montbéliard vous dit qu’il le trouve magnifique, le goût d’un cachou Lajaunie, le trajet que vous effectuez tous les jours pour aller travailler, les enfants que vous avez oubliés au rayon boucherie en faisant les courses etc. Pour pallier ces errements accoutumés du temps, les créateurs des « Simpsons » ont eu l’épatante idée de remettre leurs personnages au premier plan, comme s’ils redécouvraient la propagation de l’écho.

Deuxième souffle. Deuxième jeunesse.

Et comme ce sont des créateurs fort ingénieux, ils décidèrent de frapper un grand coup. Comme ils ne savaient pas trop quel titre choisir, ils préférèrent jouer la sécurité et opter pour : THE SIMPSONS MOVIE. Après tout, d’autres films n’auraient peut-être pas connu le même succès s’ils avaient eu pour titre :

- DOUZE HOMMES PAS CONTENTS

- IL ETAIT UNE FOIS DANS LA SARTHE

- MALFAISANTS MAIS PAS TROP

- PAMPLEMOUSSE MECANIQUE

- UN POISSON NOMME PATRICK

- IL FAUT METTRE EN SURETE LE SOLDAT RYAN

- LE MIROIR A DEUX FESSES

- TRAQUENARD DE CRISTAL

- L’ARMEE DES ONZE SINGES

- INSTINCT DE BASE

- L’EXPERIENCE PAS PERMISE

- PAS TOUT A FAIT CELEBRE

- DANS LA PEAU DE CATHERINE LABORDE

- LE GRAND CHATAIN AVEC UNE CHAUSSURE ROUGE

- UN TRAMWAY NOMME SACHA

- SEJOUR A LA FIN DE L’ENFER

- NEW ZEALAND HISTORY X

- PAS CEUX-CI

- DANSE AVEC LES GNOUS

- LUKE LES PIEDS FROIDS

Là où le film est terriblement sympathique c’est qu’il ne cherche jamais à être autre chose qu’une énième aventure de nos amis jaunes. Le passage au long métrage est invariablement une catastrophe lorsque les concepteurs cherchent à créer quelque chose de nouveau, à contrebalancer l’image de la série télévisée. Non. Laissons-la telle quelle puisque le but avoué n’est autre que de prolonger un épisode en termes de durée. Bien sûr, toute la difficulté de ce transfuge ne se limite pas à cela. Encore faut-il que la démarche s’accompagne d’une réappropriation et d’une réévaluation du médium cinématographique. Nouveau bon point. Nous nous disons que cela part plutôt bien puisque les animateurs jouent avec les codes imposés d’entrée. Belle idée, même si elle n’est pas nouvelle, de jouer avec le cadre et de repousser les bords de l’écran afin de profiter du 16/9. Nous nous disons alors qu’ils ont parfaitement compris où se situent les enjeux et que l’esprit Simpson va mettre à mal la machine à faire du cinéma. L’espoir est de courte durée. Car c’est à peu près la seule fantaisie qu’ils se sont permise. Tout le reste est à peu près du même acabit que la série télévisée. Seul le passage de Bart qui fait du skate en tenue d’Adam est une belle séquence qui multiplie les effets de cache-sexe pour finir par un pied de nez libérateur. Nous sommes littéralement dans l’humour le plus irrévérencieux auquel nous ont habitués les meilleurs épisodes des « Simpsons ». C’est une satisfaction que nous allons retrouver à peu près tout le long du film, avec des succès plus flagrants (toutes les scènes avec le cochon) que d’autres (les apparitions de Milhouse). Là où le manque d’impact de certains épisodes pouvait s’occulter, le long métrage ne pardonne pas les montagnes russes des ressorts comiques. C’est exactement le même principe qui sous-tend l’envie de David Silverman à vouloir faire du cinéma. Rien de bien excitant à se mettre sous la dent. Qualité télévision brandie par la franchise « Simpsons », incapacité à construire le moins cadre, volonté narrative ultra-classique, scénario délavé etc. Passés par le filtre du cinéma, les Simpson ne brillent guère par leur quête du signifiant. Il faut alors se raccrocher à ce qui a fait l’intérêt du dessin animé. C’est évidemment parce que « The Simpsons » est une élastification de nos mœurs que le rire devient une échappatoire. Nous en revenons toujours à l’humour et à ce qu’il met au pilori. La bêtise fait ici figure de menottes qui enchaînent son double : l’ignorance. C’est ainsi que nombre de situations du dessin animé découlent de l’inconscience pure et simple. THE SIMPSONS MOVIE ne déroge pas à la règle. Le personnage emblématique est Homer mais, finalement, il n’est jamais montré moins inconscient que d’autres, jusqu’au président des Etats-Unis.

C’est la conjonction d’autres facteurs de son no man’s land métaphysique qui crée les catastrophes.

Concernant ce qui a été colporté à propos de cet humour, il convient d’en rectifier la vraie portée. La plupart du temps axé sur les situations et les personnages, il ne se veut certainement pas politiquement incorrect comme nous avons pu le lire de-ci de-là. A titre de comparaison « South Park » est politiquement bien plus incorrect. Finalement, dans THE SIMPSONS MOVIE, l’élément central du film est la lutte pour le triomphe de l’écologie, préoccupation actuellement très rock n’ roll. Même Bart Simpson a beaucoup perdu de son pouvoir subversif. Aujourd’hui, il ne pense plus qu’à faire partie d’une famille modèle, cherchant caresses et réconfort chez un père attentionné (et non pas pédophile comme l’a écrit dans « Libération » cet inconscient de Gilles Renault. Mais c’est pour vous que sont faits ce genre de films, monsieur ! N’en avez-vous pas été informé ? Tiens, voilà justement un bel exemple sur lequel je saute à poings fermés. Par exemple, si j’avais écrit : « ce débris de prépuce de Gilles Renault », cela aurait-il été politiquement incorrect ? Vous avez quatre heures.) D’écologie, donc, nous parle-t-on. D’ailleurs, l’origine de la série est à rallier à un réel acte de militantisme écologique, Matt Groening ne s’en est jamais caché. Mais, rappelez-vous… Dans SOUTH PARK : BIGGER LONGER & UNCUT il était question de détruire le Canada. Voilà qui me semble politiquement bien plus incorrect ! Qui plus est, comme si cela ne suffisait pas, la morale n’est jamais absente dans THE SIMPSONS MOVIE. Elle vient clore chaque mauvaise action pour finir sur la note optimiste du comportement exemplaire et du petit citoyen modèle, qui se retrouvera certainement confinée avec les autres notes du petit livre rouge. Il y a des chances que rien ne bouge, comme disait le poète emprisonné.

Nous parlons ici de terrains que le politiquement correct s’est réappropriés. Là où il était courant de déranger voire de scandaliser, nous nous sommes installés dans une standardisation de l’encanaillement, du choquant, de l’insolence. Là où Disney fixait jadis les règles de la bienséance, des dessins animés comme « The Simpsons », « South Park » ou SHREK en long métrage, ont décalé la norme. Ce n’est pas une question d’escalade puisqu’il existe des limites à ce qu’il est possible de montrer. Aujourd’hui nous pouvons entendre roter chez Disney, chose impensable avant le déferlement du néo-dessin animé. Roter est devenu une fantaisie très politiquement correcte. Finalement, dans THE SIMPSONS MOVIE, pêcher des poissons avec une grenade ou frapper avec un marteau les doigts de son fils qui s’agrippe à la gouttière d’un toit, cela l’est tout autant. A un degré ultime, nous pourrions dire que même le marché de la pornographie est devenu politiquement correct. Mais nous pénétrons sur un terrain glissant…

Autre difficulté de transposition au cinéma : les personnages. La série regorge d’individus tous aussi pittoresques les uns que les autres. Ne voulant flouer personne, les scénaristes ont mis un soin particulier à donner une apparition à un maximum de caractères. Ils ont, par là, réussi à flouer tout le monde. Etrange choix de la part de ceux qui souhaitaient faire du film un prolongement des épisodes. En donnant la chance d’exister à un maximum de personnages, ils n’ont réalisé qu’une revue d’effectif où aucun n’a véritablement de rôle si ce n’est celui de contenter ses fans. C’est aussi une manière de ne pas perturber le public qui n’est pas habitué à la série, en lui communiquant informations et private jokes uniquement compréhensibles par les inconditionnels. Nous sommes dans le pur consensuel.

Nous parlions de politiquement incorrect, c’est bien cela ?

Si le personnage de Bart a énormément perdu dans cet épisode cinématographique, celui d’Homer Simpson reste fidèle à lui-même. Consacré comme l’un des personnages télévisuels les plus marquants, les scénaristes ont décidé de baser l’intrigue principale sur sa seule personnalité. On ne peut leur en vouloir d’exploiter un bonhomme aux particularités si théâtrales. A y regarder de plus près, sa philosophie de la vie est bien plus passionnante que les conséquences de ses actes. Dans tout ce qu’il entreprend, Homer essaie de tirer un profit récréatif maximum. Même un exercice contraignant est toujours sujet à une réharmonisation ludique et amusante. C’est ce que nous pouvons constater dans THE SIMPSONS MOVIE lorsqu’il ébauche de réparer la toiture en compagnie de son fils. Dès lors, nous pourrions nous dire qu’une personne qui cherche avant tout à se distraire et à passer du bon temps, ne concevrait même pas l’idée d’aller travailler dans une centrale nucléaire. En fait, pour Homer Simpson, le travail n’existe pas. Du moins il ne le considère pas comme tout un chacun. Toujours sous le signe d’un passe-temps ludique, il change sa fonction en passant du stade d’organe de production à celui d’être humain cherchant à dégager une satisfaction personnelle de l’activité qu’il exerce. C’est ce qui va constamment l’amener à multiplier les catastrophes car il expérimente sans cesse une nouvelle forme qui pourrait lui permettre de faire autre chose en même temps, qui serait plus pratique, qui le fatiguerait moins, qui lui rappellerait ce qu’il a vu faire dans un film, qui le ferait bien voir par ses amis ou sa famille etc. Grâce à son imagination il est tout le temps en train d’échafauder des solutions à tout ce dont il ne tire aucune jouissance. C’est en quelque sorte un artiste du quotidien. Cela porte un nom : le situationnisme. Dès lors, tout devient très clair et explique notamment qu’il puisse s’adresser à n’importe qui sans établir la moindre distinction hiérarchique. Ce n’est pas une vision du monde simpliste mais plutôt dégagée : il n’y a plus de classes, il ne reste que des hommes qui communiquent. Une société égalitaire basée sur l’épanouissement personnel, car c’est bien là le fond originel du personnage. Homer Simpson est un homme très épanoui. Un peu jaune, certes, mais épanoui tout de même.

L’idéologie individuelle, voilà peut-être le seul thème vraiment politiquement incorrect de THE SIMPSONS MOVIE.

            Je pourrais parler un peu plus longuement d’Homer Simpson mais Matt Groening le fait mieux que moi. Et puis mes véritables héros sont tout autres. Dans la vie réelle, moi, mon héros de parmi ceux qui n’ont pas de super pouvoirs mais pour qui la vie est si dure qu’ils ne peuvent que gagner mon estime, c’est John Turmel. Ce nom ne vous dit peut-être rien et pourtant il mériterait d’être aussi tendance que ces écrans LCD que l’on trouve sur les tombes et qui diffusent en continu les vidéos des défunts. John Turmel figure dans le livre Guinness des records. C’est le recordman du nombre d’élections perdues. 64 en date du 08 février 2007. C’est la beauté du monde qui s’expose devant vous. C’est beau à en pleurer.

Vous pensiez que votre vie n’était qu’une longue suite ininterrompue d’événements méprisables et sans intérêt ?

            J’ai beau me dire qu’il n’y a pas que THE SIMPSONS MOVIE dans la vie, j’y reviens toujours. Quelque chose me chagrine. Je me dis que ces deux tours qui s’écroulent à quelques minutes d’intervalle… A mon avis il y aurait quelque chose de plus qu’une coïncidence que ça ne m’étonnerait pas… Je me dis aussi que le passage d’Homer avec son nouvel animal de compagnie est aussi l’un des plus drôles du film. C’est l’élément déclencheur de la réaction en chaîne, aussi est-il normal qu’ils aient beaucoup insisté sur sa présence. Oui, mais… Pourquoi le faire disparaître tout à coup de l’intrigue sans explication ? Je sens monter l’angoissante question qui va m’empêcher de dormir cette nuit : qu’est devenu le cochon ?

 

HOMER SIMPSON - SES CHOIX POUR LES OSCARS

9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 17:09

NE LE DIS A PERSONNE            Tout est un peu plus facile. Quand on tombe sur un bon scénario, les portes des producteurs s’ouvrent plus facilement. Le scénario est une clé. Tout le monde vous dira que c’est une clé magique parce qu’elle ouvre beaucoup de portes. C’est faux. Ce n’est qu’une clé qui fait démarrer une voiture. Après cela, il reste quand même un bon nombre de facteurs qui vont entrer en jeu (à commencer par Olivier Besancenot). Mais si, en plus, votre voiture a pour passagers des acteurs parmi les plus bankables du cinéma français, vous aurez sûrement droit à une escorte de police et toute une équipe de travaux publics qui construira la route plus vite que la voiture n’avancera. Tout est un peu plus facile quand vous avez déjà réalisé un premier film très remarqué et que vous êtes un comédien dont le nom est très en vogue dans les milieux très en vogue. Evidemment, quand vous sortez les kalaschs pour balancer de l’affichage publicitaire et que vous créez l’événement médiatique, le succès est toujours un peu plus facile. Mais il n’y a jamais de garantie. Parce que pour la faire avancer, cette voiture, il ne faut pas se croire plus fort que la musique : le conducteur est le seul garant de l’arrivée à destination. Finalement, vous vous retrouvez avec un peu plus de 3 millions de spectateurs qui se sont massés au bord de la route pour vous voir passer. Ca ne vous rappelle pas quelque chose, ça ? Vous savez, ces débiles qui pédalent (ou plutôt ces pédés qui déballent) toute leur vie devant les caméras du monde télévisuel (qui se met autant de produits illicites dans les narines que ces cyclistes s’en mettent dans les veines). Les autres sports sont donc comme les autres métiers. Et comme le monde est bien fait, on a décidé d’être toujours plus sévère avec ceux qui souffrent le plus. Dans le cyclimse, tu as le droit de te doper mais pas de te faire prendre. A la télévision, tu n’as pas le droit de te droguer. Tu en as l’obligation. Tu as aussi le droit de parler des dopés mais seulement si tu les appelles des sportifs. A La Poste, tu as aussi le droit de te doper, mais faut vraiment être con. C’est donc bien la preuve que tout le monde se dope. Et tout devient alors un peu plus facile. Dans le cas de NE LE DIS A PERSONNE nous sommes en flagrant délit d’un film complètement dopé par tous les pores (et tous les porcs). Un film qui se regarde agréablement, bien ficelé, qui ne nous lâche pas du début à la fin. Une bonne tenue de route, une reprise qui vous scotche à votre siège, climatisation et accessoires pour vous rendre la vie plus facile. Un poil plus facile. Plus facile de sortir satisfait de ce film que de GOYA’S GHOSTS, le petit dernier de Milos Forman. NE LE DIS A PERSONNE c’est l’assurance d’un film réalisé avec sérieux, c’est l’un des castings les plus alléchants du cinéma français, c’est l’idée d’un divertissement dans la tradition du thriller qui fait la part belle au pauvre innocent poursuivi, et enfin la garantie que le système fonctionne encore lorsqu’il réunit tous ces éléments. Les applaudissements avant le générique de début. NE LE DIS A PERSONNE est avant tout une belle promesse. Un peu trop belle. Vous qui croyiez rouler en Jaguar, vous vous apercevez subitement que vous avez été floué. C’est bien. Vous comprendrez bientôt parce que vous avez déjà commencé à réfléchir. Vous êtes sur le point d’assimiler que NE LE DIS A PERSONNE n’est rien d’autre qu’une Renault Chamade ! Et c’est ce que nous allons démontrer.

GOYA'S GHOSTSMoi, je l’aime bien, Guillaume Canet. En plus on peut faire plein de jeux de mots avec son nom ! Même que je me rappelle quand j’étais petit j’en avais un, de Guillaume Canet. Il brillait dans le noir et poussait des petits cris comme Surya Bonaly quand elle se viandait sur la glace. Le personnage m’est sympathique. L’acteur ne m’intéresse pas trop. Le réalisateur m’avait beaucoup étonné avec MON IDOLE, film qui apportait un souffle très intéressant dans le cinéma français. Même si ses effets de style étaient ouvertement plagiés, MON IDOLE n’en restait pas moins très maîtrisé, plein de petites pépites sur tous les niveaux. C’est un grand film français fait avec l’énergie de la conviction. En passant à NE LE DIS A PERSONNE, Guillaume Canet s’est frotté à la grosse machine consensuelle. Avec quelques belles choses à sauver. Christophe Offenstein est toujours à la photographie et il faut le souligner tant il imprime au film la seule empreinte individuelle. Une image classieuse, parfois très émouvante, toujours sur les bons coups, sans fausse note ni fausse facture, juste un étalonnage un peu moins affûté. Christophe Offenstein avait déjà signé celle de MON IDOLE. Nous retrouvons toujours ses mêmes goûts pour la mise en valeur des couleurs et la cohabitation sensorielle avec les émotions des personnages. Notons enfin qu’il avait aussi fait un formidable travail sur le très moyen EDY de Stéphan Guérin-Tillié. Une manière élégante de dire qu’en France, on peut très bien filmer en évitant de sombrer dans ce bleu-gris désastreux que tous les autres films véhiculent (tiens, je vais la garder cette rime, on ne sait jamais ça peut servir).

Avant le film, je suis assez dubitatif quant à savoir à quelle course je vais assister. D’un côté, Guillaume Canet et la forte impression qu’il m’a laissée après MON IDOLE. De l’autre, le roman d’Harlan Coben, vaste supercherie dépourvue de charisme, qui ne repose que sur une seule idée scénaristique, un Deus Ex Machina qui n’a pour but que de surprendre le spectateur. Il n’y parvient absolument pas puisqu’un tel procédé n’a jamais eu cette vocation. Il ne s’agit que d’un effet produit par l’auteur pour décorer son histoire. La grande différence entre se laisser prendre par des personnages ou une situation et se laisser prendre par un scénariste ! Une personne normalement constituée ne peut logiquement pas succomber à cette dernière manœuvre. Manipulation honteuse et sans vergogne.

Je commençai alors à m’inquiéter lorsque je découvris le casting, le fleuron, le gratin. William Saurin et ses invités. Et Luc Besson en producteur exécutif, il ne manquait plus que lui ! Que pouvait donc avoir à cacher Guillaume Canet ? Cela sentait très fort la Citroën Berlingo. J’allai vite être affranchi. La réponse dans le film.

Tout d’abord, rien à voir avec MON IDOLE. Point de recherche visuelle et de variation des styles (jusqu’à la vue subjective d’un steak qui allait se faire manger, dans MON IDOLE !!!). L’intrigue se met en place lentement. Les personnages se dévoilent petit à petit. Aucune surprise narrative. Et même scénaristique ! Il faudra attendre la fin du film pour essayer d’être surpris par tous ces procédés rocambolesques dont nous ne sommes pas sûrs qu’ils nous aient été tous dévoilés. La vérité pourrait finalement très bien être toute autre que celle qu’André Dussollier tente d’imposer comme telle. Après tout, après tous ces revirements et ces mensonges, pourquoi s’en tenir à cette version des faits ?

MON IDOLETout va très lentement. Il faut dire que l’intrigue est tellement complexe qu’elle nécessite de présenter tous les personnages de manière concise et radicale. On ne s’attarde pas trop sur les personnalités de chacun, leur rôle dans l’histoire est suffisant. Du coup, les scènes sont assez courtes. Pas le temps de rentrer dans les détails. Même si la jeune mariée aurait bien voulu. Il faut alors compter sur un montage de boucherie pour donner un peu d’allure à l’ensemble. Comme l’échelle des plans est parfois satisfaisante, le film présente une illusion d’aération constante alors que rien ne progresse. Le montage rend le film regardable. Nous avons l’impression d’un rythme assez soutenu alors que nous ne sommes qu’assaillis d’informations. Et une Nissan Micra, une ! Le film s’étale parfois laborieusement comme dans cette scène d’exposition où un gendarme est censé rappeler les faits à François Cluzet, alors que son vrai rôle est de les annoncer au public. Comme cela est maladroit ! Qui plus est sans véritable grâce. Les champs/contrechamps sont d’une platitude virtuose, comme à chaque fois que nous les recroiserons dans nos phares. Seat Toledo.

NE LE DIS A PERSONNE se déroule pendant un peu plus d’une heure avant de nous offrir sa première vraie gâterie. Au cours d’une course poursuite, François Cluzet provoque un carambolage sur le périphérique. C’est un peu sec, flottant et légèrement brutal. Bel accident et belle esquive. Un peu inattendu, donc forcément réjouissant. Cela dit, c’est à peu près tout ce qui nous sera donné à voir jusqu’à la fin. Le film poursuit sa route tranquillement jusqu’à la résolution finale et au happy end programmé. Vous êtes sûr que ce n’est pas une Clio Shanghaï finalement ?

En fait, NE LE DIS A PERSONNE est un paradoxe. Il est satisfaisant et principalement horripilant par la même cause : le scénario. Là où Guillaume Canet et Philippe Lefebvre ont réussi leur pari c’est en escamotant la fin du roman, la bêtise d’une révélation trop malvenue. En corrigeant le trait, ils ne parviennent cependant pas à jouer au plus malin là où l’écheveau qu’ils mettent en place ne réussit pas à nous faire oublier le petit jeu qu’ils mènent. Je ne suis pas pour autant hermétique à la complexité du scénario, sauf si l’on y accorde trop d’importance, c’est-à-dire la plupart du temps en misant tout sur des effets d’annonce retardés et une révélation finale de première ampleur. Le scénariste qui vous prend par derrière, comme nous en parlions précédemment. Prenons le cas de THE USUAL SUSPECTS. Nous savons très bien que l’aveu final sera celui qui nous dévoilera la véritable identité de Keyser Söze. Il n’empêche que le film met en scène toute l’escalade de l’histoire qui permet d’arriver au sommet Söze. Dans NE LE DIS A PERSONNE, tout se joue à la fin. De ce fait, Guillaume Canet ne peut bâtir aucune mise en scène digne de ce nom. Et je le prouve.

Du début à la fin, NE LE DIS A PERSONNE ne fait que retranscrire tout ce qui a déjà été fait en matière de thriller. L’une des premières scènes, celle du lac, est un peu quelconque, et uniquement destinée à aiguiser la curiosité du spectateur. Il se poursuit par les interminables présentations des personnages, dont nous avons parlé plus haut. Huit années ont passé sans qu’il ne vieillisse d’une ride. François Cluzet nous est décrit comme un héros doté d’une intelligence supérieure, le seul qui sait exactement ce qui convient aux patients qui viennent le voir, le seul capable de gérer une situation d’urgence (c’est la première scène de Gilles Lellouche), le seul qui a toujours le mot qu’il faut, le seul qui soit honnête, le seul qui sait à quelle époque de l’année il faut planter les rosiers, le seul qui sait qui a tué le petit Grégory etc. Il est défini comme un personnage bien sous tous rapports, excellent dans sa vie professionnelle et émouvant dans sa vie privée puisque sa faiblesse vient du fait qu’il n’a pas réussi à oublier sa femme morte. De plus, leur amour est présenté comme une image toute faite de l’amour pur et éternel, puisqu’ils se sont connus enfants et que chacun a été le premier amour de l’autre. Un amour exclusif et entêtant. Naïveté. Nouvelle maladresse et Guillaume Canet qui roule désormais en Renault Juvaquatre ! Par opposition au personnage de François Cluzet, celui qu’interprète Guillaume Canet est une ordure finie, qui s’en prend aux jeunes filles et qui n’a aucune morale. Comme s’il fallait trouver une justification au geste de Marie-Josée Croze. Comme s’il fallait qu’il y ait une justice pour chaque acte commis. Et c’est là que le film devient très paradoxal et ne se focalise que sur ce qui l’arrange. Ce qu’a fait Marie-Josée Croze ne compte donc pas ? C’est un comble pour un film qui s’embourbe dans une morale de conte de fées ! A la fin, il ne nous épargne pas la sempiternelle scène d’explication où tout devient logique et où le spectateur se sent plus intelligent parce qu’il a tout suivi. A noter : une scène ratée. Celle où Guillaume Canet tente de frapper André Dussollier qui le menace d’un revolver. Evidemment, la scène n’est pas convaincante, trop attendue, trop téléphonée, trop Opel Kadett. C’est dommage, sans elle le film serait resté honnête. C’est là sa principale qualité. Car, s’il reprend (inconsciemment) tout le vocabulaire des films de même acabit, il a au moins la politesse de nous épargner les effets faciles, le vernis qui cache la rugosité, la tricherie du genre Michael Bay ou Gérard Krawczyk. Ouf ! Nous avons évité la Citröen BX, c’est déjà ça !

THE USUAL SUSPECTSC’est cette impression de facilité qui gâche toujours un peu trop le film. Comme un moyen d’éviter de prendre des risques, d’aller plus loin que l’horizon. NE LE DIS A PERSONNE s’enferme dans des vues conventionnelles, des clichés, des images prêtes à êtres resservies. En témoigne tout ce qui se passe en banlieue. La façon dont Guillaume Canet nous dépeint l’endroit, le lieu où il amène son personnage, le danger qu’il crée comme le seul pouvant s’opposer à la police, tout cela requiert non pas une conception erronée de ce qu’est la banlieue mais une valeur de réalisation proche de la trivialité. Tout est un peu plus facile comme cela. Mais enfin, il n’est pas que la banlieue pour rompre un ordre ou générer du chaos !

Tout est beaucoup plus facile si vous croyez à la loi de l’offre et de la demande. Pour une somme donnée, le public est en attente de recevoir ce qu’il espère. Mais il existe une multitude de façons de lui prouver qu’il peut obtenir autant voire plus, sans recevoir ce à quoi il s’attend. Un peu d’astuce, d’espièglerie… Exemple. Dans NE LE DIS A PERSONNE, François Cluzet comprend à quoi correspondent les mots « concert » et « Olympia ». Il fallait répondre « U2 » et « 1995 ». En toute logique, Guillaume Canet n’a rien trouvé de mieux que de donner à entendre ce pour quoi le public avait payé, c’est-à-dire « With or without you » de la bande à Bono. Cet exemple est dans la droite lignée de tout ce dont nous parlons. C’est maladroit et singulièrement anticréatif. Il est question d’un chien mort ? Trouvons une chanson qui parle d’un chien mort. Les extra-terrestres débarquent ? Plaçons une chanson qui traite des petits hommes verts. Un homme et une femme s’embrassent ? Essayons de demander à Prince pour les droits de « Kiss ». Aussi laborieux qu’une Lada Samara.

Un tel casting ne peut s’expliquer que par l’attrait de l’expérience. Outre le fait que les investisseurs donnent leur accord un peu plus facilement, ce casting n’est réuni que pour masquer le peu de consistance des personnages. Comme la célérité du film empêche de s’arrêter sur la psychologie de chacun, tous les personnages sont des archétypes. Aucune exception. Il convient alors de s’entourer d’acteurs ayant du métier pour éviter de faire face aux manquements du scénario. Pour un comédien, la construction d’un personnage se fait d’après ce qui en est dit dans le script. Lorsqu’il n’existe rien, cela se fait en accord avec son imagination et ce qu’en pense le réalisateur (remarquez comme Bertrand Blier ne donne aucun renseignement (si ce n’est qu’il est chômeur) sur Alphonse Tram, dans le scénario de BUFFET FROID, puis comparez avec ce qu’en a fait Gérard Depardieu). D’où la nécessité, dans un tournage d’une telle lourdeur, d’avoir recours à des comédiens de métier qui vont aller à l’essentiel. Cela se vérifie dans la direction d’acteurs. Aucun ne m’a paru faux, ils sont très bien canalisés. A part Jalil Lespert, que j’aime beaucoup, mais je n’ai absolument pas cru à la racaille qu’il essayait de composer. Il m’a manqué une défiance, une haine dans le regard, capable de venir effacer toute la douceur de son visage. Le problème c’est que tous n’ont rien à défendre. Même François Cluzet, qui fait sûrement partie des trois plus grands comédiens français, est très effacé, très loin de ce qu’il sait faire de mieux (LES APPRENTIS, L’ENFER…). L'ENFERMarie-Josée Croze, que nous révérons beaucoup par ici, se contente de promener sa belle présence de femme idéale et amoureuse. André Dussollier se sort très bien de ce rôle piège, sans toutefois éviter le côté caricatural qui faisait partie intégrante de l’écriture. Marina Hands n’est jamais plus intéressante que lorsqu’elle opte pour un jeu en intériorité, comme ce fut le cas dans le pitoyable LADY CHATTERLEY. Dans ce film de Pascale Ferran, qui ne fait la part belle qu’aux comédiens et ne s’embarrasse de rien d’autre, vous aurez remarqué un détail qui fait tout le talent de cette actrice. Lors de sa première rencontre avec Jean-Louis Coullo’ch, elle ne parvient pas à prononcer correctement sa première phrase. Son hésitation tient d’une articulation en accord parfait avec son personnage. Elle nous convie par ce biais à toute la déstabilisation que cette première rencontre a eu sur elle. Elle pose la pierre d’un édifice que chaque rencontre va édifier. Elle pose aussi les jalons d’une relation basée sur la difficulté à laisser en dehors toutes les considérations qui viennent flouer l’attirance mutuelle. Une relation qui avance un peu de manière désordonnée, cahotique, mais très instinctive. C’est par ce genre de petit détail que nous remarquons le talent des acteurs à déceler la psychologie d’un personnage et à rajouter à ce qui n’est pas écrit. Dans NE LE DIS A PERSONNE, Marina Hands projette un peu trop et ne parvient pas toujours à nous toucher. Pas plus que Nathalie Baye qui est restée coincée sur la touche over-play. Nous lui préférerons Kristin Scott Thomas, bien plus variée. Gilles Lellouche est une nouvelle fois impeccable et prouve qu’il n’attend plus que des premiers rôles pour exploser (précisons qu’il ne faut absolument pas lui tenir rigueur du déferlement de violence qui le prend soudainement. C’est encore un coup du scénario qui amène des coups de feu comme autant de cheveux en plein dans la soupe. Par contre, j’aime beaucoup le calme avec lequel la jeune femme qu’il abat, ouvre la portière du camion et part dans la rue.) François Berléand est sûrement le plus surprenant de tous. Il campe un personnage très composé, avec plus de profondeur que le film ne nous montre. Il sait tout à la fois se faire diplomate et plus intrigant que son apparence physique ne le laisserait présumer. C’est ce décalage entre ce physique très étudié et le décalage intellectuel du personnage qui crée tout le relief que le script ne mentionnait pas. Enfin du vrai travail d’acteur ! Mentionnons enfin Florence Thomassin, là aussi l’une des plus grandes actrices françaises, une nouvelle fois sous-employée. Toutes ses apparitions sont des mouvements graciles et ensorcelants. Sûr qu’elle roule en Aston Martin.

NE LE DIS A PERSONNE est un film complètement formaté et sans aucune marque de fabrique. Parce qu’il est sans grande imagination, il ne fait que suivre la veine des gros divertissements destinés au dimanche soir sur TF1. Comme l’ensemble est fait d’une manière intuitive à défaut d’être créative (ça pue le Final Cut Pro à plein nez), c’est tout à fait supportable et même d’assez bonne facture compte tenu de ce qu’il se fait actuellement. Mais où est le vrai talent dans tout cela ? Le montage rattrape toutes les notions manquantes de mouvement, les compositions de plan ont quasiment toutes la même valeur (avec souvent des comédiens cadrés plein axe !), la mise en scène devient de la mise en espace et le rythme du film ne tient une fois de plus qu’au montage. Il ne reste dès lors pas grand-chose, si ce n’est que NE LE DIS A PERSONNE se révèle être uniquement un film de scénario. Renault Fuego. RENAULT FUEGO !!! Enfin, moi je dis ça, je m’en fous, j’ai d’autres soucis, je roule à vélo.

3 août 2007 5 03 /08 /août /2007 12:18

La vie m’a appris à ne choisir mes petites amies qu’en fonction de leurs films préférés. Séduisant postulat qui ne pouvait que trouver grâce à mes yeux. Bleu exquis. Choisir en fonction de leur prénom. Choisir en fonction du capital sympathie de leurs parents. Choisir en fonction de leurs insultes favorites. En fonction de ce qu’elles n’oseront jamais me dire. En fonction de leur peur du noir. De leur rire. Des personnalités qu’elles aimeraient voir mourir au plus vite. De la pire torture qu’elles pourraient imaginer. De leur manière de prendre ma main. Des ombres qu’elles laissent en disparaissant… Can you feel what I feel ?

Le festival d’Avignon semblait tout indiqué pour mettre en place une telle politique discriminante. Pensez donc : un mois complet de cinéma sous couvert de théâtre ! Et sans Terry Kevin ! Et comme la vie m’avait appris qu’il n’est pas de rempart qui ne puisse résister aux assauts du cœur, les conditions s’avéraient parfaites. Je décidai de viser au plus haut. Pas que j’aime profondément la difficulté, mais je la recherche comme un photographe de guerre se mêle au danger. Quitte à mourir d’une balle autant que ce soit en plein cœur. Si cela pouvait être le plus vite possible… Mais parfois tout ne marche pas comme à l’accoutumé, parfois il faut savoir surpasser ses limites. Parler à une femme c’est comme réaliser un film. Etre créatif. Le temps est un investissement. La vie finit toujours par nous apprendre quelque chose. Choisir la plus belle. Parce que la vie m’a appris que je pouvais avoir n’importe qui. Il n’existe pas de femme hors de portée. Aucune n’est la réserve d’une élite quelconque. La vie a fini par m’apprendre que lorsque l’on désire vraiment une femme il n’est aucun obstacle pour contrecarrer vos projets. C’est uniquement une question de difficulté que vous vous imposez ou non. The more you suffer the more it shows you really care. MERCI LA VIE comme dirait le poète.

Maydrick porte pour la première fois une chemise rouge.

Lucie dans le ciel revend ses diamants…

On n'espère jamais que ce qu’on appelle.

            La vie m’a appris qu’un festival n’était pas forcément une occasion de célébrer toutes les formes de création. Et le festival off d’Avignon c’est tout de même 93,7 % de spectacles inintéressants voire ratés. Soit à peu près la même proportion que les films qui sortent tout au long de l’année. D’où la nécessité d’avoir recours à la seule et unique méthode qui a fait ses preuves : le feeling. Je m’intéresse aux résumés, aux affiches et à l’originalité que chacun met dans son projet. Résultat : seulement 8 spectacles m’ont attiré. Serai-je déjà trop loin pour être sauvé ? Avant toute chose, prononçons-nous pour la plus belle affiche du festival, palme décernée à « L’enfance d’un chef » de Jean-Paul Sartre, mis en scène et interprété par Dominique Sarrazin. Attention ! Ca va être tout noir… La pire est sans aucun doute celle de « La désireuse » d’Agnès Brion, spectacle mis en scène par Dominique Courait et interprété par l’auteur. Ca m’donne enbie de bobir !


L'ENFANCE D'UN CHEF   LA DESIREUSE

La vie m’a appris qu’une histoire d’amour c’est comme un spectacle. Nous en gardons un bon ou un mauvais souvenir, vague ou précis, toutes les nuances ne nous sont jamais perceptibles au bon moment mais, en fin de compte, ils voyagent avec nous à partir du moment où ne cherchons pas à modifier la vision que nous avons. C’est pour cela que j’essaie de fuir la nostalgie de la fin. De la nécessité d’établir un classement précis. Dans l’ordre de préférence :

1. « Le cabaret des Chiche Capon », conçu et interprété par Patrick de Valette, Fred Blin, Matthieu Pillard, Richard Lo Giudice, sous l’œil extérieur de Doriane Moretus. Spectacle extrêmement bien réglé (comme la jeune mariée) jusque dans les moments de flottement, qui nous entraîne dans un univers complètement loufoque. Grâce à des personnages aussi bien dessinés qu’ils sont complémentaires, nous suivons les diverses aventures d’un cabaret de seconde zone où rien ne va se passer comme prévu, bien évidemment. La folie des comédiens fait immédiatement penser aux Monty Python et aux Nuls. Mais ils ne font que perpétuer (sans le savoir ?) l’humour de la troupe de Robert Dhéry : les Branquignols. Rien d’exceptionnel donc, puisque l’escalade des gags trouve une logique peu surprenante, excepté lorsque le rythme s’intensifie et que les Chiche Capon ne laissent pas le temps au public d’anticiper le déroulement des événements. Quoi qu’il en soit il s’agit là d’un des meilleurs spectacles d’Avignon. Les comédiens ont un sens du comique absolument irrésistible, en perpétuelle hésitation entre sauter à l’élastique sans élastique et créer une secte pour ordonner des suicides collectifs. Ce qui pourrait paraître comme un excellent spectacle comique en temps normaux fait aujourd’hui valeur de spectacle hors normes au milieu du flot ininterrompu de spectacles sans idées. Le dithyrambe s’exclut d’elle-même. A noter que les Chiche Capon paient la peau de la tête pour jouer 22 jours au théâtre La Luna, soit 10 000 euros ! Et ça, c’est quand même scandaleux pour un festival qui prétend être une vitrine de la création théâtrale française. Extorquer autant d’argent c’est avouer ouvertement le mépris de l’aide à la création. Les directeurs artistiques (fort sympathiques au demeurant) de ce théâtre sont Stéphane Baquet et Stéphane Marteel. Le cas de La Luna n’est pas un cas isolé. Bien au contraire. Voilà en moyenne à combien se monnaient les créneaux que les « théâtres » offrent aux compagnies venues se promouvoir pendant le mois de juillet. Cela peut même aller jusqu’à beaucoup plus cher pour des salles plus grandes et de renommée supérieure. Si Jean Vilar n’était pas mort, il en mourrait. Emprise du fric. Exploitation d’un système qui se mord la queue. Entre ceux qui n’ont aucun scrupule à demander toujours plus, le public s’esclaffe car il semble être le seul à savoir qu’une salle de spectacle ne vaut pas autant.

2. « Les flamiches noirs » écrit et interprété par Yvo Mentens et Philippe de Maertelaere, et mis en scène par Jos Houben. Voici vraiment un spectacle qui ne ressemble à rien d’autre, ne se contente pas de séduire son public par des artifices, prend le temps pour se dévoiler et offre enfin beaucoup à ceux qui auront suspendu le temps en leur compagnie. Pour toutes ces raisons, « Les flamiches noirs » est tout ce qu’il y a de plus magique. Dans un décor épuré, les deux personnages évoluent à l’aveugle, isolés du monde tout en s’y reliant par un unique objet : un journal. La poésie qui va se dégager de leurs réactions. La beauté que leurs gestes vont exhaler. L’absence de concret qui va anesthésier le temps. Le surréalisme qui va nous subjuguer. Les phrases où il manque des mots. « Les flamiches noirs » est oppressant par la dénégation de l’individu du flux d’informations. Il joue avec tout ce qui remplit nos mondes par l’aspect du superficiel. En jonglant avec la futilité de nos peurs, les interprètes font naître le rire. Un rire jamais calculé, comme un réflexe naturel. Tiens, moi aussi, je viens d’avoir un réflexe naturel. Ca sent pas très bon, du coup. « Les flamiches noirs » est un magnifique travail d’une précision absolue (la scène d’exposition dans le musée révèle que rien n’a été fait au hasard), qui apprécie la simplicité comme marque de fabrique, vous savez, comme quand nous nous disons que le théâtre c’est aussi simple que cela. Heureusement que la vie m’a appris que c’est le travail qui mène à la simplicité.

3. « Blue.fr ». Très belle surprise que cette pièce écrite, jouée et mise en scène par Jean-Christophe Dollé, avec aussi Clotilde Morgiève et Yann de Monterno. La note d’intention nous prévient qu’il s’agit de « notre monde, ni plus ni moins. » Comme toutes les notes d’intention, le rédacteur ne cherche qu’à nous vendre une idée de la pensée juste. « Blue.fr » c’est assurément une retranscription de la folie ordinaire, une caricature de notre société du « tout à portée de tous » et de l’envahissante sollicitation de la publicité. C’est surtout et avant tout une pièce formelle où la mise en scène exploite ces grands thèmes par un débit ultra-rapide, un jeu énergique, sophistiqué et débordant de ruptures. Nous y trouvons de belles variations visuelles (qui donnent un souffle épique au contenu), avec une préférence pour la scène de la mariée. L’absurde est souvent poussé vers la question métaphysique que le thème de la répétition vient illustrer. Cela provient de l’écriture où Jean-Christophe Dollé n’hésite pas à faire dire à chacun des personnages ses phrases prononcées précédemment par un autre personnage, tout en gardant une logique productive. Joli talent d’auteur qui a capté non pas une subtilité du monde, du moins une perception intelligente et émouvante. Car, si « Blue.fr » ne raconte pas une histoire narrative classique, c’est une belle communion du grand désespoir caché de nos vies, un moment de lutte contre la solitude où chacun comprend l’autre sans pouvoir espérer changer la trépidante course du lendemain. Quelque chose d’aliénant qui menace. Pièce sombre mais magnifique, l’humour ne surgit pas uniquement des situations mais aussi des figures de style et des personnages. Une vision du monde qui fait froid dans le dos, comme les sublimes chorégraphies (sur de non moins sublimes chansons) nous ramènent aux uniformisations dont recèle PINK FLOYD - THE WALL. « Blue.fr » n’est pas une critique ou un pamphlet des temps modernes (même si la scène de début n’est pas sans rappeler celle (cultissime) de JE SAIS RIEN MAIS JE DIRAI TOUT à la sécurité sociale). La pièce n’a pas cette ambition. La vie se charge d’elle-même de nous apprendre que rien que l’idée d’aller à la sécurité sociale ou à La Poste est déjà une erreur que l’on s’apprête à regretter. Mais c’est grâce à la douceur et à la compréhension de ce genre d’écriture qu’il devient supportable d’écouter une grosse dame noire nous apprendre comment remplir notre déclaration d’impôts.

4. « Des lambeaux noirs dans l’eau du bain » est une pièce écrite par Sébastien Joanniez et interprétée par Muriel Gaudin, dans une mise en scène de Noélie Giraud. Cela se passait au théâtre de la Poulie, un vieux garage peinturluré de noir pour faire la farce. Le lieu est peu convivial et manque terriblement d’âme. C’est ce que va nous donner Muriel Gaudin pendant un peu plus d’une heure. De l’âme. Pour raser plus près. OK, d’accord, personne comprend rien à mon humour. Grâce à un jeu de mise en scène qui repose sur une seule (mais très intelligente) idée, Muriel Gaudin utilise toute sa sensibilité pour nous conter l’entêtante aventure d’une jeune femme qui traverse les grands actes de sa vie en se perdant toujours un peu plus au travers de ce qu’elle n’aura jamais su être. Quête d’apprentissage et quête de mise en œuvre de l’apprentissage. Chaque transition d’une vie comme un rite d’initiation, une nouvelle naissance, un ruban de Möbius où la course folle de la vie se termine en eau de boudin. Comme une somme de ce que nous n’aurions pas laissé à la vie nous apprendre. La mise en scène se veut très abstraite pour amener le public au texte. Comme il recèle lui-même de passages très opaques, l’ensemble soumet le spectateur à une acuité d’écoute particulièrement patiente. Les rôles ainsi définis, cette abstraction permet alors à chacun de recevoir les mots selon un mode d’identification très personnel. C’est la preuve d’un texte qui sonne juste parce qu’empreint d’une charge émotionnelle très intime. Niveau interprétation il fallait donc quelqu’un en contrepoint total avec le texte et la mise en scène. Muriel Gaudin est tout à fait crédible par sa présence décalée (qui illustre le dérapage psychologique) et sa voix unique (dont le timbre à la fois métallique et rugueux donne toute l’envergure du personnage qu’elle dessine). L’ensemble manque cependant un peu de variété (et avec du Sardou en fond sonore, ça l’aurait fait ?), mais, à n’en pas douter, Muriel Gaudin est une future grande comédienne dont il va falloir surveiller le parcours.

5. « Laurent Violet » One-man show dudit comique, interprété et mis en scène par devinez qui. Il s’agit d’abord de redécouvrir celui qui fut un grand espoir du comique il y a quelques années, avant de sombrer dans l’alcool. Aujourd’hui, Laurent Violet n’en a plus touché une goutte depuis quatre ans et il arrive toujours à nous faire rire. Il n’aura pas attendu une vie entière pour apprendre à corriger ses erreurs. Qu’on se le dise messieurs les producteurs ! Alors, bien sûr, si les conditions étaient réunies, ce spectacle serait encore plus drôle qu’il ne l’est, car vu le rythme effréné avec lequel les salles d’Avignon enchaînent les spectacles (parfois jusqu’à 10 dans la journée pour une seule et même salle !), celui de Laurent Violet n’a pas le temps de s’installer pour laisser consciencieusement son doux venin nous parcourir. Laurent Violet enchaîne ses répliques sans laisser de respiration. Ce qui est vraiment dommage car beaucoup de chutes et d’effets ne fonctionnent plus. Reste alors un texte subversif comme peu de comiques se le permettent encore et un personnage extrêmement généreux et affable.

6. « Molière dans tous ses éclats » écrit et interprété par Stéphanie Marino et Nicolas Devort. La mise en scène est signée Julien Héteau et Stéphanie Fumex. Le véritable intérêt de ce spectacle provient du fait qu’il allie des extraits de pièces de Molière et des explications sur le monde du théâtre, sur le jargon employé, sur la façon d’aborder un texte et sur la manière de se définir en tant que comédien. Il vise donc un public essentiellement jeune afin de le familiariser avec le décor et l’envers du. Ecrit avec finesse (si l’on excepte tout le côté éducatif), le choix de l’interprétation l’est un peu moins puisque les comédiens incarnent des personnages aux traits marqués voire caricaturaux. C’est la voie constante du comique en toute occasion qui les mène sur ce chemin. Ils s’en sortent d’ailleurs très bien puisque leur fougue et leur sympathie rayonnent sur le principe de ce spectacle clairement avoué : le divertissement. La vie m’a appris qu’à Avignon c’est déjà beaucoup.

7. « Beyrouth adrénaline » de Hala Ghosn et Jalie Barcilon. Ou comment retracer la guerre du Liban sous l’axe de la parenté exilée. Entre les différentes appropriations décharnées d’une guerre de la part de ceux qui en rendent compte et les manières presque trop souriantes d’en parler de ceux qui l’ont vécu, la vie m’a appris qu’il existe une mesure un peu plus complexe de l’aborder. La guerre est trop souvent présentée comme une machine à victimes. Elle l’est. Sa conception devient plus palpable lorsque l’on fait s’affronter les différentes implications personnelles. En faisant se côtoyer plusieurs points de vue à des kilomètres de distance, les auteurs ont misé sur l’absurdité que son rapport direct ou indirect peut causer. Le but est évidemment d’établir une comparaison en miroir. Bien que le procédé n’ait rien de transcendantal, il pouvait paraître fort appétissant s’il nous était promis d’éviter l’effeuillage de photographies, et de donner corps à un puissant réseau de ramifications filiales. Malheureusement, la pièce s’égare dans de paresseuses scènes de retranscription des points de vie (et je souligne volontairement le fait qu’il ne s’agit pas d’une coquille). Manque de chair. Qu’avez-vous donc appris de la vie ? Les seuls moments où un quelconque procédé scénaristique tend à s’esquisser, il est très vite remis sur le droit chemin du long fleuve tranquille. Ainsi, lorsque le frère et la sœur commencent à avoir une explication à propos du fait que cette dernière veuille partir au Liban, l’échange est vif et bref, et se termine brusquement sans prendre la peine de rentrer dans un affrontement idéologique qui aurait fait avancer le récit (et par-là même, la mise en scène). Celui-ci ne progresse que par les faits historiques qui nous sont annoncés, alors que nous sommes en droit d’attendre que ce soient les personnages qui le dirigent. « Beyrouth adrénaline » n’est qu’un diaporama PowerPoint agrémenté d’un texte d’Alain Decaux. Les sujets sont effleurés, préférés à la photo de famille, sans rendre compte de toute la complexité que les situations décrites ont de théâtrales. Tout au plus nous parle-t-on de diversité…

8. « L’amour aux trousses » de Carlo Boso et Florence Grimal. Que je me suis ennuyé ferme au cours de ce cabaret swing au théâtre du Chien Qui Fume ! Signalons qu’il s’agit sûrement du théâtre le plus gucci baby de tout le festival. Accueil souriant, billetterie classieuse, écran plat et visionnage d’extraits des spectacles pour patienter, aménagement avec goût et surtout une salle absolument magnifique. Bref, tout ce qu’il fallait pour passer une soirée parfaite. La réputation de qualité artistique du lieu était aussi un sérieux atout (enfin, bon, cette année ils avaient quand même osé Clémentine Célarié et ses fils juste avant). Alors qu’est-ce qui cloche ? Si l’on y regarde de plus près, « L’amour aux trousses » n’est pas mal joué ni mal mis en scène. Les chansons ne sont pas mal interprétées et les musiciens assurent. Le jeu des lumières n’est jamais une aberration. Juste que tout cela est sans ambition, sans idée majeure, fainéant et horriblement cliché. Du bon petit cabaret à la musique non agressive comme en réclameraient toutes les bonnes brasseries. Exaspérant de banalité la façon dont on nous parle de l’amour. C’est le mari, la femme et l’amant (que l’on avoue maintenant, pour paraître moderne, c’est-à-dire pour légitimer l’émancipation de la femme, car la maîtresse de l’homme c’est une vision rétrograde et sexiste, c’est bien connu), c’est toujours les mêmes âneries qu’une femme doit faire pour plaire à son mari, les mêmes généralités assénées sur l’ascendance de la femme sur l’homme, sur la vision de la femme aux fourneaux etc. Vous l’aurez compris, « L’amour aux trousses » est un spectacle qui a puisé tous ses sujets d’inspiration dans « Elle » et « Biba ». Un spectacle bourgeois pour nos amis les bourgeois, en somme. Il suffit d’écouter glousser dans les gradins pour constater qu’il s’y murmure de manière inaudible : « C’est tellement ça ! ». Une fois de plus, la vie n’apprend pas grand chose à ceux qui croient tout savoir. J’en viens parfois à regretter un bon vieux concert des familles de Dick Rivers. Dick Rivers… Dick Rivers… L’ancêtre de Bittorrent ?

Il est toujours difficile de trouver une manière poétique pour dire à une personne qui vous est chère et que vous devez quitter, que vous ne l’oublierez jamais. Même si d’habitude je n’aime pas ce genre de promesses. LE CHAT.

La vie m’a appris à trouver des palliatifs. On pense souvent avoir de bonnes idées. On se dit qu’écouter de la musique peut en dire plus que la maladresse d’un au revoir. Conneries. Faut pas écouter la musique. C’est salaud, la musique. Ca promet des jours meilleurs mais ça fait rien qu’à nous faire chialer. C’est que des cons qu’ont chialé sur des histoires d’amour flinguées, et qui n’ont rien trouvé de mieux que de traduire leurs larmes par des notes pour faire encore plus chialer ceux qui les écoutent et qui se reconnaissent.

L’amour est une guerre. Ne dit-on pas « mourir d’amour » comme l’on se sacrifie pour des idées ?

Et tout ce que la vie a encore à m’apprendre…

Mais la vérité c’est que la vie est une pute. La vérité c’est qu’elle ne nous apprend rien. La vérité c’est que nous n’avons que le visage de nos pleurs et que nous nous débattons juste pour être plus présentables. La vérité c’est que vous vous persuadez que la vie vous apprend tout un tas de choses, pour lui donner un sens. Mais il n’y a pas de vérité. Il n’y a pas de sens caché ni de morts pour l’amour. On fait les choses pour soi et tant mieux si cela convient aux jeunes filles qui cachent les plus beaux yeux du monde derrière des lunettes. Nos malheurs en ce monde sont des vibices irréfutables. Nos angoisses puent notre indivisibilité. Pas d’exception à la règle. Pas de rédemption. Pas de sagesse dans l’immédiat. Les cloches sonnent et ce qui m’étonne c’est que je ne les entends même plus.