Vous le savez, puisque vous êtes en train de déguster ces nouvelles lignes, « La lumière vient du fond » c’est l’assurance toujours renouvelée d’un décryptage indépendant des productions cinématographiques aussi diverses soient-elles. L’abonnement est gratuit et illimité. Mouais… Faut avoir de bons yeux quand même ! Dès le début, j’ai conçu chaque « lumière » comme un fragment intemporel s’opposant aux vulgaires critiques cinématographiques qui n’ont pour durée de vie que celle des films qu’elles exploitent. Ici, vous pouvez lire au hasard et n’avez pas besoin d’être assujettis à l’actualité. En plus de faire le jour sur les différents savoir-faire (ce qui nous différencie de la critique officielle, puisqu’elle ne parle jamais de mise en scène), nous avons à cœur de révéler les éléments peroxydés qui émaillent toutes les étapes de conception d’un film. Aujourd’hui, nous innovons une fois de plus. A partir de maintenant « La lumière vient du fond » vous rapporte de l’argent. Une visite en nos aimables contrées peut vous éviter de perdre 14 millions d’euros, comme cela vient d’arriver récemment à Studio Canal. Manifestement, ses dirigeants ne viennent pas fureter par ici, sans quoi nous aurions été honorés de pouvoir leur apprendre leur métier. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir rabâché que Jean-Jacques Annaud est l’un des chefs de file du Consortium des Laxatifs du Cinéma. Nous, nous le savons bien qu’il s’agit d’un réalisateur extrêmement surfait. Braquage médiatique en vue pour chacun de ses nouveaux opus. Cela remonte aux films événements qui ont focalisé (pour de mauvaises raisons) toute l’attention sur lui. Lorsqu’il sortit de cette recette miracle, sa véritable nature prit enfin le dessus avec les immondes SEVEN YEARS IN TIBET, ENEMY AT THE GATES et surtout DEUX FRERES. Ce qui fut avéré avec COUP DE TETE, ne s’est jamais concrétisé. Il n’est pas sûr que ce qui est avéré soit le dénominateur commun aux germes du futur. Toute logique peut acquérir un détournement de sa viabilité avec le temps.
Cette fois-ci, notre Ridley Scott français a eu une idée (ce qui change de ses films habituels). L’embêtant c’est qu’elle s’ennuie un peu toute seule. SA MAJESTE MINOR est déprimant de vacuités polyvalentes. Il trouve son point d’ancrage dans un scénario qui mise sur des temps pré-Homériques propices aux bouffonneries et autres pérégrinations aux accents fortement sexuels. Une truculence de propos malhabile puisque jamais drôle. Elle ne trouve sa genèse que dans un concept marketing primaire et racoleur. Cet aspect est entièrement dévoilé dans la bande-annonce et ne dévoile rien de plus tout au long du film. Et là où nous lui en voulons encore plus c’est qu’il ne sert pas l’histoire. C’était donc ça ! Le dernier film de Jean-Jacques Annaud n’est rien d’autre qu’une œuvre amplement bourgeoise, pour un public qui cherche à se sentir moins coincé en riant à toute connotation verbalement fleurie.
Pour le reste, SA MAJESTE MINOR s’avère fainéant et scurrile. Pour garder l’attention de son public, le film adopte dès le début un rythme assez plaisant et ce jusqu’à la fin du jugement de Minor. Ensuite, un phénomène d’effervescence dilue à la fois les véritables enjeux et le tempo de chaque scène. Le scénario se perd en langueurs neurasthéniques et en relances narratives inexistantes. Le tout est enrobé dans un ensemble très laid. Mauvais raccords, costumes d’amateurs, coiffures approximatives, lumières hideuses et une absence de cadrages qui annihile tout lyrisme susceptible de se dégager. Les rares moments de poésie que Jean-Jacques Annaud semble se faire une douleur de procréer (les fleurs qui éclosent, la pellicule qui se pare de couleurs) n’existent que de manière illustrative, comme une composante essentielle à respecter dans le cahier des charges qu’il s’est imposé.
Quelques César à distribuer aux comédiens. Passent en premier Claude Brasseur, Rufus et Mélanie Bernier, horriblement théâtraux (c’est très nettement le parti pris de la direction d’acteurs : expressions outrancières, cabotinage suppléant la verdeur du texte, acteurs qui jouent les mots etc. Beurk ! Moi qui croyais que l’on avait arrêté de jouer comme cela depuis l’après-guerre !). Bizarrement, j’ai trouvé que c’est Vincent Cassel qui s’en sortait le mieux, c’est vous dire ! Cela peut néanmoins s’expliquer par le fait que son personnage est sûrement le moins ingrat.
SA MAJESTE MINOR a coûté 30,4 millions d’euros, dont 14 injectés par Studio Canal. « La lumière vient du fond » est plus que jamais d’utilité publique.
Des nouvelles de la critique qui ne fait pas son travail.
On n’avait pas interdit les pléonasmes ? Selon notre théorie de la pédanterie fictive, beaucoup trop de films sont démolis par des critiques qui jugent selon un dossier de presse, les avis échangés avec leurs collègues de travail et les préjugés qu’ils ont sur les différentes personnes ayant pris part à l’œuvre. C’est ce qui semble être le cas de MR. BROOKS de Bruce A. Evans. Sorti chez nous le 29 août 2007, le film a été victime d’un véritable lynchage en règle. Evidemment, pour un critique officiel (je ne dirai pas professionnel puisque j’en connais sur la Toile qui mériteraient bien plus cette appellation), aller voir un film au scénario entartré et propice aux poncifs du genre, vendu sur deux anciens will be en jachère cinématographique (Kevin Costner et Demi Moore) et réalisé par un quasi-inconnu (même s’il a déjà réalisé un film en 1992, je doute qu’une majorité de ces critiques l’aient vu. Ce constant manque de culture n’étant pas tellement grave puisqu’il peut être comblé), relève plus de la sinécure que de la satisfaction du devoir accompli. Or, MR. BROOKS mérite mieux qu’un article rédigé de bon matin entre deux croissants et un bol de Rice Krispies.
Un des grands atouts du film est la division de Mr. Brooks en deux personnages. Encore une fois, les critiques ont repris cette information d’une version contemporaine de « Docteur Jekyll et Mister Hyde ». Ce n’est pas tout à fait exact. Dans l’histoire originelle, un personnage se substitue à l’autre. Le jour pour le premier, la nuit pour le second. Dans MR. BROOKS, la double personnalité est active de jour comme de nuit. S’il est vrai que Kevin Costner ne tue qu’en mode nocturne (mais qu’en est-il exactement de tous les meurtres qu’il a commis avant que le film ne débute ?), il est tout de même très conscient de William Hurt à certains moments de la journée. La plus belle idée de mise en scène exploite la relation entre ces deux acteurs. Bruce A. Evans les fait communiquer en présence des autres personnages. Bien entendu, ceux-là n’entendent rien puisque William Hurt n’existe pas. Il n’empêche que Kevin Costner converse avec lui comme si sa présence était normale et venait compléter les échanges des personnes en jeu. Pour ne pas trop brouiller la différence entre ce personnage imaginaire et la réalité, Bruce A. Evans limite au maximum la présence de William Hurt dans le même champ et le réduit souvent à des espace délimités (dans le rétroviseur, derrière quelqu’un ou un objet, découpage qui l’exclut etc.) En fait, la question de savoir qui est exactement William Hurt par rapport à Kevin Costner n’a pas vraiment d’importance. Evidemment, le lien l’établit comme une sorte de petit diable, de déploiement de sa maladie mentale, sa part d’ombre ou plus prosaïquement le côté obscur de la Force comme on dit quand on n’a rien à dire. L’important c’est la manière dont Kevin Costner cherche à le dissocier de sa vision des choses. Parce que MR. BROOKS débute au moment où ce mass murderer n’aspire plus qu’à la tranquillité de la vie qu’il s’est forgée. C’est là un bien joli thème qu’explore le scénario du film. Un homme qui éprouve du plaisir à tuer, qui est parvenu jusqu’à une addiction qu’il a maîtrisée pendant deux années et le voici qui replonge. Les deux heures du film vont s’ingénier à suivre cette nouvelle série de meurtres sonnant le terme de son activité cachée. Mais comme il n’aura tenu que deux années, rien ne nous dit que sa volonté soit suffisamment tenace. Ce qui est paradoxal, donc comique, c’est la méticulosité avec laquelle il conçoit ses divers plans en vue de raccrocher définitivement. D’ailleurs, vers la fin, William Hurt ne croit pas du tout à sa retraite. C’est là où l’opposition de ce double personnage prend tout son sens. Car la vérité apposée à moment donnée par Kevin Costner ne sera pas forcément celle qui prendra acte dans la réalité de son entourage. Lui s’invente une vérité, tout comme William Hurt en a une autre. Mais rien n’est totalement tangible. C’est ce que nous dit le film. C’est particulièrement clair à travers sa fille, jouée par Danielle Panabaker. Ce qui était formulé comme vrai l’instant d’avant ne l’est plus l’instant d’après selon une autre formulation. Mais peut-être qu’il s’agit encore d’une autre dimension de logique et de vérité. Car rien ne dit que Danielle Panabaker est coupable du premier meurtre à la hachette. Ce n’est qu’une déduction de l’esprit malade de Kevin Costner. Les flics n’ont aucune preuve. Certes, l’histoire de la BMW déroute considérablement. A-t-elle menti à son père ? Si le réalisateur nous montre une part de vérité inamovible, alors il n’y a aucune raison qu’il ne nous fasse pas part de sa culpabilité ou de son innocence. Le flou qui persiste provient du fait que toute déclaration est perçue par le prisme du fonctionnement cérébral de Kevin Costner. Un esprit qui s’enfonce un peu plus dans la névrose, puisqu’il parvient à élaborer une théorie fumeuse selon laquelle les gènes meurtriers seraient transmissibles. Il n’y a qu’à partir de ce moment que l’on peut nettement se situer par rapport à sa logique.
L’entrée dans cet esprit malade (et pourtant très ordonné) est encore mise en relief par les différences avec lesquelles Kevin Costner (très méticuleux) et Matt Schulze (très rentre-dedans, manifestement peu calculateur) opèrent. Le soin avec lequel il programme chacun de ses meurtres ajoute énormément à son altération psychique. Et puis, il ne faut pas oublier Demi Moore qui campe un agent de police qui semble ne servir à rien en apparence, puisqu’elle ne capture pas Kevin Costner, et dont les histoires d’arrière-plan paraissent bien secondaires. Là encore, le personnage vient contrebalancer celui du tueur. Il s’avère que leurs vies sont calquées sur un négatif troublant. L’un a réussi sa vie professionnelle, sentimentale et familiale mais est en lutte avec des pulsions qu’il ne peut réprimer, l’autre cherche toujours une reconnaissance dans son travail (par des méthodes un peu déviantes, alors que Kevin Costner est on ne peut plus dans le consensuel puisqu’il vient d’être élu « homme de l’année »), peine dans sa vie privée mais connaît les limites à ses pensées les plus négatives car elle leur trouve toujours un substitut (c’est le cas lorsqu’elle dit à son mari qu’elle aimerait le voir écrasé par un 38 tonnes, ce qui fait toujours autant de bien mais diffère quelque peu d’un meurtre, vous en conviendrez).
Il a raison et tous les autres sont des ignares crépusculaires, si je comprends bien… Pas tout à fait. Il n’y a pas de fumée sans feu au cul, comme dirait la jeune mariée. En fait, pour comprendre où le bât blesse, le premier film de Bruce A. Evans va nous être d’une grande utilité. KUFFS n’est rien d’autre qu’un petit ersatz de film policier, où il n’y a rien à sauver, même pas la prestation de Christian Slater. Mais le film cherchait à se démarquer par ce comédien s’adressant constamment au spectateur, face caméra. Procédé intéressant s’il n’avait pas été laissé pour compte au milieu de cette tragédie impériale. Il faut dire que Bruce A. Evans bâcle très souvent les scènes qu’il ne considère pas comme les véritables enjeux du film. C’est souvent le cas pour les scènes d’exposition. Dans MR. BROOKS c’est filmé d’une manière assez plate, avec des champs/contrechamps assez balourds et un manque d’idées flagrant. Etrangement, cela n’apparaît plus lorsque qu’il se prend d’affection pour les scènes où une idée lui est venue. Un peu plus de charisme transcende l’affaire. Et même au niveau des compositions visuelles. MR. BROOKS alterne des séquences sans relief à l’intérieur des cadres, avec des jeux de lumière vraiment chouettes (dans l’avion, lorsque Kevin Costner s’éclaire avec sa torche…) et des cadres qui ont revêtu le costard.
MR. BROOKS c’est comme un terrain vague plein de mauvaises herbes qu’il suffit d’arracher pour découvrir un film plus travaillé qu’il n’y paraît. C’est ainsi que nous apparaît au détour d’un passage scénaristique qui pouvait sembler quelconque sur le papier, la plus belle scène du film lorsque Demi Moore se fait tirer dessus dans le couloir. Regardez où le cadre décide de s’attarder lorsqu’elle se met à l’abri. La virtuosité s’allie à un ralenti qui n’a qu’un seul but : transcender le rythme lorsque la bande défilera à nouveau au rythme normal. Qui plus est, le réalisateur a choisi d’effacer la piste sonore pour ne laisser la place qu’à la musique. Le reste c’est du montage. Et alors là, ça sort les kalaschs. C’est brut, bien massif. Image et musique en complète symbiose. Que du bonheur !
Retrouver Demi Moore et Kevin Costner nous plonge en plein syndrome Kad Merad. Vous savez, le comédien à qui l’on donne un César parce qu’il sait faire autre chose que du comique. Dites-donc, ce n'est pas juste un peu son métier ? Pour la même raison nos deux stars américaines seraient en droit de mériter récompenses et lauriers. Mais si nous regardons MR. BROOKS un peu plus attentivement, nous repèrerons que Kevin Costner ne retrouve pas enfin un rôle à la mesure de son talent. Certes, ce n’est pas un acteur que je déteste mais j’ai toujours trouvé que sa présence imposait plus que son jeu qui manque de variété et de profondeur. Et puis, ce film n’est pas à part dans sa carrière. Il a toujours jonglé entre succès et cataclysmes monstrueux, rôles insipides et personnages plus dessinés. Demi Moore, elle, n’a que très peu dévié du personnage autoritaire, castrateur et peu féminin qu’elle a véhiculé dans des films tels que G.I. JANE, A FEW GOOD MEN, ST ELMO’S FIRE et DISCLOSURE. MORTAL THOUGHTS est peut-être la seule fois où elle m’est apparue plus contrastée. Ici, elle continue sur la même pente sablonneuse. La froideur de son personnage (certainement pas moins bien écrit que celui de Kevin Costner, preuve en est la masse d’informations qui nous parviennent tout au long du film) empêche toute expression de ce qui se joue chez elle. C’est un de ces ingénieux artifices des comédiens qui lui permet de masquer ses difficultés à jouer dans la finesse et la multiplicité. Elle expose tout sur un seul registre et son grand charisme lui permet d’affirmer l’essentiel à la caméra.
Tout cela n’aurait pas été possible sans la baguette du chef d’orchestre Bruce A. Evans. Que nous éviterons d’appeler maestro. Sa véritable intelligence découle de son aptitude à désherber les mauvaises pousses. En cadenassant leur jeu, il leur a permis de ne pas verser dans le grand guignol, dans les travers de comédiens qui ont tendance à trop en faire pour prouver qu’ils savent jouer. Il leur a donc demandé d’en faire le minimum, de jouer avec parcimonie, de penser à s’orienter vers une sobriété maîtrisée. Et c’est ce qu’ils ont réussi à faire, parce que ce sont des indications simples. Se laisser photographier et parler juste. La France en est le premier éleveur. Avec notre grande championne agricole : Virginie Ledoyen ! En plus, nous donnons des récompenses aux personnes qui savent réprimer leur cabotinage. Une race de comédiens qui savent aussi jouer sur un autre registre. A quel moment de la journée ? Quand ils dorment !!! Voilà bien à quoi ce genre de direction d’acteurs aboutit : à des comédiens endormis. Kevin Costner et Demi Moore dorment d’un œil, c’est déjà ça de pris.
Des nouvelles de la critique qui fait bien son travail.
C’est dans quel pays, ça ? France. 2007. PARANOID PARK. Gus Van Sant. Evidemment, c’est plus facile à juger quand il s’agit d’une personne récemment couronnée à Cannes et qui rentre dans les cases de la politique des auteurs ! Cinéaste dont nous suivons le parcours sans cautionner toutes ses prises de risques (GERRY), Van Sant nous fascine par son aisance à jongler entre impératifs commerciaux et profondes recherches artistiques. Avec son dernier opus il réussit à nous éblouir avec un film couillu à cent lieues du glamour hollywoodien et de ses parures qui vous excitent l’œil. A la fois extrêmement simple dans son langage cinématographique et structurellement pétillant d’ingéniosité, PARANOID PARK démontre que le cinéma est aussi affaire de sensualité et avant tout d’impressions non littérales.
Gus Van Sant nous conte l’histoire d’un jeune adolescent américain qui a commis un homicide involontaire et qui se trouve désormais désarmé face au silence dans lequel il choisit d’enfouir son acte. Pour bien comprendre que ce film n’est pas un simple jeu du chat et de la souris avec un policier qui cherche à faire le jour sur ce fait divers, ou juste l’histoire d’un adolescent mal dans sa peau qui flirte avec les embrouilles, il faut comprendre les précédentes démarches filmiques du réalisateur et les points de repère qu’il impose ici.
Gus Van Sant a beaucoup filmé les errements de personnages cotonneux, emportés par le moelleux du brouillard qui les entoure et les déconnecte des références que la société impose. Il poursuit cette aventure aux côtés de Gabe Nevins, ne cherchant jamais à extirper son intimité mais plutôt à écouter son rythme de vie. C’est un cinéaste qui travaille sur la notion d’affleurement de l’inconscient, de prise en charge de la réalité, de lutte métaphysique entre un monde que l’on perçoit et dont on n’arrive pas à se convaincre que l’on en fait partie. Toute son œuvre est basée sur la perception de soi. C’est indubitable et sans ambages dans GOOD WILL HUNTING, perspicace dans LAST DAYS, téméraire dans MY OWN PRIVATE IDAHO et ainsi de suite pour tous ses autres films. C’est très clair par l’emploi qu’il fait des inserts en 8mm où nous voyons des jeunes faire du skate. Il les dissémine à des endroits clés du film, de sorte qu’ils apportent aération narrative et recentrage de la problématique première. N’oublions pas qu’ils closent le film en annonçant peut-être pas la totale résolution des tourments du jeune homme mais, du moins, la stabilité que lui confèrent les rails retrouvés (nous allons y revenir). Ces intervalles ne sont pas innocents et je suis surpris qu’aucune critique n’ait relevé leur dissémination stratégique. Le skate c’est d’abord un sport pour funambules de la vitesse, moins suicidaires que ceux du vide. A nouveau la perception de soi. C’est aussi l’élément d’identification de ces jeunes, un des éléments qu’il faut avoir coché sur sa check-list pour être accepté populairement et intégrer la norme. Avoir une jolie copine aussi. Baiser surtout, car baiser vaut toujours mieux que ne pas baiser, entendra-t-on dire (remarquez qu’au travers d’un film aussi peu bavard, les moindres phrases sont travaillées et si elles semblent dépourvues d’éloquence littéraire et tellement quotidiennes c’est parce qu’avant tout elles cherchent à ressembler à ceux qui les prononcent). Pourtant, cela ne satisfait pas pleinement Gabe Nevins. Bienvenue dans le monde de ceux dont le prénom ne figure pas dans le calendrier. Faire l’amour avec sa copine n’est qu’un processus d’identification à ceux qui se préoccupent de leur sexualité, donc de leur normalité. C’est pour cela que Taylor Momsen se précipite sur le téléphone (la scène est envenimée par un humour jaune de très haut vol !) pour raconter à son amie qu’elle l’a fait avec Gabe Nevins. Qu’elle a fait quoi ? Cette relation n’est pas suivie dans son intimité, dans sa tendresse, dans son infini prolongement de soi-même. Qu’elle a fait quoi ? Surtout parce que Taylor Momsen est une jeune fille qui ne s’intéresse qu’à elle-même et à se faire valoir auprès de ses copines. Mais qu’elle a fait quoi ??? Même si ce n’est pas explicite, nous sentons bien que c’est quelque chose de cet ordre qui taraude l’ami Gabe. Mais qu’elle a fait quoi, nom de Dieu ??? ‘Tain c’est toujours pareil, on ne me dit jamais rien à moi !!! Ainsi s’explique l’attrait qu’il éprouve pour une Lauren McKinney, au physique plus étrange, au visage couvert d’acné, mais au comportement plus sensible à son contact (c’est d’ailleurs avec elle qu’il se confie le plus). D’ailleurs, regardez bien comment la mise en scène nous le montre lors de la rencontre entre Lauren McKinney, son amie Emily Galash et Gabe au restaurant. Elles tombent sur lui en train de lire le journal et lui proposent d’aller au cinéma avec elles. La façon de décadrer légèrement Emily Ganash en dit long sur la manière dont les personnes passent à côté d’autres personnes. Lui donnant un rôle secondaire, Gus Van Sant en fait dans un premier temps un personnage relégué à de la simple figuration. Mais un plan plus serré sur elle vient annuler cet état de fait pour appuyer notre regard mais aussi celui de Gabe sur cette actrice devenue bien plus simiesque à Taylor Momsen que nous ne l’aurions cru précédemment. En fait, détaché des artifices superficiels dont Taylor Momsen se pare, la véritable fille dont Gabe serait amoureux sans le savoir c’est bien Emily Ganash ! C’est ici que réside l’intention dans cet effet de style propre à nous indiquer les véritables émois de Gabe. D’ailleurs, nous avons souvent l’impression de se sentir à l’intérieur non pas de son cerveau mais de son corps tout entier. C’est là le magistral tour de force de Gus Van Sant. Tout son film est orchestré comme un ballet sensoriel et sensuel, une expérience de vibration corporelle intense et délicate. Et du son dans la mise en scène, mes amis !!! Si vous saviez ! C’est à faire faire une crise cardiaque à sa mère-grand ! Moi qui me plains continuellement que 99,37 % des cinéastes délaissent habituellement le son au profit du scénario ou des comédiens, voilà bien de quoi alimenter mes insistances sur la nécessité d’une vigilance tout aussi contractuelle. Quel plaisir d’écouter cette bande son ! Et pas de celles qui font compilation des meilleurs titres que le réalisateur aime à écouter, non, une vraie correspondance avec l’état dans lequel se trouvent les personnages à l’écran, ou alors utilisée en contrepoint (comme la scène où Gabe vient dire à Taylor Momsen qu’il veut rompre avec elle. Gus Van Sant a guillotiné les paroles, laissé la musique en libre accès et vous comprenez tout ce qui se passe ! C’est une scène à la fois bouleversante et extraordinairement comique grâce à l’emploi détourné de cette chanson). Toute une palette des genres extrêmement riche et colorée. Et des sons il y en a encore beaucoup, et du signifiant ! Notamment dans la scène où le policier interroge Gabe à part, dans son lycée. Nous découvrons les niveaux intérieurs par lequel passe l’adolescent face à la justice qui semble le rattraper. Le malaise vertigineux s’installe. Vivre avec le poids de l’horreur. Le rappel de ces images d’un soir qu’il cherche à évacuer et qui ressurgissent sans cesse. Si vous écoutez bien, vous entendrez le cri de l’homme qu’il a poussé sous les roues du train. C’est la fragile cohabitation entre la liquéfaction interne de la culpabilité et l’apparence extérieure qu’il tente de tenir détachée et hors d’implication.
Nous avons parlé du son mais n’oublions pas non plus les cadres de malade mental du dénommé Christopher Doyle qu’il faut enfermer tout de suite. Pas étonnant quand on sait que le beau dans THE QUIET AMERICAN, CHUNG HIM SAM LAM, FA YEUNG NIN WA ou LIBERTY HEIGHTS c’était déjà lui ! Il est totalement en phase avec la poésie du cinéaste. Des mises au premier plan de lieux, d’objets et, accessoirement, de comédiens. Beaucoup de mouvement même dans les plans qui peuvent paraître posés, je pense notamment à la petite horde de convoqués qui avance dans le couloir du lycée. Ca, c’est carrément impressionniste ! Comprenez l’osmose : si le cinéma n’existait pas, Gus Van Sant serait sans aucun doute un peintre impressionniste, de ceux dont la poésie vous émeut par ce qu’elle a de plus indicible.
Le skate-board c’est aussi (et avant tout, je dirais) la notion d’équilibre, d’harmonie entre les différents points d’appui. Gabe Nevins est en demande de réappropriation de ses propres particules élémentaires, une demande qu’il ne sait pas formuler. Pourtant il l’attend, notamment de la part de sa copine Taylor Momsen. No way, celle-ci ne le voit pas. Figurer, s’incarner dans les yeux et les mots de l’autre. C’est pour cela que Gabe ne fait pas partie de ces adolescents à problèmes dont ELEPHANT brossait le portrait. PARANOID PARK en est très éloigné, ses stigmates sont d’un ordre tout autre, quoi qu’en puissent dire toutes les critiques (y’en a qui ne doutent de rien, c’est rafraîchissant !). Evidemment, en parcourant le film en travers nous comprenons aisément qu’ils se soient faits abuser par le lycée, un meurtre, l’adolescence… Il y a une scène d’une importance capitale qui nous révèle toute la dialectique du film. Là encore, attention : mise en scène ! C’est lorsque Lauren McKinney en vélo trouve Gabe étendu sur le béton. Ils repartent ensemble, elle sur son deux-roues et lui se faisant tirer sur sa planche à roulettes. J’aime bien faire des phrases ambiguës, comme ça. Evidemment, ce symbolisme démontre toute l’inutilité du personnage de Taylor Momsen et souligne les atouts de celui de Lauren McKinney, la figure forte. C’est elle qui donne l’impulse. C’est elle qui répond à la demande de Gabe, entendue inconsciemment. Rien d’étonnant à ce que les quelques conseils qu’elle lui donne résonnent en lui comme des éléments salvateurs. C’est le montage qui donne de l’impact là où le réalisateur décide d’attirer notre attention. En effet, il met fin à la scène par un montage très sec qui permet aux mots de ricocher et donc de tisser leurs synergies. Grandiloquent par le style ! Dionysiaque, mes amis ! C’est ici le point de départ de tout le film. Tout le talent de Gus Van Sant réside dans cette aisance à développer cette problématique avant de la poser. Bien que l’on puisse concevoir PARANOID PARK d’un point de vue non chronologique, il se développe surtout en fonction de thèmes et d’approches communes indépendantes du temps. C’est ainsi qu’une fois les questionnements clairement définis (je parle de cette scène à six roues), Gus Van Sant n’a plus qu’à conclure son film sur l’évidence qui s’impose à Gabe : brûler ses écrits. Libéré avant que l’enquête de police ne s’achève. Encore une musique sublime pour ce moment de grande poésie amère. Comme on dit quand on ne sait pas quoi dire : tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Ou paraplégique.





/image%2F1488871%2F20220516%2Fob_005401_le-tribunal-des-bureaux.jpg)






Je ne comprends pas très bien l’engouement soudain pour ce cinéaste que beaucoup de critiques officiels instaurent grâce à BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD, et surtout à cause de son âge avancé (et là nous voyons bien que ces personnes prennent en compte des critères complètement surréalistes !). Parce que le talent de Sidney Lumet a quand même été mis en lumière un bon nombre de fois me semble-t-il. Nous pouvons citer THE HILL comme son chef-d’œuvre le plus abouti, et dans une moindre mesure les formidables 12 ANGRY MEN et THE FUGITIVE KIND. Sur ces films-là, oui, il y avait de quoi s’extasier. Alors quoi ? Ceux qui avaient raté le bus de 18 heures 32 à l’époque attendaient son dernier bon film pour le glorifier ? DEATHTRAP m’avait laissé une énorme impression, mais il y a de cela presque 20 ans et il faudrait que je le revoie. Par contre, je suis plus mitigé sur NETWORK, SERPICO, DOG DAY AFTERNOON et EQUUS, de bons films qui auraient mérité mieux. Certes, je n’ai pas tout vu dans sa longue filmographie, mais de là à le déifier tel un Kubrick ou un Fellini (que j’aime peu), faut avoir sérieusement oublié qu’il a quand même fait du foie de veau ! GLORIA est vraiment navrant. THE VERDICT fonctionne plutôt mal. GUILTY AS SIN constamment laborieux, malgré notre fascination pour Rebecca De Mornay (sublime dans RISKY BUSINESS voire géniale dans THE HAND THAT ROCKS THE CRADLE). FAMILY BUSINESS est aussi très pénible. A STRANGER AMONG US et MURDER ON THE ORIENT EXPRESS sont sans intérêt. Bref, voilà une trentaine d’années qu’il n’avait pas retrouvé un si bon niveau. Or, si BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD est un bon film, il ne révèle jamais une hypothétique leçon de cinéma du maître Lumet. Premièrement parce que le scénario fait le film. Et les voyages forment la jeunesse. T’en as d’autres des clichés du même genre ? Je veux dire par là qu’une grande partie de la mise en scène s’y trouve. Jusqu’ici, pourquoi pas ? Après tout, j’ai toujours pensé que la mise en scène commençait dès l’écriture du scénario. Mais c’est en général le cas lorsque le réalisateur est aussi le scénariste. Ici, c’est Kelly Masterson qui a le stylo entre les mains et qui fait la mise en scène à la place de Sidney Lumet. Prenons le cas du principe narratif non chronologique. Voici une belle idée artistique, qui va de plus en plus être discréditée parce qu’elle commence à être trop employée. Mais cela n’en restera pas moins un procédé jouissif. Dans BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU’RE DEAD son emploi n’est pas toujours fort à propos. D’un point de vue de l’histoire pure, nous n’y gagnons rien. Cela ne raconte que ce qu’elle aurait raconté dans sa forme plus académique. Mais du point de vue des personnages l’apport est considérable. En termes de présentation, d’enjeux, de progressions psychologiques et d’interactions. Là où l’accord du réalisateur avec sa scénariste me semble peu convaincant c’est dans sa transcription littérale ultra-scolaire. L’articulation temporelle reste très évidente. Elle peut l’être, ce n’est pas ce que nous lui reprochons, mais elle peut aussi s’affranchir d’un respect trop fidèle au scénario et devenir un élément constituant des personnages, puisque justement le récit éclaté ne s’attache qu’à eux dans ce film. Prenons un exemple concret. WHERE THE TRUTH LIES parvenait formidablement à effacer toute notion de temps de manière à mieux flouter les réflexions internes et égarer le spectateur dans un dédale qui se chargeait de le ramener à destination lorsque le réalisateur le souhaitait.










Un premier élément amène le second puis le troisième etc. Nous pourrions dire que le film est structuré, mais plus que cela, il s’agit en fait d’un film qui s’apparente plus à une fiction qu’à un documentaire. Tout est très étudié chez Michael Moore. Il sait pertinemment où il veut en venir dès le moment où il choisit l’idée de départ. SICKO est un film au raisonnement inductif. D’ailleurs, Michael Moore réfléchit lui-même dans ce film. Il n’hésite jamais à dire ce que tout ce qu’il apprend signifie pour lui et la manière dont cela influe sur lui. Et il le fait de deux façons. Par sa voix off ; là, c’est très net, c’est écrit de A à Z. Et aussi en assénant des répliques comme des réparties naturelles. En fait, elles ne le sont pas ; tout est scénarisé. Il ne sait juste pas à quel moment il va devoir les placer. Ainsi, à chaque fois qu’il s’étonne du mode de fonctionnement dans un autre pays, rien ne sort spontanément. Il savait exactement ce qu’on lui dirait et qu’à ce moment-là il devrait s’étonner (ce qui a pour effet de faire surenchérir la personne en face de lui). C’est pour cela qu’il essaie de figurer au minimum dans le champ. Les rares fois où cela arrive, et si nous sommes assez attentifs, nous pouvons remarquer qu’il ne joue vraiment pas bien le naturel que requiert la situation. La voix off, elle, a pour effet de lier les différentes parties entre elles et donc de diriger son parti pris. Cela a aussi pour but d’intégrer de l’humour. C’est de la mise en scène, comme dans le gag de fin, mais aussi comme les différentes personnes qui trouvent ses questions incongrues lorsqu’il se présente dans un hôpital anglais. Via les rires de ces personnes, résumant ses entrevues, sa voix off nous dit que ces gens se riaient ouvertement de lui lorsqu’il s’étonnait qu’ils ressortissent de l’hôpital sans rien payer. Légère nuance de l’écriture, tout cela lui sert la soupe puisque ce n’est évidemment pas écrit. Là, c’est bonus, c’est cadeau. C’est du documentaire mais c’est exactement ce qu’il espérait recueillir comme réactions pour étayer son propos ! Exactement comme lorsqu’il découvre le cashier. Michael Moore sait auparavant qu’il trouvera un cashier dans cet hôpital. Hors, la séquence est filmée comme s’il le découvrait. Mise en scène plutôt sympathique, oui, mais écriture préalable !
Nous connaissons ce dernier par ces quelques petites choses regardables que sont MARATHON MAN, PACIFIC HEIGHTS ou MIDNIGHT COWBOY. Mais sa filmographie renferme tout de même plusieurs œuvres bien moins avouables. Les grandes idées cinématographiques sont paresseuses et l’essentiel est d’atteindre une finalité par le chemin le plus court, avec un maximum d’effet. C’est généralement le scénario qui sert le film, l’action qui retient le spectateur et le montage qui sert de clé de voûte. Pas de quoi faire frissonner la trompe de l’éléphant mais une technique efficace, savamment utilisée. Le guide du routard, quoi.
Jamais il n’esquisse la moindre interrogation personnelle, jamais il n’accompagne les personnages sur leurs cheminements intérieurs. Il ne fait que servir des valeurs qu’il essaie de nous faire accepter par des moyens détournés vils et manipulateurs.


Soit tu prends toi-même le risque soit… Soit tu prends toi-même le risque. Elle est plutôt bien dirigée, tout comme la plupart des autres comédiens. Rien à redire sur la justesse de son jeu. Il manque un peu ce qui fait la singularité de ce film, une démarque dans la manière d’appréhender le personnage, un jeu un peu moins balisé. La fine bouche que je suis à d’autres espérances. On ne se refait pas ! Au contraire de Faye Dunaway.
C’est d’abord le plus facile (même s’il n’est pas aisé) et c’est aussi celui qui engendre la reconnaissance. Un discours socratique, comme je le disais, parfaitement logique mais qui ne supporte pas sa mise en forme. Aussi pertinent, documenté et argumenté que puisse être son propos, il est d’abord démonté une première fois lorsqu’Emmanuel Bourdieu essaie de faire de la mise en scène (désolé pour l’émotion mais la culture ce n’est pas l’intelligence), et une seconde fois lorsque Thibault Vinçon dit à Alexandre Steiger qu’il sera un grand acteur comme l’a prouvé son audition pour rentrer au Conservatoire (en passant, me voici très étonné de voir que les auditions du Conservatoire ont lieu au théâtre Tristan Bernard !!! Est-ce que les dirigeants ont subitement eut honte que l’on montre les froides salles sans âme où se déroule le premier tour ?). Manifestement, cela prouve définitivement que Thibault Vinçon se fourvoie sur le sens de l’art. Lors de son audition Alexandre Steiger est catastrophique. Il déclame ses vers, est figé comme le requiert toute mise en scène guindée de Racine, aucune vie ne nous parvient (au contraire de la jeune fille qui lui donne la réplique). Tout est plaqué, antinaturel.
plaisir de cette période estivale les herbes hautes baguenauder cueillir des gypsophiles mutiler les bougainvilliers parce qu’ils portent un affreux nom amener le Petit Chaperon Rouge à une corrida accessoirement enfourcher sa bicyclette mot qui s’écrit et ne se parle plus pour aller au cinéma tout en profitant de la pluie et des rues parisiennes désertes pour un peu nous nous croyons dans
ouverture du champ lexical que ce mélange des genres acidulé version policier comédie musicale érotisme fantastique ce que le film n’est pas malgré cette idée véhiculée par les ans nous applaudissons des deux oreilles l’amour du geste une communion comme un régal face à la prédisposition du spectateur que Robin Hardy prend d’abord plaisir à désamorcer pour ensuite insérer son propos théologique car THE WICKER MAN vaut essentiellement par l’opposition du christianisme et du paganisme l’un et l’autre les deux extrêmes qui se rejoignent blanc et noir le loup et l’agneau Quick et Flupke MacDo et Flunch sous couvert de dénoncer l’un par l’autre et puis finalement exposer l’autre à la lumière de ses mêmes limites beau discours l’assemblée était assise et écoutait consciencieusement les mains croisées et les oreilles décollées l’envol semblait n’être qu’une question de temps passer sa vie à réfléchir comprendre s’envoler et atterrir lorsque le trajet vous aura conduit au point de non retour c’est implacable comme des numéros accrochés dans le dos qui se battent la suprématie du terrain du pouvoir devenir ministre du culte sous les hourras de la foule qui réclame l’homme d’osier magnifique représentation de toute cette impuissance de l’Homme face à la croyance impuissance qui déifie l’icône par sa sublimation via le feu et pendant ce temps le film n’emporte pas totalement notre enthousiasme la vraisemblance en prend un coup et comme ils sont machiavéliques pour avoir tout planifié de cette manière heureusement que Neil LaBute est arrivé sans se presser sur son beau cheval persan pour clarifier tout cela bien mettre dans des cases expliquer les moindres détails et changer la photo un truc plus classe qui pète sa mère et puis de l’action surtout alors une première séquence absolument inutile simplement mathématique j’appuie sur la touche = et j’obtiens une équation qui force le spectateur à rentrer directement dans le vif du sujet le souffle court en attente de la suite créer l’envie oui mais c’est pourtant par son inappétence que brille THE WICKER MAN de Neil LaBute oubliée l’ambiance sinistre et drôlement décalée voire perverse voire vénéneuse tout en pâles dénivelés du coup le film ne raconte plus rien si ce n’est une banale enquête pour retrouver une petite fille et toute l’étrangeté de cette communauté n’est plus présentée comme un contrepoint au monde d’où vient Nicolas Cage mais comme une bizarrerie de la nature que l’on regarde d’un mauvais œil mais pas trop parce que l’on sait que l’on colporte la vérité et que tout grotesque n’identifie qu’illuminés et autres anormaux une sorte de quota comme ceux que la société oblige à instaurer pour se défausser de son manque de tolérance parce que nous savons bien et c’est ce que montre ce remake qu’elle se rit de ce qu’elle considère comme des déviants but inverse de celui recherché par l’original et Nicolas Cage n’y changera pas grand-chose se prendra les pieds dans le plat mangera finalement dans la gamelle du chien attaché à la niche de l’impossible transmission émotionnelle de ses rictus faisandés heureusement qu’il y a
affaire avec le statut de film culte dont ils n’ont franchisé que le nom et là nous débusquons l’une des plus grosses arnaques contemporaines celle de ces producteurs qui n’ont aucun scrupule à profaner des œuvres d’art dans le seul but de faire de la caillasse sur le dos là où il y a un numéro vous suivez belle illustration d’une stratégie que les Etats-Unis ont goupillée depuis quasiment les débuts du cinématographe étrangement accélérée depuis la fin du siècle dernier « quand c’est usé je le jette je le jette et je rachète » comme disait le poète c’est l’idéologie culturelle récupérée en instabilité du vu lu et entendu et si vous écoutez bien mais surtout écoutez mieux vous comprendrez que les Etats-Unis réinventent l’Histoire en imposant leur version des faits du monde car pour eux l’Histoire n’est jamais fixe elle est mouvante si elle s’écrit au jour le jour elle se réécrit aussi aujourd’hui on grave l’Histoire de demain alors que celle d’hier est déjà en train de s’effacer pour devenir celle que les Etats-Unis ont toujours voulu qu’elle soit c’est bien simple quand cela ne leur convient plus ils jettent ils jettent et ils rachètent ils effacent ils effacent et ils réécrivent « incunable » est un mot qui tend à disparaître du vocabulaire américain s’il faut dire les choses telles qu’elles nous sommes en mesure de vous révéler le négationnisme dans lequel est en train de s’enfoncer la culture cinématographique U.S. l’Histoire n’existe plus telle que nous l’avons vécue mais comme on nous la dicte c’est ainsi qu’ils sont arrivés à s’approprier l’Histoire d’autres pays et à la réécrire selon leurs propres conceptions CRIMINAL THE RING THE DEPARTED TRUE LIES THE LAST KISS THE ITALIAN JOB VANILLA SKY THREE FUGITIVES WICKER PARK DIABOLIQUE SOLARIS THE LADYKILLERS ALFIE GET CARTER UNDER SUSPICION THE GRUDGE OSCAR SORCERER THE LONG NIGHT THE BIRDCAGE UNFAITHFUL PARADISE 3 MEN AND A BABY SOMMERSBY THE MIRROR HAS TWO FACES NINE MONTHS MY FATHER CE HEROS TWO MUCH pour ne citer qu’eux et là où le processus devient particulièrement sournois et pernicieux c’est qu’il s’attaque aussi à sa propre Histoire avec des films tels que GLORIA HAIRSPRAY ASSAULT ON PRECINCT 13 KING KONG THE HILLS HAVE EYES OCEAN’S ELEVEN THE STEPFORD WIVES THE END OF THE AFFAIR THE GETAWAY THE THOMAS CROWN AFFAIR THE MANCHURIAN CANDIDATE SABRINA THE TEXAS CHAINSAW MASSACRE FUN WITH DICK AND JANE THE JACKAL THE PINK PANTHER GONE IN 60 SECONDS THE BLOB BODY SNATCHERS CHARLIE AND THE CHOCOLATE FACTORY PLANET OF THE APES VILLAGE OF THE DAMNED PSYCHO le pire du pire pourtant étrangement très intéressant THE FOG ROLLERBALL alors que sont annoncés THE EVIL DEAD THE FLY FOOTLOOSE THE TOPKAPI AFFAIR BANGKOK DANGEROUS LABYRINTH pour 2008 et deux scandales qui feront certainement beaucoup parler d’eux les remakes de PHANTOM OF THE PARADISE 2010 et THE BIRDS 2009 avant que cela touche la France c’est pas à côté de la porte pouvait-on entendre puisque nous ne sommes pas issus d’une culture négationniste tu parles mon-cul-et-tarte-aux-pommes le phénomène s’exporte très facilement puisque les prochaines années françaises seront marquées soulignées Stabilo Bossées par les précurseurs LE SCHPOUNTZ UN CRIME AU PARADIS LE DEUXIEME SOUFFLE quand nous débarrasserons-nous de ces maudites chaînes pour mener le combat de nos libertés suicidaires d’ici-là je me serai exilé dans un bouge de Hanoï où de vieilles chanteuses oubliées essaieront de mettre du GHB dans mon verre pour abuser de moi et je me laisserai faire parce que moi je ne les aurai pas oubliées alors je renaîtrai en Dieu de l’Amour et j’aurai connaissance de tous vos secrets même les plus enfouis de toute façon j’ai toujours rêvé de faire dans l’humaniquaire et de savoir si c’est possible ça des Transformers transsexuels transgéniques transfusés transalpins transportables et transparents et si oui je promets
de pas faire de recherches sur Google tu sais le site internet où ta mère est tellement moche qu’elle a zéro résultat gucci baby c’est ce que je préfère bonne pioche comme disait Marc Dutroux
Darkly Noon d’autant plus passionnant au vu du nombre de plans où il ne parle pas et fait passer tout ce que son personnage ressent par autre chose que des grimaces et des processus de lifting il en faut de la charge intérieure je vous le dis mais c’est toujours pareil dès qu’un vrai directeur d’acteurs pointe le bout de son nez il arriverait même à faire jouer Louis Garrel il n’y a pas de mauvais comédien et Ashley Judd il nous faut encore parler d’elle complètement bluffante dans BUG cette année elle tient un rôle là encore très riche avec des scènes particulièrement casse-gueule énorme présence parfaite rien à dire sinon qu’elle devrait parfois mieux choisir ses rôles les films de Joël Schumacher en avoir c’est se faire avoir et si Philip Ridley c’est quand même mieux cela peut au moins se vérifier par l’intensité des émotions qu’il exacerbe mise en scène toujours prégnante jusqu’au boutiste elle ne fera pas de cadeau et vous êtes prévenus même si parfois il faut montrer les personnes nues lorsque les scènes le nécessitent alors qu’est-ce qui te gêne là Ridley à part ça c’est beau c’est triste c’est fou c’est agressif c’est claustrophobique pas d’effet en trop beau sujet belle réussite qui fait regretter que Philip Ridley ne soit pas plus reconnu il en est de même pour un peu trop de cinéastes dont la place est squattée par Jean-Jacques Annaud Lars Von Trier Ridley Scott Ron Howard Xavier Beauvois et autres membres du Consortium des Laxatifs du Cinéma et pareillement qui ose encore parler de Scott Reynolds ou 
DETENTION 2003 je vois Dolph Lundgren au casting et là je me dis que j’en prends pour 1 heure et 38 minutes de souffrance que n’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie et pourquoi ce masochisme à répétition ma cinéphagie l’emporte sur ma cinéphilie ma psy n’aura qu’à se démerder avec ça illusion qu’un jour tout va changer mais je souris au vent et perd mon ombre chinoise la loi du plus fort étant toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire fontaine j’avais bien lu dans les cartes quelqu’un a jeté le valet de cœur il ne reste plus que les prédictions avérées avariées averti que j’étais d’un œil je regarde l’écran je bloque l’autre avec ma main j’essaie avec mes oreilles mes yeux se croisent je floute les visages je me rebaptise Photoshop CS ma tête se penche elle est maintenant à l’envers rien n’y fait Dolph Lundgren n’a jamais été qu’une brute et il n’y a que des cheveux là haut je pensais avoir flirté avec les spéléologues de la médiocrité lors de CONFESSIONS OF A SOCIOPATHIC SOCIAL CLIMBER mais là c’est carrément incompréhensible ils s’activent dans tous les sens ça bastonne pour un rien le scénario m’attaque les neurones il devient une bouillie où tout n’est que bruit dans un monde testostéroné dans CONFESSIONS OF A SOCIOPATHIC SOCIAL CLIMBER il y avait aussi du muscle et je préférais ceux de Jennifer Love Hewitt associés à ce nom je suis sûre que si tu rajoutes « nue » « naked » « rasée » « humide » et « bunker » les moteurs de recherche vont soudainement beaucoup t’aimer la vie est tellement riche d’enseignements festifs et régénérants il n’empêche Sidney J. Furie m’attriste aujourd’hui pourquoi tu parles dans le vide dis Furie demain ce sera fini et j’exploserai avec les feux d’artifices en d’incommensurables dérélictions dionysiaques et je serai content de me remémorer mes regrets aussi nombreux que mes rêves pareil pour tous le même tarif de groupe il est faux de croire à l’idée commune que nous ne colportons aucun regret et pire encore que cela ne sert à rien d’en avoir ce n’est qu’un concept préétabli guidé par la tyrannie de ne vivre que pour des instants de bonheur le mot qu’il m’avait manqué pour MA MERE 


Moi, je l’aime bien, Guillaume Canet. En plus on peut faire plein de jeux de mots avec son nom ! Même que je me rappelle quand j’étais petit j’en avais un, de Guillaume Canet. Il brillait dans le noir et poussait des petits cris comme Surya Bonaly quand elle se viandait sur la glace. Le personnage m’est sympathique. L’acteur ne m’intéresse pas trop. Le réalisateur m’avait beaucoup étonné avec
Tout va très lentement. Il faut dire que l’intrigue est tellement complexe qu’elle nécessite de présenter tous les personnages de manière concise et radicale. On ne s’attarde pas trop sur les personnalités de chacun, leur rôle dans l’histoire est suffisant. Du coup, les scènes sont assez courtes. Pas le temps de rentrer dans les détails. Même si la jeune mariée aurait bien voulu. Il faut alors compter sur un montage de boucherie pour donner un peu d’allure à l’ensemble. Comme l’échelle des plans est parfois satisfaisante, le film présente une illusion d’aération constante alors que rien ne progresse. Le montage rend le film regardable. Nous avons l’impression d’un rythme assez soutenu alors que nous ne sommes qu’assaillis d’informations. Et une Nissan Micra, une ! Le film s’étale parfois laborieusement comme dans cette scène d’exposition où un gendarme est censé rappeler les faits à François Cluzet, alors que son vrai rôle est de les annoncer au public. Comme cela est maladroit ! Qui plus est sans véritable grâce. Les champs/contrechamps sont d’une platitude virtuose, comme à chaque fois que nous les recroiserons dans nos phares. Seat Toledo.
C’est cette impression de facilité qui gâche toujours un peu trop le film. Comme un moyen d’éviter de prendre des risques, d’aller plus loin que l’horizon. NE LE DIS A PERSONNE s’enferme dans des vues conventionnelles, des clichés, des images prêtes à êtres resservies. En témoigne tout ce qui se passe en banlieue. La façon dont Guillaume Canet nous dépeint l’endroit, le lieu où il amène son personnage, le danger qu’il crée comme le seul pouvant s’opposer à la police, tout cela requiert non pas une conception erronée de ce qu’est la banlieue mais une valeur de réalisation proche de la trivialité. Tout est un peu plus facile comme cela. Mais enfin, il n’est pas que la banlieue pour rompre un ordre ou générer du chaos !
Marie-Josée Croze, que nous révérons beaucoup par ici, se contente de promener sa belle présence de femme idéale et amoureuse. André Dussollier se sort très bien de ce rôle piège, sans toutefois éviter le côté caricatural qui faisait partie intégrante de l’écriture. Marina Hands n’est jamais plus intéressante que lorsqu’elle opte pour un jeu en intériorité, comme ce fut le cas dans le pitoyable LADY CHATTERLEY. Dans ce film de Pascale Ferran, qui ne fait la part belle qu’aux comédiens et ne s’embarrasse de rien d’autre, vous aurez remarqué un détail qui fait tout le talent de cette actrice. Lors de sa première rencontre avec Jean-Louis Coullo’ch, elle ne parvient pas à prononcer correctement sa première phrase. Son hésitation tient d’une articulation en accord parfait avec son personnage. Elle nous convie par ce biais à toute la déstabilisation que cette première rencontre a eu sur elle. Elle pose la pierre d’un édifice que chaque rencontre va édifier. Elle pose aussi les jalons d’une relation basée sur la difficulté à laisser en dehors toutes les considérations qui viennent flouer l’attirance mutuelle. Une relation qui avance un peu de manière désordonnée, cahotique, mais très instinctive. C’est par ce genre de petit détail que nous remarquons le talent des acteurs à déceler la psychologie d’un personnage et à rajouter à ce qui n’est pas écrit. Dans NE LE DIS A PERSONNE, Marina Hands projette un peu trop et ne parvient pas toujours à nous toucher. Pas plus que Nathalie Baye qui est restée coincée sur la touche over-play. Nous lui préférerons Kristin Scott Thomas, bien plus variée. Gilles Lellouche est une nouvelle fois impeccable et prouve qu’il n’attend plus que des premiers rôles pour exploser (précisons qu’il ne faut absolument pas lui tenir rigueur du déferlement de violence qui le prend soudainement. C’est encore un coup du scénario qui amène des coups de feu comme autant de cheveux en plein dans la soupe. Par contre, j’aime beaucoup le calme avec lequel la jeune femme qu’il abat, ouvre la portière du camion et part dans la rue.) François Berléand est sûrement le plus surprenant de tous. Il campe un personnage très composé, avec plus de profondeur que le film ne nous montre. Il sait tout à la fois se faire diplomate et plus intrigant que son apparence physique ne le laisserait présumer. C’est ce décalage entre ce physique très étudié et le décalage intellectuel du personnage qui crée tout le relief que le script ne mentionnait pas. Enfin du vrai travail d’acteur ! Mentionnons enfin Florence Thomassin, là aussi l’une des plus grandes actrices françaises, une nouvelle fois sous-employée. Toutes ses apparitions sont des mouvements graciles et ensorcelants. Sûr qu’elle roule en Aston Martin.
