Dieu est un fumeur de lavande. C’est même pas les paroles ! Si, c’est lui-même qui m’a dit !
Voilà.
Voilà, voilà…
Va trouver quelque chose d’intelligent à dire après cela ! Peut-être poser une question qui fera s’interroger le lecteur sur la médiocrité de son existence en même temps qu’il nous vénèrera quand il s’imaginera que nous en détenons la réponse. Allons-y : « Où se posaient les hirondelles avant l’invention du téléphone ? »
Mmouais…
Esprit Canal.
Re-mmouais et pas glop. L’œil noir vous guette et l’humour est mort.
Parlons plutôt amour du geste.
Si je vous dis Guy Ritchie (à vos souhaits !), vous me répondez : « Say you say me », et là je vous arrête car vous confondez avec Lionel Richie. Non, il fallait bien entendu répondre soit Madonna soit « prénom à la con » car il n’y a qu’aux Etats-Unis que Guy est un prénom qui ne fait pas plombier moustachu en bleu de travail.
Guy Ritchie (à vos souhaits !) nous le connaissons bien ici pour avoir déjà parlé de son REVOLVER sorti en 2005 et qui nous avait laissé une belle impression quant à sa dynamique et son audace. De loin son meilleur film.
Le 19 novembre 2008, Guy Ritchie (à vos souhaits !) nous revient avec son ROCKNROLLA. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il frappe fort d’entrée. Une introduction sèche, ultra-rapide, avec beaucoup de montage et d’une fulgurance que peu de cinéastes atteignent. Puis, il nous aiguille sur un générique d’une beauté à faire pleurer La Vache Qui Rit. Mélange entre pochoir et bande dessinée. Un joli caviar à cinq manches qu’il nous claque sur la joue. Entre amis, ça se fait ! Nous nous disons alors que s’il continue à se la jouer à la Cosaque jusqu’à la fin, c’est probablement à l’un des grands films de l’année que nous assistons.
Malheureusement, le film s’arrête de faire du cinéma et se lance très vite dans la politique puisqu’il ne tient pas toutes ses promesses.
A vrai dire, nous exagérons un peu puisque, du cinéma, vous en trouverez quand même beaucoup dans ROCKNROLLA. Evidemment, il aurait été quasiment impossible de tenir le rythme effréné du début pendant tout le métrage, mais le vrai problème c’est qu’il manque d’un rythme un poil soutenu pendant toute sa première partie. Du coup, l’attente qu’il crée paraît longue, très longue. Le film s’embourbe dans de longues scènes d’exposition dues au nombre important de personnages et de sous-intrigues. Pourtant, nous aimons bien cela à « La lumière vient du fond », les films riches sous toutes leurs formes ou qui partent dans tous les sens selon un fil directeur qui n’est pas forcément le fil narratif (comme chez Bertrand Blier). Dans ROCKNROLLA, tout est narratif. Il s’ensuit donc que le spectateur doit faire connaissance avec nombre de personnages qui ont parfois des histoires trop longues à défendre. Guy Ritchie (à vos souhaits !) tombe ici dans le verbeux.
Ces personnages sont extrêmement travaillés. Ils ont chacun leurs spécificités à tel point qu’ils en deviennent trop voyants. Guy Ritchie (à vos souhaits !) retrouve ici ses vieux démons de minuit dont SNATCH est l’emblème (c’est aussi l’un des défauts majeurs chez les frères Coen). C’est-à-dire qu’il s’agit d’un défilé de personnages hauts en couleurs, prétexte à des numéros d’acteurs parfois excellents mais qui parasitent très vite les enjeux du film. Comme il existe des films de scénario, ROCKNROLLA devient un film d’acteurs.
Mais ce n’est pas tout. Ce qui frappe très vite c’est aussi la photographie que Guy Ritchie (à vos souhaits !) et David Higgs ont mis au point. Elle est assez surprenante car en contradiction complète avec le titre du film et sa définition : la grande vie, le clinquant, le bling bling, le beurre, l’argent du beurre, la fermière, la vache, le lait et un carré de Kiri, ça c’est pour moi, c’est cadeau. La photographie est uniformément désaturée, pas forcément ma came mais cela donne un petit cachet « en devenir » plutôt pas bégueule si l’on songe à ce que nous laisse miroiter le titre. Son côté fané contraste directement avec ces visées de luxe, misère ultime de la star du rock qui espère ce qu’il y a de mieux sans se rendre compte qu’elle vit dans la misère la plus totale. Dans le même genre de prouesses stylistiques, ROCKNROLLA joue un maximum sur les effets de mode. Et c’est d’ailleurs très bien fait. Beaucoup de montage. Des cadres parfois recherchés mais sans rapport avec la mise en scène. Un cheveu sur la soupe et un rendu vain. Et cela tout du long. ROCKNROLLA s’échine, dépense son énergie, nous offre quelques belles friandises mais uniquement pour le plaisir d’offrir, se traîne, finit par s’essouffler et ne parvient qu’à être un film fashion. Décoratif.
ROCKNROLLA est bourré d’humour, certaines scènes sont très réussies (notamment cette poursuite interminable où l’adversaire semble ne jamais vouloir mourir ; une refonte des codes qui rappelle les idées du très doué Christopher McQuarrie). Il fait montre de qualités de réalisation indéniables et nous avons souvent envie de l’aimer. Encore eut-il fallu que Guy Ritchie (à vos souhaits !) ait quelque chose à dire ! Nous sommes loin de l’hystérie annoncée.
ROCKNROLLA c’est un peu comme l’odeur de l’essence.
C’est fort, c’est prégnant, c’est même très agréable au passage, mais à force de l’humer cela devient lourd jusqu’à nous rendre indisposés.
Il ne faut pas croire Antoine de Maximy. Son film J’IRAI DORMIR A HOLLYWOOD est bel et bien un documentaire. Un documentaire qui s’occupe plus de sa petite personne que du continent américain. Le principe est simple : Antoine débarque aux Etats-Unis dans le but de passer une nuit chez une star de cinéma. Il va donc traverser le pays d’une côte à l’autre selon le même principe. Il rencontrera beaucoup de personnes, dormira chez certaines, discutera de son caméscope avec de jeunes Noirs férus de haute technologie, essaiera de pervertir quelques Amish, deviendra baby-sitter pour chat, jouera à cache-cache avec George Clooney, sera le passager de l’homme le plus dangereux au volant d’une voiture, nous montrera concrètement l’un de ses fantasmes automobiles les plus pervers à base de bas nylons etc.
Comme Antoine se taille un bout de brousse tout seul, il se trouve bien obligé de faire face à toute la partie technique de son film. Il s’est donc équipé de plusieurs caméras. Ce système se trouve harnaché sur son propre corps. Au bout d’un bras mécanique une caméra le filme en permanence, une autre est censée filmer ce qu’il voit, et son dernier œil il le porte à la main : un petit caméscope qui lui permet d’être plus précis dans ce qu’il souhaite capter. Antoine de Maximy étant l’épicentre de son sujet, J’IRAI DORMIR A HOLLYWOOD débouche sur un film narcissique, documentaire sur quelqu’un qui choisit de partir à la rencontre des américains et non documentaire sur les américains. Outre ce dispositif de caméras qui oriente le film en ce sens, il est aussi post-produit dans le même ordre d’idée. Petite démonstration classieuse sans être ostentatoire : lorsqu’il arrive à la Nouvelle-Orléans, Antoine de Maximy discute avec un des autochtones qui lui déconseille fortement d’aller visiter un certain quartier de la ville. C’était évidemment ce qu’il ne fallait pas lui dire puisqu’il va s’y aventurer derechef. La ville est désolée après le passage de l’ouragan Katrina. Rares sont les personnes dans les rues. La première qu’il croise est un homme qui hésite entre la pose affligée ou le désarroi stellaire. Visiblement, il n’est pas au mieux. Question vivacité il ne doit pas faire des étincelles aux Hippos Gloutons. Accroupi, la queue qui pendouille et la tête entre les jambes (ou l’inverse), il peine à la relever (la tête) lorsqu’Antoine de Maximy passe devant lui. Son teint blafard nous renseigne sur la dose de substances illicites qui transitent dans son corps. Dès lors qu’Antoine de Maximy s’assoit à côté de lui et que l’homme se met à parler en code, une musique tendue vient souligner une anxiété grandissante jusqu’au moment où l’homme se lève et met la main à sa poche. Antoine de Maximy décide de s’éloigner et nous ne saurons jamais si l’homme s’apprêtait à quelque action nuisible. Mais la musique nous signale très nettement que l’angoisse monte peu à peu en notre ami Antoine jusqu’au moment où il se sent clairement menacé par ce climax de la main à la poche. Et c’est parce qu’il ne souhaite pas atteindre le point de non-retour qu’il fuit la discussion. Mais, dans les faits, l’homme ne s’est jamais montré hostile ni menaçant. Il a simplement engagé la conversation. Vu son état, rien ne peut nous dire s’il souhaite plus que quelqu’un lui vienne en aide ou si toute situation est un prétexte pour agresser les gens et leur extirper leur argent. Toute l’orientation que prend la scène naît du montage (Antoine de Maximy a précédemment pris soin de mentionner que l’endroit est loin d’être sûr) et par la musique qu’il a voulu anxiogène.
Il existe un autre exemple encore plus parlant.
Plus tard dans le film, Antoine rencontre un autre gars nommé Charly qui n’a pas non plus l’air d’avoir la lumière à tous les étages. Ce dernier lui demande de l’amener à l’hôpital, puis, il lui parle de sa mère avec qui il vit et de tout un tas d’autres choses qui n’ont ni queue ni tête. Antoine accepte de le véhiculer. Charly s’installe sur le siège du mort et, en fin de compte, demande à son pilote de le ramener chez lui, à quelques mètres de là. Une fois arrivé, il l’exhorte à venir dans sa maison. Antoine hésite et se laisse finalement convaincre lorsque Charly lui assène sèchement qu’il veut lui montrer ce qu’il a fait. Antoine se retrouve devant la porte d’entrée, Charly est déjà à l’intérieur et hésite de nouveau. Notre névrosé insiste toujours pour qu’il rentre. Celui-ci ressort et juste à ce moment-là son chat en profite pour rentrer dans la maison. Charly saute sur l'occasion et demande à Antoine de faire sortir le chat. Antoine lui réplique qu’il peut très bien le faire tout seul. Mais à ce que prétend Charly il en est incapable, c’est au-dessus de ses moyens. Notre homme est dans un délire psychotique qui le montre très ramolli moralement et, de fait, physiquement. Nous ne connaîtrons jamais le pourquoi de la chose. Peut-être vient-il de se faire larguer par ses drôles de dames… En tout cas, il est dans l’incapacité d’user de la force. Mais comme aux Etats-Unis une arme peut surgir de nulle part, Antoine continue à flipper sa maman et rentre dans cette maison douteuse en essayant de se rassurer comme il peut. La musique est alors revenue depuis un bon moment. Il se passe à ce moment-là une petite merveille cinématographique. La mise en scène nous aiguille vers un danger imminent (il n’en est rien puisque Charly est incapable de violence et paraît facilement maîtrisable si Antoine reste vigilant), mais ce danger reste relatif puisque la caméra se focalise sur Charly. Sauf que, pour faire sortir le chat, il faut rentrer dans la maison et donc tourner le dos à Charly. Je vous laisse le plaisir de découvrir le dénouement par vous-mêmes… Rien que par ce procédé, Antoine de Maximy crée une tension digne d’un film d’épouvante. Une vraie belle scène de genre un peu malgré elle. Encore une fois, le ton de la scène est nettement orienté vers ce qu’Antoine a ressenti et non pas une version objective des faits. Jamais il n’utilisera le même procédé pour des personnes chez qui il ne sentira pas d’ondes négatives et pourtant, qu’est-ce qui lui prouve que des tueurs en série ne se cachent pas derrière l’apparence de gens tout ce qu’il y a de plus respectables ? C’est, à mon avis, une vision du danger plus terrifiante, si l’on se réfère à divers faits divers et aux personnes interviewées qui avouent régulièrement : « C’était quelqu’un de tout à fait normal, discret, sans histoires » ou encore « Jamais on aurait pu soupçonner que… »
C’est bien pour cela que J’IRAI DORMIR A HOLLYWOOD est l’aventure d’Antoine de Maximy aux Etats-Unis et non pas un document qui cherche à retracer les comportements de nos voisins d’outre-Atlantique.
Et puisque nous en sommes à parler de problématiques personnelles, je vous dirai que je m’interroge fortement sur la finalité si chère à Antoine de Maximy. Autant j’arrive à concevoir la recherche que constitue la rencontre humaine et qui débouche souvent sur des confessions très touchantes par leur caractère spontané, autant le fait de coucher chez les personnes apparaît comme un argument inutile uniquement censé faire passer l’idée du concept qui n’est ni plus ni moins que de rencontrer des gens. Antoine de Maximy filme ces rencontres mais jamais les nuits qu’il passe en leur compagnie. Jamais cette intimité inconnue ne l’intéresse bien qu’il avoue ouvertement que c’est son but. Et c’est vrai que cette interrogation est intéressante parce que nous ne savons pas comment dorment les gens. Ma question est donc la suivante : est-ce que cela lui apporte vraiment quelque chose de dormir chez eux et, le cas échéant, pourquoi n’en fait-il pas état ?
Si on vous dit que vous allez voir un film français et qui plus est d’espionnage, il est hautement probable que le vertige des sens est chez vous une activité qui confine au suicide cérébral.
Et pourtant, quelqu’un a su profiter de la faille jamesbondienne (héros qui a depuis longtemps délaissé l’espionnage, je me demande même s’il a jamais su ce que c’est) pour en revenir à ses lettres de noblesse en nous livrant un film très proche des méthodes employées par les services secrets. Cet homme s’appelle Philippe Haïm et avec SECRET DEFENSE il nous livre un excellent film, à la fois passionnant, intelligent, palpitant, ambigu, sombre et gourmand.
SECRET DEFENSE nous parle de la D.G.S.E., des manières dont ils recrutent et des différentes techniques qu’ils emploient (jusqu’à l’illégalité) pour parvenir à s’approcher de leurs ennemis (ici des extrémistes islamistes qui préparent un attentat terroriste). Alors là, cela tombe très bien parce qu’étant donné que je bosse pour la D.G.S.E. je vais pouvoir enfin parler de ce que je connais (sans vous en délivrer les secrets, vous pensez bien !) Le fait est que j’ai été assez surpris par la manière dont Philippe Haïm aborde ce milieu. D’abord parce qu’il cherche à coller au plus près de leurs méthodes. L’écho est juste. C’est en grande partie ce qui fait le succès du film. Je dis bien en grande partie parce que cela n’est pas une étape obligatoire. Un film d’espionnage n’a pas besoin de suivre la grand-route du réalisme pour fonctionner. En ce qui concerne SECRET DEFENSE c’est quand même son atout majeur. D’une manière formelle, le film ne s’ancre pas dans cette catégorie « cinéma du réel » avec sa panoplie qui va du style documentaire aux acteurs livrés à l’improvisation. SECRET DEFENSE est autrement construit. Il est très écrit et suit des rails scénaristiques très précis. C’est véritablement son approche de la D.G.S.E. qui est prenante. Nous sentons que Philippe Haïm s’est extrêmement documenté et s’est entouré de consultants particulièrement solides. Le film diffère donc de productions comme AGENTS SECRETS de Frédéric Schoendoerffer qui montrait de grosses lacunes dans sa façon d’appréhender le métier-titre. Evidemment, tout n’est pas plausible (certaines opérations sont bien plus déléguées qu’il n’apparaît) car Philippe Haïm fait face à des exigences cinématographiques auxquelles il ne compte pas déroger. C’est sa grande force : du vrai cinéma dans sa conception, qui n’hésite pas à se foutre du consensuel et à montrer la violence sans rajouter de grandiloquence, et surtout qui est capable de rassembler un large panel du public.
Si SECRET DEFENSE ne peut se targuer d’être un chef-d’œuvre, il est un grand film qui sait de quoi il parle, qui en parle très bien et qui sait respecter son sujet. Son fil conducteur reste ainsi visible malgré toutes les autres voies que le film emprunte. Il ne sacrifie rien à un cahier des charges qui lui imposerait un brin d’émotion ici, un zeste d’humour dans le coin là-bas au fond, une pointe de violence pas trop violente en sous-couche, un soupçon d’érotisme en vue de la bande-annonce etc. Nous pouvons toujours trouver à redire sur la photographie mais elle reste soignée. A défaut d’être employé dans la mise en scène, le son est joliment travaillé, avec beaucoup de relief, ce qui change un peu de tous ces films français où l’on entend sur le même niveau tout ce qui se passe à un kilomètre à la ronde. Vous trouverez quelques très jolis plans. Le découpage est très ingénieux. Le montage l’accompagne. Bref, rien d’exceptionnel mais rappelons-nous qu’il n’y a pas que l’innovation qui marque les esprits. Sans quoi Dany Boon serait pauvre à l’heure actuelle.
SECRET DEFENSE est délicieusement haletant.
Sa vraie gageure provient de sa construction. Si J’IRAI DORMIR A HOLLYWOOD était un miroir qui renvoyait sa propre image à Antoine de Maximy, SECRET DEFENSE est aussi bâti selon un principe de réflexion, mais plus complexe. Selon son réalisateur le film est bâti en miroir avec d’un côté la D.G.S.E. et de l’autre l’organisation terroriste. Parce que s’il essaie de s’immiscer sur le mode opératoire d’un camp, il considère l’autre tout autant. Chacun renvoie sa propre image à l’autre dans le but de présenter un face à face où se confondent leurs méthodes. Mais leurs finalités sont différentes. C’est pour cela que j’y porterais une précision en parlant plutôt de reflet sur eau. L’eau reflète une image proche de l’originale ou, plus précisément, elles ont cela de différent que l’une peut exister sans l’autre.
Une autre grande satisfaction que nous retirons du film est cet axe qui vise la force obscure de la D.G.S.E. Philippe Haïm oriente son film vers les tréfonds d’une organisation qui travaille sur l’humain, mais où toute aseptisation des sentiments devient une force de travail. C’est la face sombre, le sens caché, la part d’ombre qui intéresse Philippe Haïm. Outre la mission et son procédé scénaristique qui nous tient en haleine, il en profite pour révéler ce qui innerve les enjeux des deux camps, à savoir la manipulation des personnes qu’ils recrutent. Les destins de Vahina Giocante et de Nicolas Duvauchelle sont alors très révélateurs du produit de leur investissement dans l’opération, généralement divisé par leur véritable fonction. Le pion n’avance que d’une seule case. Et c’est là où le film n’est plus aussi clair qu’il le laisse présumer. L’importance qu’il donne aux deux interprètes cités précédemment devient de plus en plus floue jusqu’à dévoiler tout son machiavélisme. Ces jeunes ne sont que des objets qui servent à attaquer l’ennemi par ses failles. Ils sont utilisés comme des armes qui, lorsqu’elles se déclenchent, propulsent des balles qui détruisent irrémédiablement leurs vies lors de l’impact.
Finement joué monsieur Philippe Haïm !
Saluons pour terminer un fort beau casting qui épice le film de toute sa diversité. Simon Abkarian et Rachida Brakni sont les vrais grands comédiens qui sont d’immenses bouffées d’oxygène à chacune de leurs apparitions. Le premier dégage de sa tranquillité une intensité qui peut exploser à tout moment. C’est dans la sobriété qu’il enregistre la classe de son personnage ainsi que sa dangerosité. Sa précision dans sa voix et ses gestes rendent compte de sa préciosité et de sa hiérarchie. Rachida Brakni, elle, dégage une puissance dans son regard qui révèle tout le côté lapidaire de son personnage. Elle est intense et affûtée. Nous ne pouvons évidemment pas ne pas parler de Gérard Lanvin, comédien que nous aimons beaucoup sauf quand il essaie de faire du Lino Ventura. Ici, D.G.S.E. oblige, dans les locaux chacun prend un air sévère et fermé. On se la joue personnage important qui n’est pas là pour raconter des histoires de Toto. On sent qu’il ne faut pas jouer au con avec des personnes imbattables à « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Même si nous avons l’impression que Gérard Lanvin force un peu le trait à nous dire : « Je fais vachement bien le mec qu’on peut rien lire sur son visage », la prouesse est difficilement jouissive. Le parti pris l’isole et arrive à dévoiler toutes ses finesses lorsque la fin du film nous montrera un homme brisé, en complète dérive dans son rapport à l’autre. Je serai plus modéré en ce qui concerne Nicolas Duvauchelle et Vahina Giocante, comédiens que je n’ai jamais appréciés mais pas détestés non plus. Je campe tout de même sur mes positions car nous pouvons très vite ressentir leurs limites lorsqu’ils ont à jouer des situations plus profondes (lorsque Vahina Giocante pleure ou lorsque Nicolas Duvauchelle implore qu’on ne le tue pas). Ils sont néanmoins très investis et témoignent d’une force de conviction impeccable qui en fait des personnages friables particulièrement convaincants. Ils prouvent ainsi notre grande théorie selon laquelle il n’existe pas de mauvais comédiens mais que de mauvais metteurs en scène. Théorie devenue pour nous une évidence comme lorsqu’après avoir fouillé votre narine vous vous écriez : « Des fois tu sors des crottes de nez tu te demandes comment tu faisais pour respirer avec ! »
Terminer sur une telle phrase, ça le fait, non ?
Ca, c’est sûr, si on n’aime pas la poésie…





/image%2F1488871%2F20220516%2Fob_005401_le-tribunal-des-bureaux.jpg)



Voici donc résumée ma conception globale du cinéma : un genre n’est pas plus noble qu’un autre ; il y a autant de bons et de mauvais films (à part pour les films X puisque leur genre a très vite été sacrifié en place publique, mais disons qu’originellement ils en avaient le même potentiel) dans chaque division que l’on peut faire des oeuvres, c’est-à-dire selon les genres (western, guerre, drame, fantastique, pinku eiga, films à la con dits « de Lars Von Trier »…), les influences (Nouvelle Vague, cinéma novo, expressionnisme allemand…), les époques (cinéma primitif, cinéma contemporain…), leur classification (diverses interdictions) ou leur niveau de production (série B, série Z, blaxploitation, art et essai…), c’est pour cela qu’ici nous parlons tantôt d’un film français en noir et blanc où les jeunes ne font que de fumer et de se poser des questions existentielles que même dans la vraie vie ils se saouleraient mutuellement mais pas là, tantôt d’un film iranien qu’ils font tous semblant de trouver ça génial mais, franchement, à part donner des points C.N.C. et des subventions aux producteurs ce nouveau CITIZEN KANE n’a aucune ambition, tantôt d’un blockbuster qui prône la tolérance en détruisant tout à coups d’effets spéciaux tout pourris, oui, mais à la fin rien ne sera comme avant (tu m’étonnes !) car maintenant le héros il a un soleil dans son coeur, tantôt d’un film métulvévien qui dure 3 heures 57 et qui alterne en un effet stroboscopique un écran noir et des gens qui hurlent à 2 centimètres du micro parce que « sinon », comme dit le réalisateur : « leur souffrance ne peut pas s’entendre », tantôt d’un film de niakwés qui parlent avec des lettres qu’on ne sait même pas comment leur alphabet a pu sortir d’un cerveau évolué, mais qu’en fait on apprend en lisant des bouquins que leur civilisation a tout inventé avant la nôtre et qu’elle est bien plus en avance sur nous alors c’est pour ça qu’on ne peut pas la comprendre, tantôt d’un film fait par mon voisin avec son téléphone portable mais c’est son chien qui est censé filmer or là je crois reconnaître, ah non, en fait c’est, oui c’est ça, c’est bien le chien qui est en train de le manger et là c’est l’intérieur du chien, puis il y a la digestion, puis la défécation et enfin la consécration dudit film décoré de récompenses pour son audace, et, finalement, j’en viens à la conclusion que les films cons ne rendent pas les gens cons sans quoi les films intelligents rendraient les gens intelligents, or ce n’est pas le cas, donc les films cons révèlent les gens à leur connerie, ils les flattent et ils se croient obligés de montrer à quel point ils sont atteints en décernant tout un tas de médailles et d’objets plus biscornus les uns que les autres, et en créant du talent là où il n’y en a pas, normal, faut bien que la connerie serve à quelque chose.
Chabrol, c’est la disette du cinématographe, or, rendons-lui quand même justice, le pauvre bougre a tout de même quelques petites choses intéressantes en 50 films et des poussières et nous pouvons citer L’ENFER qui aurait dû valoir un César à François Cluzet (mais que fait la C.V.R. ?), LA CEREMONIE (son dernier bon film), BETTY (décidément, ce début des années 90 et véritablement l’époque où il a été le plus intéressant), ALICE OU LA DERNIERE FUGUE (film très (d)étonnant dans sa carrière) ou encore QUE LA BETE MEURE, mais je vous fais grâce de tous ces petits films anonymes qu’il nous a pondus par-ci par-là juste parce qu’il avait la possibilité et l’argent pour monter des projets sur son nom, ce qui est très certainement ce qui me débecte le plus lorsque je songe à tous ces réalisateurs moins connus qui se voient claquer les portes au nez et à leur barbe parce qu’ils ne sont pas les amis de, recommandés par, parce que leur projet est trop original, parce que ce n’est pas ce qu’attend le public, parce qu’il faudrait Garou dans le rôle principal ou tout simplement parce qu’on avait dit pas de baskets, à ce petit jeu là les puissants gagneront toujours car la raison du plus fort est toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire Jean de La Fontaine, alors bien sûr cela fait peur mais il faut se placer au-dessus parce que le produit de ta peur est un frein.
Angoissante question à laquelle tente de réponde
Tout cela ne serait rien si le film était au moins drôle mais à part le porno dans la caravane, tout est raté, tombe à plat ou peut-être n’a jamais vraiment décollé et l’humour du film reste simplement au ras des pâquerettes comme le gag du landau, belle idée vue et revue et il n’y a rien qui fasse plus de mal à un spectateur qu’un effet qui se veut drôle et qui ne parvient qu’à singer le bruit d’un pétard mouillé, parce que l’humour est mort, parce qu’Uwe Boll n’a pas le sens de la rupture, parce que FORGETTING SARAH MARSHALL est animé des meilleures intentions, que parfois le sourire vous prend et puis il y a obligatoirement un événement inutile qui vous l’efface, et c’est vrai qu’en matière de rupture la bande à
500 signatures, dis, tu crois que tu la sens pas venir l’émotion qui monte qui monte là ? Oui, sauf que tout cela c’est de la fiction pour assombrir le personnage parce que Coluche n’a jamais recherché à obtenir ces petits griffes si prisées pour la bonne raison qu’il avait annoncé dès le début qu’il ne souhaitait que foutre la merde, que cette campagne n’était qu’une joke (awesome, en l’occurrence) ce qui est pourtant clairement dit dans le film (comment faire autrement), alors pourquoi rendre son propos aussi bancal si ce n’est pour répondre à des logiques scénaristiques hypothéquées par ce postulat de base en trois parties : thèse, antithèse, synthèse, auxquelles j’en rajoute évidemment une quatrième : foutaise, du coup le film esquive de plus en plus la grosse plaisanterie chère au comique et s’enfonce dans des lourdeurs que la mise en scène ne peut alléger car, que voulez-vous, quand un réalisateur vous met du reggae pendant la scène où son personnage principal fume de la beu, je crois que tout est dit sur sa faible propension à nous régaler de gourmandises cinématographiques, ce qui fait qu’il nous livre un film qui reste en surface, à l’image de son rythme extrêmement monotone, sans fulgurances, mais aussi en surface de son sujet car il y avait beaucoup à dire selon les vues de Coluche à propos de la politique qu’il défend et de son rapport notamment social aux personnes qu’il a alpaguées dans son exhortation désormais célèbre, mais non, COLUCHE, L’HISTOIRE D’UN MEC n’est qu’un film anecdotique, qu’un film informatif sur ce que nous savions déjà, comme en témoigne (là encore, bêtement) les repères chronologiques disséminés tout au long du film, parfois jusqu’à regrouper les faits en dépit de la vérité historique [nous sentons bien que la petite énumération des unes de journaux et des réactions médiatiques sont un condensé de ce qui s’est passé sur plusieurs semaines alors que, dans le film, tout surgit à peu près au même moment, après tout LA HAINE était aussi un condensé d’événements censés se dérouler sur plusieurs mois au lieu d’une seule journée et cela marche très bien, sauf que nous parlons ici de faits historiques qui ont bel et bien eu lieu à un instant I, ce qui est toujours très troublant lorsqu’ils sont passés sous le joug d’un révisionnisme aveugle et irresponsable, mais le film n’est pas à cela près car, plus grave, il joue aussi avec les chiffres des sondages lorsque l’on entend dire que Coluche est désormais à 16 % d’intentions de vote, or c’est une contre-vérité historique puisqu’il n’a jamais atteint ce chiffre, le seul sondage ayant mentionné ce chiffre demandait simplement aux personnes interrogées si elles avaient eu envie, à un moment ou à un autre, de voter pour Coluche, ce qui est tout de même très différent], finalement COLUCHE, L’HISTOIRE D’UN MEC est au cinéma ce que la course en sac est au 110 mètres haies.
effrayé, ça tombien c’est justement de peur qu’il est question dans ce premier d’une longue série dont on annonce le numéro V pour l’année prochaine, cette peur où se placent nos grands conflits thétiques c’est-à-dire toute conception élaborée par notre imagination et qui n’existe que dans un espace symbolique que nous avons créé de toutes pièces, c’est pour cela que, dans PHANTASM lorsque l’on recommande à notre Baldwin de service de ne pas avoir peur, c’est son imagination qu’on lui demande d’annihiler car la peur n’existe que par la projection que l’on fait de soi, par toute altération de notre intégrité personnelle et Angus Scrimm est une menace pour notre jeune ami, une menace qui n’a pas de nom, c’est dire la puissance du symbolisme qu’il dégage et la force du phantasme de ce jeune homme qui, suite à la mort de ses parents et maintenant de son frère, se trouve brutalement confrontée à elle dans tout ce qu’elle a d’incompréhensible pour un jeune être que l’âge monopolise habituellement à davantage se préoccuper de la vie et de tout ce qu’elle a à lui offrir, et pourtant il se met à la souhaiter inconsciemment cette mort (c’est ce qui rend le film trouble, donc intéressant), à l’appeler de toutes ses forces, à faire en sorte que ce cri détourne l’attention d’Angus Scrimm sur lui et, en même temps, il éprouve sa confrontation à la mort dont il a peur, cette chose terrifiante complètement inconnue et abstraite, car l’angoisse, c’est bien connue, se tapisse dans l’ombre, elle est partout et nulle part à la fois, c’est exactement le sujet principal du film HALLOWEEN de John Carpenter, sorti 5 mois plus tôt, et cela nous interpelle singulièrement à quel point les deux films tissent les mêmes thèmes et développent la même crainte : que ce qu’ils ont imaginé de pire puisse effectivement exister, idée qui atteint un stade ultime lorsque ces films témoignent d’un degré encore supérieur, un niveau où Michael Myers et le croque-mort n’existe même plus (rappelez-vous à la fin d’HALLOWEEN quand le corps disparaît un peu trop vite pour que ce soit crédible, et la fin de PHANTASM où l’on apprend au coin du feu que tout ceci n’était qu’un rêve, mais à partir de quel moment exactement ? Le croque-mort n’a-t-il vraiment pas existé ?), par leur désintégration ces figures emblématiques perdent leur caractère de produit (le produit d’une peur), ils ne sont plus une menace ils sont LA menace, celle qui synthétise la somme des appréhensions et des terreurs que les enfants voient en toutes choses, les dangers qui leurs sont exposés, les affres qu’on leur transmet et qui s’ancrent au plus profond d’eux-mêmes en d’inextricables angoisses que l’on déguise sous le nom de croque-mort, de croquemitaine, de Michael Myers ou de Tall Man mais qui n’ont qu’une seule dénomination commune : le Mal, la peur primale qui œuvre dans l’ombre, symbolisée par Angus Scrimm (figure indissociable de la série comme l’est Robert Englund pour A NIGHTMARE ON ELM STREET) qui n’est peut-être qu’un phantasme, qu’une vue de l’esprit mais le produit de ta peur n’existe pas… à moins que le chemin de ton anxiété ne te conduise (ne te persuade ?) à lui donner une forme réelle (comme certains menteurs finissent eux-mêmes par croire à leurs histoires) et que par une nuit noire et opaque, le croquemitaine ne surgisse d’un miroir où il t’emportera, un miroir dont les contours simuleront le plus sombre des cercueils.

Le plus gros défaut vient d’avoir choisi
Pas de quoi casser 3 briques à canard non plus en ce qui concerne la direction d’acteurs. Les bons comédiens restent bons, Florence Thomassin en tête qui est sublime même si trop peu présente, mais chacune de ses apparitions est une extase suprême. Ludivine Sagnier minaude comme à son habitude et tu commences maintenant à te demander si elle sait faire autre chose. Gérard Lanvin est ridicule avec son accent risible. Tu n’y as pas cru une seule seconde. Quand il a commencé à parler tu as pensé qu’il s’agissait d’une caricature, d’où ton rire mal à propos. Mathieu Amalric (comédien qui te plaît de plus en plus), Myriam Boyer, Michel Duchaussoy et Anne Consigny sont très bien même si tu étais en droit d’attendre un peu plus d’eux, mais vu que le réalisateur ne leur donne que des bribes d’états à défendre…
Eh bien malgré ce titre peu avenant, pas régalicieux pour 3 euros vingt-sept (décidément cet article va finir par me coûter cher !), il fallait toute notre astuce et notre espièglerie pour s’y pencher et vous révéler que passer à côté serait vous priver d’un film important du septième art. Une fois de plus « La lumière vient du fond » vous gâte et rétablit les injustices du passé ! Le seul site d’envergure mondiale qui ose faire côtoyer Roland Emmerich, Federico Fellini, 




Côté scénario, c’est plutôt bien vu. Rémi Bezançon évite de jouer au petit malin avec twist final qui annule toute intelligence cinématographique. Jacques Gamblin meurt à la fin (ça me rappelle un film, ça…) mais nous nous y attendions un peu. Le titre nous mettait un peu sur la voie, et puis c’est dit ouvertement dans le film par un plan de fin volontairement trop long, lors de la première scène chez Roger Dumas. Prodrome cancérigène. Amère futurition. L’histoire procède alors par petites touches qui mènent aux grandes révolutions, ces moments décisifs qui participent aux vrais tournants de nos vies. L’originalité, si nous pouvons nous exprimer de la sorte, provient d’un processus narratif qui navigue dans le temps et qui suit un personnage différent à chaque époque (c’est dans quel film ça, déjà ?). Ce processus avide en sensibilité a le grand avantage de mettre la mise en scène au premier plan comme valorisation de l’histoire (alors que la plupart du temps c’est le scénario qui doit faire le film). Par rapport à MA VIE EN L’AIR, c’est vraiment l’élément le plus décisif dans la progression du cinéma de Rémi Bezançon. Sa mise en scène est émouvante, fluide, imaginative, tonique, pétillante et très souvent intelligente. Merci pour le sang sous la porte. Idée sublime. Awesome ! Magnifique plan aussi de la jeune fille qui allume une bougie sur la tombe du chien. Et puis, cette formidable idée (dont Rémi Bezançon abuse un poil) des personnages anachroniques dans le même plan que le personnage dont nous suivons l’histoire (déjà vu dans… Euh… Dans… C’était un film avec l’autre, là, la blonde…) Cela fonctionne à chaque fois. Et même si le film diffuse un spleen profond né de son caractère nostalgique, il faut bien dire qu’il est très drôle (la scène de la fellation !), ce qui n’était pourtant pas gagné d’avance puisque le film aborde des thèmes parfois difficiles. Mais l’unité comique est belle car elle sait justement s’effacer lorsque le drame refait surface. Nous l’avons déjà dit : le comique c’est de la précision, donc du rythme.



des films cinématographiques. Le salut du cinéma mondial viendrait donc d’un sentiment de honte publique ! Si certains films se voient portés aux nues pour leurs qualités artistiques évidentes, la critique n’est jamais efficace contre ceux qui ne méritent pas leur projection en salles spécialisées. Les rares réalisateurs à prendre du recul sur certains de leurs films ne sont que des cas isolés. Rappelez-vous. A l’école, un devoir bâclé était sanctionné d’une mauvaise note. Et si les mauvaises notes s’accumulaient le passage dans la classe supérieure devenait délicat. Mais quelles sanctions pour les mauvaises cinéastes ? Comment leur faire prendre conscience des erreurs qu’ils ont commises ? Vous comprenez, quand vous entendez Patrice Leconte dire que lorsque vous faites un film qui dépasse les 10 millions de spectateurs (en l’occurrence LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE), c’est ce qui peut arriver de mieux à un réalisateur, vous vous demandez forcément à quel moment tout à dérapé dans sa vie. Habite-t-il donc Fort Knox pour être ainsi passé à côté de la vague générale de désapprobation de ce troisième opus ? Tout serait donc plus simple si les réalisateurs commençaient par travailler conjointement avec la critique. Or, cela ne se fait jamais. Les réalisateurs prennent les applaudissements des critiques qui acclament leurs films, mais quels sont ceux qui entretiennent une discussion argumentée, avançant objections, contradictions ou preuves irréfutables ? Que les réalisateurs commencent par répondre aux arguments qu’avancent les critiques, qu’ils commencent par reconnaître la pertinence de leurs propos, qu’ils s’engouffrent enfin dans une discussion où chacun avancerait ses pions en argumentant son point de vue. Quand nous en serons là, peut-être que le cinéma pourra commencer sa révolution. En attendant, je préconise pour chaque mauvais film, d’envoyer le réalisateur au coin pour l’inviter à réfléchir à ce qu’il a fait. Et cela en place publique, bien sûr. De la même manière que les exécutions étaient des attractions populaires il y a encore quelque temps, j’exhorte les politiques à rétablir ce divertissement populaire en installant sur la place de la Concorde (et puis ensuite sur quelques places de grandes villes françaises) un grand échafaud où deux murs blancs formeraient un coin. Il ne resterait plus qu’à y exposer chaque tâcheron selon une durée déterminée en fonction du mal commis. Et le cinéma français de redevenir un cinéma d’inspiration mondiale…












/image%2F1488871%2F20250309%2Fob_26b4ac_banderole-05.jpg)







![[REC]](https://idata.over-blog.com/0/06/64/85/03/-REC-.jpg)
Voici une illustration très parlante des limites du talent de Brian Yuzna. Lorsque Billy Warlock et sa petite amie sont allongés sur la plage, ils sont absorbés par une action qui se passe du côté gauche de l’écran. Ils sont donc logiquement tournés vers cet endroit et deux petits garçons vont en profiter pour ramper de l’autre côté (là où ils sont supposés ne pas être vus par le couple). Pour commencer, ils passent au ras de la serviette de plage car c’est la seule manière de rentrer dans le champ de la caméra. Mais la solution que nous observerions dans une telle situation serait que les deux garnements se fassent les plus discrets possibles en arrivant par un endroit beaucoup plus éloigné pour ne pas attirer l’attention. Donc, un gag se prépare. Pour lui donner vie, Brian Yuzna ne va mettre en valeur que ce qui se passe dans le cadre. L’un des deux gamins va tendre le bras pour prendre la crème solaire qui se trouve entre Billy et sa petite amie. Le bras entre forcément dans le champ de vision de Billy, mais comme à l’écran n’apparaît que la crème et une partie du bras, Brian Yuzna part du principe qu’il n’y a que le spectateur qui est au courant de la blague qui se prépare. Elle trouvera son achèvement par ces deux morveux qui aspergeront le couple d’un maximum de crème. Là, quand même, Billy s’en rend compte ! Cas typique d’une mise en scène naïve qui fait de sa malhonnêteté un atout majeur. Elle l’assume en prétextant que c’est comme cela que le spectateur doit voir l’action. Elle veut sûrement parler du spectateur qui a un Q.I. de salade ! Il est toujours possible de prétexter que c’est de la farce et qu’il est tout à fait normal qu’elle ne s’encombre pas d’un souci de réalité. Oui, bien sûr, c’est une de ses composantes essentielles. Mais, d’une part, ce serait un manque de subtilité caractérisé, qui relèguerait le film aux gags éculés d’un épisode de LA SEPTIEME COMPAGNIE et, d’autre part, ce serait en complet désaccord avec ce que le film a produit jusque-là, c’est-à-dire une histoire qui s’inscrit dans une réalité proche de celle que nous connaissons, et c’est d’ailleurs par les parallèles qu’elle établit qu’elle trouve sa consistance. A chaque fois que SOCIETY s’approche de la comédie, le film tombe dans cette farce malvenue et béotienne.