Cet été, ma meilleure amie est partie en Sardaigne. Elle m’a rapporté un souvenir de vacances et pourtant je ne me suis souvenu de rien du tout. En me renseignant sur Internet, j’apprends que je suis atteint de Strausskhanausie. On commence par oublier des événements sans importance puis, très vite, c’est l’escalade, on oublie où on range ses vidéocassettes, on se retrouve impliqué dans trois grands scandales politico-financiers et on finit par laisser des traces suspectes là où furète le personnel féminin sous vos ordres. Dans les cas les plus graves, vous vous mettez à faire des excuses publiques à votre femme et vous êtes atteint de delirium tremens au cours duquel vous vous imaginez pouvoir remporter les élections présidentielles de 2012.
Afin de prévoir à l’avance son bulletin de vote, le lecteur citoyen est amené à réfléchir sur l’axiome suivant : « Ce n’est pas parce qu’une personne est relaxée par la justice que les faits la concernant sont faux ». Surtout quand on sait ce qu’il s’est passé en 1924…
Après cet épisode douloureux (comme disait la jeune mariée qui ne voyait pas ça comme ça), l’alternative qui s’offrait à moi :
- faire fi de tout cela, changer complètement de vie, réduire ma consommation d’énergie pour être en accord avec la grande arnaque du réchauffement climatique, et devenir un ocariniste réputé amateur de desserts lactés
- me mettre en quête de mon passé pour savoir enfin d’où je viens, qui je suis, s’il existe vraiment des souvenirs dignes d’être rapportés de Sardaigne, et surtout : « Est-ce que les analphabètes ont du plaisir à manger du bouillon aux nouilles en forme de lettres ? »
J’ai crû bon de m’en aller déchiffrer les runes des temps anciens, amalgamant finement analphabètes et bêtes de l’anal. C’est bien connu, lorsque l’Homme n’était pas encore en pleine possession de ses moyens grammaticaux et savait parfaitement réciter son analphabet, il passait le plus clair de son temps à renifler gentiment le ou la première analphabète qui passait, ce qui se terminait inévitablement par la position 34 de l’analphabet, dite position Nokia et plus connue sous la dénomination « Connecting people ». Une photogravure de l’époque témoigne de la véracité de mes dires :
Je choisis consciencieusement mon film. YEAR ONE ne m’apprendra rien. Peaux de bêtes ne signifie pas temps préhistoriques. C’est à n’y rien comprendre. Je me souviens pourtant très bien dans 10,000 BC (l’un des pires films de l’année dernière), que grognements et pelages animaliers se conjuguaient avec chasse, pêche, nature, tradition et concours du plus gros gourdin. Dans YEAR ONE, tous les comédiens parlent notre langue et ont le même humour décomplexé qui jalonne les films produits par Judd Apatow. Tiens, il se trouve justement que ! Mon interprète me fait comprendre que YEAR ONE est un film futuriste partant du principe que l’avenir marquera une régression proche d’un retour vers les temps primitifs (belle idée déjà exploitée dans de nombreux films, dont le très drôle IDIOCRACY). Tout se passe comme si le progrès avait eu raison de l’Homme ou que la guerre nucléaire avait effacé tout ce qui l’avait fait évoluer jusqu’ici. YEAR ONE est un film apocalyptique. Il démarre après que la société telle que nous la connaissons ait été complètement détruite dans tout ce qu’elle représentait de matériel et de facilités pour nos économies. Tout a été anéanti. Nous ne saurons jamais par qui, ni par quoi, ni à quelle échelle. Tout ce qu’il reste à l’Homme est ce que la Nature lui offre. Il a alors réappris à vivre pendant des siècles au rythme des croyances qui jalonnaient les contes et les mythes que l’on trouvait aux temps antiques, lorsque les hommes n’avaient ni l’air conditionné ni l’air bag mais plutôt l’air con, et que les femmes avaient une verrue à la place du clitoris. L’Homme est redevenu proche de ses ancêtres. Il est redevenu grégaire. Sa culture n’a pu se développer. Elle est restée au stade que nous connaissons aujourd’hui. Un drôle de film qui tend à prouver que tout souvenir est en avance sur son temps. Le film, lui, ne l’est jamais.
Harold Ramis n’a jamais rien réalisé d’inoubliable (le réalise-t-il ? Auquel cas cette affirmation s’autodétruit d’elle-même, par elle-même et en elle-même). Même GROUNDHOG DAY me paraît très pénible, n’étant qu’une grosse pizza surchargée qui met du temps à la préparation, et dont nous connaissons à l’avance les horaires de livraison. En ce qui concerne YEAR ONE, le titre semble annoncer YEAR TWO, YEAR THREE etc. en cas de succès. Et c’est cela qui fait peur, plus que la régression qui nous guette. La mise en scène ne s’encombre d’aucune idée un temps soit peu originale. Le plus souvent, les acteurs sont filmés en gros plan, laissant plus de place à la vanne qu’à une quelconque beauté venue des cadres, du son ou de la lumière. Le tout ne parvient pas à cacher le peu de moyens mis en œuvre. Les costumes sont à peu près les mêmes que ceux de MEET THE SPARTANS, c’est-à-dire récupérés après le spectacle de fin d’année de l’école communale de Wilfried-les-Mézières. Après vérification, YEAR ONE a tout de même coûté 60 millions de dollars ! Exit le film à petit budget. MEET THE SPARTANS avait coûté deux fois moins cher et, déjà, il était inadmissible de ne pas en avoir pour son argent. Avec 60 millions de dollars, vous mettez vos acteurs à poils, et les autres costumes n’ont même pas l’air confectionnés mais tout droit sortis d’une panoplie achetée au magasin de farces et attrapes en face de la boîte de production.
Osons une petite comparaison. En 1968, THE THOMAS CROWN AFFAIR de Norman Jewison bénéficiait d’un budget de 4 300 000 dollars. Les costumes signés Theadora Van Runkle furent remarqués comme une alliance parfaite de classe, d’élégance, de sensualité et d’aisance naturelle. Ajusté à l’inflation, un tel film coûterait aujourd’hui environ 26 600 000 dollars. Autres exemples de films qui n’ont pas coûté aussi cher et font des costumes des éléments signifiants de mise en scène : FA YEUNG NIN WA, THE HUNGER, THE ROYAL TENENBAUMS, VALLEY OF THE DOLLS, BLOW-UP...
Dans YEAR ONE, Jack Black et Michael Cera se laissent pousser les poils. Comme ils n’en ont jamais assez, ils décident de se parer de poils d’animaux. C’était quand même bien pratique cette période ! Cela permettait d’éviter tous les malentendus que notre époque connaît, tel cet accusé qui tentait de faire valoir sa bonne foi :
LE JUGE : Mais enfin, vous n’aviez pas vu qu’elle n’avait que 10 ans ?
L’ACCUSE : Je suis désolé, monsieur le juge, mais comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ? Elles se rasent toutes maintenant !
YEAR ONE est un acte guerrier. Et tout acte guerrier n’est pas un acte de création, mais un acte de destruction.
Si YEAR ONE n’est qu’un acte, CELLE QUE J’AIME est une déclaration de guerre. A coups de hache déterrée, Elie Chouraqui équarrit son film pour nous livrer une bonne grosse soupe populaire du dimanche soir pleine de larmes qui mouillent, pleine de cœurs gros comme ça, et pleine de bisous pour se consoler parce qu’évidemment tout est bien qui finit bien. Incessante liturgie du cinéma français ! Le panier rempli de clichés, les nœuds scénaristiques petits bourgeois tels que les déplorait la Nouvelle Vague, fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis, l’ex qui veut revenir, un schéma narratif en 3 actes (on s’aime, on se dispute, on se réconcilie) etc… Qui plus outre, c’est très laid et très mal monté, comme disait le jeune marié qui ne savait pas s’y prendre. Bref, du cinéma qui sent le renfermé.
Dans cette indolente histoire où Barbara Schulz (la fille de son papa) et Marc Lavoine essaient de vivre ensemble mais ce n’est pas gagné à cause du fils d’elle qui n’aime pas ce mâle fraîchement débarqué dans sa vie, il existe un beau moment à côté duquel Elie Chouraqui passe sans se rendre compte qu’il a failli réussir son film.
Marc et Barbara se sont rencontrés. Ils se sont aimés un peu partout. Et le petit morveux en question (dans la famille tête à claques, il n’est pas mal du tout le petit Anton Balekdjian !) a réussi à les faire rentrer en conflit. Nous en sommes à la grande scène du II. Le petit Anton a placé des capotes à la fraise dans la voiture de Marc. Barbara les trouve. Comme elle n’est pas très open-mind en ce qui concerne les petites choses de l’amour, la grande féerie lacrymale s’engage. Mais ce qu’Anton n’avait pas prévu c’est que Marc est allergique aux fraises. Barbara pense que c’est un subterfuge. Elle veut obliger Marc à en manger. Celui-ci lui explique que s’il en absorbe ne serait-ce qu’une seule, il risque de faire un œdème de Quincke (à ne pas confondre avec l’œdème de Quick, qui provoque aussi gonflements et régurgitations, mais uniquement en cas d’absorption de hamburgers). Barbara, qui aime faire souffrir ses compagnons lors de leurs ébats sexuels, voit là une belle occasion d’assouvir ses pulsions. Nous apprendrons plus tard avec stupéfaction qu’elle faisait déjà, dans sa jeunesse, toutes sortes d’expériences sur de jeunes pousses de rhododendrons hydroponiques. En fait, Barbara est encore amoureuse de Marc. Elle cherche juste un élément qui lui permettrait de croire que cette histoire de capotes n’est pas ce qu’elle en conclut. Barbara force Marc à manger une fraise. Et ce qui devait arriver arriva. Œdème de Quincke. Affolements. Hôpital. Les fraises ont donné faim à la tête à claques. Arrêt au Quick. Œdème de Quick. Hôpital. C’est à ce moment-là qu’un médecin arrive et annonce à Barbara qu’ils ont tenté tout ce qu’ils ont pu mais Marc n’a pas survécu. Moment de flottement. Ca, c’est beau ! Que du bonheur ! Nous nous disons qu’il n’a pas osé faire cela, quand même ! Ce serait vraiment chouette, à cet instant du film, l’homme qui meurt. La relation qui s’arrête. La culpabilité de la tête à claques. Toute cette petite comédie consensuelle pour aboutir à ce pied de nez revigorant ! Un virage à 360 degrés. Awesome ! Je commence à revoir mon jugement sur ce film lorsque celui-ci continue. Il continue à s’enfoncer dans les sables mouvants du conformisme le plus effarant. Le médecin s’était tout bêtement trompé de personne. Marc n’est pas mort. Le film, si. Définitivement. La tête à claques s’en voudra terriblement, demandera pardon, et verra finalement en Marc son meilleur ami. Quant à Marc et Barbara, ils achèteront une décapotable à la fraise pour faire… Oups, j’allais raconter la fin !
Rien de tel qu’un petit film de science-fiction des années 80 pour simuler une mer des Consolations. BRAINSTORM n’est pas très connu et pourtant c’est un film majeur dans l’histoire de la science-fiction et même du cinéma. Il faut dire qu’en matière de science-fiction Douglas Trumbull n’est pas un pingouin. C’est à lui que nous devons les effets visuels de 2001 : A SPACE ODYSSEY, CLOSE ENCOUNTERS OF THE THIRD KIND, THE ANDROMEDA STRAIN, BLADE RUNNER et STAR TREK : THE MOTION PICTURE. Il est passé à la réalisation en 1972 avec SILENT RUNNING, film de science-fiction d’assez bonne facture (1 100 000 dollars, NDLR). Il a produit les 16 épisodes de la série « The starlost ». En 1983, BRAINSTORM est son deuxième et dernier long métrage. Il ne réalisera plus que des courts mettant en avant son invention : le Showscan. Douglas Trumbull travaille désormais pour de grands parcs d’attraction pour lesquels il conçoit des effets mécaniques et visuels. Il prépare aussi le petit déjeuner le dimanche matin, prête son Ipod si on le lui demande gentiment et arrive à faire le bruit des fenêtres d’aide Windows avec sa bouche. Bref, Douglas est très sympathique même s’il a préféré échanger son vrai nom de famille (Alavanille) pour Trumbull.
Vous l’aurez compris, c’est du lourd. Du très lourd. Comme se vantait le jeune marié. Pour 2001 : A SPACE ODYSSEY c’est lui (pas le jeune marié) qui a mis au point le procédé Slit-scan, permettant d’obtenir les fameuses images psychédéliques. Pour ce même film, il développa d’autres techniques que n’utilisera pas Stanley Kubrick, mais dont notre ami Douglas se resservira pour SILENT RUNNING (diffusé bêtement à la télévision française sous le titre ET LA TERRE SURVIVRA).
Pour en revenir à BRAINSTORM, le Showscan est encore un procédé révolutionnaire avec lequel il comptait réaliser le film. Et aussi avec une caméra, accessoirement.
Mais qu’est-ce que le Showscan ? C’est un système de projection qui utilise du 70 millimètres avec une vitesse de défilement à 60 images par seconde. Pour ceux qui ne le savent pas, au cinéma, la pellicule défile à une vitesse de 24 images par seconde. Si la Haute Définition est devenue aujourd’hui monnaie courante, au début des années 80 c’était surtout le format 70 millimètres qui permettait d’avoir une qualité d’image plus précise, élaguant surtout le grain. Après plusieurs essais, Trumbull avait remarqué que plus la vitesse de défilement augmentait plus l’émotion du spectateur s’accroissait, du fait du nombre d’informations plus élevé vers notre cerveau (c’est ce qui vaudra au procédé d’être récupéré par l’armée). Le rendu sur l’écran est une fluidité proche de la vidéo, une luminosité accrue, une impression de réalisme foudroyant, une profondeur plus grande et une immersion quasi-instantanée dans l’image. Le son est aussi décuplé, bénéficiant de 6 canaux Dolby Stereo. Mais pour que cet objectif fut atteint, il fallait coupler cette nouvelle technique à une refonte totale des salles de cinéma.
Le Showscan devait faire bénéficier les spectateurs d’angles de vues complètement différents, comme si le siège était au cœur de l’écran. Cela pourrait se comparer à l’expérience d’une projection Imax (terme qui nous parle plus car c’était le concurrent direct du Showscan, et c’est l’Imax qui s’est imposé, avec cependant une technique complètement différente puisque le défilement est ici horizontal et lerendu plus net du fait d’une image plus grande). Toujours est-il que pour rendre la projection de BRAINSTORM optimale, il aurait fallu que les cinémas changent leurs dispositions tant dans leurs salles que dans leurs cabines de projection. L’idée fut donc abandonnée, ce qui laissera un goût amer dans la bouche de Douglas Trumbull qui abandonnera Hollywood par la suite, pour se consacrer à la réalisation de courts métrages dans des parcs d’attraction où il put perfectionner son Showscan. Petite digression : à Paris, l’U.G.C. Ermitage fut le seul cinéma à posséder une salle équipée en Showscan (encore une salle magnifique que l’on a fait fermer, mais nous ne sommes pas à un scandale près depuis la destruction du Gaumont Palace !)
Toujours est-il que BRAINSTORM est un film qui bénéficie de deux formats. Avant de poursuivre plus avant, révélons ici quelques éléments importants du film.
Christopher Walken et Louise Fletcher sont deux chercheurs qui passent leur temps à chercher. Et à fouiller. Parfois, même, ils se cherchent et se fouillent. De véritables bêtes de l’anal loin d’être analphabètes puisqu’ils vont finir par trouver. Leur découverte est un casque relié au cerveau, qui permet d’enregistrer toutes les émotions, pensées et souvenirs d’un être humain. Là où la machine devient plus qu’intéressante c’est qu’elle est capable de les restituer à toute autre personne qui revêt ledit casque. Là où la machine devient plus que dangereuse c’est lorsque Louise Fletcher est victime d’une crise cardiaque et qu’elle enregistre sa mort sur le casque, conscience professionnelle oblige.
Si ça ne fait pas un beau pitch, ça ! Si alléchant qu’un réalisateur canadien pourrait très bien s’en inspirer pour écrire un scénario qu’il laisserait son ex-femme réaliser.
L’utilisation de deux formats de projection vous paraît maintenant un peu plus précise, n’est-il pas ? Toute l’intrigue a été filmée en 35 millimètres et se tient sur un format 1:66.1. Quand une personne se pare du casque, l’image passe en scope, ces inserts ayant été filmés en 65 millimètres (devenu 70 millimètres après traitement) au format 2:2.1.
Evidemment, ce genre de film n’est pas fait pour être visionné sur un petit écran, mais si vous décidez tout de même de connaître l’expérience BRAINSTORM, sachez qu’il faudra vous doter de l’édition respectant cela, ainsi que le format audio originel (qui passe du plain stéréo au full Dolby Stereo pour les inserts). Parce qu’il s’agit vraiment d’un film qui vaut la peine d’être redécouvert. Comme nous venons de passer du temps à dégager l’un des intérêts majeurs du film, nous pourrions croire qu’il s’agit d’un de ces films qui profitent de cet argument pour y baser tout leur intérêt et n’être, finalement, qu’une prouesse technique. Or, BRAINSTORM recèle autre chose.
Nous avons parlé précédemment des premiers enjeux du film. A cela viennent s’en ajouter d’autres qui le rendent riche comme j’aime. Voire un peu trop, car Douglas Trumbull ne pourra pas explorer chaque ramification. Si bien que certaines peuvent apparaître survolées. Mais nous préférons quand un réalisateur ne nous explique pas tout, quand les articulations du récit n’ont pas toutes la même valeur, car nous sommes plus proches que jamais de ce qui nous caractérise : nous décidons arbitrairement de l’importance que nous donnons aux choses, nous continuons à vivre tant bien que mal sans savoir ce qui innerve nos proches, sans connaître précisément ceux qui essaient de nous manipuler ni pourquoi, jamais nous ne connaîtrons le mobile de certains crimes, jamais nous n’aurons de réponses à toutes nos questions. Nous voyageons seuls. Dans sa mise en scène un peu sèche, Douglas Trumbull passe ainsi de scènes en scènes sans s’appesantir sur les situations entre les personnages. Un mot, un geste, un regard suffit à expliquer les liens entre chacun des personnages. A titre d’exemple, il existe une très belle scène (parce que très courte) entre Natalie Wood et Christopher Walken, lorsque ce dernier lui dit qu’il avait évité jusqu’ici qu’ils travaillent ensemble. Les phrases sont peu nombreuses, toutes simples, mais chargées de sens. Le monteur coupe très vite l’affaire et nous embrayons sur autre chose. Tout le début du film est au même diapason. Nous progressons par à-coups. Tous les enjeux sont révélés petit à petit, de la même manière que ce qui se passe entre les différents personnages se tisse lentement mais sûrement. En fait, nous ne sommes presque pas dans l’action. La plus grosse part du film est laissée à l’implication psychologique et à la réflexion de son auteur autour de la mort comme phénomène d’attraction/répulsion.
BRAINSTORM est un film élaboré par petites touches, et fait de pointillisme jusqu’à l’imperceptible. C’est son cœur, sa vivacité. Douglas Trumbull a su parfaitement orchestrer sa mise en scène formelle autour des questionnements progressifs que distille le film.
BRAINSTORM a coûté 13 millions de dollars, soit presque 40 millions en dollars 2009. Tu vois ce que je veux dire, camarade ?
Et tu as beau voir, tu as beau dire, tu as beau t’élever pour comprendre, tu as beau lire entre les lignes, tu as beau prendre la vérité en pleine face, tu as beau mettre les fomenteurs devant leurs torts, ils reviennent toujours régénérés, plus sournois que jamais. « Elève des corbeaux… » LE PREMIER CERCLE a leur actif. Performance cacochyme de ces vulgaires babils du cinéma discount.
En tournant en numérique, Laurent Tuel a sabordé son film de la pire des manières. L’image est absolument ignoble. Elle ne paraît ni retravaillée ni étalonnée. Les blancs crachent, tout mouvement laisse une traînée derrière soi, les contrastes ne permettent aucune profondeur etc. C’est hideux au possible. Mais le film ne s’arrête pas là.
L’histoire est pénible à suivre. Le rythme est ralenti par le montage qui fait s’éterniser chaque scène. Comme si Marion Monestier gardait les scènes juste après chaque « Action ! » et juste avant chaque « Coupez ! ». Les comédiens jouent dans des bulles aseptisées tant ils ne semblent pas dirigés. Manque d’intentions évident. Leurs personnages sont très mal définis, ce qui les amène vers les clichés resplendissants de ces films de genre. Jusque dans la mise en place scénique. Tout est statique. Même lorsqu’ils se déplacent leurs mouvements restent raides. Se lisent uniquement les trajets qu’on leur a dit de suivre. Bien se mettre sur ses marques. Ne pas prendre celles du voisin. Dire son texte. Penser à ce qu’on va manger ce soir. Se souvenir de ses dernières vacances en Sardaigne. Et où va le blanc de la neige quand elle fond ?
Impossible de cautionner ce peu de respect accordé à la qualité technique. Un sourire s’immisce sur mes lèvres lorsque j’apprends que le film s’est misérablement vautré en salles. Il faut se forcer à aller jusqu’au bout. C’est une épreuve que de voir les aiguilles de notre montre tourner à l’envers ! Il n’y a rien à quoi se raccrocher. Le monde se dérobe sous nos pieds. Le film est là. Il se roule dans la farine. Il transforme l’oxygène en zyklon. Il laisse des traces d’escargot. Il fait saigner les femmes tous les mois. Il détruit les souvenirs. C’est un faisceau d’angoisses.





/image%2F1488871%2F20220516%2Fob_005401_le-tribunal-des-bureaux.jpg)





du bois, ce ne serait pas une référence à « Little house on the prairie » ?) Le cinéma de Tarantino c’est avant tout du rythme. Et cette scène le démontre bien. Par son atmosphère bonace, elle nous invite à lire derrière ce qui s’ourdit. Le spectateur est invité à s’interroger sur les véritables intentions des personnages, à déceler où se cache le contre-pied. Ceux qui trouvent bavard le cinéma de Quentin Tarantino sont ceux qui prennent ses textes au premier degré, qui ne peuvent déceler les différents niveaux d’expression. Le texte est action et non information. Ce sont les mêmes qui n’ont rien à redire concernant celle de Sergio Leone, alors que c’est la même ! Un grand avantage passe pour un inconvénient majeur pour ceux qui n’ont pas d’imagination. C’est héréditaire : on ne peut satisfaire un public qui n’a pas de talent.
en faveur de l’un, Tarantino désaxe ses plans et utilise ses fameuses contre-plongées. En ce qui concerne Diane Kruger, cela a pour effet de faire flotter son personnage dans une sorte d’irréalité, comme en état de choc, comme si elle ne comprenait plus très bien ce qui lui arrive. L’arrière-plan s’est évaporé, elle se retrouve isolée, tous ses repères s’évanouissant autour d’elle. Impossible de se sortir de la tête ce plan exquis d’elle-même lorsqu’elle cherche sa chaussure dans la poche de Christoph Waltz. Continuons et attachons-nous maintenant à la scène de rencontre entre Mélanie Laurent et Christoph Waltz, surnommée par les intimes « scène du strudel ». Tout pourrait porter à croire que la mise en avant de cette pâtisserie et de son accompagnement (de la crème) ne sont que des accessoires et qu’ils n’ont pas plus d’importance que cela. A la limite, ils ne seraient pas venus, on n’était pas fâchés, comme aurait pu dire le poète. Oui, d’ailleurs, pourquoi Tarantino laisse-t-il tant de place à ce gâteau ? Quelle idée se cache derrière le strudel ? Peut-être qu’en vous attardant sur sa façon de filmer la crème en très gros plan vous obtiendrez un indice… En tout cas, rien que pour vous donner un ordre d’idée, voilà ce qu’est le talent de Quentin Tarantino. Irait-il plus vite que ses confrères ? Plus vite qu’Usain Bolt ? Plus vite que le cinéma ? Plus vite que la lumière ? Euh… S’il va plus vite que la lumière, comment peut-il voir où il va ?![INGLOURIOUS BASTERDS [PHOTO DE TOURNAGE]](https://idata.over-blog.com/0/06/64/85/LUMIERES/INGLOURIOUS-BASTERDS--PHOTO-DE-TOURNAGE-.jpg)


























peupler nos vertiges émotionnels. Quand Tarantino nous donne PULP FICTION, c’est le plus grand. Quand PUMP UP THE VOLUME vous donne envie de dire des horreurs, c’est le plus grand. Quand vous voyez

le début et attachons-nous à la définition de la poésie. Selon 

Le film est aujourd’hui tombé un petit peu dans l’oubli alors qu’il fonctionne encore outrageusement. Attention, il s’agit toutefois d’un film bizarre, kitsch, baroque et grotesque. Mais aucun de ces qualificatifs n’est péjoratif à mon sens.

>>> De la neige, quelques bribes d’émissions, GRIDLOCK’D, film pas trop con de Vondie Curtis-Hall, un long métrage sublime avec d’excellents comédiens : BEAUTIFUL GIRLS de Ted Demme ou encore ce film d’
>>> Mise en scène : Christophe Lidon. Avec : Maruschka Detmers et Virginie Efira. Théâtre Marigny - Salle Elvire Popesco.


