------------------------------------

---> Les 10 dernières critiques :
OTEC de Tereza Nvotová

L'ŒUVRE INVISIBLE de Vladimir Rodionov et Avril Tembouret
LES RAYONS ET LES OMBRES de Xavier Giannoli
A PIED D'ŒUVRE de Valérie Donzelli
ADIEU MONSIEUR HAFFMANN de Fred Cavayé
EASY A de Will Gluck
LARA de Jan-Ole Gerster

THE ART OF SELF-DEFENSE de Riley Stearns
YESTERDAY de Danny Boyle
GREEN BOOK de Peter Farrelly

 

 

 

- Consultez les règles de la LANTERNE MAGIQUE en cliquant ici.

 

- Consultez les règles du QUIZZ en cliquant ici.

 

SI VOUS VOULEZ CREER VOTRE BLOG, NE CHOISISSEZ PAS OVER-BLOG. DES BUGS TOUS LES JOURS !!!
------------------------------------

CELINE FAIT SON CINEMA

LES AUTRES INCONTOURNABLES DE CELINE

LA SAGA DES ETOILES FILANTES

D'AUTRES ETOILES FILANTES

LE VIEUX MONDE QUI N'EN FINIT PAS

LE BLOG DE D&D

MATIERE FOCALE

ARRET SUR IMAGES

WORLD COMMUNITY GRID

FREAKOSOPHY

AUJOURD'HUI J'AI APPRIS...

LA VIE ROCAMBOLESQUE ET INSIGNIFIANTE DE BRAD PITT DEUCHFALH

ART OF THE TITLE

LE TRIBUNAL DES BUREAUX

L'ETRANGE FESTIVAL

IMDB
 

 
 
 
Join the Blue Ribbon Online Free Speech Campaign
 
 
 
 
18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 15:59

            Cet été, ma meilleure amie est partie en Sardaigne. Elle m’a rapporté un souvenir de vacances et pourtant je ne me suis souvenu de rien du tout. En me renseignant sur Internet, j’apprends que je suis atteint de Strausskhanausie. On commence par oublier des événements sans importance puis, très vite, c’est l’escalade, on oublie où on range ses vidéocassettes, on se retrouve impliqué dans trois grands scandales politico-financiers et on finit par laisser des traces suspectes là où furète le personnel féminin sous vos ordres. Dans les cas les plus graves, vous vous mettez à faire des excuses publiques à votre femme et vous êtes atteint de delirium tremens au cours duquel vous vous imaginez pouvoir remporter les élections présidentielles de 2012.

Afin de prévoir à l’avance son bulletin de vote, le lecteur citoyen est amené à réfléchir sur l’axiome suivant : « Ce n’est pas parce qu’une personne est relaxée par la justice que les faits la concernant sont faux ». Surtout quand on sait ce qu’il s’est passé en 1924…

Après cet épisode douloureux (comme disait la jeune mariée qui ne voyait pas ça comme ça), l’alternative qui s’offrait à moi :

- faire fi de tout cela, changer complètement de vie, réduire ma consommation d’énergie pour être en accord avec la grande arnaque du réchauffement climatique, et devenir un ocariniste réputé amateur de desserts lactés

- me mettre en quête de mon passé pour savoir enfin d’où je viens, qui je suis, s’il existe vraiment des souvenirs dignes d’être rapportés de Sardaigne, et surtout : « Est-ce que les analphabètes ont du plaisir à manger du bouillon aux nouilles en forme de lettres ? »

J’ai crû bon de m’en aller déchiffrer les runes des temps anciens, amalgamant finement analphabètes et bêtes de l’anal. C’est bien connu, lorsque l’Homme n’était pas encore en pleine possession de ses moyens grammaticaux et savait parfaitement réciter son analphabet, il passait le plus clair de son temps à renifler gentiment le ou la première analphabète qui passait, ce qui se terminait inévitablement par la position 34 de l’analphabet, dite position Nokia et plus connue sous la dénomination « Connecting people ». Une photogravure de l’époque témoigne de la véracité de mes dires :

Je choisis consciencieusement mon film. YEAR ONE ne m’apprendra rien. Peaux de bêtes ne signifie pas temps préhistoriques. C’est à n’y rien comprendre. Je me souviens pourtant très bien dans 10,000 BC (l’un des pires films de l’année dernière), que grognements et pelages animaliers se conjuguaient avec chasse, pêche, nature, tradition et concours du plus gros gourdin. Dans YEAR ONE, tous les comédiens parlent notre langue et ont le même humour décomplexé qui jalonne les films produits par Judd Apatow. Tiens, il se trouve justement que ! Mon interprète me fait comprendre que YEAR ONE est un film futuriste partant du principe que l’avenir marquera une régression proche d’un retour vers les temps primitifs (belle idée déjà exploitée dans de nombreux films, dont le très drôle IDIOCRACY). Tout se passe comme si le progrès avait eu raison de l’Homme ou que la guerre nucléaire avait effacé tout ce qui l’avait fait évoluer jusqu’ici. YEAR ONE est un film apocalyptique. Il démarre après que la société telle que nous la connaissons ait été complètement détruite dans tout ce qu’elle représentait de matériel et de facilités pour nos économies. Tout a été anéanti. Nous ne saurons jamais par qui, ni par quoi, ni à quelle échelle. Tout ce qu’il reste à l’Homme est ce que la Nature lui offre. Il a alors réappris à vivre pendant des siècles au rythme des croyances qui jalonnaient les contes et les mythes que l’on trouvait aux temps antiques, lorsque les hommes n’avaient ni l’air conditionné ni l’air bag mais plutôt l’air con, et que les femmes avaient une verrue à la place du clitoris. L’Homme est redevenu proche de ses ancêtres. Il est redevenu grégaire. Sa culture n’a pu se développer. Elle est restée au stade que nous connaissons aujourd’hui. Un drôle de film qui tend à prouver que tout souvenir est en avance sur son temps. Le film, lui, ne l’est jamais. Harold Ramis n’a jamais rien réalisé d’inoubliable (le réalise-t-il ? Auquel cas cette affirmation s’autodétruit d’elle-même, par elle-même et en elle-même). Même GROUNDHOG DAY me paraît très pénible, n’étant qu’une grosse pizza surchargée qui met du temps à la préparation, et dont nous connaissons à l’avance les horaires de livraison. En ce qui concerne YEAR ONE, le titre semble annoncer YEAR TWO, YEAR THREE etc. en cas de succès. Et c’est cela qui fait peur, plus que la régression qui nous guette. La mise en scène ne s’encombre d’aucune idée un temps soit peu originale. Le plus souvent, les acteurs sont filmés en gros plan, laissant plus de place à la vanne qu’à une quelconque beauté venue des cadres, du son ou de la lumière. Le tout ne parvient pas à cacher le peu de moyens mis en œuvre. Les costumes sont à peu près les mêmes que ceux de MEET THE SPARTANS, c’est-à-dire récupérés après le spectacle de fin d’année de l’école communale de Wilfried-les-Mézières. Après vérification, YEAR ONE a tout de même coûté 60 millions de dollars ! Exit le film à petit budget. MEET THE SPARTANS avait coûté deux fois moins cher et, déjà, il était inadmissible de ne pas en avoir pour son argent. Avec 60 millions de dollars, vous mettez vos acteurs à poils, et les autres costumes n’ont même pas l’air confectionnés mais tout droit sortis d’une panoplie achetée au magasin de farces et attrapes en face de la boîte de production.

Osons une petite comparaison. En 1968, THE THOMAS CROWN AFFAIR de Norman Jewison bénéficiait d’un budget de 4 300 000 dollars. Les costumes signés Theadora Van Runkle furent remarqués comme une alliance parfaite de classe, d’élégance, de sensualité et d’aisance naturelle. Ajusté à l’inflation, un tel film coûterait aujourd’hui environ 26 600 000 dollars. Autres exemples de films qui n’ont pas coûté aussi cher et font des costumes des éléments signifiants de mise en scène : FA YEUNG NIN WA, THE HUNGER, THE ROYAL TENENBAUMS, VALLEY OF THE DOLLS, BLOW-UP...

Dans YEAR ONE, Jack Black et Michael Cera se laissent pousser les poils. Comme ils n’en ont jamais assez, ils décident de se parer de poils d’animaux. C’était quand même bien pratique cette période ! Cela permettait d’éviter tous les malentendus que notre époque connaît, tel cet accusé qui tentait de faire valoir sa bonne foi :

LE JUGE : Mais enfin, vous n’aviez pas vu qu’elle n’avait que 10 ans ?

L’ACCUSE : Je suis désolé, monsieur le juge, mais comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ? Elles se rasent toutes maintenant !

YEAR ONE est un acte guerrier. Et tout acte guerrier n’est pas un acte de création, mais un acte de destruction.

            Si YEAR ONE n’est qu’un acte, CELLE QUE J’AIME est une déclaration de guerre. A coups de hache déterrée, Elie Chouraqui équarrit son film pour nous livrer une bonne grosse soupe populaire du dimanche soir pleine de larmes qui mouillent, pleine de cœurs gros comme ça, et pleine de bisous pour se consoler parce qu’évidemment tout est bien qui finit bien. Incessante liturgie du cinéma français ! Le panier rempli de clichés, les nœuds scénaristiques petits bourgeois tels que les déplorait la Nouvelle Vague, fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis, l’ex qui veut revenir, un schéma narratif en 3 actes (on s’aime, on se dispute, on se réconcilie) etc… Qui plus outre, c’est très laid et très mal monté, comme disait le jeune marié qui ne savait pas s’y prendre. Bref, du cinéma qui sent le renfermé.

Dans cette indolente histoire où Barbara Schulz (la fille de son papa) et Marc Lavoine essaient de vivre ensemble mais ce n’est pas gagné à cause du fils d’elle qui n’aime pas ce mâle fraîchement débarqué dans sa vie, il existe un beau moment à côté duquel Elie Chouraqui passe sans se rendre compte qu’il a failli réussir son film.

Marc et Barbara se sont rencontrés. Ils se sont aimés un peu partout. Et le petit morveux en question (dans la famille tête à claques, il n’est pas mal du tout le petit Anton Balekdjian !) a réussi à les faire rentrer en conflit. Nous en sommes à la grande scène du II. Le petit Anton a placé des capotes à la fraise dans la voiture de Marc. Barbara les trouve. Comme elle n’est pas très open-mind en ce qui concerne les petites choses de l’amour, la grande féerie lacrymale s’engage. Mais ce qu’Anton n’avait pas prévu c’est que Marc est allergique aux fraises. Barbara pense que c’est un subterfuge. Elle veut obliger Marc à en manger. Celui-ci lui explique que s’il en absorbe ne serait-ce qu’une seule, il risque de faire un œdème de Quincke (à ne pas confondre avec l’œdème de Quick, qui provoque aussi gonflements et régurgitations, mais uniquement en cas d’absorption de hamburgers). Barbara, qui aime faire souffrir ses compagnons lors de leurs ébats sexuels, voit là une belle occasion d’assouvir ses pulsions. Nous apprendrons plus tard avec stupéfaction qu’elle faisait déjà, dans sa jeunesse, toutes sortes d’expériences sur de jeunes pousses de rhododendrons hydroponiques. En fait, Barbara est encore amoureuse de Marc. Elle cherche juste un élément qui lui permettrait de croire que cette histoire de capotes n’est pas ce qu’elle en conclut. Barbara force Marc à manger une fraise. Et ce qui devait arriver arriva. Œdème de Quincke. Affolements. Hôpital. Les fraises ont donné faim à la tête à claques. Arrêt au Quick. Œdème de Quick. Hôpital. C’est à ce moment-là qu’un médecin arrive et annonce à Barbara qu’ils ont tenté tout ce qu’ils ont pu mais Marc n’a pas survécu. Moment de flottement. Ca, c’est beau ! Que du bonheur ! Nous nous disons qu’il n’a pas osé faire cela, quand même ! Ce serait vraiment chouette, à cet instant du film, l’homme qui meurt. La relation qui s’arrête. La culpabilité de la tête à claques. Toute cette petite comédie consensuelle pour aboutir à ce pied de nez revigorant ! Un virage à 360 degrés. Awesome ! Je commence à revoir mon jugement sur ce film lorsque celui-ci continue. Il continue à s’enfoncer dans les sables mouvants du conformisme le plus effarant. Le médecin s’était tout bêtement trompé de personne. Marc n’est pas mort. Le film, si. Définitivement. La tête à claques s’en voudra terriblement, demandera pardon, et verra finalement en Marc son meilleur ami. Quant à Marc et Barbara, ils achèteront une décapotable à la fraise pour faire… Oups, j’allais raconter la fin !

            Rien de tel qu’un petit film de science-fiction des années 80 pour simuler une mer des Consolations. BRAINSTORM n’est pas très connu et pourtant c’est un film majeur dans l’histoire de la science-fiction et même du cinéma. Il faut dire qu’en matière de science-fiction Douglas Trumbull n’est pas un pingouin. C’est à lui que nous devons les effets visuels de 2001 : A SPACE ODYSSEY, CLOSE ENCOUNTERS OF THE THIRD KIND, THE ANDROMEDA STRAIN, BLADE RUNNER et STAR TREK : THE MOTION PICTURE. Il est passé à la réalisation en 1972 avec SILENT RUNNING, film de science-fiction d’assez bonne facture (1 100 000 dollars, NDLR). Il a produit les 16 épisodes de la série « The starlost ». En 1983, BRAINSTORM est son deuxième et dernier long métrage. Il ne réalisera plus que des courts mettant en avant son invention : le Showscan. Douglas Trumbull travaille désormais pour de grands parcs d’attraction pour lesquels il conçoit des effets mécaniques et visuels. Il prépare aussi le petit déjeuner le dimanche matin, prête son Ipod si on le lui demande gentiment et arrive à faire le bruit des fenêtres d’aide Windows avec sa bouche. Bref, Douglas est très sympathique même s’il a préféré échanger son vrai nom de famille (Alavanille) pour Trumbull.

Vous l’aurez compris, c’est du lourd. Du très lourd. Comme se vantait le jeune marié. Pour 2001 : A SPACE ODYSSEY c’est lui (pas le jeune marié) qui a mis au point le procédé Slit-scan, permettant d’obtenir les fameuses images psychédéliques. Pour ce même film, il développa d’autres techniques que n’utilisera pas Stanley Kubrick, mais dont notre ami Douglas se resservira pour SILENT RUNNING (diffusé bêtement à la télévision française sous le titre ET LA TERRE SURVIVRA).

Pour en revenir à BRAINSTORM, le Showscan est encore un procédé révolutionnaire avec lequel il comptait réaliser le film. Et aussi avec une caméra, accessoirement.

Mais qu’est-ce que le Showscan ? C’est un système de projection qui utilise du 70 millimètres avec une vitesse de défilement à 60 images par seconde. Pour ceux qui ne le savent pas, au cinéma, la pellicule défile à une vitesse de 24 images par seconde. Si la Haute Définition est devenue aujourd’hui monnaie courante, au début des années 80 c’était surtout le format 70 millimètres qui permettait d’avoir une qualité d’image plus précise, élaguant surtout le grain. Après plusieurs essais, Trumbull avait remarqué que plus la vitesse de défilement augmentait plus l’émotion du spectateur s’accroissait, du fait du nombre d’informations plus élevé vers notre cerveau (c’est ce qui vaudra au procédé d’être récupéré par l’armée). Le rendu sur l’écran est une fluidité proche de la vidéo, une luminosité accrue, une impression de réalisme foudroyant, une profondeur plus grande et une immersion quasi-instantanée dans l’image. Le son est aussi décuplé, bénéficiant de 6 canaux Dolby Stereo. Mais pour que cet objectif fut atteint, il fallait coupler cette nouvelle technique à une refonte totale des salles de cinéma. Le Showscan devait faire bénéficier les spectateurs d’angles de vues complètement différents, comme si le siège était au cœur de l’écran. Cela pourrait se comparer à l’expérience d’une projection Imax (terme qui nous parle plus car c’était le concurrent direct du Showscan, et c’est l’Imax qui s’est imposé, avec cependant une technique complètement différente puisque le défilement est ici horizontal et lerendu plus net du fait d’une image plus grande). Toujours est-il que pour rendre la projection de BRAINSTORM optimale, il aurait fallu que les cinémas changent leurs dispositions tant dans leurs salles que dans leurs cabines de projection. L’idée fut donc abandonnée, ce qui laissera un goût amer dans la bouche de Douglas Trumbull qui abandonnera Hollywood par la suite, pour se consacrer à la réalisation de courts métrages dans des parcs d’attraction où il put perfectionner son Showscan. Petite digression : à Paris, l’U.G.C. Ermitage fut le seul cinéma à posséder une salle équipée en Showscan (encore une salle magnifique que l’on a fait fermer, mais nous ne sommes pas à un scandale près depuis la destruction du Gaumont Palace !)

Toujours est-il que BRAINSTORM est un film qui bénéficie de deux formats. Avant de poursuivre plus avant, révélons ici quelques éléments importants du film.

Christopher Walken et Louise Fletcher sont deux chercheurs qui passent leur temps à chercher. Et à fouiller. Parfois, même, ils se cherchent et se fouillent. De véritables bêtes de l’anal loin d’être analphabètes puisqu’ils vont finir par trouver. Leur découverte est un casque relié au cerveau, qui permet d’enregistrer toutes les émotions, pensées et souvenirs d’un être humain. Là où la machine devient plus qu’intéressante c’est qu’elle est capable de les restituer à toute autre personne qui revêt ledit casque. Là où la machine devient plus que dangereuse c’est lorsque Louise Fletcher est victime d’une crise cardiaque et qu’elle enregistre sa mort sur le casque, conscience professionnelle oblige.

Si ça ne fait pas un beau pitch, ça ! Si alléchant qu’un réalisateur canadien pourrait très bien s’en inspirer pour écrire un scénario qu’il laisserait son ex-femme réaliser.

L’utilisation de deux formats de projection vous paraît maintenant un peu plus précise, n’est-il pas ? Toute l’intrigue a été filmée en 35 millimètres et se tient sur un format 1:66.1. Quand une personne se pare du casque, l’image passe en scope, ces inserts ayant été filmés en 65 millimètres (devenu 70 millimètres après traitement) au format 2:2.1.

Evidemment, ce genre de film n’est pas fait pour être visionné sur un petit écran, mais si vous décidez tout de même de connaître l’expérience BRAINSTORM, sachez qu’il faudra vous doter de l’édition respectant cela, ainsi que le format audio originel (qui passe du plain stéréo au full Dolby Stereo pour les inserts). Parce qu’il s’agit vraiment d’un film qui vaut la peine d’être redécouvert. Comme nous venons de passer du temps à dégager l’un des intérêts majeurs du film, nous pourrions croire qu’il s’agit d’un de ces films qui profitent de cet argument pour y baser tout leur intérêt et n’être, finalement, qu’une prouesse technique. Or, BRAINSTORM recèle autre chose.

Nous avons parlé précédemment des premiers enjeux du film. A cela viennent s’en ajouter d’autres qui le rendent riche comme j’aime. Voire un peu trop, car Douglas Trumbull ne pourra pas explorer chaque ramification. Si bien que certaines peuvent apparaître survolées. Mais nous préférons quand un réalisateur ne nous explique pas tout, quand les articulations du récit n’ont pas toutes la même valeur, car nous sommes plus proches que jamais de ce qui nous caractérise : nous décidons arbitrairement de l’importance que nous donnons aux choses, nous continuons à vivre tant bien que mal sans savoir ce qui innerve nos proches, sans connaître précisément ceux qui essaient de nous manipuler ni pourquoi, jamais nous ne connaîtrons le mobile de certains crimes, jamais nous n’aurons de réponses à toutes nos questions. Nous voyageons seuls. Dans sa mise en scène un peu sèche, Douglas Trumbull passe ainsi de scènes en scènes sans s’appesantir sur les situations entre les personnages. Un mot, un geste, un regard suffit à expliquer les liens entre chacun des personnages. A titre d’exemple, il existe une très belle scène (parce que très courte) entre Natalie Wood et Christopher Walken, lorsque ce dernier lui dit qu’il avait évité jusqu’ici qu’ils travaillent ensemble. Les phrases sont peu nombreuses, toutes simples, mais chargées de sens. Le monteur coupe très vite l’affaire et nous embrayons sur autre chose. Tout le début du film est au même diapason. Nous progressons par à-coups. Tous les enjeux sont révélés petit à petit, de la même manière que ce qui se passe entre les différents personnages se tisse lentement mais sûrement. En fait, nous ne sommes presque pas dans l’action. La plus grosse part du film est laissée à l’implication psychologique et à la réflexion de son auteur autour de la mort comme phénomène d’attraction/répulsion.

BRAINSTORM est un film élaboré par petites touches, et fait de pointillisme jusqu’à l’imperceptible. C’est son cœur, sa vivacité. Douglas Trumbull a su parfaitement orchestrer sa mise en scène formelle autour des questionnements progressifs que distille le film.

BRAINSTORM a coûté 13 millions de dollars, soit presque 40 millions en dollars 2009. Tu vois ce que je veux dire, camarade ?

            Et tu as beau voir, tu as beau dire, tu as beau t’élever pour comprendre, tu as beau lire entre les lignes, tu as beau prendre la vérité en pleine face, tu as beau mettre les fomenteurs devant leurs torts, ils reviennent toujours régénérés, plus sournois que jamais. « Elève des corbeaux… » LE PREMIER CERCLE a leur actif. Performance cacochyme de ces vulgaires babils du cinéma discount.

En tournant en numérique, Laurent Tuel a sabordé son film de la pire des manières. L’image est absolument ignoble. Elle ne paraît ni retravaillée ni étalonnée. Les blancs crachent, tout mouvement laisse une traînée derrière soi, les contrastes ne permettent aucune profondeur etc. C’est hideux au possible. Mais le film ne s’arrête pas là.L’histoire est pénible à suivre. Le rythme est ralenti par le montage qui fait s’éterniser chaque scène. Comme si Marion Monestier gardait les scènes juste après chaque « Action ! » et juste avant chaque « Coupez ! ». Les comédiens jouent dans des bulles aseptisées tant ils ne semblent pas dirigés. Manque d’intentions évident. Leurs personnages sont très mal définis, ce qui les amène vers les clichés resplendissants de ces films de genre. Jusque dans la mise en place scénique. Tout est statique. Même lorsqu’ils se déplacent leurs mouvements restent raides. Se lisent uniquement les trajets qu’on leur a dit de suivre. Bien se mettre sur ses marques. Ne pas prendre celles du voisin. Dire son texte. Penser à ce qu’on va manger ce soir. Se souvenir de ses dernières vacances en Sardaigne. Et où va le blanc de la neige quand elle fond ?

Impossible de cautionner ce peu de respect accordé à la qualité technique. Un sourire s’immisce sur mes lèvres lorsque j’apprends que le film s’est misérablement vautré en salles. Il faut se forcer à aller jusqu’au bout. C’est une épreuve que de voir les aiguilles de notre montre tourner à l’envers ! Il n’y a rien à quoi se raccrocher. Le monde se dérobe sous nos pieds. Le film est là. Il se roule dans la farine. Il transforme l’oxygène en zyklon. Il laisse des traces d’escargot. Il fait saigner les femmes tous les mois. Il détruit les souvenirs. C’est un faisceau d’angoisses.

14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 00:42

            [Commencer par une phrase embryonnaire qui n’a l’air de rien et qui prologue le mouvement de l’article] Serait-ce parce que nous sommes constamment seuls sur la grande scène de notre vie que nous jouons tous dans le même one-man-show ? Ce grand spectacle qui a débuté voilà déjà quelques millions d’années est une immense improvisation qui touche à tous les genres. C’est un spectacle que nous jouons tous ensemble mais sans partenaires.

Cette conception hypothétiquement absurde est la mère de toutes les déviances contemporaines des one-man-shows. [Mentionner à l’internaute que Word n’est pas content et me recommande d’écrire « des one-man-shows ». Nouvelle preuve de ma supériorité sur la machine] La plus insolente des libertés d’expression s’offre à vous et vous n’en profitez pas ? Décidément, nous n’avons pas le même humour. Dites des horreurs ! [Egrener peut-être l’article de quelques blagues de mauvais goût concernant les handicapés physiques, les arabes, les enfants victimes de sévices sexuels, les vieux, les sidaïques et autres faibles qui n’ont pas à devenir l’élite du bon goût. Démontrer par la même occasion qu’on peut rire d’une blague dite raciste sans pour autant l’être]

Ceux qui refusent la liberté qu’on leur offre ne sont pas dignes de la moindre considération de notre part, dès lors qu’à travers le monde certaines femmes en sont encore à se cacher derrière des burqas. [Se permettre une méchanceté en disant que certaines ne sont pas assujetties à cette pratique mais que, pour elles, cela devrait être obligatoire. Donner quelques noms : Margaret Thatcher, Arlette Chabot, Renée Zellweger etc.]

Un grand one-man-shower [ne pas donner d’explication sur ce mot. Vraiment. Ne pas revenir sur cette décision. C’est le génome de ce blog] est quelqu’un qui a une originalité. Ou plusieurs. Mais, au minimum, il doit en posséder une. Et je ne parle pas de talent. Quasiment tous ont du talent. Même votre grand-oncle qui imite Roselyne Bachelot après chaque repas dominical, a du talent. [Ne pas mentionner mon cousin qui fait ce qu’il appelle « la tortue en hibernation » avec une partie de son anatomie qu’il faut encore moins mentionner] Non, moi, je vous parle de ce qui fait la différence. Pierre Desproges avait les textes. Il maniait les mots comme aucun autre. Lenny Bruce [petite place pour une image du comique] avait un recul féroce avec lequel il retranscrivait l’hypocrisie de la société. Mais le performer qui vient sur scène et qui fait rire en incarnant un simplet avec force grimaces ? Celui qui se contente de réciter un texte qu’il n’a même pas écrit ? Celle qui lâche sa famille et s’offusque d’un « Oups ! » ? Celui ou celle qui fait cela est aussi anonyme que la manière dont je viens de vous les présenter, et ne sont ni plus ni moins que des produits marketing. Ils n’ont aucune originalité parce qu’ils ne font que répondre à des concepts précis. C’est d’ailleurs ainsi qu’ils sont arrivés à masquer ce manque.

J’en veux pour preuve l’assurance avec laquelle ils arrivent sur scène. Ils ont une force intérieure qui semble travaillée, travaillée, travaillée et retravaillée si bien qu’ils ont la même force de conviction, la même intonation, le même personnage. Des V.R.P. Ils sont capables de vous vendre n’importe quoi. Et c’est vrai que, sur un ou deux sketches, c’est très convaincant. Mais sur 1 heure et demie de spectacle, cette arrogance, ce côté rentre-dedans, ce jeu tout en force (généralement en caricatures et sans finesse) deviennent proprement insupportables et nous nous sentons vite agressés par cette parole qui ne nous lâchera pas tant que nous ne lui aurons pas dit à coups d’applaudissements qu’elle et elle seule a raison. [Ne pas oublier de placer le terme « malversation » quelque part]

A les écouter, ils ont raison, ils savent tout et ont réponse à tout. Ils sont infaillibles. D’une mâle assurance, le one-man-shower s’avance sur scène et, très sûr de lui, demande :

- Vous savez comment j’ai réussi à faire jouir ma femme toute la nuit ?

Mais, ta gueule !!! Si tu savais comme on s’en branle !!! [Passage à retravailler : faire en sorte que ce soit bien clair pour l’internaute, cette intrusion instantanée d’une telle bulgarité n’est nullement le fait de son auteur mais bien plus d’un mimétisme où celui qui répond essaie de se placer au niveau de celui qui a posé la question, dans tout ce qu’il a de plus commun] On s’en branle d’autant plus que tu n’es même pas drôle ! [Par une pirouette, montrer qu’un petit temps passe ; et non pas « un petit Tampax »] Euh… Comment tu fais, au fait ?…

Ce qui est intéressant c’est ce que délaissent tous ces performers. C’est la cassure, c’est le décalage, c’est la faille. C’est parce qu’un personnage est bancal qu’il devient intéressant. D’autant que le rapport est faussé dès le départ, dès ses premiers mots :

- Salut Paris ! Vous allez bien ?

Mais ta gueule !!! Je t’en supplie : ta gueule !!! Laisse-moi tranquille. Je suis sorti du boulot, j’ai pris une douche, je me suis dépêché pour être à l’heure, j’ai payé ma place un prix qui vaut la peau de la tête, tout ce que je te demande c’est de me faire rire et pas de me demander de répondre à ta question à la con ! Parce que tout cela n’est pas vrai. Tu n’en as rien à foutre de savoir si je vais bien. Tu veux que je te raconte à quel point mon patron est un incompétent qui n’aime pas mon travail, qui me dit comment je dois le faire, et quand il voit le résultat final me dit de refaire ce que j’avais fait sans avouer qu’il avait tort ? Tu veux connaître la dure vie de mon ami qui me raconte comment se passe sa chimiothérapie ? Tu veux que l’on discute du fric que me réclament les A.S.S.E.D.I.C. ? Tu veux que je te parle de ma copine qui est cocaïnomane ? Tu veux que je te fasse part des crises d’angoisse qui m’empêchent de dormir ? Tu veux vraiment savoir tout ça ? Et après tu vas vraiment faire le tour de tous les spectateurs pour savoir comment ils vont ?… On ne se connaît pas. Et je n’ai pas envie de te connaître. Nous ne sommes pas amis. Inutile d’essayer de créer un lien qui n’existera jamais. C’est de la tromperie. C’est malhonnête. Alors, ta gueule ! [Ou trouver une figure de style qui fasse comprendre qu’il s’agit bien d’un euphémisme]

            Le tout reste de bien cibler son objectif. Si vous êtes seul en scène et que vous essayez de faire rire, l’on dira que vous faites un one-man-show. Si vous ne cherchez pas forcément le rire, l’on dira que vous faites un monologue. Si vous vous appelez Louis Garrel, l’on dira que vous faites de la merde.

Le truc d’Elie Semoun c’est le rire. Si vous n’en êtes pas convaincu après ses diverses pérégrinations clownesques, l’écoute de ses deux albums ne laissera plus aucune part d’équivoque. Pourtant, après la vision de CYPRIEN, [petite place pour l’affiche du film] le doute s’installe à nouveau dans les luxueux appartements de grand standing qui ornent les tréfonds de mon encéphale, mais je refuse à m’imposer une nouvelle écoute vocifératrice. [Placer les internautes encore présents dans les meilleures conditions en plaçant ici le .mp3 d’Emilie Simon : « Fleur de saison » ; écoute gratuite et totalement illégale qui ravira toujours les détecteurs de chansons populaires et pourtant exigeantes]

CYPRIEN est-il un film si difficile à comprendre ? [Placer ici une référence à la jeune mariée en faisant comprendre que ce dernier mot peut se scinder en deux] Non, mais ce qui est difficile à comprendre c’est la logique de tous ceux qui ont pu croire qu’il ferait rire. Ou comment essayer de faire rebondir un ballon dégonflé. Le postulat de départ est plus que simple. Elie Semoun incarne un des personnages qui avaient fait le succès de ses « Petites annonces ». Ce qui fonctionnait en format court n’arrive pas à dispenser sur toute la longueur la percussion des situations originelles. Pour plusieurs raisons. [Laisser entendre que l’auteur possède un superpouvoir qui lui permet de voir ce que le spectateur lambda n’a pas vu, et qui va lui permettre, dans un outrageant accès de générosité, d’en faire profiter ceux qui ont compris depuis bien longtemps qu’il est la Voix du futur. Et d’un peu au-delà du système solaire aussi]

Comme beaucoup de formats courts ou de séries télévisées, le succès pousse très souvent vers le cinéma. Il est extrêmement rare que l’essai soit transformé tant le processus enclenché ne cherche qu’à faire exactement la même chose mais sur 1 heure et demie. THE SIMPSONS MOVIE est une exception qui prouve qu’avec un immense potentiel de départ, les déclinaisons peuvent être infinies. En l’état, chaque épisode est quasiment un court métrage. Il était plus qu’évident qu’elle possédait dès lors un avantage cinématographique plus important que « Caméra café » par exemple. [Est-ce la peine de rappeler que cette série a fait deux fois le même four et toujours à cause du même piège ?] Au départ, Cyprien n’existe qu’en caméra fixe et par les maigres indices qui nous dévoilent son quotidien. Le cinéma a besoin de plus. Beaucoup plus. Parce que nous allons suivre ce personnage et qu’il va nous falloir passer en revue ses agissements dans pas mal de situations pour que nous puissions y croire. Dans cet ordre d’idée, l’élément le plus drôle est sûrement ces plans où Cyprien et ses amis geeks se retrouvent chacun face à leur ordinateur et cliquent sans discontinuer sur leur souris, dans un mouvement devenu naturel. D’autres éléments structurants sont disséminés mais pas assez pour affiner toute la singularité du personnage. Du coup, Elie Semoun est obligé de se retrancher [rappeler à cette occasion que son arrière grand-père n’a pas fait la Première Guerre Mondiale] derrière une caricature extrêmement poussée. C’est le règne des cheveux gras, des chicots, de la peau graisseuse, des comportements bonasses, des fringues achetées au kilo et portées comme les employés de La Poste etc. Point de demi-mesure ici.

N’oublions pas non plus que la télévision c’est le règne de la médiocrité. Et le spectateur est prêt à accepter beaucoup plus de choses qu’au cinéma. En témoignent tous ces programmes courts en caméra fixe qui ne se basent que sur du texte ou sur le jeu des comédiens. Et quand il y en a déjà un sur deux l’on peut s’estimer heureux ! Mais, au cinéma, il faut développer une esthétique, il faut complexifier les données scénaristiques (ce qui ne veut pas dire qu’il est besoin d’un scénario compliqué, mais vous conviendrez qu’une seule idée pendant 90 minutes autant rester devant son poste de télévisuel), il faut élaborer tout un champ de techniques propres à insuffler poésie, émotion, transe, amour du geste et cerise sur le gâteau. Dans son dernier film, David Charhon [petite image du réalisateur] ne semble pas tenir compte de ces passages obligés et filme CYPRIEN comme s’il se contentait de filmer ce qui est écrit dans le scénario. Le film s’arrête là parce que les épisodes dudit personnages s’arrêtaient là.

 Il y avait deux manières de faire CYPRIEN :

- s’affranchir complètement du point de départ. Faire comme pour une adaptation d’un roman.

- garder tout ce qui a fait l’identité propre de CYPRIEN sans rien édulcorer (et même forcer le trait un peu plus) et le faire interagir dans un environnement qui en ferait un inadapté. Au vu de l’extrême composition du personnage, rien de mieux que de s’orienter vers de la farce (avec quelques légumes mais pas trop, merci !)

Mais le film préfère rester à hésiter, ne pouvant choisir entre faire plaisir au plus grand nombre et une place plus que privilégiée au mauvais goût. De ce fait, il est bêtement réaliste. C’est ce qui pouvait lui arriver de pire, allant même jusqu’à célébrer une happy end où Elie Semoun finit par emballer Léa Drucker parce que, vous comprenez, la beauté intérieure prime avant tout et qu’au fond, faisons preuve d’un peu de tolérance parce que nous sommes finalement tous les mêmes et que nous nous aimons tous, pas vrai ?… Bah, j’ai envie de dire : « Ta gueule ! »

22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 19:24

            Jusqu’à quel point le cinéma réunit-il les pointillés de la fiction pour n’en plus faire qu’une seule ligne directrice qu’il nourrit, qu’il engraisse, qu’il épaissit jusqu’à ce que ses circonvolutions en fassent un affluent qui vient se jeter dans le fleuve de nos vies ? Telle est la question que nous pourrions nous poser en sortant du dernier film de Quentin Tarantino, si nous n’étions déjà pas taraudés par celle-ci : « Où vont les briques qui disparaissent dans Tétris ? » De l’influence de l’imaginaire sur le bon déroulement de nos actes…

 

INGLOURIOUS BASTERDS va au-delà de la simple intervention de la fiction sur la réalité.

D’habitude, dans le cinéma de Tarantino, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Il aime à heurter ses histoires par des accents de réalité qui viennent inopinément nous rappeler que cette dernière est brutale et cruelle. Tarantino le scénariste a beau s’ingénier à rendre ses personnages attachants, exalter la face clinquante des gangsters ou amuser son public par des traits d’humour, lorsque la réalité intervient, elle est atroce, hostile et impitoyable. (Pour vous donner un ordre d’idée, ces trois adjectifs sont la devise de la famille Thatcher depuis treize générations.) L’exemple parfait en est la scène extraite de RESERVOIR DOGS où Michael Madsen en vient à mutiler un jeune policier en lui coupant l’oreille avec un rasoir coupe-choux.

 

Interaction entre fiction et réalité : une analogie qui s’effectue le plus souvent à sens unique (celui dont nous venons de parler).

Ce qu’il y a d’intéressant dans INGLOURIOUS BASTERDS c’est qu’il penche pour l’inverse. Tarantino décide de détruire la réalité. Et là, il marque un joli point. Il ne cherche pas à la discréditer comme le ferait le plus vulgaire négationniste, il la change, un point c’est tout. « La réalité est telle que je vous la décris. » Cette démarche est tout ce qu’il y a de plus créatif, nous qui recherchons avant tout une démarche personnelle. Le subjectif en lieu et place de la fidèle transposition.Ce qui est suspect ce n’est pas que l’on falsifie la vérité historique (après tout, même les manuels d’Histoire le font), c’est que certains journalistes s’étonnent de cette fin non historique alors qu’ils ne remettent pas en cause l’existence des basterds ! Evidemment que les basterds n’existent pas ! Je ne vois donc pas pourquoi il leur serait reproché de faire quelque chose qui n’existe pas.

 

En fait, il faudrait apporter une précision quant à savoir dans quelles eaux nous naviguons précisément.

Pour certains critiques, il faudrait choisir entre la réalité ou la fiction. Ainsi, puisque le film s’ouvre par « Once upon a time… », il faudrait plutôt y voir un conte de fées, une histoire absolument pas réaliste et prétexte à un délire d’auteur permissif. Il y a un peu de cela, c’est vrai, mais ce carton d’introduction n’est pas tout à fait complet. Il fallait lire : « Once upon a time… in Nazi-occupied France ». Ce qui nous ramène à une réalité connue. Et non pas factice comme l’interprétaient les sous-titres de la version française : « Il était une fois… dans une France occupée par les Nazis ». Erreur de traduction très significative de cette volonté de vouloir tout étiqueter. Parce que ce sous-titre est déjà une explication. C’est une interprétation de ce que nous dit le film, ce n’est pas le film ! Cette première phrase a beaucoup d’importance parce qu’elle définit le mélange entre ce qui fait partie du passé et son imaginaire. Combinaison qui définit le genre d’INGLOURIOUS BASTERDS. C’est pourtant assez simple à comprendre puisque le procédé s’exerce dans de nombreux films qui se passent à notre époque actuelle, ainsi que dans tous les films de science-fiction ! Bizarrement, pour certains critiques il existerait une loi édictant qu’une œuvre n’a pas le droit de changer les faits historiques. Les Sages Gardiens des Commandements Cinéphiles ont parlé ! Nous en avons pourtant eu un bel exemple pas plus tard que cette année, et ces vénérateurs n’ont pas été aussi prompts à réagir. Le film en question s’appelait… WATCHMEN !

 

Ne cherchons pas à voir une dichotomie là où le principe est plus généreux.

Tout se nourrit de tout. C’est pour cela qu’INGLOURIOUS BASTERDS en dit plus sur nos mondes intérieurs que toutes les introspections les plus spéculatives. Et par-delà, cette définition fonde notre propre réalité. Cela me fait beaucoup penser à Federico Fellini qui avouait bien volontiers raconter beaucoup de choses fausses à son encontre, sur ce qu’il avait vécu, sur ses rapports avec les femmes etc. Et ce depuis tout petit. Si bien qu’il vivait dans une réalité qu’il s’était composée. C’est un peu pareil en ce qui concerne Orson Welles qui a élaboré tout ce personnage de génie démesuré. Tout cela pour dire qu’INGLOURIOUS BASTERDS a raison, parce que la seule réalité supportable c’est celle que l’on s’invente. Ce qui n’est pas une trouvaille puisque c’est ce que « La lumière vient du fond » préconise de longue date, nous qui affirmions le 26 juillet 2006 que la France venait de gagner la Coupe du Monde de football. Sur le Grand Huit de notre jouissance, Quentin Tarantino s’octroyait les avant-postes en suivant nos idées à la lettre. Puisque le cinéma est son Tout, il était normal qu’il fasse un film où l’idée principale verrait le Tout avoir droit de vie ou de mort sur quiconque. Ainsi naissait la destruction d’Hitler par le cinéma. Et jamais plus la réalité ne pourrait être comme avant.

 

Flashback !

La petite histoire nous impose ici de faire un bref retour en arrière pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

 

                Le 24 mai dernier, les stipendiés du festival de Cannes rendaient leur verdict. Les pages blanches de l’Histoire perdaient leur virginité. Nouvelle preuve que la réalité n’est que la vanité du passé.

 

Au cours de l’acte II, nous avons pu nous apercevoir qu’ANTICHRIST n’était pas que le film d’une interprète.

Encore aigris que nous étions en repensant à Gaspar Noé, repartant comme la femme d’un lépreux, la queue entre les jambes. Ma foi, rien d’étonnant quand on sait ce qu’il s’est passé en 1924…

 

Le 19 août 2009 serait le point de mire transcendantal, l’enseigne clignotante qui guiderait nos pas dans la nuit vengeresse.

La réalité du prochain Tarantino cherchait à s’écrire. Ce dernier comptait y rajouter quelques élégances (5 minutes de plus qu’à la projection cannoise !). En moi, tout n’était qu’impatience d’entendre la voix cristalline de la pellicule projetée qui, en d’autres temps, m’évoquait les cloches des temples tibétains. Jusqu’au grain de sable final qui rejoignit les siens dans l’ampoule du sablier.

 

En route pour une salle de cinéma ombrageusement climatisée puisque même les cigarettes au menthol n’arrivent plus à me rafraîchir.

J’évite chirurgicalement le Pathé Wépler, chose que je ne saurais trop vous conseiller si vous aimez un temps soit peu les salles de qualité. Paris peut très bien s’en passer. Voilà plusieurs mois que j’arrive à vivre sans et je me porte très bien. La preuve, pour compenser je me suis remis à fumer. Personnellement, je serais terroriste, je préfèrerais faire sauter le Pathé Wépler que la Tour Eiffel ou le quartier de la Défense. Beaucoup moins risqué. Beaucoup moins surveillé. Enfin, je dis ça, je dis rien, j’ai d’autres soucis, mais c’est vrai qu’en terme de communication, ces derniers temps, Al-Qaida n’a pas été super super efficace. Alors qu’une petite bombe au Pathé Wépler leur redonnerait un petit élan populaire. Ce serait comme une petite tape sur l’épaule. Une sorte d’encouragement. Un professeur qui dirait à son élève : « Tu vois que tu pouvais mieux faire ! »

 

Direction, donc, la meilleure salle parisienne, j’ai nommé le Max Linder.

Séance à 21h30. Je suis aux petits oignons. Je n’en reviens pas ! Juste devant moi, dans la file d’attente, deux lardons discutent de leur bronzage du jour. Ils ont mis trop d’huile, c’est flagrant. Ils sont accompagnés de deux grandes frites avec deux Coca-Cola. Je rentre dans la salle. Ah, enfin la climatisation ! Je commençais à perdre mes esprits et mon humour.

 

Peut-on sincèrement parler d’humour quand ce qui déferle sur l’écran brave les finesses du genre ?

INGLOURIOUS BASTERDS est vraiment le film le plus drôle de Quentin Tarantino. Ca frôle parfois le festival jusqu’à cette scène en langue italienne au rythme très Lubitschien. Dans ce film, le rire découle souvent de la peur. Il agit comme une échappatoire. C’est une protection. Parce que tout est souvent annoncé (il n’y a que les progressions scénaristiques que Tarantino nous cache). C’est ainsi que beaucoup d’idées de mise en scène sont hilarantes lorsqu’une menace plane (l’idée de la pipe dans la première scène, le verre de lait lorsque Christoph Waltz rencontre Mélanie Laurent, les rires surjoués dans l’auberge etc.) Après, il y a le talent de l’auteur, l’incongruité des situations (la langue italienne) et l’argot savamment imagé (« If you ever wanna eat a Sauerkraut sandwich again take your Wiener Schnitzel lickin' finger and point out on this map what I wanna know »).

 

Si l’humour tient une place plus importante que prévue, ce qui sied au sieur Tarantino c’est le mélange des genres, et plus précisément des spécificités cinématographiques.

Arrêtons-nous un instant sur la scène au début du film qui concerne l’affrontement verbal entre Christoph Waltz et Denis Menochet. Elle est exactement construite comme la première scène du film préféré de Q : IL BUONO, IL BRUTTO, IL CATTIVO. Le but de l’intrus est d’obtenir une information. Et il parviendra à ses fins sans utiliser la force. Tarantino s’inspire du western sur le mode Sergio Leone. Il détend la mesure temporelle et fait planer l’ombre du danger. Qui plus est, Tarantino souligne sa référence en habillant Denis Menochet comme dans un western (et au début il coupe du bois, ce ne serait pas une référence à « Little house on the prairie » ?) Le cinéma de Tarantino c’est avant tout du rythme. Et cette scène le démontre bien. Par son atmosphère bonace, elle nous invite à lire derrière ce qui s’ourdit. Le spectateur est invité à s’interroger sur les véritables intentions des personnages, à déceler où se cache le contre-pied. Ceux qui trouvent bavard le cinéma de Quentin Tarantino sont ceux qui prennent ses textes au premier degré, qui ne peuvent déceler les différents niveaux d’expression. Le texte est action et non information. Ce sont les mêmes qui n’ont rien à redire concernant celle de Sergio Leone, alors que c’est la même ! Un grand avantage passe pour un inconvénient majeur pour ceux qui n’ont pas d’imagination. C’est héréditaire : on ne peut satisfaire un public qui n’a pas de talent.

 

Cette scène est longue, comme beaucoup d’autres dans le film, elle est lente, comme beaucoup d’autres dans le film, et pourtant je peux vous assurer qu’on ne s’ennuie pas une seconde.

Parce que l’action ne quitte jamais l’écran. Il se passe toujours quelque chose. Magie du montage ! Il est possible de voir INGLOURIOUS BASTERDS comme une série de discussions qui laissent place à de brèves scènes d’action, mais c’est assez malhonnête et imprécis de le réduire de la sorte. Trop souvent l’action est réduite au mouvement. Mais l’action peut tout aussi bien être psychologique. L’essentiel est que l’histoire ait progressé après chaque scène. Je ne vois aucun moment où ce n’est le cas dans INGLOURIOUS BASTERDS. Si l’on se cantonne à cette action physique, nous pourrions dire que c’est le verbe qui arrête l’action, qui fige la caméra et retient le film. Quel est le problème ? Dans 2001 : A SPACE ODYSSEY, les astronautes parlent et « agissent » ensuite. Qui continue à croire que cela dessert le film ?

 

Il me semble qu’un des grands enjeux du cinéma se base sur le rapport entre ce qu’il montre et ce qu’il donne à entendre.

C’est bien ce qui établit son unicité. Et Tarantino joue merveilleusement avec cela. Il s’ingénie constamment à temporiser l’apport de l’action au cours du dialogue. Celui-ci doit impérativement être décalé par rapport à l’idée principale que le spectateur garde à l’esprit. C’est l’image qui donne le ton de la scène, c’est elle qui nous dit tout ce qu’il y a à comprendre. Elle explique tout (parfois un peu trop, comme ce plan sous le plancher qui est une vraie erreur et que Tarantino n’aurait pas dû choisir). En l’associant à un dialogue qui dévie notre attention, il crée un nouveau sens et refuse de réduire ses comédiens à de simples incarnations d’un texte. Là, nous voyons bien que le gars travaille, qu’il utilise le vocabulaire cinématographique. Et de nos jours, c’est plutôt rare.

 

Quand nous pensons au personnage de Christoph Waltz, il est possible de déceler quelque chose de très charnel dans la façon dont Tarantino écrit ses confrontations verbales.

Une sorte de transposition du rapport amoureux où le mot prendrait la place de la peau. C’est grâce à lui que Tarantino s’amuse à confronter son langage à celui de l’autre. Avec ce personnage est perceptible une éruption du désir ; un désir qui prend plaisir à jouer avec les mots, avec l’inavoué, les doubles sens, les sous-textes ; des mots qui caressent l’autre, le flattent, le déstabilisent, l’amadouent, l’enroulent, l’hypnotisent. Ce sont les amoureux qui tiennent ce discours sans passage à l’acte. C’est le bonheur de l’amoureux, sa joie, qui se lit sur le visage de Christoph Waltz. Direction de travail forcément plus qu’admirable. Notre raisonnement s’achève dès lors de la plus belle des manières dans ce qui constitue le dernier affrontement entre Christoph Waltz et Diane Kruger (Aryika !!!). Remarquez comme cette scène est charnelle, presque bestiale, et comme Tarantino le souligne en s’attardant sur le pied de Diane Kruger (ce qui lui permet par la même occasion de continuer à balader de film en film son fétichisme du pied). Tout simplement régalicieux !

 

Difficile de faire un état des lieux exhaustif de tout ce qui fait plaisir dans INGLOURIOUS BASTERDS tant le long métrage fourmille de délices et de ravissements.

Il semble y avoir au minimum une idée par plan. Nous sentons très nettement que Quentin Tarantino a pris beaucoup de plaisir à l’écriture. Certains dialogues remplacent les balles. Tarantino prend du bon temps et nous le fait partager. Il brique là où d’autres musardent. Et le résultat témoigne d’une richesse qui ne prendra son ampleur qu’après de multiples visionnages. Sûrement l’une des choses les plus réjouissantes est son impossibilité (j’irai même jusqu’à dire son intransigeance) à flirter avec les effets modernes de réalisation, quitte à revenir à une certaine dose de classicisme (ne nous voilons pas la face, c’est par ce retour que le cinéma contemporain se sortira de l’impasse de la surenchère dans laquelle il se niche actuellement). Il avait déjà fait cela dans son précédent film lorsqu’il avait eu recours à de vraies scènes de cascades. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, il ne s’abaisse jamais à trouver de vulgaires « trucs » de mise en scène comme pouvait le faire Steven Spielberg, par exemple, dans son très faible SAVING PRIVATE RYAN. Lors des scènes de fusillades, Tarantino pourrait très bien reprendre cet artifice qui consiste à enlever des images à l’action, et lui confère un léger effet stroboscopique. Spielberg l’utilisait notamment pour la scène du débarquement. Mais tout cela n’est que du décorum. Ce n’est ni plus ni moins que pour donner un style au film, lui donner une griffe. Or, le résultat est tout le temps immonde. Sans compter que le gros problème est que nous ne voyons plus du tout ce qu’il se passe à l’écran. L’action devient alors une grosse masse boueuse où tout bouge et tout à la même valeur. Nous distinguons vaguement quelque chose, quelqu’un doit être mort par-ci, un autre doit être en train d’agoniser par-là. Il faudra attendre que les différents personnages discutent entre eux pour qu’ils expliquent ce qu’il vient de se passer. Toujours est-il que Tarantino préfère sortir les kalaschs et frapper la balle au rebond. Il montre ce qu’il y a à montrer, et c’est parce qu’il s’attarde sur ce formalisme, cette rigueur, qu’il peut se permettre de développer une esthétique de l’horreur visuelle. A ce moment-là et uniquement à ce moment-là, la réalité peut frapper dans ce qu’elle a de plus effrayante. J’appelle cela l’amour du geste.

 

La mise en scène fera toujours la différence.

Nous pourrions parler de chaque scène tellement elle assaisonne le film de dispositifs très divers. Prenons la scène du dernier affrontement entre Diane Kruger et Christoph Waltz dont nous parlions plus haut. Il est assez jubilatoire de noter comment le champ/contrechamp s’installe entre ces deux personnages et puis, lorsque la situation bascule en faveur de l’un, Tarantino désaxe ses plans et utilise ses fameuses contre-plongées. En ce qui concerne Diane Kruger, cela a pour effet de faire flotter son personnage dans une sorte d’irréalité, comme en état de choc, comme si elle ne comprenait plus très bien ce qui lui arrive. L’arrière-plan s’est évaporé, elle se retrouve isolée, tous ses repères s’évanouissant autour d’elle. Impossible de se sortir de la tête ce plan exquis d’elle-même lorsqu’elle cherche sa chaussure dans la poche de Christoph Waltz. Continuons et attachons-nous maintenant à la scène de rencontre entre Mélanie Laurent et Christoph Waltz, surnommée par les intimes « scène du strudel ». Tout pourrait porter à croire que la mise en avant de cette pâtisserie et de son accompagnement (de la crème) ne sont que des accessoires et qu’ils n’ont pas plus d’importance que cela. A la limite, ils ne seraient pas venus, on n’était pas fâchés, comme aurait pu dire le poète. Oui, d’ailleurs, pourquoi Tarantino laisse-t-il tant de place à ce gâteau ? Quelle idée se cache derrière le strudel ? Peut-être qu’en vous attardant sur sa façon de filmer la crème en très gros plan vous obtiendrez un indice… En tout cas, rien que pour vous donner un ordre d’idée, voilà ce qu’est le talent de Quentin Tarantino. Irait-il plus vite que ses confrères ? Plus vite qu’Usain Bolt ? Plus vite que le cinéma ? Plus vite que la lumière ? Euh… S’il va plus vite que la lumière, comment peut-il voir où il va ?

 

INGLOURIOUS BASTERDS est aussi une magnifique étude comparative menée par un fin connaisseur du cinéma.

De tous les cinémas. De prime abord, il est étonnant de constater à quel point Tarantino mélange les langues, les rapproche, les jouxte. Le film génère une complémentarité polyglotte qui œuvre toujours dans le sens d’un respect des territoires. C’est en aimant le cinéma que celui-ci nous fait découvrir les secrets des langues, la musicalité des mots, l’originalité de chaque continent. Parce que toute post-synchronisation doit être considérée comme une dégradation d’œuvre d’art. Et, dans son film, Tarantino s’attache à rendre ces spécificités que lui-même a découvert sans voyager, et qui lui ont permis de se confronter aux particularités de chaque culture. Du coup, en bon obsessionnel qui ne se soigne pas (la névrose de Quentin Tarantino est explicite dans le documentaire FULL TILT BOOGIE, pour ceux que cela intéresse), il a insisté pour que tous ses comédiens soient de la même nationalité que leur personnage (en fait, c’est ce que raconte la légende mais ce n’est pas complètement exact). La galerie complète fait montre d’un casting tellement hétéroclite qu’il en fait devenir le film multipatride. En effet, dans INGLOURIOUS BASTERDS, les acteurs représentent les 5 continents (enfin, c’est surtout vrai dans sa définition originelle puisque Maggie Cheung devait être créditée mais elle fut coupée au montage). C’est plutôt bien vu dans le sens où la guerre fut mondiale. Tarantino a ainsi choisi de jouer avec toute la palette à sa disposition. Or, si les personnages de différentes nationalités s’affrontent dans le film, il ne s’agit pas là d’une confrontation à proprement parler, mais plus d’une exposition des multiples facettes dont le cinéma dispose, et qui convergent vers le même point. Là encore, cela confirme ce que nous disions plus haut : l’éclectisme fait richesse. Les différents faciès des comédiens permettent d’apporter un confondant concept de globalité au film.

 

Toujours est-il que cette vitrine de l’actorat mondial permet de dresser un panorama plus qu’intéressant des différentes aptitudes à affronter la caméra.

Et ce sont les français qui en ont les frais. S’il est indéniable que Tarantino est un extraordinaire directeur d’acteurs, chez lui le faible niveau des comédiens français jouant dans leur propre langue m’a toujours interpellé. Ces disparités sont quelquefois assez énormes, allant d’une Julie Dreyfus complètement fausse dans KILL BILL VOL.1 aux aubergistes d’INGLOURIOUS BASTERDS dont les apparitions tout en finesse garantissent que les petits rôles n’existent pas. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, la technique française fait pâle figure, puisqu’elle subit ce qui pouvait lui arriver de pire : être fatalement comparée avec celle des autres acteurs internationaux. Le parti pris plus que louable de Quentin Tarantino est de diriger tous ses comédiens exactement de la même manière qu’ils le seraient dans un film de leur nationalité. D’habitude, dans les films américains qui emploient des stars internationales, leur réalisateur les fait jouer comme des acteurs américains. Tarantino marque encore des points en préférant s’attacher aux singularités de ceux qu’il a choisis. J’aime beaucoup la manière dont les allemands sont secs et directs. Les américains m’amusent par leur entertainment et leur surjeu ludique. Alors que les français avouent le trop grand fossé qu’il leur reste à combler pour être définitivement à la hauteur. Cela ne concerne pas tous les acteurs français (il y en a quand même quelques-uns qui sont de vrais artistes) mais stigmatise la médiocrité dont se repaissent 96,58 % de nos productions. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, l’interprétation française pointe le doigt sur tous nos défauts : articulation défaillante, timbre sans énergie, nonchalance quasiment proche du je m’enfoutisme, une retenue qui voudrait se faire passer pour de la subtilité etc. Bref, c’est mou, ça manque de tonicité et d’ampleur. Jacky Ido parle constamment faux. Julie Dreyfus s’en sort bien mieux que dans KILL BILL VOL.1 mais reste très limitée. Même les acteurs internationaux parlant français s’en sortent mieux. C’est bien la preuve qu’il est question de technique ! Mélanie Laurent, elle, est assez irrégulière. Parfois elle centralise tous les défauts énumérés (comme dans la scène où elle apprend son plan à Jacky Ido), parfois elle se révèle plus complexe qu’elle ne le montre (lorsque son comportement change à l’égard de Daniel Brühl quand elle apprend que c’est une star de cinéma). Moi qui aime bien les actrices froides, je suis assez sensible au jeu de Mélanie Laurent et je crois qu’elle possède une marge de progression assez grande. Malheureusement, il me semble que son rôle ne lui donne les moyens de défendre son personnage que sur peu de scènes. Sa cicatrice est troublante, sa solitude est touchante et sa détermination salvatrice.

 

Alors, Quentin Tarantino a-t-il essayé de masquer ce qu’il prétendait exhiber ?

Comme par un fait exprès, la musique ou les bruits viennent souvent couvrir leurs paroles lorsque des français s’expriment (et cet effet n’est valable que pour eux !) Drôle de coïncidence. A vrai dire, cela en est peut-être une pour moi qui n’ai vu pendant le film qu’une énième référence au cinéma de Jean-Luc Godard…

 

Diane Kruger est bien mieux servie.

Elle travaille sa complaisance avec force fourberie si bien que son double jeu reste toujours ambivalent. Peut-on vraiment savoir avec certitude quelles sont ses intentions ? Elle est splendide dans tout ce qu’elle entreprend et, pour le coup, force vraiment son talent. Mais est-ce vraiment étonnant de la part d’une actrice que nous avions déjà encensée pour son meilleur rôle jusqu’à présent, dans le bien joli film de Fabienne Berthaud : FRANKIE ? Et puis, Christoph Waltz est inévitable. Son jeu est d’une précision magistrale et d’une beauté sculpturale à regarder. Rien à voir avec nos acteurs français qui s’agitent et diluent leurs intentions dans des mouvements ou des regards non maîtrisés. La seule fois où Christoph Waltz n’est plus aussi précis dans ses gestes, c’est lorsqu’il propose un marché à Brad Pitt. En fait, c’est encore de la précision, car tout cela est voulu. Et c’est encore du signifiant ! Ce comédien est vraiment incroyable. Toutes ses apparitions sont savoureuses. C’est dire la gageure, mesurée à l’abominable personnage qu’il incarne. Il travaille la suspicion, rend son personnage sympathique et visqueux, et livre une interprétation solide digne des méchants les plus illustres du cinéma (si Hans Gruber vous rappelle des souvenirs). On en viendrait même à oublier Brad Pitt, qui est pourtant ici exceptionnel. A la fois drôle et inquiétant, il joue sur les postures et sur les détails de son visage avec beaucoup d’intelligence. Cela faisait 10 ans que nous ne l’avions plus vu aussi inventif et habile. Notez aussi de la grosse pointure avec Michael Fassbender, et un petit rôle pour Eli Roth qui, avec un nom pareil devrait avoir directement un malus de moins 2 en charisme.

 

A part ça, il est vrai que le film est parfois très violent.

Le film ou la réalité ? Parce que la limite n’est plus aussi nette qu’en début d’article. Ce déchaînement de violence est l’intrusion de la réalité dans la fiction, comme nous l’avons expliqué. En elle-même, ce n’est qu’une donnée parmi tant d’autres. Elle a le même poids que l’humour ou la beauté, pour exemples. C’est une composante de tout acte de création. L’artiste n’est-il pas lui-même en proie aux risques les plus extrêmes ? N’est-ce pas lui qui rassemble toute la violence issue de l’énergie qu’il déploie pour imposer son univers au reste du monde ? Dans INGLOURIOUS BASTERDS, elle est la conclusion du moment que le spectateur a attendu et peut-être redouté. Quentin Tarantino construit ses scènes jusqu’au moment ultime où il s’aperçoit qu’il ne peut plus faire durer l’action. Avant c’est trop, après il perd son audience. De ce point de vue, la rythmique du métrage est impressionnante. Alors quand la violence surgit elle ne peut pas être en deça de ce qui a été promis au spectateur. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, son emploi peut alors faire ressurgir le débat du mal par le mal. Sénèque disait que « les représailles des particuliers sont pardonnables ; celles du maître absolu ne le sont pas, en raison de la force même dont il dispose ». Question morale, contrairement à ce qui a pu être écrit, Tarantino ne verse jamais dans la démonstration fumeuse. Parce que les basterds se battent contre des nazis, peut-on réduire cet affrontement aux mauvais à la croix gammée d’un côté et aux bons scalpeurs de l’autre ? Non. Définitivement non. Les basterds ne sont pas les bons. N’oublions pas qu’ils ne sont pas soldats. Ce ne sont que des guerriers qui tuent des nazis. Un tel hobby ne peut en faire des héros, ni même leur octroyer une quelconque gloire. Mais ils ont la ferveur populaire de leur côté. Et la morale n’est pas avec eux mais plutôt contre les nazis. C’est ce qu’exprime le symbole que Brad Pitt leur grave sur le front à l’aide de son couteau. Une cicatrice comme un symbole nietzschéen de la compensation. Ouf ! La morale est préservée. Une marque de la fiction qui les hantera lors des dures journées de leur retour à la réalité.

 

Voilà qui en fait définitivement un film plus classique qu’il ne le laissait paraître ; en même temps, il était aisé de s’en douter tant INGLOURIOUS BASTERDS est moderne.
 

26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 20:18


            A la question : « Pourquoi n’y a-t-il que les jeunes filles mineures qui vous intéressent ? », l’accusé pédophile répondit avec faste : « Mais parce que c’est bien plus simple de les faire boire avant de les violer ! » Il fut donc logiquement acquitté puisque preuve venait d’être faite qu’il n’était pas pédophile par vocation mais par nécessité.

C’est par cette petite anecdote à raconter en fin de repas entre amis ou au stand de pêche à la ligne de n’importe quelle kermesse laïque, que chacun peut prendre conscience de la difficulté de s’assumer en tant que pédophile dans nos sociétés contemporaines. Une activité bien trop souvent vilipendée et mise au pilori par les plus ordinaires de ces français profonds porteurs de chemises à carreaux. Au même moment, quelque part près de chez vous, les personnes les plus difficiles à aimer sont celles qui en ont le plus besoin…

Par cette question d’un intérêt scolastique plus que crucial, chacun ne manquera pas de noter l’ignorance dans laquelle se confissent les juges. Pour ceux qui ne savent pas ce dont il s’agit, comment définir un juge ? Comment dire… C’est une sorte d’amas graisseux posé sur une chaise en cuir à tête pivotante, et qui se contente de pendouiller de tous cotés avant de rendre un verdict mûrement réfléchi à l’avance. L’originalité du juge est de ne pouvoir supporter la vision d’un épisode de Derrick. C’est pour cela qu’aux heures chaudes, on les parque dans des maisons de retraite, renommées en palais de justice pour qu’ils ne s’aperçoivent pas de la supercherie. Là, ces gros miasmes de bouquetins au regard flasque et déliquescent, accordent du temps de parole aux divers accusés, puisque la loi veut que la justice soit en charge d’équité. Pendant que les pédophiles se défendent, les juges se grattecouillent, les yeux à moitié clos et le sourire béat, signes lascifs d’une grande jouissance lubrique.

Lorsque le juge est une femme, l’amas graisseux prend un air pincé, frustré et hystérique, dont la morphologie fait penser à une caricature de fesse d’huître contaminée au virus H1N1, ou de polype de poulpe lépreux (en période des amours). Ce qui nous amène inévitablement à conclure que la génitrice dudit kyste a indubitablement fauté avec Guy Carlier. La série diffusée sur TF1 ne fait que romancer le reste…



            Il est donc de bon ton d’avoir une bonne excuse. Parce que le juge n’est pas la justice. Il n’est que celui qui décide de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Généralement, elle penche là où vous mettez le plus d’argent. A défaut de ceinture dorée, votre meilleure alliée reste la bonne excuse. Si vous avez une bonne excuse, la justice n’ira pas dans le sens contraire de la logique (c’est le cas de ce récit qui ouvrait précédemment cet article). Par contre, il reste une chose plus forte que la logique et l’argent, c’est le pouvoir. Imaginons qu’un président de la République veuille vous faire condamner à la réclusion à perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac, il y parviendrait sans coup férir, même si votre dossier était complètement vide de preuves matérielles. La justice d’exception, c’est en France et c’est maintenant…



            Revenons-en maintenant au principe de bonne excuse et imaginons que vous participiez au Tour de France cycliste. Là encore, il vous faudra une bonne excuse si vous vous faites prendre avec des produits qui n’ont rien à faire dans vos veines. C’est la justice qui vous le demandera. Le public, lui, s’en tartine allègrement l’œil avec du beurre demi-sel. La preuve puisque cela fait bon nombre d’années que les coureurs cyclistes sont officiellement dopés et que nos français profonds en chemises à carreaux revêtent t-shirt Pernod, bob Castorama et chaussures Scholl pour continuer à supporter ces amis de la pédale, les accompagnant le long d’un vulgaire fossé mal entretenu par la voirie municipale, et leur criant dans les oreilles « Allez ! Droguez-vous ! Allez ! Droguez-vous encore plus ! ». Je ne l’invente pas, cette ode à la drogue est consultable gratuitement sur France 2, tous les ans au mois de juillet. Rappelons à ces inconscients aux mollets de campeurs que l’incitation à l’usage ou au trafic de stupéfiants est punie de 5 années d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende selon l’article L3421-4 du Code de la Santé Publique. Un peu moins, bien évidemment, en cas de ceinture dorée, de bonne excuse ou de relation intime avec le président de la République.

Ne voyez là aucune attaque particulière en ce qui concerne ces sportifs qui aiment à se mettre une selle entre les jambes (ce qui confirme bien ma théorie que tous les sportifs sont des pédés), puisque le dopage est commun à tous les sports, du saut en largeur au 110 mètres haies en zigzag (le 110 mètres étant la discipline la plus noble de tout l’athlétisme puisqu’elle est déclinable à l’infini : 110 mètres clôtures électriques, 110 mètres taser, 110 mètres pièges à loups, 110 mètres mines antipersonnel etc.)

Même dans le football ! Oui, vous avez bien lu : « même dans le football ». Ce sport ne supporte pas les cacochymes de première génération et fait régulièrement appel à quelques décervelés qui n’emploient pas de mots de plus de 3 syllabes, et qui croient sur parole le médecin de leur club lorsque celui-ci leur indique que la piqûre qu’il leur fait n’est emplie que de vitamines. Le joueur objecte alors qu’il préfère quand même prendre des Frosties au petit déjeuner et que, s’il le faut, il en prendra une double ration. Oui, mais le médecin riposte en expliquant que c’est vrai les Frosties c’est pas mal niveau vitamines, mais que… Comment dire… Il vaut mieux quand même la piqûre ! Là-dessus, le président du club arrive et dit au joueur que c’est soit la piqûre soit il ne joue pas, et de toute façon il n’y a plus de Frosties pour le petit déjeuner mais que des Miel Pops. Faut-il conclure que les Frosties seraient à l’origine de la démocratisation du dopage dans le football contemporain du fait que ces céréales ne sont pas assez puissantes ? Toujours est-il qu’il n’y a pas si longtemps que cela, les faits nous ont prouvé qu’un joueur italien pouvait s’alimenter de grandes seringues de vitamines et recevoir quand même le Ballon d’or. Tant que cela se passe hors de nos frontières… Oui, ma petite dame, sauf que les mêmes seringues circulaient déjà au début des années 90 à l’Olympique de Marseille ! (Soit dit en passant, l’exemple du football est d’ailleurs très parlant pour corroborer ma théorie des sportifs tous pédés. Parce que les stades de football ne sont rien moins que des versions modernes des arènes où ces tafioles venaient exhiber leurs muscles dans ce que l’on appelait alors des combats de gladiateurs.)



            Quid de tout cela ? Eh bien, nous pouvons extrapoler généreusement sur ce qu’il est à retenir d’une telle démonstration, à savoir : là où il y a compétition il y a drogue. Nous avons parlé de sport, mais nous aurions très bien pu discourir de politique ou des médias. Dire que parmi tous les français profonds en chemise à carreaux que vous êtes, certains n’osent toujours pas croire que les célébrités qui passent à la télévision prennent de la cocaïne ! Il est pourtant plus qu’aisé de s’en apercevoir. Ils parlent plus rapidement que la moyenne, sont surexcités devant tout ce qui est blond et qui fait un drôle de bruit en secouant la tête, et font des grimaces tout en se contorsionnant de satisfaction face à la caméra. Généralement, ils font quelques blagues vaseuses (qu’ils essaient de faire passer sur le compte de leur jovialité) qu’ils n’auraient pas osé faire s’ils n’avaient pas de corps étrangers dans les narines. Si vous ne voyez toujours pas, vous pouvez toujours brancher votre télévision sur TF1 en access prime time, on y croise de temps à autre quelques animateurs dont la connerie est l’actionnaire majoritaire de leur cerveau.

Il en résulte une hypocrisie impétueuse et cynique. Qui vous est d’ailleurs inculquée dès votre naissance. Et elle se répercute sur votre vie tous les jours de l’année.

Prenez le gros contrat juteux que vous venez de faire signer à votre entreprise. Il vous fait monter en grade et augmenter votre salaire. Tout à coup, les secrétaires sont plus aimables en votre présence et ouvrent un second bouton de leur chemisier. Votre patron et tous vos supérieurs vous félicitent et vous invitent pour un 18 trous le week-end prochain. En rentrant à la maison, votre femme vous accueille les bras ouverts et les cuisses frémissantes de joie. Ou l’inverse. Vos enfants sont fiers de vous. Mais pas vos collègues de travail. S’ils vous félicitent c’est qu’ils ne sont pas sincères. C’est le principe de la société de compétition. Si vous avez un salaire élevé, ils doivent impérativement en avoir un plus faible. Vous devez toujours avoir une longueur d’avance. C’est pour cela que votre bonheur ne sera jamais celui des personnes avec qui vous êtes en compétition. Parce qu’ils ne se satisfont que de vos échecs. En quelque sorte, vous êtes récompensés des faiblesses de vos concurrents. Aux oscars c’est exactement la même chose. Ceux qui ne gagnent pas applaudissent pour ne pas faire figure de mauvais perdants. Parce que la société impose la déception comme un symbole de faiblesse. So be it. Mais tout le monde sait que chacun veut la statuette pour soi. Et bien plus encore, car ce qui est important ce n’est pas d’avoir la statuette mais d’en avoir une de plus que les autres.

Il est alors très difficile de lutter contre ce concept déshumanisant qui régit nos vies. En tant qu’être humain responsable, je m’efforce de ne pas prolonger cette idée qui m’éloigne de mon prochain. Au cours de ma vie, il m’est arrivé de revoir des amis du lycée, avec qui j’étais en compétition à l’époque. Nous l’avons tous été. Personne ne peut donc se dire étranger à ce concept. L’école a pour mission de vous rendre apte à combattre dans cet esprit de compétition au sein du monde du travail. Il n’y a pas de meilleur exemple. A l’école, vous devez être le meilleur de la classe. Si vous avez de bonnes notes, les autres élèves doivent en avoir de moins bonnes. Vous aurez alors les félicitations de votre famille et de vos professeurs. Mais jamais de vos camarades de classe. J’ai essayé d’être le meilleur de la classe. J’y suis parfois arrivé. En poursuivant ma vie j’ai essayé de lutter, de reprogrammer l’humain qui était en moi, de façon à ce qu’il soit tel que je le concevais. Et aujourd’hui je pense y être quasiment arrivé. Je recroise de temps en temps certains de mes amis de classe. Je repense à eux de temps à autre. Et j’espère sincèrement qu’ils vont bien. Mais pas mieux que moi.



 
5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 20:11

UP            La guerre intersidérante a déjà commencé. Hé, vous êtes relous ! Je vous avais dit de m’attendre, j’avais un cours de bandonéon orthopédique ! Les Détenteurs de l’Ordre Atomique Universel d’un côté, dont la pugnacité n’est plus à taire, hypnotisant et convertissant de manière exponentielle. De l’autre, un petit village d’irréductibles gaulois avec des moustaches à la Village People.

Nous ne luttons pas avec les mêmes armes. Le seul combat que nous pouvons livrer est sur le terrain, argument contre argument ; notre voix résonnant vers ceux qui veulent l’entendre. Je dessine quelques vaisseaux en papier, les détoure avec des pointillés et découpe enfin cette nouvelle flotte qui vient se déployer au-dessus du village. Nous sommes encerclés. La bataille fait rage. Difficile de rajouter quelques personnages dans le village. Ils sont tous en carton ondulé, vous savez le truc dur et chiant à couper, et que même si on y arrive la forme est tellement grossière que cela ne ressemble plus à un personnage. Un jour, un de mes cousins m’a dit qu’elle avait une drôle de forme ma maison témoin. J’étais tout vénère quand j’ai essayé de lui faire comprendre qu’il s’agissait de Dominion, valeureux critique de cinéma de seconde génération (7 en Persistance Rétinienne, 9 en Frustration et 8 en Réminiscence des Cycles Menstruels de ses Partenaires Féminines. Bon, bien sûr, je lui avais caché qu’il avait 2 en Autres Sujets de Discussion et 1 en Hygiène), élu critique le plus objectif sans avoir vu aucun film, au festival 1995 de Néant-sur-Yvel (Morbihan).

Il n’y aurait donc qu’un seul moyen de survivre. C’est au moment où ces gaulois affirmaient qu’il fallait une unité au sein de leur groupe même pour pouvoir vaincre l’oppresseur, que l’union fait la force et que les voyages forment la jeunesse, que les gens qui prétendent que le temps guérit tous les maux ne sont jamais restés longtemps dans la salle d'attente d'un médecin, eh bien c’est à ce moment précis qu’une scission est apparue dans le groupe entre les pro-moustaches (vitupérant haut et fort qu’ils ne sont pas pédés, la preuve c’est qu’ils n’ont pas le S.I.D.A.) et les anti-moustaches (qui prétendaient que ça fait quand même tafiolle, c’est tout). La dissension semblait inévitable. Et l’opportunité inespérée pour les Détenteurs de l’Ordre Atomique Universel. Heureusement…

Au fin fond de l’univers, à des années et des années lumières de la Terre, veille celui que le gouvernement intersidérant appelle quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : le capitaine Flam.

Et voilà ! Le sang a coulé. Le héros ne nous aura pas sauvé. Le contrôle des esprits entre dans sa phase finale. Finalement, il a bien vieilli ce capitaine de mes couilles. La raison du plus fort reste toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire Jean de la Fontaine. Du coup, je ne suis pas à prendre avec du pain sec. J’arrête définitivement le carton. Résultat final : Ciseau 1 - Mon doigt 0.

            Après leur première victoire, les Détenteurs de l’Ordre Atomique Universel décidèrent d’organiser un grand bal costumé où chacun pourrait dire son amour pour le principe de plaisir. Cet évènement aura lieu chez nous le 29 juillet 2009.

Et comme ils ont bien fait les choses, vous apprécierez ce rendez-vous. Le produit a été fait pour vous. Il a été confectionné pour vous procurer ce que vous désirez le plus. Les tests scientifiques l’ont prouvé. Je le sais, j’y ai moi-même pris part.

UP est signé Pete Docter et Bob Peterson. C’est-à-dire Pixar Animation Studios. Et pour ceux qui auraient vécu enfermés dans une cave autrichienne pendant 24 ans, Pixar c’est Disney, et Disney c’est la référence pour vos enfants en matière de divertissement (après la météo de Catherine Laborde) car c’est la machine à plaisir qui leur ordonne « Amuse-toi ! », et l’enfant s’amuse, « Sois émerveillé ! », et l’enfant s’émerveille, « Ris maintenant, ris ! », et l’enfant rit, « Jouis ! Vas-y, jouis !!! » et l’enfant jouit. C’est implacable. Ce qui l’est encore plus c’est la manière dont ils ont permis aux parents de laisser l’enfant jouir en toute tranquillité, en offrant à ces adultes la même satisfaction. Or, ce qui est fait pour notre bien n’offre pas toujours les effets recherchés…

UP est en quelque sorte le dessin animé ultime.

Tout a été fait pour qu’il ressemble à une compilation de ce qu’il existe de mieux. Les meilleurs morceaux sont à l’intérieur. C’est comme si les concepteurs avaient décidé de faire le film d’animation qui mettra tout le monde d’accord. Les forces communes ont été rassemblées, étudiées et compilées de manière à ce que chacun tire le meilleur de soi-même. Puis, ils ont fait ce qu’ils font maintenant depuis plusieurs années : bâtir une histoire qui puisse toucher le plus large public qui soit. Première erreur. Ils ont pensé leur film en termes de classes d’âge et non d’affiliations cinéphiliques. En y regardant de plus près, c’est flagrant dès le départ. Les premières minutesUPdu film sont consacrées à un résumé de la vie de Carl Fredricksen à travers le rêve d’explorateur qu’il avait étant gamin, alimenté ensuite par celle qui deviendra son épouse. Et là, les réalisateurs font une chose que je déteste voir au cinéma, ils font de la pellicule à la chaîne. En quelques minutes, les séquences se bousculent, réduisant à une peau de chagrin la vie de cet homme maintenant devenu vieux. Ils pressent le pas pour arriver au plus vite à l’histoire qui les intéressent : la maison qui s’envole. Ils se débarrassent des piliers de l’intrigue. Ils provoquent volontairement une arythmie cinématographique qui ne respecte ni le sujet ni le spectateur. Parfois, cela arrive pour une question de durée, parfois parce que le réalisateur n’aime pas les préliminaires. Mais, le plus souvent, cela correspond à un effet de mode particulièrement horripilant, qui surgit pour faire rentrer le spectateur de plain pied dans le film sans lui laisser le temps d’y trouver ses repères. C’est la stratégie de l’audimat adaptée au cinématographe. On appelle aussi cela du gavage industriel ou de l’orgasme forcé. En ce qui me concerne, je trouve que les films sont moins déséquilibrés quand ils laissent une atmosphère venir jusqu’à nous sans nous l’imposer.

Cette grosse bande annonce qui ouvre le film n’a le temps de s’attacher qu’aux principes fondateurs de l’intrigue future. Elle se termine sans que nous ne sachions quoi que ce soit des personnages, de l’endroit où ils habitent, de ce qu’aura été leur passé commun, bref, elle réduit leur vie à une petite anecdote d’enfance, comme si Carl Fredricksen n’avait pas grandi ou plutôt n’avait pas compris que les rêves changent au fil des ans. C’est ici un indice qui nous montre ouvertement l’esprit Pixar, c’est-à-dire le cloisonnement univoque dans lequel ils considèrent leurs spectateurs. Une sorte de masse uniquement rattachée au syndrome de Peter Pan. Et Pixar engonce chacune de ces entités dans une mouvance nostalgique, réconfortante et salvatrice de cette part d’enfance commune à tous, matrice de notre rapport au monde. Une fois de plus, UP s’attache à faire ressurgir ce syndrome, à en imprégner chaque acte du film. Et finalement, cela ne revient ni plus ni moins qu’à filmer des parents en pleurs au chevet de leur enfant qui s’éteint peu à peu d’une maladie incurable. Il faut être le dernier des salauds pour ne pas être ému.

Chez Pixar, eux, ils ont pris les premiers de la classe.

Dans leur désir d’universaliser leur propos, cette première partie de toute une vie se pose là (non, pas là, juste un peu plus loin… Merci). De l’enfant à la personne âgée, chacun y trouvera son compte. L’esprit du dessin animé se trouve ensuite renforcé par l’identification à l’enfant via Russell, petit obèse mongoloïde dont la difficulté à percevoir le danger est assez pénible pour le spectateur (tantôt il s’en aperçoit, tantôt l’ordinateur qu’il a à la place du cerveau met un temps infini à faire le calcul, et ce au gré des élucubrations des scénaristes !). Ce qui est plutôt agréable c’est de suivre l’histoire d’un vieux, parce que dans le cinéma, d’une manière générale, ce sont rarement eux les premiers rôles. Mais ne nous y trompons pas. Il ne sera jamais question de vieillesse, ni même de vieux (le personnage ne réagit qu’à trop peu d’occasions au physique de son âge et à ses préoccupations) puisque tout le contexte est ramené à son rêve d’enfant (devenu rêve d’amoureux). Encore une fois, Pixar ne manque pas une occasion pour nous ramener dans leur imagerie de l’enfance.

Ils vont donc enrober le tout avec du comique, un oiseau facétieux, un chien pas très fut-fut, un héros devenu très très méchant, un combat dans les airs absolument suffocant (et pourtant je devais bien être le seul à ne plus me souvenir de cette scène dès la fin de la projection, c’est dire si nous avons déjà vu mieux ailleurs) et des couleurs, des couleurs, des couleurs et encore des couleurs… Vous l’avez compris, voici la panoplie complète pour obtenir un film réussi. Et c’est bien là que le bât blesse.

UP paraît constamment calibré.

Il se délimite très nettement dans ce qu’il recherche à faire passer chez le spectateur, si bien que l’enchaînement des séquences n’apporte vite plus aucune surprise. Pour traverser la rivière il faut bondir d’une pierre sur l’autre et ainsi de suite jusqu’à la rive. Le parcours est très simple et ne se fait sans aucune embûche tellement les pierres sont grosses. Si bien qu’il n’y a la place pour rien d’autre. Il n’y a même pas un petit espace pour un accroc, un petit dérapage, une quelconque faiblesse, comme le nez cassé chez ce très bel acteur, qui plaisait encore plus aux femmes après, parce que justement il avait ce petit défaut qui faisait son plus grand charme. Au contraire, UP s’annonce d’entrée comme un film prétentieux et il ne dévie pas de sa ligne de conduite. Il y manque une vraie personnalité. Ce petit plus qui fait que l’on aime un film parce qu’il paraît n’être fait que pour nous, parce que nous recherchons toujours l’être exceptionnel. Alors que ce que tout le monde peut avoir n’a plus d’intérêt dès le lendemain matin.

Ne vous y trompez pas : UP est un film qui vous fait les yeux doux.

Même si le graphisme est très réussi, même si quelques idées sont vraiment drôles (les scènes avec les chiens sont savoureuses), même s’ils ont compris que la poésie crée le contentement (enfin, le film repose surtout sur la grande idée poétique de cette maison qui décolle) et même si vous trouvez que la corde sensible a été touchée et qu’elle vibre d’une tonalité agréable, tout cela ne concoure qu’à vous prouver que vous êtes des personnes normales qui réagissez normalement à un concept d'entertainment. Il n’y a rien de révolutionnaire ou d’extraordinaire là-dedans. « Baywatch » c’est exactement le même procédé. Les jeunes hommes aimaient regarder cette série parce que Pamela Anderson y courait drôlement bien. Ils ne faisaient ni plus ni moins que répondre à un concept. Rien de plus normal.

Revenons-en au comique. Dans UP, vous remarquerez la façon dont les réalisateurs provoquent la rupture. Ils ont ingénieusement enlevé des images (là encore, cela se pratique depuis longtemps, rien de nouveau). Explication. Un effet comique se décompose souvent en trois temps : gag, compréhension et réaction. Dans UP tout ce qui concerne la compréhension est supprimé. Les images passent du premier mouvement au troisième. Si bien que le sens comique a toujours un temps d’avance sur le spectateur. C’est assez bien vu et cela paie à chaque fois qu’ils se servent de ce mécanisme. Là, je dirais que c’est une des plus grandes satisfactions du film puisqu’il montre comment l’animation s’adapte aujourd’hui aux nouvelles formes de la comédie. C’est, de mon point de vue, le seul endroit où le film peut se prévaloir d’une quelconque modernité.

Parce qu’autrement, ce n’est qu’une vulgaire soupe populaire resservie sous le sceau du vague à l’âme et du bon sentiment. Rien que dans le consensus amorcé, il est intéressant de voir à quel point UP ne dévie pas du totalitarisme imposé des personnages. C’est probablement la chose qui m’horripile le plus dans les films d’animation. Pourquoi accepter quelque chose que nous n’accepterions pas dans les autres films ? Exemple. Avant que Carl Fredricksen ne décide de s’envoyer en l’air, il est dérangé par le bruit des travaux autour de chez lui. Il finiraUPpar taper sur l’un des ouvriers, lui ouvrant le crâne. Pourtant, le vieil homme pourra rentrer tranquillement chez lui et ne sera même pas embêté par la police par la suite. C’est assez terrifiant de voir comment la violence devient ainsi légitime (alors que le film s’adresse prioritairement à un public d’enfants), alors qu’au contraire il n’y a même pas une seule image érotique dans tout le dessin animé. De là à y trouver du propos ultra hardcore au 26ème degré qui décanille du pachyderme au lance-tronçonneuse à roquettes…

Nous sommes là face à un beau préjugé cinématographique, qui plus est complètement hypocrite.

Mais cela n’est pas très étonnant puisque nous allons continuer en terrain connu. Et voici donc pourquoi je n’aime pas trop les films d’animation (outre le fait qu’ils ont quasiment toujours une vision de scénario et non de cinéma). Parce qu’ils s’adressent en priorité à des enfants, la plupart sont infantilisants voire débilitants. Cela se remarque par les caractères des personnages (et c’est pourquoi il faut aussi inclure Hayao Miyazaki dans le tas). Il existe dans les dessins animés une facilité déconcertante à prendre appui sur des personnages inconsistants, idiots, pleutres, bêtes, niais ou simples d’esprit. Il est toujours question d’humour bête et d’abrutis presque congénitaux. Cet extraordinaire dépouillement intellectuel brasse toutes les niaiseries les plus lourdingues qu’il serait aisé de constater ailleurs. Quand il ne s’agit pas du vieux monsieur grincheux (quelle originalité !)…

La trivialité au cinéma m’insupporte. C’est donc décidé, demain je me laisse pousser la moustache.

29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 17:06

Règles à respecter pour rompre tout en souplesse
Ne retarde pas la rupture dès que tu as obtenu ce que tu souhaitais
Prolonger la relation n’est sain pour personne
Dis-lui honnêtement simplement gentiment mais fermement
Pas de banderole
Pas d’effets spéciaux
Pas d’annonce publique
Cela t’évitera toute humiliation
Ne serre pas les dents
Ne bouge pas ta frange
Exprime clairement ton envie de sortir avec d’autres garçons
Prépare-toi à ce que le garçon se sente blessé trahi
Qu’il te demande de lui rendre des comptes
Et qu’il t’adresse un regard acerbe
La sensation de rejet est normale et nécessaire
Quand une fille dit qu'elle préfère la compagnie des autres
A ta compagnie exclusive
The more you suffer the more it shows you really care
Mais si tu es régulière et directe
Et si tu évites de faire un bilan lorsque tu te déclares
Le garçon te respectera pour ta franchise
Et il appréciera ce ton résolu
Avec lequel tu viens de l’étreindre pour la dernière fois
A moins qu'il ne soit qu'un pauvre type immature vous resterez amis


 [Cérémonial édicté selon le premier acte de la chanson « Popular » de NADA SURF]


NADA SURF

           
Il paraît que Lars Von Trier est le plus grand réalisateur au monde. C’est du moins ce qu’il a vociféré en conférence de presse lors de la présentation d’ANTICHRIST au festival de Cannes. C’est aussi ce que l’on peut entendre de la plupart de ces bobos subjugués par sa superficialité et son esprit nihiliste pour le bien du renouveau cinématographique. Ce qui n’est rien d’autre que du snobisme de hautes sphères. Entre ce plaisir arty qui n’est pas populaire et qu’il est de bon ton d’aimer, et le moindre talent qu’il convient d’exagérer, de surestimer pour étayer chacune de ses démonstrations. Du talent, Lars Von Trier en possède. Certes. Il a tout de même réalisé l’un des plus beaux films au monde : BREAKING THE WAVES. Awesome !!! Mais c’est une personnalité exécrable. Et surtout suicidaire, ce qui le conduit à saborder ce talent, pour ne plus œuvrer que vers un cinéma d’anecdotes, d’exercices de styles ou de maniérisme. Petit et prétentieux comme du cinéma français.


ANTICHRIST
Scarifications :

- Lars Von Trier détruit ses scénarii en les rendant poussifs, putassiers et toussoteux (cf. le racolage ouvertement actif de DANCER IN THE DARK).

- Il détruit toute beauté en essayant de faire accepter l’idée qu’elle naît aussi de son antinomie (cf. l’irregardable IDIOTERNE).

- Il détruit le rapport direct du film au spectateur en récupérant tout ce qui ne se fait pas au cinéma (cf. l’impossible progression d’EPIDEMIC toujours ralentie par d’insurmontables détails qui noient le film).

- Il détruit l’idée même du cinéma en arguant que le film de bar-mitsva fait par tonton Samuel c’est aussi du cinéma (regardez ce qu’est devenue l’image de DANCER IN THE DARK ! On ne brade pas le cinéma !!!).

Tout son cinéma n’est basé que sur une rhétorique de l’art. Une sorte de grand théoricien, voire de grand gourou, très imbu de sa personne. Toute une panoplie de courtisans s’est mise à le déifier parce qu’il a décidé de transgresser les règles. Il n’en a jamais inventé. Relisez le Dogme. Ce ne sont qu’interdictions, refus et oppositions. Schématiquement, sa grande manipulation consiste à instaurer le culte de sa personnalité en prétextant que ce qu’il fait est génial car personne ne l’a jamais fait. Or, il n’y a pas que l’innovation qui marque les esprits.

Si Lars Von Trier est si controversé, c’est parce qu’il a raison.

Il a entièrement raison de vouloir un autre cinéma, un cinéma différent des 97,36 % de productions anonymes qui sortent sur nos écrans. Il a raison de bâtir son propre univers, de vouloir faire des choix audacieux, de toujours être dans un processus de recherche, de fouiller, d’essayer. Il a raison de titiller, de provoquer, de sortir du consensus, de chercher à faire éprouver, d’être ambitieux. Mais pour cela encore faut-il que ses partis pris fonctionnent d’un point de vue artistique et non d’un point de vue idéologique.

            Son grand regret restera sûrement de ne pas être un cinéaste qui a quelque chose à dire, un grand penseur, un artiste qui assène les vérités qui s’imposent à nous comme nous ne les avions jamais ressenties auparavant (j’évoque par là une vision du monde, une vision des femmes, une vision de la société etc. Je crois plutôt qu’il a une vision de l’interne, de nos schémas inconscients. C’est pourtant déjà beaucoup). D’où son incommensurable obsession de se vouloir pédant (c’est extrêmement visible lorsqu’il fait sa démonstration sur les rapports de force dans MANDERLAY) ou de toujours légitimer ses œuvres (c’est encore le cas d’ailleursANDREI TARKOVSKYdans ANTICHRIST avec cette dédicace à Andrei Tarkovsky qui vient clore le film ; cela est tellement révélateur ces dédicaces à maman, papa, mon voisin de palier et autres Shirley et Dino qui me font trop rire et il fallait que je le dise à tout le monde !)

Mais la personnalité de Lars Von Trier ne fait rien à l’affaire. Ce sont ses films dont il nous faut parler. Ce que l’homme est (ou nous apparaît être) ne peut que nous aider à comprendre un processus de fabrication, et peu importe la vie de l’artiste si l’on s’en tient à son œuvre.

Lars Von Trier est très largement surcoté. Ce qui est toujours dommageable pour quelqu’un qui possède un tant soit peu de talent (car, pour les autres, après tout, le temps se chargera de leur avenir). Mais en ce qui concerne celui qui nous a donné BREAKING THE WAVES, nous avons juste envie de lui dire d’arrêter de jouer au plus malin avec nous comme le faisait le scénariste Shyamalan du film THE SIXTH SENSE, d’arrêter d’essayer de construire sa légende plus que son œuvre, et d’avoir l’air un peu moins sérieux et grave avec son art. Car le mieux qui puisse arriver à un cinéaste dans cet état-là, c’est de faire des films. Travailler jusqu’à s’affranchir du bien et du mal. Laisser surgir l’essentiel. Ejaculer.

Heureusement, une bonne dépression aide souvent à lâcher prise. Sans quoi nous n’aurions jamais eu ANTICHRIST.

            Comme je n’aime pas Lars Von Trier, jamais je n’aurais pensé voir un de ses films sur grand écran. Mais comme je suis curieux, que je suis l’homme le plus ouvert et le plus tolérant au monde, j’étais à l’écoute de son nouvel opus. Et loin de moi l’idée de vouloir passer pour un imbécile. D’ailleurs, pourquoi dit-on d’un imbécile qu’il est borné alors que la bêtise est sans limite ? Il faut aussi mentionner le fait que nous avions été préalablement surpris par la bonne tenue de celui d’avant : DIREKTOREN FOR DET HELE. Et comme je dis toujours : « Si tu sais faire quelque chose, tu le fais. Sinon tu l’enseignes ». Lars Von Trier a arrêté de suivre la seconde voie et s’est enfin mis à faire du cinéma.

Moi, j’aime les personnes humbles. Et le concept de plus grand réalisateur au monde, alors ? A quoi répond-il ? Quelle importance qu’il y en ait un au-dessus de tous ? Et au-dessus de qui, d’abord ? De ceux qui sont encore vivants ? De tous ceux qui sont passés au moins une fois derrière la caméra, y compris ma grand-mamie Simone ? Qui juge ? Pourquoi imposer un tel esprit de compétition ? Le cinéma, pour moi, ce n’est pas cela. Le cinéma c’est la coexistence de toutes les formes possibles et même inimaginables. Tout ce qui se dit. Tout ce qui se vit. Tout ce qui fait mon cœur s’accélérer. C’est pour cela que « La lumière vient du fond » parle de tous les cinémas, même ceux que vous ne pensiez pas y trouver. Il y a de la place pour tous et tous sont considérés au même titre. Il n’existe pas un plus grand cinéaste qu’un autre même si, pour moi, Kubrick est le plus grand. Mais il existe une multitude de réalisateurs qui se côtoient et qui viennent THERESA RUSSELLpeupler nos vertiges émotionnels. Quand Tarantino nous donne PULP FICTION, c’est le plus grand. Quand PUMP UP THE VOLUME vous donne envie de dire des horreurs, c’est le plus grand. Quand vous voyez Theresa Russell dans STRAIGHT TIME, vous ne pouvez pas ne pas conclure que c’est la plus grande. Tout a une place. Une place qui ne prend pas celle de quelqu’un d’autre. Une place qui s’additionne. C’est le propre de ce qui est unique. Alors qu’affirmer être le plus grand réalisateur au monde c’est probablement être unique, mais c’est surtout être très seul.

Je me retrouvai donc impatient de voir un film d’un réalisateur que je déteste, sans trop savoir comment l’idée avait bien pu germer et déployer ses tentacules tentants. Même l’affiche est repoussante ! La naïveté d’une affiche de théâtre, la primitivité d’un stagiaire qui découvre Photoshop, et ce malgré une photo du couple Gainsbourg/Dafoe particulièrement sublime. L’assemblage de ces deux versants ne prend pas. Toutefois, qu’ANTICHRIST déclenche autant de haines et de passions, d’amour, de gloire et de beauté, de prises de position aussi contrastées, cela m’interroge et me dit qu’un film capable de provoquer un éventail de réactions aussi larges est forcément un film qui mérite d’être vu, et nous savons à l’avance qu’aussi mauvais soit-il nous n’aurons de toute façon pas perdu notre temps.

            Lars Von Trier n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il cesse de vouloir prouver qu’il est intelligent et rusé. Quand il se sépare de ses artifices pédants et de ses tics potaches, il devient un réalisateur qui se confie, qui arrive à se trouver, et qui tisse un lien mystique avec son spectateur. Cela peut paraître paradoxal puisqu’il avoue lui-même ne pas avoir fait ANTICHRIST en pensant une seule seconde au public, mais qu’il l’a fait pour lui et uniquement pour lui. S’il ne faut pas trop prendre tout ce qu’il dit pour argent comptant, je pense qu’il faut aussi savoir reconnaître lorsqu’il est juste et entier.

Parce que, de toute façon, on ne fait pas un film pour le public. Ce n’est pas vrai.

Ce sont des arguments de vente, des flatteries délicates et subtiles, des caresses flamboyantes élaborées pour que chacun se sente désiré, considéré et qu’il pense que tel film lui parle à lui tout particulièrement. Il n’y a que les producteurs avides d’argent, les mauvais films, les publicitaires et les studios Disney qui pensent en termes de public. On crée d’abord pour soi. Pas forcément de manière exclusive, mais toute exploration artistique est avant tout un dérivé d’un sentiment, d’une réflexion, d’une envie, d’un processus inconscient, d’une névrose etc. Si Lars Von Trier avoue cela c’est que son film va nous parler de lui, de quelque chose issu de son être, quelque chose qui se contorsionne pour essayer de nous parvenir dans les souffrances les plus atroces. ANTICHRIST ne va pas être facile. Il ne va pas être ordinaire. Pour arriver à ses fins, Lars Von Trier s’oblige à prendre des chemins bruts, ceux qui ne seront pas retravaillés, ceux qui lui sont parvenus tels des rêves non interprétés. Il nous offre de la matière première. Et elle est organique. Il n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il essaie de retranscrire une sincérité, une vision qui lui a été imposée (par sa dépression ?) et non pas qu’il nous impose. C’est parce qu’ANTICHRIST est maîtrisé sans être directif qu’il parvient à nous toucher là où peu s’aventurent. A part le jeune marié.

La bonne idée de Lars Von Trier a été de bannir tout réalisme de son ANTICHRIST.

Voilà un grand film abstrait qui verse dans le baroque et le lyrisme. ANTICHRIST ne raconte pas une histoire de manière conventionnelle. Tout est fait pour décaler les points de vue. Ca n’arrête pas tout le long du film. Il est impossible d’en donner une interprétation car il n’en existe pas une seule. Le film utilise tellement d’appuis narratifs qu’il est impossible de se focaliser sur une seule vérité scénaristique. Une fois vous adoptez un point de vue neutre, le plan d’après l’histoire est racontée par Willem Dafoe et l’instant d’après vu par Charlotte Gainsbourg. Et cela est d’autant plus riche que possiblement interchangeable. C’est ici que se trouve le centre névralgique du film. Il est instable, constamment en mouvement, furieusement plein de vie et de pulsions de mort. C’est un festival de chaque instant, comme en témoigne ce plan sidérant où Willem Dafoe cherche Charlotte Gainsbourg dans la forêt, s’arrête, puis le plan passe en subjectif, la caméra pivote comme si Willem cherchait Charlotte du regard tout autour de lui, et hop, Willem se retrouve dans le champ. La mise en scène c’est parfois tout con. Bizarrement, aucun critique ne s’attarde sur ce genre de plan. Ils ont préféré faire leurs choux gras de cet insert provocateur dans la première scène d’amour. Avant d’en parler, je voudrais d’abord souligner cette scène qui introduit la problématique du métrage. Elle nous place d’entrée dans cette abstraction dont je parlais plus haut. Rien n’est réaliste. A commencer par ce ralenti de conscience élargie qui éclate la notion de temps, déstructure tout ressenti et semble rematérialiser tout atome visible. Les gouttes d’eaux ne ressemblent plus à des gouttes. Ce sont des formes qui brillent, se fragmentent, se transforment, prennent vie, crient, s’étouffent et se désintègrent. Mais leur parcours est le plus délicieux que peut connaître toute personne ayant déjà fait l’amour sous la douche. D’autre part, la fadeur de la lumière et le noir et blanc rajoutent à cette impression d’irréalité. Et pour conclure, Lars Von Trier nous débarrasse du son et lui substitue ce magnifique « Rinaldo, lascia ch’io pianga » de Händel. Tout cela crée alors une première scène confondante à l’atmosphère prégnante, anxiogène et perturbante. Nous ne sommes clairement pas en terrain connu. Je fais partie de ceux qui trouvent cette scène magnifique.

ANTICHRIST ANTICHRIST

J’aime la confrontation de l’orgasme et de la mort.

J’aime l’idée que ce scénario soit improbable. Et d’ailleurs l’histoire ne s’est probablement pas déroulée comme nous la montre Lars Von Trier. A mon sens, il ne fait que placer le décorum, il ne fait que mettre en opposition les éléments du drame, qu’exposer les faits d’une manière fictionnelle, de façon à ce que cette scène d’exposition ne soit ni neutre ni racontée par Charlotte Gainsbourg ni par Willem Dafoe ni même par le bébé. Elle est juste arbitraire. C’est un point de départ. Evidemment, si l’on n’a toujours pas compris que le film est abstrait la suite risque de s’avérer éprouvante !

Et puis, il y a cette pénétration non simulée (précisons que ce ne sont pas les comédiens du film qui jouent la grande scène du IV à la papa-maman). Mon Dieu ! Quel choc en pleine génération porno ! Moi, ce que je ne comprends c’est qu’il y ait encore des personnes qui sont heurtées par de telles images. Parce que même n’en auraient-ils jamais vues, j’espère quand même pour eux qu’ils l’ont déjà fait ! Oui, il est possible de montrer de telles images dans un cinéma dit conventionnel. Oui, ces images ne sont pas toujours faites pour choquer. Oui elles peuvent faire partie intégrante de l’histoire. Et non, je ne vois pas pourquoi elles seraient de plus mauvais goût qu’une blague pas drôle dans un film avec Yvan Le Bolloc’h et Bruno Solo. Pour ANTICHRIST, vous avez peut-être entendu dire qu’il s’agit d’un plan purement gratuit destiné à choquer le bourgeois qui sommeille en nous (j’en profite au passage pour vous dire qu’à peu près tout et son contraire a été dit sur ce film, mais rien de juste et de mesuré, et qu’à peu près personne n’en a profité pour parler du film ! Si bien qu’il a été victime d’une véritable campagne de désinformation et je vous invite à vous rendre dans les salles qui le programment encore pour vous rendre compte de l’immense incompétence de ceux qui arrivent à déjouer la nullité d’un CYPRIEN mais déclarent forfait dès qu’ils se heurtent à un film plus obscur, et, plus effrayant, qui se retrouvent complètement hermétiques à tout nouveau langage cinématographique, ne voulant raisonner que par les bases d’un cinéma qu’ils connaissent et comprennent. Bel état des lieux de la critique officielle). Eh bien, ce plan n’est absolument pas gratuit.

D’abord, il faudrait que ceux qui avancent cet argument puissent définir ce qu’est la gratuité au cinéma. Si eux ne le savent pas, moi je vous dirais tout net que la gratuité, cela n’existe pas.

Oriflamme brandie par les plénipotentiaires de la morale.

Cette séquence n’est pas gratuite car elle est complètement intégrée à l’acte et en plein accord avec ce que les personnages éprouvent. Pourquoi filmer plus un baiser qu’une pénétration ? Ne devrions-nous pas nous demander pourquoi notre héritage en est encore à vouloir considérer l’acte en lui-même moins noble que ses prémices ? Certains objecteront sûrement que cet aspect des choses manque de poésie. C’est marrant, à chaque fois que je fais l’amour à ma copine, je vous assure que je n’ai vraiment pas l’impression de manquer de poésie. Ou alors, peut-être, ce sont eux sous leurs draps qui offensent l’image de la beauté. Ce n’est pas très rassurant… Reprenons depuis THEODORE DE BANVILLEle début et attachons-nous à la définition de la poésie. Selon Théodore de Banville, « elle est à la fois Musique, Statutaire, Peinture, Eloquence ; elle doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs, rendre les objets visibles et exciter en nous les mouvements qu’il lui plaît d’y produire ; aussi est-elle le seul art complet, nécessaire et qui contienne tous les autres ». Voilà. Je pense que tout est dit. Lars Von Trier, quant à lui, préfère le porno.

Quoi qu’il en soit de ces attaques encyclopédiques, moi, j’ai trouvé cette pénétration très douce et très poétique. Que voulez-vous que je vous dise ?… De la gratuité ! C’est tellement grotesque comme argument !!! Rien n’est gratuit. Même pas le téléchargement illégal. Il ne peut l’être puisqu’il faut un ordinateur, l’électricité et un abonnement internet. Bizarrement, le gratuit n’est qu’un évènement commercial censé faire vendre encore plus. D’ailleurs, dans quelques années, ce sera le gratuit qui fera la différence. Vous achèterez tel produit parce qu’il sera couplé avec un autre qui sera gratuit. Le gratuit est une stratégie. Au cinéma, c’est pareil.

Rien n’est gratuit.

Ou alors en apparence. Prenez FIGHT CLUB. J’aime beaucoup l’histoire de cette personne qui insère dans les films des images pornographiques subliminales. L’exemple colle bien à ANTICHRIST et je le trouve particulièrement révélateur. Parce qu’il n’y a rien de gratuit là-dedans. Ceux qui ne le comprennent pas peuvent s’en trouver choqués et y voir un acte gratuit. Or, il ne l’est pas puisqu’il fait suite à une démarche politique subversive. Dans ANTICHRIST, c’est la même chose. La démarche de Lars Von Trier est politique. En insérant un tel plan il fait de la politique. Il œuvre pour le cinéma en l’affranchissant de ses servitudes culturelles. En France, Gaspar Noé fait exactement la même chose. C’est aussi pour cela qu’il n’est pas très aimé/compris.

Pour en revenir au film, il faut bien dire qu’il ne nous lâche jamais tant Lars Von Trier travaille à multiplier les perpendiculaires et les transversales. Il n’arrête jamais. Il joue avec les perspectives, déforme l’image, manipule les flous, affûte ses ellipses, distribue l’effroi, fait surgir des effets visuels impactants, dissimule des images subliminales, varie les axes, efface la narration etc. Et puis certains plans, certaines images sont absolument sublimes, d’une beauté formelle incomparable. Il y a de la texture, il y a de l’épaisseur, il y a du goût, il y a du frisson… Bref, le danois soigne les sensations. ANTICHRIST ne doit être envisagé que comme des injections de perceptions. Comme il se place du côté de l’organique et plus précisément du viscéral, il se met à l’écoute des échos symboliques qu’il trouve en chacun de nous.

GASPAR NOE            Bien sûr, certains défauts resurgissent parfois. Comme ces quelques zooms qui appuient l’importance de ce qu’ils désignent, et particulièrement le refuge sous l’arbre. Lars Von Trier semble nous dire : « Souvenez-vous en. Il sera important par la suite. » Que c’est maladroit ! Qu’il est risible ce renard affublé d’une voix satanique ! Et que les images semblent bien annoncées et prévisibles ! Quand on songe qu’il n’y a pas si longtemps que cela William Friedkin nous avait donné une belle leçon de brutalité avec son BUG !

Pourtant, dans ce capharnaüm où rien n’est uniquement beau et où rien n’est uniquement grotesque, mais où le tout est une multitude d’espaces isolés, naît un charme qui n’évoque aucun autre film. Même les scènes les plus gores sont particulièrement réjouissantes tant elles fonctionnent comme des orgasmes. Je viens de dire que ces images semblent préparées. C’est vrai. Il est question de préliminaires. C’est parce qu’il nous dit ce qui va arriver (pas concrètement, mais il annonce une fin inéluctable) que le réalisateur crée la nécessité d’assouvir une pulsion. Il nous faut voir, il nous faut éprouver, il nous faut éjaculer. Dans le cinéma de papa, les plans qui censurent la violence ou les parties génitales sont autant de coitus interruptus. Pas ici.

Si vous prenez part à l’acte sexuel, vous devrez aller jusqu’au bout. Jusqu’à l’orgasme. C’est la promesse d’ANTICHRIST.

Certains attaquent le film sur ce point. Mais il ne s’agit que d’un jugement moral. Parlons donc un peu du film, bon sang ! Si d’autres ont pu détourner la tête, moi je me suis gargarisé du spectacle proposé. Parce que le gore, c’est comme la violence, c’est comme la comédie, c’est comme un ballet, c’est comme une fusillade, ce n’est que de l’esthétique. Autant elle n’est presque jamais réussie dans la plupart des films d’horreur, autant dans ANTICHRIST elle est jubilatoire.

            Alors que veut donc dire ce drôle de film ? La question même n’a pas de sens. Parce que Lars Von Trier n’a pas de message à faire passer. Pas de cette manière. Et puis ceux qui cherchent des messages n’ont qu’à pas aller au cinéma. C’est marrant, on ne demande plus à Lynch ce que veulent dire ses films depuis qu’on a appris à le ranger derrière la maxime : « Ses films ne sont pas à comprendre mais à ressentir ». Ce qui ne les explique pas plus.

Le message de Lars Von Trier est celui d’une imagerie faite de références, de clins d’œil, de symboles, de renvois culturels, d’inconscients communs, de clichés… Leur agencement engage un renvoi vers des éléments non affirmatifs, non réels, qui ne participent d’aucune vérité, si ce n’est celle que chacun perçoit. C’est pour cela qu’il n’existe pas d’interprétation unique d’ANTICHRIST. Serait-ce un film misogyne ? Il est possible d’y répondre oui. Dans ce cas-là, il est aussi tout à fait possible d’argumenter en faveur du contraire. Mais il est impossible d’affirmer qu’une solution est plus vraie que l’autre. Les deux vérités coexistent au sein du même espace.

Pour moi, ANTICHRIST n’est pas misogyne.

Je n’ai pas vécu le film de cette façon et j’ai même été étonné de lire cela. Je crois qu’il s’agit beaucoup plus d’un film sur la peur des femmes. Or, la misogynie est une ramification de la peur des femmes. Pourtant, si le film œuvrait contre l’une des deux espèces, j’aurais plus l’impression que c’est contre les hommes (d’ailleurs, très souvent chez Von Trier, les femmes ont les rôles principaux et les hommes les mauvais rôles). Parce que si Charlotte Gainsbourg s’en prend violemment à son mari, ce dernier ne peut être entièrement exempté de tout reproche. C’est quand même lui qui passe outre les premiers commandements de la psychanalyse, à savoir tu n’analyseras pas ta femme et tu ne coucheras pas avec ta patiente. Son influence sur elle est plus sournoise, plus subtile. Mais, là encore, impossible de trancher entre un mari qui essaie très maladroitement d’aider sa femme ou une ordure qui joue un jeu des plus pervers avec elle. Et, à ce stade, je voudrais m’attarder sur l’interprétation de Willem Dafoe. Parce que si le prix d’interprétation pour Charlotte Gainsbourg est entièrement mérité (et en plus elle n’hésite pas à sortir les pommes du frigo), Dafoe, lui, est aussi magistral de retenue, d’écoute, de délicatesse, d’obscurité, dans un rôle ambivalent assez ingrat. C’est évidemment le personnage central du film, celui qui tient les rennes. Charlotte Gainsbourg n’est que le catalyseur de toute son organisation.

LA STANZA DEL FIGLIO            Finalement, le plus débectant dans tout cela c’est qu’entre deux films sur la perte d’un enfant (LA STANZA DEL FIGLIO et ANTICHRIST), la Palme revient au premier qui n’est qu’un roman-photo larmoyant et sans idée, alors que le second virevolte dans tous les sens, travaille son cinéma, et ne repart qu’avec des huées et un filet garni. Film sur le travail de deuil et la reconstruction, ANTICHRIST est de loin le plus beau, notamment parce qu’il permet une narration flottante qui vient contrebalancer toute idée d’apaisement. Parce qu’il n’est pas qu’un seul argument valable pour apaiser une souffrance. Parce qu’il y aura toujours le moindre détail qui se montrera culpabilisant. Tout devient source de conflit et de victimisation. En témoigne le plan où Charlotte Gainsbourg voit son enfant tomber par la fenêtre et ne fait rien parce qu’elle est en train d’avoir un orgasme avec Willem Dafoe. Ce ne sont pas ce que disent les images qui importent ici. Nous l’avons déjà dit, si vous regardez le film au premier degré vous risquez de passer à côté. Ce qui est important dans cet exemple, c’est ce que deviennent les personnages une fois que l’idée est apparue, une fois qu’elle a réussi à s’insérer dans l’esprit de Charlotte Gainsbourg. Mais rien ne nous dit que c’est véritablement ce qu’il s’est passé. Cela pourrait tout aussi bien être Charlotte Gainsbourg qui se rend coupable de la mort de son enfant et se force à croire ce qui n’est pas avéré. Pour chercher un sens à tout cela. D’ailleurs, Willem Dafoe lui dit à moment donné que ce sont ses pensées qui déforment la réalité. Faire cohabiter plusieurs réalités en faisant qu’elles soient toutes valables, voilà le vrai tour de force d’ANTICHRIST. Malgré cela, une chose est sûre : je n’irai pas passer mes vacances dans la tête de Lars Von Trier.

22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 10:36

BORIS KARLOFF            Un film méconnu avec Boris Karloff est toujours une curiosité qui nous ramène inévitablement aux films de cette époque où les gens vivaient en noir et blanc. Films introuvables, méconnus, passés sous silence. Age tendre manichéen où les daltoniens ne souffraient pas encore d’être des handicapés congénitaux, narguant de leurs révolvers chromés le dénommé Lucky Luke de sinistre mémoire.

Boris Karloff est principalement connu pour avoir interprété le rôle de la créature dans FRANKENSTEIN de James Whale. Il est aussi l’interprète d’autres films fantastiques qui ont assis sa réputation ; mais il a surtout pas loin de 200 films à son actif. Il fut avant tout un excellent comédien capable de jouer avec nuance sur son physique un peu trop brut pour être honnête. Sa gueule d’acteur, l’acuité de son regard, son inquiétante morphologie et sa précision quasi satanique en ont fait un des acteurs les plus recherchés. La signature au bas de la page atteste l’authenticité d’une époque au cours de laquelle le culte des stars n’avait pas la toute-puissance que nous lui connaissons aujourd’hui. Ils étaient alors choisis parce qu’ils collaient au plus près des personnages, et n’étaient pas sélectionnés parce que certains décidaient que le public avait envie de les voir dans tel type de rôle.

Cette inversion devenue perversion rime comme une mauvaise lettre de rupture qui a essayé de mettre les formes mais reste vulgaire et violente.

Certains castings brouillent votre vue d’un voile lacrymal comme une femme refuserait vos avances prétextant que vous êtes trop bien pour elle. Le sentiment du travail bien fait ; la norme assénée.  « C’est le métier qui rentre » comme dirait une prostipute qui travaille sur le boulevard pas loin de chez moi.

Dans DEVIL’S ISLAND, Boris Karloff incarne un docteur français qui parle anglais. Il se retrouve condamné par un juge français qui parle anglais, à aller casser du granitique sur l’Ile du Diable. Ce qu’il ne sait pas, c’est l’origine de cette appellation, ma foi très étrange pour une île. Par contre, il sait qu’elle est rattachée à la Guyane. Et la Guyane appartient bien évidemment à la France, comme chacun d’entre vous l’a appris et doit s’en souvenir. La langue officielle est donc le français, sauf dans le film où c’est l’anglais. Anachronisme hérité d’une coutume locale qui parle d’un esprit maléfique qui aurait envahi l’île, et que l’on entend parfois les nuits de demi-lune lorsque le vent souffle dans la cime des arbres et que les vagues viennent s’écraser sur le versant nord de l’île. La légende veut que la conjugaison de ces divers éléments fasse entendre la voix du Diable dans d’horribles hurlements qui rendraient fous ceux qui les auraient perçus. D’où l’Ile du Diable.

Pour bien comprendre ce film, il faut aussi savoir que :

- l’Ile du Diable fut un bagne de 1852 à 1946

- c’est sur cette île que fut condamné Henri Charrière, dont l’histoire est retracée dans le splendide PAPILLON

- la plupart du temps, le taux d’humidité y est supérieur à 80%. Tout moisit. Les bactéries et les virus prolifèrent aisément

- l’île est désormais interdite d’accès

- aujourd’hui, la Guyane est surtout connue pour la base de Kourou, d’où décolle la fusée Ariane

- son indicatif téléphonique est le +594

- les trois figures de l’être cher s’estompent à contre-jour.

DEVIL’S ISLAND date de 1939 et fut réalisé par William Clemens. Réalisateur inconnu de films inconnus. Ecoutez bien le métrage. Dans son dernier râle, il nous explique qu’il souffre d’un manichéisme de bon aloi qui le rend univoque. C’est du cinéma de propagande. Ou comment dénoncer les actes avilissants qui régirent le bagne. Du slogan populo en veux-tu en voilà. Abuser de son pouvoir sur une population soumise, ce n’est vraiment pas bien. En avoir, c’est se faire avoir. Psychologie de brasserie sur fond de bonne conscience.

Il manque l’ambiguïté.

Le méchant est vraiment une belle ordure et le prisonnier est innocent. Car les scénaristes ont eu la grande idée de faire de Boris Karloff un médecin qui soigne une personne recherchée par la police. Il se défend forcément en prétextant que son métier l’oblige à porter secours à toute personne, quelle qu’elle soit. Tu la sens venir l’injustice flagrante ? Sur l’île, il va se révéler encore plus gentil que la moyenne des moyennes en acceptant de secourir la petite fille du méchant sadique qui parle anglais sans s’en étonner.

Même si le dénouement du film reste imprévu et qu’il bénéficie d’un bon rythme, DEVIL’S ISLAND reste une réalisation anecdotique, petite larme salée diluée dans l’océan qui chahute la carlingue de l’embarcation Cinéma. Le film est très court. Le montage ne s’encombre d’aucune fioriture. Le sujet, rien que le sujet. Nous filons à l’essentiel. Le rythme est donc très soutenu, ce qui est le grand avantage de DEVIL’S ISLAND, car si nous restons sur notre faim, il ne nous permet pas d’être déçus. Pas de quoi faire une banderole. Pas de quoi avoir le blues. Expression peut crédible. En général, quand j’ai le blues, moi, j’ai le noir. C’est sombre, désespéré et tout se termine mal. Cela me permet d’écrire sous influence et de me comporter en bon monomaniaque patenté. Sur ma playlist, une chanson qui tourne en boucle depuis bientôt 18 heures. Un flot ininterrompu de blessures volcaniques qui dévorent mes joues. Pendent longuement ses boucles d’oreille et viennent tracer le sillon de la plaie.

Le thé des amants est brûlant et je ne peux rien faire.

            Marquons la différence. Amusons-nous à voir un film plus contrasté. Quoi de mieux qu’un film des années 70 ? La filmographie d’Edward Dmytryk n’est pas une mine de diamants, mais nous n’y trouvons rien d’infamant. Nous noterons surtout le premier THE END OF THE AFFAIR qui se regarde aisément, mais très loin de la seconde adaptation cinématographique signée Neil Jordan. Et puis nous trouvons ce BLUEBEARD estampillé 1972. Film coréalisé avec Luciano Sacripanti, allez savoir pourquoi… Les questions qui restent sans réponse raisonnent interminablement en moi. Statue figée, expressivité du regard, complicité évidente. Il est des raisons qui priment.

BLUEBEARDLe film est aujourd’hui tombé un petit peu dans l’oubli alors qu’il fonctionne encore outrageusement. Attention, il s’agit toutefois d’un film bizarre, kitsch, baroque et grotesque. Mais aucun de ces qualificatifs n’est péjoratif à mon sens.

Cela ne vous aura pas échappé qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du conte de Vincent Perrault. Ici, l’intérêt du film est de s’adresser directement aux grands de personne. Toute l’imagerie du conte se voit transposée dans un univers adulte. Les abominations ne seront pas aseptisées et nous verrons ce que nous devrons voir, quitte à être choqués. Tout cela est plutôt une bonne nouvelle et annonce une relecture de l’œuvre. Si le parallèle avec la boîte de Pandore (il est question de la clé d’une chambre que l’on ne doit pas ouvrir !) et la désobéissance féminine, subsistent, les scénaristes ont décidé de donner leur propre version. Richard Burton a un terrible secret. C’est à cause de cela qu’il tue toutes les femmes qu’il épouse. Et ce propre secret est lui-même en correspondance avec la couleur de sa barbe (trouvaille fantaisiste énoncée avec malice, qui renforce l’extravagance du propos). Un peu d’astuce et d’espièglerie… Et quelques effleurements échangés sur la banquette arrière d’un taxi de nuit. La nuit, rien ne se voit, les rires ne s’entendent pas, les sourires se noient dans l’obscurité. Ils reviendront nous défigurer aux heures chaudes.

Si le film est aussi peu considéré, cela est dû en grande partie à l’ambiguïté regrettée plus haut dans DEVIL’S ISLAND, et qui magnifie ici les personnages, principalement celui de Richard Burton. Barbe-Bleue n’est pas une vilaine brute assoiffée de sang et de meurtres. Il n’est pas envisagé que sous l’image du monstre inconscient et inhumain. Sa charactérisation l’étoffe d’une sensibilité qui le densifie, le rend touchant et humble.

L’homme n’est plus une créature codée comme dans beaucoup de contes.

Il trouve ici une mesure tout à fait réaliste. Sa psychologie contraste les tenants et les aboutissants de ses actes. Et c’est parce le spectateur est parfois tenté de prendre son parti (mais tout autant que pour Malcolm McDowell dans A CLOCKWORK ORANGE, après tout) que les scénaristes ont cru bon de rajouter une incongruité qui aplatit leurs efforts premiers. Faire de Richard Burton un sympathisant nazi (c’est très drôle, le film fait partie de cette époque où les croix gammées se faisaient à l’envers, pour une question de législation) annihile tout le processus de réflexion qui était parvenu à s’insérer au fur et à mesure qu’il nous racontait ses différentes conquêtes féminines. Cela ressemble trop à un deus ex machina. Démagogique.

Il n’empêche que Richard Burton est un abominable tueur. Rien ne peut excuser ce qu’il a fait. Tout est clairement énoncé, disséqué. Pourquoi en rajouter ? Je garderai cette image brisée de cet élixir trop infusé, exemple frappant de ce qui ne peut plus changer. Et ta silhouette dans le cadre de la fenêtre. A contre-jour. Ces rayons de soleil qui frappaient la table en acajou. Ces rayons qui semblaient émaner de toi.

Ils finirent par marquer mes joues de leur empreinte.

BLUEBEARD est un film à sauver. Parce qu’il est beau, malgré son histoire triste et horrible. Mais il a eu la chance d’avoir Gabor Pogany comme directeur de la photographie, qui magnifie un Technicolor flamboyant en accentuant certaines couleurs, ce qui laisse l’impression qu’elles sont saturées. Mais il n’en est rien. L’habillage n’est en rien trop fardé. Le jeu sur les couleurs est juste l’occasion de donner un petit plus luxueux au film tout en insinuant la force et la symbolique des couleurs (surtout le rouge). Si le scénario peut s’autoriser certaines dextérités, filtres grossissant de quelques situations déjà bien cavalières, la photographie réussit le pari de rester réaliste tout en s’adaptant à l’étrangeté des lieux et de l’aura qui entourent Richard Burton. Il faut dire que ce comédien paraît vraiment très à l’aise dans ce rôle de sérial killer tourmenté. Entre ce qu’il peut laisser transparaître et ce qu’il s’autorise à nous dévoiler. C’est de la subtilité comme je l’aime. Quand nous sentons que le comédien joue quelque chose que nous ne connaissons pas encore et qui sera mis à jour plusieurs mètres de pellicule plus tard… Du coup, il nous propose un personnage qui s’échappe de l’imagerie de tueur machiavélique. D’ailleurs, ce personnage s’échappe en permanence. Très savonné. Impossible à saisir. Difficile à cerner. Sans paraître instable. La vraie grande satisfaction est de voir Richard Burton faire de Barbe-Bleue un personnage fort, qui s’assume, viril, mais qui s’effondre littéralement lorsqu’il se trouve face à son secret. Face à lui, une jolie combinaison de bluebeardettes défile et s’expose telle une vitrine des Grandes Galeries. Chaque présentation tourne vite à l’exposition. De ce fait, chaque flashback ralentit l’action, mais Edward Dmytryk a eu l’idée de donner à chacun d’eux une durée très différente. Cela permet de varier les rythmes et de ne pas savoir s’il s’agira à chaque fois d’une anecdote ou d’un court métrage où la femme a plus d’importance qu’une autre. Toutes les personnalités de ces femmes sont assez astucieuses et chacune prend beaucoup de plaisir à rocamboler. Et puis cela permet de revoir la trop discrète Nathalie Delon (n’avions-nous pas insisté pour que vous voyiez dans les plus brefs délais LA LECON PARTICULIERE ? Quelle bonne idée a eu Werner Schroeter d’aller la chercher après un quart de siècle d’abstinence, pour son film NUIT DE CHIEN !) Toutes ces belles choses qui s’accumulent. L’émotion est volcanique. Elle est en gestation et jaillit violemment. L’attraction n’est pas un choix. Le piège m’engloutit et m’enfouit dans le blues.

Hier encore je ne connaissais BLUEBEARD que de nom. Hier encore, ses attraits ne m’avaient pas encore ébloui…

Il faut aussi voir BLUEBEARD parce qu’il ne correspond pas à une seule voie d’organisation et de réalisation connue. Le film n’est jamais ce qu’il prétend être. Il nous surprend constamment en déviant ses centres d’intérêt, en changeant sa nature, en brouillant les pistes, en réorientant son supercentre narratif. Très vite, il est difficile de savoir vers quoi le film s’oriente. Pas de sentiers connus. Tout ce que BLUEBEARD annonce est constamment contrebalancé l’instant d’après. Même son genre. Il touche au drame, à la comédie, à l’horreur, à l’érotisme, à l’épouvante, au film historique, au film policier… C’est ce délicieux mélange qui aboutit à un film multifacette, sorte de Boule Magique qui se transforme en bonbon chimique qui vous crépite au palais. C’est la superposition des couches qui crée BLUEBEARD, qui façonne un film hydride, non convenu et donc sournoisement intéressant. « Jai guru deva om. »

            Vu DOROTHY MILLS d’Agnès Merlet. Je ne suis pas un grand adepte de cette cinéaste. Ses films sont bizarres. Ils flirtent constamment avec un sordide ou un malsain de mauvais aloi, comme une maladie kraspek qui vous collerait à la peau et dont vous auriez du mal à vous débarrasser. Après un de ses films, j’ai toujours envie de prendre une bonne douche.

DOROTHY MILLSDès le début, DOROTHY MILLS se veut flou. Affiché. Claironné. Stabilo-Bossé. De quoi parle-t-il ? Que raconte-t-il ? Quelles sont ses options ? Les rares indices qu’il lâche sont les seuls auxquels nous pourrons nous raccrocher pendant les trois quarts du film. Nous pourrions croire que cela va déboucher sur un processus assez rébarbatif, en fait, il s’agit pour Agnès Merlet de nous montrer comment appréhender les évènements que nous avons considérés comme acquis dès l’entrée en scène de Jenn Murray (très bon choix que cette actrice au physique dérangeant). Très vite, le montage de Monica Coleman oriente Dorothy Mills vers le personnage de la méchante baby-sitter. Voilà. En deux temps, trois mouvements, la tente est plantée, la table en formica déballée et le pastis 51 prêt à être consommé. Or, pour ne pas trop en dévoiler sur ce personnage central, les scénaristes ont décidé de s’intéresser à la personne qui vient enquêter sur Jenn Murray. Du coup, nous ne savons quelle va être la saveur du nuoc-mâm avec lequel nous allons être mangés. Qui allons-nous suivre ? Jenn Murray qui est pourtant le rôle-titre et semble donc être le centre névralgique du film, ou cette enquêtrice tout fraîchement débarquée alors que le film semblait nous racontait une histoire parallèle ? Il faut s’attendre à un récit qui peut dévier d’une minute à l’autre, comme l’annonce le précoce accident de voiture de Carice Van Houten. Le défi pour Agnès Merlet va donc être de faire converger ces deux personnages en une seule et même histoire. L’engagement ne se fera pas au centre du terrain. Bienvenue dans ma réalité, jeune fille brune !

Assez tôt, le leit-motiv nous guide vers un caractère insulaire qui prend l’ascendant sur les débats. Car toute cette histoire se déroule sur une île. Il ne s’agit pas ici d’un détail mais d’un élément extrêmement important dont le poids va s’accroître au fur et à mesure. Agnès Merlet pousse le spectateur à s’interroger. Bien vu. Pourquoi une île ? Pourquoi cette histoire ne pourrait pas se dérouler dans une ville singulière ? Si vous optez pour cette démarche, vous vous rapprochez de la solution. Agnès Merlet vous éclaire. Il est impossible que vous passiez à côté du caractère bizarre de ceux qui peuplent cet endroit.

Nous avons parfois l’impression de nous trouver en Corse.

Comme la réalisatrice continue à suivre Carice Van Houten dans ses agissements, il devient clair que la jeune femme se trouve en terrain inhospitalier. Toujours lui faire croire que je suis le sélectionneur et elle, la sélectionnée. Sur cette île, quelque chose nous met mal à l’aise. Tous les indicateurs s’affolent pour en arriver à une conclusion évidente : quelque chose ne tourne pas rond sur cette île. Parce qu’Agnès Merlet a axé sur Jenn Murray son point d’ancrage, nous avons l’impression que cela vient de cette jeune femme. Mais le malaise est plus profond. Tout cela pour arriver à se demander si le problème ne viendrait pas des habitants. Agnès Merlet nous y amène subrepticement, l’air de rien. Alors que le film semble se concentrer sur Jenn Murray, il laisse filer son personnage principal et fait surgir son vrai sujet des différents germes précédemment disséminés. Du coup, nous pensons beaucoup à WICKER MAN. Et le reste du temps, je pense à des cheveux qui révèlent leur vraie couleur quand ils flottent dans les rayons de soleil, je pense à quelques sursauts pour un simple « Bonjour ! », au vouvoiement de circonstance, à la douceur de la peau sans cesse renouvelée, aux approches qui se voient venir de loin, qui se terminent comme prévu, et tant pis pour le cliché !

Tout ce qui finira dans une boîte à souvenirs scellée par la chaleur des larmes circonstanciées.

Laissons Jenn Murray de côté pour l’instant et intéressons-nous aux habitants. Donc. Ils se considèrent tous comme des personnes normales (puisque chacun de la communauté est vu comme un esprit sacré), comme s’ils ne pouvaient avoir aucun problème. Mais tout cela dans le seul but de cacher leur propre différence. Une sombre communauté. Comme s’ils étaient liés par un pacte secret qui les unit dans cette détermination à occulter tout ce qui est disparité, tout ce qui est énigme. Garder sa spécificité, ne pas se laisser normaliser, parce que la norme vient toujours de celui qui l’édicte. Il en ressort que chaque habitant de l’île semble faire partie d’une entité, d’un tout, et qu’il n’est pas possible de leur enlever leur identité propre. C’est pour cela qu’il n’est impossible d’arracher Jenn Murray de sa famille. La communauté dit que Jenn Murray fait partie des leurs. Cette affirmation ne peut pas être remise en cause. Il n’y aura pas d’excommunication. La communauté régit son tout et ses parties. Pour cela, il n’est que ses lois qui priment. C’est ce que nous verrons à la fin du film. Lorsque les lumières viendront vaporiser l’obscurité et redonneront la parole à la Vaporeuse.

Coincés que nous sommes, nous hésitons à savoir si le danger vient de Jenn Murray ou des habitants de l’île. Heurtés. Idem pour Candice Van Houten qui, au cours de ses séances, essaie d’en savoir toujours un peu plus sur Jenn Murray. Mais tout est toujours remis à plus tard. Elle ne peut que se poser des questions. Cela affecte la progression scénaristique qui se fait dans une lenteur peu dérangée. En lui-même, le personnage de Dorothy est assez dérangeant. Ne serait-ce que physiquement. Il devient très difficile de savoir ce qui cloche chez elle. Agnès Merlet affirme sa volonté de le présenter comme un personnage normal (ce pourrait être vous ou moi… Euh, non ! Plus vous que moi, quand même !), en complète contradiction avec la première scène où Jenn Murray nous est révélée. Cet état est aussi en conjonction avec le caractère insulaire dont nous parlions précédemment. Le spectateur sent bien qu’une présence étrangère les dérange (en l’occurrence celle de Carice Van Houten), comme en Corse où les autochtones vous disent que vous pouvez très bien être là où vous êtes, mais qui vous font comprendre en sous-texte que ce serait mieux que vous n’y soyez pas. J’y étais. Je l’ai fait. J’ai saisi ma chance, j’ai frappé la balle au rebond. Ca se jouait sur du gazon. L’occasion s’est présentée. Je ne l’ai pas laissé passée. Impossible de m’en vouloir. Je suis un mec trop bien.

Le personnage de la vieille aveugle est complètement cliché. C’est le personnage qui détient les clefs, qui distille les indices de droite à gauche. Une sorte de Mère Fouras qui donne des conseils comme si elle savait tout, avait tout compris à ce qui se trame. Ce qui est d’autant plus étonnant est qu’elle vient en symétrie de Jenn Murray, la pâleur incarnée. Jenn Murray vieille.

Comme le film hésite entre dire et ne pas, Agnès Merlet s’en sert d’excuse pour justifier ses manques de partis pris.

Oui, mais en mise en scène, cela ne fonctionne pas ainsi. Ici, quelques essais sont parfois fructueux mais, d’une manière générale, tout est un peu trop timoré. Pas assez signifiant. Dès le début, nous sommes même gratifiés de quelques zooms maladroits sur les jeunes lors de l’accident de voiture. Notons aussi un plan pas très beau lorsque Jenn Murray parle de s’envoler comme un oiseau. A part cela, il y a bien un effort louable pour faire jouer de l’échelle de plans par-ci, par-là. Les plans larges sont les bienvenus et nous remplissent les poumons. Du côté de la photographie, nous sommes plutôt dans des tons jaunes ocres, ternes, un peu passés. Pourquoi pas ? Cela donne une impression d’anachronisme lorsque nous déambulons sur cette île. Grosso modo, la lumière n’est pas trop dégueulasse. Lorsque la caméra est au grand air, tout est un peu plus nuageux, un peu plus couvert. Le procédé pictural cherche ainsi à reproduire une société sur le déclin, vieillissante, qui vit très nettement dans un autre monde. J’aime beaucoup l’emploi de courtes focales afin de mieux jouer avec la profondeur de champ, procédé toujours payant. Agnès Merlet ne s’attarde pas sur cette manière de faire, mais cela donne 2 ou 3 plans bons à prendre. Mais plus le film s’approche de sa fin, plus les plans rapprochés nous font de l’œil et oublient de nous ravitailler en oxygène.

Le film se veut oppressant mais ne deviendra que brouillon.

La scène de la révélation finale en est un bon exemple. Bâclée. Essayez d’imaginer ce qu’elle serait devenue avec quelques plans d’ensemble… Terminons quand même en parlant du plus beau plan de DOROTHY MILLS, celui placé au début, où Jenn Murray donne le biberon au bébé. Plan formidable. Awesome ! Brutal. Cruel. Complètement inattendu. Violemment dionysiaque. Emportés dans les fissures du Sacré-Cœur…

Alors que son affiche pouvait laisser présager un virage vers l’horreur la plus totale, DOROTHY MILLS est véritablement un film psychologique. Pourtant, il est traité comme un film d’horreur. Il tombe même dans le fantastique à partir du passage des coupures de journaux. Bien vu. Une image pour la dame. Nous y trouvons de gros effets faciles, des lumières parfois vulgairement sombres. Le traitement imposé par Agnès Merlet est l’instauration d’un climat oppressant, angoissant, d’une fureur sous-jacente qui va s’exprimer à moment donné (impossible de ne pas penser à THE EXORCIST et surtout CANDYMAN). Intrinsèquement, le film est très lent, il distille ses effets, prévoyant un éclaircissement à la fin, ce qui ne manque pas d’arriver. Ce rythme justifie quelques montées qui apportent des ruptures bienvenues, notamment lorsque l’un des personnages se tire une balle dans la tête. DOROTHY MILLS ne se base cependant que sur un rythme très basique. Les aspérités sont brèves et nous replongent aussitôt dans la torpeur de la lenteur précitée. Finalement, nous sortons du film avec une impression certaine de monotonie globale, comme s’il ne se passait jamais véritablement grand-chose. Et malgré son dénouement, DOROTHY MILLS fonctionne sur un mode opératoire pépère. Nous aurions aimé être un peu plus bousculés.

DOROTHY MILLS est un faux film d’horreur qui cherche à nous faire peur. C’est une surprise. Mais la peur ne réside pas dans la surprise.

Dommage.

Il ne nous reste que ce qui nous appartient, et qui ne cherche qu’à se dérober à notre contrôle.

8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 01:24

            Le soleil a revêtu ses habits les plus saillants, et quoi de mieux qu’un peu d’humour en attendant que la canicule emporte définitivement les corps les plus chétifs ?

            Pour qui aime la gymnastique zygomatique, le festival de Cannes est le rendez-vous annuel du renouvellement des pitreries, gags, cocasseries et autres blagues Carambar qui feront les beaux jours de l’année cinématographique à venir. Le président donne le ton. La présidente en l’occurrence, puisqu’il s’agissait cette année d’Isabelle Huppert. A priori, ce n’était pas gagné pour cette comédienne tout aussi réputée pour son humour que le gagman de Jean-Claude Brisseau. Disons qu’à la base le qualificatif de « comique troupier » s’approche autant d’Isabelle Huppert que Liverpool de la Nouvelle-Zélande.

            Et pourtant, nous aurons encore bien ri à l’annonce du palmarès 2009. Pas de grosse surprise. Rien que de l’attendu, du conventionnel, du classique Larousse. Le festival de Cannes fidèle à lui-même alors que subsiste la sempiternelle question : pourquoi le festival de Cannes se déroule-t-il à Cannes ?

            « La lumière vient du fond » aime pourtant ce festival pour son côté complètement inadapté, revêche à sa constitution première. Superposition et coexistence cristallines de ce qui fait et défait le cinéma. Le jour et la nuit à la même heure. Un regroupement antinomique. Un festival complètement schizophrène, et dont nous aimerions pourtant qu’il aboutisse à ce qu’il prétend fêter, à savoir un palmarès cohérent et logique qui récompense le cinéma et uniquement le cinéma. Finalement, la plupart des palmarès ne sont jamais en accord qu’avec le consensus de toutes les parties constituantes.

            Y avait-il matière à espérer, cette année ? Certainement pas par la piteuse sélection de Thierry Frémaux où les relents almodovardiens et autres kenloacheries dégageaient une forte odeur de renfermé dès que nous soulevions le couvercle. Le festival de Cannes fait vivre la ville. Il lui faut des noms. Thierry Frémaux offre à ceux qui se repaissent de la devanture du festival, les patronymes de ceux qui furent édifiés comme les chantres du cinéma d’auteur. Ils ne font pas dans le cinéma pop-corn, le public les aime bien et cela fait toujours bon effet de placer ce nom dans un dîner en ville. Mais le spectateur plus avisé sait qu’ils ne font plus de films depuis longtemps. Il reste alors quelques places pour ceux qui travaillent, mais de là à les récompenser, le chemin est encore long !

            Cette année, c’était beaucoup plus les jurés qui pouvaient nous laisser croire à quelques prix fins et clairvoyants. Isabelle Huppert en présidente, immédiatement, la vision d’un petit dictateur colérique imposant une Palme d’or pour Michael Haneke en signe de prime à l’emploi nous envahissait notre esprit dérangé. Mais nous essayions de réfuter ces élucubrations en tentant de croire qu’elle n’irait pas jusque-là. Elle l’a pourtant fait ; la raison du plus fort étant toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire fontaine. Et nous n’allons pas cracher sur cette Palme car Haneke nous l’aimons bien, ici. Mais il est tristement évident que les prix sont une nouvelle fois politiques et non cinématographiques. C’était sûrement la Palme la moins conne à donner. C’est dommage que nous n’ayons pas pu assister aux délibérations. J’aurais été curieux de savoir ce qu’ont dit chacun des jurés, et notamment celle en qui je mettais tous mes espoirs, celle qui a débuté comme mannequin de charme et actrice de films érotiques, je veux parler de celle qui a joué dans cette saga horrifique où une poupée pour enfant prenait vie, cette actrice taïwanaise considérée comme l’une des plus belles du cinéma asiatique, et dont voici une image :

SHU QI
           
Bon, pas la peine de se perdre en digressions : Tarantino et Noé n’ont pas été primés.

            Si je suis très content pour Haneke, je trouve incompréhensible que ces deux cinéastes qui étaient au-dessus du lot repartent avec leur copie à revoir. Et je ne prends volontairement pas en compte le prix d’interprétation masculine qui fait plus filet garni que récompense honorifique. J’irais jusqu’à faire la même remarque pour un cinéaste que je n’aime guère (Lars Von Trier) et dont le nouvel opus m’intrigue au plus haut point. Quasiment sûr qu’il y a à manger là-dedans. Puisque nous y voilà, citons cette interview de Charlotte Gainsbourg dans un magazine féminin (« Elle », je crois), qui nous apprend exactement pourquoi le danois est un réalisateur insupportable et surcoté. Elle y mentionnait le fait que, sur le tournage, lorsque Lars Von Trier la dirigeait, elle avait l’impression d’assister à une master class. C’est peut-être ici une simple question d’humilité, il n’empêche qu’elle est au cœur de la querelle. D’un côté, les réalisateurs bouffis de suffisance, qui n’ont que la reconnaissance en tête et qui veulent montrer qu’ils savent, de l’autre, ceux qui se contentent de faire du cinéma et n’ont aucune prétention quant à leur image. C’est exactement parce que Lars Von Trier considère ses plateaux comme des salles de classe que ses films sont pédants et théoriques. Il nous restera à juger sur place pour voir s’il peut encore mieux faire, et si Tarantino est toujours aussi virtuose. Son INGLOURIOUS BASTERDS sortira le 19 août 2009. Quoi qu’il en soit, aller voir un film sur la Seconde Guerre Mondiale est toujours une bonne occupation. Je vous laisse seuls juges de ce jeu de mots.

            Il est probable que ce film ait déçu beaucoup de personnes et cela expliquerait son absence au palmarès. Ce n’est pas tant du fait du film que de la légende Tarantino. C’est en substance ce que j’avais vécu lorsque j’avais vu JACKIE BROWN. En s’interrogeant sur ce phénomène, nous constatons que ce cinéaste est surtout perçu comme un auteur de films dans l’air du temps, jeunes, avec de la bonne musique, de bonnes répliques et des gunfights. Si l’on réduit Tarantino à cela, il est sûr et certain qu’il décevra un bon nombre de ses spectateurs. Mais il est bien plus profond et bien plus riche en vocabulaire cinématographique qu’il n’y paraît. Ceux qui n’hésitent pas à en dire du mal s’arrêtent bien souvent au côté premier degré de ses films, ils ne cherchent pas à en extraire la substance. Par exemple, accrochez-vous avant de trouver de quoi parle DEATH PROOF. Tous ses films demandent une attention particulière. Ce sont les mêmes personnes qui trouvent Tarantino bavard, qui crachent sur les films de lycée qu’ils trouvent niais et sans intérêt. J’avais remarqué cela il y a quelques temps et cela se vérifie de plus en plus. La plupart du temps, ils n’aiment pas le dernier film de Tarantino parce qu’ils n’y trouvent pas ce qu’ils y étaient venus chercher. Voilà ce qui tue un film. Voilà ce qui tue aussi la critique. On ne critique pas en fonction de ce que l’on aurait aimé voir mais bien en fonction de ce qu’est le film, de sa dynamique intérieure, de son champ lexical. Encore faut-il faire la démarche pour essayer de creuser le film. Des noms ? D’accord. Marie Sauvion ne fait pas cet effort. C’est flagrant si vous l’écoutez parler dans l’émission « Le cercle » diffusée sur Canal +. Elle ne fait que du « Moi, je » si bien qu’elle en devient insupportable par les arguments qu’elle avance. Elle descend systématiquement tout film qui ne lui offre pas ce qu’elle réclame ! A la même table, des personnes comme Philippe Rouyer ou Frédric Bonnaud s’attardent bien plus sur ce que le film leur offre.

            Bref, nous parlerons du Tarantino en temps voulu et nous reviendrons sur le verbe comme moteur de l’action.

            Encore un mot. Il portera sur la risible intervention de Jacques Audiard, qui bredouilla des remerciements inspirés par un quelconque message qu’il avait dû lire sur la porte des toilettes d’un relais routier du Périgord. Cet effet fait le beau jeu de l’économie de marché et de la déliquescence du cinéma français. C’était vraiment triste. Où s’arrête le talent ? Où commence la vente de charité ?

            L’histoire se chargera de rétablir les erreurs. Et accessoirement la C.V.R. Car, comme on dit chez moi : les bonhommes de neige tombent du ciel non assemblés.

            Et pourtant, il serait si simple d’élaborer un palmarès qui rende compte du travail et uniquement du travail de chacun, qui valorise les prises de risques et glorifie une vision iconoclaste du cinéma. Cette solution, elle existe. C’est moi-même qui l’ai mise au point. Elle est très simple et complètement applicable dès l’année prochaine. Ce serait une garantie certaine quant à l’établissement d’un palmarès honnête et fiable. Pour mettre en œuvre ce qui serait considéré comme « Le véritable palmarès du festival de Cannes », il n’y aurait besoin que d'un petit investissement financier afin d’assurer notre promotion médiatique. A bon entendeur…

            Le festival de Cannes nous a donc encore bien fait rire. A la place d’un palmarès, nous nous demandons s’il ne vaudrait mieux pas que le jury finisse par nous raconter une histoire de Toto. Certains poètes disent que c’est exactement ce qu’il se passe déjà.

15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 01:39

            >>> Vous souvenez-vous du temps où les films se regardaient sur une vidéocassette ? Dans mon coffre à jouets traînent quelques-uns de ces vieux exemplaires. Etonnement lorsque je retrouve ces antiquités magnétiques. Nourrissons le garde-manger de mon magnétoscope qui ne s’est pas fait déflorer depuis la dernière fois que Thierry Roland a dit quelque chose d’intelligent.

CONFESSION D'UN DRAGUEUR>>> De la neige, quelques bribes d’émissions, GRIDLOCK’D, film pas trop con de Vondie Curtis-Hall, un long métrage sublime avec d’excellents comédiens : BEAUTIFUL GIRLS de Ted Demme ou encore ce film d’Alain Soral : CONFESSION D’UN DRAGUEUR.

>>> En le revivoyant à niveau, je m’interroge sur les films qui n’ont rien laissé dans nos mémoires. Je préfère aller prendre un bain au lait d’ânesse.

>>> Seul et unique film d’Alain Soral en tant que réalisateur. Il ne lui a pas rapporté un caramel. Logique imparable pour ce V.R.P. hard discount qui nous vend des cachous pour du caviar. « On ne brade pas le cinéma ! » lui disait le juge qui l’a condamné à ne plus réaliser jusqu’à la fin de sa mort.

>>> CONFESSION D’UN DRAGUEUR est l’adaptation de deux de ses ouvrages : « Sociologie du dragueur » et « La vie d’un vaurien ». Note importante. Elle explique les voies sans issue du film.

>>> Alain Soral est un intellectuel. Du moins c’est ainsi qu’il se définit. Il est censé penser, réfléchir. De là découlent toute une série de réflexions, de thèses et de démonstrations. Le message est le propre du livre. Pour en faire passer un, orientez-vous vers la littérature ou vers La Poste (si la sociologie du fainéant vous intéresse). A quel moment intervient donc la réflexion d’Alain Soral sur le vecteur cinéma ? Réponse : M.P.E.R.

>>> Le film n’est pas une confession à proprement parler. Une initiation tout au plus. Il évite le piège du retour sur une vie, du flashback casse-gueule, et nous épargne une narration à rebrousse-poil souvent synonyme d’effet scénaristique et de rythme frustrant. Le film sera bêtement chronologique et narratif.

>>> CONFESSION D’UN DRAGUEUR emprunte deux chemins parallèles.

1 : celui du titre. Référence au dragueur en question. A priori c’est le personnage que nous allons suivre. En fait, pas vraiment. C’est le leitmotiv.

2 : le novice. Celui qui fait progresser l’histoire. Celui qui permet au dragueur de faire son exposé.

Le procédé évite la figuration des idées énoncées. Cependant, il n’est rien d’autre qu’une énième opposition maître/disciple. Sur ce point, il nous rappelle LE MOUTON ENRAGE, sans jamais se montrer aussi attrayant et original. Nous allons voir pourquoi.

>>> Qui dit adaptation dit transposition. Non pas en termes de lieu et d’époque, mais en termes artistiques. Si le film ressemble au livre alors la transposition est ratée car elle ne sert à rien. C’est la mère de tous les écueils. Plus le réalisateur s’éloigne de l’écrit, plus il se rapproche de son sujet. Le livre propose, le réalisateur dispose. Le principe est le même pour tous les films, sans aucune exception. Filmer son scénario est la meilleure méthode pour faire un film sans intérêt.

Dans CONFESSION D’UN DRAGUEUR, Alain Soral s’est surtout plu à mettre des images sur ses mots. Autant l’homme public semble à part, singulier et non conventionnel, autant le cinéaste manque cruellement d’univers et de résonance. Le film ressemble à n’importe quelle autre petite production française à l’esprit léger et au verbe intransitif. Ici, la recherche du beau est une chose vaine. Comme le style littéraire établit l’impact sur le lecteur, au cinéma, le cadre cherche de la même manière à faire passer une idée source d’émotion. Il semble qu’Alain Soral n’a pas poussé sa réflexion jusque-là. Seule lui importe la retranscription fidèle des théories qu’il avait précédemment développées dans ses essais. Du coup, tout l’aspect technique qui définit une marque de fabrique est passé sous silence. Les jeux de lumière sont estampillés norme française, le montage est basique avec des champs/contrechamps qui suivent le script, les costumes sont probablement pris dans la garde-robe des comédiens, ces derniers sont en roue libre (je lance Armstrong par ci, je lance Armstrong par là), les plans larges se cachent pour mourir, ne parlons pas du son puisqu’il n’y a rien à dire etc. Le pire c’est qu’un étudiant de la F.E.M.I.S. ne ferait pas mieux !

>>> Le dragueur c’est le joueur. Celui qui concoure et arbore ses tableaux de chasse. Le but est une fin en soi. Au contraire du séducteur, qui se repaît du cheminement. Le dragueur peut avoir moins de classe. En cela, Alain Soral n’hésite pas à donner un côté commun voire vulgaire à Saïd Taghmaoui. Début des liens qu’il tisse avec notre société, cette fabrique de la détresse humaine. L’aurore du film amorce la dialectique d’un paupérisme social.

>>> Ce qui intéresse Alain Soral : la mise en application de ses textes. Plongée dans une vraisemblance gauchement didactique durant les trois quarts du film. Rien ne nous est épargné. Règles de base, plans échafaudés, science de la drague, astuces etc. Tout acte répond à un commandement. Très vite, le film se transforme en catalogue de survie.

ALAIN SORAL>>> Le personnage du dragueur est forcément très intéressant. Plus précisément, disons que c’est sa démarche qui nous happe. Alain Soral place ses billes sur ce qui est devenu le tison contemporain de nos sociétés capitalistes : le cœur. La place du cœur. Jusqu’où tout un chacun s’en va traîner sur les rives de ce fleuve pour prouver qu’il a raison, pour nous faire acheter tel produit, pour nous faire voter pour celui-ci, pour nous faire haïr celle-là etc. La société de consommation n’est rien d’autre qu’une immense vitrine qui expose ses mannequins dénudés, ses slogans vantant une quelconque forme de plaisir etc. La politique n’est rien d’autre qu’une affaire d’apitoiement. L’alcoolisme de George W. Bush, Bernard Tapie n’est pas un mauvais bougre, la preuve c’est qu’il s’est fait rouler par plus escroc que lui, les pédophiles brandis pour imposer le contrôle du Net, la barbarie pointée du doigt pour réclamer la peine de mort, les photos de fœtus imposées pour convaincre de la légitimité des anti-avortement etc. Le vote pour un homme politique ne se fait plus sur ses idées mais sur sa propension à émouvoir le citoyen. Mutatis mutandis.

De la même manière, le dragueur choisit le vote du cœur. C’est l’organe qu’il cherche à conquérir. Son but n’est pas la relation sexuelle mais plutôt la victoire à tout prix et la flatterie de son ego. D’ailleurs, les prostiputes n’ont que très peu d’attrait à ses yeux.

Il erre en espace clos. Une arène qu’il a lui-même délimitée. Figure étonnante des deux personnages principaux devant un plan de Paris, devenue ce champ de bataille.

>>> Bizarrement, la critique sociale ne verra jamais le jour. Elle reste en arrière-plan, comme des remous qui ont peur d’affleurer. Le réalisateur se focalise plus sur son histoire et sur ce qu’il sait et a compris d’un tel mode de fonctionnement. Pédantisme. Le film ne nous est offert que comme un cadeau qui fait plus plaisir à celui qui offre qu’à celui qui reçoit. Oublié, le fondement. Il y avait pourtant tellement à dire ! Quand on sait, en plus, ce qui s’est passé en 1924… Comme une minijupe, CONFESSION D’UN DRAGUEUR donne une idée mais cache l’essentiel.

>>> Alain Soral compare son film aux GALETTES DE PONT-AVEN de Joël Séria. De deux choses l’une : soit un réalisateur reconnaît ses erreurs et conçoit qu’il a pu rater son film, soit il invoque différentes raisons, essaie de prouver que son film est incompris et promet que le temps lui donnera raison.

Je pense qu’on est artiste pour la vie. Roger Planchon vient de mourir et, à 77 ans, il répétait une pièce et était encore plein de projets. Un réalisateur ne s’arrête pas à cause d’un échec. Il s’en sert pour faire mieux à la prochaine tentative. Il n’y a qu’Alexandre Arcady pour faire pire à chaque fois. Celui qui renonce est celui qui avoue son incompétence.

Revenir à Joël Séria. D’abord, son film n’a jamais été considéré comme une petite chose sans grande importance. Si beaucoup sont passés à côté, quelques critiques affûtés (c’est normal, de tous temps, il n’en existe qu’une poignée à faire correctement leur travail) ont su révéler la beauté d’un tel film. Il est vrai qu’au fil des ans la popularité du film a grandi et que le public a su mieux l’apprécier et le (re)découvrir. Ainsi, dix ans plus tard, l’on en parlait beaucoup plus et sa popularité n’avait cessé de croître. Comme le jeune marié qui, lui aussi, avait une grosse popularité.

>>> Un film se regarde toujours avec un œil rétrospectif. Un film évolue au même rythme que les regards que l’on porte sur ce qui nous entoure. Or, depuis 2001, CONFESSION D’UN DRAGUEUR est quasiment oublié de tous et supporte difficilement une nouvelle vision. Ce qui ne passait pas à l’époque ne passe toujours pas. Preuve que l’avant-garde est aussi une notion qui peut se déceler en temps et en heure. Il n’est pas besoin d’attendre 2021 pour dire que CONFESSION D’UN DRAGUEUR connaîtra la pire des fins : l’indifférence la plus totale. Petit objet scurrile qui n’a même pas sa place sur un rebord de cheminée de province.

>>> Si LES GALETTES DE PONT-AVEN a su tenir le cours du temps c’est parce qu’il cumule des qualités qui font défaut à CONFESSION D’UN DRAGUEUR. Une belle poésie. Simple, chaleureuse, sincère même si truculente.

Alain Soral, lui, nantit son film d’un premier degré assez naïf. Aussi primaire qu’un patron du M.E.D.E.F. Et lorsqu’il cherche à faire de l’humour, le processus est lourdement claironné, répondant à un cahier des charges précis qui impose de caler l’humour à tel moment. Qui plus est, je le trouve très pénible, à l’image de Saïd Taghmaoui qui dit à Thomas Dutronc que s’il n’a toujours rien levé en fin de journée, il lui reste toujours le bois de Boulogne ! Et de rire grassement. [Mode prince du rire en attente] [Mode Patrick Sébastien toujours actif]

Scénaristiquement, la transformation du personnage paie toujours. Indéhiscente dans le film de Joël Séria, elle est inexistante chez Saïd Taghmaoui et convenue pour Thomas Dutronc. Dès le début nous nous attendons à ce que le disciple devienne le maître. Si le film se clôt sur une happy end de bon aloi, elle trahit pourtant une force qui surgit brutalement. Elle est ironique malgré elle (car je suis quasiment persuadé que ce n’était pas l’intention d’Alain Soral). Elle nous renvoie toute la misère de notre société en pleine gueule. C’est pour cela qu’en dépit de n’avoir aucun humour, CONFESSION D’UN DRAGUEUR est un film foncièrement triste.

>>> Très triste. Euphémisme.

>>> La raison l’emporte sur le sentiment. La lettre l’emporte sur l’instinct. C’est toute la différence entre le locuteur et l’artiste. Ne créons pas du talent où il n’y en a pas !

            >>> La reine de mon cœur vient de changer de prénom. Certains disent que c’est le printemps. Elle m’a dit que c’était son cadeau d’anniversaire. Moi, je suis sûr que c’est son syndrome prémenstruel qui la perturbe.

            >>> Suffit de jouer les doctes casaniers ! Sortons et ouvrons-nous aux courants théâtraux. « Nathalie » de Philippe Blasband.

NATHALIE>>> Mise en scène : Christophe Lidon. Avec : Maruschka Detmers et Virginie Efira. Théâtre Marigny - Salle Elvire Popesco.

Au tout début, Philippe Blasband a une idée originale (originale, vraiment ? Il me semble que nous avons déjà vu cela chez Bresson, mais bon). Anne Fontaine en fait un film : NATHALIE… Largement regardable. Puis, d’après ce scénario, Blasband en fait une pièce de théâtre qu’il publie dans un premier temps sous le titre « Nathalie Ribout ». C’est marrant, quand j’étais en terminale j’avais une Samantha Ribot (Aryika !) dans ma classe. Je sais, ça n’a rien à voir. Mais, moi, je suis capable de toucher mon nez avec ma langue !

>>> Christophe Lidon et la mise en scène. Plus un directeur d’acteurs qu’autre chose. Il semble bien savoir où se situent ses qualités et ses défauts. Il comble ces derniers par une belle sobriété de mise en place, une sécheresse du mouvement. Le superflu est gommé. Les deux comédiennes se retrouvent dans une vivacité de l’instant qui met en avant le fil longiligne de leur jeu interne.

>>> Le rôle le plus difficile pour Maruschka Detmers. Elle s’en sort avec une intelligence du texte plus que savoureuse. Rôle très contrasté. Performance nébuleuse. Pas ouvertement explicite. Naviguant sans cesse entre ses sentiments de haine, la souffrance qu’elle s’inflige et l’amitié naissante avec Virginie Efira. Un peu précipitée lors des scènes de fragilité, notamment lorsqu’elle s’en va chercher les pleurs. Comme une peur du vide, du silence. Pourtant ce qu’il y a de plus beau au théâtre.

>>> Extrême surprise : Virginie Efira. Jeune actrice que je ne connaissais pas. Jeune présentatrice de télévision dont j’avais vaguement entendu le nom sans y prêter attention. A n’en pas douter, il s’agit là non pas d’une vedette de télévision qui fait son petit caprice et décide de monter sur scène pour tenter une reconversion ou chercher une légitimité existentielle. Arthur se sentira visé. Au contraire, elle fait montre d’une vraie maturité de comédienne. Elle a la technique, la présence, la rigueur et l’intuition. Il est fort à parier que cette jeune fille a pris des cours d’art dramatique.

>>> Le jeu entre les deux comédiennes est subtil. Christophe Lidon s’attarde sur le combat moral qui les innerve. Il base toute sa démonstration sur leur apprivoisement et le mystère qui entoure cette mystérieuse histoire.

>>> Malheureusement, le dénouement ne sera pas à la hauteur. L’explication arrive comme un cheval sur la soupe. Il ne vient que parce que l’auteur a décidé de n’expliquer le pourquoi du comment qu’à ce moment. La résolution n’est aucunement motivée par une dérivation scénaristique mais uniquement liée au bon vouloir de Philippe Blasband. Artificiel. C’est dommage.

>>> Plaisir immense à regarder évoluer Maruschka et Virginie. (Je pense que je peux les tutoyer maintenant, après la soirée que nous avons passée ensemble.)

La première dans son rôle de femme blessée qui ne veut rien laisser filtrer, nous touche par ces interstices douloureux qu’elle égrène. Sa sobriété s’accorde avec le reste de la mise en scène de Christophe Lidon.

La seconde surprend sans cesse par son aisance particulière, ce personnage de façade qu’elle compose dès le début et qui va se craqueler au fur et à mesure. Etrange révélation. Elle bénéficie sans conteste de son allant de personnage public, mais prouve qu’elle sait aussi manier les variations et les achoppements. Que du bonheur !

Leur alliance est d’une teneur très particulière. J’ai rarement vu cela sur une scène de théâtre. Combinaison complémentaire. Affût des moindres divergences de jeu. Ecoute millimétrée. Chacune réagit avec les trouvailles du soir. J’aime ces comédiens qui ne sont pas sur des rails, et je pense que cela est en grande partie dû à Christophe Lidon. Largesses du naturel. Décontraction de la réplique. Les mots n’ont pas autant d’importance que les situations.

>>> J’aime ce théâtre fait de petites touches. Qui n’a l’air de rien. Qui s’immisce au plus près de vos propres correspondances. Sans se sentir violé.

Grâce à sa mise en scène, Christophe Lidon donne à « Nathalie » un rythme effroyable. Tout est tendu comme un string de jeune fille au pair. Même la lenteur de la progression scénaristique devient suffocante. C’est absolument magnifique. Juste et implacable.

            >>> En ce moment, j’écoute ça en boucle :
 



            >>> Le 16 avril 2009, voici ce qu’il s’est passé sur l’antenne de France Inter :
 


>>> Pour ceux qui ne le savent pas, Michèle Alliot-Marie est notre ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales.

>>> Voyez dans la vidéo comme elle surjoue toutes ses ponctuations, faisant mine de ne pas connaître cette affaire. Pourtant, c’est elle-même qui a limogé Bruno Guigue le 20 mars 2008 (à cause d’une tribune qu’il avait publiée sur le site http://www.oumma.com, où il critiquait la politique d’Israël).

>>> Ce n’est bizarrement pas cette affaire qui préoccupe l’auditrice. On l’empêche de s’exprimer sur l’organisation paramilitaire qu’est le B.E.T.A.R. Cette dernière est considérée dans certains pays comme une organisation terroriste. Pourtant, en France, elle a droit de cité et ne s’en cache pas. Si la personne au téléphone avait pu s’exprimer, elle aurait sûrement demandé à Michèle Alliot-Marie si elle a quelques explications à nous fournir concernant la présence de cette organisation sur notre sol. Qu’a cette question de proprement scandaleux ? Qu’y a-t-il à cacher ? C’est parce que Nicolas Sarkozy et son gouvernement n’ont pas de réponse à y apporter (ou plus simplement parce qu’ils éludent ce genre de questions) que les suppositions les plus folles concernant les lobbys sionistes et leurs accointances avec le pouvoir en place, voient le jour.

>>> Voilà comment l’on attise la haine. Voilà comment une démocratie laisse de côté les questions embarrassantes. Voilà comment elle sélectionne sa propagande de façade et modèle sa désinformation. C’est choquant et révoltant.

>>> Pour ce manquement à devoir répondre de ses actes devant le peuple français, je sortirai allègrement ma banderole : « Michèle Alliot-Marie : DEMISSION ! »

>>> Pour avoir modéré cette auditrice, pour ne pas avoir à mettre son invitée dans l’embarras et pour avoir répondu à sa place, je réclame aussi la démission d’Eric Delvaux et le retrait de sa carte de journaliste.

>>> Qui osera encore parler de liberté d’expression en Chine France ?… Non, en Chine… Non, en France !!! Je m’y perds.

>>> Les hommes politiques c'est comme les autocollants Panini : c'est toujours ceux que tu as que tu ne veux pas.

            >>> La nouvelle reine de cœur me dit :

- Cette phrase comporte sept mots.

D’un sourire, la reine de cœur me fait comprendre qu’elle a encore des atouts dans son jeu. Puis, elle continue :

- Cette phrase est fausse. Nous pouvons en déduire que l’inverse est vraie. D’accord ?

- D’accord, que je lui dis.

- Et pourtant non ! La preuve.

Son regard se fait plus enjôleur. Elle abat sa dernière carte :

- Cette phrase ne comporte pas sept mots.

Elle est forte… Elle est très forte !

11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 21:18

SYNECDOCHE, NEW YORKSYNECDOCHE, NEW YORK            Je commencerai cet article par le lieu commun « une fois n’est pas coutume », sans lui faire de sort et sans faire de jeu de mots car, amis du bon goût, vous commencez à comprendre qu’il n’y a rien de plus pathétique qu’un calembour. Un calembour a toujours l’odeur d’une serviette que l’on fait tourner au-dessus d’une tête en fin de repas.

Laissons cela aux apôtres de la suffisance délavée.

A nous la finesse et les prostiputes en provenance de Vilnius !
 

Je n’aurai pas trop le choix ; ma première tentative sera la bonne ou ne sera pas.


            Une fois n’est pas coutume, je vais rétablir les Tour de Pise érigées par la critique cinématographique traditionnelle. Une fois n’est pas coutume, je vais faire le boulot qui n’a pas été fait et je ne vais même pas demander d’argent à ces personnes qui ont perçu ma rémunération. Petite forme d’humilité placée mine de rien, qui va contribuer à faire de moi l’esprit de référence pour les siècles à venir (voire un peu plus si la conjecture économique va dans mon sens).

Je vais m’orienter vers les contrées d’un film que la presse a maltraité. Un film qui a eu l’infortune d’être présenté à Cannes. Certains vous diront que c’est une chance d’être en compétition dans ce festival de renommée internationale, mais le fait est que Cannes peut faire la carrière d’un film comme il peut en briser ses visées les plus légitimes. Et cela pour des raisons assez bêtes et complètement étrangères aux films. C’est ce qu’il s’est produit pour le sublime SOUTHLAND TALES de Richard Kelly, long métrage ahurissant d’intelligence et de savoir-faire, qui avait très largement sa place dans nos salles feutrées, et qui n’aura même pas bénéficié de sortie française. Il existe donc un angle mort au festival de Cannes, qui arrive souvent en fin de compétition, lorsque tout ce beau est fatigué par les courtes nuits de sommeil et la cocaïne qui vient à manquer, un espace temps durant lequel les critiques commencent à partir et ceux qui restent dorment en projection. Généralement, les films qui demandent une attention particulière font les frais de ce manque de professionnalisme. Tout préjugé devient fatal. Toute aspérité mène à une interprétation douteuse. Pas de chance pour le film en question, son originalité est devenue une erreur de parcours pour les critiques qui l’ont regardé d’un seul œil et ont écrit leur papier d’un seul pied. Le tableau est noir, la craie ne s’y distingue plus et les volutes du pessimisme vont enserrer la fresque. Alors que sa sortie eut lieu le mercredi 01 avril, aucun critique festivalier n’a jugé utile de s’octroyer une seconde vision et les autres se sont soit abstenus soit alignés sur leurs confrères. Les rares critiques positives n’affirment que tièdement leur point de vue.

Bref, puisque personne ne parle du film, puisque personne n’en parle convenablement, puisque j’ai l’éternité devant moi et puisque « La lumière vient du fond » est l’évangile référent, je sors ma cabine téléphonique et, un quart de seconde plus tard, je surgis, tel l’élu justicier chargé de veiller au bon déroulement du service après-vente cinémondial.
 

« La lumière vient du fond » s’est chargé de rectifier le tir et de réhabiliter l’excommunié qui répond au nom pittoresque de SYNECDOCHE, NEW YORK.


            Placer ce film dans le circuit des programmations cinématographiques revient à faire une partie de roulette russe avec 6 balles dans le barillet. Sa promotion s’est faite en catimini. Les distributeurs ont sûrement dû penser que le peu de personnes qui iraient le voir ne suffiraient pas à amortir la campagne commerciale. Autant en faire le minimum, juste ce qui suffit à alerter les inconditionnels de Charlie Kaufman voire de Philip Seymour Hoffman, public potentiel qui est censé se tenir suffisamment informé pour être au courant d’une information aussi peu relayée. La vérité c’est qu’en réfléchissant comme cela, ils réfléchissent mal. La vérité c’est qu’ils ne savent pas comment vendre un tel film qui ne rentre dans aucune case, et qu’ils préfèrent alors faire une sortie technique pour empocher les subventions qui vont avec. Pour ceux qui ne le savent pas, une sortie technique c’est la mort chronopostée d’un film. En général, on le place dans 3 ou 4 quatre salles et qu’importe sa durée de vie. Que voulez-vous qu’il advienne dans ce cas-là face à un film qui sort, lui, dans 800 ou 900 salles ? C’est pour cela que la carrière d’un film ne se dessine pas à coups de spectateurs mais à coups de fauteuils. Conseil du jour : il est de bon ton de prendre un air dégagé et de rire à gorge déployée lorsqu’un ignare de premier ordre tente de vous moucher en vous rétorquant avec force habileté syntaxique qu’il reste fort heureusement le bouche à oreille.

Maintenant, regardez l’affiche de SYNECDOCHE, NEW YORK. Comment peut-on penser en toute bonne foi qu’elle déclenche en nous, par sa simple vision, l’envie irrépressible d’aller se gargariser de cette histoire dans une salle plongée dans le mutisme lumineux le plus enivrant soit-il ?

SYNECDOCHE, NEW YORK est donc sorti à Paris dans 5 salles. Je me doutais bien que le processus vital était engagé. Ce dont je n’avais pas encore idée c’est qu’il n’en resterait plus qu’une seule cette semaine. Nous pouvons la citer, il s’agit du MK2 Beaubourg. Ah, Marin Karmitz ! Le chantre du cinéma d’auteur ! Il y aurait beaucoup à dire sur sa philosophie ambiante, qui n’est en rien différente de celle des grands groupes juste devant.

J’enfourche donc mon fidèle destrier et me voilà parti en croisade. Gare à toi Marin, et à tes petits complexes que tu ne rénoves pas ! J’arrive le premier dans la salle. Youpi ! Je cris et je fais un peu le fou tout seul parce que j’aime bien le son un peu voilé des salles de cinéma. Je me retourne vers la cabine de projection et j’aperçois un technicien en train de m’épier. Finalement, je décide de me calmer et de faire comme si de rien n’était. Je vais donc pour choisir le plus beau et le plus confortable des fauteuils mais, tant pis, je prendrai le moins pourri. Après, je fais plein de choses inintéressantes et d’autres personnes arrivent.
 

Le film commence ; c’est à cet instant précis de ma vie que tout a basculé.


            J’aime beaucoup Charlie Kaufman. C’est une sorte de double. Lui et moi avons en commun la volonté de brouiller les pistes. Il existe entre nos deux écritures une similitude qui prend naissance dans le subtil mélange entre la réalité et la fiction, entre le vrai et le faux, entre la vie et le rêve, entre le virtuel et l’effectif, entre soi, l’image de soi et l’image que l’on a de soi. Finalement, tout est réel même si tout est inventé. Tout est important car tout est lié à une racine existante ou ayant existé. Parfois, tout est au premier degré. Parfois, tout est clair et compréhensible. Parfois, je donne plus d’intérêt à une chose, à une situation, à une personne, qu’elle n’en a. Parfois, il faut savoir lire entre les lignes. Parfois, il faut faire des recherches sur certaines phrases pour savoir à quoi elles sont reliées. Parfois, l’obscurantisme de certaines anecdotes paraît plus clair si l’on s’y attarde. Parfois, il change de sens selon le niveau de lecture. Parfois, certaines personnes qui passent leur souris sur des mots ou des images trouvent des indices. Parfois, certaines références sont clairement impossibles à identifier pour les personnes non affranchies. Parfois, ce qui est trop intime ne peut pas être décelé en tant que tel.

Il existe un mot qui résume parfaitement tout cela et que je ne connaissais pas. C’est le titre du film. C’est la synecdoque. Pour ceux que cela intéresse, je les laisse s’y référer. Comme je les laisse libres d’approfondir chacune de mes références. Mais il n’est pas nécessaire de savoir ce qu’est la synecdoque pour comprendre le film de Charlie Kaufman, comme il n’est pas nécessaire de ratisser mes articles pour deviner leur sens premier. Mais si vous penchez un peu la tête en avant, que vous tendez l’oreille, que vous ouvrez bien les yeux et que vous écartez vos cuisses, vous découvrirez alors des horizons insoupçonnés qui vous mèneront vers d’autres pistes complémentaires parfois fort réjouissantes.

Je me méfie de Charlie Kaufman. N’y trop haut, ni trop bas. Prendre le film comme il est. Oublier la consanguinité. Pareil aux autres. Ce n’est qu’un film.
 

Etes-vous prêts pour l’explosion de vos cellules et leur réorganisation au sein d’un univers semblable au nôtre et à celui dont vous rêvez ?


            Quand je parle de rêve, je pense précisément à la dimension paradoxale du sommeil. C’est-à-dire qu’il est question de ce royaume que votre cerveau recrée et qui fluctue entre rêve et cauchemar. Vous ne pouvez guère contrôler le genre.

Même si le titre du film mentionne une ville existante, la réalité de SYNECDOCHE, NEW YORK n’est pas celle que nous connaissons. C’est une réalité contiguë. Presque identique à la nôtre, mais légèrement fluctuante. On achète des maisons en feu pour y vivre et l’on peut devenir peintre de tableaux uniquement visibles avec des lunettes grossissantes. Tout est aussi fou et du même ordre d’idée. C’est foisonnant et inarrêtable. Cette succession d’idées loufoques confine parfois au démentiel. Simplement contrecarrée par la rigueur de la réalité que nous connaissons. Un principe pas si difficile à accepter. Après tout, récemment, WATCHMEN se situait dans une réalité tout aussi déviante. Et puis, ce n’est qu’un héritage de l’immense folie des années 70 ou toutes les idées les plus improbables et le non-sens le plus absurde étaient alors une norme. Being weird isn’t enough !
 

SYNECDOCHE, NEW YORK est un film tout simplement brillant.


            Awesome ! C’est le moins que l’on puisse dire. SYNECDOCHE, NEW YORK est un film qui se savoure principalement par son scénario. C’est son atout majeur. Si nous savons tous qu’un film c’est avant tout de la mise en scène, SYNECDOCHE, NEW YORK n’est pas l’exception qui confirme la règle. Parce qu’il a employé la méthode ultime, celle qui dynamite tous les autres procédés : il a travaillé sa mise en scène dès l’écriture. Il est donc faux de dire que le long métrage de Charlie Kaufman est un film de scénario. A n’en pas douter, il l’est, c’est très visible, mais c’est aussi bien plus que cela. Parce que de la mise en scène, vous en trouverez, même si elle peut parfois paraître taillée à la serpe. Si les scénarii de Charlie Kaufman étaient surtout combinés aux signatures de Spike Jonze et de Michel Gondry, il faut bien avouer que notre cher scénariste n’en a pas le talent visuel. Peu importe. Si sa mise en scène est moins extravertie, elle a le mérite de se couler parfaitement dans son univers et d’en dégager sa propre substance. Le film dure un peu plus de deux heures et, vers la fin, il devient un peu « sec » du fait de cette mise en scène moins en verve. Le processus n’apporte plus que de rares gâteries. Ca frotte légèrement sur les jantes. Malgré cela, c’est haut la main que Charlie Kaufman l’emporte sur toutes les productions de ce début d’année.

Avec un peu d’astuce et d’espièglerie, il travaille sa mise en scène comme une partie intégrante de son scénario. Elle peut alors devenir moins décelable que chez Gondry, par exemple, mais pas moins impactante. Et c’est le festival des dénominateurs communs et des tangentes sinusoïdales ! Le plus savoureux : Charlie Kaufman n’a pas peur de semer son spectateur. Il ne donne aucun lien logique, il nous emmène sur de fausses pistes, il dissémine des indices dans de nombreux plans, il nous conduit vers des impasses, il fait mine de prendre des chemins de traverse, il axe son propos sur plusieurs sujets principaux, il ne balise aucune trace chronologique etc. Bref, le spectateur se retrouve sans cesse désarçonné par les manques de repère. Toute extrapolation se voit inévitablement abattue, renversée, mise en échec par le temps qui passe, un nouvel élément qui entre dans la vie des personnages, une réflexion etc. Le film vibre à chaque instant. Il grouille de cellules qui se développent selon l’ordre aléatoire de la Nature. Certains prennent le pas sur d’autres. Il n’y a pas une seule voie mais toutes mènent au même résultat final : la mort.

Dès le départ, le film en est empreint. D’abord, elle se manifeste sous une forme pathologique. Cet aspect revient comme une blessure lancinante. Une vision qui hante Philip Seymour Hoffman et qui nous rappelle que nous ne sommes que des corps en décomposition. C’est par ses effets hyperboliques et sa mise en parallèle de notre monde que Charlie Kaufman nous assène sa vision de nos errances, tiraillés que nous sommes par notre désir de modifier le reflet de notre miroir.

Le film lance ses premières pistes, déblaie le terrain et, une fois que le principe est bien établi pour tous, Charlie Kaufman dynamite ses axiomes et les multiplie dans une seconde partie absolument sublime, mathématique, ingénieuse, habile et lucide. Nous pouvons le dire, cette deuxième partie du film est géniale ! Le moindre détail prend un sens énorme. Tout en sachant qu’il n’est pas nécessaire d’en suivre et d’en comprendre toutes les ramifications pour participer au film. Mais tout est important. C’est un travail de fou, de titan, de maniaque. Ce ne pouvait être que forcément beau et dionysiaque.
 

Eminemment supérieur.


Si chaque détail est revêtu d’un sens dont la profondeur dépend de ce que chacun y voit, c’est bien parce que la mise en scène de Charlie Kaufman joue sur le symbolisme, la linéarité, les lapsus, les sens cachés, les sens prêtés, les apparences, la métaphysique, le scepticisme, les fausses pistes, les occasions manquées, la condition de soi, l’idéalisme, l’introspection etc. Parce que les voies sont multiples et celles suivies par Philip Seymour Hoffman sont noyées parmi tant d’autres. Leur différence égale leur unité globale.

C’est là tout le sujet du film. Son cœur. C’est l’exemple même d’une mise en scène au diapason de son sujet. Philip Seymour Hoffman est un metteur en scène de théâtre qui supporte mal de ne pas pouvoir contrôler chaque élément de sa vie personnelle comme il décide du moindre détail de ses mises en scène. Son rêve (ou son cauchemar) serait alors de pouvoir mettre en scène sa vie, mettre en scène chaque seconde de sa vie. Oui, mais… Quand est-ce qu’on vit alors ?

A travers ce délire à la fois jouissif et claustrophobe, Charlie Kaufman se livre à un exposé à la fois lent (à partir du jour où il se sent mal Philip Seymour Hoffman mettra de nombreuses années avant de mourir) et ultra-rapide (les ellipses sont fulgurantes et donnent envie de pleurer tellement nous ne sommes plus rien à côté), sur la difficulté de maîtriser ses moindres gestes et le besoin de corriger ses erreurs. Thèmes déjà présents dans BEING JOHN MALKOVICH, ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND et ADAPTATION.

Le film devient solide par sa richesse. Tout cet amas fait le propos du film, sans être trop souligné par une mise en scène exubérante. Pourtant, le travail est énorme. Ca cadre plutôt pas mal. Sans cerise sur le gâteau, mais avec une ganache bien luisante. Nous pourrions reprocher un jeu sur les axes en manque de repères stakhanovistes, ce qui aurait renforcé le lyrisme du film. Le son est mat comme je l’aime. Et le montage sonore surgit très étroitement. Il est parfait dans ses emplacements et toujours pertinent. Les décors sont utilisés à bon escient avec cette sensation d’enfermement l’air de rien. Ce n’est pas innocent si la scène de fin sera une bouffée d’air frais, lorsque Philip Seymour Hoffman ira mourir en plein air. Mort parmi les morts. Ce qu’il était déjà.
 

Retour au début et la boucle est bouclée.


Enfin, il faut rajouter, sans quoi cela serait profondément injuste, que SYNECDOCHE, NEW YORK est un film vraiment drôle. D’un humour délié et parfois amer, nous rions beaucoup, parfois sans s’y attendre. Comme le film est une lente dérive vers la mort de Philip Seymour Hoffman (je crois que nous pouvons le dévoiler car ce n’est pas l’enjeu du film, et le dénouement est moins important que le processus qui y mène), il baigne constamment dans un univers un peu morbide, un peu souffreteux. Et s’il y a bien une chose que le public n’aime pas c’est tout ce qui a trait à la mort, à la maladie, au corps. Eh bien, moi, j’aime qu’un film ait le courage de se confronter à ces tabous, je veux que chaque artiste ait la possibilité d’exprimer ce qui ne constitue pas les valeurs des forces de vente. Et SYNECDOCHE, NEW YORK s’octroie même le luxe se sombrer jusque dans le dépressif. Or, là où il devient intéressant c’est quand il se trouve contrebalancé par un humour ravageur qui place le spectateur entre deux chaises. Forcément : le rire vient de la rupture. C’est ce qui fait que SYNECDOCHE, NEW YORK ne manque jamais d’espoir dans cette interprétation assez libre de nos destins à l’issue fatale. Il porte en lui l’insatisfaction constante de nos vies. Celles que nous construisons. Celles qui ont beau être de guingois, mais qui n’en restent pas moins attachantes parce qu’elles sont notre œuvre. Et elles le sont encore plus parce qu’elles ne peuvent pas se substituer à l’art de la répétition. D’où le besoin de vouloir diriger sa vie. Parce que nous n’avons droit qu’à une seule chance. Et parce que nous savons bien, malgré nous, que nous n’obtiendrons pas tout ce que nous désirons et que nous serons fatalement frustrés. Cette complexification des émotions est une grande réussite. Merci la vie.
 

Ca, c’est fait, comme dirait Terry Kevin.


            Passons maintenant à une nouvelle coïncidence en fleur. L’actualité me fait digresser vers un film également interprété par Philip Seymour Hoffman. Réalisé par Richard Curtis (son second film après LOVE ACTUALLY, où l’on peut distinguer 1 ou 2 bonnes idées. Si, si, quand même !), THE BOAT THAT ROCKED sortira chez nous le 06 mai prochain.

Les années 60. Une radio pirate installée sur un bateau ! Direct, nos pensées s’en vont vers PUMP UP THE VOLUME, chef-d’œuvre que tout adolescent se doit d’avoir vu s’il veut que le reste de sa vie se déroule sous les meilleurs auspices. THE BOAT THAT ROCKED n’a pourtant rien à voir avec le film d’Allan Moyle. Si ce dernier s’attachait à la libération par la parole, au refus de l’annihilation de la singularité et aux pertes des libertés individuelles dans une Amérique de plus en plus répressive, THE BOAT THAT ROCKED pêche par son manque de thématique et son ambition limitée. Il réduit la démarche des radios pirates à une liberté de ton et à une liberté d’expression un peu trop démagogiques. Tout cela est très convenu à l’avance. Qui serait capable de brimer les êtres et de défendre une programmation radiophonique imposée par des lois ? Evidemment que celui qui veut faire taire le rebelle passe pour le méchant de service ! Le public a déjà pris le parti des radios pirates bien avant que le film ne commence. Tous ceux qui s’y opposent passent pour des bigots coincés du cul, propres sur eux, vivants dans des maisons où tout est parallèle. Avec sa raie à la François Fillon, Kenneth Branagh tombe dans le cliché le plus mièvre du conservateur aigri à l’haleine fétide, à l’humour prout-prout et à la montre bling-bling. Il en fait des caisses et surjoue à tous les râteliers. D’une manière générale, tous les comédiens font leur show. Les couvertures s’arrachent et les défilés de mode n’ont qu’à bien se tenir ! Comme d’habitude, ceux qui ont opté pour la sobriété s’en sortent le mieux. Une petite exception, cependant : Emma Thompson (actrice qui m’insupporte à chacun de ses rôles) est ici à créditer d’une apparition très drôle, dont l’excès colle parfaitement au personnage. C’est totalement inattendu, et donc cela mérite un monument. Un obélisque, comme voudrait la jeune mariée.

Richard Curtis et son caméraman s’adonnent à un petit jeu de réalisation qui m’énerve prodigieusement. C’est à peu de choses près tout ce qui empoisonne 96,3 % des films contemporains. Ils choisissent l’option caméra à l’épaule et essaient de donner du mouvement à l’action en bringuebalant le cadre sans aucune logique avec l’histoire ou la narration. Cela, même votre cousin Emeric sait le faire avec la première caméra que vous lui jetez dans les mains. Oui, oui, je parle bien de celui qui a 6 ans. De plus, ils n’emploient généralement que des valeurs rapprochées inadéquates qui n’ont d’autre intérêt que de nous préciser quel personnage est partie prenante de l’action. Encore pire : l’échelle des plans n’existe pas. Les valeurs de plans se succèdent sans cohérence. La raison invoquée précédemment est encore la même qui prévaut ici. Et je termine avec le meilleur : les plans sont montés de manière épileptique, d’une façon complètement désordonnée. Les prises viennent de n’importe quel angle, les valeurs du cadre passent du simple au quintuple et vice versa. Bref, c’est la foire aux portes ouvertes !

En fait, le film fait l’impasse sur le phénomène des radios pirates. Leur philosophie n’est jamais explicitée du point de vue des principaux personnages. THE BOAT THAT ROCKED n’est alors qu’un prétexte pour suivre les aventures d’un petit groupe fort sympathique au demeurant. Ce n’est qu’un film pour le fun. Histoire de passer un bon moment en disant quelques conneries, en fumant de l’herbe, en faisant l’amour avec de jolies filles et en écoutant de la bonne musique. D’ailleurs, s’il est vrai que certains morceaux musicaux font plaisir à entendre, tous n’ont qu’une seule et même fonction, celle d’être une playlist en mode shuffle. Elles ne trouvent aucune correspondance avec l’action, et si c’est le cas à 2 ou 3 exceptions près, ce n’est que pour être bêtement figuratives, du fait que les paroles mentionnent ce dont il est question dans le film.SYNECDOCHE, NEW YORK

SYNECDOCHE, NEW YORKIl faut donc comprendre que THE BOAT THAT ROCKED n’est qu’un concept de bonne humeur. Un film « so fresh », histoire de passer un bon moment ensemble. Sans s’encombrer de vocabulaire cinématographique. Par le biais de la réalisation précédemment décortiquée, il s’agit de lui donner un style, un côté fashion censé plaire à un public jeune, habitué aux clips et aux jeux vidéos. Mais le mouvement n’est pas le rythme et le film n’en a aucun.

A n’en pas douter, le film bénéficiera à sa sortie d’un coefficient de satisfaction très élevé. Et vous voulez aller voir ça ? M.P.E.R. !!! Ne créons pas du talent là où il n’y en a pas. Il vous reste encore quelques heures avant de faire votre choix et d’opter pour SYNECDOCHE, NEW YORK. Parce que vous devrez suivre votre impulsion première et ne rien remettre à plus tard. La vie, c’est maintenant. Vous n’aurez qu’une seule chance. Demain, il sera trop tard.