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2 juin 2005 4 02 /06 /juin /2005 00:00

            THE BONFIRE OF THE VANITIES est un film particulier dans la carrière de Brian de Palma. Jusque-là on pouvait se féliciter de son parcours quasi parfait. Et puis cet épisode le précipite dans une sorte de chute vertigineuse et tourmentée dont nous attendons toujours qu’il se remette.

PSYCHO ou l’effet inverse. Lorsque Alfred Hitchcock entreprend sa réalisation, il a déjà derrière lui une filmographie assez conséquente, jonchée de nombreux chefs-d’œuvre. PSYCHO est l’aboutissement d’une recherche et d’une théorie filmique qui achève de l’imposer comme l’un des metteurs en scène les plus talentueux. L’onde de choc populaire est fantastique. Hitchcock atteint le spectateur dans un paroxysme qu’il ne retrouvera plus jamais.

Chez un réalisateur l’envie de faire des films doit prendre le pas dans l’élaboration d’un projet. Lorsque cette envie disparaît (les causes étant diverses, allant jusqu’à s’inscrire dans le domaine sentimental, c’est le cas chez Blier), l’échec n’est pas loin.

Le premier cas dont nous avons parlé est le plus répandu : l’échec commercial et/ou artistique qui bloque la créativité du maître d’œuvre. C’est la cas de Michael Cimino avec HEAVEN’S GATE, de Joseph L. Mankiewicz avec CLEOPATRA ou encore de Ken Russell après ses drames biographiques. L’effet PSYCHO est plus rare. C’est surtout l’embrasement populaire qui cristallise certaines passions sur un metteur en scène. Transfert. Pour exemples, citons James Cameron et son TITANIC, William Friedkin et THE EXORCIST, et même George Lucas et STAR WARS.

Et puis il y a ceux qui font déjection sur déjection et qui s’en remettent toujours : Jean-Jacques Annaud, Robert Bresson, Lars Von Trier, Renny Harlin et autres. Nous les appellerons le Consortium des Laxatifs du Cinéma.

WES CRAVENWes Craven, lui, appartient à la seconde catégorie. Gentil artisan qui a principalement œuvré dans le thriller fantastique et horrifique, en commençant par quelques films de commande à petits budgets, très habilement réalisés, qui précisèrent son style concis, parfois crû, mais très efficace. Le slasher movie est l’effet de style le plus propre à développer son savoir-faire. Premier coup de griffe (aïe !) : A NIGHTMARE ON ELM STREET affiche clairement toute la maîtrise de Craven (- C’est de la famille du fondateur de la cérémonie des Césars ? - Tu sors !). Gros succès. Il ne fait pas forcément dans la dentelle (re-aïe !!), mais toujours dans l’efficacité. C’est regardable. Et puis, le genre s’essouffle et au moment où il n’est plus d’aucun intérêt, Craven réapparaît et le tarantinise (tiens, je vais me permettre ce genre de néologisme de temps en temps, c’est tout à fait approprié). Deuxième coup de griffe (mais aïe !!!) : SCREAM. Méta-film qui réhabilite le slasher. Il n’apporte rien de nouveau au cinéma (il y a des ignares qui croient encore qu’on peut lui apporter quelque chose !), mais il aborde le genre à contre-pied. Succès planétaire. Erreur de Craven : plus il s’enfonce dans la série, plus la série s’enfonce. La trilogie s’achève. SCREAM, son film le plus abouti, s’est imposé à travers son style comme le renouveau du genre. Ce qu’il n’est pas. Ce sont même ses limites. C’est aussi pour cela que ses séquelles ne fonctionnent pas. Wes Craven est sonné. Il mettra alors cinq ans avant de refaire un autre film. Dernier coup de griffe (c'est-à-dire que là, ça devient lourd !) : CURSED. Craven revient à ce qu’il sait faire : le suspense fantastique. On ne décroche évidemment pas tellement c’est bien réalisé et bien monté, mais c’est assez mauvais. Wes Craven a été institué comme celui qui redéfinit les bases d’un concept afin de le transcender. On lui donne alors le mythe du loup-garou à sublimer. L’enjeu est de taille et pas forcément irréalisable. Hop, cascade, droit dans le mur. Chacun son métier ! Seul AN AMERICAN WEREWOLF IN LONDON s’était imposé dans ce domaine. Et WOLFEN, assez passable, avait quand même de belles choses à dire. Mais dans CURSED on ne sait pas trop ce que ça sent. Oui, c’est vrai, c’est quoi cette odeur ? Ca sent le vieux script qui traînait dans un tiroir, ça sent le scénario-type qui va donner l’occasion à Craven de se remettre en selle, ça sent la commande qui pourrait lui permettre de réaliser un film plus personnel, voire ambitieux, mais plus risqué financièrement. On attendra donc RED EYE, déjà en post-production, et dont le synopsis est très alléchant.

A travers ses films, c’est essentiellement de la mort dont nous parle Wes Craven. La mort comme chemin métaphysique. Ah, voilà, j’ai trouvé : ça sent le sapin ! Dans CURSED, c’est la mort de Wes Craven qui est mise en scène. La mort d’un homme qui peine à se rétablir des attentes que le succès de SCREAM a générées. C’était évident dès les épisodes suivants de la trilogie, ici c’est explicatif. Même MUSIC OF THE HEART ne faisait que le confirmer par ses clichés glacés et son scénario finalement peu inspiré.

Craven réalise donc son plus mauvais film depuis longtemps. Et pourtant c’est toujours une joie de retrouver Christina Ricci (le premier qui fait le rapport avec la couturière prend un caviar à cinq manches en pleine face). Repérez bien l’évolution de cette actrice. C’est tout en subtilités de jeu et choix de carrière pertinents. Pertinent donc son rôle dans CURSED, car plus consistant et ambivalent qu’il n’y paraît. S’il pouvait vous donner envie de regarder BUFFALO ’66, je vous conseillerais sans retenue de courir le voir.

Wes Craven est mort, c’est sûr. Son oraison funèbre aura lieu, en France, le 29 juin 2005. Amen.

            Pour faire le lien avec mon article précédent, sachez que si vous avez vu A LOVE SONG FOR BOBBY LONG et aimé Scarlett Johansson, vous pouvez vous précipiter sur IN GOOD COMPANY et l’aimer de nouveau. Elle y fait la même chose : elle balaie le film de sa générosité et de son charisme particulier. Elle ne fait rien et c’est ce qui fait tout. Scarlett Johansson ou la comédienne de la simplicité.

Par ailleurs, le film est assez plaisant. Grâce à elle, mais aussi à la description des liens humains qui y est faite. C’est sans prétention, c’est sympathique, c’est bien fait, c’est une bonne surprise. On aura passé un bon moment, on n’y pensera plus demain. Et puis ça fait plaisir d’avoir des nouvelles de Dennis Quaid !

            LA CONFIANCE REGNE est un film intéressant à plus d’un titre. D’abord parce que c’est un film raté d’Etienne Chatiliez et c’est plutôt rare (même si sa carrière est un peu surfaite). Ensuite et surtout, parce que l’on n'aborde que rarement la vulgarité au cinéma et en général d’une manière conventionnelle et lourdingue. Il faut voir comment Cécile De France joue la vulgarité ! Je crois que ça n’a jamais été fait au cinéma. J’ai passé un mauvais moment, je ne le regrette pas.

            Vu BOOGEYMAN. Indifférence totale dans la salle.

            Revu JUST A KISS de Ken Loach. Leçon de cinéma. Je ne parle pas de ce genre de films, je ne pourrais dire que des banalités. Courez au vidéo-club.

            Et comme vous semblez enclins à suivre mes conseils, je vous supplierais de ne plus regarder les figurants au cinéma et à la télévision. Voici une faune dont la compagnie est particulièrement désagréable. Ce n’est que fainéants, mécontents et divers prédateurs qui ne pensent qu’à empocher leur pécule et qui n’ont aucune rigueur dans le travail. Ces bandes de frustrés, elles existent et sévissent dans quasiment tous les métrages. J’appelle au boycott de cette population qui n’a aucun respect si ce n’est celui de sa propre personne. L’égo d’un comédien est surdimensionné, celui d’un figurant est égocentrique. En y réfléchissant, je ne suis pas le premier à l’avoir dit. William Wyler l’a même démontré. La preuve : la course de chars dans BEN-HUR. Sans figurants, ça a quand même une autre gueule ! Imaginez deux frères ennemis qui s’affrontent, seuls dans l’arène… Aujourd’hui, c’est un match du P.S.G. au Parc des Princes, sans spectateurs. C’est une tragédie entre 22 joueurs. BEN-HUR aussi est une tragédie entre deux princes. Et ceux qui insultent, qui crient à la haine, qui déversent leur amertume, qui sont assoiffés de sang, c’est quand même pas les joueurs du P.S.G., non ?

27 mai 2005 5 27 /05 /mai /2005 00:00

VIRGINIE LEDOYEN            Virginie Ledoyen est une femme très troublante. Forte personnalité, plastique impeccable, voix directive, regard sombre et piquant. Elle gère de manière assidue et intelligente sa vie médiatique, comme si elle ne cherchait qu’à rester une intermittente du vedettariat mais jamais au regard de sa vie intime. Elle fait preuve d’une assurance et d’un accomplissement que beaucoup lui envient. Ce qui en fait l’une des femmes les plus haïes. Les plus aimées, donc. Des femmes, des hommes, et toujours pour les mêmes raisons. Jusqu’ici le personnage est assez facilement identifiable. Là où elle se révèle insaisissable, c’est dans le choix de ses rôles. Dans sa filmographie, se côtoient aussi bien du gros calibre pour le gibier du dimanche soir (8 FEMMES, LA PLAGE), que des plantages démesurés (BON VOYAGE, HEROINES), de vraies bonnes surprises (LES MARMOTTES, LA CEREMONIE), des choses informes à la psychologie douteuse (MA 6-T VA CRACK-ER, DE L’AMOUR) ou cette petite perle signée James Ivory : A SOLDIER'S DAUGHTER NEVER CRIES. Il conviendrait encore de citer JEANNE ET LE GARCON FORMIDABLE pour mesurer l’éclectisme de ses rôles ou de son talent. Mais de quel talent parle-t-on ? Si faire du cinéma consiste à parler juste et se laisser photographier convenablement, alors oui, elle a beaucoup de talent. Finalement, ce n’est pas très compliqué le cinéma.

Virginie Ledoyen ne joue que dans un seul registre. Celui de la femme fatale. Malheureusement, aucun de ces rôles n’en est. Et c’est bien la difficulté qui tourmente l’actrice et qui se lit sur son visage à chacune de ses apparitions sur grand écran. Comment imposer un personnage qui n’est pas celui du script ? Dilemme. D’autant plus que la femme fatale n’a jamais été un phénomène de mode au sein du cinéma français. Ce n’est même plus à la mode nulle part. Elle n’a pas laissé sa place, elle a muté. De la même manière que le western.

THE HITCHHIKER’S GUIDE TO THE GALAXYSAINT ANGE de Pascal Laugier nous prouve que l’Histoire n’est qu’un éternel recommencement. Petit film, petite histoire, petite ambiance, petit suspense, petite interdiction aux moins de 12 ans, petit succès. Très petit. SAINT ANGE c’est surtout deux actrices : Virginie Ledoyen et Lou Doillon. Et, là encore, la première n’a pas grand-chose à faire. Elle se laisse photographier et elle parle juste. Pas le temps de s’apercevoir si elle a suivi des cours d’art dramatique. Lou Doillon, elle, a pris des cours. Mais de tennis. Ce qui ne l’empêche pas de renvoyer toutes ses balles dans le filet. Où est-ce que je pourrais placer le mot « exécrable » dans cet article ? Oh, tiens, le moment est tout trouvé ! Le film est censé faire froid dans le dos. Je confirme. Ca fait même très peur !!!

            Autre film qui fait peur : LES REVENANTS de Robin Campillo. Les revenants reviennent très bien. Ils reviennent tellement bien qu’on se demande pourquoi ils reviennent. Et Géraldine Pailhas se demande très bien pourquoi ils reviennent. Je n’en revenais pas. Le spectateur, lui, a tout le temps de très bien se comporter en tant que spectateur puisqu’on lui a réservé de larges plages où il peut dormir très bien, revenir, dormir très bien, revenir, dormir très bien, revenir etc. Je me garde ce petit bijou sous le coude pour les grandes nuits d’insomnie.

            Dans 36 QUAI DES ORFEVRES on nous refait le coup du grand polar français qui va enfin relancer le genre. Mais ce n’est qu’une succession de clichés à peine intéressants que seule la photo de Denis Rouden rend regardable. Et ça manque cruellement de femmes fatales !!! Daniel Auteuil est parfait. Gérard Depardieu aussi. Mais le grand guignol n’est pas loin, cherchez dans le scénario.

            Trois films français à la suite, mais qu’est-ce qu’il m’a pris cette semaine ? Ma bonne conscience me travaille à dates fixes. C’est insoluble : maintenant j’ai mauvaise conscience. Et comme si cela ne suffisait pas, j’ai commis le Péché Suprême : regarder un film étranger post-synchronisé en français. SIN CITYTHE HITCHHIKER’S GUIDE TO THE GALAXY sort en France le 17 août 2005 et ce sera un agréable moment de détente en pleine chaleur estivale. Evidemment, la version française est abominable mais plus supportable que la moyenne. Un film complètement délirant. Déjà l’originalité de la bande-annonce donnait considérablement envie de s’enfermer pour voir ce film, ce qui est rare pour une bande-annonce.

Une bonne surprise, donc, due avant tout à un scénario parfois très inventif, parfois moins, mais qui nous réserve de grands moments d’hilarité. Dommage que la mise en scène ne soit pas du même niveau, et on regrettera notamment une exposition un peu trop rapide (ça sent l’indigence du producteur derrière tout ça). Que serait THE DEER HUNTER sans sa première partie ?

            Et puis, faut-il parler de A LOVE SONG FOR BOBBY LONG de Shainee Gabel, film pas encore sorti chez nous et qui ne sortira probablement jamais ? Hmmm… Je suis de bonne humeur ! Alors je soulignerai la prestation une fois de plus sans faille de Scarlett Johansson, l’excellent boulot du photographe Elliot Davis (à qui on doit notamment THIRTEEN ou encore KING OF THE HILL), et puis c’est à peu près tout.

            Mercredi prochain sort sur nos écrans hexagonaux SIN CITY. Un vrai film noir qui manque de couleurs parce que réalisé par deux mécréants ! Personne a compris le jeu de mots, c’est affligeant ! Ici, les femmes fatales sont plus des femmes sexys qu’autre chose (eh oui, c’est ça le cinéma contemporain !).

On ne devrait parler des films qu’on a vus que quelques mois plus tard. 2 ou 3 mois en l’occurrence pour celui-ci et il ne m’en reste déjà plus grand-chose. Et pourtant il faut y aller parce que c’est du graphisme, parce que c’est un film noir, parce que c’est Jessica Alba, parce que c’est Quentin Tarantino, parce que c’est violentINDICA mais malheureusement pas autant qu’on le dit, parce que c’est l’ambiance de la bande dessinée et même plus, et parce que ça parle de la mort. Flammes fatales.

            A noter que les 7 047 habitants de Vallet s’appellent les Valletais et qu’ils sont fiers de vivre dans celle qu’on appelle « la capitale du Muscadet ». Si vous êtes dans le coin au soir du 10 juin 2005, vous serez fiers d’aller entendre Indica en concert au Point Bar et d’autant plus fiers que c’est gratuit ! Dites-leur que vous venez de ma part et ils vous offriront votre première conso (c’est pas pour de vrai mais ça m’aidera à me faire connaître !).

19 mai 2005 4 19 /05 /mai /2005 00:00

GAUMONT GRAND ECRAN ITALIE            Il vit ses derniers jours. Il va mourir c’est sûr. Il s’éteint à petit feu et personne ne peut rien pour lui. Ou si peu… Ca ne sent plus le pop-corn au Gaumont Grand Ecran Italie, mais le sapin ! Ce cinéma va fermer ses portes, on ne sait pas bien quand mais vraisemblablement avant la fin de l’année. Une pétition circule pour essayer de sauvegarder cet édifice. Elle aurait déjà rassemblé de nombreuses signatures, paraît-il. Mais n’y ajoutez pas la vôtre. Allez plutôt acheter une place et admirer le plus grand écran de France pendant qu’il en est encore temps. Le Gaumont Grand Ecran Italie ne sera bientôt plus qu’un souvenir, c’est sûr. Et cela n’a rien d’étonnant : c’est dans cette même ville qu’a été détruit, voilà maintenant plus de 30 ans, le plus grand cinéma du monde : le Gaumont Palace. Tiens, revoilà la Gaumont ! C’est la politique de la famille, alors ? Le plus grand cinéma du monde !!! Le plus beau aussi ! Alors la petite salle de la place d’Italie… Ce n’est pas celui-là qu’il fallait sauver.  Survivra dans ma mémoire l’expérience cinématographique la plus démonstrative : 2001 : A SPACE ODYSSEY lors de sa ressortie, deux ans après la mort de son réalisateur. La lumière et les couleurs, le 70 millimètres, ressentir plus que comprendre, l’essence du cinéma…

            Il vit aussi ses derniers jours le personnage central du dernier film de Gus Van Sant. D’ailleurs je devrais plutôt dire le nouveau tome de son œuvre. Car c’est comme cela que se bâtit sa filmographie. Celui-là même qui nous avait passablement énervé puis endormi avec son dernier film sorti en salles : GERRY. Mais ce serait injuste de rester sur cet opus expérimental, il faut absolument citer le très percutant GOOD WILL HUNTING qui fait partie de ses films plus conventionnels à opposer à MY OWN PRIVATE IDAHO ou encore DRUGSTORE COWBOY, qui faisaient déjà montre de l’univers particulier de ce cinéaste. Un univers qui s’étoffe, s’affine, prend corps et devient de plus en plus intéressant au fil de cette œuvre. Rappelons enfin PSYCHO, exercice de style aussi parfaitement réussi que vain et qui démontre un peu plus le caractère touche-à-tout et constamment en quête de Gus Van Sant. Avec LAST DAYS, il est encore en quête. Son truc ce sont les éléments manquants, les liens et autres rapports qui sont les fils conducteurs de toute logique. Gus Van Sant achève ici un triptyque qu’il avait commencé avec le très narcoleptique GERRY et poursuivi avec ELEPHANT. LAST DAYSComme ceux-ci étaient un savant mélange d’inintérêt et de manque de matière scénaristique, l’esthétique se reportait sur l’image et le procédé narratif. LAST DAYS s’inscrit dans cette continuité mais cette fois-ci, il garde les meilleurs éléments et se débarrasse de ce qu’il peut. Ce qui aboutit à un film très prenant, ponctué de quelques moments vagues où notre attention peine à s’intéresser. Le propos est éminemment personnel et pourtant très attachant. Plusieurs facteurs à cela : l’ambiance d’un lieu paradoxalement apaisant et angoissant, le pertinent usage du son en montage superposé (le son réel et le son que perçoit le héros) et l’interprétation stupéfiante de Michael Pitt (il est vrai qu’on l’avait déjà remarqué dans le pitoyable MURDER BY NUMBERS ainsi que dans l’un des chefs-d’œuvre de Larry Clark : BULLY, mais surtout dans son interprétation sensuellement parfaite dans THE DREAMERS). Attention, il ne faut toutefois pas se tromper quant au travail qu’il a effectué sur ce rôle qui, même s’il est de très haut niveau, n’en reste pas moins un travail de mimétisme plus que de composition.

Le film, quant à lui, est un récit imbibé de désespoir et d’ultra-violence, parfois insoutenable, qui trouve son apogée lorsque Blake arrache une corde à sa guitare. Cette brutalité est d’autant plus dérangeante qu’elle est masochiste et extrêmement crue. C’est une représentation de la violence intensément éprouvante, dure, conflictuelle et particulièrement désemparante puisqu’elle agit chez Blake en milieu semi conscient. La violence est partout et elle n’est jamais gratuite.

LAST DAYS, film bourré de qualités, qui gagne là où les deux éléments du triptyque avaient échoués (c'est-à-dire la destruction en tant que représentation mentale), mais qui trouve ses limites dans la charge émotionnelle qu’impose la forme cinématographique. PINK FLOYD - THE WALL traitait déjà de l’enfermement avec beaucoup plus de percussion et de beauté plastique à travers des images visuelles fortes et des allégories appuyées, faisant référence en matière de vertige intérieur.

Ce n’est donc pas un film distrayant mais une réflexion sur la détresse intime, particulièrement séduisant. Gus Van Sant explore des zones d’ombres, impose une vision et se rapproche des premiers films de Michael Haneke, notamment 71 FRAGMENTE EINER CHRONOLOGIE DES ZUFALLS. GUS VAN SANTAncré dans sa culture américaine, il nous rappelle à une famille de cinéma dont font partie Larry Clark, Todd Solondz et autres Harmony Korine (ce n’est pas par hasard s’il se retrouve dans le film). Cette affiliation, le respect pour ses sujets (chose assez rare dans le cinéma mondial pour être soulignée) et l’humilité dont fait preuve Gus Van Sant pour revenir à cette forme de cinéma après les péripéties commerciales qu’il a connues, en font quelqu’un d’intéressant sur bien des points et qui mérite toute notre attention.

            S’il vous reste encore un peu d’attention, dépêchez-vous de la porter au théâtre de la Main d’Or. C’est dans ce lieu très chaleureux que vous pourrez vivre la dernière expérience de Dieudonné : « 1905 ». Spectacle sur la laïcité s’il en est mais qui ne nous apprend pas grand-chose et pas grand-chose de nouveau sous cet angle. Mais assister à un spectacle de Dieudonné c’est avant tout assister à une sorte de grande messe où la venue du comédien sur scène est vécue dans la salle comme l’arrivée d’un messie. L’aura, voilà ce qui manque à un grand nombre d’artistes. Il l’a, il en joue, il la développe.

1905 Jamais entendu autant de rires dans une salle, jamais vu autant de jeunes qui venaient pour la première fois au théâtre, jamais vu un one man show aussi drôle. « Le divorce de Patrick » reste sûrement son meilleur spectacle. « 1905 » est moins subtil dans l’écriture mais violemment drôle, avec une galerie de personnages toujours aussi justes. L’intelligence du bonhomme est évidemment de désacraliser, de se moquer, de taquiner. Si vous n’avez pas peur de rire ce spectacle est fait pour vous, sinon vous pouvez réfléchir sur le fait que vous commencez à vivre vos derniers jours.

            STAR WARS : EPISODE III - REVENGE OF THE SITH est sorti au cinéma. Enfin !!! On désespérait de l’attendre. C’est bon, c’est fait. On va finalement avoir la paix avec la saga aux personnages les moins consistants de tout l’univers entier du monde de la galaxie. Et George Lucas va pouvoir se consacrer à des films plus expérimentaux (ne rigolez pas, je l’ai lu quelque part !). Paraît que c’est dans cet épisode-là qu’on apprend l’origine de cette vilaine respiration de Dark Vador. J’y aurais enlevé son masque et foutu un coup de Ventoline, moi…

            Je terminerai en vous conseillant la lecture d’un article paru dans Les Cahiers du Cinéma n°576, au lendemain de la mort de Maurice Pialat, et qui restitue une conversation entre Pialat et Godard qu’il faut absolument connaître. C’est une preuve de plus que Pialat reste notre grand cinéaste à ne pas avoir fait les grands films qu’il aurait pu faire. Alors que pour Jean-Jacques Annaud c’est le contraire ! Et il ne vit pas encore ses derniers jours ! Allons brûler un cierge.

15 mai 2005 7 15 /05 /mai /2005 00:00

            Voilà une phrase que je me dis à chaque fois que je sors de ce complexe, mais je finis toujours par y retourner. C’est une erreur. Sûrement par fainéantise, parce que c’est le cinéma le plus proche de chez moi et parce que je me surprends parfois à me comporter comme ces satanés spectateurs que vous êtes. Ceux-là même qui ne font plus attention à la qualité du service que les cinémas leur proposent. Ai-je employé le mot de « cinéma » à propos du Pathé Wépler ? Mille excuses. Alors la prochaine fois, j’irai de nouveau, mais je me renseignerai sur la saison avant de sortir. Si nous sommes en été je prendrai 3 pulls car leur clim est réglée sur le thermostat le plus bas qui soit. Et si c’est en hiver, je prendrai 3 pulls aussi car c’était clim-ou-chauffage-fallait-choisir.

En tout cas, il y fait froid. Je vérifierai plus tard s’ils ont passé un accord avec les médecins du quartier. Ce qui m’intéresse pour l’heure, c’est le film que j’y ai vu dans la salle 10. Ah, la salle 10 ! Un petit bijou de technologique post-moderne. Sans doute un peu trop moderne pour pouvoir offrir à ses spectateurs la qualité optimale que toute projection digne de ce nom nécessite. Car si vous passez par ce haut lieu de la cinéphilie française (malgré mes avertissements susdits) vous pourrez constater que cette salle possède un plafond bosselé suffisamment bas pour que l’image projetée accroche le haut de ce même plafond. Ce qui, vous l’aurez compris, a pour conséquence directe de nous permettre de visionner sur le sacro-saint écran blanc une image qui nous paraît être comme déchirée sur toute sa hauteur. Ah, mes aïeux !!! Ce ne se serait pas passé comme cela du temps de Stanley Kubrick ! Malheureusement, les cinéastes n’existent plus (si, ma p’tite dame ! Bon, d’accord, y’en a encore quelques-uns, mais Kubrick, il est bien mort, non ? Oui ? Merde !). Et le projectionniste de la salle 10, me direz-vous, que fait-il pendant ce temps-là ? Je ne vous ai pas dit ? Eh bien il est tout bonnement occupé à essayer de faire partir cette fichue première bobine qui ne voulait pas se lancer. Pour le plafond il m’a promis de s’en occuper pour la prochaine fois que je me prendrai pour vous. Je vous tiendrai au courant. C’était les petites misères de la salle 10. Je pourrais encore vous conter celles que j’ai connues durant les précédents films que j’y ai vus, mais je finirais par vous promettre que je n’y mettrai plus jamais les pieds et je ne veux pas retourner dans cette spirale.

TAEGUKGI HWINALRIMYEOBon, il va enfin le dire le titre du film ?

TAEGUKGI HWINALRIMYEO. Film coréen de Je-Gyu Kang.

Bon, c’est vrai je ne lis plus les critiques de films car je préfère arriver vierge devant un film depuis qu’un critique, disons un écrivain raté, m’avait convaincu d’aller voir FESTEN (dont il faudra bien parler un jour pour bien dire qu’une caméra n’est pas un vibromasseur). Toujours est-il que je m’étais laissé convaincre uniquement par l’attrait que l’affiche du film avait exercé sur moi, ainsi que par sa nationalité. Je ne m’attendais donc par à voir un film sur l’homosexualité masculine et plus particulièrement sur la dimension sexuelle d’une telle relation.

L’originalité est d’avoir ancrée cette histoire pendant la guerre de Corée. Qu’y a-t-il de mieux qu’une guerre pour exprimer les états de crise sexuelle et surtout d’affirmation de sa virilité au sein d’un couple homosexuel ? Intéressant, donc. Mais le scénario trouve très vite ses limites car il ne s’attache qu’au lien qui unit les deux personnages et beaucoup moins au changement qui ébranle chacun. Il faudra surtout beaucoup détester les combats et les scènes de bataille puisque le réalisateur nous refait le coup du vibromasseur et oublie en cours de route que le cinéma c’est avant tout voir, donc être vu. OK, on voit qu’il a bien digéré toute la partie technique du film SAVING PRIVATE RYAN et ses images manquantes. Mais quitte à s’inspirer, n’aurait-il pas mieux valu qu’il s’intéresse à des chefs-d’œuvre ? Qui a dit « oui » ? D’autant qu’il s’agit là d’une fausse bonne idée car dans ce genre de moments c’est l’instinct de survie et la concentration qui prennent le pas sur le reste. On est donc beaucoup plus attentif à ce qui se passe autour de nous. Nos regards ciblent et ne se dispersent pas. Hérésie de croire qu’il ne faut pas filmer le mouvement en mouvement ? Je ne le pense pas. Est-ce que quelqu’un peut dire au réalisateur qu’il ferait mieux de le figurer la prochaine fois ? Et n’utilisez plus les images de synthèse pour les scènes d’explosion, que diable ! Ridicule scène des avions !

TAEGUKGI HWINALRIMYEOBon, de ce fait je n’ai plus envie de parler de la musique du film. Trop de conformisme.

A l’Est, rien de nouveau. Difficile d’aller plus loin que FULL METAL JACKET ou encore THE THIN RED LINE.

Finalement, c’est la Corée la grande perdante dans tout ça. Les premiers temps d’un cinéma qui ose plus la différence et l’inventivité que nos cinémas occidentaux seraient-ils déjà finis ? Je préfèrerai les films danois cette semaine.

            Pas vu le dernier Ridley Scott. Du coup j’ai gagné 9,40 €. Je suis horriblement partagé entre l’envie qu’il sorte un film toutes les semaines car j’ai besoin d’argent, et l’envie que ce soit véritablement son dernier film. Un ami digne de confiance me l’a toutefois chaudement recommandé. C’est pour cela que je n’irai pas. Je fais toujours confiance à mes amis mais plus à Ridley Scott.

            Sinon, je viens de découvrir un sketch de Luis Régo intitulé « La journée d'un fasciste » qu'il faut absolument connaître tellement c'est intelligemment fin. C'est sûrement trouvable dans « Le tribunal des flagrants délires » en vente sur le Net et partout ailleurs ou téléchargeable sous peine des risques encourus.

            Enfin, la bonne nouvelle nous vient du 27 juillet 2005. C'est à cette date que sortira sur nos écrans français le drôlissime SHAUN OF THE DEAD que nous attendions depuis plus d’un an. Aura-t-on fermé la salle 10 à temps ?