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9 octobre 2006 1 09 /10 /octobre /2006 20:25

            Vous qui écoutez régulièrement mes soliloques, il est une chose (et vous l’aurez remarqué à maintes reprises) qui m’en soulève une sans bouger l’autre, c’est d’être aussi précis que possible à travers le symbolisme de mes textes. Je ne rechigne pas à expliquer pourquoi j’aime tel ou tel film, ou quels sont les éléments qui font de cet autre une œuvre complètement ratée. Avancer des arguments est le principe essentiel qui permet de comprendre ce qui se joue en vous lorsque vous regardez un film. Essayer d’être en synergie avec son moi. Mais je déteste être explicatif quant aux références qui émaillent ces écrits. Mots obscurs ou passages dénués de sens ? La réponse vous appartient. Il existe plutôt un ensemble d’éléments de réponse. Référence à un vécu personnel mais aussi transfert du lecteur. Fragments où j’espère que vous flottez sur un océan de sensations.

Je précise ce que vous aviez déjà compris pour que vous soyez sûrs que l’ambiguïté ne sera pas aujourd’hui à travers les films dont je vais vous parler, mais bien à travers ma vie personnelle et très privée. Si privée que c’est elle qui m’empêche de bâtir une littérature explicative. Nommer les choses serait recourir à un usage restreint des quelques lignes qui s’extirpent de mon clavier chaque semaine.

Introduction pour qu’au point final vous ne soyez pas perdus et ne vous demandiez ce que j’ai bien pu vouloir dire.

Je suis franc, carré et glacial. Cela m’empêche de mentir. Dommage. Parfois, je me dis que je devrais…

Ma psy me dit que je lui fais penser à Will Hunting. Espérons qu’elle se trompe lourdement.

Donc, allégorie avouée : je ne vais vous conter qu’une seule et même histoire, celle d’une jeune fille blonde qui voyait des illuminations partout. Mais il y avait une lumière qui brillait encore plus intensément…

 

DONNIE DARKO            Que vous le croyez ou non, il existe un autre monde. Un monde parallèle où tout ressemble à s’y méprendre à ce que nous connaissons ici, à l’exception d’une faille qui permet à quiconque la trouve, de se projeter dans le parcours de sa vie. De le diriger, aussi. La jeune fille n’avait jamais entendu parler de cette faille. Elle croyait que son but était de continuer à se balader sur le chemin classique que son destin lui indiquait. Pas d’idées précises concernant l’amour, pas de solutions précises à apporter face à sa recherche du bonheur. Elle se contentait d’être persuadée que tout arriverait un jour et qu’en attendant il lui fallait gagner ce mérite.

Un jour, DONNIE DARKO croisa son regard. Elle comprit le chemin parallèle. Début de la réflexion concrétisée par l’exploration de ses rêves. Dans DONNIE DARKO, là où Jake Gyllenhaal devrait rêver, il est appelé par un guide qui lui explique qu’il existe bien un chemin, mais qu’il est seul à décider ce qu’il peut y rencontrer. Cela fit sens. Le processus d’identification devient alors complexe. Elle trouve Jake Gyllenhaal magnifique. C’est vrai, il l’est. Mais sa sœur l’est encore plus. La fraîcheur de son jeu contraste à merveille avec la noirceur apparente de Donnie. Formidables sont tous les comédiens de DONNIE DARKO. Et pourtant, leurs compositions paraissent bien anecdotiques face à la richesse du film. C’est cette dernière qui fit comprendre à la jeune fille la complexité (ce qu’elle avait pris uniquement pour quelque chose de compliqué) des ramifications qui forment sa destinée. Le plexus. Tout est lié. Dans DONNIE DARKO, la clef vient de la période où se situe l’action. Richard Kelly a volontairement choisi de replacer cette histoire dans un contexte où un changement fort s’opère. La fin du reaganisme avec les dérives arrogantes qu’il a engendrées. Les Etats-Unis se réveillent. Brouillard matinal et début de la fin des libertés individuelles. On envoie les jeunes se faire soigner par des psys qui les gavent de pilules, on installe le règne de la peur, ce qui va bien ou mal devient une décision hiérarchique etc. C’est étonnant que ce sujet n’ait jamais été abordé de cette manière auparavant. MAGGIE GYLLENHAALDans sa mise en scène, le réalisateur décide de ne pas appuyer mais de signaler cela par une omniprésence de détails qui trahissent cette période (on boit du Pepsi à table, les drapeaux américains sont des éléments de décor quasi insupportables, la photo de Ronald Reagan derrière le proviseur, les références au cinéma de Spielberg, Zemeckis etc.). Voilà pour la situation dans laquelle se trouve la jeune fille lorsque le film démarre. A cela viendra s’ajouter le mal de vivre de Donnie, la multiplicité des éléments qui se recoupent (la voiture de Frank qu’il croise dès le début, le prénom Frank qui revient sans cesse, la couleur rouge qui annonce la mort etc.), une réflexion complexe sur la religion et une théorie encore plus complexe sur les mondes parallèles. Nous pourrions alors comprendre que le film s’assemble à la fin comme une sorte de puzzle où tous les éléments ont leur place, où les moindres détails trouvent une raison d’être détails. Mais l’image n’est pas tout à fait juste. Le film est bien plus construit comme un accident. Pour qu’il y ait accident, il faut une somme de facteurs qui convergent vers l’avènement du caractère tragique. Lorsque les éléments du puzzle s’emboîtent, c’est une avancée toujours plus concrète vers l’accident. C’est ainsi qu’à la fin, le réacteur, qui n’avait aucune raison d’existence au début du film, devient le vecteur de tout ce qui va découler de cette histoire qui recommence. Le film devient logique. Logique aussi que la jeune fille considère sa vie comme un accident. J’ai aimé panser ses blessures. Mais je ne suis pas toujours là. Et je ne veux pas être assujetti à ce rôle.

RICHARD KELLYDONNIE DARKO est vraiment un film époustouflant. Il y a du cadre, il y a de la mise en scène (magnifique faux plan-séquence lors de l’entrée de Donnie dans son lycée), un travail sur le son toujours très bien calibré, du montage (excitante la manière hypnotique dans laquelle nous entraîne la scène où Jake Gyllenhaal frappe avec la pointe de son couteau), des comédiens débordant d’ingéniosité, un scénario étoffé, une musique en parfaite adéquation avec le sujet et une photo cinq étoiles. Nous pourrions croire que le film comporte plusieurs niveaux de lecture, il n’en est rien. Le scénario est tellement développé que ce sont tous les éléments qui s’imbriquent entre eux qui font le film. Or, ils sont tous en étroite coordination. Comme dans la vie. Le génie de Richard Kelly a été de pouvoir les combiner dans cette histoire en faisant en sorte qu’aucun ne soit plus important que les autres. De ce fait, le film est absolument logique de A à Z. L’obscurité provient plus d’un manque d’explication scénaristique. La théorie abordée aurait sûrement gagné en clarté si le film avait duré deux heures et demie. Le film peut-être moins. Le manque de réponses aux questions que nous sommes en droit de nous poser concernant le passage d’un monde à l’autre et la possibilité d’influer sur l’un d’eux, crée comme une aporie qui relègue la théorie à une idée bancale. Discutable, probablement. Peu plausible, encore plus. Mais sûrement pas bancale. Et la jeune fille sent bien qu’il lui manque juste d’avoir un peu de recul sur elle-même, juste quelques révélations sur le temps qu’elle passe sur cette planète, pour subir une libération.

J’aime m’extasier devant la beauté qui contemple le sublime. Comme un lien de parenté qui serait au-dessus de toutes les critiques, aussi justes soient-elles. Il y a des choses que même les mots ne parviennent pas à démontrer. C’est fou comme des personnes peuvent être liées pour la vie sans qu’il y ait trop d’explications rationnelles à apporter. Dans ses ratiocinations, DONNIE DARKO démontre tout le contraire. Le visuel se veut empirique, mais c’est un acte impossible. Trop de choses nous échappent. Ce que je sais c’est qu’elle est présente à chaque instant. Elle est l’entité liquide qui émane de mon plexus et moi le lapin géant qui énonce quelques apophtegmes divinatoires. Elle me cache dans un coin de son subconscient comme un secret encore inavoué. Parfois, quelques sentiments profonds sont encore capables de lui parcourir l’échine. Nous vivons alors en cœur, capables de considérer DONNIE DARKO comme un film brillant. Mais il existe encore plus lumineux que l’œil du lapin, frappé à l’arme blanche.

SUPERMANDONNIE DARKO, c’est cela : l’impression qu’il existe quelque chose de plus fort que tout, une puissance déiforme à la force indescriptible qui scelle les baisers de la jeune fille sous un sceau cordiforme.

La grande question demeure : « Sommes-nous tous manipulés ? ».

            J’ai eu de la chance de pouvoir vivre quelques instants magiques avec elle. J’en vivrai certainement encore d’autres. Ce que j’aime par-dessus tout ce sont les mots qu’elle murmure à mon oreille lorsque je la serre fort contre moi. Nous croirions qu’un voile nous enveloppe et se resserre peu à peu. L’amour peut provoquer une sensation d’étouffement.

De l’étranglement dans MURDER SHE SAID de George Pollock. Grand inconnu du cinématographe, ce qui s’explique par la faible mise en scène de son film. Il ne repose que sur le roman d’Agatha Christie, et un peu sur le jeu de Margaret Rutherford, qui campe une Miss Marple extrêmement crédible. Attention ! Miss Marple n’est pas un personnage, c’est un caractère. Et quand on est l’héroïne d’une intrigue policière, on ne peut qu’être assaillie par une foule de bons sentiments qui ne laissent la place à aucun défaut. C’est l’une des premières leçons que la jeune fille a tiré de ce film. Fadeur de l’image trop lisse. Apprendre à casser des miroirs. En revoyant SUPERMAN, le principe semble faire figure de relais. Le superhéros devient insupportable par le manque d’irrégularités dans son profil. Juste un caractère. Impossible de faire preuve d’adoration envers quelqu’un dont on ne connaît rien.

Les 25 premières minutes du film sont un véritable chef-d’œuvre. Tout fonctionne, et ce grâce à un rythme aussi efficace que celui du début de 2001 : A SPACE ODYSSEY. Ensuite, lorsque le film essaie de s’assimiler à la bande dessinée, SUPERMAN fonctionne moins bien, la faute principalement à un humour trop simpliste (restes évidents de la parodie que devait être le film) qui n’a pas sa place ici, notamment chez les ennemis de Superman. Qui plus est, Superman est vide de toute profondeur scénaristique. Bien sûr, on peut très bien traverser la vie en ne s’intéressant qu’au superficiel, en n’ayant aucune forme de désir profond. Car il y a une différence entre aimer et savoir pourquoi l’on aime. De la recherche de la lumière naît la découverte de son rayonnement intérieur. Ne relègue pas ton talent à une catégorie mineure, tout comme le film de Richard Donner ne s’adresse qu’au potentiel magique de fantasme héroïque enfoui en chacun de nous.

ART SCHOOL CONFIDENTIALLa lumière vient du fond, lui disais-je. Mais il y a plus intéressant. Il y a l’ombre que cache la lumière.

C’est dans ce dont personne ne parle que réside le mystère de la vie.

            On peut alors commencer à entreprendre une quête sans fin. Il n’est jamais une seule période où l’on se connaît parfaitement.

La peur, pour commencer. Car tout débute par un échec. Se servir de ce que l’on a vécu. Tirer des leçons. Premier exemple : ART SCHOOL CONFIDENTIAL. Nouveau film de Terry Zwigoff, à qui nous devons le surprenant GHOST WORLD. Cette fois-ci, il se perd un peu dans la réflexion que nous sentons un peu sienne, sur le processus de création et l’exploitation du talent artistique. Discours convenu, mise en scène paresseuse. Le tout manque de fluidité pour paraître palpitant (sans faire référence au rythme). Tiens, une parenthèse. Où est-il le temps où il en faisait des kilomètres avec plusieurs idées dans une même phrase ? On ne comprenait pas plus, mais au moins le style était lourd et ça, c’était passionnant.

Aussi peu intéressant soit le film, il n’en reste pas moins honnête dans sa conception, car fait avec un grand cœur. Et même s’il ressemble à beaucoup d’autres, elle en tire au moins la leçon qu’un film ne se définit pas par ses ressemblances mais par les évocations qui heurtent nos sensibilités. Elle me fait rire lorsque ses yeux scintillent de tant de découverte.

Elle est entrée dans mon cœur. La porte s’est refermée ; je vois encore les interstices qui irradient.

2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 15:38

            Comme s’interrogeait Jean-Pierre Pernaut avant de refermer son journal, le 04 avril dernier : « Pourquoi y a-t-il écrit « fin » à la fin d’un film alors qu’il n’y a pas marqué « début » au début ? », nous sommes en droit de nous demander pourquoi Jean-Jacques Annaud ne met pas définitivement fin à une carrière qu’il n’a jamais débutée ? Car autant la fin permet de se rendre compte des intentions premières, autant Jean-Jacques Annaud n’a jamais eu d’intentions premières, alors que les premières intentions de Jean-Pierre Pernaut auraient déjà dû être de remercier ses parents pour lui avoir donner ce prénom. Avaient-ils déjà compris qu’il n’y a qu’un Jean-Pierre de possible pour présenter des métiers vermoulus du Moyen Age, qui ne peuvent s’exercer que par des paysan(ne)s à moustache, qui portent de la laine qui pique et qui mangent avec des couverts en bois ? Un Gérard, aussi, aurait pu faire ça. Ou un Didier. En tout cas un prénom qui se gueule. Pas un Denis, par exemple. Denis, ça ne se gueule pas. Ca s’expire, ça s’époumone, ça se laisse quémander, ça se lascive de toutes ses lettres. Essayez : « Deniiiiiiiiiiiis ! » Alors que : « Géraaard ! » Je suis désolé, ça, ça se gueule. Pire : ça s’éructe ! Et c’est important d’éructer quand on regarde le Journal de 13 heures. Surtout que c’est l’heure où l’on a la bouche pleine. Je ne conçois pas pouvoir regarder ce programme sans s’indigner, sans vociférer, sans éructer ! Moi, je ne conçois pas de le regarder, tout court. Ne perdez jamais une occasion d’éructer. Envers Jean-Pierre Pernaut, envers Mathilde Seigner, envers Alain Finkielkraut, envers les coiffeurs à leur compte, les gosses de riches, les marchands de verre filé de Murano, les bibliothèques Elsa Triolet ou encore ceux qui se rappellent les paroles de la chanson « Le géant de papier » de Jean-Jacques Lafon.

AARON ECKHARTDans le dernier film de Jason Reitman, Aaron Eckhart ne cesse d’éructer un « Thank you for smoking » qui ne veut surtout pas s’en prendre à quiconque, mais qui se laisse plutôt entendre comme une ode au capitalisme pur et dur. Indéfendable, à priori. La cause, forcément. Mais ce n’est pas le sujet du film. Il faut d’abord dire que THANK YOU FOR SMOKING s’appuie sur son comédien principal, comme une sorte de pivot qui décide, expérimente, argumente, prouve, synthétise et conclut avec une force de percussion étonnante. C’est l’homme qui conçoit la société dans laquelle il vit, mais aussi (et c’est encore plus terrible) celle dans laquelle il souhaite vivre. Jason Reitman choisit de mettre le personnage dans une position active. Numéro propice à la preuve démonstrative de l’acteur. Car, s’il ne promet pas à chaque fois un oscar, le procédé révèle en tout cas le bon comédien du mauvais. C’est ainsi qu’à l’heure actuelle, il est tout à fait possible de faire la comparaison, dans nos salles, entre la sublime composition d’Aaron Eckhart et celle de Steve Carell dans LITTLE MISS SUNSHINE. Cela devient absolument exécrable de lire un peu partout qu’un comédien étiqueté « comique » devient très bon à partir du moment où on commence à le voir jouer dans des rôles dramatiques. Que cela soit étonnant, d’accord. C’est une des multiples qualités de ces types d’acteurs qui peuvent passer d’un genre à un autre avec une facilité déconcertante. Mais pourquoi cet engouement soudain pour un acteur que ces personnes semblent vouloir ériger en nouvel héros ? C’est à celui qui s’accordera le droit aux honneurs pour avoir mis le premier en évidence les qualités du comédien en question. Premièrement, les honneurs ne reviennent qu’à lui seul. Et ensuite, il n’est pas plus à féliciter qu’à hauteur de ce qu’il nous a fait ressentir, qu’il sache ou non passer du comique au tragique.

STEVE CARELLEncore une fois, donc, les éloges sont dithyrambiques à propos de Steve Carell, petit acteur comique qui n’a pas la trempe d’un Jim Carrey, la subtilité d’un Adam Sandler ou la diversité d’un Mike Myers. Précédemment, il ne nous avait fait que passablement sourire, et maintenant, une horde déchaînée s’extasie devant cet acteur peu inspiré. Mais, d’abord, le rôle est peu étoffé. Esquissé dès le départ, mais finalement juste prétexte à une situation décalée. Dans LITTLE MISS SUNSHINE, Frank Ginsburg est un personnage passif (comme la plupart de ceux mis en place par le scénariste Michael Arndt). Et quand je dis passif, je ne fais pas l’apologie de propos homophobes, je constate juste que c’est une solution de facilité qui consiste à faire de ses personnages des victimes, bien plus simple pour être en réponse, bien plus à l’aise pour acquérir notre sympathie de cette manière. Pourtant, il existe plein de personnages cinématographiques passifs bien plus intéressants. Ce n’est donc pas incompatible avec la recherche de qualité. Or, cela s’accompagne souvent d’un jeu d’acteur inhibé. Le personnage doit paraître inhibé, pas le comédien. Nous démontrons donc la différence entre Steve Carell et un grand comédien qui aurait ajouté une autre dimension au personnage. Steve Carell se laisse porter par ce qui écrit. C’est un choix juste, mais assez scolaire. Et tout ce qu’il fait nous semble suivre la même mesure. C’est juste. Juste un peu vide. Bien entendu, tout cela est corollaire au script qui ne fait que se servir des comédiens pour amener des touches drôles et non pas bâtir une harmonie familiale drôle (se conférer une fois de plus au magnifique HAPPINESS de Todd Solondz et la manière dont la pédophilie du père se mêle aux relations qu’il entretient avec son fils). Ici, le côté dépressif ne se met en scène que pour l’avènement du gag pour le gag. C’est juste, c’est drôle. D’accord. Ensuite ?

Steve Carell n’a pas grand-chose de difficile à jouer : un homme au cœur blessé dont la dépression a tué toute forme de cohésion interne. Il fait le renfrogné, l’anti-démonstratif et les yeux de cocker battus. Sans problème. Même Frédéric Diefenthal aurait pu le faire. En aucun cas il ne faut souligner la prestation de Steve Carell. Celle de Greg Kinnear serait bien plus propre à être mise au premier plan. Mais que voulez-vous… Ce sont les mêmes gens sans imagination qui font et défont les réputations médiatiques d’aujourd’hui. De même qu’hier ils s’extasiaient pour Benoît Poelvoorde dans ENTRE SES MAINS. Un cas légèrement différent toutefois, puisque Poelvoorde est un excellent comédien que nous connaissons depuis longtemps, et qui aurait dû faire un changement de genre très remarqué si le film ne s’était pas plus intéressé à Isabelle Carré. Le personnage campé par Poelvoorde manquait de richesse intérieure. Le comédien était à la peine. Peut-être mal dirigé aussi, par Anne Fontaine, qui semblait avoir une vision un peu clichée de son tueur…

Quelques beaux exemples de comédiens qui alternent avec brio les différents genres : Daniel Auteuil, Bourvil, Jim Carrey, Gérard Depardieu, Cary Grant, Raimu etc.

Le pire dans tout cela reste la déviance. Le comique qui veut passer à des rôles plus dramatiques pour changer son image (encore une ineptie qui veut que l’on accorde moins de crédit à celui qui fait rire qu’à celui qui nous émeut !). Le désastre Muriel Robin ou le piètre Jamel Debbouzze qui ne cesse de surfer sur son capital crédit pour oser tout ce dont il n’est pas à la hauteur. Moignon. Moi ?... Non ! Dit-il.

Et voilà ! Nous avions plein de choses intéressantes à dire à propos de THANK YOU FOR SMOKING et, une fois de plus, ce sont toujours les mêmes qui perturbent notre concentration. Choisissez votre camp et reprenons notre occupation. Nous disions donc qu’Aaron Eckhart est une vraie satisfaction de comédien au sein du film. Il expose sa force de conviction à travers un charisme et un usage de la parole qui lui confèrent une aura d’homme politique. Car c’est de pouvoir que traite le film. Le pouvoir en tant qu’organe qui génère l’arrogance par sa non remise en cause. Parce que le véritable piège du film était de tomber dans une morale qui aurait asséné des réponses populistes face à l’image que nous avons des fabricants de tabac, THANK YOU FOR SMOKING nous plaît parce qu’il prend le parti de l’humour cynique. Et c’est tout. Fin du film. Le reste n’est que de l’ennui à 24 images/seconde. THANK YOU FOR SMOKING continue sur un rythme présomptueux, comme si cette grande idée allait suffire à faire passer un scénario, lui non plus, pas si alerte qu’il y paraît. Pauvre antienne qui joue la carte du politiquement incorrect, mais qui ne ressemble qu’à un cierge magique, c'est-à-dire avec beaucoup d’étincelles et finalement peu de bruit.

L’image est assez quelconque, le cadre est inconnu en termes techniques, la mise en scène est plus une mise en espace et le montage fait la part belle aux effets comiques un peu trop évidents. Par conséquent, le film est extrêmement mollasson, pas forcément très drôle (c’est toujours pareil, quand on vous force la main…) et ne repose que sur l’intérêt que met le réalisateur à accroître le rôle complexe d’Aaron Eckhart. Et sa plus grande réussite viendra de la mise en avant du sophisme. Procédé par lequel Aaron Eckhart construit son personnage irréfragable. Voilà une vraie difficulté à mettre en scène que ce côté d’une personnalité atypique. A vrai dire aucun exemple ne me vient pour comparer deux compositions cinématographiques. C’est la grande idée du film. En opposition avec toute morale. Car si le film avait été une affaire de morale, il n’aurait pas tenu le coup longtemps puisqu’il n’aurait été assujetti qu’à une seule cause. En lui faisant prendre le chemin du sophisme, le réalisateur peut mieux attaquer sur le thème de l’hypocrisie du pouvoir. Aaron Eckhart devient alors plus juste dans sa vérité (où chacun jugera sa position morale), et le vecteur d’un discours propre à faire prendre conscience de certains faits. Mais toujours par le mensonge. Car s’il est un élément réducteur qui se révèle constamment chez lui, c’est qu’il n’en reste pas moins un menteur. Et tout son sophisme ne tient que par le mensonge. Prenons l’exemple où, à table, il demande pourquoi personne n’attaque Ford lorsqu’un particulier a un accident de voiture alors que les consommateurs se retournent contre les marques de cigarettes. D’où la réaction recherchée : acharnement, complot, hypocrisie ? Sophisme. Or, il associe au départ deux choses qui ne sont pas comparables : conduire une voiture, qui n’est techniquement pas une atteinte à la santé de chacun, et fumer une cigarette, qui a l’effet que chacun connaît. Mais c’est le propos du personnage. Celui que veut défendre le réalisateur. Et tenter ainsi de comprendre comment le pouvoir s’accommode du pouvoir par les profits qu’il fait du système déjà en place. « Si je ne le fais pas, quelqu’un le fera à ma place. » Faux. Du mensonge au sophisme…

WILLIAM H. MACYFinalement, THANK YOU FOR SMOKING est un film dont l’opiniâtreté à demeurer consubstantiel est assez phénoménale. Nous cherchons toujours de quoi assouvir notre soif cinématographique, nous nous rattachons au jeu d’Aaron Eckhart (William H. Macy est aussi fabuleux, même si très loin de PANIC d’Henry Bromell, qui reste son meilleur rôle), aux différents signes humoristiques, à un semblant de relance scénaristique, mais rien n’y fait. Le film est boursouflé et se traîne. Exactement ce que se disaient Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri lorsque que je tombai sur eux, en sortant de la salle :

Jean-Pierre Bacri : « C’est boursouflé, non ? »

Agnès Jaoui : « Et ça se traîne ! »

Jean-Pierre Bacri : « Tu sais, Agnès. Ca m’a donné une superidée. Si on écrivait un film qui s’appellerait THANK YOU FOR NO SMOKING ? »

Agnès Jaoui : « Sortons, Jean-Pierre. Je suis une femme d’extérieur. »

            Dehors, le concept de réalité fait rage. Violence du concept de la personne qui passe son après-midi à choisir des doubles rideaux. Incrédulité face au fait journalistique qui m’apprend que des personnes vivraient dans la Creuse. L’été, d’accord. Mais l’hiver ? Ils hibernent ou ils transhument ?

Le cinématographe commence à perturber sérieusement mes synapses pulpo-tectoniques. Je décide de m’arrêter consciencieusement au Petit Gymnase. Arno Duteil y joue son one-man-show : « Aaarrg ! J'ai honte !! » Nous attendions effectivement des excuses d’un des membres de la famille Duteil, mais assurément pas Arno. Il a au moins le courage d’assumer la honte avant que nous nous en apercevions, c’est tout à son honneur. Ce qui l’est moins c’est la piètre performance à laquelle il nous convie sur la scène de cette salle assez sympathique. La grosse erreur commise lors de sa construction est de n’avoir songé à aucune surélèvation du premier au dernier rang. Tous les sièges sont au même niveau. Sûrement l’architecte polonais de la salle 10 du Pathé Wépler qui officie une nouvelle fois dans Paris. Alors si vous n’êtes pas au premier rang et qu’un abruti s’assied devant vous, il ne vous reste plus qu’à regretter les temps guillotins. Toutefois, si vous arrivez à voir le spectacle, ce sera votre argent que vous regretterez, car Arno Duteil a beaucoup de mal à donner du souffle à un vrai faux solo. D’abord par la qualité des textes. Je devrais dire des quelques idées disséminées sur papier, autour desquelles il brode, pour parvenir la plupart du temps à un humour convenu et franchement pas souriant. C’est, de toute façon, le gros problème des comiques seuls en scène à l’heure actuelle. D’ailleurs, pour faire une parenthèse, je trouve que, depuis quelques années, la scène parisienne se remplit de plus en plus de ces solitaires du rire. Paris commence de plus en plus à ressembler à Hollywood, où beaucoup de comédiens ont leur show. Après le cinéma, le théâtre comme aux Etats-Unis. C’est aussi ce que semble nous montrer le nombre trop conséquent de comédies musicales toutes plus crétines les unes que les autres. C’est une conception de la forme artistique. Heureusement, il y en a d’autres, si l’on se donne la peine de chercher d’autres manières de se confronter à la création. Arno Duteil ne semble pourtant pas l’avoir compris. Outre ses textes indigents, ses personnages sont à peine esquissés, stéréotypés et sans vérité intérieure. Seul le vieux pervers sort du lot, car plus complet dans ses attitudes, plus délicieux dans la rupture et plus jouissif à jouer pour le comédien, ce qui ne passe pas inaperçu. Cependant, je n’en veux pas tant au comédien qu’à la mise en scène. Sur le plateau, Arno Duteil semble à l’aise et ne montre que les limites d’un comédien qui doit aller « chercher sa salle » car le metteur en scène n’a pas fait son boulot. A cause de cela, Arno Duteil a énormément de mal à faire vivre ses personnages en coulisses, et lorsqu’ils entrent en scène ils sont un peu trop statiques pour ne pas nous confronter à la monotonie que le texte charrie. En fait, Arno Duteil nous a même semblé bon comédien, mais beaucoup trop réduit à user de la panoplie classique du one-man-show. Horrible, la façon dont il a de souligner les gags, d’attendre les rires, de marquer des temps en regardant le public pour bien lui faire comprendre que c’est à ce moment-là qu’il doit s’exprimer, et puis surtout de rire à ses blagues. Tout ce qui enlève de la sincérité aux personnages. Il semblerait que tous les comiques se copient pour obtenir la même intonation lorsqu’ils cherchent à faire un effet comique. Je trouve cela assez triste, ce manque d’univers personnel.

MIKE MYERS            Par opposition, WAYNE’S WORLD est un film comique à l’univers bien plus marqué. C’est notamment l’occasion de s’apercevoir du talent imaginatif de Mike Myers (surtout) et Dana Carvey. Nous y trouvons des choses très très drôles, et d’autres qui peuvent paraître un peu lourdes. En fait, elles n’ont pas été écrites comme cela. Juste que pendant les trois quarts du film nous avons continuellement cette envie irrépressible de crier : « Montage ! » Je visionne alors la suite : WAYNE’S WORLD 2, et je m’aperçois que Penelope Spheeris ou Stephen Surjik, même combat. On ne cherche ici que l’avènement du rire. Pas vraiment fin, pas vraiment intelligent, mais loin d’être ringard, il s’adresse avant tout à un public jeune, celui des Nuls de l’époque. Les réalisateurs ne s’embarrassent donc pas d’une quelconque mise en avant des profondeurs psychologiques des personnages et encore moins d’une mise en scène chiadée. Cette dernière est d’ailleurs absolument effroyable : sorties de champ des personnages par : « J’ai quelque chose à te dire » pour laisser la place aux comédiens qui ont du texte, comédiens qui se déportent sur le côté pour que la caméra filme de manière frontale les comédiens (mise en scène très théâtrale, comme si, sur une scène de théâtre, les comédiens jouaient tout face public) etc.

Et tout cela est très rageant car, même si l’humour est la mire première avouée, nous nous demandons encore pourquoi la grande majorité des comédies se soucie si peu de cet aspect. Comme si le gag était roi. Oui, c’est un composant majeur, mais il n’a pas à éluder l’importance du cadre, de la photographie, du montage ou du principe narratif, pour ne citer qu’eux. Une comédie a aussi le droit à autant de fantaisie artistique qu’il y en a dans le délire textuel. Je crois pertinemment à la comédie comme cinéma d’auteur.

LE GOUT DES AUTRES d’Agnès Jaoui en est un fort mauvais exemple, mais il prouve cependant que la cohabitation peut ne pas être antagoniste. Certes, le style est plus fin dans l’écriture, donc le label « auteur » est plus facile à faire passer. Il n’en reste pas moins que c’est un film qui bénéficie d’une classe folle car il se révèle tour à tour pudique, simple, attentif, surprenant et précis dans la mise en scène. Pas de grands effets visuels mais, au moins, une atmosphère qui colle de très près aux personnages et à leur vision des choses. C’est complexe, raffiné et tellement juste ! Du grand art.

BROOKE SHIELDS            Vu PRETTY BABY de Louis Malle, qui nous rappelle combien Brooke Shields était une jeune fille extrêmement séduisante. Il s’agit en fait d’un film en costumes et, malheureusement, le réalisateur n’arrive pas à s’affranchir du caractère sacré que l’on a toujours plaqué sur ce genre cinématographique. C’est guindé, ampoulé et lourd. Comme disait la jeune mariée. Louis Malle accepte occasionnellement de rompre cette monotonie en allant chercher des sentiments profonds chez ses comédiens. Brooke Shields et Susan Sarandon sublimes. Et le caractère original du monde dans lequel évolue cette jeune fille, et la manière dont il influe sur sa vie et la pervertit est assez sublime dans le propos que Louis Malle tente de mener le plus loin qu’il peut. Pas de morale et aucune inhibition dans la démonstration. Un bien bel exemple que l’on peut parler de la sexualité enfantine, et surtout la montrer, de la même manière que l’on montre la violence, c'est-à-dire dans un unique but esthétique.

Je ne connais pas très bien l’histoire du film, mais j’imagine qu’à l’époque on a énormément dû saluer la prestation de Brooke Shields. Qu’elle soit admirable, cela est sûrement à souligner. Mais que cela soit surprenant, rien ne permet de l’avancer. Cela tombe sous le sens que les enfants soient justes. Jouer est une seconde nature pour eux puisqu’ils passent leur temps à cela dans les cours de récréation. D’ailleurs, beaucoup de réalisateurs disent que c’est un immense plaisir de travailler avec des enfants, malgré les nombreuses difficultés que cela comporte. Le problème est que l’on n’en trouve pas souvent des biens, mais lorsqu’ils le sont, ils deviennent incroyables. C’est un problème de casting. Comme ils sont incapables de composition (du fait de la jeunesse de leur œil), la véritable difficulté est de déceler l’élément qui prouve que l’enfant est le rôle. Il l’est déjà lorsqu’il est engagé. Le metteur en scène n’a plus qu’à canaliser. Où se situe le travail d’acteur ici ? Vous comprenez donc pourquoi nous réclamons que Victoire Thivisol rende sa récompense imméritée au plus vite.

Dans PRETTY BABY, c’est pourtant vrai que Brooke Shields est assez stupéfiante en jeune prostituée qui vit la vente de son corps comme une étape naturelle de son évolution physiologique. Elle joue sur beaucoup de registres sensuels et émotionnels, et contribue plus que quiconque à rendre ce film beau, triste, révoltant, et donc particulièrement émouvant.

            « Quand je la regarde, moi l’homme loup au cœur d’acier… »

25 septembre 2006 1 25 /09 /septembre /2006 01:05

            Lorsque j’en ai assez de fréquenter cinémas, théâtres, musées et autres bars à prostiputes, je m’en vais passer quelques heures dans La Poste de mon quartier. Elle concentre les plus minables fonctionnaires qu’il m’ait été donné de voir, regroupés au mètre carré. Sortes de trolls vivants dont le charisme affiche autant de glamour qu’une page de catalogue pour accessoires de bureau. Du moins, c’est ce que je croyais jusqu’à la semaine dernière. Jusqu’à ce que je découvre… [Mode roulements de tambour on]. Jusqu’à ce que je découvre les A.S.S.E.D.I.C. !!! Dire que j’ai vécu autant d’années en croyant que le cinéma me contait les plus belles histoires ! Quel gâchis ! Pour ceux qui le croiraient toujours, arrêtez tout. Allez de ce pas dans votre A.S.S.E.D.I.C. assister à ce qui se fait de mieux en la matière. En plus, c’est gratuit. Les cons !

Dans l’A.S.S.E.D.I.C. de mon quartier, il y a des gueules d’acteurs. C’est vrai, quand on y pense, le cinéma d’aujourd’hui ne veut plus de « gueules » pour premiers rôles. Les Michel Simon, Fernandel et autres Bernard Ménez sont aujourd’hui remplacés par Johnny Depp, Keanu Reeves ou Vincent Cassel, esthétiquement plus attractifs. Paraît-il. Il a donc fallu que les curiosités contemporaines trouvent à se reclasser. Et ce sont la S.N.C.F., La Poste et les A.S.S.E.D.I.C. qui ont eu la bonne idée de les centraliser. Je reviendrai avec plaisir dans mon A.S.S.E.D.I.C. car y travaille le sosie de Michel Simon jeune. C’est assez stupéfiant ! Et je n’avais rien pris ce jour-là, sans faire de vilain jeu de mots. Je suis quasiment sûr qu’il s’agit d’un de ses descendants. Mêmes bajoues tombantes, yeux de bassets, désinvolture dans la démarche et articulation difficile. A moins que ce ne soit un chien…

Et j’ai eu beaucoup de chance le jour où j’y suis allé, car vu la file d’attente qui se traînait jusqu’au dehors, la séance avait démarré depuis un bon moment. Heureusement, ce n’était pas trop compliqué, j’ai réussi à tout comprendre. J’ai bien saisi, à la longueur de la queue, que le spectacle était un de leurs plus grands succès. Toujours cette histoire de proportionnalité en rapport avec la queue ! Tu parles, personne ne voulait le louper. Il paraît même qu’il y en a qui revenaient pour la cinquième semaine consécutive !

Que je vous raconte l’histoire. L’homme, que nous appellerons Youki, est à l’accueil. A côté de lui, une jeune maghrébine s’occupe du bureau A. Elle passera sa journée devant l’ordinateur. Pour que ce soit aussi prenant, j’imagine qu’elle devait jouer à W.O.W. En attendant, Youki se tape toute la sale besogne. Et il a convié plein de personnes pour le regarder travailler. Apparemment, il a l’air de faire du superboulot. Une fois toutes les demi-heures environ, une personne passe la zone de confidentialité et s’avance à son bureau, pour le féliciter. Une demi-heure ! Je trouve le temps un peu long tout de même ! Qu’ont-ils de si intime à se dire ? Je comprends soudainement qu’il a invité des membres de sa famille !!! Le coup bas ! C’est Hiroshima dans mon ventre. Mon tour arrive, tant pis pour lui, je ne lui ferai pas le moindre compliment. Je me présente face à lui. Je ne lui parle que de mon dossier. Il fait semblant de ne pas être affecté, comme si de rien n’était, mais je sens bien qu’au fond il le prend très mal. Du coup, il ne veut même pas discuter avec moi. Il me donne un ticket avec un nombre écrit dessus. Une personne va me recevoir dans son bureau. Je commence à regretter. J’aurai dû lui dire un petit mot gentil quand même, juste que j’ai beaucoup apprécié la délicatesse avec laquelle il m’avait adressé le ticket ou plutôt qu’il manie la souris comme aucun employé de bureau. Je me retourne mais il est déjà trop tard. Un autre membre de sa famille s’est approché de l’accueil et commence déjà à le complimenter. J’attends donc qu’un bureau m’appelle. Heureusement il y en a plein, cela devrait aller vite et aucun de ceux qui y travaillent n’a invité sa famille aujourd’hui. Tout à coup, une panne informatique survient. La directrice du pôle cherche dans les différents bureaux quelqu’un pour l’aider. Ca a l’air mal barré, personne ne fait la chirurgie esthétique. Enfer et dame Nation ! Un calembour qui n’a l’air de rien, mais qui fait très mal à la qualité humoristique de ce blog. Elle s’aperçoit qu’il n’y a plus personne dans les bureaux. Je regarde ma montre. 15 heures 35. Cela me paraît normal. Il faut bien s’affairer dès à présent pour fermer à 18 heures. Il reste tout de même une personne, dans un bureau. C’est mon tour. Visiblement, Youki a dû lui dire de s’occuper de moi. La personne ne veut pas refaire mon dossier. Elle décide de me faire envoyer un courrier pour convenir d’un prochain rendez-vous à l’agence. « - Et si on décidait maintenant ? - Maintenant ? Non mais, vous ne vous rendez pas compte ! Vous croyez qu’il suffit que chacun soit disponible pour prendre un rendez-vous ? - Ben, oui… » Regards. Silence. « Ce n’est pas un secrétariat, ici. »

Une autre forme de culture.

            Au rayon des bacs, pas de grand choc depuis la découverte d’Arcade Fire et de leur premier album. M’enfin, c’était l’année dernière tout de même ! En tout cas, ce fut un vrai choc musical que ce groupe canadien aux puissantes mélodies enivrantes. Et donc, depuis, pas grand-chose. En ce moment, j’écoute pas mal Black Mountain et leur album homonyme. Un peu austère au premier abord, mais huit chansons finalement prenantes, superbement arrangées, se terminant par le grandiose « Faulty times ».

Et puis, il y a le premier album solo de Leigh Nash. La chanteuse a perdu l’extraordinaire allant romantique du groupe Sixpence None The Richer, en entamant une carrière solo, mais nous retrouvons toute la grâce d’une voix qui caresse les mots comme des morceaux d’étoffe effleurent votre peau. Très bel album pop, parfois un peu trop au goût de la mode.

            La rentrée théâtrale bat son plein sur Paris. Au contraire de l’Olympique de Marseille, qui ne bat personne. Une pièce qui bat des records d’immondices : « L’importance d’être constant » au théâtre Antoine, 14 boulevard de Strasbourg 75010 Paris. Il s’agit d’une nouvelle version et mise en scène de Pierre Laville, qui, après avoir bien réfléchi, s’est dit que sa précédente version c’était quand même de la merde et qu’il valait mieux en refaire une pour que l’on se souvienne bien qu’avant c’était vraiment mauvais et que la prochaine ne pourra qu’être meilleure. Pour cela, il décide de monter la pièce avec plusieurs comédiens, mais aussi Frédéric Diefenthal. Nous le savons depuis longtemps, le théâtre Antoine ne cherche plus qu’à rameuter par une politique basée sur une affiche de noms. Et souvent concomitante avec une perte flagrante de qualité. Lorant Deutsch, passe encore. Ce n’est pas un mauvais comédien. Juste limité, en grande partie à cause de sa voix. Mais Frédéric Diefenthal ? L’un des pires comédiens français actuels ! Il y en a quand même pas mal de bankables avant lui… Quel désarroi intérieur lorsque le public verra qu’il joue comme une espadrille ! Je souffre déjà pour lui. C’est moche ce que fait Pierre Laville.

En fait, des mauvais comédiens, il y en a toujours eu au théâtre, et il y en aura toujours. Mais le théâtre parisien est en train d’être colonisé comme l’a été le cinéma français avant lui. Monter des pièces sur la popularité de certains noms. Là où autrefois le premier nom suffisait, aujourd’hui les producteurs veulent des seconds et des troisièmes noms en tête d’affiche. Et pas question de ces brillants comédiens de théâtre que le grand pouvoir médiatique n’a pas élevé au pinacle. En leur prenant leur travail, Frédéric Diefenthal est à l’origine de l’accélération de la mort des intermittents du spectacle. Rappelons qu’il avait aussi été à l’origine des vocations d’abrutis réactionnaires conducteurs de taxis dès la saga des TAXI, et qu’il sera prochainement l’instigateur de la dégénérescence du conflit au Moyen-Orient en Troisième Guerre Mondiale. Et en plus il a une haleine de supporter.LITTLE MISS SUNSHINE

            Petit film que ce LITTLE MISS SUNSHINE de Jonathan Dayton et Valérie Faris. Faut quand même dire ce qui est : quand on décide de vous dire que vous êtes des cons, vous en redemandez. C’est ce que je trouve un peu facile dans ce film. La vie est difficile, les méchants sont superficiels, la cruauté c’est pas beau, on porte tous nos blessures, finalement c’est pas gagner qu’est important, c’est essayer, parce qu’on a droit à l’erreur, et blablabla et blablabla. Rien que des mots pour nous faire croire que nous avons tout compris de l’essence de la vie et que nous sommes tous pareils mais que personne ne le dira à personne. Parce que la société nous cloisonne. Manipulateur. Univoque. Pervers. Réactionnaire. Comme la jeune comédienne qui prétend : « Moi, ce qui m’intéresse, c’est travailler sur l’humain. » (Ah bon ? Moi c’est les tortues.) Que voulez-vous répondre à cela ?

D’abord, techniquement, c’est assez faible. Juste du cadre. Il est vrai qu’il y a des compositions absolument magnifiques. Mais, d’une part, elles ne suivent aucunement la mise en scène et, d’autre part, elles n’existent qu’en plan fixe. Les réalisateurs ne paraissent pas savoir que l’on peut aussi mettre du relief et de l’émotion quand une caméra se déplace. Même quand elle est en mouvement (John Cassavetes faisait cela admirablement ; Thomas Vinterberg avec nettement moins de talent dans FESTEN). C’est donc assez déprimant de s’en tenir là. D’autant qu’il n’y a rien dans la mise en scène qui permet d’amener un quelconque sentiment plus exacerbé que ce que nous offre le scénario. Et il ne nous offre pas grand-chose. C’est lui-même qui a fait du jeune garçon un adolescent qui se renferme dans un mutisme plus pathétique que drôle. Justesse de la composition de Paul Dano. Erreur de scénario lorsqu’il demande à sa sœur d’aller enlacer leur mère. Le personnage aurait été moins artificiel s’il était allé au bout de sa haine, mais il annonce déjà son revirement de situation. Problème de déjà-vu. Pas que l’on soit absolument obligé de bâtir des personnages qui sortent de l’ordinaire, mais son exploitation est un énorme cliché crispant. Il était évident depuis le début que le personnage allait se mettre à parler à un moment ou à un autre, et qu’il révèlerait ainsi qu’il hait moins sa famille qu’il ose le prétendre. Bon gars avec de bons sentiments, va ! Un exemple au milieu de tant d’autres, qui prouve que le film n’est pas ce qu’il prétend être. On pense souvent à du Todd Solondz pour le côté Amérique profonde où crapahutent les désabusés du système qui ne correspondent pas aux critères de normalité que l’idéale way of life leur impose comme miroir déformant. Oui, seulement chez Solondz, tout est organisé de manière hiérarchique. Certains prennent l’ascendant sur d’autres. Nous ne sommes pas tous frères. Un adolescent qui n’aime pas sa famille peut aller jusqu’à la tuer. Le quotidien est horrible (mais n’empêche pas l’humour, désabusé certes). Il est plus proche de la réalité que cette vision fantasmée des relations humaines qu’est LITTLE MISS SUNSHINE, qui fait plus de bien au cœur qu’au cinéma. En fait, nous avons beau nous référer à Todd Solondz, le véritable point de ralliement, ce n’est finalement que le dégueulasse AMERICAN BEAUTY, film très excitant, mais qui ne faisait déjà que véhiculer la même vision chimérique de nos liens. Le film avait au moins l’honnêteté de ne pas se rallier à une happy end consensuelle. Comme s’il fallait absolument qu’une comédie se termine bien, LITTLE MISS SUNSHINE choisit, pour sa fin, d’avoir un coeur gros comme ça, et de montrer que le monde du superficiel n’est pas celui de la vraie vie. Faux. Ce n’est juste pas le monde de tous. Et puis une comédie avec une fin dévastatrice, voilà qui serait vraiment risqué et jubilatoire. Mais c’est un autre problème. La scène finale a beau être moulée comme un cake hollywoodien, c’est pourtant la plus surprenante du film. Pour d’autres raisons. Il faut examiner précisément la manière dont elle est amenée. C’est, depuis le début, le Mac Guffin du film. A ce titre, il faut bien noter que le film est construit sur le même concept du flashback, à savoir l’élément de départ laissé de côté en attendant d’explorer d’autres enjeux. Lorsqu’il fonctionne comme un aparté, il freine inlassablement le bon fonctionnement du film, puisque l’on reste figé sur le principe annonciateur premier. Poussé à l’extrême, c’était le cas de l’abominable CHAOS de Coline Serreau, où Rachida Brakni amenait un flashback qui tronçonnait le film de manière grossière (au sens péjoratif ; d’ailleurs comment parler autrement de Coline Serreau que de manière péjorative ?). Quand il est nécessaire de revenir en arrière afin d’introduire un élément constitutif et capital d’une action qui vient de se dérouler, le flashback devient nécessaire à l’explication et est alors conçu par le spectateur comme un élément participant de l’action. C’est le cas lors de la scène claustrophobique où Uma Thurman se trouve enterrée vivante dans KILL BILL VOL. 2. Dans LITTLE MISS SUNSHINE, c’est un peu le même principe car le concours de beauté est mis de côté pendant toute la majeure partie du film, alors que le road movie nous rappelle constamment le but commun. Il aurait pu être moins pénalisant si l’objectif s’était annulé en cours de route, tout comme la culpabilité de Janet Leigh s’évanouit dès qu’elle s’arrête au motel de Norman Bates. Donc, ce procédé qui ralentit la force de progression scénaristique (pas narrative), impose d’avoir toujours en vue la compétition en question. Et dès que la petite famille arrive à destination, il est significatif de noter le peu de précipitation de la mise en scène. Les réalisateurs prennent le temps de faire déambuler la troupe au sein du show. Ils prennent leurs marques en même temps que le spectateur, petit à petit, s’aperçoit de ce qu’est véritablement l’élection, qui lui a longuement été évoquée. Lorsque les allées et venues incessantes entre le show et la petite fille sont suffisamment distillées, nous n’avons plus qu’une seule requête à établir, que les réalisateurs nous épargnent le spectacle de la petite Abigail Breslin. Nous souhaitons nous épargner non pas l’humiliation qu’elle va subir (au contraire, cela pourrait être formidable de cruauté), mais plutôt l’avènement d’une scène au contenu annoncé. Or, le tour de force scénaristique est de prendre le contre-pied de tout cela. Le spectacle aura bien lieu, mais pas celui auquel nous pensions. Humour irrévérencieux de la chorégraphie. Cette scène en rattrape beaucoup d’autres. Un humour comme tout le film aurait dû en faire preuve car LITTLE MISS SUNSHINE n’est pas le film drôle que l’on nous avait promis.

            Je n’entends déjà plus parler que du prochain film de Guillaume Canet en tant que réalisateur. MON IDOLE est un véritable petit bijou de réalisation, même s’il est vrai qu’il était complètement calqué sur ses inspirations égériques. Cela laissait espérer un beau talent à éclore. Dommage que Canet ait décidé d’adapter « Ne le dis à personne » de Harlan Coben, petit thriller assez prenant mais sans style, où l’intrigue repose sur le fait que le narrateur est aussi l’assassin de Brandon Scope. Ce que l’auteur s’est, bien sûr, retenu de nous dévoiler dès le départ, afin de mieux nous surprendre pour des cons. Futur gros effet médiatique et malheureusement futur succès en salles dès le 01 novembre 2006.

            Et pour les artistes qui aiment la peinture mais qui n’ont jamais voulu s’y mettre pour ne pas en avoir plein les doigts, voici un site internet absolument inutile mais qui va vous permettre de créer de la beauté en laissant couler l’encre au travers de votre souris. C’est de la peinture virtuelle néo-psychédélique de stade anal, apaisante et parfois longuement fascinante. Cela se passe par ici : http://www.jacksonpollock.org. Une belle preuve que le talent n’est pas à la portée de tous mais que, cette fois-ci, c’est à nous qu’appartient de pouvoir fixer les règles du jeu.

13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 16:32

            Réflexions éparses du bon usage du cinéma (à l’attention de Lars Von Trier et autres membres du Consortium des Laxatifs du Cinéma).

MICHEL GONDRYJe repense encore beaucoup à LA SCIENCE DES REVES de Michel Gondry, qui reste l’un des films les plus excitants de cette année. A son scénario, surtout. J’aime cette fausse histoire d’amour où s’entremêlent des visions de la vie complètement opposées. Gondry sait parfaitement marier les opposés pour en exposer toujours un peu mieux le large désert de nos désirs inaccomplis. L’idée est de faire graviter tout autour, un complexe (favorable à l’imagination chez lui) qui sert d’objectif à l’accomplissement personnel. Par son ambition, ce complexe nie la réalité de notre relation au monde. Ca, c’est pour les différents embranchements du scénario (qui témoignent contre les pauvres critiques arguant d’un manque de scénario dans ce film). Sa trame de base c’est, plus basiquement, la rencontre entre Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg. Et quand bien même le film se résumerait à cela, l’argument de ces quelques critiques ne tiendrait toujours pas. Comme je l’ai dit précédemment lorsque j’ai abordé mes premières impressions à propos de LA SCIENCE DES REVES, un bon film n’est pas forcément la mise en scène d’un scénario à la mécanique machiavélique. Personnellement, j’aime les artifices de scénario : les éléments insubmersibles de Kubrick, les McGuffin d’Hitchcock etc. Mais ce ne sont que des parures de soirée. Sur les marches de Cannes, le collier ne fait pas la star. Et cependant, il existe de multiples voies pour faire un bon film. Je ne minimise pas l’importance du scénario dans l’élaboration d’un film, je m’oppose juste à la proéminence du trône qu’on lui accorde. Comme si c’était l’élément le plus important quand on regarde un film. Non ! Pas plus que le montage, la mise en scène, la valeur des émotions, l’échelle des plans, la photographie etc.

Prenons le cas du documentaire de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub : UNE VISITE AU LOUVRE, qui date de 2004. Voilà un exemple fascinant de dépouillement scénaristique ! Un bref plan du Louvre, des peintures en plan fixe et le plan d’un sous-bois pour finir ! Voilà pour ce qui est donné à voir. Car il s’agit de perception dont nous parlent les réalisateurs. Les différents tableaux sont accompagnés de magnifiques textes de Paul Cézanne lus par Julie Koltaï. Et finalement, quelques minutes de bonheur au sein de ce moyen métrage qui n’a qu’un seul but : explorer le processus de vie d’une œuvre sur son spectateur. Avec quoi regarde-t-on le mieux ? Cézanne nous rappelle que c’est « avec les yeux ». C’est effectivement ce que l’on devrait apprendre à tous ceux qui fréquentent collèges et lycées. Malheureusement, le Ministère de l’Education ne semble pas encore enclin à faire en sorte que l’on enseigne la culture à tous. C’est d’une aberration crasse et une preuve irréfutable de l’inculture de nos dirigeants. Toujours est-il qu’à la vision d’UNE VISITE AU LOUVRE, nous ne pouvons que féliciter la démarche pédagogique des deux réalisateurs. Ils arrivent à nous emporter dans un flottement sensuel où l’image berce notre imagination dont les pas suivent le tempo vocal de Julie Koltaï. Une métrique qui semble extrêmement travaillée et à laquelle je suis personnellement rétif du fait de son peu de naturel. L’impression d’être dans un film de Robert Bresson, sûrement. Mais cela n’enlève rien à l’invitation au voyage que nous ont préparé Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Nous voyons des couleurs, des histoires, nous rencontrons des gens, nous affinons nos perceptions artistiques. C’est austère mais d’une grande pertinence. Le cinéma est donc une affaire de perception. Leur travail n’a d’ailleurs jamais cessé d’aborder cette recherche. Affaire de perception en cela qu’il est avant tout une affaire de ressenti. Rien de tel que de visionner les films muets de la grande époque pour comprendre à quel point l’impact sur le public passait avant tout par les émotions que le cinéma était capable de transmettre. Et puis vînt le tout-scénario et cette obsessionnelle manie de l’intelligible. Dérive logique vers la télé réalité. Hé ! Il est temps de se réveiller, vous ne croyez pas ? Je revois par hasard CITIZEN KANE et je m’interroge sur la place qu’occupe aujourd’hui le film dans nos musées cinématographiques mémoriaux. Parce que question scénario le film est plutôt sévèrement affûté. D’ailleurs, certains ont avancé que le film ne devait son succès qu’à l’écriture d’Herman J. Mankiewicz. C’est probablement exagéré. CITIZEN KANE bénéficie certes d’une histoire absolument extraordinaire dans sa construction. Yes, indeed. Mais c’est tout de même bien plus que cela. Incroyable aussi le nombre de plans absolument sublimes que Welles y a placé. Du jeu des lumières, du cadre, du rythme par des silences, de l’interprétation classique voire sèche des comédiens etc. Et pourtant ce n’est pas le plus grand film du monde. Comment comprendre alors sa place quasiment incontestée dans les plus grands palmarès mondiaux ? - Il y en a bien qui donnent une Palme d’or à Lars Von Trier ! - C’était Luc Besson. - Ah oui, je comprends mieux. Il y en a aussi qui atteignent la Maison Blanche en toute illégalité, mais ceci ne suffit pas à comprendre cela. CITIZEN KANE est un film qui bénéficie de l’aura qu’il a su se créer au début des années 40. Lorsque Welles réalise CITIZEN KANE il apparaît vite très innovant sur certains points. Fallait-il vivre à cette époque pour comprendre l’envergure de Welles ? C’est marrant mais moi, le génie de Welles ne m’a jamais ému. Ah oui, en effet, c’est très marrant ! Je reconnais toutefois certaines de ses grandes qualités, mais peu de ses films me touchent. CITIZEN KANE est un vrai chef-d’œuvre que je classe un peu à part. Mais bon, il ne s’est pas trop foulé, le film est tout de même en noir et blanc ! Et il est vrai de dire qu’aujourd’hui l’attrait cinématographique de CITIZEN KANE s’est trouvé profondément amoindri par les différentes avancées que nombre de films se sont permis. L’impact de CITIZEN KANE s’en est donc trouvé considérablement altéré. Je discute avec énormément de personnes qui trouvent le film « chiant ». Pour ceux qui auraient quelque chose à y objecter, vous noterez la différence d’avec 2001 : A SPACE ODYSSEY qui est plutôt « un film que l’on ne comprend pas ». La grande question, c’est : « Que faire du poids embarassant qu’est CITIZEN KANE ? ». Il reste un film qui a profondément changé une partie du cinéma mondial, mais je le trouve actuellement moins influent sur les nouvelles générations de cinéastes que ne peuvent encore l’être 2001 : A SPACE ODYSSEY, PSYCHO ou SUNRISE : A SONG OF TWO HUMANS pour ne pas citer que des films qui lui sont postérieurs. Et quand je parle d’influence, je parle d’inspiration et non d’un simple copier-coller, auquel cas nous pourrions dire que de très nombreux films de ces dernières années épousent le procédé de déconstruction narrative de CITIZEN KANE. Fâcheux film que ce petit bijou d’Orson Welles. Il l’est encore plus quand on songe qu’il est à l’origine de la télé réalité. Car, à bien y réfléchir, Welles n’en est pas l’inventeur, mais sûrement l’un de ceux dont l’œuvre aura inévitablement mené à ce courant neuro-stérile. Il faut pour cela établir le lien qui le mène à Max Pécas. MAX PECASCe dernier avait commencé sa carrière en tant que réalisateur en 1960 par de petits polars légèrement dénudés. Alors qu’il avait opté pour un reclassement au sein du porno soft, la classification X (l’une des plus grandes idioties cinématographiques puisqu’elle causa la mort d’un genre entier de cinéma, jusqu’à la réadoption il y a quelques années de l’interdiction aux moins de 18 ans, grâce au film de Virginie Despentes : BAISE-MOI, seule chose dont nous pouvons le gratifier) mit un terme à ses productions. Or, il n’avait jamais renié Fellini ou Hitchcock comme influence. Et le problème quand l’on a des maîtres comme eux, c’est que l’on n’ose pas faire de films par peur de ne pouvoir faire aussi bien, et donc de se décevoir. C’est pour cela qu’il ne réalisa jusqu’ici que des films qui n’en étaient pas vraiment car uniquement destinés à un réseau spécialisé, d’où l’impossible comparaison avec les œuvres des maîtres précités. Et comme la loi de 1975 avait sonné le glas de sa carrière dans ce domaine, il se décida enfin à s’orienter vers ce qu’il aurait toujours dû faire puisque tel était son destin : du vrai cinéma. C’est alors qu’il décida de réaliser son CITIZEN KANE. Faire comme Orson Welles, taper très fort d’entrée. Ou s’abstenir. Second choix qu’il rejeta en mettant en scène MARCHE PAS SUR MES LACETS, gros succès qui lancera sa vocation dans le cinéma pour adolescents. A cette époque, la télévision n’occupait pas encore la fonction léthargique qu’elle tient aujourd’hui. Elle avait même une fonction culturelle. [Mode public stupéfait on]. Le public allait donc se vider la tête devant les films de Max Pécas. Il se chargeait de le divertir par la fonction récréative qu’il y insufflait. Distraire par la facilité, manipuler en faisant croire au plaisir et à l’intelligence du spectateur. Max Pécas avait au moins l’honnêteté de respecter son public en affichant le manque d’ambition qui subsisterait après son film. Il stigmatisait, avec d’autres joyeux drilles bien moins cinglants, les délices de la facilité, du plaisir immédiat et de la connerie fière et revendiquée. Grande époque du film con, genre particulièrement en vogue en France durant cette période et que la télévision a absorbé pour le reprendre à son compte lors d’émissions qui n’en ont même pas l’essence. Il reste néanmoins des chefs-d’oeuvre tels que LE BONHEUR A ENCORE FRAPPE de Jean-Luc Trotignon. La foule s’est donc déportée des films de Max Pécas à la télé réalité, où elle peut continuer à épancher sa soif d’inactivité cérébrale (la loi X a eu raison de sa période pornographique, la télévision de sa période « films rafraîchissants », nous sommes bien en présence d’un véritable cinéaste maudit). Conclusion synthétisée dans tout ce que la phrase de Jean-Luc Godard a de mauvaise foi : « La télévision fabrique de l’oubli. Le cinéma fabrique du souvenir ». D’où l’improbable avènement de la télé réalité imputable au génie Welles et l’horrible pression que CITIZEN KANE fait peser sur tous les apprentis cinéastes. CITIZEN KANE était un chef-d’œuvre pour cinéphile. Il est devenu un outil d’apprentissage pour cinéastes. Il est maintenant tout simplement encombrant.

Je repense aussi à THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL. A sa scène d’agression, surtout. Encore plus au message que dissimule le réalisateur tout au long de son film. D’où la perpétuelle interrogation sur la nécessité de montrer ce que l’on dénonce. La violence rend-elle les gens plus violents ? Les excite-t-elle seulement ? Sert-elle de déclencheur ou de canalisateur ? Peut-on tout montrer même avec une interdiction aux moins de 18 ans ? L’horreur de la drogue est-elle vraiment dissuasive dans REQUIEM FOR A DREAM ? Autant de débats toujours aussi intéressants mais qui n’apportent pas de réponse ferme. Heureusement que rien n’est figé, d’ailleurs. La seule chose que je sais c’est que « La lumière vient du fond » a toujours défendu et défendra toujours violence, représentation de la violence et consorts au cinéma. J’aime à me délecter de ces images horribles où l’on torture, lacère, éviscère, avec une jolie lumière et une chorégraphie de gala. Je me régale des actes les plus barbares et de l’ingéniosité avec laquelle les scénaristes trouvent de nouvelles morts crues et brutales. J’adore les gens qui meurent dans d’atroces souffrances, qui hurlent de douleur, qui sont meurtris dans leur propre corps, salis dans leur intimité. C’est d’une jubilation exquise. J’aime la mort mise en scène dans tout ce qu’elle symbolise de plus horrible. Et je veux que ce soit beau. Plus c’est pervers, plus ma perversion se révèle. Difficile de dire ce qui se meut au plus profond de moi en ces moments-là. Cela relèverait probablement d’un affleurement conscient de ma part d’ombre, à un degré où mes angoisses permettent de s’assouvir dans ces formes artistiques plutôt que dans une réalité concrète et plus pathétique. Comme je porte constamment un immense tumulte en moi, j’aime à me dire que c’est une forme d’épanchement aux démons qui m’assaillent. C’est une facette de moi très intime, qui s’oppose d’ailleurs à l’être charmant, généreux et humble qui s’impose aux personnes qui me connaissent. Mais je ne suis pas hors de toute logique. Je veux être mystérieux, agaçant et difficile à cerner.

BARBET SCHROEDERTout cela me fait alors subitement penser à ma première cigarette. Je m’en souviens parfaitement car on n’oublie jamais ses premières fois, et puis parce que c’était un 14 juillet et que j’avais 14 ans. Le soir même, je regarde MORE de Barbet Schroeder, film apocalyptique sur une idylle bercée par les effets de la drogue et l’enfer de ses expérimentations. Schroeder a fait un film d’une beauté plastique de tous les instants où la drogue est poétisée comme peut l’être la violence dans KILL BILL VOL.1. C’est magnifique à chaque seconde, mais c’est un parcours destructeur car marginalisant. Il y avait l’amour, le soleil, la mer, la chaleur, le sexe, la liberté, le psychédélique… Et je regardais cela avec des yeux admiratifs tant je trouvais que c’était cool l’héroïne. Vivre dans les effets jouissifs immédiats. Un film comme une contemplation. Je ne voyais pas l’isolement. Mon corps ne demandait qu’à vivre et je n’avais plus qu’une seule envie : fumer encore et encore.

Sur Clint Eastwood.

Je me rappelle. Référence aux premiers films et aux premiers héros qui ont peuplé mon univers cinématographique. J’admirais Jean-Paul Belmondo et Clint Eastwood. Louis de Funès, encore et toujours. Steve McQueen forever. A côté de cela gravitaient des films comme COMMANDO ou MISSING IN ACTION que je vénérais et qu’aujourd’hui j’ai honte de citer. N’empêche qu’Eastwood ce fut une lente révélation, finalement indéniable à partir de PALE RIDER. Plus j’y pense et plus je trouve abusifs les éloges dithyrambiques que nous, français, entretenons à son égard. Tout du moins en tant que réalisateur. Oui, parce qu’en tant que toiletteur pour chiens, il est pas mal, non ? Le comédien m’impressionne beaucoup plus. Son charisme, son ambiguïté, la subtilité de son jeu… Et même si je tiens PALE RIDER, THE BRIDGES OF MADISON COUNTY et MIDNIGHT IN THE GARDEN OF GOOD AND EVIL pour de vrais plaisirs cinéphiliques, ils côtoient néanmoins dans sa filmographie d’autres œuvres qui me laissent autrement perplexes (THE ROOKIE ou BLOOD WORK). Je trouve que c’est un faiseur habile, qui va le plus souvent à l’efficace, sans se soucier de faire de trop gros efforts cinématographiques, mais en gardant l’honnêteté de retranscrire une histoire et des émotions. D’autant que nous sentons très bien que certains scripts le passionnent plus que d’autres. En fait, si je comprends assez bien cette passion que les français ont envers lui, c’est parce que je conçois ces égards comme un amalgame entre ses deux carrières. Prenons le dernier film que j’ai vu de lui et où il jouait : MILLION DOLLAR BABY. C’est un film assez bancal si l’on oppose ses deux parties. Parfois étonnant de conception visuelle et de simplicité dans la mise en scène, mais souvent putassier et un peu trop facile quant aux larmes qu’il recherche abondamment. Là, nous touchons aux limites du cinéma de Clint Eastwood. Grosses ficelles. Or, si nous regardons de plus près le film, nous nous apercevons une nouvelle fois que c’est le comédien qui prend le pas sur le réalisateur. Beaucoup ont salué l’interprétation d’Hilary Swank (c’est vrai, il ne faut pas la remettre en cause, et Morgan Freeman est lui aussi impeccable), mais le véritable comédien dans cette histoire c’est Clint Eastwood ! Remarquez d’ailleurs comme il en a conscience et sait se filmer pendant les moments de réaction où il ne dit mot. Hilary Swank, c’est facile, elle a du texte.

            Pourquoi je fais des films ? Peut-être pour éviter de parler de moi.

28 août 2006 1 28 /08 /août /2006 00:00

            8 euros 84. Soit 58 francs. C’est le prix moyen d’une place de cinéma à Paris (je vous passe la méthode de calcul, longue, fastidieuse et éreintante, que j’ai mise en place pour en arriver là !). Avec des séances pouvant aller jusqu’à 10 euros 80. C’est au Pathé Wépler (oui, vous savez, cette marque qui fait penser à de la charcuterie Olida à chaque fois qu’on la prononce) que cela se passe, le samedi en séance de nuit. Un endroit que je vous déconseille donc à nouveau, à cause des prix rédhibitoires pratiqués, de la laideur du lieu, mais aussi à cause de la mauvaise qualité des services offerts au spectateur. Ce qui n’est pas nouveau. Or, personne n’a la présence d’esprit de fermer cet établissement qui ne ressemble plus à un cinéma depuis longtemps. Quand on songe que cette année (oui, c’est possible, en 2006 !), l’une des plus grandes et belles salles de Paris a fermé ses portes sans qu’aucun grand média ne s’en émeuve, c’est proprement scandaleux. Et nous ne parlons même pas du Gaumont Palace (chef-d’œuvre mondial des grandes salles de cinéma), détruite inconsidérément au début des années 70, pour laisser place aujourd’hui à un Castorama. Au moins, l’entrée est gratuite !

Le prix moyen est cependant moins élevé si vous vous y prenez le matin, puisque la place tombe (toujours selon une moyenne que peu d’experts en cinéma perdraient leur temps à élaborer, c’est vous dire si j’en suis fier !) à 5 euros 54. Plus abordable, mais moins pratique pour les couche-tard. Toujours trop cher. Comme disait la jeune mariée. Non, pas du tout. C’est un ami juif. Et là je voudrais ouvrir une parenthèse pour m’excuser auprès de tous les néo-nazis qui pourraient se trouver offusqués de ce que ce genre de peuple s’insère dans mes relations, mais là, je n’ai vraiment pas pu m’en défaire. On ne choisit vraiment pas ses amis. Il s’est agrippé avec ses doigts crochus. Et comme je suis très intelligent, je me suis dit que ce ne serait pas mal de le garder dans mes amis pour éviter que l’on me traite d’antisémite.

Pour en revenir à des questions bassement pécuniaires, le cinéma est trop cher à Paris. D’où la bonne idée d’instaurer, tout au long de l’année, une série d’opérations (dont il faut remercier la Mairie de Paris) pour nous inciter à aller au cinéma pour un prix modique. De toute façon, le gramme de coke est devenu hors de prix et les call-girls n’acceptent plus de marchander leurs tarifs... Heureusement, pour se divertir, il reste le cinéma. Fin août : « 3 jours, 3 euros ». J’aime surtout l’idée que cette opération se situe à un moment de l’année où les sorties sont déprimantes d’inintérêt. J’aime bien l’idée qu’un grand nombre de personnes s’engouffrent dans des salles obscures pour trois cent six sous (quinze vingt six sous, comme dirait mon ami juif, qui n’aime pas utiliser de nombres au-dessus de cinquante ; là, ça devient du quinzième degré !!!), et sortent exaspérées par tant de débillités offertes gracieusement par la Mairie de Paris. J’aime bien que l’idée de la Mairie de Paris soit de convier les gens à aller au cinéma, et que, finalement, le résultat soit contraire aux espérances de départ. C’est donc parmi les autres films qu’il est bon de se tourner. Voyez un peu ce qu’il était possible d’aller voir :

AI NO KORIDA

BOM YEOREUM GAEUL GYEOUL GEURIGO BOM

DAYS OF HEAVEN

DEAD MAN

DONNIE DARKO

ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND

FIVE EASY PIECES

IL BUONO, IL BRUTTO, IL CATTIVO

L’ASSASSIN HABITE AU 21

LES 400 COUPS

LIFEBOAT

MON ONCLE

NIGHT OF THE LIVING DEAD

9 SONGS

PERSONA

PSYCHO

RAGING BULL

TAXI DRIVER

THE BAREFOOT CONTESSA

THE VIRGIN SUICIDES etc. 

Mais le véritable et grand intérêt de « 3 jours, 3 euros » est de pouvoir vous balader parmi les 75 cinémas de Paris (normalement : 83, mais 8 d’entre eux étaient fermés pendant l’été, et toujours pas le Pathé Wépler). Et rien que pour cela, cette initiative est déjà un succès. Pas besoin d’avoir une carte d’abonnement pour aller au cinéma à petit prix. Il est temps de brûler cartes U.G.C. et MK2 qui vous obligent à un dévouement totalitaire et vous privent de votre liberté d’aller découvrir des films dans d’autres lieux peut-être plus accueillants. Aller au cinéma est une démarche active (réfléchir au choix de la salle, du film, de l’horaire etc.) et non une possible compensation à l’ennui. Oui, la liberté n’est pas sans contraintes. C’est pour cela qu’elle à un prix.

Deux tiers des cinémas parisiens dans lesquels je n’ai toujours pas pénétré. Pas de statistiques sur les parisiennes de tous âges ? J’aime à y remédier lors de ces opérations spéciales. Direction tout d’abord le MK2 Hautefeuille. Je connais le principe des MK2, je ne m’attends à rien de révolutionnaire dans ces cinémas qui affichent une politique d’auteurs, mais qui ne sont en fait que de gros complexes déguisés, assez grossièrement d’ailleurs. Je ne suis donc pas surpris de voir la file d’attente empiéter jusque sur la route (une bonne grosse queue, comme dirait la jeune mariée), et ce dès la première séance du matin. Il n’était quand même pas si illogique d’anticiper le succès que rencontreraient ces 3 jours de paix, d’amour et de cinéma. Ce qui s’était passé en 1969 lors d’un rassemblement du même ordre pouvait nous mettre sur la voie. Tout comme la réussite de l’édition précédente. Malheureusement, au MK2 Hautefeuille, il doit y avoir des quotas pour butors débulbés : ils ont choisi de n’ouvrir qu’une seule caisse. Je suis en avance et ne manquerai donc pas le début du film. Pas comme ces quelques retardataires malgré eux, vers qui va toute ma pitié, et qui auraient bien le droit d’intenter un procès à ce vil cinéma qui n’aura même pas eu la délicatesse de différer le lancement du film de quelques minutes. Délai après lequel tout retardataire ne devrait plus être accepté. Voilà comment devrait se comporter un cinéma digne de ce nom. Comment peut-on avoir l’idée de prendre un film en cours ? C’est quand même mieux avec les préliminaires, non ? Même si, de temps en temps…

THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL

Le film : THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL de Thomas Clay. Commençons par la fin puisque nous y trouvons la plus grande satisfaction du film : une scène d’agression et de viol particulièrement monstrueuse. Il ne se passe rien d’horrible jusque-là et le réalisateur développe tout au long du film, une tension que nous sentons s’assouvir incessamment sous peu. Si bien que lorsque le pire arrive, ce n’est pas tant le fait en lui-même qui est choquant, mais la violence et la brutalité qui interviennent conjointement. Il faut ici souligner toute la beauté de la mise en scène qui contribue à faire de ce moment l’un des plus cruels que le cinéma nous ait donné. La scène est magnifique. Dans la manière dont le déchaînement s’établit (le plus violent n’est pas celui que l’on croit, évidemment, et l’opposition avec le caractère calme et passif de Robert Carmichael est magnifiquement mis en opposition par la brutalité avec laquelle le démon enfoui se déchaîne), nous apprécions aussi énormément la violence avec laquelle la femme se fait violer par Robert Carmichael, l’excellence des objets qu’il lui introduit, l’ignoble idée de forcer son mari à regarder tout cela, et enfin la magnifique lenteur de la transition avec laquelle nous retrouvons le trio qui baigne dans le sang, le vomi et la fureur, au sein d’un plan fixe de toute beauté, où quasiment rien ne bouge mais où les ondes présentes sont emplies d’aliénation. Ce qui est à l’image du film. A ce moment, nous penserons beaucoup au long plan fixe de FUNNY GAMES, lorsque les deux jeunes garçons décident de quitter la maison. Même idée.

En tout cas, cela faisait longtemps que le cinéma ne nous avait pas donné une scène de barbarie aussi violente et sauvage. C’est esthétiquement proche de la perfection tellement la jouissance du mal laisse vite place à l’écoeurement. D’où encore plus de jouissance.

Ce qui précède fonctionne comme l’installation nécessaire à la compréhension d’un tel avènement de violence. Une grande exposition. Certes. Obligatoire cependant. Nous pouvons lui reprocher sa faible propension à se renouveler. Malgré tout, l’impact final lui doit tout.

Il n’y a qu’un seul accès possible à ce film. C’est celui d’ELEPHANT et de 71 FRAGMENTE EINER CHRONOLOGIE DES ZUFALLS. Recherche des éléments constituants un fait divers en apparence inexplicable. Des personnes qui côtoyaient certains criminels disent souvent : « Il avait l’air si gentil. Jamais on n’aurait pensé !!! » Evidemment ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’ils se trimballent dans la rue avec un écriteau : « Personne ne sait que j’ai tué un homme » ? Il n’y a que moi qui sois assez fou pour m’en vanter !

Toujours est-il que le film ne verse pas de nouveaux éléments au dossier, mais il devient complémentaire aux autres films, énonçant le même principe de l’environnement qui façonne la frustration. Un sujet d’autant plus intéressant qu’à chaque fois les assassins paraissent privilégiés par leur entourage : stable et sécurisant. Tout ce qu’il y a de plus terrible pour des adolescents, comme le hurlait PUMP UP THE VOLUME lorsqu’il exhortait à dire des horreurs, pour en éviter de telles. Sombre richesse du film d’Allan Moyle.

            Ensuite, direction le Brady. Alors là… Des cinémas comme ça, je ne sais pas s’il en reste encore beaucoup en France, mais ça mérite le détour ! Tout petit hall d’accueil où le caissier nous invite à entrer avec un franc-parler qui surprend. C’est que nous n’étions plus habitués à ce qu’un employé de cinéma nous parle comme à des êtres humains. L’endroit paraît alors plus sympathique qu’il ne l’est. Tout sent le vieux. De la déco à la fréquentation, en passant par les affiches de Jean-Pierre Mocky qui ornent les murs. Si j’ai bien compris, l’ouvreur est aussi caissier, projectionniste, critique cinéphile pointu, spectateur, colleur de timbres, cracheur de feu, recordman du monde de brasse libellule et gagman de Wim Wenders. Autant d’improbables qualifications qui cohabitent et qu’il semble nécessaire de disposer pour pouvoir travailler ici ! Néanmoins, que cela est agréable de se mouvoir au sein d’une foule de passionnés qui se retrouvent dans une ambiance de cinéma de quartier ! Très agréable sensation d’être pris pour une personne qui vient voir un film et non pas un quelconque individu qui vient donner son argent.

WASSUP ROCKERS

La salle est petite, poussiéreuse et kitsch. La porte grande ouverte, les commentaires du caissier continuent à se faire entendre. Mais il ne va pas la fermer ?! Riposte du petit artisanat. Ce n’est pas une raison pour se rallier à sa cause ! Bref, le film débute. Je note au passage que le caissier-projectionniste-taxidermiste-cracheur de noyaux d’olives-expert en dreadlocks a attendu que les derniers spectateurs soient entrés dans la salle pour lancer le film. Grand fan de Larry Clark, je me devais d’aller voir WASSUP ROCKERS que j’avais loupé à sa sortie. Il n’y a jamais de vraie coïncidence. Les œuvres crépusculaires que sont BULLY ou KIDS nous interrogent sur la véritable motivation de Larry Clark, qui perd cette fois une occasion de se taire. Pire que tout, il en perd son cinéma. Même s’il a toujours été assez proche du style documentaire dans KIDS et KEN PARK, ces derniers étaient très élaborés. Dans WASSUP ROCKERS, la recherche documentaire est encore plus flagrante par le jeu improvisé et la caméra qui ne cherche qu’à capter une déambulation sans se soucier ni du cadre ni de la lumière. C’est assez crade, même. Nous avons l’impression que tout cela est volontaire, bien évidemment, mais le cinéma n’a jamais fonctionné sur une politique volontariste. Larry Clark ne s’intéresse qu’à ce qui l’a finalement toujours intéressé. Il travaille sur la dégénérescence. Alors, bien sûr, la vérité qu’il décèle chez ces jeunes est absolument évidente, mais il se trompe en croyant que c’est ce qui a fait le succès de ses précédents films. C’est bien plus. Pas le fait qu’un film ait besoin d’une histoire extrêmement développée et pleine de rebondissements, mais un minimum de cinéma à travers ses différentes phases. Après tout, on peut très bien faire un bon film sur une seule idée, pourvu que l’on nous raconte quelque chose. Nous y reviendrons un peu plus tard lorsque nous aborderons LA SCIENCE DES REVES de Michel Gondry…

En tout cas, ce que nous propose Larry Clark tout au long de son WASSUP ROCKERS reste invariablement du même acabit. Et même si nous suivons la jeune troupe assez gentiment, tout cela est très intéressant mais le cœur ne connaît jamais d’arythmie. Larry Clark est celui qui filme le mieux la jeunesse américaine (avec Todd Solondz peut-être, même si ce n’est pas complètement son credo), mais la redite commence à ennuyer. Avec BULLY et KEN PARK (que j’avais pourtant peu aimé), il avait su retrouver une originalité à travers la face qu’il voulait aborder. On peut reprocher à WASSUP ROCKERS de montrer une image un peu trop générale. Mais la profondeur vient aussi avec le travail…

            Le Lucernaire est un lieu que je connais bien. Le cinéma un peu moins. J’y ai pourtant vécu l’un de mes trois plus grands souvenirs cinématographiques, à savoir la projection de DEAD MAN de Jim Jarmusch en 1996 ; les deux autres étant RINGU au Forum des Images en 2000 et la ressortie de 2001 : A SPACE ODYSSEY en 70 millimètres au Gaumont Grand Ecran Italie en 2001. Oui, mais après CLIFFHANGER quand même ? L’après-séance de DEAD MAN c’était comme sortir d’un rêve. Difficile à décrire donc, mais sûrement le film qui m’a emmené le plus loin dans le registre de la progression émotionnelle. Un film brillant.

Je reviens donc sur les lieux du crime avec toujours une grande nostalgie. Le lieu est actuellement en travaux. Un chantier pas possible. Cela ne me semblait pas indispensable, pour le peu que je sache. Du moins pas autant que le Brady ! J’ai de plus en plus l’impression que ce cinéma cherche à se faire classer monument historique. Historique de mauvais goût et de saleté !

Bon, ce n’est pas que je cherchais absolument à revenir dans ce cinéma, mais c’était le seul qui programmait L’EQUILIBRE DE LA TERREUR de Jean-Martial Lefranc et je tenais à tout prix à ne pas le manquer avant qu’il ne soit déprogrammé. Effectivement, cela m’a l’air imminent. J’étais prévenu. Trois personnes dans la salle. Deux effectives, mais avec leurs conneries d’« un homme averti en vaut deux »… L’autre garçon m’a tout de suite paru suspect. Moi, ma démarche est conditionnée. Comme je ne suis pas censé être là, je me dis qu’il faut quand même être un sacré pervers pour aller voir un film tout seul dans une salle ! Il pourrait en penser tout autant à mon encontre, mais comme je sais, moi, que je ne suis pas un de ces putains de pervers, s’il y en a un dans cette salle, c’est bien lui. J’ai tout de suite senti sa déviance homosexuelle lorsqu’il est venu se placer derrière moi. Jusqu’ici tout va bien. Surtout ne rien laisser tomber ! Nous étions donc quatre dans la salle, puisque avec leurs conneries qu’« un homme inverti en vaut deux »

Bon, pour parler un peu du film malgré la paranoïa ambiante, nous dirons que l’histoire nous fait énormément plaisir par le sujet casse-gueule ici traité. La possibilité d’une attaque nucléaire sur Paris. Il n’y a pas de sujets aussi excitants actuellement au cinéma ! Et ça, c’est de la bombe ! (Je sais, j’ai honte). Mais autant le scénario sent l’hyperdocumentation, autant la réalisation est assommante d’amateurisme. Tout d’abord, les différentes scènes sont construites de manière très théâtrale, et souvent dans des lieux très exigus. Problème de moyens. On recrée un semblant d’ambiance dans une cave, dans un appartement prêté pour l’occasion, on serre les plans, on essaie de mettre du rythme avec une caméra montée sur vibromasseur etc. Les acteurs sont parfois très mal dirigés. La lumière souvent ignoble (en plus, filmer en vidéo accentue le problème), et il peut même lui arriver de changer dans un même plan. Tout cela manque un peu de sérieux pour un sujet qui ne transige pas avec ce genre de qualités requises. Pas sûr que les capitaux aient été la panacée de tous ces maux. Mais le plus flagrant est le manque de vision globale que Jean-Martial Lefranc a de son film. Les scènes d’exposition peinent à le lancer. Toutes les scènes semblent avoir été travaillées indépendamment, ce qui n’insuffle aucun rythme au film. L’EQUILIBRE DE LA TERREUR ne devient prenant (c’est relatif, je vous le concède) que lorsque la bombe commence à s’assembler et que l’attaque se fait imminente. Mais même le finale ne parviendra pas à sauver un film qui va malheureusement refroidir certains producteurs de prendre des risques. Et c’est là son effet le plus néfaste.

LA SCIENCE DES REVES

            Terminons par LA SCIENCE DES REVES, vu au Gaumont Alésia. Complexe assez quelconque qui pratique des tarifs exorbitants sur le pop-corn, les bonbons et autres friandises. Ce n’est pas grand-chose mais le Lucernaire, lui, imprime des images de films au verso de ses tickets. J’ai eu Giulietta Masina dans LA STRADA pour L’EQUILIBRE DE LA TERREUR. C’est vrai qu’on s’en fout un peu. Oui, mais nous sommes maintenant capables de mesurer toute la différence entre un cinéma qui nourrit l’intérêt de ses spectateurs et un cinéma qui se nourrit grâce à l’argent que lui apportent ses spectateurs. Argent qu’il réinvestira dans le culte de sa personnalité comme en témoigne les tickets du Gaumont Alésia et leurs rectos à l’effigie de la maison mère.

Concentrons-nous plutôt sur le cas Gondry. Car j’ai bien l’impression que c’est l’homme que l’on juge, plus que ses films. LA SCIENCE DES REVES, c’est 1 heure et 45 minutes de bonheur. Des trouvailles scénaristiques (la branche des lunettes derrière l’oreille, par exemple), visuelles (le film à l’intérieur du rêve) ou de mise en scène (la machine à remonter le temps d’une seconde). Gondry nous y avait déjà habitué avec ses clips ou son fabuleux ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND. D’ailleurs, LA SCIENCE DES REVES en reprend les grands thèmes. Il les creuse cependant moins en profondeur (ce qui, à contrario, faisait d’ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND un film extraordinairement profond par sa lucidité sur la société contemporaine) et préfère s’intéresser à la relation qui se lie entre Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg. C’est tout en ingéniosité et en virtuosité de mise en scène par les allers-retours incessants entre le monde réel et celui des rêves (et que l’on ne confondra pas avec une élégance de montage, cela n’ayant rien à voir puisque élaboré depuis le stade de l’écriture). Bref, LA SCIENCE DES REVES se plaît à jouer avec les difficiles codes du romantisme actuel (tiens, revoilà ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND !) et les pénibles dualités intérieures qui en découlent. C’est vraiment brillant par ce que Gondry touche là. Arriver à capter quelque chose d’aussi indéfinissable, c’est du grand art !

LA SCIENCE DES REVES est grand film romantique, plein de plein de choses qui excitent nos esprits, et encore une fois triste et très sombre car doté d’un regard aigu sur nos comportements. Tout cela se retrouve dans ce qui est la plus grande qualité du film : son écriture. L’absurdité des dialogues, la finesse des tons, la poésie récurrente, la sagacité de certaines répliques (« les filles ne changent jamais d’avis quand c’est fini »). Sombre. Définitivement sombre.

Et si je mets l’accent sur ce côté de l’écriture c’est pour mieux revenir sur ce que je disais plus haut concernant le scénario d’un film. D’un point de vue cynique, nous pourrions résumer le film à une histoire d’amour entre un homme et une femme. C’est limité et réducteur. C’est la trame du film, ce n’est en rien le scénario. Une fois de plus, je redis qu’il est possible de faire un bon film avec un sujet simple, voire mince. L’avantage avec Gondry c’est qu’il en profite pour développer toute une série de compositions, de touches anecdotiques, qui encerclent les personnages et leur donnent corps par leur définition à travers ces réflexions de vie. C’est donc plus qu’une grande histoire romantique que nous livre Michel Gondry, c’est toute une vie faite de pièces rattachées, un patchwork de petits morceaux de films qui en forment un nouveau. C’est en quelque sorte une continuelle connaissance de soi. Ce qui nous amène au caractère psychanalytique du film, puisqu’il s’agit d’un film psychanalytique avant tout (et ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND auparavant) : le cerveau, l’enfance, les rêves, les actes manqués etc. Le scénario de LA SCIENCE DES REVES ne s’arrête pas là où certains critiques, n’ayant une nouvelle fois rien compris à l’univers de Gondry, ont voulu vous le faire croire. D’où le procès intenté à Gondry. Du grand snobisme écoeurant. La preuve en est le film de Stephen Frears : HIGH FIDELITY (il y aurait encore d’autres exemples à trouver, j’en suis persuadé). Là aussi, nous pourrions vulgairement résumer le film à une rupture qu’un jeune homme n’arrive pas à encaisser. Or, personne n’a critiqué HIGH FIDELITY sur ce point. Et pourtant, il y aurait des choses à redire sur ce film très plaisant et très réussi. Il est d’ailleurs étonnant de constater la similitude avec le film de Michel Gondry. Même dans la construction, HIGH FIDELITY s’en rapproche de manière singulière : fait avéré, puis construction du personnage autour de son histoire personnelle (le procédé analytique révèlera ici son incapacité à rester avec une fille). Le film se perdra un peu dans d’étranges clichés, deviendra plus optimiste et par conséquent sonnera moins juste. Il n’empêche que le personnage de Rob Gordon est absolument fantastique. John Cusack a dû prendre un pied fabuleux à le jouer ! Mais pourquoi tant d’impossibilité à se réaliser ? Je ne comprends pas le marasme intérieur dans lequel il s’embourbe. Sa vie est formidable ! Il tient un magasin de disques, il écoute à longueur de journées ses chansons préférées, il emploie deux garçons aux vies improbables dont un crétin aux prises de position exquises de drôlerie, il passe son temps à établir des tops 5 et à aller à des concerts, et il s’est tapé Catherine Zeta-Jones ! Comment peut-on être aussi désappointé ? Petit hommage à Rob Gordon :

 

TOP 5 APRES UNE RUPTURE :

1 - Henry Lee NICK CAVE & PJ HARVEY

2 - Fear and love MORCHEEBA

3 - Jealous guy JOHN LENNON

4 - Tiny dancer ELTON JOHN

5 - Linger THE CRANBERRIES

 

Je n’y avais pas pensé en établissement ce classement mais, en le relisant, je m’aperçois que chacune des chansons est assimilée à une rupture bien précise. Je ne me suis pas trompé ! De toute façon, je ne me trompe jamais. Je suis une valeur sûre. Puisque c’est comme ça, je continue :

 

TOP 5 DES MEILLEURES CHANSONS :

1 - You are here SIXPENCE NONE THE RICHER

2 - Hyacinth house THE DOORS

3 - Paint it black THE ROLLING STONES

4 - Mistral gagnant RENAUD

5 - Les écorchés NOIR DESIR

 

            Malgré tout cela, je ne sais pas si je retournerai au cinéma l’année prochaine à la même époque. 3 euros pour LA SCIENCE DES REVES, quand j’y pense, je me dis que c’est indécent de sous-évaluer les vraies valeurs.

19 août 2006 6 19 /08 /août /2006 17:41

            « Aux habitants de Beyrouth-Ouest, 

Toi qui te trouves à Beyrouth aujourd’hui, n’oublie pas que le temps presse. A chaque instant que tu perds, le danger augmente pour ton salut et celui de ceux qui te sont chers. 

            Sache que les axes de sortie Est et Sud de la ville sont garantis. Dépêche-toi et ne perds pas de temps. Sache que les forces de défense israéliennes réaffirment qu’elles ne se sentent pas concernées par les civils innocents ni par ceux qui ne s’opposent pas à elles par les armes. Dépêche-toi de sauver ta vie et celle de ceux qui te sont chers avant qu’il ne soit trop tard. »

 

 

            Je m’étais juré de ne plus jamais tomber amoureux d’une comédienne. Ya basta ! Don de soi chevronné. Les comédiennes sont des êtres crépusculaires qui emportent tout sur leur passage. Même l’amour pur. Dangereuses. Trop extraordinaires dans leur indéfinition.

C’est en furetant sur ces modestes (si si, l’Astérix que je suis résiste encore aux propositions qui lui sont faites) pages, qu’un ami me mis la puce à l’oreille, lorsqu’il synthétisa sa lecture en m’annonçant que mes écrits trahissaient un peu trop mes vues libidineuses :

« On sent que tu aimes les comédiennes. » 

Un jour, j’en ai fait pleurer une. Regret unique. Depuis, j’ai posé mon regard et mon cœur en des contrées qui me sont plus alcyoniennes. Pas moins complexes, mais balisées cependant.

Il n’en reste pas moins que je ne voulais plus rejouer certains films, même en face de grandes actrices. Mais on ne peut pas lutter contre ses véritables désirs. Les mots sont comme de sombres hiéroglyphes lorsque l’on cherche à masquer le sens qu’on leur accorde. Il y a plusieurs lectures possibles, plusieurs approches, mais un seul sens. Et très peu de panneaux pour nous indiquer la bonne direction. Eh bien voilà, il faut que je me rende à l’évidence : j’aime les comédiennes.

            Bertrand Blier, lui, son truc c’est les acteurs. Il leur a même consacré un film qu’il a choisi de nommer LES ACTEURS. Pas facile de trouver un bon titre de film ! En plus, pour le coup, il fallait que cela colle parfaitement au sujet. Des heures de profondes recherches. PRENDS TON PASSE-MONTAGNE, ON VA A LA PLAGE devait sûrement être déjà pris. Autre bon exemple de méningite foudroyante : le cerveau d’Alexandre Arcady qui, après des mois d’intense activité neurologique (activité tout à fait nouvelle en ce qui le concerne) parvenait à nous délivrer l’un de ses meilleurs rendements : K. Ce qui, comme chacun sait, est le symbole chimique de la moitié d’un étron.

Il fut un temps où des personnes étaient convenablement payées pour s’éreinter à trouver des traductions françaises de titres qui devenaient capables de déplacer des foules. Rappelez-vous LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE, ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX, QU’ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE !, N’OUBLIE PAS TON PERE AU VESTIAIRE etc. Aujourd’hui, cet art est en perdition. Quelle imbécillité de traduire CRASH par COLLISION, ou THE SWEETEST THING par ALLUMEUSES ! Et sans aller jusqu’au difficile exercice de la traduction, nous pouvons nous arrêter et réfléchir un moment sur l’impact du titre du dernier film de Claire Simon : CA BRULE, sorti cette semaine. Il serait question de feu au cul le film pourrait encore espérer à tirer attirer…

Dans LES ACTEURS (dans le film, s’entend, bande de pervers cinéphiles adeptes d’allusions foireuses !), la déclaration d’amour (je rappelle que les films de Bertrand Blier sont tous des déclarations d’amour) est soulignée à grands renforts de noms (les plus grands sont quasiment tous présents), de problématiques du jeu d’acteur (celui que l’on n’écoute plus, ceux qui ne peuvent s’empêcher de continuer à jouer dans la vie réelle etc.) et de dialogues d’une précision jouissive à mettre en bouche. Je connaissais une jeune mariée qui avait une autre définition du mot « dialogue ».

J’ai toujours trouvé qu’après UN, DEUX, TROIS, SOLEIL, les films de Blier sont devenus moins pertinents et artistiquement plus lourds. A force de conviction, le talent de Blier m’avait semblé singulièrement en péril. Nous avons vu récemment qu’avec COMBIEN TU M’AIMES ? sa vigueur n’avait en rien été attaquée. La virulence de Blier serait-elle en rapport avec les libertés sociétaires ? A la relecture des ACTEURS, il reste évidemment que nous sommes loin des grandes œuvres que sont MERCI LA VIE, BUFFET FROID ou encore PREPAREZ VOS MOUCHOIRS, mais le génie du maître est toujours vivace. Les dialogues sont absolument sublimes de drôlerie, de trouvailles scénaristiques, de contre-pieds éclatants. C’est très fin. Antoine de Baecque, critique à Libération, m’avait dit un jour qu’il n’aimait plus Blier depuis qu’il était devenu grivois et vulgaire. Défi : je veux des exemples précis dans LES ACTEURS. Et je veux aussi que la plupart des critiques reconnaissent la cabale qu’ils ont mise au point (pour quelle raison ?) contre Bertrand Blier.

LES ACTEURS tourne très vite à l’exercice de style et c’est ici qu’il trouve ses limites. C’est un scénario assez refermé sur lui, et ce dès le départ. Par le brio de sa mise en scène, Blier arrive à donner un relief assez relatif. Mais le propos est très cloisonné par le sujet qu’a choisi Blier et qui peine à s’évader. Quand il traite de la société, il touche à des éléments plus nombreux dans leurs interactions. Son système d’écriture lui permet alors de passer de l’un à l’autre avec un maximum d’ellipses voire d’absurde. Même si ce n’est pas le cas, par ses acteurs, son travail sur la lumière, sa mise en scène et surtout ses dialogues, LES ACTEURS est un film orgasmique.

            Revu l’un des plus beaux films de l’année 2005 : WHERE THE TRUTH LIES d’Atom Egoyan (encore une dégénérescence artistique que d’avoir traduit WHERE THE TRUTH LIES par LA VERITE NUE ; si vous les connaissez, je vous encourage à mentionner en commentaire le nom et les coordonnées de la personne qui a commis cet acte de profonde vacuité intellectuelle, afin d’encourager chaque internaute à lui adresser injures et bombes liquides). Le film : magistral exemple de maîtrise des différents éléments cinématographiques. D’abord le cadre. Egoyan a le sens de la composition picturale. De la couleur, du relief, du mariage des formes avec l’objectif, des mouvements de caméra. A l’intérieur, l’image est exagérément léchée. Difficile de trouver cela inesthétique. Agoyan se sert de tout cela pour nous gratifier d’une mise en scène qui gagne beaucoup par l’agencement des séquences montées, mais qui tombe parfois dans l’interrogation suspecte, je veux parler de la scène du supermarché où la caissière s’éclipse de manière assez abrupte pour laisser le champ libre à Alison Lohman et David Hayman.

Nous sentons bien qu’Atom Egoyan a comme but principal de s’attacher à son récit. Combien de réalisateurs actuels peuvent encore se vanter de nous raconter des histoires ? Egoyan s’y emploie donc par tous les aspects mis à sa disposition. L’histoire progresse sans discontinuités. Esprits capturés. L’image comme une révélation. La force tranquille du propos sous l’œil hypnotisé du spectateur. Ce n’est pas grand-chose et pourtant c’est déjà beaucoup. Triste dérive du cinéma.

            Revu l’un des plus beaux films de l’année 2005 : MA VIE EN L’AIR de Rémi Bezançon. Un film de plus sur les trentenaires, avais-je lu quelque part. Cela ne pouvait venir que d’un critique qui n’avait rien compris au film. Si le rapport aux trentenaires est évoqué, il n’en pas tant abordé sous le jour d’un clan en lutte mais plutôt sous le rapport conflictuel d’intégration du trentenaire à ce que la société à voulu obtenir de lui, ainsi qu’aux promesses qu’elle n’a pas pu tenir. Assez commun en quelque sorte. La désignation du film de trentenaire rapproche plutôt la conception d’une génération désignée. Lors de la décennie précédente il s’agissait de la génération X. On trouve son mal où on le cherche… MA VIE EN L’AIR est un film qui s’accommode de la vie de trentenaires, mais ce n’est pas un film sur les trentenaires. A contrario, le meilleur exemple est sans conteste PUMP UP THE VOLUME, œuvre visionnaire qui reste encore à l’heure actuelle celle qui a le mieux cerné le problème de ladite génération. Film aux limites visuelles avouées, il n’en demeure pas moins le film phare de tous ceux qui ont décidé un jour de dire des horreurs et de ne plus se comporter comme les petits enfants sages tant désirés. Ne jamais faire confiance à ceux qui ne disent jamais d’horreurs. L’imposture des films de Miyazaki est une violence qui me heurte plus que celle du réel. Moi, c’est celle de Richard Balducci, mais chacun son trip. Notez que Miyazaki nous revend encore des cachous pour du caviar et ce dès la semaine prochaine, avec la sortie de sa dernière mouture (qui date tout de même de 1984 !) : KAZE NO TANI NO NAUSHIKA.

Je signale au passage que la subversion de PUMP UP THE VOLUME est telle qu’aucun éditeur DVD n’a encore jugé bon de le sortir. En zone 2, je précise. Il existe bien une zone 1, mais uniquement avec piste audio et sous-titres en anglais. Et nous pouvons militer pour l’avènement de sa version française car, si 99% des doublages français sont à jeter dans les oubliettes où se trouve déjà Paris Hilton, il s’agit néanmoins d’une rare post-synchronisation acceptable qui met en valeur une traduction encore plus savoureuse que les dialogues originaux. Cela nous rappelle les grandes heures de PULP FICTION. Cette non-sortie est donc tout simplement scandaleuse, mais pas autant que l’introuvable édition de GLISSEMENTS PROGRESSIFS DU PLAISIR d’Alain Robbe-Grillet. Problème d’ayants droit ? Comment se peut-il que de tels films soient indisponibles dans un total manque d’indignation ? C’est révoltant ! Toujours est-il que le film est même invisible à la télévision comme en témoigne son infâme déprogrammation au début du mois de mars 2006. Après une brève recherche sur IMDb, je m’aperçois avec stupeur que les films de Guy Lux (DROLES DE ZEBRES) et de Jacques Martin (NA !) sont eux aussi tenus à l’écart des éditeurs DVD et de nos chastes yeux. Il y a des jours où je me dis qu’il existe quand même des gens bienveillants dans ce milieu.

Consolez-vous : il vous reste toujours la possibilité de vous éclater à l’écoute de la bande originale de PUMP UP THE VOLUME, sur les rythmes cultes des Pixies, du lancinant « Everybody knows » de Léonard Cohen, du très nerveux « Kick out the jams » des Bad Brains et Henry Rollins ou même du très acidulé « Stand ! » du groupe Liquid Jesus. Bref, du bon gros son, avec de bons gros morceaux de rien à jeter dedans, encore édité nous ne savons pas pour combien de temps.

            Revu l’un des plus beaux films de Joseph L. Mankiewicz : SUDDENLY, LAST SUMMER. La plupart du temps, les adaptations cinématographiques des pièces de Tennessee Williams souffrent de leur théâtralité, de leur écriture un poil trop littéraire (cela est aussi valable sur scène) et de la lourdeur de leurs propos. Mankiewicz choisit de déconstruire en multipliant les angles de prises de vue et allégeant la mise en scène par des déplacements très étudiés qui gomment le confinement au sein d’espaces clos. C’est une réussite totale. Elizabeth Taylor divine. Katharine Hepburn un peu trop facilement déjouable, mais c’est un parti pris de mise en scène, d’ailleurs pas si erroné à l’époque. Mais Montgomery Clift complètement fade et effacé, jusque dans la rigidité de son corps. Seule ombre à ce chef-d’œuvre.

            Revu COP LAND de James Mangold. Plus très sûr de la prestation de Sylvester Stallone. Je crois que c’était une erreur de mentionner son incroyable composition. C’était aussi une erreur d’offrir un caméscope à Vikash Dhorasso. Ceux qui ont vu un retour gagnant de Sly dans ce très bon film ont surtout été décontenancés par son aptitude à jouer un personnage plus intérieur que ses esbroufeurs de Joseph Dredd, John Spartan, Raymond Tango, Marion Cobretti et autres Gabe Walker. C’était bien mal connaître la carrière de Stallone ou la réduire aux rôles de gros bras vers lesquels ont dévié les suites de RAMBO et ROCKY. En effet, tout était déjà présent dans le magnifique premier volet (et le seul digne d’intérêt, par ailleurs) des aventures de John Rambo. Dans COP LAND, finalement, rien de très surprenant à le voir tenir un rôle qu’il a déjà su composer, mais dont il s’était éloigné petit à petit. Cependant, rien d’extraordinaire dans ce qu’il nous propose. D’abord parce que le shérif Freddy Heflin est assez basique dans l’écriture. Un traumatisme physique au cours de l’adolescence. Des séquelles mal vécues pendant de nombreuses années. Et une sorte de rédemption, parce que Rambo l’est bien gentil mais faut pas trop le prendre pour un con, quand même ! N’enlevons tout de même pas la justesse avec laquelle le parcours du personnage se poursuit dans l’anxiété et le manque de confiance en soi. Mais Stallone joue sur des registres assez peu variés dans le renfrognement intérieur. Le rôle du policier interprété par Robert De Niro est beaucoup plus intéressant car plus complexe. Son but c’est l’actif. Il cherche à provoquer et se heurte constamment à des obstacles. Lorsque Sylvester Stallone vient le chercher, l’affaire est close. Il prend alors le contre-pied pour faire en sorte que le principe inactif (Sylvester Stallone) devienne actif par sa propre inactivité (qui est en opposition avec son existence légitime). Sa passivité devient donc active par le seul étouffement de ses pulsions premières. Voir De Niro jouer à contrario de l’humeur primale de son personnage est un vrai délice. A l’image du film.

            Il y a dans IRREVERSIBLE de Gaspar Noé un lien très intime avec l’essence même du cinéma. En revoyant le film en DVD, le choc est moins rageur. Cela n’a rien à voir avec la différence d’une première et d’une seconde vision. Il s’agit du propos intérieur, voire inconscient, du film qui se fait moins incompressible. Parce que je crois qu’il faut envisager IRREVERSIBLE comme un double film sur l’écrasement. L’écrasement qui réduit, qui détruit : le temps, l’extincteur, la relation de couple etc. Et puis surtout, et c’est là que je veux en arriver depuis le début, l’écrasement du spectateur par phénomène physique, puis psychologique. Les films de Gaspar Noé doivent s’envisager comme des expériences. Ce n’est pas un hasard s’il a réalisé en 1995 la très étrange EXPERIENCE D’HYPNOSE TELEVISUELLE. Je me rappelle aussi sa carte blanche à « l’Etrange Festival » en 2003, où il était venu nous présenter un court métrage de Tony Conrad intitulé THE FLICKER, qui n'était rien d'autre qu'un montage alterné d’images noires et blanches. Par effets stroboscopiques, le but était de faire rentrer le spectateur en transe. Etrange expérience que Noé décrivait comme le film le plus jusqu’au boutiste qu’il lui avait été donné de voir (bien plus que le SALO O LE 120 GIORNATE DI SODOMA de Pier Paolo Pasolini). Un procédé qu’il a notamment repris à la fin d’IRREVERSIBLE. De la même manière que Kubrick définissait 2001 : A SPACE ODYSSEY (œuvre d’influence comme le souligne le poster affiché dans la chambre à coucher du couple d’IRREVERSIBLE) comme « une expérience non verbale », il faut considérer IRREVERSIBLE par l’effet qu’il produit sur soi et non par la réflexion raisonnée que nous pourrions en déduire. De ce fait, le film a été tourné dans le but d’une projection grand écran. Lors du visionnage en DVD, le spectateur reste maître et contrôle ce qu’il veut voir. Au cinéma, l’intérêt est de pouvoir l’amener dans un trip. C’est l’écrasement par la supériorité du support.

Conclusion : allez au cinéma. Et dites des horreurs.
 

KEIRA KNIGHTLEY ELIZABETH HURLEY ALYSSA MILANO ASHLEY JUDD FAYE DUNAWAY JESSICA LANGE NATACHA REGNIER WINONA RYDER GENE TIERNEY SOPHIE MARCEAU AVA GARDNER ANAPOLA MUSHKADIZ JENNIFER CONNELLY NAOMI WATTS ISABELLE CARRE SCARLETT JOHANSSON PENELOPE CRUZ MEG RYAN LARA FLYNN BOYLE MYLENE DEMONGEOT PATRICIA ARQUETTE ELSA ZYLBERSTEIN GWYNETH PALTROW JACQUELINE BISSET KIRSTEN DUNST JULIE DELPY FAMKE JANSSEN MICHELLE PFEIFFER CALISTA FLOCKHART NATALIE PORTMAN ELEONORE MICHELIN FLORENCE THOMASSIN JANE FONDA SALMA HAYEK MARIE-JOSEE CROZE HELENE FILLIERES DREW BARRYMORE NICOLE KIDMAN MARIE TRINTIGNANT JULIANNE MOORE ELIZABETH TAYLOR JENNIFER JASON LEIGH SARAH POLLEY IRENE JACOB MARIANNE DENICOURT INGRID THULIN ROBIN WRIGHT PENN CATALINA SANDINO MORENO CHARLIZE THERON ISABELLE ADJANI LOUISE BROOKS DENISE RICHARDS BARBARA SCHULZ MICHELE HICKS BRIGITTE BARDOT ANNE PARILLAUD REBECCA DE MORNAY CHRISTINA RICCI ROMY SCHNEIDER MARLENE DIETRICH BIJOU PHILLIPS ANICEE ALVINA KIM BASINGER KATE HUDSON MENA SUVARI SELMA BLAIR MARINA VLADY SARA FORESTIER VANESSA PARADIS
14 août 2006 1 14 /08 /août /2006 18:24

            L’été et son cortège de productions réchauffées. Décidément, nous ne voyons plus la différence avec le reste de l’année ! Ca, c’est la grande nouveauté.

C’est d’une constance millimétrique. Chaque saison estivale voit invariablement débouler sur nos écrans maculés de blanc, le pire de ce que l’on n’a pas osé sortir tout au long de l’année. Et pourtant, ça ose pas mal ! Depuis le début de l’année, déjà :

REBOUND

BAD NEW BEAR

THE MAN

DUNGEONS & DRAGONS : WRATH OF THE DRAGON GOD

INCONTROLABLE

THE PINK PANTHER

LAST HOLIDAY

FAILURE TO LAUNCH

BIG MOMMA’S HOUSE 2

BASIC INSTINCT 2 : RISK ADDICTION

LES BRIGADES DU TIGRE

V FOR VENDETTA

DA VINCI CODE

THE SHAGGY DOG

L’ENTENTE CORDIALE

THE HILLS HAVE EYES

BOOGEYMAN

LA JUNGLE

THE FAST AND THE FURIOUS : TOKYO DRIFT

INTO THE BLUE

LITTLE MAN.

J’en passe et pas forcément à juste titre. Or, les choses ont cela de bien fait que, pour nous éviter les navets de l’été, le président de la République a eu la bonne idée de placer les vacances à ce moment de l’année. - Le président de la République ? T’es sûr de ça ? - Faut bien qu’il serve à quelque chose, non ? - C’est surtout lui qui se sert, en attendant !

Il est donc judicieux d’attendre les 20, 21 et 22 août puisque la place de cinéma sera à 3 euros. Et c’est déjà cher payé. Une très bonne opération que nous devons à la Mairie de Paris. Putain de blog parisien et élitiste !!! 3 euros pour voir une grosse merde, si ce n’est pas de la vente forcée, en tout cas, cela devient du cinéma Leader Price.

Discount toujours, une autre solution consiste à ce que vous gardiez votre maigre pécule afin d’en profiter dès la rentrée pour l’opération : « Une pute, un euro ». En effet, dès la reprise du chemin de l’école, le long de la chaussée, la prostituée sera à un euro partout en France et pour une durée indéterminée. Interdiction de donner plus sous peine de sanctions très lourdes. Une nouvelle mesure signée par notre trop imaginatif Nicolas Sarkozy, visant à appauvrir les péripatéticiennes de France et de Navarre.

            L’été n’est pas encore terminé et je continue à dire oui aux jeunes filles qui entendent en profiter jusqu’au bout.

ETE            Géla Babluani a réalisé 13 TZAMETI. Film sorti en salles françaises le 08 février 2006. Depuis, beaucoup d’éloges pour ce film remarqué, qui en ont fait une petite merveille à sortir des eaux troubles du cinéma français. Beaucoup trop d’éloges. Cela est très énervant. Le film aussi. Le remue-ménage autour du film encore plus.

Beaucoup de critiques dithyrambiques pour un film qui ne mérite pas autant de superlatifs. Un gros problème de la vision étriquée des critiques (il faudra bien ouvrir, un jour ou l’autre, un débat pour savoir s’ils bénéficient d’une crédible raison d’être) est de réduire un film à son histoire. 13 TZAMETI en développe une très originale. Il est de bon ton de s’extasier. C’est assez mérité. Déroutant comme j’aime. Comme notre cinéma hexagonal est assez frileux et statique, il est normal que l’on souligne une œuvre qui sorte des sentiers battus par le caractère excentrique qu’elle peut revêtir. Là où les critiques font mal leur boulot c’est lorsqu’ils n’y voient qu’un scénario non-conformiste qui prime sur tous les facteurs de création. Ils ne discourent que de l’univers atypique qu’a su créer Géla Babluani. Comme des papillons de nuit attirés par la lumière, ils se vautrent de manière indécente dans cette histoire qu’ils portent aux nues. Aveugles. Un indice : le noir et blanc du film ne semble pas les avoir inspirés plus que cela. Lorsqu’ils en discourent c’est pour le trouver magnifique, sans autre forme d’argument. Je veux bien qu’ils soient habitués à être concis, mais c’est ce qui s’appelle une faute professionnelle par manque de compétence (le manque de compétence plutôt que la subjectivité : voilà bien un combat moins douteux pour Patrice Leconte ou Luc Besson). Personne, je dis bien personne, parmi les critiques actuels ne se risque à démontrer le mauvais emploi du noir et blanc au sein d’un film contemporain. L’inverse étant moins vrai puisque tout un chacun est capable de se rendre compte qu’un noir et blanc le touche, esthétiquement parlant. Se conférer à LA FILLE SUR LE PONT. Désolé (enfin, non, après tout je n’ai pas à l’être), mais ce noir et blanc n’a rien de magnifique. D’abord son emploi nous interpelle par une non évidence caractérisée. Moi-même je m’interroge. J’arrive souvent à la conclusion qui est de renforcer l’impact douloureux, souffreteux (et par-là dramatique) du film. De deux choses l’une : ou je fais fausse route (et dans ce cas nous sommes face à un noir et blanc conflictuel puisqu’il ne trouve pas de justification première, donc de raison d’être) soit c’est effectivement l’idée du siècle car cela n’a jamais (ô grand jamais !) été fait, et les critiques ont mille fois raison de s’enthousiasmer [mode ironique ON]. Et puis la gamme chromatique est sinistrement pauvre. C’est un noir et blanc assez fadasse du côté de la personnalité qu’il essaie de dégager. Il aurait peut-être été judicieux d’y mêler des contrastes plus profonds, ou peut-être de jouer avec des blancs éclatants, c’était pertinent avec l’emploi de l’ampoule qui s’allume de la même manière que surgissent les coups de feu. La mise en scène permettait sûrement des utilisations plus typées que ce noir et blanc qui n’agit sur aucun registre.

Pour revenir sur l’histoire même de 13 TZAMETI, il n’y a vraiment pas de quoi s'onaniser ! Ce n’est pas le scénario qui est bon, c’est l’idée. Au moins il y en a une. Note, Ridley, note. Et une idée dans un film, cela fait peu. J’ai l’impression que la lecture de « Cyrano de Bergerac » a échappé à Géla Babluani. Je me remémore la scène où le rôle-titre visait un vicomte en lui faisant remarquer que « c’est un peu court, jeune homme » (remarque tout aussi appropriée de la jeune mariée à la découverte de ce que vous savez), et je me dis que le réalisateur n’a pas pu en tirer les enseignements. « En variant le ton », disait-il. Ici point de variations du postulat de départ. Le film prend donc trop son temps pour amener la grande révélation du jeu de roulette russe et ne cesse de broder sur du vide tout autour. Une fois révélée pas de nouvelle grande idée salvatrice. Où sont donc passés les éléments insubmersibles ? Dans un film comme NOTHING de Vincenzo Natali, l’idée majeure se voyait exploitée sous tous ses angles jusqu’à l’épuisement. Dans 13 TZAMETI, Géla Babluani se contente d’un déroulé facile. Ainsi, lorsque le jeu débute, toute cette séquence de découverte est la plus passionnante par l’intrigue qui se lie autour de ces personnages, puis par la brisure intérieure qui se crée chez le personnage principal. Une fois terminée, les autres séquences ne sont qu’un recopiage de ce qui nous a été proposé. C’était à ce moment-là qu’il fallait rebondir sur quelque chose. Mais plus rien n’évoluera. Nous glisserons lentement vers une fin inutile (limite clichée) digne du SALAIRE DE LA PEUR.

Alors, bien sûr, Géla Babluani sait composer du cadre. Il y a suffisamment de recherche dans ce qu’il nous propose, mais nous avons constamment l’impression que tout cela passe à côté du but avoué. C’est une question de mise en scène. Babluani confond mise en scène et cadre. Ce que sa caméra explore est visuellement très intéressant mais jamais en rapport avec son sujet. Prenons l’exemple des concurrents en cercle. La forme géométrique est déjà la pire qu’il est possible de mettre en scène. Mais, dans l’échelle des plans, nous manquons terriblement de vues d’ensemble. Pourquoi privilégier les gros plans ? C’est une vision étriquée de l’action qui nous est proposée.

Enfin, un des gros défauts du film réside dans l’interprétation. Autant George Babluani est juste, varié et désarmant par ses expressions physiques (et notamment en période de crise), autant dès qu’il se met à parler nous avons peine à croire que le comédien ne récite pas son texte. Inégal. L’accord de la tête et du pied, bon sang !!! La plupart des autres rôles ne valent guère mieux, exception faite toutefois d’une vraie bonne surprise : Pascal Bongard.SE REALISERIl campe un maître de cérémonie sous produits, continuellement border line (sa voix saturée trahit ce caractère) et précisément en accord avec le caractère décalé du film.

Nous passerons sur les petits défauts d’un premier film (ombres de la perche, personnages trop maquillés…) pour le replacer à sa juste valeur, ce que le temps ne manquera pas de justifier. Finalement : Géla Babluani est passé à côté d’un excellent court métrage.

            Toujours aspirer à trouver ce qui nous ravit. Exiger. En toutes choses. Partout. Chez quiconque. Ne jamais lâcher prise. Difficulté de ne pas vouloir faire de concessions. Me voir considéré dans les yeux de mon entourage simplement par le fait que je sache dire non. Atteindre ses buts. Petit à petit. Enfin. Se réaliser.

            Vincent Cassel dans SHEITAN de Kim Chapiron. Comme tout le monde le sait, le fils est loin d’avoir le talent du père. Dans sa carrière, certains mauvais choix de films (LES RIVIERES POURPRES, LE PACTE DES LOUPS) cohabitent avec des risques plus flagrants (IRREVERSIBLE, L’APPARTEMENT), mais il est une donnée quasiment invariable : l’effet médiatique. Les risques précités s’en trouvent amoindris. Dans son jeu de comédien, il faut surtout retenir le délirant DOBERMANN. Ce film en dit beaucoup sur ce que Vincent aimerait que l’on voit de son image, et ce qu’il arrive réellement à faire passer. Dans le film de Jan Kounen, la réalisation impose dès les premières secondes où Cassel apparaît à l’écran, un personnage inébranlable, solide et fort d’un charisme fédérateur. Mais dès qu’il ouvre la bouche, c’en est fini du cinéma. Le timbre de voix est fluet et à peine imposé. Du gros œuvre de démolition. Et, à chaque fois que Vincent Cassel essaie d’imposer ce genre de caractère, il se vautre lamentablement. Il vaut mieux chercher dans des personnages fragiles pour lui accorder une légitimité en tant que comédien. SUR MES LEVRES en sera une belle concrétisation. Rare.

SHEITAN était un pari difficile duquel il ressort encore tout aussi peu convaincant. Nous retiendrons sa composition de redneck sans finesse (et ce n’est pas un argument négatif). Le côté stéréotypé et limité neurologiquement du personnage ne pouvant lui être reproché puisque cela réside dans le scénario. A moins qu’il ne se soit inspiré de Steevy… BLISSLe dossier de presse ne le stipule pas. En tout cas, dès qu’il s’agit de faire appel à quelques finesses d’interprétation, les limites du gars Cassel apparaissent, puisque son personnage se compose tout dans l’apparence et l’extériorité. Cependant, nous pouvons toujours trouver pire si l’on s’en va flâner du côté de ce que nous propose Marie-Julie Parmentier. Je l’ai toujours trouvé faiblarde et insipide. Dans SHEITAN, elle est à peine exploitée pour autre chose que son physique. Difficile pour elle de montrer quoi que ce soit. En tout cas pas, avec ce qu’elle n’a pas appris en cours d’art dramatique. Gaffe au premier qui dit qu’elle est hachis…

Tout cela est de toute façon imputable à un scénario et à une direction d’acteurs misérables. C’est voulu le double emploi de l’adjectif ? Il y avait peut-être plus intelligent à montrer que de faire jouer une bande de dégénérés comme des gamins d’à peine plus de sheitan d’âge mental. Et voilà ! Des jeux de mots avec le titre du film maintenant ! Tu vas bientôt pouvoir devenir critique. L’ensemble est donc peu cohérent, manque de vision artistique et agrémenté d’une laideur de cadre absolument repoussante. Et justement, comme il ne faut pas trop me pousser, je terminerai en espérant que le peu d’intérêt que suscite son film permettra à Kim Chapiron d’en tirer les conséquences durant un minimum de sheitan de réflexion. Ca y est, t’es bien mûr, là !

            Ma vie est formidable. Je n’ai pas à me lever tous les matins pour gagner de l’argent qui me servira à me demander lors de mes rares vacances ce que j’aurais pu faire au lieu de dilapider mes heures au bureau. Chaque jour est plein, et source de tellement de joies ! Je suis un privilégié. Bliss.

            Les 9 et 10 septembre prochains reprendra le championnat de football d’Italie. Suite aux affaires de matchs truqués, la Juventus de Turin évoluera cette année en Série B. L’occasion pour « La lumière vient du fond » de vous dévoiler en avant-première les nouveaux maillots du club :

JUVENTUS DE TURIN

            Et Dorothée qui veut encore de la cocaïne

COCAINE            Pour ceux qui ne sont jamais allés à Milan, merci de prendre note que Scala sera en concert au Café de la Danse (à qui l’on ne pardonnera jamais d’avoir programmé l’infâme mise en scène de TRAINSPOTTING de Derek Goldby, en 1997) le 12 octobre prochain, et ça, c’est quand même la bonne grande nouvelle de la rentrée. Troisième passage parisien pour cette chorale qui s’était précédemment illustrée par deux fois à la Cigale. Si les frères Kolacny ne sont pas accompagnés d’un comité réduit (ce qui était le cas lors de leur seconde performance ; problème de cachets ?), la pureté des mélodies vocales couplée à l’originalité des arrangements pourraient nous valoir un concert sensible et d’une beauté dépouillée, aux antipodes des grands shows à l’américaine, trop tape à l’œil pour être honnêtes. Je pense ici à des personnes comme Nadiya et non pas Madonna, cette dernière étant trop dépendante des modes pour rester artistiquement performante, mais elle a au moins le mérite de croire en ce qu’elle fait (comme le prouve la générosité envers son public qu’avait immortalisée le fabuleux documentaire MADONNA : TRUTH OR DARE). Vous n’avez donc aucune bonne raison de ne pas être là.

24 juillet 2006 1 24 /07 /juillet /2006 02:02

            Ceci n’est pas un conte.

            C’est l’histoire d’un couple qui rentrait chez lui après avoir assisté à un mariage. C’était en pleine nuit. Il pleuvait. Ils ont vu une petite fille qui se tenait sur le bord de la route. Elle avançait puis reculait, son livre d’école à la main. Ils se sont arrêtés, puis l’ont fait monter à l’arrière. Ils ont essayé de lui parler. Elle devait apparemment être choquée puisqu’elle ne leur répondait pas.

Ils conduisaient depuis un moment quand soudain, ils ont entendu un cri perçant qui provenait du siège arrière. Ils ont freiné tellement brutalement qu’ils ont failli avoir un accident. Miraculeusement, ils ne sont pas tombés par-dessus la falaise qu’ils longeaient. Ils se sont alors tournés vers le siège arrière. La petite fille avait disparu. Il restait juste son livre d’école. Avec son nom inscrit dessus. Barbara Rose.

Ils se sont alors rappelés que toute la famille Rose était décédée dans un tragique accident de voiture, à droite de cette falaise, cinq ans plus tôt.

DEAD END            C’est en 2003 que les français Jean-Baptiste Andréa et Fabrice Canépa réalisèrent leur premier long métrage : DEAD END. D’après un scénario qu’eux-mêmes écrivirent. Depuis, le film n’est toujours pas sorti en France. En fait, sa distribution semble très compliquée du fait qu’à défaut d’être apatride DEAD END recoupe plusieurs nationalités aux différents stades de sa mise en œuvre. Pour le C.N.C. les choses sont moins compliquées. C’est soit noir soit blanc. Ca me rappelle un film de Kusturica, mais lequel… Un film doit appartenir à un seul et même pays. Dès lors, comment faire avec DEAD END qui a été tourné par des français, avec des capitaux français, mais à l’étranger, avec des acteurs américains parlant leur langue maternelle ? Comme il s’agit à priori d’une petite sortie, les aides du C.N.C. seraient plus que bienvenues pour le distributeur (le C.N.C. ne lui accordant que peu de faveurs car il s’agit d’un film non français selon lui). Le même qui aimerait aussi pouvoir récupérer une partie des ventes DVD, ce que Le Studio Canal Plus ne semble pas forcément prêt à lâcher. Voilà donc comment ce film éprouve les pires difficultés à parvenir sur nos écrans.

Parlons artistique maintenant. DEAD END est un film que l’on a envie d’aimer parce qu’il veut nous faire peur. Et pour peu que nous sachions identifier les nôtres, nous aimons à avoir peur. Il s’agira de légende urbaine. Cela se passera la nuit. La lune sera pleine. Il y aura une dame blanche qui erre sur la route. Et un mystérieux corbillard.

DEAD END est un film plus claustrophobe qu’angoissant. Le scénario s’acharne d’ailleurs à ne pas montrer un « avant la route » et à ne quasiment pas la quitter, si ce n’est à de très rares occasions, pour que le film ne tourne pas au huis clos automobile. Et même lors de ces moments-là, il reste le noir. La nuit noire. La peur du noir. Ce noir qui étouffe les protagonistes et qui les enserre comme des mains qui n’ont qu’à attendre le moment voulu pour resserrer encore plus leur étreinte. Lorsqu’ils pénètrent dans une maison, c’est encore pour se confronter au noir. Lorsqu’ils pénètrent dans la forêt, le noir empêche toute sorte de repère. Et lorsque Alexandra Holden est laissée toute seule au bord de la route, il n’y a plus que le noir. Nous n'en sortons pas. Ah si ! A la fin. Une fin libératrice, absolument immonde de déjà vu. Un terme qui semble rendre logiques les différents épisodes vécus jusqu’ici. Pas très convaincant quant à la méthode employée. Je trouve l’inexpliqué beaucoup plus intéressant, surtout dans ce genre de films.

Question frissons, c’est un peu les montagnes russes. Tout d’abord, le début est un immense prétexte à faire travailler le spectateur. Nous savons qu’il va arriver quelque chose de marquant et nous nous y préparons. Je rappelle qu’un film d’horreur (d’épouvante etc. comme vous voudrez l’appeler) se regarde dans le noir et en pleine nuit. Il y a quelque chose de mystique dans ce genre d’expérience, mais il est aisément vérifiable de s’apercevoir qu’aucun chef-d’œuvre du genre ne résiste intégralement au manquement à ces règles. Si nous les respectons, nous pouvons constater que DEAD END fait son petit effet. D’abord parce que cette dame blanche sur la route, c’est quand même flippant à souhait. Et sûrement l’une des légendes urbaines parmi les plus efficaces en termes de choc visuel. Et puis, personne ne peut oublier cette image du corbillard qui passe et où l’on aperçoit à travers la lunette arrière, le visage semblant hurler de terreur des personnages qui viennent de trouver la mort. A part cela, l’angoisse a du mal à monter. Plusieurs raisons. D’un point de vue scénaristique il n’y a quasiment pas de progression. Les personnes dans la voiture croient que ne pas sortir et continuer à conduire les fera échapper à la mort et leur permettra d’arriver à destination. Ils se retrouvent dans la même situation dès qu’un des leurs trouve la mort. De plus, la montée dramatique quant à la perte de leurs proches, à la prise de conscience que quelque chose d’inexpliqué les empêche de retrouver leur chemin et à la mise en face de « quelque chose » qui veut leur mort, n’est presque pas exploitée, et lorsqu’elle l’est c’est souvent de manière très convenue (comme la mère qui devient folle et retourne en enfance). D’un point de vue psychologique, énormément de réactions sont de l’ordre du cliché et souvent inintéressantes car elles n’apportent rien à l’histoire. Le manque de moyens est toujours bénéfique quand il est pallié par une imagination débordante. Ici, il semble manquer des plans sur les morts. Les prises sont des vues subjectives avec un membre en amorce, par exemple. Nous sentons plutôt le manque d’argent que la grande idée du siècle de ne pas montrer ce qui est arrivé pour rendre les morts encore plus atroces. Enfin, il faut bien l’avouer, la mise en scène n’est carrément pas à la hauteur. Il est vrai que faire un film dont l’action se passe quasiment tout le temps dans une voiture, et en pleine nuit, ne permettait pas aux réalisateurs de mettre tous les atouts de leurs côtés. Le road-movie horrifique, voilà un concept qui me plaisait bien pourtant. Il n’empêche. Les plans sont pratiquement toujours les mêmes. Pas de grande originalité dans les effets susceptibles d’être effroyables pour le public, peu d’idées concernant la lumière (eh oui ! Moi qui pense que c’est justement parce qu’il fait noir que l’on se trouve plus à même d’avoir des idées lumineuses…), des plans qui frisent parfois le téléfilm (je pense notamment à un plan où la voiture fait une entrée de champ pour s’arrêter devant la caméra, tous phares allumés) et une déficience quasi constante à redonner du souffle à une histoire où l’on n’attend plus que les morts tombent un à un pour savoir comment tout cela finira.

Malgré tout, DEAD END est un film plaisant à regarder car sa grande idée directrice nous perturbe constamment. Comprendre. A ce niveau, impossible de ne pas établir de parallèle avec THE BLAIR WITCH PROJECT. Même angoisse du lieu où les personnages semblent tourner en boucle, même force mystérieuse qui cherche à jouer avec eux et qui ne se montrera jamais, la forêt comme symbole d’une puissance supérieure à l’Homme, le détail du plan qu’un des personnages juge inutile ou encombrant, les forces collectives qui se désunissent etc. De la même manière l’épouvante continue à nous hanter les jours suivants. Comme une douleur lancinante. Ce n’est pas le film. C’est l’histoire. C’est la légende. C’est ce que l’on y met derrière. Comme faisait le jeune marié. C’est la façon d’en avoir peur.

PAUL MCGUIGAN            Petit festival Paul McGuigan. Vu récemment WICKER PARK. Je dois être un des rares à avoir trouvé ce remake du film de Gilles Mimouni (que j’aime beaucoup aussi) assez réussi. Pas grande envie de le revoir maintenant. Je préfère me consacrer à trois autres de ses longs métrages. Dans l’ordre chronologique :

- THE ACID HOUSE (réalisé en 1998) : film à sketches, évidemment inégaux. Les trois histoires sont issues de l’imagination d’Irvine Welsh, qui est ici très loin de son hérétique TRAINSPOTTING. Le seul méritant un véritable intérêt (car mêlant comédie de l’horrible et profonde dramaturgie intérieure) est le second segment. C’est le seul qui nous secoue par l’impuissance du personnage principal à réagir et qui s’enfonce inexorablement vers une déchéance aussi pitoyable que risible.

McGuigan dirige les trois histoires assez sobrement, de manière quasiment peu différente des traitements de l’époque. Voire légèrement rétrograde si l’on songe à la morne photographie du film. Nous pourrions croire que le dernier sketch, le plus fou des trois, est le seul qui lui permette quelques extravagances dans sa recherche visuelle, mais je crois que la forme est beaucoup plus imposée par le scénario que par une réelle envie de se démarquer par la mise en scène. La preuve en est que lorsque Ewen Bremner n’est plus sujet aux effets de la drogue, la réalisation reprend ses codes nonchalants. Difficile de se faire happer par tant d’énergie un peu vaine.

- GANGSTER N° 1 (réalisé en 2000) : sûrement son film le plus personnel niveau réalisation. McGuigan joue avec les effets de style, torture les perspectives, réalise des vues d’avion conçues comme s’il filmait de face et met surtout en œuvre des plans cubistes d’une beauté renversante. Tout cela dans le but de souligner le parcours extrêmement singulier d’un caïd dangereux et imprévisible. Le film joue sur toute l’ambiguïté qu’il y a à suivre une telle personne dans son ascension mais aussi à travers ses principes personnels et son rapport aux autres.

Son gros problème est de fonctionner sur le principe du flashback, procédé ignoble qui ne fonctionne quasiment jamais lorsqu’il est le principe moteur d’un film. Autant plombé soit Paul Bettany, il n’est pas de palliatif à l’effet rétroactif tant attendu. La fin deviendra d’ailleurs encore moins intéressante car attendue, d’une part, et n’étant qu’une sorte de prologue complètement désengagé par prescription temporelle.

LUCKY NUMBER SLEVIN- LUCKY NUMBER SLEVIN (réalisé en 2006) : du gros calibre qui s’enclenche pas mal. Du gros thriller avec des méchants intouchables qui se font la guéguerre. Et un petit jeune encore plus fin qui vient mettre de l’ordre dans tout cela. Bien sûr, bien sûr… [Moue sceptique]. Le scénario (qui impose la mise en scène, par ailleurs) est assez habile durant toute la phase où nous nous posons en énorme point d’interrogation. Il est évidemment impossible à comprendre. Mais tout cela est bien mené car assez énergique dans la réalisation (McGuigan se laisse aller aux phénomènes de mode, mais il est difficile de le tacler sur ce terrain tellement son approche est rudement efficace), impassible dans l’interprétation et juste assez mystérieux pour nous emporter dans cette histoire de vengeance. Et le film de vengeance c’est tellement sain ! Bien sûr, nous sommes loin de la dextérité d’un KILL BILL, mais nous savourons tout de même notre plaisir. Avec un réel argument de satisfaction : enfin une photo clinquante de chez clinquante chez McGuigan. Le chic des mafieux dans toute sa splendeur. Peter Sova est l’homme à féliciter. Il faut dire qu’auparavant il avait travaillé plusieurs fois avec Paul McGuigan, mais cela fait vraiment plaisir de constater qu’il s’est véritablement fait violence en se sortant définitivement les doigts du cul.

Suffit les éloges ! Une fois que l’élaboration du plan se termine, les derniers éléments du puzzle se mettent en place. Nous apprenons le fin mot de l’histoire. La nuit s’estompe. Et comme le scénario ne sait plus très bien comment faire pour nous l’annoncer, il tombe dans le panneau de la scène d’exposition, soporifique à mourir par ses détails. Pétard mouillé. C’est linéaire et cela ne parvient donc pas à effacer le grotesque de cette longue vengeance. Nous sentons que l’histoire ne suffit plus et qu’il faut trouver encore plus spectaculaire pour finir en beauté. Lever de soleil. Et alors là, la trouvaille géniale. Vous ai-je dit que Bruce Willis incarne un tueur capable d’étouffer le bruit de ses vêtements lorsqu’il se déplace à vitesse normale ? Vous ai-je conté que Lucy Liu se la joue chaleur humaine, genre amoureuse et tout et tout alors que le nombre de ses rides semble traduire les pires difficultés qu’elle éprouve à faire jaillir une expression faciale ? Employée génialement dans la série « Ally McBeal », elle n’a prouvé que fadeur dans tous les rôles qui lui ont été proposés au cinéma (à part KILL BILL VOL. 1 où le minimum suffisait puisqu’elle jouait sur le même registre que dans la série précitée). Eh bien, avouons-le, ces deux-là font des étincelles. Alors que le film s’englue dans son aberrant dénouement, une sorte de classicisme semble planer sur ce film qui paraissait plus élaboré que certains du même genre. Quand, tout à coup, un coup de génie vient renverser tout cela : Bruce Willis abat Lucy Liu d’une balle en pleine poitrine. La femme meurt. L’amoureuse du héros meurt. L’un des principaux « gentils » meurt. Avant la fin. Il se passe des choses. Enfin les bons n’auront pas tout gagné et les méchants n’auront pas tout perdu. Oui, il faut tuer plus de héros. C’est formidable de sentir à quel point tout ne peut pas être aussi parfait. Du coup, le scénario se rapproche de nous. Nous y entrons à nouveau avec plus d’entrain. Le sourire revient. Pas pour longtemps. Josh Hartnett avait prévu le coup. Il avait affranchi Lucy Liu en lui disant où Bruce Willis allait tirer et lui avait dit de mettre une poche remplie de sang à l’endroit visé. Lucy Liu n’est donc pas morte. Grâce à un habile stratagème. Mais comment peut-on essayer de nous faire croire qu’une poche de sang peut arrêter une balle de revolver ? Il existe donc bien des scénaristes qui croient que les reproches ne retombent que sur le réalisateur ? C’est ignoble.

KIRSTEN DUNST            Relecture aussi du ELIZABETHTOWN de Cameron Crowe qui m’avait tant enchanté l’année dernière. Que ce film est mal foutu ! Je me rappelais de toute sa dommageable introduction, mais je n’avais pas remarqué à quel point sa construction est bancale. Le début est toujours un opéra de vociférations filmiques. Inutiles, surtout. Je trouve que l’histoire du fiasco et de la mise en scène du suicide d’Orlando Bloom ne sont présents que pour meubler les manquements du scénario qui a peur de se focaliser sur l’unique centre d’intérêt du film : la rencontre entre deux personnes dont la singularité va lancer leur relation. Oui, un bon scénario peut se limiter à la simplicité. THE KID. Il n’en reste pas moins que le corps du film est absolument brillant lorsqu’il s’attache à décrire le conte amoureux tel que nos idéaux le conçoivent. C’est un délice de rencontre amoureuse, de sentiments qui surgissent de ce que nous n'attendions pas, de cette petite flamme qui naît par la magie du mélange des corps. L’autre. Celui que l’on attend. Celui avec qui les mots deviennent familiers de compréhension. Pas de compromis. Une personne qui renferme tout ce que l’on recherche. L’autre existe. Existe toujours dans les contes. C’est pour cela qu’ELIZABETHTOWN sait magnifiquement nous vendre du rêve. Le grand film romantique de ces derniers mois. Et puis, la liberté symbolisée : pouvoir courir dans les cimetières avec Kirsten Dunst. Si cela ne vous donne pas envie de pleurer…

            Revu l’un des plus grands films français des années 70 : DITES-LUI QUE JE L’AIME de Claude Miller. Période la plus intéressante du cinéaste puisque seuls ses quatre premiers films (LA MEILLEURE FACON DE MARCHER, DITES-LUI QUE JE L’AIME, GARDE A VUE et MORTELLE RANDONNEE) ont atteint un niveau qu’il ne parviendra plus à retrouver. Son deuxième film est l’un des plus grands films français. Il repose sur un scénario habilement écrit par Patricia Highsmith (« This sweet sickness », qui fera prochainement l’objet d’un remake lorsqu’un producteur tombera dessus par hasard et croira découvrir un film bassement pervers), mais qui est loin d’être le nerf de toute la mécanique. Finalement assez conventionnel dans l’écriture, sa véritable gloire est d’avoir su identifier un comportement amoureux très proche de nos expériences. Il est exploité dans une veine maniaque qui glisse doucement vers le dérangement. Il est des expériences qui restent uniques la vie durant. DITES-LUI QUE JE L'AIMEDes souvenirs qui ne pourront jamais s’effacer car il n’y aura jamais rien de plus fort. Des visages qui marquent au fer rouge parce qu’irremplaçables. Il est une femme. Une femme comme un tatouage. Elle a la peau bronzée. Elle est passée sur mon corps comme personne d’autre n’y passera. Nous sommes liés pour la vie, qu’importe où nos cœurs vagabondent. Il est alors de notre devoir de citoyen de se révolter contre le lieu commun imposé vulgairement par Léo Ferré et qui consiste à croire qu’ « avec le temps, va, tout s’en va ». M.P.E.R. [Mode crachat on]. Quelques paroles qui conviennent mieux au CHAT de Pierre Granier-Deferre (là encore, l’un des plus grands films français jamais réalisés et dont j’espère vous parler avant la fin de l’année).

DITES-LUI QUE JE L’AIME nous touche par sa délicate approche de l’ancrage du sentiment amoureux. Claude Miller filme l’anima avec délicatesse et une énorme pudeur. Il prend le temps d’installer tous ses axiomes, ce qui nous permet d’adhérer sans réticences à l’univers intérieur de Gérard Depardieu sans juger sa pathologie. C’est par le processus d’identification personnelle que Claude Miller nous convie dans son film. D’abord, simplement par le fait d’aimer. Puis, la définition s’élargit par la vraie nature du rapport avec Dominique Laffin. Rapport d’autant plus ambigu qu’elle ne se refuse pas véritablement à lui. C’est peut-être là la plus grande intelligence du scénario.

Il y a des films obligatoires. DITES-LUI QUE JE L’AIME en fait partie. Depardieu est à redécouvrir dans l’un de ses rôles les plus sobres et où il démontre la dimension internationale dont il disposait.

Un film qui émeut par la grandeur de l’amour, l’impossibilité de l’épancher, le désarroi d’une personne seule face à ce mal étrange, un amour indéfinissable, beau et destructeur.

Alors, si vous habitez là où il fait chaud, dites-lui que je l’aime.

10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 16:50

SUPERMAN            « Champions du monde ! » qu’ils disaient. Et on n’osait pas y croire. Faut dire qu’on n’avait pas grand-chose à quoi se raccrocher pour y croire. Alors on avait appris à accepter. Prendre un temps. Baisser la tête. Les mains sur les hanches. Respirer. Et convenir qu’une moitié de parcours ça ne serait pas si mal.

Oui, mais se contenter ça nous foutait une putain de grosse boule dans la gorge. Et les larmes commençaient à monter. Et j’aurais jamais pu croire mon père capable de pleurer une nouvelle fois. « On sera jamais qu’des gosses » qu’il m’avait lâché. C’était pas vraiment faux. Moi, j’avais pas cherché à comprendre, j’avais pas les possibilités. C’est le spectacle qui m’a fait comprendre tout ça. C’est l’euphorie générale. C’est de voir des septuagénaires esquiver des voitures. C’est de m’apercevoir qu’il y a certains soirs on est tous les mêmes. On crie tous ensemble sans savoir pourquoi. Une sorte de cri primal, un truc comme ça. Le genre qui doit porter une expression un peu savante, mais ça ferait un peu trop pédant. Pis, j’aime pas trop les « name droppers ». Je sais juste que ça sort sans pouvoir rien retenir. La boule dans la gorge, celle qui explose de joie parce qu’elle n’en peut plus d’être souffrance. C’est l’amour propre qui se libère. Un peu comme le nouveau-né qui vient au monde. « Rien que des gosses ». On ne cherche que des apparences. Mais les larmes ne mentent jamais.

Nous sommes champions du monde ! Ca y est ! Moi, au départ, je ne voulais pas crier. La coupe, on en avait déjà une et c’était sûrement celle des plus grandes émotions puisque c’était la première. Mais, les rêves, on en fait toutes les nuits et parfois on devient persuadé qu’on n’en fera plus d’aussi beaux. On apprend alors que l’Histoire n’est qu’un éternel retour.

Coupe du Monde 2006. Juste retour des choses. Quand on est gosse on vénère certains héros sans trop comprendre pourquoi. Aujourd’hui nos héros sont un peu les mêmes. Bon, ils n’ont pas de superpouvoirs. Rien qui peut vraiment les distinguer au quotidien. Juste qu’une fois dans leur vie ils auront été les meilleurs. Et les frissons pour nous. Les yeux rivés sur l’écran. La main qui en sert une autre, inconnue. On vit très fort en nous. On vit ensemble. Jamais la symbiose humaine n’aura été si palpable. Comme quoi, quand on veut se mobiliser pour des grandes causes… Et tout d’un coup, c’est l’explosion tonitruante. « ON EST LES CHAMPIONS !!! ON EST LES CHAMPIONS !!! ». C’que ça peut être ringard ! La beauf attitude. Et ceux qui disent qu’on les a niqués, sans savoir qu’on a gagné…

            A fortiori voilà une bonne idée de sortir SUPERMAN RETURNS après la grande finale. Le problème c’est qu’on ne fait pas de grands films avec de bonnes idées. Mel Brooks en est le meilleur exemple.

Superman c’est quand même le prototype du héros dans tout ce qu’il a d’attrayant. C’est la quintessence du héros que personne ne connaît, qui a suffisamment de pouvoirs pour sauver le monde entier, qui sait être parfait dans tout ce qu’il entreprend et, en même temps, suffisamment humain pour être tiraillé par les cas de conscience extra-terrestres qu’il s’impose. Le plus noble des superhéros, quoi ! Et c’est comme ça qu’il nous faisait rêver quand on n’était que des gosses. N’empêche que s’il faut répondre à tout ça pour être un superhéros, faut être un peu maso quand même !

Faut dire ce qui est : concernant les films de superhéros, il n’y a pas eu grand-chose de vraiment excitant depuis… depuis… Ah oui ! Quand même !!! A part SPIDER-MAN, rien qui ne vaille son pesant de beurre de cacahuètes. Nous passerons sur les lamentables suites de BATMAN (quoique BATMAN BEGINS ne soit pas à jeter intégralement) ainsi que sur les affreux FANTASTIC FOUR, HULK, HELLBOY, DAREDEVIL etc. Nous nous plaisons à aimer X-MEN surtout pour se dire que sa réalisation n’est pas si mauvaise qu’elle aurait pu l’être. Et le dernier film d’Albert Dupontel (ENFERMES DEHORS) nous avait aussi bien surpris. Dire qu'est prévu un WONDER WOMAN à priori réalisé par l’immonde Joss Whedon !...

BRYAN SINGERLa queue toute frétillante, nous attendions donc ce SUPERMAN RETURNS en nourrissant toutes les espérances quand au placement de barre qu’il était censé supposé opérer, et qui conditionnerait les prochaines données du film de superhéros pour les années à venir. SPIDER-MAN garde son trône. L’élément principal à cette pléthore d’espoirs venait de Bryan Singer. Révélé en 1995 par son second film : THE USUAL SUSPECTS, film de scénario avant tout, mais qui laisse paraître au fil de ses visions une mise en scène dense, particulièrement chiadée, puisqu’elle permet de lire le film sur plusieurs niveaux. Avec le sombre APT PUPIL, nous nourrissions pour Singer des rêves de mise en scène capables d’annoncer de très grands films. Il ne faut pas le renier, Singer a énormément de talent, mais il n’aura su l’exploiter que sur ces deux œuvres (n’ayant toujours pas vu PUBLIC ACCESS). Avec brio cependant. Il développe à chaque fois une mécanique imparable de précision, d’honnêteté, de justesse dans sa vision des personnages et d’une montée en régime parfaitement maîtrisée (ce qui est l’élément primordial chez un metteur en scène puisqu’il constitue le facteur qui influe le plus visiblement sur le spectateur). Par la suite, il prendra un peu son temps pour réaliser les deux premiers opus des X-MEN, dont nous pouvons le féliciter pour avoir su composer un premier épisode assez loin de la démesure aberrante de ces films de genre, qualité que l’on retrouvera considérablement affaiblie dans sa suite : X2.

Les superhéros, Singer connaissait donc bien. Les gros budgets aussi. Sauf qu’il arrive un moment où trop d’argent se trouve engagé pour que les producteurs n’aient leurs mots à dire. Et plus le change augmente plus la rédaction se fait longue. Pour information, aujourd'hui en 2006, SUPERMAN RETURNS est le troisième film le plus cher de l’histoire du cinéma, puisqu’il a coûté plus cher que TITANIC ! Bryan Singer n’a donc pu échapper à la pression de faire un film pour toute la famille avec orchestre symphonique bien consensuel et méchants très très méchants. Pas de grande idée derrière ce scénario qui oublie (volontairement, cela ne peut pas être autrement, mais alors pourquoi, bon sang ?) que Loïs Lane sait que Clark Kent est Superman. Le con, il a dévoilé l’intrigue !

Alors voilà, Superman revient sur Terre (parce qu’il avait disparu, figurez-vous ! En même temps je le comprends, il venait d’une planète magnifique et il a fallu qu’il échoue sur Terre au milieu de tous ces cons qu’il faut, en plus, sauver à chaque seconde parce qu’ils ne regardent pas avant de traverser la rue !) et il continue à sauver la veuve et l’orphelin. Un peu comme dans le premier et le plus regardable de la série, celui réalisé par Richard Donner. Pas forcément propret de bout en bout, mais qui a au moins le mérite de fonder les principes mythologiques du héros. Aujourd’hui, Bryan Singer laisse cet élément de côté et frappe dans le conventionnel. L’habitude de voir Superman résoudre les problèmes. Du coup, cela flirte plus avec la série « Loïs & Clark : the new adventures of Superman » qu’avec un vrai bon film de divertissement. Superman revient mais il n’a pas vraiment évolué. Il cherche toujours à se battre « pour la justice, la vérité et l’idéal humain ». Sympa la vie au quotidien ! J’comprends pourquoi il n’a pas de meuf ! C’est une bien belle devise qui nous donne à revoir à peu de choses près tout ce qu’il faisait déjà des années auparavant. La vraie problématique du film (inabordée) figure un superhéros qui est resté bloqué à une période de sa vie et qui n’en est plus sorti. Puisque le film aborde des problèmes plus intérieurs du personnage (je devrais dire un seul problème : le rapport à son père, et encore ce n’est qu’une pirouette scénaristique), pourquoi ne pas avoir essayé de développer ce thème qui empêche le personnage de prolonger la légende ? D’un aspect purement figuratif, Superman semble ne pas se rendre compte du décalage des années sur son apparence physique. Déjà qu’en 1978 il portait un costume des années 30, mais de nos jours, la cape rouge ce n’est vraiment plus possible !!! Presque 20 ans qu’il n’a pas changé de coupe de cheveux ! A la limite, pourquoi pas ! Mais la mèche folle !!! Superman est ancré dans un passé qu’il croit toujours effectif. Tout cela est légèrement suranné et sent la naphtaline. Et c’est ce qui fait que le film devient bancal par les anachronismes qui se succèdent. Superman sauve la veuve et l’orphelin. Encore ? Oui, oui. La recette est éculée car autant sa devise reste de mise autant les considérations morales ont déporté nos axes sur des notions moins clairement définies. Quitte à aller rétablir la justice, pourquoi Superman n’intervient-il pas en Irak, en Angola, au Rwanda ou en Corée du Nord pour libérer les peuples de l’oppression, de la guerre civile ou des agissements malsains de leurs dirigeants ? Pourquoi ne pas coopérer avec les gouvernements qui luttent contre le terrorisme et autres attaques nucléaires ? L’ouverture sur le monde nous montre SUPERMAN RETURNS comme un film éminemment bourgeois et assez éloigné des raisons pour lesquelles nous apprécions SUPERMAN. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la vision de ce dernier nous devient pénible. Loin de là. Un film se regarde toujours avec un œil rétrospectif. C’est un état de fait.

Puisque les mœurs ont évolué, il aurait été intéressant de nous présenter Superman sous un angle moins déiste. Cela conduit inévitablement au politiquement correct. Mais la dérision dans tout cela ? Comme nous avons pu le voir dans SUPERMAN, où Christopher Reeve balançait un ballon de football américain plus loin que ses yeux ne pouvaient le distinguer (je me suis toujours demandé quelle drôle de tête avait pu faire la personne qui avait pu voir ce ballon sorti de nulle part passer par sa fenêtre), un autre ton aurait été donné s’il avait été permis de s’interroger sur les performances du héros. S’il courrait le 100 mètres faudrait-il homologuer son record ? Cela prendrait un autre sens si Superman disait à Loïs Lane : « Je vais te défoncer ». D’ailleurs est-ce que Superman est capable de contrôler sa force à tout instant ? Peut-il tuer une femme rien qu’en éjaculant ? Des questions pourtant essentielles, jamais soulevées.

Niveau effets spéciaux, c’est un peu léger. Rien de très imaginatif, rien de particulièrement virtuose, rien qui ne vaille tout l’argent dépensé. Ah bon ? Pourtant, moi, je trouvais qu’ils avaient fait des brutes d’effets spéciaux. La preuve : dans chaque scène de Superman on ne voit plus du tout le fauteuil roulant.

Difficile de passer après Christopher Reeve. Comme disait sa femme. Enjeu majeur pour Brandon Routh. Disons-le tout de suite, il est à l’image du film. Fade et sans surprises. Kate Bosworth campe une Loïs Lane tout aussi équivalente. Kevin Spacey ne semble pas connaître l’adage de maître Hitchcock qui nous révèle que plus le méchant est réussi, plus le film l’est de même. Il faut pour cela ne pas montrer dès le départ que l’on est méchant. Pire, plus il est sympathique, séduisant et charismatique, plus le piège se refermera sur le spectateur avec un bruit effroyable. Concernant SUPERMAN RETURNS, je vous laisse conclure. Parker Posey est la seule véritable satisfaction du casting. Son rôle est délicieux d’humour piquant et elle s’en acquitte avec beaucoup de malice et de perversité. Mêlées à son charme vénéneux, c’est une séance de rattrapage qui nous conforte dans la pensée qu’aucun film n’est véritablement mauvais. Exception faite pour Alexandre Arcady. Qui ne fait pas de films.

Enfin, nous signalerons une fois de plus la mise en pratique de la théorie de l’hélicoptère silencieux (que j’avais précédemment développée le 22 mai 2006 dans l’article ON NE PEUT SATISFAIRE UN PUBLIC QUI N’A PAS DE TALENT). Dans SUPERMAN RETURNS, l’hélicoptère est une voiture. Un piéton marche tranquillement dans la rue lorsqu’une voiture fait une brutale entrée de champ, manquant de peu d’écraser le promeneur. Evidemment, le bruit du moteur ne se fait entendre qu’une fois que la voiture est visible ! La voiture qui passe le mur du son, fallait oser quand même ! Oser l’idée n’est pas ce qui m’énerve le plus, c’est surtout quand je me demande ce qui a bien pu passer par la tête du réalisateur qui a vu cela dans un film et qui a décidé de reprendre l’effet à son propre compte. Faut vraiment pas que ce soit la guerre des neurones, chez lui ! Voilà le type même de manipulation cinématographique qui m’exaspère. C’est insupportable ! Ne donnons plus d’argent aux réalisateurs qui nous prennent pour des cons !
 


            Revu ZAMANI BARAYE MASTI ASBHA de Bahman Ghobadi. D’abord très désarçonnés par la pauvreté de la photographie, nous sommes ensuite transcendés par toute l'émotion que ces enfants vivants dans la misère suscitent en nous. Dans son travail avec les comédiens, Ghobadi s’attarde sur leur vérité intérieure, sur ce qu’ils ont tiré de leur vie et des émotions proches de celles qu’ils ont connu. Cette vérité imprègne la pellicule comme une force motrice qui rend ces personnages foncièrement attachants. Finalement, malgré un système de vie assez éloigné du notre, nous sommes happés par cette envie de vivre, plus forte que tout. Et la perte de l’innocence. Dans leurs regards, ces enfants ont bien grandi !

            Revu aussi l’un des plus grands westerns qui n’ait jamais été tourné : IL GRAND DUELLO de Giancarlo Santi. Un film qui semble avoir été pillé à maintes reprises. Nous nous interrogeons même pour savoir dans quelle mesure le scénario de C’ERA UNA VOLTA IL WEST ne s’en est pas inspiré. L’histoire de la vengeance et la manière dont les flashbacks sont utilisés (jusqu’au flou artistique de Sergio Leone qui ressemble à s’y méprendre au personnage dans l’ombre d’IL GRAND DUELLO) semblent singulièrement consanguins ! On peut aussi citer comme exemple PALE RIDER et la scène où Spider Conway, armé de sa pépite, se fait tuer par le shérif Stockburn et ses suppléants. Presque la même scène ici lors de la première apparition de Philipp Wermeer.

Nous y trouvons tous les plus grands ingrédients nécessaires à l’élaboration d’un western dans tout ce qu’il a de grandiloquent. Et la mise en scène souligne sans cesse toute la tension qui existe entre les différents personnages. La scène de fin est d’ailleurs un exemple de réalisation baroque, à travers cet enclos à bêtes où le trio s’affronte. Et les yeux en gros plans bien avant l’heure. La beauté et l’audace des cadrages rajoutent au film de Giancarlo Santi, réalisateur qu’il convient de redécouvrir. Nous rejetterons simplement l’humour peu affûté de certains personnages, qui enlève à la noblesse du film et l’empêche d’accéder au statut de chef-d’œuvre.
Dans sa conception, IL GRAND DUELLO rappelle tout à fait la manière dont les pouvoirs se confrontent dans LIU XING HU DIE JIAN de Chor Yuen, autre film phare d’un cinéma de genre : le wu xia pian.

CLERKS II            CARS de John Lasseter et Joe Ranft. Déjà un mauvais pressentiment avant d’aller voir ce dessin animé qui se contente de décliner FINDING NEMO version mécanique. Mauvais pressentiment dû à une campagne d’affichage désastreuse, puisque sur les affiches du film se trouvaient apposés comme phrases d’accroche les plus mauvais jeux de mots qu’une campagne publicitaire ait osés. Déjà, moi qui ai horreur de l’humour, je trouve que le genre du calembour est ce qu’il y a de plus ringard mais si, en plus, ils sont mal construits, on s’aperçoit tout de suite que le publicitaire a juste cherché à remplacer un mot pour un autre en se disant qu’il collait parfaitement au film. Un calembour doit être valide dans les deux sens. « Il en faut pneu pour être heureux » ne fonctionne qu’en rapport avec les voitures du film ; l’expression, elle, ne signifie rien du tout. A contrario, « Ils n’y verront que du pneu » (réplique extraite du film) fonctionne comme un clin d’œil par rapport à la phrase de référence et, en même temps, correspond à ce qu’il se passe dans l’action du film.
Tout cela pour dire que ces aventures motorisées privilégient la vitesse visuelle à l’activité cérébrale. Le style est alerte, élégant, démarré de façon trop abrupte (mais que voulez-vous ? Il faut bien accrocher la ceinture du spectateur dès le début !) et considérablement aussi mièvre que les productions apparentées. Et puis ce sirop de morale pour public décervelé nuit toujours au récit. Sauf que cette fois, la morale n’est pas la bonne.
Surtout pas un jour comme aujourd’hui. Parce que dans une course, ce qui compte le plus c’est la victoire. Fuck le baron Pierre de Coubertin ! Alors la petite voiture rouge qui s’arrête à cinquante centimètres de la ligne d’arrivée, est prise d’un terrible cas de conscience, laisse gagner un autre concurrent, s’en retourne chercher le vieux tacot qu’elle avait violemment cartonné, et l’aide à passer la ligne blanche, ça va un moment, mais pas aujourd’hui. Surtout pas aujourd’hui ! Pas le lendemain d’une finale de football volée par des italiens plus catcheurs que footballeurs. Pointer du doigt Zidane pour un coup de boule alors que tous les coups seraient permis pour le petit bolide rouge ? Non mais qui c’est qui a vu la vierge en couleurs ? Vous avez tellement peu de neurones pour trouver cette fin triomphale ? Où est-ce que vous avez vu cette enflure de Materazzi s’insurger contre ce qu’il a fait, crier au scandale d’infliger un carton rouge à Zinédine Zidane pour le dernier match de sa carrière et aller le chercher alors qu’il allait sortir, pour le ramener sur le terrain, le prendre par les épaules et obliger le public à lui faire une ovation ? Quel match avez-vous vu ? Non, cela n’existe pas ! ZZ méritait son carton, l’italien son coup de tonsure. Marre de ces italiens qui font leurs coups en douce sans être sanctionnés. Le français laisse son message pour les années à venir : montrer qui est le maître sur le terrain. Et la France gagne sa seconde Coupe du Monde de football. Seule la victoire importe.

            JAY & SILENT BOB DO DEGRASSI est un DVD vendu sous le format d’un long métrage nous narrant les nouvelles aventures des héros des films du réjouissant Kevin Smith. Oui mais voilà, ce n’est pas lui qui réalise. Pire que tout : il ne s’agit pas d’un film mais de trois épisodes d’une série télévisée, mis bout à bout. Rappelez-vous : « Degrassi junior high ». Série qui nous a bercés à la fin des années 80. Ils ont repris les mêmes caractères (enfin, surtout les plus marquants) devenus adultes et la série continue sous le nom de : « Degrassi : the next generation ». C’est aussi navrant que l’originale, écrit avec les pieds de son voisin, laid à pleurer et mou comme une quiche passée au four à micro-ondes. C’est de la série télévisée, quoi ! Impossible de se réjouir de la présence de Jay et Silent-Bob. Ils sont sous-exploités et leurs dialogues ont perdu tout leur mordant. Par contre, Kevin Smith joue toujours autant l’autodérision et c’est un vrai régal d’entendre ce qu’il laisse dire sur ses films. Curiosité sans intérêtFABIAN BIELINSKYqui nous faire attendre un peu plus la sortie de CLERKS II, que les Etats-Unis (chanceux sur ce coup-là !) pourront découvrir dès le 21 juillet 2006. Pas de date de sortie française prévue pour le moment. Va falloir commencer à se tirer les doigts de la prise si personne ne veut que l’on sorte armés de M16 ! Cibles italiennes bienvenues…

            Terminons ces quelques réjouissances par une petite note nécrologique comme nous n’avons pas l’habitude d’en faire. Epitaphe dédiée au réalisateur Fabian Bielinsky. C’est toujours dans ces moments-là que l’on se prend à rêver : « Mais pourquoi lui et pas Lars Von Trier ? ». Agé de 47 ans, nous lui devions le sympathique NUEVE REINAS en 2000 et EL AURA l’année dernière. Un infarctus aura eu raison de celui qui faisait partie de la « Nouvelle Vague » argentine. Les médias n’ayant pas jugé utile de s’attarder sur sa disparition, nous souhaitions le rapprocher de nos propres considérations afin de ne pas le laisser s’éteindre en solitaire.

29 juin 2006 4 29 /06 /juin /2006 17:48

LA PISCINE            J’aime bien traiter les personnes âgées de « vieux con » ou de « vieille peau ». Car, la plupart du temps, ces personnes à la peau mal repassée abusent du privilège de l’âge, se croyant prioritaires en toutes situations. Avez-vous déjà remarqué le nombre de petits vieux qui traversent la route ? Soit le jumping de passage clouté à 2 à l’heure est devenu leur sport national, soit il arrive un âge à partir duquel on cherche vraiment la mort. En tout cas, c’est à chaque fois un nouvel épisode de FINAL DESTINATION qui se joue sous nos yeux : la mort vrombit au loin alors que petit vieux et petite vieille traversent de toute leur décrépitude. Le choc semble inévitable mais la mort crisse de ses quatre pneus neufs et fulmine de rage envers les deux morts-vivants qui terminent d’arriver au trottoir opposé, faisant mine de ne pas se rendre compte de la scène. La mort repart, le sourire au coin des lèvres, car elle préfère toujours frapper à un moment moins prévisible. Belle épitaphe : « Mort en mangeant du Saint-Moret » ! Déchéance de ces pauvres corps déliquescents qui n’auront pas su mourir de manière descente.

Heureusement, il y a la canicule ! Toute une année à attendre patiemment que le mercure s’excite et finisse par érupter. Déjà le 21 juin et FINAL DESTINATION IV s’avance à grands pas. Que j’aime ces chaleurs qui commencent à envahir notre espace vital, s’immiscent dans les moindres recoins dé nos maisons, neutralizent la moindre climatisation digne dé zé nom, emblissent nos poumons, commenzent à nous édouffer bétit à bétit, arrrrgh ! Zé beau lé gri d’une vemme à gui on arrache zon envant… Mais je m’emporte !

Pendant ce temps, des centaines de vieux ont la vie belle du côté du métro Glacière...

En attendant la canicule, l’idée m’est venue de revoir un film qui combinait ces chaleurs étouffantes, le désir qu’elles peuvent transformer en folie, le farniente vacancier et l’absence de personnes over-âgées : LA PISCINE de Jacques Deray. Un souvenir assez ancien mais fort agréable, et surtout cette scène, impossible à sortir de son esprit quand on est enfant, où Alain Delon noie Maurice Ronet. Commençons précisément par cette séquence. C’est bien évidemment le gros noyau du film. Elle m’apparaît dotée d’un impact visuel fort (notamment le plan où Delon appuie sur la tête de Ronet pour l’empêcher de reprendre son souffle), mais assez bancale dans l’exploitation de la noyade. Je veux bien que Maurice Ronet soit dans un état d’alcoolémie avancé mais je trouve qu’il reste bien sagement au milieu de cette piscine comme s’il s’attendait déjà à ce que son adversaire l’envoie par le fond. Chose que fait, en général, assez bien le jeune marié. Mais outre le peu de débattement que je lui reproche, sa noyade arrive pour moi un peu trop tôt. J’attendais un peu plus de panique et de suffocation dans cette immense piscine où il semble bien simple de noyer n’importe qui. D’autres cinéastes ont bien voulu montrer que tuer un homme relève d’un défi physique majeur, car celui qui se débat décuple ses forces (j’avoue être un peu mieux placé que vous pour m’en tenir à une telle affirmation). Il faut de longues minutes pour amener quelqu’un à la mort, lorsqu’il s’agit d’un corps à corps. Alfred Hitchcock l’avait déjà montré, et nous avons tous aussi en mémoire l’effroyable séquence du meurtre dans le téléfilm DEKALOG, PIEC de Krzysztof Kieslowski. Aujourd’hui, au cinéma, ce genre de mort n’est jamais exploité, toujours évacué en quelques secondes pour mettre (à tort) plus de rythme, alors que nous sommes en puissance dans le spectaculaire.

JACQUES DERAYMalgré cela, LA PISCINE fonctionne de manière exemplaire sur bien des points. Le plus étonnant reste ce temps qui s’écoule et où il semble ne rien se passer. En apparence. Car Jacques Deray rentabilise la gestion du temps de manière très intelligente. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un couple parti se reposer loin des difficultés de leur quotidien. Un couple qui profite. Du soleil, de la piscine, de la veine érotique d’une telle atmosphère… Le temps ne semble alors avoir aucune prise sur eux. Ils pourraient être ici depuis un bon moment. Ils pourraient y rester encore plus. A la montre de Jacques Deray le temps est fonctionnellement distendu. Incroyable comme le film prend son temps dans cette première partie ! Nous sommes bien loin des critères cinématographiques actuels qui imposent d’accrocher immédiatement l’œil et l’attention du spectateur. Quoique pour l’œil c'est quand même le cas, puisque LA PISCINE bénéficie de la somptueuse photographie concoctée par Jean-Jacques Tarbès. Il choisit de mettre en valeur les couleurs chaudes pour nous envoûter par la lourdeur d’un été torride et suffocant. Il l’allie d’ailleurs aux magnifiques corps des deux amants sur lesquels il fait peser une densité corporelle effervescente dès les premiers instants. Ce sont les couleurs du désir. La photographie choisit l’embrasement général. Face à cette incandescence, le spectateur est séduit par la plénitude d’un tel laisser-vivre.

EYES WIDE SHUTUn film puissamment érotique, donc, mais dont il faudra cependant noter une malhonnêteté assez grossière de la part de Jacques Deray. Je parle précisément du moment où Romy Schneider fait une sieste dans la chaleur de l’après-midi. Restée seule dans la maison, elle se repose entièrement nue sur son lit. Ah ! Ca commence à m’intéresser… Alors que le réalisateur avait jusqu’à présent opté pour une pudeur érotique qui n’essayait pas de masquer coûte que coûte la nudité des corps, il met en place un travelling qui remonte le long des courbes de Romy Schneider afin de nous dévoiler son anatomie par pur voyeurisme. Jean-Luc Godard disait que le travelling est une affaire de morale. Nous pouvons plus que jamais le vérifier à travers ce plan honteux puisque inutile. Dans ce que j’appellerai « l’intelligence du sein qui se laisse voir » Jacques Deray nous avait précédemment régalé lorsque sa caméra ne cherchait pas à cacher les parties honteuses de ses personnages derrière des objets ou des plans aberrants composés pour la cause. Au passage, il arrivait à faire en sorte qu’un sein (limite bord cadre) se dévoile presque innocemment, sans que la caméra ne s’y attarde. Il s’agit là de la quintessence de l’érotisme non avoué (à la censure). Lorsqu’il filme Romy allongée, ce n’est plus le même réalisateur. Je ne connais pas l’histoire du film mais cela ressemble étrangement à un discours de producteur.

LA PISCINE c’est avant tout le récit d’un homme en mutation. Une sorte de film-cocon où le temps (dont nous parlions précédemment) joue son rôle de révélateur sournois. Lorsque le film débute, Alain Delon se trouve déjà au cœur d’un processus de révolution interne, à l’image de la chrysalide enfermée dans un cocon de soie (symbolisée par la piscine). Maurice Ronet sera l’élément déclencheur. L’accélérateur d’un processus qui aurait de toute façon connu le même sort, mais qui va se retourner contre ce dernier. C’est pour cette raison que le rythme du récit s’accélère considérablement dès son arrivée. Agitations. Le scénariste crée plus de mouvement. Personnages provenant de l’extérieur, les rôles principaux qui commencent à sortir de leur repaire, rythmes musicaux etc. La vie prend forme. Jacques Deray, lui, va moins s’attacher à la vanité du papillon qu’à ses nouveaux pouvoirs, ainsi révélés. Mutatis mutandis. Oui. Et un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. J’aime bien « les voyages forment la jeunesse » aussi.

Le plus beau film de Jacques Deray est aussi celui où le couple Delon-Schneider fonctionne le mieux. Leur histoire à la ville semble profiter au rapport du couple à travers ce qui se joue derrière les mots et les silences. MAURICE RONETCe qui ne peut pas se jouer et que nous retrouverons notamment dans EYES WIDE SHUT. Sublimés par la photographie de Jean-Jacques Tarbès, ils trouvent ici l’un de leurs plus beaux rôles (Romy Schneider en ayant un nombre considérable dans sa filmographie, et Alain Delon prouvant qu'on peut être un bon comédien quand on a compris que le cinéma c'est se laisser photographier). Et puis Maurice Ronet qui balade sa classe et son allure charismatique ! Parfait pour dissimuler ce qui se cache derrière les apparences. Du double jeu, de la subtilité, de la très grande manipulation psychologique.

Ce qui restera à tout jamais exemplaire est l’utilisation de ce temps. Prendre le temps c’est ne plus se trouver confronté à l’emprise qu’il a sur nous. Etre en dehors du temps. C’est aussi être en dehors d’une certaine réalité. Rien d’étonnant, donc, à ce que ce soit une montre qui soit l’élément le plus incohérent de la noyade de Maurice Ronet. Cette démarcation du temps oppose un conflit de générations. Quels films se voulant aussi populaires peuvent se prévaloir d’autant de lenteur dans l’exposition de leur histoire ? FACE/OFF ? Non, quasiment aucun aujourd’hui. Nous parlons donc de LA PISCINE comme d’un vieux film. Celui qui rappelle une autre époque, une manière différente de concevoir le cinéma. Mais il importe de s’insurger contre l’expression qui veut qu’un film ait « vieilli ». J’ai d’ailleurs toujours trouvé cette expression suspecte. On l’emploie souvent pour caractériser un film qui se situe en dehors des modes. Ainsi, d’un point de vue vestimentaire, certains trouvent A CLOCKWORK ORANGE vieilli. Les mêmes se défendent pourtant de qualifier BARRY LYNDON de la même manière, alors que, dans les deux cas, les styles choisis par le réalisateur ont été complètement délibérés, en fonction de l’impact qu’ils auraient sur le temps qui passe. Imaginons qu’A CLOCKWORK ORANGE soit réalisé dans deux siècles, il est probable qu’il serait plutôt considéré comme l’empreinte d’une époque (ce qu’il doit évidemment être) et non comme le calque fané d’une société qui s’est affranchie des idées qu’elle véhiculait à un moment M. Dans le sens où l’on BARRY LYNDONentend cette expression, cela signifierait que MARIE-ANTOINETTE avait déjà vieilli avant même sa sortie. Et l’on peut reprocher beaucoup de choses à ce troisième film de Sofia Coppola mais il est tout sauf vieux dans sa conception. Est-ce la première chose que l’on entend d’un film de Charles Chaplin ? Pourquoi la musique de SCARFACE aurait-elle plus vieillie que celle de PHANTOM OF THE PARADISE ? On entend souvent ce genre de justifications à partir du moment où les caractères de la contemporanéité ne correspondent plus avec les anciens. Ainsi, certains films ne sont jamais qualifiés de « vieillis » car ils sont supposés bénéficier d’une intemporalité plus marquée (mode vestimentaire, influence musicale, rapport aux mœurs de l’époque). Mais c’est une erreur de considérer qu’un film vieillit. Tout au moins d’après ces critères. Avec le temps certains films montrent des procédés (techniques, scénaristiques, d’art dramatique…) qui peuvent paraître obsolètes. Voilà tout au plus ce qui pourrait être reproché à un film. Si vous acceptez qu’un film vieillit alors vous devez accepter qu’un film meurt. Or, le cinéma a cela de beau qu’il peut être vu et revu. Aucun film ne meurt d’être vu. D’autant plus qu'il n'y a que pour le cinéma que cette expression soit née. Jamais vous n’entendrez dire d’un tableau ou d’une sculpture qu’il ou elle a vieilli. Un film évolue au même rythme que les regards que l’on porte sur ce qui nous entoure. En cela, nous pouvons dire que le cinéma est tributaire de nos évolutions. Mais c’est une observation assez triviale. Il faut en fait considérer la vieillesse sous deux points de vue opposés pour pouvoir l’appliquer à des considérations cinématographiques. Toute vieillesse est sujette soit à un épanouissement soit à un repli. Dans le premier cas, elle sera issue de la qualité du travail effectué par toutes les forces majeures du film. Ce qui ne signifie pas forcément que ce soit le chemin tout tracé de films considérés comme des chefs-d’œuvre dès leur sortie. Un des meilleurs exemples reste le magnifiquement expressionniste THE NIGHT OF THE HUNTER. Nous pouvons lui reprocher quelques procédés désuets dans son élaboration mais cela n’entame en rien l’impact qu’il garde sur le public (qui s’est d’ailleurs accru à partir d’une certaine période).

THE NIGHT OF THE HUNTERDe l’autre côté, nous parlons du renfermement d’un film lorsque celui-ci ne correspond plus à rien de ce qu’un public est en droit d’attendre. C’est une notion assez générale, qui ne peut être globale, et va donc bien à l’encontre du postulat de la mort d’un film puisqu’il existe autant d’intérêt à visionner un film qu’il y a de publics.

Dire d’un film qu’il a vieilli fait donc appel à un raccourci un peu trop facile où l’amalgame semble de mise. Techniquement, seule la pellicule peut subir l’altération du temps. D’un point de vue basique, le contenu, le film, reste immuable pour l’éternité.

            Cela doit sentir le sapin très fort en haut de la tour T.F.1 puisque nous apprenons par Le Point que la chaîne « a obtenu des députés et des sénateurs, réunis en commission mixte paritaire, l'introduction d'un amendement inédit autorisant les chaînes de télévision à diffuser gratuitement des extraits de musique sans passer par la case droits d'auteur ! ». La justice à double vitesse fait un nouveau pied de nez (un doigt d’honneur serait plus approprié, mais il faut se mettre en phase avec le vocabulaire de cette génération qui mûrit et qui semble même entrée de plein pied dans le stade suivant, si l’on se réfère à l’odeur) au consommateur lambda en général et aux téléchargeurs en particulier. Certains ont donc la possibilité de diffuser la musique sans payer de droits d’auteur et d’autres non. Rien d’étonnant à ce que la raison du plus fort reste toujours la meilleure depuis Jean de La Fontaine. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’un jour, ceux sur qui l’on ne cesse de taper retournent le bâton contre leurs agresseurs. On ne peut décemment pas s’acquitter de ses simples devoirs de citoyen sans en payer une contrepartie. Il est grand temps de se révolter. Les jours se suivent et laissent place à de continuelles dénonciations de ce genre. Elles sont nécessaires mais d’une efficacité relative. Besoin de trouver d’autres moyens pour se faire entendre. Vite. Un jour, la colère fera place à la violence. Et comme le court terme n’est pas à la révolution, nous passerons donc par la dépénalisation du téléchargement.FRANCOIS ROLLINDe gré ou de force. Vous avez ouvert nos cœurs pour y graver la haine, nous ouvrirons vos crânes pour y graver nos peines.

De quelques manières que ce soit, il faudra bien que s’exprime la contrepartie à toute cette défiance. Il doit bien y avoir un moyen de contourner la violence. Il nous appartient de pouvoir réfléchir pour faire en sorte que tout ce sapin brûle en un grand feu de joie. Honte sur les grandes chaînes hertziennes ! Les mêmes qui ont boycotté les FMR de François Rollin, qui se produisait un dimanche par mois, depuis 10 mois, pour 10 représentations uniques, sur la scène de l’Européen. Le spectacle est à l’image de l’homme : repousser tout ce qui a trait au parisianisme et au tape à l’œil, pour mieux se recentrer sur l’aventure humaine de nos propos et de nos attitudes quotidiens. La dernière édition vire à l’exercice de style qui peine à se renouveler mais nous enchante quand même par la simplicité de la démarche et la virtuosité avec laquelle il utilise le processus créatif. Car François Rollin est un chimiste avant tout. Un homme qui explore, qui cherche, qui essaie. Alors rien n’est totalement parfait, bien entendu, mais ce n’est pas le but. Laisser une grande place à la liberté d’expression sous toutes ses formes. S’éloigner des carcans culturels et parcourir de nouveaux chemins de créativité. Une sorte de performance scénique de libre pensée.

Aucune des six grandes chaînes de télévision n’aura daigné l’inviter pour relayer ce projet fou qui fait la part belle à l’inventivité et à la vitalité imaginative. Les médias tendent à nous faire croire que la créativité n’est plus une valeur majoritaire. Il est plus que temps de désorganiser ces relais. De toute façon, leurs pouvoirs s’amoindrissent avec le temps. Ce sont des organes vieillissants devenus incompétents. Chacun de vous sera un journaliste en puissance dans les années à venir.

Les vieux, faudrait les tuer à la naissance.

            Revu LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE d’Etienne Chatiliez. Encore entendu parler de ce film comme « ayant péniblement vieilli ». Il est vrai que l’humour de l’époque semble assez éloigné des normes contemporaines. Nous pourrions alors lui reprocher son manque d’agressivité, de méchanceté, de cynisme, d’humour cinglant, de toutes ces caractéristiques que l’on essaie d’étouffer dans nos rapports aux autres et qui ne peuvent plus s’épancher que dans l’humour. Sans la diaboliser, je trouve cette attitude assez navrante. Il est encore possible de faire de l’humourETIENNE CHATILIEZsans faire dans l’immoralité. Le film de Chatiliez ne l’est que très peu. C’est peut-être pour cela que nous le trouvons moins drôle. Il ne l’est pourtant pas. Juste assez mal réalisé car Chatiliez pense mise en scène quand il s’axe sur les dialogues ou le jeu des comédiens. Comme d’habitude, cela ne résiste pas au temps.

            Vu ROMPER STOMPER de Geoffrey Wright. Le film est bourré de clichés concernant les néo-nazis. C’est une question de déontologie. Point de vus monosémique. Aucun contrepoint aux comportements de ces individus. D’autant plus inintéressant que la mise en scène essaie constamment de faire dans l’effet visuel. Mais c’est sans idée. C’est cadré de manière atypique. C’est assez déstabilisant car nous sommes tout le temps en train de chercher ce qu’a voulu faire le chef opérateur. C’est décalé mais sans jamais servir le propos du film. La photographie, elle, oscille entre les jaunes et les verts, donnant au film un aspect glauque visuellement peu excitant, pour ne pas dire nauséeux. Inutile.

            Revu DON’T DRINK THE WATER, premier téléfilm réalisé en 1994 par Woody Allen, d’après sa pièce. Nous le savons, Allen est un cinéaste inégal. Nous savons aussi que la télévision n’a jamais réalisé de chef-d’œuvre. Le pari semblait mal engagé mais j’avais un souvenir autre de cette pièce assez mal filmée. La situation en elle-même est assez succulente mais difficile de trouver beaucoup de drôleries à travers l’écriture. Quelques bonnes répliques qu’Allen se réserve et puis c’est tout. Très théâtral et assez mal aéré pour éviter toute référence récurrente. La photographie s’embourbe dans des tons ocres et sépias pour nous rappeler que le récit se passe pendant la Guerre Froide. C’est un peu conventionnel. D’une manière générale. Le véritable intérêt vient d’un côté de la mise en scène que Woody Allen est sûrement le seul à utiliser de manière aussi flagrante : le rythme par la parole. A travers les différents rythmes et flots de paroles qui s’enchaînent, s’enchevêtrent, s’amoncèlent etc. il crée une mise en scène dynamique et souvent surprenante. Ici c’est la technique du comédien qui crée le même effet de rythme que le montage. A ce niveau, c’est de l’horlogerie. C’est notamment une des clés du cinéma de Woody Allen, qui met en place une mise en scène plus axée sur les comédiens que sur la technique proprement dite.

THE GOOD GIRL            CREMASTER 4 de Matthew Barney.

Je me demande encore pourquoi je persiste à regarder cette quinqualogie d’une bêtise intersidérale aussi concluante que la mégalomanie qui s’en dégage. Reste encore un épisode. Est-ce bien raisonnable ? Jamais une saga ne m’aura rendu aussi malheureux. A part « Dr. Quinn, femme médecin » peut-être… Je serais Président de la République, je le condamnerais à errer dans un coin reculé de la Lozère où il rencontrerait des personnes qui lui diraient : « J’adore Jamel Debbouze ! » et où il n’aurait pas d’autres choix que de s’enfermer dans son hameau où son passe-temps favori deviendrait le pen spinning.

            Petite note concernant la sortie de THE BREAK-UP de Peyton Reed avec notamment Vince Vaughn et Jennifer Aniston. Je n’aime pas cette dernière pour des raisons que je n’ai pas à exposer ici, mais j’ai lu (je ne sais malheureusement plus où sans quoi je me serais fait un plaisir de le citer) qu’après de nombreux rôles qui ne lui avaient apporté aucune crédibilité en dehors des plateaux télévisés de la série « Friends », il s’agissait enfin du film qui allait pouvoir exposer ses vraies qualités au grand public, à l’instar de ses partenaires. C’est faux. Encore un critique dépourvu de culture (alors comme ça on fait des pléonasmes ?) qui a oublié de compter dans sa filmographie l’épatant THE GOOD GIRL de Miguel Arteta, qui ne date pourtant que de 2002, où elle était fascinante de justesse et d’intériorité. Et de profondeur, comme disait la jeune mariée.

            Individus modernes et désireux de bouffer la vie à pleines dents que34EME FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLEvous êtes, prenez note dès à présent que le formidable festival de La Rochelle (34ème du nom) se tiendra du vendredi 30 juin au lundi 10 juillet.

Et où aura-t-il lieu ? Dans ton cul !

Il s’agit d’un des festivals français les plus dignes d’intérêt puisque cette année vous aurez la chance d’y voir :

- Roman Polanski, qui viendra présenter son intégrale (tous ses longs et courts métrages)

- une rétrospective des plus beaux films de John Huston

- 12 films avec Bulle Ogier (comme quoi l’âge ne fait rien à l’affaire puisqu’on peut déjà lui attribuer 67 printemps ! « Elle en a déroulé du câble ! » comme on dit chez moi) dont le très perturbant MAITRESSE de Barbet Schroeder

- de nombreuses œuvres méconnues ou invisibles (tous les films des frères Quay (qui seront présents), idem pour Hirokazu Koreeda)

- quelques films pour découvrir les peu médiatiques Nikos Panayotopoulos et Dito Tsintsadze

- de nombreux films de Maurice Ronet (en tant qu’acteur mais aussi réalisateur) et d’Harold Lloyd

- du D.W. Griffith : ORPHANS OF THE STORM, du Masaru Konuma : NURETA TSUBO, GENTLEMAN JIM de Raoul Walsh

- pleins d’avants-premières et d’inédits : le très attendu IKLIMLER de Nuri Bilge Ceylan, JARDINS EN AUTOMNE d’Otar Iosseliani, LAI XIAO ZI de Han Jie, TAKESHIS’ de Takeshi Kitano, THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY de Ken Loach, EN FOLKEFIENDE d’Erik Skjoldbjaerg etc.

- plein de courts métrages, une nuit blanche, diverses rencontres, des séances spéciales pour les enfants, des expositions et tout plein de bonnes choses que nous ne pouvons pas encore vous révéler afin d’éviter que vos esprits ne sombrent dans une folie fiévreuse.

L'EQUILIBRE DE LA TERREUR            Nouvelle incursion dans la discographie de Goldfrapp. Rien à voir avec le chanteur Emile qui ferait des percus, j’espère ?! Chansons hypes, sensuelles et glamour. Je confirme bien qu’il s’agit de ce qu’il y a de mieux en matière de musiques sur lesquelles faire l’amour ! Avec la main, ça compte ?

            A surveiller de près : le 2 août 2006 sortira enfin L’EQUILIBRE DE LA TERREUR de Jean-Martial Lefranc. Premier film qui expose l’organisation d’un attentat nucléaire en Europe fomenté par un réseau terroriste islamiste. L’idée principale (et ô combien intéressante) est de décortiquer les différents niveaux à travers lesquels l’attentat s’élabore, sans jamais verser dans une position univoque. Cela alimentera sûrement une certaine polémique puisque le film n’est à priori pas militant. Les frontières des personnages sont volontairement floues de façon à donner une image de chacun où le manichéisme bien/mal ne suffit plus dans l’opinion que le spectateur est en droit de se faire. La personne humaine est plus complexe que ce vieux schéma. Et cela est tout à l’avantage de ce réalisateur qui attise notre curiosité par une manière de faire très audacieuse, et qui ne s’épargne aucune difficulté en matière de production.

« Les meilleurs spécialistes considèrent que la probabilité qu'un attentat nucléaire ait lieu dans les cinq ans est de 60% » (Jean-Martial Lefranc).

Une initiative qui paraît palpitante sur le papier et dont il faut encourager la prise de risques, d’autant que le film saurait se démarquer du rendu français habituellement terne, peu enjoué et satisfait de sa médiocrité. L’EQUILIBRE DE LA TERREUR s’appuierait plutôt sur un style plus alerte mêlant une manière de filmer nerveuse, une photographie imprévisible et une mise en haleine motrice.

Il me semble bon de s'y attarder. A moins que je ne sois devenu un vieux con.