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Certains biographes affirment que Marilyn Monroe a fait ses débuts dans le film THE SHOCKING MISS PILGRIM, mais il n’en est rien.
Le 19 juillet 1946, Marilyn passe des essais pour la Fox. Suite à cela, la Fox va lui proposer un contrat qu’elle signera le 24 août 1946. C’est son premier. Il la lie au studio pour six mois. Il sera renouvelé en février 1947 et prendra fin le 25 août 1947.
Le premier essai qu’elle passe étant silencieux, la Fox lui refait faire un test filmé le 14 août. Il a lieu sur le prochain film en préparation de la Twentieth Century-Fox : MOTHER WORE TIGHTS. Celui-ci n’entrera en tournage qu’au mois d’octobre.
Un peu plus tard, le 24 février 1947, Marilyn est interviewée pour la CBS à l’occasion de l’émission « Lux Radio Theatre ». Deux minutes au cours desquelles Marilyn prétend que ses essais ont pu être réalisés avec de la pellicule provenant des chutes du film THE SHOCKING MISS PILGRIM. Elle a rencontré Betty Grable, elles ont bien ri ensemble, elles ont parlé de leurs vêtements, et à l’époque il n’y avait pas la lessive Luxcare et blablabla et blablabla. Vous l’aurez compris, ce n’est ni plus ni moins qu’une publicité pour cette marque de lessive. D’ailleurs, Marilyn avait été payée 100 dollars pour cela. On sent effectivement très bien qu’elle et l’animateur lisent un texte. Marilyn accroche ; elle devait être très stressée. Il est fort peu probable que Marilyn ait rencontré Betty Grable sur le tournage de ce film, d’autant qu’en date du tout premier essai de Marilyn, le tournage de THE SHOCKING MISS PILGRIM était terminé depuis plusieurs mois.
Bref, tout cela est sûrement à l’origine d’un malentendu sur les premières apparitions de Marilyn. Pourtant, elle n’a jamais passé sous silence ses petits rôles ou le fait qu’elle ait été coupée au montage. Mais jamais elle n’a mentionné son emploi sur THE SHOCKING MISS PILGRIM, pas plus que sur MOTHER WORE TIGHTS. Et aucun document ne peut attester sa présence sur ces plateaux.
Le premier véritable film dans lequel ait tourné Marilyn c’est SCUDDA HOO ! SCUDDA HAY ! Même si DANGEROUS YEARS sortira avant, le tournage de celui-ci est bien antérieur : mars 1947.
SCUDDA HOO ! SCUDDA HAY ! est un film sur la paysannerie. D’ailleurs, le titre du film est une référence à la façon de guider les mules. En France, le film s’intitule bêtement BAGARRE POUR UNE BLONDE. On pourrait croire que la blonde est l’enjeu du film, mais pas du tout. On pourrait croire que Marilyn est la blonde, mais pas du tout. La blonde en question c’est June Haver. Et il y a bien une bagarre avec elle au milieu, mais elle est anecdotique et de toute façon elle a déjà fait son choix. Tout cela n’est que secondaire. Disons que le véritable enjeu, ce sont les mules. Ou plutôt le fait que le protagoniste puisse enfin reprendre sa juste place dans sa ferme, et ces mules vont l’y aider, lui faisant acquérir estime et honorabilité.
Le protagoniste, c’est Lon McCallister, jeune homme affable qui vit dans les champs, entouré d’insectes qui bourdonnent et de vers de terre qui grouillent. Lui, ça lui plaît. Que voulez-vous ? Les détraqués sont partout et l’humanité est belle dans sa diversité ! Lon a tout pour être heureux. Il vit avec son père fermier et son chien Lassie. Oui, vous ne le savez peut-être pas parce que vous êtes trop jeunes, mais à cette époque tous les colleys s’appelaient Lassie. Donc, il fait beau, les champs se font labourer, on n’utilise pas encore de glyphosate, et Lon et son père ont même le temps de s’arrêter et de philosopher sur le sens de l’existence sous les rayons piquants du soleil. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que… son père s'est remarié avec Anne Revere, une femme acariâtre qui est comme ça pourquoi ? Parce que ! Pour couronner le tout, elle a amené dans ses bagages son fils, Robert Karnes, qui est méchant comme une teigne et mauvais comme la gale. Oui, on peut cumuler les deux, c’est autorisé par la fédé. Excédé, Lon suggère plus que fortement à son père de frapper sa femme. Le père, qui n’en peut plus non plus, le ferait bien mais il y a une seule chose qui l’en empêche : dans sa famille jamais personne n’a porté la main sur une femme. Sous-entendez par-là que le vieux bonhomme ne serait pas contre lui filer un bon caviar à cinq manches, mais bon, la tradition c’est la tradition. Nous n’avons pas passé le cap des cinq minutes et le portrait des femmes dans ce monde d’hommes est déjà brossé. Le jeune homme si avenant et propre sur lui remettra une pièce dans le juke-box un peu plus tard avec sa blonde, lorsqu’il cherchera à se faire renvoyer : « Tu n’es qu’une fille. Tu ne peux pas comprendre. » Ambiance.
Donc, au lieu de cogner sur sa femme, le fermier en a tellement marre qu’il décide de repartir pour la mer. Au niveau psychanalytique, cela en dit long. D’autant qu’il abandonne là son fils, et débrouille-toi avec ta nouvelle famille. Plutôt que de travailler à la ferme avec eux, Lon va se faire engager chez Tom Tully. Probablement parce que celui-ci n’utilise pas d’OGM dans ses cultures. Ou alors peut-être qu’il a une fille très blonde (June Haver) et que Lon n’est pas insensible à ses charmes. Et elle non plus d’ailleurs. Du coup, on ne comprend pas trop le dépit amoureux qui va animer Lon, mais bon, nous ne sommes plus à quelques incohérences près dans ce scénario signé F. Hugh Herbet et George Agnew Chamberlain. Oui, en général on s’y met à plusieurs pour pondre ça.
Le père de la blonde achète deux mules avec lesquelles il n'arrive à rien. Alors, Lon décide de les lui racheter parce qu’il a une idée bien cachée derrière sa tête. Il s’en va trouver Walter Brennan qui est un vieux muletier porté sur la boisson, qui va lui apprendre tout ce qu’il faut savoir sur les mules. Mais Robert Karnes, le fils de la marâtre, ne l’entend pas de cet orteil et compte bien lui mener la vie dure…
SCUDDA HOO ! SCUDDA HAY ! est typiquement le genre de film qui serait totalement oublié si Marilyn ne jouait dedans. Ah oui ! Avec tout ça nous avons oublié de parler d’elle. Marilyn est une connaissance ou une amie de June Haver. Dans le film, elle porte le prénom de Betty et elle fait très bien de la barque. Voilà à peu près tout ce que l’on peut dire de son personnage. Elle apparaît une demi-seconde dans sa première scène, et dans la seconde, elle est à peine discernable, en train de naviguer au second plan. N’empêche qu’elle a quand même une phrase qu’elle adresse à June Haver sur les marches de l’église : « Hi, Rad ! ». Voilà les premiers mots prononcés par Marilyn Monroe au cinéma. Apparemment, elle aurait été coupée au montage. Ce serait la scène de la barque qui en aurait fait les frais, puisqu'elle devait démarrer par une petite séquence où Marilyn avait quelques répliques. Mais jusqu’à aujourd’hui, personne n’a pu retrouver trace de ces chutes.
Toujours est-il que SCUDDA HOO ! SCUDDA HAY ! se déroule sans véritable surprise. Les méchants sont des archétypes de méchants et les gentils ne sont pas si clean que cela, comme nous l’avons vu précédemment. Tout est fait pour que la démonstration aboutisse à un happy end bien mérité et à une morale bien-pensante qui exaltera la bienséance du mariage et la douceur du foyer américain. Le scénario est très manichéen de ce point de vue et ne s’encombre pas de psychologie. Ce manque de nuance fait de SCUDDA HOO ! SCUDDA HAY ! un film bien balourd où l’essentiel des rapports humains ne doivent se lire que sous le prisme de la gentillesse et de la bonté. C’est le genre de films où l’on exalte la morale, l’honneur et le devoir. Ce sont des thèmes qu’on peut retrouver chez John Ford, par exemple, mais quand ce dernier s’en empare c’est pour développer un dilemme intense chez ses personnages. La nuance amène la profondeur. Je cite Ford car nous pouvons tout à fait penser à lui à la vision de SCUDDA HOO ! SCUDDA HAY ! La place de la nature amène cette référence qui permet d’envisager le monde rural comme un retour aux sources des valeurs humaines, celles-là même qui sont mises à rude épreuve par la dureté voire la violence du monde primitif. Dit autrement, comment les Hommes se civilisent pour échapper à la jungle par le biais de la communauté et de la solidarité. C’est clairement dit dans le film puisque les fermiers se connaissent tous et interfèrent constamment les uns avec les autres. Et aussi quand June Harver paie les 5 dollars que Lon McCallister doit à Tom Tully. Reste que tout cela n’est pas très fouillé, pas très approfondi et réduit chaque personnage à une entité.
Vous entendrez aussi que même le mixage sonore est déficient, avec des sautes de son d’ambiance très différentes entre certains plans !
Pour la petite histoire, notez que Natalie Wood joue la sœur de June Haver. Elle joue une gamine espiègle, dans la bouche de laquelle les scénaristes ont placé des répliques qu’aucune petite fille de 8 ans ne dirait. Le filon de l’enfant-star n’est définitivement pas clos à cette époque, et il faut bien avouer qu’elle n’échappe pas au syndrome Shirley Temple, c’est-à-dire l’impression que nous avons plus à faire à un singe savant qu’à un enfant.
Il y a aussi quelque chose de très intéressant dans le film, à mettre en perspective avec le rôle tenu par June Haver. Cette actrice est très photogénique, composante essentielle qui permettait aux studios de miser sur certaines actrices. Son personnage symbolise parfaitement la jeune femme blonde au physique avantageux, sans personnalité trop marquée, sur laquelle hommes et femmes pouvaient se projeter, pour des raisons différentes. Un rôle de faire-valoir et de stéréotype féminin que les producteurs cherchaient à mettre en avant dans leurs films, et qu’ils ont aussi fait jouer à Marilyn. D’ailleurs, la Marilyn des années 50-55 aurait très bien pu jouer ce personnage. Et nous verrons par la suite de sa filmographie comment elle a consciemment endossé ce rôle, en forçant le trait jusqu’à créer elle-même le mythe Marilyn Monroe, et comment elle a tenté (grâce à sa création) d’inverser les rôles et plus précisément les structures de pouvoir et de domination, sans y arriver de manière satisfaisante.

Née Norma Jeane Mortenson le 01 juin 1926, Marilyn Monroe est décédée à l'âge de 36 ans, le 04 août 1962. Elle a joué dans 30 films dont un inachevé : SOMETHING'S GOT TO GIVE de George Cukor.
Elle fut mariée à James Dougherty (1942-1946), Joe DiMaggio (1954) et Arthur Miller (1956-1961).
Même si sa mort reste sujette à controverse, elle est officiellement décédée d'une overdose accidentelle de barbituriques.
Tout le mois de juin lui est consacré.
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Bonne chance. Bon jeu.


(Chloë Sevigny - Magazine "Purple fashion", printemps/été 2006)