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24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 00:00

23 juin 2026 2 23 /06 /juin /2026 21:00

 

THERE'S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS

Après RIVER OF NO RETURN, Marilyn Monroe va entrer dans une période de tension avec la Twentieth Century-Fox. La société de production veut la faire jouer dans leur projet THE GIRL IN PINK TIGHTS. Mais l’actrice refuse catégoriquement. En représailles, la Fox la suspend, et Marilyn décide de faire une pause pour se marier et partir en lune de miel au Japon. Sa sanction sera levée à son retour, et la Fox lui proposera alors un rôle dans THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS qui est déjà en préproduction depuis de nombreux mois. Mais Marilyn n’aime toujours pas le script. Elle n’acceptera que parce que la Fox lui promet le rôle qu’elle visait depuis longtemps dans THE SEVEN YEAR ITCH.

Marilyn n’aimait pas ce scénario et elle avait bien raison ! C’est une toute petite histoire qui manque de palpitant et de plein d’autres choses. Il s’agit en fait d’une sorte d’hommage à l’époque où le music-hall battait son plein. Les jeunes générations se demandent pourquoi certains films parlants faisaient la part belle aux numéros musicaux. Eh bien, c’est un héritage direct de cette période, lorsque les producteurs entendaient capitaliser à la fois sur le cinéma et le music-hall, d’autant que certaines vedettes de films en étaient clairement issues. C’est ce qui explique notamment les structures quasi-similaires des films des Marx Brothers.

Au cinéma, la comédie musicale en est bien évidemment la représentante la plus éclatante. Dans ce film de facture très académique, ce sont les numéros musicaux qui se taillent la part du lion. J’ai arrêté de les compter tellement il y en a. C’est plus ou moins réussi. Plutôt moins. C’est plus ou moins intéressant. Plutôt moins. Mais surtout, ils ne participent quasiment jamais à l’action. C’est pour cela que nous avons constamment l’impression que le film se traîne, se traîne et se traîne. Quasiment deux heures et si vous enlevez toutes les scènes chantées et dansées, il ne vous reste plus qu’un court métrage dont l’histoire n’est qu’une chronique de la vie d’artistes qui n’ont rien de différent de la plus commune des familles. Ils ont des enfants, le papa regarde les autres femmes, leurs enfants grandissent dans le même milieu, les enfants font les 400 coups, l’un d’eux veut devenir prêtre et se heurte à l’hostilité de ses parents, la mère ne s’entend pas avec sa belle-fille, l’un des fils se fâche avec sa famille et disparaît pendant un an etc… Bref, artistes ou pas, ils vivent exactement la même chose que n’importe qui. Rien n’est véritablement inféodé à leur métier. En gros, la vie d’artistes ça n’existe pas. Alors, oui, ils voyagent beaucoup, mais comme dans pas mal de métiers. Alors, oui, le milieu du spectacle est dur avec vous quand vous vieillissez, mais comme dans pas mal d’autres métiers. Le film déverse ainsi son bouquet de poncifs et de dialogues banals, sans qu’un de nos sourcils ne s’élève plus que l’autre. Les numéros musicaux ne sont là que pour remplir du vide. Et le gros problème c’est qu’ils ne sont jamais mis en scène. Je ne parle pas des chorégraphies qui sont tellement attendues, je parle plutôt de la manière dont Walter Lang les filme. Très peu de valeurs différentes. Entre le large et le serré, peut-être qu’il n’y avait pas d’autres focales dans la trousse. Mais c’est surtout les plans larges qui sont privilégiés. Là encore, cela s’explique par le nouveau joujou de la Fox : le CinemaScope. Il apparaît très clairement que Lang a eu pour directive de faire entrer un maximum de personnes sur toute la longueur du cadre. Validant ainsi le stupide adage selon lequel plus tu en vois, plus tu en as pour ton argent.

Nous suivons le couple Donahue (joué par Ethel Merman et Dan Dailey), vedettes du music-hall en 1919 et qui vont connaître leurs heures de gloire et 3 enfants qui vont venir agrandir la troupe. Dès le berceau, les petits sont biberonnés à la scène. Le piston marche à fond pour deux d’entre eux, mais le troisième va vouloir se tourner vers Dieu et devenir prêtre. Il s’agit de Johnnie Ray, chanteur important de l’époque, qui n’a quasiment plus rien fait après ce film. La petite histoire rigolote, c’est que les producteurs se sont aperçus un peu trop tard que Johnnie ne savait ni jouer ni danser (c’est vraiment flagrant dans le premier numéro familial). Et c’est pour cela que les scénaristes ont cherché à le faire dégager au plus vite de l’histoire, vu que le film n’est pratiquement composé que de numéros musicaux. Ils durent aussi faire avec l’arrivée de Marilyn Monroe pour l’insérer dans un scénario écrit depuis longtemps et qui ne lui accordait qu’une toute petite place. C’est pour cela que son personnage semble se poser comme un cheveu sur le potage. Et c’est ainsi que le scénario est devenu un immense gloubi-boulga qui passe d’un personnage à l’autre comme dans un soap opera, sans véritable personnage principal et sans gros enjeux dramatiques non plus. Le désarroi qu’il provoque chez le spectateur est le même que celui qui causa la mort du premier scénariste, Lamar Trotti. Son désœuvrement était tel qu’il en mourut deux ans avant que le film ne sorte. Il n’acheva même pas son script. C’était sa manière de faire comprendre aux producteurs qu’il n’y avait pas grand-chose pour faire une bonne histoire dans tout cela. C’était une époque où certains producteurs était tellement irascibles que les scénaristes préféraient mourir que leur dire non.

Marilyn arrivée, les nouveaux scénaristes furent bien embêtés pour l’intégrer dans ce scénario très insipide. L’idée directrice fut d’en faire la compagne d’un des fils de la famille Donahue : Donald O’Connor. Ils ont une relation tout ce qu’il y a de plus conformiste. C’est peut-être pour eux qu’on se passionne le plus, mais que tout cela manque d’extravagances ! Néanmoins, ce que propose Marilyn est une fois de plus intéressant, et pas que pour son jeu. Sa première scène marque sa rencontre avec Donald. Quand ils se recroisent bien plus tard, elle n’est plus la même. Et son jeu est complètement différent.

Très souvent, les rôles de Marilyn se rapprochent de son vécu personnel, à tel point que cela en devient troublant. Ses rôles sont très souvent des copies carbones de ce qu’elle a vécu ou de ce qu’elle a été. Nous savons qu’elle enrichissait ses personnages par beaucoup d’apports personnels (comme la fameuse phrase de GENTLEMEN PREFER BLONDES), mais elle réussissait aussi à convaincre certains scénaristes de retranscrire des épisodes de sa vie. C’est encore le cas sur ce film avec la scène de la robe héliotrope, qui est issue d’une anicroche avec Walter Lang. Mais cela va bien plus loin. Comment expliquer le décalage du personnage entre cette première scène et la suite du film ?

Dans cette première séquence, Marilyn est assez brouillonne. Son jeu passe beaucoup par une envie de démontrer. C’est très plaqué. Tout cela frise la démonstration de force, même si cela s’accorde très bien avec ce personnage qui fait preuve de personnalité, malgré le fait que les autres puissent la considérer comme une jeune femme un peu farfelue et qui n’a pas grand-chose dans la tête. Elle compose quelqu’un qui cherche à réussir dans le domaine du show business bien qu’elle soit surtout appréciée par les spectateurs (masculins) pour son physique. Mais bien plus tard, Donald retrouve une femme qui a réussi et qui est épanouie. Son jeu est beaucoup plus calme car le personnage est plus posé. Elle est bien plus en maîtrise de ses mouvements et même sa voix est totalement différente. C’est la voix de… Marilyn Monroe. Dingue, non ? Parce que ce personnage, c’est elle !!! Elle est devenue sa propre source d’inspiration, ce déroulé narratif éveillant beaucoup de choses qu’elle a vécues. Elle se revoit quelques années en arrière quand elle ne savait pas encore comment se comporter face à la caméra, alors qu’elle savait comment éveiller les sens des hommes (c’est ce qui ressort de son premier numéro chanté et dansé). Elle a toujours eu un regard très critique sur elle, connaissant bien ses qualités et ses défauts. Et dans ce film, nous avons un concentré de l’évolution du personnage Marilyn Monroe. Ce qu’elle était et ce qu’elle est devenue. En tout cas, selon sa propre vision.

Cela donne une idée encore plus précise du travail conséquent qu’elle abattait. Et qui n’était pas suffisamment reconnu à sa juste valeur, car elle a essuyé de sales critiques pour ce rôle. Des critiques odieuses sur son physique.

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS reste une curiosité dans la carrière de Marilyn. Pas plus infâmant que d’autres, mais encore un film de plus qui confirme que les dirigeants de la Fox ne la voyaient que comme une starlette agréable à regarder, mais qui n’avait rien à faire dans un film plus profond. L’ensemble reste bien produit. Même si les qualités du CinémaScope restent inexploitées, la lumière donne un côté luxe qui rattrape pas mal de choses. Ce n’est pas foufou mais le cadeau est soigneusement emballé. Il faut prendre sur soi, comme l’a fait Marilyn en attendant THE SEVEN YEAR ITCH….

MARILYN MONROE DANS THERE'S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS

 

23 juin 2026 2 23 /06 /juin /2026 20:00
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QUESTION DE VITESSE
Quel réalisateur français fut secrétaire de Léon Trotski ?
23 juin 2026 2 23 /06 /juin /2026 19:00

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TUVALU

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CANNONBALL 2026
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N1 = niveau 1 - N2 = niveau 2 - N3 = niveau 3
En rouge ceux qui ont bien répondu hier

 

 

            Image-balai du jour :

 

 

            Bonne chance. Bon jeu.

23 juin 2026 2 23 /06 /juin /2026 00:00

22 juin 2026 1 22 /06 /juin /2026 21:00

 

RIVER OF NO RETURN

Pour Marilyn Monroe, les tournages se suivent et se ressemblent étrangement. Sur celui de RIVER OF NO RETURN, elle va une fois de plus se mettre son réalisateur à dos. Natasha Lytess, sa coach personnelle, va également provoquer l’ire d’Otto Preminger. Elle sera virée, puis finalement réintégrée. Scénario connu. Par esprit de vengeance, Marilyn ira même jusqu’à faire croire qu’elle s’est cassé la jambe pendant une scène ! Grosse grosse ambiance sur le plateau. Mais de tels tournages ne sont pas forcément synonymes de flops au box-office. D’ailleurs le film sera un succès. Modeste, mais un succès quand même. Aux Etats-Unis, le film amassera 3 800 000 dollars. Et en France, il fera 2 524 144 entrées, ce qui le classe au rang 30 pour l’année 1954 (à titre de comparaison, un film avec le même nombre d’entrées se serait classé onzième en 2025). Aujourd’hui, la renommée du film a survécu en grande partie grâce à la présence de Marilyn, et dans une moindre mesure de Robert Mitchum. Il est donc l’heure d’aller vérifier ce qu’il en est véritablement.

Robert Mitchum est un cowboy qui n’a pas de vaches. Il n’a pas de flingue non plus. Il n’a qu’une carabine chez lui, pour se défendre au cas où les Indiens débarqueraient. Robert vit tout seul. Il a construit sa cabane et vit de la terre. Cela ne fait pas une alimentation très équilibrée mais ça nourrit son homme et c’est sans pesticides ! Il fiche la paix à tout le monde et tout le monde lui fiche la paix. Voilà comment vit Robert et comment il entend que la vie se poursuive. Mais il sait que dans ce pays de conquête de l’Ouest, règne la loi du plus fort, et que si tout se passe bien aujourd’hui, il n’en sera peut-être pas de même demain. Robert sait tout cela parce qu’il a déjà eu une vie avant, une vie qui l’a mené droit en prison. Et aujourd’hui, il ne cherche plus qu’à avoir une petite vie bien rangée, loin de l’enfer des autres.

Un jour, Robert se souvient qu’il a un fils qui l’attend à la ville. Il s’en va le chercher pour le ramener, car travailler la terre c’est éreintant et il aurait bien besoin de deux bras en plus. Le petit, c’est Tommy Rettig, que vous avez peut-être déjà croisé dans le fantastique THE 5,000 FINGERS OF DR. T. Tommy a été pris en charge par Marilyn, une chanteuse de saloon qui a la chansonnette facile. La Marilyn a une particularité anatomique : elle lève la jambe dès qu’elle se met à chanter. Alors elle est connue dans le coin, et tout le monde vient la voir. Autre particularité : elle a une autorité naturelle que beaucoup lui envient. Dans ce lieu de perdition, repaire de soiffards, de crasseux et de voyous en tous genres, l’ambiance est virile, ça sent le suricate, ça aboie plus que ça ne parle, mais dès que Marilyn apparaît tout le monde la ferme et plus personne n’ose boire. Il n’y en a même pas un pour tenter de lui mettre la main au panier. Les saloons ne sont plus ce que qu’ils étaient !

Mais aussi grande soit la dame, elle est mariée à Rory Calhoun, une espèce d’escroc de seconde zone qui a plus de considération pour la concession minière qu’il a gagnée au poker, que pour sa femme. Et le pire c’est que Marilyn est la seule à ne pas s’en apercevoir ! Mais pour que la concession lui appartienne, il faut aller déposer la demande à Council City au plus vite. Et comme Rory est un petit fûté, il s’est dit que le meilleur moyen d’y arriver, c’est de descendre la rivière en radeau. Après tout, il n’y a que des rapides et des Indiens ! Et heureusement que le film n’a pas été tourné en 2026, car je suis sûr qu’il y aurait aussi eu des requins !

Le couple n’attend pas l’avis de la commission de sécurité et embarque fissa sur son radeau Quechua. Du coup, ils sont rapidement mis à mal, et dès les premiers remous, ils se lamentent de ne pas avoir investi dans de la qualité. Mais par chance, la rivière passe juste devant la cabane de Robert qui était en train d’apprendre à tirer à son fils. L’Ouest, le vrai. Donc, Robert ne se sent plus et aide les tourtereaux qui sont en bien mauvaise posture. Comme Robert a plutôt des bonnes manières, il n’ose pas leur dire qu’ils s’y prennent comme des manches, qu'un radeau ça ne se conduit pas comme ça, et qu'il faut être stupide pour prendre la rivière sans avoir pris une seule leçon ! Au lieu de ça, il les invite à manger des asperges bio. Cela devrait leur faire plaisir parce que d’habitude on ne mange que des haricots dans l’Ouest, le vrai. Mais non. Ils n’ont pas l’air de se rendre compte quel type de maraîcher est Robert. Alors Rory s’empare de la carabine de Robert et l’oblige à lui donner son cheval. Il a compris qu’entre un radeau et un équidé, il n’y a pas photo. Certes, le radeau sur l’eau plate c’est vachement agréable, mais niveau saut d’obstacle c’est zéro. Rory s’en va avec le cheval, mais juste avant cela il assomme Robert, pour bien lui montrer à quel point il est cruel. Marilyn, elle, préfère rester avec Robert et l’enfant. Peut-être qu’elle se dit qu’un homme de cet âge tout seul dans une cabane isolée avec un gamin de 12 ans, c’est louche. Ou peut-être qu’elle se dit qu’elle reprendrait bien un peu d’asperges bio. Nous ne le saurons pas. Elle n’a pas le temps de se resservir que les Indiens attaquent. Robert se relève péniblement. Sans carabine et sans cheval, ils n’ont plus qu’une solution : fuir comme des lâches sur le radeau…

RIVER OF NO RETURN fait partie de ces westerns qui n’hésitent pas à faire un pas de côté pour s’affranchir des règles et des contraintes du genre. C’est un western parce qu’il se déroule au temps des lieux de perdition, des filles de joie et des durs à cuire qui mordent la poussière, mais il n’est pas traité en tant que tel. Ici, pas de grande chevauchée, pas de diligence encerclée, pas d’affrontements cowboys/indiens, pas de duel en plein cagnard, pas de shérif, pas de cavalerie et pas de légende de l’Ouest. Et nous finirons sur une morale toute autre que celle du sempiternel affrontement du bien contre le mal. Et pourtant, Preminger pose les bases du western classique dès le départ : la recherche de l’or, une ville où plus aucune loi ne semble avoir cours, le problème Indien cité à deux reprises dès le premier quart d’heure, un lonesome cowboy qui n’est pas cowboy (et lonesome plus pour très longtemps), le saloon comme repaire de malfaisant (ils n’enlèvent même pas leur chapeau, c’est vous dire !) etc. Bref, voici quelques ingrédients pour ceux qui sont venus pour le folklore local, après quoi Preminger va profiter du cadre pittoresque pour nous convier à quelque chose qui relève plus du film d’aventures que du western. Oui, les Indiens attaquent. Mais nous ne saurons jamais pourquoi. Probablement pour récupérer leurs terres. Mais chaque attaque manque de faire sentir le danger, ce qui a pour effet d’escamoter les morceaux de bravoure. C’est flagrant lors de la première attaque, quand le trio embarque sur le radeau. Les Indiens décochent quelques flèches qui parviennent difficilement à leurs cibles. Conjointement, la partition musicale fait office d’un rythme emballé avec force cuivres et percussions. Elle semble accompagner un combat acharné et haletant, en complet décalage avec ce que montrent les images ! La seconde fait un peu plus illusion car deux Indiens arrivent à nager jusqu’au radeau, mais sont rapidement éjectés par Robert. Dans les deux cas, la fuite est un refus de l’affrontement et le fait que les Indiens ne soient pas plus coriaces supprime tout effet sensationnel. Comme un acteur peut le faire, la musique surjoue. A mon sens, ce sont les producteurs qui ont très probablement essayé de compenser ce qu’ils pouvaient, après avoir vu le chemin que prenait le film.

La mise en scène semble être en refus constant d’action, dans tout ce qu’elle présuppose de spectaculaire. Pour deux raisons. D’abord parce que Preminger ne parvient pas à s’affranchir des contraintes techniques, et ensuite parce que, ce faisant, il espère serrer au plus près la conduite du personnage de Robert Mitchum.

Pour ce qui est des contraintes techniques, il faut bien avouer que c’est le point le plus faible du film, celui qui abaisse considérablement son standing. Ce qui aurait dû être des morceaux d’anthologie d’héroïsme et d’intrépidité (je veux parler du radeau affrontant les dangers de la rivière) ne sont que des séquences déplorables où les moyens mis en œuvre ne cherchent qu’à masquer le caractère factice de la mise en scène. Les scènes pendant lesquelles notre trio est aux prises avec l’effervescence de la rivière, ont toutes été filmées en studio. L’illusion voudrait nous faire passer la pilule avec une transparence d’arrière-plan où la rivière s’agite, et au premier plan nos comédiens sur qui l’équipe technique balance des trombes d’eau. Mais jamais nous ne voyons que le radeau est posé sur de l’eau (et pour cause !). Le dispositif ne fait preuve d’aucune ingéniosité et n’est juste qu’un vulgaire trucage. Ce n’est pas le principe même de la transparence qui est à remettre en cause, car il peut tout à fait fonctionner quand il est bien exécuté. Mais cela devient plus complexe quand il y a du mouvement, et surtout quand on veut donner une impression de vitesse. Et c’est bien ce qui manque dans ces séquences. Le danger doit venir de la vitesse et des soubresauts que subit le radeau, pas de l’eau qui est projetée ! Pour cela, on peut s’appuyer sur le dispositif, mais il faut aussi pouvoir jouer avec les différents axes. Et là encore, Preminger est incapable de générer le moindre dynamisme car il ne joue que sur deux axes. Qui plus est les plus foireux. D’abord ce plan d’ensemble très statique du radeau. Et puis un plan large où on voit toute la rivière, et le radeau qui glisse lentement. Nos trois larrons ne sont que de toutes petites silhouettes posées dessus, justement pour ne pas reconnaître leur doublure ! C’est comme si, lors d’une poursuite en voiture, le réalisateur ne faisait usage que de deux plans : la route filmée de très loin avec un petit point qui avance dessus (c’est la voiture), et un plan du conducteur, de face, les mains sur le volant qu’il tourne de temps à autre. Oui, c’est tout à fait cela : une descente en radeau, ça doit se filmer contre une poursuite en voiture ! Rajoutez à cela que les alternances entre séquences filmées en décor naturel et séquences filmées en studio, sont catastrophiques. Les différences de lumière sont flagrantes et toutes identifiables. Certaines séquences se passent même devant un drapé peint dont les traces sur ce drapé sont visibles à l’œil nu (c’est la séquence pendant laquelle les Indiens lancent des cailloux sur le radeau) !!!

Une autre scène d’action très amusante et épouvantable : celle du combat avec le puma. Lorsque l’animal saute sur Robert Mitchum, il ne s’agit que d’un sale détourage et l’instant d’après Mitchum se bat avec une peluche ! C’est profondément choupinet et, ajouté à ce dont nous venons de parler, cela contribue à donner un côté très amateur qui annihile toutes les dispositions prises jusque-là pour donner une belle facture au film. Il est juste de rétorquer que Preminger est beaucoup plus à l’aise avec tout ce qui relève des rapports humains, voire de la psychologie, mais il y a des figures imposées auxquelles on ne peut pourtant pas se soustraire. Et à la même époque, certains savaient comment relever le défi technique de leurs films, que ce soit DeMille, Hitchcock ou même Mankiewicz pour rester dans la veine psychologique.

La seconde raison, comme nous le disions plus haut, est d’épouser la manière de se comporter de Robert Mitchum. A y regarder de plus près, cette volonté de fuir l’action n’est pas véritablement un refus de l’action. C’est ce que nous dit la scène où Robert Mitchum retrouve Tommy Rettig, ce dernier étant en train de se faire embêter par quelque pistolero. A première vue, cette scène peut interroger. On pourrait tout à fait se demander ce que vient faire ici ce rustre qui tire gratuitement sur les baquets d’eau transportés par Tommy. Pourquoi Robert ne retrouverait pas son fils de manière plus simple ? En fait, cette scène est particulièrement bien amenée d’un point de vue scénaristique. Elle permet de fixer certaines composantes du personnage sans les énoncer verbalement. Nous apprenons ainsi que Robert ne porte pas de révolver à la ceinture. Peut-être pour éviter les embrouilles et peut-être aussi parce qu’il sait se débrouiller sans. C’est ce que va démontrer la suite de la scène quand il va régler son compte au pistolero sensible de la détente. Voilà donc le personnage posé : un homme qui fuit l’affrontement, mais qui ne le refuse pas s’il faut se défendre ou rétablir une injustice. Eh bien c’est ici que Preminger pose les bases de ce qui va lui servir de point de vue. Je veux dire par-là qu’il entend se servir de celui de Robert Mitchum. Et c’est pour cela que sa mise en scène essaie de tourner le dos au monde que Robert fuit : celui de l’Ouest, le vrai. Joli geste inattendu pour un western !

Alors, si Otto Preminger ne joue qu’à minima avec les règles du genre, que reste-t-il dans tout cela ? Eh bien, les rapports humains comme une allégorie du destin. Un peu de psychologie, certes, mais pas tant que cela. Robert, l’homme seul, se retrouve avec une femme et un enfant. Précédemment, chacun a eu une vie. Une vie qui les poursuit encore. Chacun essaie de tirer un trait à sa manière sur ses propres casseroles, mais sur cette rivière qui file comme la vie, il faut pourtant apprendre à faire avec et trouver sa propre complémentarité. La métaphore paraît évidente, parfois un peu lourde, et sonne comme une leçon plus qu’une morale.

Pour développer tout cela, Preminger essaie surtout de faire cohabiter nos trois amis un maximum dans son cadre. Pas forcément tous en même temps. Là encore, il ne va pas s’appuyer ou ne va pas arriver à s’appuyer sur la technique car nous sommes en CinémaScope. La Fox essaie de faire tout ce qu’elle peut pour s’appuyer le plus possible sur ce concept marketing. Mais Preminger ne l'utilise que pour rendre compte des paysages somptueux. Il ne joue ni avec les lignes de fuite ni avec les différences de focales. Comme ce sont surtout les relations entre les êtres qui l’intéresse, il arrive à composer des plans intéressants au début, car ce sont des scènes de foule, mais quand les personnages ne sont plus qu’au nombre de deux ou trois, l’écran paraît parfois un peu déséquilibré. Et c’est tout ce qui fait le caractère bancal du film, entre des exigences d’un genre codifié, des exigences commerciales de producteurs, des exigences de comédiens parfois contradictoires et des exigences d’un réalisateur qui ne correspondent pas forcément à celles des spectateurs.

En conséquence de tout cela, la direction d’acteurs va être la préoccupation première d’Otto Preminger. Ce qui donne de très belles choses. Force et de constater que Mitchum est très effacé, tout en sobriété et avec une solidité et une droiture intérieures qui se transforment en autorité lorsque le besoin se fait sentir. C’est un rôle qui n’est pas démonstratif (donc peu payant) et qui préfigure le mythe de l’anti-héros. Tommy Rettig est plutôt très bon, lui aussi. Il émane de lui quelque chose de très professionnel (qui donne à son personnage un côté adulte avant l’âge) sans en faire un petit chien savant.

En revanche, c’est la première fois que je dis ça, mais je n’ai pas trouvé Marilyn bien du tout. J’avoue que je n’arrive pas à bien cerner ce qu’elle a voulu faire avec ce rôle. J’ai l’impression qu’elle cherche à exister face à Robert Mitchum. Ce qui me paraît aberrant car elle n’a jamais travaillé dans ce sens-là. Comme si le rôle était si fade (ce qu’il est vraiment) qu’elle cherchait à attirer l’attention, ou à prouver qu’elle sait faire des choses. Du coup, elle joue avant tout des humeurs. Alors qu’auparavant elle s’est toujours appuyée sur les personnages. Son jeu est forcé, presque outré, plein de tics de visage, de surjeu dans ses expressions faciales. Rien n’est souple dans ce qu’elle propose. Même son naturel (qui était sa grande force car totalement unique) semble avoir disparu. Alors que Robert Mitchum a pris son personnage dans la plus grande décontraction, le jeu de Marilyn relève de quelque chose de plus théâtral, de trop sophistiqué pour pouvoir rivaliser avec son partenaire. J’excepterais tous ses numéros chantés. Ceux en mode saloon s’accommodent très bien avec cette forme de second degré qu’elle avait déjà mise en place dans GENTLEMEN PREFER BLONDES. Les autres ne fonctionnent pas sur le même postulat, et elle arrive pourtant à trouver une sincérité et une profondeur qui font naître une belle émotion. Même si ces numéros semblent posés comme le loup blanc sur une botte de foin, elle reste captivante, mais tellement anachronique par rapport à ce qu’elle propose dans le jeu ! La théorie qui me semble la plus convaincante est qu’elle souhaitait faire sortir son personnage du rôle de faire-valoir ou de simple caution sexy. Je pense que ce serait une erreur de voir là une vision féministe qui cherchait à s’élever contre la relégation des femmes dans l’Ouest, le vrai. Je pense que Marilyn envisageait plutôt les choses sous l’angle de la profondeur des personnages, de leur richesse, de leur personnalité complexe et des ambiguïtés qu’ils pouvaient générer. Autant de facettes qui pouvaient exister chez des femmes quand bien même étaient-elles soumises et dominées par une société patriarcale. Mais il me semble que la voie qu’elle a choisi d’explorer n’était clairement pas la bonne. Car si une ligne directrice semble se dégager de son personnage, une fois le film terminé il est difficile de saisir toutes ces nuances qu’elle aurait tentée d’intégrer, et le constat est tel que nous ne savons finalement pas très bien qui est cette Kay Weston.

MARILYN MONROE DANS RIVER OF NO RETURN

 

22 juin 2026 1 22 /06 /juin /2026 19:00
 
 
 
 
 
 

(Sur le tournage de RIVER OF NO RETURN)

 
 
 
 
 
 

(Sur le tournage de SOME LIKE IT HOT)

 
 
 

(Essais de costumes et de maquillages pour SOMETHING'S GOT TO GIVE)

 

(Le 10 décembre 1950, Marilyn Monroe passe des essais pour un film qui ne verra finalement jamais le jour : COLD SHOULDER)

 
 

(Le 29 mars 1951 se tient la vingt-troisième cérémonie des oscars, présidée par Fred Astaire. Marilyn Monroe y remet l'oscar du meilleur mixage sonore à Thomas T. Moulton pour ALL ABOUT EVE)

 
 

(19 mai 1962. Gala d'anniversaire des 45 ans de John Fitzgerald Kennedy au Madison Square Garden. Peter Lawford est le maître de cérémonie. Il annonce plusieurs fois Marilyn, mais la scène reste vide. Sa robe signée Jean-Louis Berthault, lui avait été cousue sur son corps nu. Elle était tellement serrée qu'elle finit par céder. Elle dut repartir en loge la faire recoudre, ce qui occasionna un retard de 40 minutes. C'est pour cela que Lawford l’accueille avec un : « The late Marilyn Monroe », qui peut aussi se comprendre par : « Feu Marilyn Monroe »)

 
 
 
22 juin 2026 1 22 /06 /juin /2026 12:00
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