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15 août 2005 1 15 /08 /août /2005 00:00

BULLITT            Il existe une certaine catégorie de réalisateurs avec qui nous avons grandi et qui ont acquis une place exclusivement sentimentale au sein de nos filmographies personnelles. Quel adolescent des années 80 ne rêvait de s’identifier aux personnages de John Hughes ? Il y aurait beaucoup à dire sur ce dernier dont le chef-d’œuvre THE BREAKFAST CLUB a rigoureusement changé l’image que les ados pouvaient avoir d’eux, en étant le premier à oser aborder de front le problème du mal être par l’exposition de leur ressenti et de leurs angoisses profondes. L’apport de John Hughes au cinéma contemporain est encore sous-estimé et d’une profondeur plus noire qu’il n’y paraît. Kevin Smith en est son digne représentant. Son avènement date étrangement de la période où John Hughes cessa de réaliser des films pour se consacrer à la production et à l’écriture de scénarii insipides pour des films débiles et abrutissants. Même si les sujets abordés par Kevin Smith diffèrent assez sensiblement, la forme et le fond ont en commun une recherche de public qui s’approprie le film par une identification facilitée par la justesse des rapports humains. L’évolution de la censure (dans les mœurs, non pas dans le cinéma américain !) a permis l’éclosion cinématographique du style de Smith. De la même manière que les films de John Hughes n’étaient censés être destinés qu’aux jeunes adolescents décervelés, ceux de Kevin Smith ne doivent s’adresser qu’à de jeunes adultes restés au stade prépubère, pour qui tout n’est qu’allusion sexuelle ou blague scatologique. Snoogans ! On peut s’indigner de cette hérésie médiatique en visionnant le très drôle AN EVENING WITH KEVIN SMITH où celui-ci répond durant plus de 3 heures 30 à diverses questions qui révèlent toute l’originalité et l’importance de son propos.

BULLITTDans un autre genre, John Carpenter a aussi laissé son empreinte sur mon adolescence par ses films de série B qui fonctionnaient comme des visions fantasmées de nos cauchemars contemporains. THEY LIVE est un petit bijou de subversion anarchiste qu’il faut absolument voir une fois dans sa vie avant d’être adulte. ASSAULT ON PRECINCT 13 est sûrement le premier de ses films que j’ai vu et son ambiance unique, sa réalisation très seventies et son propos hautement insurrectionnel ont produit chez moi un écho émotionnel qui s’est propagé sur la plupart de ses films. On ne peut pas effacer les images gravées sur nos cœurs. Et le remake de ce film par l’un des plus grands imposteurs de notre cinéma hexagonal n’avait rien d’alléchant et tout d’agréablement repoussant. J’aurais dû écouter ma première impression. Tous les personnages sont stéréotypés. Aucune harmonie, tout en force et jamais d’histoire. Jean-François Richet (je ne devrais pas citer son nom, tant pis) se contente de faire ce que lui a commandé le grand studio hollywoodien et puis c’est tout. Heureusement, c’était le mieux à faire que d’imposer des directives à un homme qui n’a aucune idée. C’est faible, pitoyable et rien du film de Carpenter n’est respecté. De la bouillie indigente a peine servie par des comédiens désolés de n’être pas dirigés de manière plus intelligente. N’allons pas plus loin. Ca, c’est fait. Comme dirait Terry Kevin.

            Rien de mieux qu’un bon polar pour se remettre de ces émotions crispantes. Je décide de revoir BULLITT. Bien m’en prit ! Le film est toujours impeccable avec son Technicolor magique. Steve McQueen est une vraie star et cinégéniquement parfait. Un très beau film, monté avec une précision redoutable (je crois qu’il a eu l’oscar d’ailleurs, tu peux vérifier Jean-François Richet, puisque tu n’as rien à faire ?...) puisqu’il ne s’embarrasse pas de descriptions inutiles et file à l’essentiel. Une atmosphère. Une grosse atmosphère. Une atmosphère d’auteur. Ce qui est rare d’ailleurs chez Peter Yates. Disons que cela est rare actuellement car BULLITT est le premier film de sa période américaine et ses premiers films seront effectivement des films d’auteur avec une exigence « grand public » qui finira malheureusement par le rallier entièrement à sa cause. Pourquoi ? Voilà une question qu’il serait judicieux de se poser, au lieu de se demander si les époux Villemin ont apprécié le film C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS...

            Fait une chose qu’il m’arrive très rarement de faire : arrêté un film en cours de route. BAKHA SATANG de Lee Chang-Dong est ennuyeux et passablement hautain. Beaucoup moins malhonnête que ASSAULT ON PRECINCT 13, mais son histoire n’arrive pas à prendre son envol et meurt lentement avant d’être parvenu à sa fin. Ma patience avait été trop éprouvée par le film de Richet.

           BULLITT Et puis Arte diffuse encore des films d’auteur asiatiques en noir et blanc et en version originale en prime time. Cela mérite d’être dit et redit. C’est ainsi que jeudi dernier, nous a été resservi KUROI AME du vétéran Shohei Imamura. Une musique bien triste pour un film qui aborde la reconstruction après les bombes atomiques que l’Amérique a expérimentées sur le Japon. Mais une explosion d’optimisme particulièrement forte, grâce à ce réalisateur qui nous montre dès le début le souffle dévastateur de l’Eclair, au cours d’une séquence particulièrement traumatisante. Le reste du film l’est tout autant. C’est une fois de plus chaque population qui se confronte à son passé afin d’en exorciser les blessures. Et il est très intéressant de noter l’humilité qui se dégage de la réalisation : jamais les américains ne sont diabolisés. Une vraie déclaration d’amour comme le sont les films d'Imamura. Rappelez-vous AKAI HASHI NO SHITA NO NURUI MIZU où ce vieillard de 75 ans jouissait de la vie avec une sérénité confondante. Découvrir le plaisir de se faire éclabousser par de l’eau tiède…

            Le même soir sur France 3 : LES BONNES CAUSES de Christian-Jaque. Ca va pas de passer des soirées devant la télé ? J’ai un cousin qu’a fait ça en 89, il a chopé une méningite ! Un film étonnant, à découvrir. Avec Bourvil et Pierre Brasseur au meilleur de leur forme, et la sublime Marina Vlady, une rose dont la beauté des pétales fait ignorer les épines. Elle a été l’une des actrices les plus séduisantes et singulières de l’époque Bardot, ce qui l’éclipsa injustement. LES BONNES CAUSES lui offre le genre de rôle dans lequel elle excite toute notre attention, tout comme elle capte les regards dans son rôle le plus voluptueux : TOI, LE VENIN.

            ALONG CAME POLLY de John Hamburg est encore un film lourdaud, vulgaire et scatologique. Ben Stiller n’y va pas avec le dos de la main morte et s’autorise ce qu’il veut puisque le réalisateur est un très bon ami. Jennifer Aniston était plus intéressante dans THE GOOD GIRL, mais du moment qu’elle ne nous refait pas du « Friends », ça passe. Le seul rôle intéressant est celui de Philip Seymour Hoffman (l’un des plus grands comédiens américains actuels), irrésistible en star ringarde persuadée du talent qui l’habite et qu’il tente de faire éclore au sein d’une mâle assurance vouée à l’échec. C’est le seul intérêt du film. Nous noterons au passage le rôle du père de Ben Stiller, véritable pendant du personnage de Silent Bob, ce qui vient corroborer l'héritage de Kevin Smith dont nous parlions au début de cet article.

BULLITT            Cela ne m’a pas autant énervé que le film du piètre Richet, mais j’éprouvais quand même le besoin de revenir à un classique. Quoi de mieux qu’un bon polar pour se remettre de ces émotions crispantes ? Je reprends cette phrase parce que, allez savoir pourquoi, mais je suis revenu à BULLITT. Je trouvais ça pas mal de reprendre les mêmes mots. Vous comprenez ? Mais si ! Puisque j’ai revu le même film, je reprends les mêmes mots… Non ? Bon, c’est pas grave. De tout façon, comme dirait Terry Kevin…

Bien m’en prit ! Je m’attendais à revoir exactement le même film, mais il n’en fut rien. BULLITT n’est absolument pas un film qui se cantonne à la spectaculaire course de voitures en plein San Francisco, que tout le monde connaît. C’est cela, oui, mais c’est aussi beaucoup plus. L’histoire policière n’est qu’un vague prétexte. Evidemment, l’affiche prétend « qu’il y a de bons flics, qu’il y a de mauvais flics, et puis il y a Bullitt ». Le manichéisme américain est ici clairement affiché, mais pour mieux être exploité. La ligne de séparation n’est pas aussi nette. C’est toute la question qui est au centre du personnage incarné par Steve McQueen. Bullitt est un flic intègre, une sorte d’apologie du rôle du policier dans nos sociétés. De la propagande à peine déguisée de la police en tant qu’entité du respect de la loi et de l’ordre public. Mais là où le scénario et la mise en scène sont brillants c’est lorsqu’ils laissent une énorme place au quotidien du personnage et à la description de sa vie personnelle. Etroitement liée à sa vie professionnelle car son métier est un poids dont il n’arrive pas à s’affranchir. L’idée est que la moindre concession est un allègement conséquent de ce fardeau, mais un obstacle de plus au regard qu’il peut poser sur le miroir de sa salle de bains. Quel mélange de désappointement et de satisfaction lors de cette dernière scène où il rentre chez lui, qu’il ferme la porte de sa chambre où dort paisiblement Jacqueline Bisset, tel le respectueux gardien de l’ordre établi qu’il est, et qu’il se regarde ensuite dans ce miroir qui lui renvoie cette image implacable d’un homme qui a fièrement accompli son travail mais qui a amèrement abattu un homme ! BULLITTLa dernière image du film nous donne la clé sur une des questions qui hantent Bullitt : vaut-il beaucoup mieux que ces gangsters qui travaillent avec les mêmes accessoires ? Comment supporter l’affront de ce regard si ce n’est d’avoir sa conscience tranquille ? Et quelle difficulté dans le prix à payer entre un supérieur qui ne peut que difficilement couvrir son homme et un politicien aux relents déshumanisants voire racistes ! C’est ce qui est largement esquissé avec le Dr. Willard, renvoyé implicitement parce qu’il est noir. Cela donnera lieu à une très courte scène où l’on retrouvera ce dernier ainsi que Steve McQueen dans un silence et une compréhension mutuels chargés d’une déception bien douloureuse.

Chez Bullitt, toute la dualité se joue sur une acceptation. L’acceptation du monde dans lequel il travaille. Celui dans lequel il se renferme faute de pouvoir en accepter la cruauté et les divers compromis dont on le harcèle. Cet enfermement, c’est ce que lui reproche légitimement Jacqueline Bisset dans une scène au milieu d’un champ, délicieusement cadrée et plus qu’émouvante. Voici le seul élément où ce lieutenant de police peut se réfugier et trouver un réconfort chaleureux : les bras de Jacqueline Bisset. A ce titre, il faut s’arrêter sur leur baiser qui intervient au bout de 20 minutes de film et qui est l’un des plus tendres jamais filmés.

C’est un baiser entêtant qui n’a rien de conventionnel, comparativement aux baisers cinématographiques de l’époque. Ce baiser a donc une histoire intrinsèque qu’il convient d’élucider. Si l’on s’attache bien à la scène, elle est filmée avec très peu de lumière, si bien que l’on arrive mal à cerner les personnages. C’est une scène de lit, ce qui amène déjà un caractère très intime, voire confidentiel. C’est Jacqueline Bisset qui est le personnage actif de la scène. BULLITTSteve McQueen est allongé sur le dos et ne répond à ses questions que de manière laconique. Lui, est rongé par une affaire dont il ne comprend par les aboutissants et qui ajoute aux doutes qui ont déjà commencé à l’assaillir, et elle, cherche à ouvrir la conversation sur ses attitudes qu’elle n’arrive plus à cerner et qui l’éloignent d’elle. Il parvient à détourner le sujet par ce délicat baiser qui vient doucement lui effleurer les lèvres en permission interrogative, puis qui en vient tendrement à lui communiquer tout l’amour qu’il a pour elle par une série de petits baisers qui sont de véritables caresses sur ses lèvres. Le baiser se termine lorsqu’elle bascule sur lui et que leurs lèvres s’approfondissent. C’est ici la véritable clé du film. En effet, Steve McQueen clôt précédemment la conversation par un acte physique qui le rend maître de la situation, mais dès lors que Jacqueline Bisset se retrouve sur lui, elle lui évoque par la même occasion qu’elle n’est pas satisfaite de ses non-réponses et qu’elle a déjà commencé à s’interroger sur le cloisonnement intérieur de celui qui commence à lui faire l’amour. Cela plonge la situation dans quelque chose d’encore plus profond. Dans sa lutte et son affrontement à la crise qui le traverse, cela montre la domination qui s’exerce sur Bullitt et l’impossible aide qu’il ne peut recevoir. C’est ce qui en fait un personnage meurtri par les questions auxquelles il n’a pas encore trouvé de réponses. Ce baiser et la tendresse qu’il recherche au travers des lèvres de Jacqueline Bisset en font un homme vulnérable, bien plus complexe que le manichéisme dont nous parlions tout à l’heure. A peine cadré, jamais un tel baiser n’aura pu rendre si palpable la texture des lèvres de Jacqueline Bisset et la douceur de sa peau. Sa puissance charnelle est BULLITTd'un érotisme unique. Il facilite l’imagination quand à la relation affective qui les unit. Mais l’amour physique est sans issue, comme dirait l’autre. Non, je ne crois pas que c’est Terry Kevin. Ce qui conduit inévitablement à la scène de conflit dont nous avons parlé plus haut.

BULLITT est donc un film sur un homme et ses démons qui l’habitent (plus que sur une singulière histoire policière) qui prend le temps de décrire des situations quotidiennes sans aucune incidence sur l’action, parfois sans aucun mot, et qui permettent de définir un personnage par ses actions. Qui arriverait encore à développer ses personnages de cette manière ? Dans le cinéma d’auteur, cela existe encore. Parfois. Mais à l’époque BULLITT fut un gros succès commercial ! Il a rapporté cinq fois ce qu’il a coûté. Je serais curieux de savoir ce qu’en dit Terry Kevin…

9 août 2005 2 09 /08 /août /2005 00:00

            Patrick Bouchitey est un pervers. L’un des plus grands pervers assumés du cinéma. Au contraire de Lars Von Trier qui renvoie sa propre perversité sur l’humanité entière, faute de ne pouvoir l’exploiter.

Outre le grand acteur que nous connaissons, c’est aussi un réalisateur atypique qui nous avait envoyé en pleine face son précédent film : LUNE FROIDE. Une odyssée drôle et noire, bordée de nécrophilie. Un véritable plaisir d’audace et d’inventivité qui couronnait la folie artistique du cinéaste inclassable. Autant dire que nous attendions avec impatience le nouvel opus annoncé de cet homme qui évolue à contre-courant des modes et des préceptes. Cette fois-ci il met une fois de plus en image son côté pervers en s’attachant moins à la perversion qu’à la perversité. Un scénario machiavélique vient illustrer ces élucubrations fantasmées, qui nous replongent dans la même jouissance que nous avions eu à suivre les pérégrinations des acteurs de LUNE FROIDE.

IMPOSTUREIMPOSTURE nous entraîne aux côtés d’un professeur de littérature qui capture une de ses élèves dont il s’est approprié le roman. Le tournant d’une vie. Faire ce que chacun aimerait ou aurait aimé faire dans sa vie par le biais d’une imposture démoniaque. Se réapproprier son image (l’image qu’on a de soi et que l’on aimerait que les autres aient) et relancer socialement son existence. Construire son destin, réaliser ses rêves. Du romantisme. C’est cela. Bouchitey est un grand romantique. C’est d’ailleurs ce romantisme ambigu qui va naître de la relation qu’entretiennent alors le maître et l’esclave. Un romantisme qui se concrétisera par un acte sexuel psychologique, qui sera le véritable tournant du film. Portées par le vent, les graines blanches et duveteuses de pissenlit sur lesquelles Laetitia Chardonnet souffle symbolisent nettement la communion émotionnelle. De la même manière certains symboles sont un peu trop soulignés pour être honnêtes. Citons pour exemples, les oiseaux enfermés dans la cage et la « naissance » de Laetitia Chardonnet par la fenêtre du sous-sol. Cela alourdit un peu la mise en scène et rend démonstrative une histoire qui n’a pas besoin de se nourrir de ces traits appuyés.

Le respect que Bouchitey porte à ses personnages est une véritable ode à la perversité. La prise de conscience et la concrétisation de cet aspect sont un réquisitoire très violent contre les refoulements qu’exigent nos sociétés cloisonnées en matière d’acceptation de soi et, par là, de notre propre perversité. La concrétisation n’étant qu’une vision fictionnelle de cette appropriation.

La véritable question scénaristique qui nous percute dès le départ est : « Pourquoi est-ce qu'il ne la tue pas dès l’enlèvement ? » Ce qui aurait été plus crédible. Mais je crois qu’il faut rattacher cela au romantisme du personnage, dont nous avons déjà parlé plus haut, qui permet une compréhension de l’histoire plus sentimentale que réfléchie. C’est sur le même registre que l’on doit comparer le finale de l’histoire et le retournement de situation qui s’opère (puisque le refoulement sera social et non personnel) et c’est aussi ce qui explique que Laetitia Chardonnet n’essaie pas de lui échapper lorsqu’ils croisent deux hommes pour la première fois.

Signalons que la véritable clé du film réside dans une citation d’Honoré de Balzac dont les vrais mots sont : « Le malheur est un marche-pied pour le génie, une piscine pour le chrétien, un trésor pour l’homme habile, pour les faibles un abîme. »

            Sam Raimi est aussi un pervers. Il aime bien grimer outrancièrement ses personnages. La série des EVIL DEAD est un véritable petit musée des horreurs à elle toute seule. Voici sûrement l’une des rares trilogies où les suites s’améliorent à chaque fois.

THE EVIL DEADTHE EVIL DEAD est un petit film fait avec des bouts de ficelle qui ne se voient pas et qui a le charme de ces films faits entre potes, qui manquent de finition dans le détail mais qui sont bourrés d’une énergie fabuleusement créative. Le premier long métrage de Sam Raimi parle de viol. De l’idée du viol. Sexuellement, bien sûr, comment celui de Cheryl, qui subit le premier viol végétal cinématographique à ma connaissance. Ce qui constitue la plus belle scène du film, la plus réussie, la plus osée, la plus effrayante et la plus efficace du point de vue des effets spéciaux.

Alors, c’est vrai que les démons sont maquillés à la gouache, mais qu’importe ! Le film est parfaitement excessif sur bien des points alors pourquoi pas le maquillage… De toute façon, c’est ce qu’on veut voir : des monstres bien laids, du gore et du viol.

Sexuellement donc, disais-je précédemment (c’est la foire aux adverbes, aujourd’hui ?), mais aussi psychologiquement. Sam Raimi traite de l’idée qu’une entité s’approprie votre corps, votre esprit, en cohabitation périlleuse. La schizophrénie devient alors l’un des sujets qui découle de ces postulats. C’est notamment ce que nous verrons dans EVIL DEAD II lorsque Bruce Campbell aura à faire à son autre Moi devant le miroir, mais aussi dans le numéro 3 lorsqu'un sosie s'imiscera de l'épaule de Ash ou encore quand des minis Ash se matérialiseront et commenceront à le torturer. Sam Raimi pose la question de savoir dans quelle mesure nous sommes maîtres de nos actions et de nos pensées à chaque fois que nous pensons agir et réfléchir en accord avec nous-mêmes.

Je ne vais pas m’éterniser sur EVIL DEAD II qui est sensiblement un remake bourgeois du premier opus, mais notons que plusieurs modifications notables ont été apportées à l’histoire. Bruce Campbell se rend maintenant dans la maison possédée, uniquement avec sa copine et plus avec ses amis. Ce qui nous évite de croire dès le départ que nous aurons des dialogues tels que - Oh, les amis, c'est vraiment pas de chance que le van soit tomber en panne ! ou encore - Allons voir dans cette maison abandonnée s'il y a un vieillard hirsute qui nous attend avec une hache. A part ça, le viol en plein nature a bien lieu (enfin un réalisateur qui a du goût !), et même si nous pensions qu’il aurait été difficile d’améliorer cette scène, Sam Raimi semble aimer la difficulté et celle-ci le lui rend bien.

Cette deuxième version est nettement préférable grâce à sa photo plus éclatante et un son moins écrasé. Les moyens dont disposait Raimi lui ont aussi permis de peaufiner ses effets spéciaux et de réfléchir à des aventures bien plus perverses pour Bruce Campbell et son amie. C’est absolument délicieux ! Le troisième chapitre l’est encore plus. L’humour est poussé à son comble. Et Bruce Campbell, ici possédé par l’entité, apprend à réagir seul face aux obstacles qu'il doit affronter, ce qui n’amène pas forcément la réaction appropriée de sa part. Mais c’est un peu ça la vie, non ? Ash se retrouve en 1300 mais le véritable challenge est qu’il doit se comporter comme dans sa vie réelle. Agir en fonction de son potentiel. C’est la dure découverte de ce qui l’anime vraiment en dualité avec ce qu’il veut laisser transparaître. Educatif.

ARMY OF DARKNESS est bien plus maîtrisé et plus incisif. On ne s’ennuie pas un seul instant et que c’est drôle et pervers !!! Sam Raimi faisait déjà preuve d’un univers et d’un talent de cinéaste bien affirmés. La trilogie se boucle enfin après toutes les interrogations perverses de Sam Raimi et la perversité absolue de la version director’s cut est de laisser son personnage dans un désarroi et une angoisse suprême, le laissant tel un oublié du cours du temps. Fatal.

Terminons en n’oubliant pas de souligner les trois prestations absolument éblouissantes de Bruce Campbell, dont l’univers de Sam Raimi et le caractère complètement disjoncté de la trilogie ne pouvaient que magnifier l’interprétation. Un acteur que l’on rêve de voir et revoir mais qui ne trouve malheureusement pas assez de rôles à sa mesure. Perversité de l’univers hollywoodien impitoyable.

            Jacques Becker est un pervers trop souvent oublié. LE TROULa perversité dans laquelle il laisse ses personnages à la fin de son dernier film (!) est d’une noirceur cruelle et sans secours. LE TROU est le meilleur film de ce réalisateur qui décèdera un mois avant l’exploitation de ce qu’il ne connaissait pas encore comme étant sa dernière œuvre. C'est qui le plus pervers, là ? C’est un film qui n’a pas sa place dans les mémoires cinématographiques et qui, pourtant, mériterait d’être plus souvent découvert voire redécouvert.

LE TROU c’est la prison de la Santé en 1947. C’est aussi le seul moyen dont disposent cinq prisonniers pour s’évader. Le noir et blanc (voulu ?) de Becker est l'une des composantes essentielles de l’atmosphère qu’il élabore par de longs plans révélateurs du quotidien et de l’enfer carcéral. C’est aussi une déstructuration du temps qui s’écoule et qui les enferme plus chaque seconde, puisqu'impossible à matérialiser (aucun des détenus ne possède de montre). Un univers angoissant, étouffant, sclérosé et clos. Définitivement clos. Ce noir et blanc est une sorte de nuage de fumée qui s’épaissit tout au long du film jusqu’à les asphyxier. Ils savent que le compte à rebours a commencé. Le film n’aura de cesse de nous faire languir en nous faisant miroiter le moment où ils arriveront enfin à percer ce fameux trou et passer de l’autre côté. Les seules images que nous aurons de Paris seront une véritable bouffée d’oxygène, une respiration régénérante qui accentuera l’impact de la mise en scène sur notre identification. Car, malgré leurs actes, Becker réussit à faire naître de l’affection pour ces personnages qu’il nous révèle sous leur aspect d’homme et non pas de condamné. Un film âpre, sans musique, d’une sobriété sèche jusque dans le choix des comédiens que Becker a voulu non professionnels pour donner plus d’authenticité à cette histoire vraie. C’est presque du Bresson. Mon Dieu ! J’ai enbie de bobir…

On est bien loin d’une description à sens unique de l’univers carcéral comme dans le brutal LE DENOMME de Jean-Claude Dague, mais ce n’est pas non plus le propos du film. Le seul rapprochement que nous pourrons faire avec un autre film qui se déroule dans une prison est sans doute un film d’Alan Parker. La scène où la petite amie de Gaspard vient le voir au parloir c’est MIDNIGHT EXPRESS 19 ans plus tôt ! Perversité sexuelle. C’était un peu facile avec un titre pareil !

6 août 2005 6 06 /08 /août /2005 00:00

AVIGNON 

            Le vent de l’anarchie siffle en soulevant les innombrables affiches du festival Off. C’est le même capharnaüm qui envahit la ville tous les mois de juillet. De l’excès. Tout est possible dans un laisser-faire total. En apparence. Car c’est bien le propre du théâtre de nous raconter une histoire où tout ce qui est dit sur scène n’est que la pure vérité des conteurs. Folle est la liberté de ceux qui déambulent au hasard des rues avignonnaises, guidés par l’insolente démesure imaginative de ceux à qui la ville appartient désormais. L’insurrection gronde. C’est ce climat d’exacerbation des sens qui permet de vivre deux fois plus de choses que le reste de l’année. La localisation géographique d’Avignon explique parfaitement sa position de plaque tournante. Ici, vous pouvez trouver tout ce que vous voulez. C’est donc logiquement ce qui en fait une ville violente et sensiblement à risques. On peut le percevoir comme une agence matrimoniale open-source, une grande messe orgiaque où le délire serait fellinien sur une musique de Wagner, une chasse sauvage et particulièrement agressive où l’animal serait aussi le chasseur, ou encore comme une bacchanale baroque et suprêmement décadente. Mais on ne vient pas au festival d’Avignon pour se reposer.

            S’ouvrir. Penser à ses désirs. Mélanger les esthétiques. S’évader. Se perdre un peu. Et revenir à l’essentiel.

            Cette anarchie est probablement le seul véritable chef-d’œuvre des lieux. Presque 800 spectacles et peu d’intérêt généré.

Début en fanfare lors de la présentation de la programmation du Petit Louvre. 2 salles. La grande est absolument splendide, autant pour les comédiens que pour les spectateurs. Malheureusement, la clim a été installée par le même polonais sournois que celui de la salle 10 du Pathé Wépler ! Un anarchiste, un vrai, j’en tiens un ! Donc, la fanfare est composée tout d’abord des Bazarettes qui présentent 30 minutes de leur spectacle. 30 minutes c’est aussi le temps maximum qu’il vous faut pour commander une pizza. Bon, ça colle aussi aux dents, mais la pizza a meilleur goût. Dans les deux cas c’est déplorable. D’autant que pour la pâte fine vous repasserez, et en plus ça a le goût du McDo’. Le tout ne vaut pas ce que ça coûte. Remarquez au passage le nombre de « ça » que je viens d’employer tellement tout cela est indéfinissable.

La fanfare se termine par 30 minutes du spectacle OLE ! par l’association andalouse Alhambra. Ca tape des pieds très fort, ça écrase du moustique avec les mains, ça se prend au sérieux et ça a la grâce d’une autruche. Bon, une chance : c’est du millimètre, c’est carré et vivant. Voici juste un peu de flamenco classique qu’ils préfèrent appeler « authentique », donc sans surprises. Ah si ! On les entend quand même répéter le titre de leur spectacle toutes les 20 secondes pour bien qu’ils comprennent qu’ils ne font pas de la danse tribale africaine, pour narguer de manière effrontée ceux qui détestent le flamenco PHILIPPE CAUBEREet surtout le leur, et enfin parce qu’il fallait bien trouver une logique snob à ce mystérieux titre philosophico-mystique.

Sinon, la fanfare se poursuit de la même manière dans la majorité des autres théâtres. Et puis il y a Philippe Caubère. Deux soirées de trois heures + entracte à 23 euros, soit 46 euros pour 6 heures 30. Ca va, c’est dans la norme élitiste du festival. Caubère, lui, n’y est plus depuis longtemps, dans la norme. Absolument éblouissant, il réussit un nouveau tour de force dont il a l’habitude de nous habituer. L’évidence faite homme. Brillant et virtuose. La deuxième partie de FERDINAND est plus déstabilisante puisqu’il répond enfin à ceux qui pensaient (faussement) qu’il ne prenait plus de risques. Il parle cette fois-ci de lui en changeant la forme traditionnelle pour un exercice de style moins drôle (mais drôle tout de même) et énormément poétique. Le travail sur les mots est surprenant et très intelligent. Voici une vraie mise à nu avec un acteur qui s’amuse (la véritable raison de ce changement) et c’est ce qui importe avant tout. Remarquez l’usage des parenthèses que je viens de faire tellement l’univers de Caubère est riche.

Chef de file de la fanfare, Hassan nous a concocté avec LE BEURJOIE GENTILHOMME, l’un des spectacles les plus lamentables qu’il m’ait été donné de voir. Il n’y a rien de plus épouvantable qu’un artiste de one man show qui rigole de ses propres blagues. Jeux de mots et calembours à gogo. Le spectacle est à la hauteur de l’affiche. Si vous voulez vous en payer une bonne tranche…

Un peu de sérénité avec Isabelle Carré et Marianne Basler qui nous ont régalé d’une lecture d’un texte fort peu intéressant et complexé de clichés contemporains forts détestables. Mais leur présence seule a suffi à effacer ces faiblesses et tout leur talent nous a permis de nous reposer et d’apprécier un moment particulièrement savoureux en leur compagnie. Et cela n’a rien à voir avec un quelconque désir sexuel. Pas du tout. Même si c’est vrai qu’elles ont de très beaux seins.

Pierre Aucaigne, lui aussi, a de très jolis seins, paraît-il. Mais on s’en fout un peu. CHANGEMENT DE DIRECTION est LE spectacle du festival. Sur un texte magnifiquement écrit par François Rollin, il crée un personnage complètement délirant, brutalement hilarant. Tout en ruptures. Sans cesse surprenant, d’une inventivité loufoque continuelle, le système s’essouffle lorsque cette inventivité ne se renouvelle plus, mais le personnage est tellement riche que c’est un véritable délice. Cette intense débauche d’énergie fait de ce numéro une véritable performance de comédien, bien plus que celle de Philippe Caubère. Le temps ne fait rien à l’affaire.

Couverts par les bruits de la fanfare, entendu tout de même d’excellents échos de SEMIANYKI toujours au Chêne Noir (j’avais oublié de préciser que c’est ici que Caubère se produit et qu’Isabelle Carré a lu, et allez encore une parenthèse !), de LA MOUETTE montée par Anne Bourgeois, de LA LUNA NEGRA de et par Rémy Boiron à l’Etincelle (mais c’est pas nouveau, c’est pas bientôt fini, oui ?), des coréens du TRAIN (et ce n’est pas parce qu’ils sont coréens qu’on excusera la bien belle faute d’orthographe de l’affiche, entre parenthèses je commence à en avoir marre des parenthèses), de LA PEAU DU PERSONNAGE au Rouge-Gorge et de JE T’AVAIS DIT, TU M’AVAIS DIT de Jean Tardieu, mis en scène par Christophe Luthringer.

            Et puis il fallait être au Délirium le lundi 18 pour assister au concert de RAOUL PETITERaoul Petite, un groupe délirant qui a embrasé la foule en un clin d’œil. De l’imagination, de la folie, de l’exubérance, du funk et beaucoup d’humour. Sauvage et frénétique. N’achetez rien de ce groupe, allez plutôt les voir en concert. Le spectacle est autant dans la salle que sur scène et il faut absolument connaître ce chanteur au physique improbable, qui est notamment à mourir de rire en fausse rock star à deux balles aux allures de gourou. Pour info, les prochains concerts sont :

- le vendredi 09 septembre à SEYNE LES ALPES

- le samedi 24 septembre à CHATEAUNEUF DE CADAGNE

- le vendredi 21 et le samedi 22 octobre à PARIS à la Maroquinerie.

Le Délirium est un lieu incontournable des nuits d’Avignon puisqu’il nous a aussi offert la possibilité d’entendre Rona Hartner, artiste sensuelle complètement « allumée » qui accepte aisément les coupes de champagne quand on lui en propose (ça ne mériterait pas une parenthèse pour finir ?).

5 août 2005 5 05 /08 /août /2005 16:50

QUESTION : Dans DU SILENCE ET DES OMBRES en quoi est déguisée Scout lorsqu’elle se fait attaquer avec son frère ?

 

5 août 2005 5 05 /08 /août /2005 00:00

QUESTION : Comment s’appelle le chat de Bernard Giraudeau et Evelyne Dress dans ET LA TENDRESSE ?... BORDEL ! ?

 

4 août 2005 4 04 /08 /août /2005 00:00

Question de rapidité...

 

QUESTION : Dans ORANGE MECANIQUE, comment s’appelle le traitement que suit Alex ?

 

3 août 2005 3 03 /08 /août /2005 00:00

            QUAND LA MER MONTE… est un film franc et honnête qui s’articule autour de Yolande Moreau et de son univers humoristique unique. Avec la complicité de Gilles Porte elle s’est écrit un rôle sur mesure qui répond à ses attentes de comédienne. Elle y est excellente. Actrice qui joue admirablement sur plusieurs tableaux. Le César n’est pas usurpé. Tiens, ce ne serait pas une mauvaise idée de créer une Commission de Vérification des Récompenses (C.V.R.) ! Comme ça on pourrait retirer la Palme d’or de Lars Von Trier ou encore le titre de meilleure actrice attribué à Victoire Thivisol, au festival de Venise, pour son rôle dans PONETTE.

L’histoire est très simple. On peut faire de bons films avec une histoire simple. Il n’y a pas d’effets spéciaux. On peut faire de bons films sans effets spéciaux. L’histoire se déroule en France. On peut faire de bons films en France. Le tout est assez ennuyant. Mais on ne peut pas faire de bons films en ennuyant le spectateur. Non, Lars, j’ai dit non !!! Car la réalisation de QUAND LA MER MONTE… pèche justement là où elle devrait pouvoir pallier aux arythmies du scénario (qui ne sont pas ici des défauts de rythme). Le film souffre donc d’une réalisation plus concise et plus directe. Mais nous nous arrêterons ici car nous avons trop de respect pour Yolande Moreau et le magnifique travail qui a été fait sur ce film, pour souligner les autres points négatifs et ne montrer qu’une image qui ne serait plus aussi juste. Mais ce n'est pas négatif de dire que Lars Von Trier est un mauvais réalisateur, si ça peut l’aider ?

            Concentrons-nous plutôt sur les mauvais côtés de MR. & MRS. SMITH de Doug Liman. Ce petit tâcheron d’Hollywood sait décidément bien ficeler ses mises en scène, mais il est obligé de faire tellement de concessions que ses films ne ressemblent en rien à ce qui pourrait se rapprocher de son univers. A supposer qu’il en ait un. Non, ce qu’il fait ressemble plus à du produit industriel standardisé de grande consommation. Efficace, mais sans surprises. Et puis la surenchère visuelle atteint des sommets de crétinerie malhonnête. Exemples de la théorie du « comme si de rien n’était » :

- Angelina Jolie saute de la fenêtre d’un immeuble. Chute libre de plusieurs étages. Puis, elle se rattrape sur ses pieds comme si de rien n’était. Je précise pour les plus crédules qu’elle ne possède pas de superpouvoirs, qu’elle ne connaît pas Dieu en personne et que les Gremlins sont des créatures imaginaires.

- Un peu plus tard, elle envoie malencontreusement un poignard dans la jambe de Brad Pitt qui peine à grimacer, l’enlève tranquillement et poursuit ce qu’il venait d’entreprendre comme si de rien n’était.

- Toujours dans les coups fumants, Angelina Jolie s’était auparavant sortie, comme si de rien n’était, d’une explosion de gaz qui s’est tenue juste à côté d’elle. Ils nous avaient déjà fait le coup dans PANIC ROOM, alors pourquoi pas ici ? Très finement observé, mais quitte à s’inspirer autant s’inspirer des meilleurs.

Bref, il s’agit d’un grand film à divertissement qui n’a qu’un seul but et qui y arrive assez facilement. Efficace et intellectuellement dépourvu.

Notons qu’une fois de plus Brad Pitt fait beaucoup avec peu, puisqu’il nous gratifie d’un personnage follement attrayant, d’une grande classe et particulièrement fin (alors qu’il paraît très légitime de supposer que tous ces éléments ne figuraient pas dans le script original). Il aurait convenu de lui affilier une partenaire à sa mesure car Angelina Jolie est d’une platitude à pleurer. Elle semble avoir conservé son jeu grand-guignolesque de Lara Croft et nous fait souvent sourire malgré elle. On ne s’improvise pas actrice, même dans un film qui n’est pas français. Même dans un film où il y a des effets spéciaux. Et même dans un film où l’histoire ne peut se simplifier. Succès annoncé de l’été 2005. Sans mérite.

            Si vous voulez vous détendre un peu, ne vous laissez pas abuser par le titre d’ESPACE DETENTE. Un film qui aurait sa place dans l’anthologie du film con. Mais manquant de jusqu’au boutisme, il navigue entre les sphères du film beauf et celles du film à gags qui tombent à plat. Il ne côtoiera jamais LE BONHEUR A ENCORE FRAPPE de Jean-Luc Trotignon, malgré certaines répliques et situations jouissivement débiles. L’ensemble frôle les pâquerettes, on rigole peu, les personnages sont trop caricaturaux et la mise en scène sans génie. On salue les décorateurs qui ont dû beaucoup s’amuser. Ils ont toujours été justes sans jamais être excessifs. C’est ce qui aurait dû être la constante majeure du film.

Petit coucou en passant à Noémie Kapler que je connais, et qui est très belle et très juste en Juju. Bisous affectueux de la part de Quentin.

            UN PETIT JEU SANS CONSEQUENCE était l’occasion de retrouver le très fin Bernard Rapp. En temps voulu, nous avions été subjugués par le so british TIRE A PART. Ici, sa réalisation sert toujours aussi bien les sujets qu’il entreprend mais l’histoire n’est pas intéressante et parfois mal écrite (la rencontre entre Sandrine Kiberlain et Jean-Paul Rouve est rédigée de manière à surprendre plus le spectateur qu’à rendre crédible leur relation adultère). Et puis il y a un personnage particulièrement méprisable : celui de Sandrine Kiberlain. Elle campe une Claire qui ne s’assume pas, qui n’assume pas son adultère et qui n’assume pas de ne pas s’assumer. On se demande comment le personnage d’Yvan Attal a pu en tomber amoureux. Ce dernier est particulièrement touchant, mais nous reparlerons de lui d’ici quelques lignes. Enfin, Jean-Paul Rouve est le personnage le plus intéressant de tous. Le plus complexe aussi. Mais il joue une fois de plus tout en décalé, le sourire en coin, et son manque d’intériorité plaque le personnage dans un flou qui n’est pas un flou artistique. Du grand gâchis ! Hé, messieurs de la C.V.R., il y a de l’usurpation de César dans l’air !

ANTHONY ZIMMER 

            Revenons à Yvan Attal. Il campe dans ANTHONY ZIMMER l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Et sûrement l’un des plus jouissifs à interpréter.

Le film de Jérôme Salle est intéressant à plus d’un titre. D’abord parce que c’est un vrai film sur le mystère, l’usurpation et l’inconnu. Dès le début, le réalisateur retranscrit une atmosphère qui nous capte par les différents points d’interrogation émis. Tout est flou (sauf Jean-Paul Rouve pour une fois, en même temps c’est normal il n’y est pas), mystérieux et assez peu évident. Le doute qui s’installe et l’étrangeté de la situation nous entraînent dans une dialectique du mystère particulièrement savoureuse. Belles images, intensité des plans, grands angles un poil abusifs. On est véritablement sous le charme de Sophie Marceau et de Yvan Attal dont le jeu d’apparences crée une ambiguïté et un doute permanents. C’est fin, intelligent et beau. Du moins toute la première partie, car lorsqu’il s’agit de développer l’intrigue le scénario perd pied du fait de son indigence. Lorsque nous commençons à comprendre que Yvan Attal est Anthony Zimmer et que le film ne va rien nous apprendre d’autre, l’intérêt suscité diminue, et les derniers artifices du film ne parviennent qu’à le réduire à un paquet de poudre qu’on nous aurait jeté aux yeux. On pense à THE SIXTH SENSE.

Reste qu’il faudra suivre Jérôme Salle tant sa mise en scène se révèle inspirée, rythmée, sobre et parfois même, brillante.

ANTHONY ZIMMER

            Dans NOS AMIS LES FLICS de Bob Swaim, Frédéric Diefenthal est encore accessoire et Armelle Deutsch sexuellement désirable. Leurs compères, quant à eux, font ce qu’ils peuvent pour pallier le manque de direction d’acteurs.

Ce sont encore les gentils braqueurs qui volent l’argent des autres, qui ont raison. Et nos amis les flics en prennent pour leur grade. Non, c’est pas vrai : on n’a pas le droit de dire du mal de nos amis les flics, en France.

Faussement subversif. Faussement drôle. Et les seins d’Armelle Deutsch ? Ce n’est pas du faux quand même ?

            David Mamet est un immense auteur et parfois un bon réalisateur. Mais pas cette fois-ci. SPARTAN n’a même pas été distribué en France. Et c’est normal !!! Tout y est d’une banalité affligeante et sans aucune originalité (ce qui est un comble pour l’auteur de THE SPANISH PRISONER !). Il s’agit plus d’un téléfilm destiné à M6 l’après-midi (tiens, un mot qui a deux sexes !) que d’une œuvre artistique. Reste Val Kilmer. Acteur aussi doué qu’ingérable, qu’on regrette de ne pas voir plus souvent dans des rôles plus amples et plus consistants.

            Génial. Voilà un mot suremployé, la plupart du temps à mauvais escient, mais qu’il convient d’appliquer au talent d’acteur de Sean Penn. Si l’on devait compter les meilleurs comédiens actuels sur une main, aucun doute qu’il en ferait partie. Il enfonce encore le clou dans THE ASSASSINATION OF RICHARD NIXON, film au demeurant fort sympathique, mais qui doit beaucoup à la composition de cet acteur dont on ne compte plus tous les excellents choix de rôles.

Mais comment fait-il ? Telle est la question qui nous hante lorsqu’il apparaît sur l’écran et qu’il joue. Lorsque la critique touche à ses limites et qu’elle ne peut plus analyser, alors l’adjectif « génial » est étymologiquement le mieux adapté.

            Je préfère ne pas employer d’adjectif quant à la composition de Jean-Paul Rouve dans JE PREFERE QU’ON RESTE AMIS. Je préfère oublier l’idée même du superlatif. Je préfère oublier avoir vu ce film plutôt que d’en parler. Je préfère qu’on reste amis.

            Je préfère ne pas parler non plus de DOUBLE WHAMMY de Tom DiCillo. On ne peut pas remplir des pages en brodant sur l’insignifiance personnifiée.

            Revoyons ensemble deux comédies françaises qui nous ont beaucoup fait rire un temps. Essayons de savoir si certaines formes de rire arrivent à traverser les années.

CHACUN CHERCHE SON CHAT de Cédric Klapisch est une ode lumineuse à un quartier de Paris que la charmante Garance Clavel parcourt de long en large. Véritable McGuffin, Gris-Gris n’est que le ciment des rencontres de personnages et de lieux pittoresques. C’est frais, sans prétention aucune, d’une liberté insouciante et d’un rapport humain devenu personnage principal du film. Tout cela fonctionne encore parfaitement et nous allège le cœur d’une manière simple et amicale. Ironie ultime : la scène la plus drôle reste le moment où le sentiment se désincarne : lorsque Garance Clavel fait l’amour avec Romain Duris. De la bête de dialogue !

Sorti deux ans auparavant, NEUF MOIS de Patrick Braoudé est une comédie efficace qui m’avait valu de voir, pour la première fois de ma vie, une salle de cinéma hilare, applaudissant jusqu’à la fin du générique. Le film n’est plus aussi incisif car la réalisation pâtit des effets de l’époque auxquels Braoudé s’était abandonné. Lui-même en fait des patatonnes. Etonnamment, cela passe. Philippine Leroy-Beaulieu est plus subtile et toujours aussi belle. Pourquoi les bons réalisateurs s’intéressent-ils si peu à elle ? Enfin, précisons que les modes de l’époque ont rendu Daniel Russo et Catherine Jacob encore plus beaufs que les personnages n'étaient dessinés.

Plutôt bien écrit, parfois très drôle, c’est assez plaisant en plein été. On peut s’en réjouir si l’on considère tous les films inutiles qui fleurissent sur nos écrans estivaux. Je préfère qu’on reste sur le Champ de Mars à voir fleurir autre chose…

20 juillet 2005 3 20 /07 /juillet /2005 00:00

QUESTION : Quel réalisateur français a dit : « Je n’ai aucun complexe vis-à-vis du cinéma américain, sauf économique bien sûr » ?

 

1 juillet 2005 5 01 /07 /juillet /2005 00:00

QUESTION : Quel est le premier film français à avoir été tourné en stéréo dolby 70 mm ?

 

30 juin 2005 4 30 /06 /juin /2005 17:08

Le classement après les 20 premières questions :

6 points : MANUE LA CLOCHARDE - MOVIE
3 points : LE SEB
2 points : DON LOPE
1 point : DR. DEVO - WAKINOURS - GRIBOUILLE

 

QUESTION : A l’origine qui devait réaliser EMPIRE DU SOLEIL ?