Mercredi 2 septembre 2009
Pour gagner les 5 points mis en jeu, il vous suffit de
reconnaître l’auteur de ces mémoires dont voici le début :
FRED ASTAIRE
Un
homme en habit, cravate blanche et huit-reflets marche dans la ville, la nuit, sur une musique de
Jerome Kern. C’est sans doute la première image que je garde de Fred Astaire et je crois que peu de gens ont montré au cinéma quelque chose de plus fou, de plus insolent, de plus
« branché » que cette première séquence de Swing Time. L’apparition de cette silhouette merveilleusement élégante, fragile et nerveuse et puissante dans cet environnement rude
et peu fait pour susciter les pirouettes et les arabesques, nous mettait dans un état de jubilation totale. C’était un farfadet dans un univers de série noire ! Et depuis, bien des
cinéastes, de Minnelli à Leone, de Scorsese à Coppola, ont, volontairement ou non, rendu hommage dans leurs films à cette vision dans la cité.
Et puis après, sur les accents de Gershwin, de
Cole Porter ou d’Irving Berlin, la magie n’a pas cessé, faisant virevolter autour de cet artiste exceptionnel des chaussures en folie, bondir des cannes, danser des chaises et des portemanteaux,
défaillir dans ses bras des créatures de rêve. Nous partions d’un palace à un paquebot de luxe, d’une Venise extravagante à une Amérique du Sud délirante, de la machinerie
« superclean » d’un transatlantique à une prison dans un quartier noir de New York. La boîte d’allumettes sert de basse rythmique, les bois de lit deviennent des percussions, les
joujoux d’un grand magasin se transforment en partenaires déchaînés, les balles de golf traversent la mélodie en contrepoint des claquettes infatigables.
Et de toute cette farandole éblouissante se
dégage une fraîcheur, une jeunesse, une invention, une élégance qui ne se démentiront jamais ; jusqu’à une des dernières apparitions de Fred Astaire, à l’hommage qui lui fut rendu par
l’American Film Institute où les quelques petits pas dansés qu’il fit pour rejoindre l’estrade sur laquelle il devait prendre la parole transportèrent de bonheur l’assemblée de stars réunie pour
le remercier. Et là encore, par son charme, son humour, son émotion profonde mais discrète, il nous entraîna dans son univers enchanté pour une dernière fois et à jamais.
Un de mes amis qui eut le bonheur de le
connaître se trouva un jour à Venise avec lui et une bande de copains. Ils sortaient d’un restaurant. La place San Marco était déserte et, tout en marchant et en devisant, Fred Astaire improvisa
tout à coup une petite danse pour ce joyeux groupe. J’ai tellement imaginé ce que pouvait être, la grâce absolue dans ce lieu, que je me sens capable de vous le rapporter comme une chose dont
j’ai été le témoin.
Claude Villers, journaliste à la télévision,
eut le privilège d’habiter quelques jours chez Fred Astaire en Californie pour les besoins d’une émission qu’il faisait sur lui. Il me raconta par le menu, l’exquise hospitalité de leur hôte, sa
disponibilité et sa gentillesse. Mais il ne décolérait pas contre son metteur en scène qui n’eut jamais le réflexe de le filmer, alors que certains matins il arrivait, prêt à tourner, en dansant
au bord de sa piscine.