La plus grande arnaque jamais
mise en œuvre ce n’est pas le bug de l’an 2000 qui devait tout faire sauter, ni les O.G.M. qui devaient résoudre la faim dans le monde, ni la guerre en Irak déclenchée pour trouver des armes de
destruction massive, ni le réchauffement climatique, ni le suicide de Pierre Bérégovoy, et encore moins Bernard Diomède parmi les champions du monde 1998. Non, la plus grande arnaque jamais
mise en œuvre c’est la machine à écrire. A part cet objet et Louis Garrel, Dieu a plutôt bien fait les choses. Parce qu’il faut bien dire ce qui est : s’il y
a bien quelque chose qui ne sert à rien, c’est la machine à écrire. Ah bon ? Moi, j’aurais dit Louis Garrel… C’est la plus mesquine de toutes
les machines. D’ailleurs, elle ne mérite pas cette appellation. La machine à laver, elle, bosse sans minauder. Que ce soit pour le linge ou la vaisselle, il suffit d’appuyer sur un bouton et elle
fait le boulot. Idem pour la machine à pain. La machine à bulles fait ses bulles tranquillement dans son coin dès lors que le bouton marche est actionné. Mais la machine à écrire ? Vous avez
beau la poser en plein milieu de votre table, le roman ne s’écrira jamais tout seul. Belle escroquerie ! C’est définitif, mon désamour avec la machine à écrire est désormais consommé. Quand
on pense qu’elle a entraîné la machine à coudre dans son sillage ! Voilà même qu’au fil des ans la technique s’est emparée de la chose et qu’elle a donné naissance au clavier. Enfin… C’est
toujours rassurant de savoir que l’ordinateur a l’intelligence de celui qui s’en sert.
Cinéma en salle. Séance de 20 heures. Je me rappelle pourquoi je ne vais plus voir les films à cette heure-là. Marre de la beaufitude de ces rustres qui amènent leurs couverts et mangent leur salade pendant les bandes-annonces. Le cinéma et ses spectateurs évoluent-ils au même rythme ? Je crains que l’aide qu’il leur dispense ne soit pas celle qu’il vise.
Le film : LE VILAIN d’Albert Dupontel, mais l’affiche dit d’un air facultatif : « LE VILAIN - Un film de Albert Dupontel ».
Eh bien, mes amis, le moins que l’on puisse dire c’est que « La lumière vient du fond » reste le plus fort, le site ultime de référence, celui qui résonnera encore dans toute la galaxie lorsque la guerre nucléaire aura fait rage. Je sais, c’est un peu démotivant pour ceux qui ont et auront toujours une mimolette de retard, ceux-là même qui veulent imposer un contrôle pour voir si je ne me dope pas. Cette vile bassesse ne me fera jamais nier. La drogue n’est pas interdite dans le processus de création artistique, et c’est bien ce qui prouve une fois de plus que les plus cons dans tout cela, ce sont encore ces pédés de sportifs !
L’objet de notre dernier article concernant le cinéma de Albert Dupontel (qui se clique ici) vous le représentait sous l’angle le plus juste qui soit et que LE VILAIN corrobore avec faste. Dupontel fait des films de superhéros. Et c’est en s’inspirant du film UNBREAKABLE de M. Night Shyamalan que lui est venue l’idée de LE VILAIN. Il s’entoure donc d’une équipe de choc, choisit Samuel L. Jackson pour incarner la maman invincible, le grime en conséquence et le blanchit un peu pour faire plus couleur locale. Et les maquilleurs ont mis la main au panier parce que pour le reconnaître, le Samuel, faut vraiment être de mauvaise foi ! Mais disons que, d’une manière générale, pour tous les comédiens, ils ont bien bossé, tant et si bien que des rumeurs ont commencé à naître sur la Toile, révélant que ce serait en fait Eddie Murphy qui jouerait tous les rôles. Rien ne permet pourtant d’être catégorique…
Le principe est très vite annoncé. Samuel L. Jackson le dit lui-même, la mort ne veut pas de lui. Et les faits viendront justifier cette affirmation, rompant tout soupçon quant à la sénilité qui guette son auteur (l’accident du camion dont il réchappe miraculeusement, la chute dans l’escalier suivie de son horloge qui lui tombe dessus en sonnant l’heure de sa mort mais en fait non…) C’est donc un superhéros, il n’y a point de doute, et, comme tous les superhéros, il a des superpouvoirs. En l’occurrence, il a mis au monde un enfant (c’est Albert Murphy). Qui plus est, il lui a transmis des superfacultés. Difficile de savoir exactement lesquelles mais ce qui est très clair c’est qu’il est doué pour éviter les balles qui fusent en sa direction (c’est ce que nous dit la scène où il est poursuivi jusque dans la banlieue pavillonnaire ou gît la mère Jackson). Toutefois, il va quand même se prendre une balle dans l’épaule droite, habileté scénaristique destinée à nous informer qu’en dépit des puissances qu’il possède, celle d’être immortel ne lui a pas été transmise.
Le décor est planté. Dupontel s’échine toujours à composer un monde non réaliste. Nous voilà transbahutés entre différents effets humoristiques allant du jeu de mots au cartoon enjoué. Le rythme est soutenu. Pour faire en sorte que son film ne piétine jamais (ce qui serait le cas si le rythme restait tel du début à la fin), Dupontel se ménage des phases d’accalmie qui vont jouer le rôle de rampes de lancement pour les moments plus soutenus. Du coup, le film est plus qu’agréable dans son fonctionnement primaire. Un peu de montage vient relever l’ensemble. Bref, nous sommes bien loin de la Norme Française et c’est tant mieux. L’histoire n’a plus qu’à nous livrer ses codes secrets. Deux superhéros. L’un qui peut mourir. L’autre qui cherche à le devenir. Le synopsis est prêt à nous guider sur les voies de l’ascendance sociale, chère à notre Albert.
Alors, nous avons pu entendre beaucoup de choses très contradictoires à propos de ce film et notamment qu’il annonçait un Albert Murphy plus méchant que
la moyenne. Au final, le film n’est pas si méchant que ça et révèle même une morale du méchant au cœur en sucre d’orge. Evidemment, comme à chaque fois que la critique s’en prend à un film
qu’elle n’a pas compris, elle préfère parler du film qu’elle aurait aimé voir et non de celui qu’elle a vu. Et c’est dommage car si elle avait été attentive au lieu de feuilleter son dossier de
presse, elle aurait remarqué que la méchanceté n’est jamais une composante des personnages principaux chez Dupontel. Si nous sommes dans l’affrontement de superhéros à la manière de UNBREAKABLE, ce n’est pas parce que Samuel L. Jackson campe une vieille personne éminemment bonne (à la manière du couple Catherine Jacob/Eric Prat dans
TATIE DANIELLE) qu’à l’opposé Albert Murphy doit être obligatoirement méchant. Et le titre du film dit bien qu’il est vilain. Même s’il est vrai
qu’une certaine cruauté anime Albert Murphy, ce qui l’intéresse avant tout c’est le jeu. Il traverse la vie comme dans un jeu vidéo (petit retour à la scène de braquage qui introduit son
personnage). Cinématographiquement, le parti pris est forcément intéressant. Et le jeu c’est donc l’ascendant qu’il peut prendre sur quiconque, à commencer par ses camarades de classe, comme le
montrent les trésors de guerre qu’il retrouve dans la trappe de sa chambre. L’essence d’un superhéros est d’être le plus fort. Et Albert Murphy veut montrer sa supériorité mais aussi entendre
dire par ses adversaires qu’ils sont plus faibles. Parce qu’aujourd’hui il ne sert à rien d’être le plus fort si les autres ne sont pas les plus faibles.
LE VILAIN est un film très très drôle. Porte de sortie réjouissante de ce cinéma français qui abhorre la prise de risques et vit de ses subventions. Les difficultés avec lesquelles Dupontel monte ses films synthétisent parfaitement l’impasse dans laquelle le cinéma français se trouve acculé. S’il est vrai que BERNIE reste son chef-d’œuvre en terme d’humour, LE VILAIN doit énormément à l’écriture de Dupontel ainsi qu’à l’interprétation d’une grande partie des comédiens. Et Nicolas Marié en tête, livrant une composition de médecin complètement loufoque. S’il est exact que son personnage de vieux médecin alcoolique aux cheveux ébouriffés, à la carrière prometteuse brisée du jour au lendemain, devenu à moitié fou depuis, n’est pas un parangon d’originalité, ce n’est cependant pas un motif de reproche car Albert Dupontel aime jouer avec ces clichés. C’est lorsque le comédien étoffe son personnage qu’il prend une couleur plus intéressante. Il amène tellement de souplesse dans son interprétation qu’il semble ciseler petit à petit toutes ses caractéristiques autant physiques que psychologiques. Si l’on ne s’arrête pas à son apparence première mais que l’on essaie d’approfondir les détails de son interprétation l’on peut découvrir quelques trésors d’interprétation comme en témoigne son regard habité, passant du brouillard le plus épais à l’exaltation la plus pure. Tout semble amené l’air de rien. De la première pression à froid ! Ses scènes sont un délice. Albert Murphy, lui, est un comédien hors pair, parmi les plus grands que nous ayons en France, il est cependant assez bizarre de noter qu’il sert mieux ses acteurs. Nous avons constamment la sensation qu’il en garde sous la semelle (c’est valable dès l’écriture). Curieuse attente d’une frénésie qui ne viendra jamais. Albert Murphy est extrêmement doué, il pourrait sans nul doute s’autoriser plus de place. BERNIE prouve que ce ne serait pas trop.
Ce qui nous laisse plus sur notre faim est la mise en scène. Etonnant de constater que le réalisateur ne progresse pas tant que cela et déguise toujours ses films des mêmes lacunes. Nous avons parfois droit à des plans avec une lumière joliment sculptée, puis des plans étrangement moins beaux. Parfois il cherche à surcomposer le cadre, les axes se succèdent sans cohérence, des plans viennent « mordre » le champ/contrechamp des retrouvailles etc. Tout cela provoque une réalisation de guingois, très priceless. C’est la marque de fabrique Dupontel. Pas que nous aimerions la voir changer, mais évoluer (comme nous le disions). Car tout cela semble mené par une réalisation qui sait très bien où elle veut aller, mais usant d’un dispositif qui la sublime peu. C’est très habile. Mais plus décoratif, voire pédant, que complémentaire. Du cinéma qui manque de constance et d’homogénéité. Mais du cinéma quand même, à défaut de se la jouer kaiser façon west coast.
Dans la présélection des courts métrages en route pour les prochains César, l’occasion nous a été donnée de renforcer notre profonde conviction que l’originalité n’est jamais à l’honneur, que l’on n’encourage pas les jeunes réalisateurs à faire des films avec des morceaux de cinéma, et que le court métrage est sûrement un bien meilleur refuge que le long pour ceux qui n’ont rien à dire. Lorsque je m’occupais de la programmation d’un site Internet qui vend des films en V.O.D., je me suis confronté à cette cohorte de jeunes réalisateurs de tous bords, forgés au feu de la persévérance. Ce qui fait peur c’est qu’ils sont partout. C’est un étudiant de la F.E.M.I.S., c’est un parfait autodidacte, c’est celui qui a gagné un prix dans un sombre concours, c’est la personne que vous croisez dans la rue, c’est votre tante, c’est un employé de La Poste qui témoigne de sa fainéantise en faisant des plans fixes, c’est un chien, c’est un personnage des Sim’s etc. Bref, aujourd’hui on tourne un court métrage comme on se fait faire un tatouage. Et inutile de vous dire que le résultat n’est pas franchement cordial. Le nombre de fois où je suis passé en mode berserk ! Car le pourcentage de films à sauver est encore plus infime qu’en ce qui concerne les longs métrages.
Non seulement ceux qui sortent des écoles n’ont pas été formés à développer leur univers mais à répondre à des concepts d’exigence idéologique. S’il n’est pas nécessaire d’avoir tourné de bons films pour enseigner le cinéma, il n’empêche que nous souffrons maintenant d’un déficit de perpétuation de l’espèce. Et donc, en plus de cela, cette ancienne génération de réalisateurs qui ont assommé le cinéma français à coups de massue à chacun de leurs opus, à donné naissance à une nouvelle race obscure qui croit qu’il suffit d’acheter un téléphone portable pour s’autoproclamer réalisateur (encouragés qu’ils sont par cet immonde Festival Pocket Films).
Heureusement l’Académie des César voit tous les courts métrages et sélectionne la crème de la crème ! Et là, je pense wakizashi…
1. C’EST GRATUIT POUR LES FILLES de Claire Burger et Marie Amachoukeli
Cela renifle les comédiens amateurs et l’improvisation. La direction d’acteurs est plutôt précise à grands coups de Pialat dans la tronche, des phrases qui s’entrecoupent, de l’approche documentaire qui évite de se poser des questions existentielles sur la mise en scène (ce qui se vérifie par le nombre de plans rapprochés)… Tiens, tiens ! Les réalisatrices sortent de la F.E.M.I.S. !!! Oh, je vous vois venir… Chut ! Ne me faites pas dire ce que j’ai pensé !
Vous repasserez évidemment pour la photo, le son, l’amour du geste et le pourboire. Les deux fautives s’axent sur leurs comédiens et leur scénario. Pendant ce temps, le cinéma se fait la malle. On a des choses à revendiquer sur la jeunesse d’aujourd’hui, on vous en ressert une louche de réalisme social…
A la fin de la projection, je m’engonce dans mon fauteuil espérant qu’ils ont sûrement ouvert par le plus terrible. C’était en fait l’un des moins pires.
2. VOYAGE AUTOUR DE MA CHAMBRE de Olivier Smolders
Dépaysement total pour ce film qui nous fait voyager sans changer d’endroit. Le film démarre plutôt bien. Il semble surgir de brumes abstraites. Images fixes. Voix off. Mais la mutation ne vient pas. Il reste confiné à sa première idée. Sa seule. Son unique. C’est un problème récurrent parmi ces films : les réalisateurs se contentent d’avoir trouvé une idée qu’ils exploitent jusqu’au bout pour nous vendre leur film-tapisserie. Plus le film avance et plus sa fin s’éloigne. C’est verbeux, littéraire, pompeux et ennuyeux.
Pendant 26 minutes, je regrette d’avoir dit du mal de SHOOT ‘EM UP !
3. LILA du Broadcast Club
Belle surprise. Des images d’anonymes en vacances au Pyla, rien qu’avec des chutes de films. Sur une musique pêchue et organique (très bon choix !). Un format 1.33 magnifique, arrondi sur les angles. Les réalisateurs en font une utilisation diablement valorisante en utilisant goulûment la profondeur de champ. C’est amusant, entraînant et très émouvant. Le montage calqué sur la musique crée une belle alchimie. 12 minutes seulement. La longueur ne fait rien à l’affaire. Comme disait la jeune mariée.
A la fin, quelques indications viennent s’apposer sur l’image, précisant le lieu et les dates au cours desquelles le tournage s’est déroulé. Au-delà du rapport diapositives/clips/documentaire, le film se termine en forme de publicité. C’est dommage. S’il y a bien une chose qui n’apporte rien ce sont ces précisions ! Dire que le reste du film était parfait !
4. LA RAISON DE L’AUTRE de Foued Mansour
Ah ! Revoilà le cinéma social et sa guimauve. Les sans-papiers sont nos amis, il faut les aimer aussi ! Crée un parti, Foued, moi je suis venu pour voir du cinéma.
5. LA HARDE de Kathy Sebbah
Alors là, il faut bien dire que le projectionniste du Balzac a déconné. 1 heure et quart de projection et gros coup de mou pour Giovanni. Ca peut se comprendre. Je ne sais pas ce qu’il a fait, s’il a interverti les bobines ou pris un vieux film diffusé au Festival du C’est Pas Comme Ca Qu’On Doit Faire, mais il faut bien avouer que LA HARDE a considérablement amenuisé l’intégrité de notre système immunitaire.
Des jeunes en voiture. Avec un fusil. Bon, pourquoi pas. On sait que le coup va partir avant la fin. Reste à savoir sur qui. Ils roulent sur une route. Bon. Jusque-là niveau suspense on s’est un peu foutu de notre gueule. Mais voyons la suite. Ils traversent une forêt. Sur la route, dos à eux, un homme marche. Il porte des câbles ou des tuyaux, je ne sais plus. En tout cas, ce ne sont pas des verres filés de Murano. Il n’a pas l’air avenant. Patibulaire. Rien de sympathique. Méfiance. Il porterait un t-shirt Hard-Rock Café que ce ne serait pas étonnant. Evidemment, les jeunes font ce que vous auriez fait, lecteurs amicaux, ils lui proposent de le déposer quelque part. Ah, le film avance ! Nous venons d’apprendre beaucoup de choses et notamment que ces bolosses n’ont jamais vu de films d’horreur. Je commence à espérer secrètement qu’ils le regrettent. Ils prennent donc l’homme avec eux dans la voiture, font un bout de brousse ensemble. Puis, ils s’arrêtent. Ils vont en profiter pour marcher un peu dans la forêt. Ils prennent le fusil avec eux. Mais pas le bonhomme. Ils marchent dans la forêt. Là, c’est le moment qu’a choisi le réalisateur pour laisser une pause au spectateur. Il peut s’endormir s’il le souhaite. Si j’avais su ! Les jeunes, quant à eux, continuent à marcher dans la forêt. Apparemment, ils aiment marcher dans la forêt. Puis, c’est la pause pour les comédiens. Ils se baignent dans un lac. L’un d’eux manque de se noyer. C’est alors que surgit notre auto-stoppeur que nous commencions à oublier. Il sauve le jeune gars. Il gagne alors le droit de marcher dans la forêt avec eux. Apparemment, lui aussi aime ça, marcher dans la forêt. Ensuite, ils tombent nez à nez avec un troupeau de Bambi. C’est le moment de tuer. L’un des jeunes prend le fusil tire sur un Bambi. Il le tire mal. Bambi n’est pas mort. Bambi souffre. Le bonhomme louche se rue alors sur le fusil, s’en saisit et tue Bambi, mettant ainsi fin à cette angoissante question restée en suspend depuis 2003 à cause du film de Gilles Marchand : QUI A TUE BAMBI ?
6. SEANCE FAMILIALE de Cheng Chui Kuo
Film avec des asiatiques, donc comique. Petit twist à la fin, un peu senti venir, mais le film bénéficie d’un scénario sympathique et d’une mise en scène affûtée. Nous aimerions que le film soit un peu plus gourmand, mais le réalisateur évite les effets de style qui auraient pu jouer contre lui. C’est déjà ça.
Un joli moment. Un peu trop sage. Une sorte d’essai transformé qui laisse présager un avenir prometteur. A suivre.
7. LE FEU, LE SANG, LES ETOILES de Caroline Deruas
Chouette, une publicité pour Perrier ! J’aime bien les publicités pour Perrier ! Ah non ! En fait, c’est un film anti-Sarkozy. Un film de propagande. Un vrai. C’est de bon goût dans les milieux artistiques, paraît-il, de taper sur Sarkozy. Pour lui donner un cachet intellectuel Rive Gauche c’est tourné en noir et blanc avec intertitres brefs, généraux et universels.
Ah, au fait, le film a été tourné dans la foulée de l’élection de notre président pour bien retranscrire le dégoût que la réalisatrice-citoyenne a éprouvé, des fois qu’elle oublie la semaine d’après. A part ça, Sarkozy est un salaud…
J’ai bien fait de me lever tôt, moi.
8. MEI LING de François Leroy et Stéphanie Lansaque
Très bon film d’animation. Il est question d’un amour impossible entre une asiatique et une pieuvre. Des scènes très courtes. Un graphisme enjôleur, les matières sont charnelles, les couleurs sont envisagées sous forme de textures, une belle part attribuée au son et à la musique. Bref, ça bosse dur pour nous offrir ce petit film à l’atmosphère étrange et terriblement érotique.
Un grand bravo à ces réalisateurs qui ne peuvent être qu’humbles et polis.
9. LES WILLIAMS d’Alban Mench
Jacques Bonnaffé et Denis Lavant règlent leurs comptes autour d’un chien qui exacerbe la véritable nature de leur amitié. L’écriture amène quasiment à chaque phrase un nouvel élément d’appréciation quant aux personnalités de chacun, de ce qu’ils ont vécu et de la situation en devenir. Tout s’emboîte parfaitement. Et vers une comédie poussée jusqu’à l’absurde. De jolies trouvailles. Des moments extrêmement drôles. Alban Mench nous régale de quelques pépites de mise en scène (facile, c’est quand il filme ce qui n’est pas écrit !)
Les deux comédiens arrachent leur personnage du scénario pour l’emporter vers des dimensions opposées d’autant plus qu’un casting inversé était en apparence plus évident. Alban Mench opte aussi pour une photographie très (trop ?) contrastée. Je ne suis pas sûr que ce soit un bon choix. L’image accroche un peu et nous en ressortons légèrement barbouillés. Quoi qu’il en soit voilà enfin un cinéaste qui a de l’humour, qui ose s’aventurer sur les chemins de l’irrationnel. Talent d’écriture indéniable.
10. MONTPARNASSE de Mikhaël Hers
J’avais oublié le fameux théorème qui dit que dans une sélection de courts métrages, le plus long est toujours le plus chiant. Sans ça, ce ne serait pas drôle.
57 minutes quand même ! En plus ce n’est pas 1 mais 3 courts au même menu. Qui se ressemblent tous, bien évidemment. Avec en fil rouge quelques plans du quartier Montparnasse vu que c’est le titre du film, histoire de se donner une raison de cohabitation. Montparnasse mal filmé. Aucune idée derrière ces plans. Quel est le but du réalisateur ? C’est flou. Les personnages tiennent des dialogues d’une banalité affligeante. Ils évoquent des personnes ou des événements qui nous sont étrangers, ils ne nous laissent pas le temps de faire connaissance, enchaînent très vite, ne s’éternisent pas, parlent de tout et de rien, jouent aux grands délicats… J’aurais mieux fait de me faire ensevelir sous un tas de fourmis rouges.
Vous l’aurez compris, le montage est purement fonctionnel, et moi je dis que lorsqu’il n’y a pas de montage, il n’y a pas de film. C’est l’étape qui le différencie des autres arts. Sauf que ce n’est pas ce que l’on apprend à la F.E.M.I.S.
Sans trop vouloir jouer les Candide, il faut reconnaître que l’intérêt du film n’est pas dans ses dialogues, mais dans les non-dits, ce qui affleure et n’ose pas être exprimé. Tout cela, ce sont de belles intentions, mais à ne rien vouloir exprimer Mikhaël Hers rate son film. Ce dernier s’isole dans la timidité, ne se trouve pas, ne s’incarne jamais (les comédiens sont constamment dans le même ton) et fait pleuvoir des parpaings. Vous comprenez, au cinéma l’ennui n’est d’aucun intérêt si vous filmez quelqu’un qui s’ennuie. Mikhaël Hers ne semble pas s’en préoccuper et construit son film comme un exercice de style rébarbatif et assommant. Il a beau s’échiner à diriger ses comédiens dans la subtilité, celle-ci ne fait jamais le jeu d’un quelconque intérêt scénaristique. Ce qui l’intéresse c’est uniquement la recherche du réalisme le plus juste. Elément extérieur à toute transposition.
11. MASQUES de Jérôme Boulbès
C’est le meilleur film. Et aussi le plus court. Conclusion ?
Déjà, en 2006, avec ECLOSION Jérôme Boulbès avait fait montre d’un grand sens de la maîtrise et de la concision.
Aujourd’hui il récidive avec un film brillant, absolument somptueux. Travaillant toujours sur l’abstrait, il nous livre une mise à mort flamboyante, véhémente, joliment teintée d’ironie, et qui
en dit long sur la soif du spectateur. La mise en scène exploite méticuleusement mouvements, musique et montage. Du cinéma de gourmet.
12. ¿ DONDE ESTA KIM BASINGER ? d’Edouard Deluc
Rien qu’avec un titre pareil nous avons envie d’aimer ce film.
Petit détour chez l’espèce la plus proche de l’homme : les argentins. L’histoire se déroule à Buenos Aires. Deux frères y débarquent. Le premier c’est Philippe Rebbot, grand escogriffe à mi-chemin entre Jacques Tati et Pierre Richard. Son physique est un atout imparable à sa composition de touriste fraîchement débarqué. L’autre c’est Yvon Martin (qui faisait la publicité des Knacki Ball) et qui est résolument dépressif à la suite d’une rupture sentimentale. La ville s’offre à eux et c’est parti pour profiter au maximum des promesses de la capitale. Un des principaux moteurs comiques du film est que nos deux compères ne savent parler la langue locale que très moyennement. Ils usent donc d’un françaispagnol hilarant, utilisé avec parcimonie mais toujours dans des moments charnières. Pas une seule facilité humoristique, une belle exploitation de ce tandem improbable et des situations loufoques. Une grande impression de simplicité se dégage de l’ensemble. Ainsi voyage le cinéma qui est serein.
Je lis Geluck et son Chat qui dit : « Dieu a créé l’homme et ensuite, pour le remercier, l’homme a créé Dieu. » Il ne lui aura fallu que quelques mots pour résumer ce que je viens d’étaler tout au long de cet article, à savoir : les chemins de soi ne sont pas des routes illuminées.





En dépit de l’abjecte philosophie que développe ce film national-socialiste, à savoir le sauvetage d’une élite de la population en vue de la refonte
d’une nouvelle société, 4 millions de spectateurs français (plus de 150 millions de dollars amassés rien qu’aux Etats-Unis) sont déjà allés soutenir ce défilé de mode. Comme quoi nous ne voyons
bien que ce qui nous arrange, et la réalité d’un film n’est jamais celle que l’on décide. C’est ainsi que les critiques conçoivent la malhonnêteté du rôle qu’ils ont à tenir, et que ces
glissements progressifs annoncent leur mue prochaine en séismes de grande amplitude.
Au casting, Isabelle Huppert et Jean-Hugues Anglade brillent de mille feux, pouvaient-on lire un peu partout. Huppert en pianiste desséchée et Anglade
en garçon de bonne famille avec raie sur le côté, effectivement, quel casting osé ! Le pire est à venir : Xavier Beauvois, autre chouchou de la critique (on bosse en famille, ça évite
de faire passer des castings ; John Cassavetes, lui, avait au moins l’intelligence de choisir sa famille !), est à la mesure de ses films, c’est-à-dire creux, anodin et éreintant.
Charactérisation binaire, approche artificielle de la relation à l’autre, ton monocorde, dissipation anorgasmique des situations de crise, bref, vous l’aurez compris, ce n’est pas du poulet élevé
en plein air, tout ça !
Même si l’élément déclencheur (l’adultère) est clairement explicite,
place de chacun était l’enjeu
de leur existence. AFTERWARDS brasse des quantités négligeables de recoupements théoriques qui brillent comme des paillettes exposées sous un certain
angle. Ce qui brille n’a pas forcément d’éclat.
rendu plus net du fait d’une image plus grande). Toujours est-il que pour rendre la projection de BRAINSTORM optimale, il aurait fallu que les cinémas changent leurs dispositions tant dans leurs salles que dans leurs cabines de projection. L’idée fut donc
abandonnée, ce qui laissera un goût amer dans la bouche de Douglas Trumbull qui abandonnera Hollywood par la suite, pour se consacrer à la réalisation de courts métrages dans des parcs
d’attraction où il put perfectionner son Showscan. Petite digression : à Paris, l’U.G.C. Ermitage fut le seul cinéma à posséder une salle équipée en Showscan (encore une salle magnifique que
l’on a fait fermer, mais nous ne sommes pas à un scandale près depuis la destruction du Gaumont Palace !)
L’histoire est pénible à suivre. Le rythme est ralenti par le montage qui fait s’éterniser chaque scène. Comme si Marion Monestier gardait les scènes
juste après chaque « Action ! » et juste avant chaque « Coupez ! ». Les
comédiens jouent dans des bulles aseptisées tant ils ne semblent pas dirigés. Manque d’intentions évident. Leurs personnages sont très mal définis, ce qui les amène vers les clichés
resplendissants de ces films de genre. Jusque dans la mise en place scénique. Tout est statique. Même lorsqu’ils se déplacent leurs mouvements restent raides. Se lisent uniquement les trajets
qu’on leur a dit de suivre. Bien se mettre sur ses marques. Ne pas prendre celles du voisin. Dire son texte. Penser à ce qu’on va manger ce soir. Se souvenir de ses dernières vacances en
Sardaigne. Et où va le blanc de la neige quand elle fond ?
du bois, ce ne serait pas une référence à « Little house on the prairie » ?) Le cinéma de Tarantino c’est avant tout du rythme. Et
cette scène le démontre bien. Par son atmosphère bonace, elle nous invite à lire derrière ce qui s’ourdit. Le spectateur est invité à s’interroger sur les véritables intentions des personnages, à
déceler où se cache le contre-pied. Ceux qui trouvent bavard le cinéma de Quentin Tarantino sont ceux qui prennent ses textes au premier degré, qui ne peuvent déceler les différents niveaux
d’expression. Le texte est action et non information. Ce sont les mêmes qui n’ont rien à redire concernant celle de Sergio Leone, alors que c’est la même ! Un grand avantage passe pour un
inconvénient majeur pour ceux qui n’ont pas d’imagination. C’est héréditaire : on ne peut satisfaire un public qui n’a pas de talent.
en faveur de l’un, Tarantino
désaxe ses plans et utilise ses fameuses contre-plongées. En ce qui concerne Diane Kruger, cela a pour effet de faire flotter son personnage dans une sorte d’irréalité, comme en état de choc,
comme si elle ne comprenait plus très bien ce qui lui arrive. L’arrière-plan s’est évaporé, elle se retrouve isolée, tous ses repères s’évanouissant autour d’elle. Impossible de se sortir de la
tête ce plan exquis d’elle-même lorsqu’elle cherche sa chaussure dans la poche de Christoph Waltz. Continuons et attachons-nous maintenant à la scène de rencontre entre Mélanie Laurent et
Christoph Waltz, surnommée par les intimes « scène du strudel ». Tout pourrait porter à croire que la mise en avant de cette pâtisserie et de son accompagnement (de la crème)
ne sont que des accessoires et qu’ils n’ont pas plus d’importance que cela. A la limite, ils ne seraient pas venus, on n’était pas fâchés, comme aurait pu dire le poète. Oui, d’ailleurs, pourquoi
Tarantino laisse-t-il tant de place à ce gâteau ? Quelle idée se cache derrière le strudel ? Peut-être qu’en vous attardant sur sa façon de filmer la crème en très gros plan vous
obtiendrez un indice… En tout cas, rien que pour vous donner un ordre d’idée, voilà ce qu’est le talent de Quentin Tarantino. Irait-il plus vite que ses confrères ? Plus vite qu’Usain
Bolt ? Plus vite que le cinéma ? Plus vite que la lumière ? Euh… S’il va plus vite que la lumière, comment peut-il voir où il va ?

peupler nos
vertiges émotionnels. Quand Tarantino nous donne PULP FICTION, c’est le plus grand. Quand PUMP UP THE
VOLUME vous donne envie de dire des horreurs, c’est le plus grand. Quand vous voyez
le début et attachons-nous
à la définition de la poésie. Selon
Le film est
aujourd’hui tombé un petit peu dans l’oubli alors qu’il fonctionne encore outrageusement. Attention, il s’agit toutefois d’un film bizarre, kitsch, baroque et grotesque. Mais aucun de ces
qualificatifs n’est péjoratif à mon sens.