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LUMIERES

Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /2009 00:33

            La plus grande arnaque jamais mise en œuvre ce n’est pas le bug de l’an 2000 qui devait tout faire sauter, ni les O.G.M. qui devaient résoudre la faim dans le monde, ni la guerre en Irak déclenchée pour trouver des armes de destruction massive, ni le réchauffement climatique, ni le suicide de Pierre Bérégovoy, et encore moins Bernard Diomède parmi les champions du monde 1998. Non, la plus grande arnaque jamais mise en œuvre c’est la machine à écrire. A part cet objet et Louis Garrel, Dieu a plutôt bien fait les choses. Parce qu’il faut bien dire ce qui est : s’il y a bien quelque chose qui ne sert à rien, c’est la machine à écrire. Ah bon ? Moi, j’aurais dit Louis Garrel… C’est la plus mesquine de toutes les machines. D’ailleurs, elle ne mérite pas cette appellation. La machine à laver, elle, bosse sans minauder. Que ce soit pour le linge ou la vaisselle, il suffit d’appuyer sur un bouton et elle fait le boulot. Idem pour la machine à pain. La machine à bulles fait ses bulles tranquillement dans son coin dès lors que le bouton marche est actionné. Mais la machine à écrire ? Vous avez beau la poser en plein milieu de votre table, le roman ne s’écrira jamais tout seul. Belle escroquerie ! C’est définitif, mon désamour avec la machine à écrire est désormais consommé. Quand on pense qu’elle a entraîné la machine à coudre dans son sillage ! Voilà même qu’au fil des ans la technique s’est emparée de la chose et qu’elle a donné naissance au clavier. Enfin… C’est toujours rassurant de savoir que l’ordinateur a l’intelligence de celui qui s’en sert.

            Cinéma en salle. Séance de 20 heures. Je me rappelle pourquoi je ne vais plus voir les films à cette heure-là. Marre de la beaufitude de ces rustres qui amènent leurs couverts et mangent leur salade pendant les bandes-annonces. Le cinéma et ses spectateurs évoluent-ils au même rythme ? Je crains que l’aide qu’il leur dispense ne soit pas celle qu’il vise.

Le film : LE VILAIN d’Albert Dupontel, mais l’affiche dit d’un air facultatif : « LE VILAIN - Un film de Albert Dupontel ».

Eh bien, mes amis, le moins que l’on puisse dire c’est que « La lumière vient du fond » reste le plus fort, le site ultime de référence, celui qui résonnera encore dans toute la galaxie lorsque la guerre nucléaire aura fait rage. Je sais, c’est un peu démotivant pour ceux qui ont et auront toujours une mimolette de retard, ceux-là même qui veulent imposer un contrôle pour voir si je ne me dope pas. Cette vile bassesse ne me fera jamais nier. La drogue n’est pas interdite dans le processus de création artistique, et c’est bien ce qui prouve une fois de plus que les plus cons dans tout cela, ce sont encore ces pédés de sportifs !

L’objet de notre dernier article concernant le cinéma de Albert Dupontel (qui se clique ici) vous le représentait sous l’angle le plus juste qui soit et que LE VILAIN corrobore avec faste. Dupontel fait des films de superhéros. Et c’est en s’inspirant du film UNBREAKABLE de M. Night Shyamalan que lui est venue l’idée de LE VILAIN. Il s’entoure donc d’une équipe de choc, choisit Samuel L. Jackson pour incarner la maman invincible, le grime en conséquence et le blanchit un peu pour faire plus couleur locale. Et les maquilleurs ont mis la main au panier parce que pour le reconnaître, le Samuel, faut vraiment être de mauvaise foi ! Mais disons que, d’une manière générale, pour tous les comédiens, ils ont bien bossé, tant et si bien que des rumeurs ont commencé à naître sur la Toile, révélant que ce serait en fait Eddie Murphy qui jouerait tous les rôles. Rien ne permet pourtant d’être catégorique…

Le principe est très vite annoncé. Samuel L. Jackson le dit lui-même, la mort ne veut pas de lui. Et les faits viendront justifier cette affirmation, rompant tout soupçon quant à la sénilité qui guette son auteur (l’accident du camion dont il réchappe miraculeusement, la chute dans l’escalier suivie de son horloge qui lui tombe dessus en sonnant l’heure de sa mort mais en fait non…) C’est donc un superhéros, il n’y a point de doute, et, comme tous les superhéros, il a des superpouvoirs. En l’occurrence, il a mis au monde un enfant (c’est Albert Murphy). Qui plus est, il lui a transmis des superfacultés. Difficile de savoir exactement lesquelles mais ce qui est très clair c’est qu’il est doué pour éviter les balles qui fusent en sa direction (c’est ce que nous dit la scène où il est poursuivi jusque dans la banlieue pavillonnaire ou gît la mère Jackson). Toutefois, il va quand même se prendre une balle dans l’épaule droite, habileté scénaristique destinée à nous informer qu’en dépit des puissances qu’il possède, celle d’être immortel ne lui a pas été transmise.

Le décor est planté. Dupontel s’échine toujours à composer un monde non réaliste. Nous voilà transbahutés entre différents effets humoristiques allant du jeu de mots au cartoon enjoué. Le rythme est soutenu. Pour faire en sorte que son film ne piétine jamais (ce qui serait le cas si le rythme restait tel du début à la fin), Dupontel se ménage des phases d’accalmie qui vont jouer le rôle de rampes de lancement pour les moments plus soutenus. Du coup, le film est plus qu’agréable dans son fonctionnement primaire. Un peu de montage vient relever l’ensemble. Bref, nous sommes bien loin de la Norme Française et c’est tant mieux. L’histoire n’a plus qu’à nous livrer ses codes secrets. Deux superhéros. L’un qui peut mourir. L’autre qui cherche à le devenir. Le synopsis est prêt à nous guider sur les voies de l’ascendance sociale, chère à notre Albert.

LE VILAIN Alors, nous avons pu entendre beaucoup de choses très contradictoires à propos de ce film et notamment qu’il annonçait un Albert Murphy plus méchant que la moyenne. Au final, le film n’est pas si méchant que ça et révèle même une morale du méchant au cœur en sucre d’orge. Evidemment, comme à chaque fois que la critique s’en prend à un film qu’elle n’a pas compris, elle préfère parler du film qu’elle aurait aimé voir et non de celui qu’elle a vu. Et c’est dommage car si elle avait été attentive au lieu de feuilleter son dossier de presse, elle aurait remarqué que la méchanceté n’est jamais une composante des personnages principaux chez Dupontel. Si nous sommes dans l’affrontement de superhéros à la manière de UNBREAKABLE, ce n’est pas parce que Samuel L. Jackson campe une vieille personne éminemment bonne (à la manière du couple Catherine Jacob/Eric Prat dans TATIE DANIELLE) qu’à l’opposé Albert Murphy doit être obligatoirement méchant. Et le titre du film dit bien qu’il est vilain. Même s’il est vrai qu’une certaine cruauté anime Albert Murphy, ce qui l’intéresse avant tout c’est le jeu. Il traverse la vie comme dans un jeu vidéo (petit retour à la scène de braquage qui introduit son personnage). Cinématographiquement, le parti pris est forcément intéressant. Et le jeu c’est donc l’ascendant qu’il peut prendre sur quiconque, à commencer par ses camarades de classe, comme le montrent les trésors de guerre qu’il retrouve dans la trappe de sa chambre. L’essence d’un superhéros est d’être le plus fort. Et Albert Murphy veut montrer sa supériorité mais aussi entendre dire par ses adversaires qu’ils sont plus faibles. Parce qu’aujourd’hui il ne sert à rien d’être le plus fort si les autres ne sont pas les plus faibles.

LE VILAIN est un film très très drôle. Porte de sortie réjouissante de ce cinéma français qui abhorre la prise de risques et vit de ses subventions. Les difficultés avec lesquelles Dupontel monte ses films synthétisent parfaitement l’impasse dans laquelle le cinéma français se trouve acculé. S’il est vrai que BERNIE reste son chef-d’œuvre en terme d’humour, LE VILAIN doit énormément à l’écriture de Dupontel ainsi qu’à l’interprétation d’une grande partie des comédiens. Et Nicolas Marié en tête, livrant une composition de médecin complètement loufoque. S’il est exact que son personnage de vieux médecin alcoolique aux cheveux ébouriffés, à la carrière prometteuse brisée du jour au lendemain, devenu à moitié fou depuis, n’est pas un parangon d’originalité, ce n’est cependant pas un motif de reproche car Albert Dupontel aime jouer avec ces clichés. C’est lorsque le comédien étoffe son personnage qu’il prend une couleur plus intéressante. Il amène tellement de souplesse dans son interprétation qu’il semble ciseler petit à petit toutes ses caractéristiques autant physiques que psychologiques. Si l’on ne s’arrête pas à son apparence première mais que l’on essaie d’approfondir les détails de son interprétation l’on peut découvrir quelques trésors d’interprétation comme en témoigne son regard habité, passant du brouillard le plus épais à l’exaltation la plus pure. Tout semble amené l’air de rien. De la première pression à froid ! Ses scènes sont un délice. Albert Murphy, lui, est un comédien hors pair, parmi les plus grands que nous ayons en France, il est cependant assez bizarre de noter qu’il sert mieux ses acteurs. Nous avons constamment la sensation qu’il en garde sous la semelle (c’est valable dès l’écriture). Curieuse attente d’une frénésie qui ne viendra jamais. Albert Murphy est extrêmement doué, il pourrait sans nul doute s’autoriser plus de place. BERNIE prouve que ce ne serait pas trop.

Ce qui nous laisse plus sur notre faim est la mise en scène. Etonnant de constater que le réalisateur ne progresse pas tant que cela et déguise toujours ses films des mêmes lacunes. Nous avons parfois droit à des plans avec une lumière joliment sculptée, puis des plans étrangement moins beaux. Parfois il cherche à surcomposer le cadre, les axes se succèdent sans cohérence, des plans viennent « mordre » le champ/contrechamp des retrouvailles etc. Tout cela provoque une réalisation de guingois, très priceless. C’est la marque de fabrique Dupontel. Pas que nous aimerions la voir changer, mais évoluer (comme nous le disions). Car tout cela semble mené par une réalisation qui sait très bien où elle veut aller, mais usant d’un dispositif qui la sublime peu. C’est très habile. Mais plus décoratif, voire pédant, que complémentaire. Du cinéma qui manque de constance et d’homogénéité. Mais du cinéma quand même, à défaut de se la jouer kaiser façon west coast.

            Dans la présélection des courts métrages en route pour les prochains César, l’occasion nous a été donnée de renforcer notre profonde conviction que l’originalité n’est jamais à l’honneur, que l’on n’encourage pas les jeunes réalisateurs à faire des films avec des morceaux de cinéma, et que le court métrage est sûrement un bien meilleur refuge que le long pour ceux qui n’ont rien à dire. Lorsque je m’occupais de la programmation d’un site Internet qui vend des films en V.O.D., je me suis confronté à cette cohorte de jeunes réalisateurs de tous bords, forgés au feu de la persévérance. Ce qui fait peur c’est qu’ils sont partout. C’est un étudiant de la F.E.M.I.S., c’est un parfait autodidacte, c’est celui qui a gagné un prix dans un sombre concours, c’est la personne que vous croisez dans la rue, c’est votre tante, c’est un employé de La Poste qui témoigne de sa fainéantise en faisant des plans fixes, c’est un chien, c’est un personnage des Sim’s etc. Bref, aujourd’hui on tourne un court métrage comme on se fait faire un tatouage. Et inutile de vous dire que le résultat n’est pas franchement cordial. Le nombre de fois où je suis passé en mode berserk ! Car le pourcentage de films à sauver est encore plus infime qu’en ce qui concerne les longs métrages.

Non seulement ceux qui sortent des écoles n’ont pas été formés à développer leur univers mais à répondre à des concepts d’exigence idéologique. S’il n’est pas nécessaire d’avoir tourné de bons films pour enseigner le cinéma, il n’empêche que nous souffrons maintenant d’un déficit de perpétuation de l’espèce. Et donc, en plus de cela, cette ancienne génération de réalisateurs qui ont assommé le cinéma français à coups de massue à chacun de leurs opus, à donné naissance à une nouvelle race obscure qui croit qu’il suffit d’acheter un téléphone portable pour s’autoproclamer réalisateur (encouragés qu’ils sont par cet immonde Festival Pocket Films).

Heureusement l’Académie des César voit tous les courts métrages et sélectionne la crème de la crème ! Et là, je pense wakizashi…

LES WILLIAMS 1. C’EST GRATUIT POUR LES FILLES de Claire Burger et Marie Amachoukeli

Cela renifle les comédiens amateurs et l’improvisation. La direction d’acteurs est plutôt précise à grands coups de Pialat dans la tronche, des phrases qui s’entrecoupent, de l’approche documentaire qui évite de se poser des questions existentielles sur la mise en scène (ce qui se vérifie par le nombre de plans rapprochés)… Tiens, tiens ! Les réalisatrices sortent de la F.E.M.I.S. !!! Oh, je vous vois venir… Chut ! Ne me faites pas dire ce que j’ai pensé !

Vous repasserez évidemment pour la photo, le son, l’amour du geste et le pourboire. Les deux fautives s’axent sur leurs comédiens et leur scénario. Pendant ce temps, le cinéma se fait la malle. On a des choses à revendiquer sur la jeunesse d’aujourd’hui, on vous en ressert une louche de réalisme social…

A la fin de la projection, je m’engonce dans mon fauteuil espérant qu’ils ont sûrement ouvert par le plus terrible. C’était en fait l’un des moins pires.

2. VOYAGE AUTOUR DE MA CHAMBRE de Olivier Smolders

Dépaysement total pour ce film qui nous fait voyager sans changer d’endroit. Le film démarre plutôt bien. Il semble surgir de brumes abstraites. Images fixes. Voix off. Mais la mutation ne vient pas. Il reste confiné à sa première idée. Sa seule. Son unique. C’est un problème récurrent parmi ces films : les réalisateurs se contentent d’avoir trouvé une idée qu’ils exploitent jusqu’au bout pour nous vendre leur film-tapisserie. Plus le film avance et plus sa fin s’éloigne. C’est verbeux, littéraire, pompeux et ennuyeux.

Pendant 26 minutes, je regrette d’avoir dit du mal de SHOOT ‘EM UP !

3. LILA du Broadcast Club

Belle surprise. Des images d’anonymes en vacances au Pyla, rien qu’avec des chutes de films. Sur une musique pêchue et organique (très bon choix !). Un format 1.33 magnifique, arrondi sur les angles. Les réalisateurs en font une utilisation diablement valorisante en utilisant goulûment la profondeur de champ. C’est amusant, entraînant et très émouvant. Le montage calqué sur la musique crée une belle alchimie. 12 minutes seulement. La longueur ne fait rien à l’affaire. Comme disait la jeune mariée.

A la fin, quelques indications viennent s’apposer sur l’image, précisant le lieu et les dates au cours desquelles le tournage s’est déroulé. Au-delà du rapport diapositives/clips/documentaire, le film se termine en forme de publicité. C’est dommage. S’il y a bien une chose qui n’apporte rien ce sont ces précisions ! Dire que le reste du film était parfait !

4. LA RAISON DE L’AUTRE de Foued Mansour

Ah ! Revoilà le cinéma social et sa guimauve. Les sans-papiers sont nos amis, il faut les aimer aussi ! Crée un parti, Foued, moi je suis venu pour voir du cinéma.

5. LA HARDE de Kathy Sebbah

Alors là, il faut bien dire que le projectionniste du Balzac a déconné. 1 heure et quart de projection et gros coup de mou pour Giovanni. Ca peut se comprendre. Je ne sais pas ce qu’il a fait, s’il a interverti les bobines ou pris un vieux film diffusé au Festival du C’est Pas Comme Ca Qu’On Doit Faire, mais il faut bien avouer que LA HARDE a considérablement amenuisé l’intégrité de notre système immunitaire.

Des jeunes en voiture. Avec un fusil. Bon, pourquoi pas. On sait que le coup va partir avant la fin. Reste à savoir sur qui. Ils roulent sur une route. Bon. Jusque-là niveau suspense on s’est un peu foutu de notre gueule. Mais voyons la suite. Ils traversent une forêt. Sur la route, dos à eux, un homme marche. Il porte des câbles ou des tuyaux, je ne sais plus. En tout cas, ce ne sont pas des verres filés de Murano. Il n’a pas l’air avenant. Patibulaire. Rien de sympathique. Méfiance. Il porterait un t-shirt Hard-Rock Café que ce ne serait pas étonnant. Evidemment, les jeunes font ce que vous auriez fait, lecteurs amicaux, ils lui proposent de le déposer quelque part. Ah, le film avance ! Nous venons d’apprendre beaucoup de choses et notamment que ces bolosses n’ont jamais vu de films d’horreur. Je commence à espérer secrètement qu’ils le regrettent. Ils prennent donc l’homme avec eux dans la voiture, font un bout de brousse ensemble. Puis, ils s’arrêtent. Ils vont en profiter pour marcher un peu dans la forêt. Ils prennent le fusil avec eux. Mais pas le bonhomme. Ils marchent dans la forêt. Là, c’est le moment qu’a choisi le réalisateur pour laisser une pause au spectateur. Il peut s’endormir s’il le souhaite. Si j’avais su ! Les jeunes, quant à eux, continuent à marcher dans la forêt. Apparemment, ils aiment marcher dans la forêt. Puis, c’est la pause pour les comédiens. Ils se baignent dans un lac. L’un d’eux manque de se noyer. C’est alors que surgit notre auto-stoppeur que nous commencions à oublier. Il sauve le jeune gars. Il gagne alors le droit de marcher dans la forêt avec eux. Apparemment, lui aussi aime ça, marcher dans la forêt. Ensuite, ils tombent nez à nez avec un troupeau de Bambi. C’est le moment de tuer. L’un des jeunes prend le fusil tire sur un Bambi. Il le tire mal. Bambi n’est pas mort. Bambi souffre. Le bonhomme louche se rue alors sur le fusil, s’en saisit et tue Bambi, mettant ainsi fin à cette angoissante question restée en suspend depuis 2003 à cause du film de Gilles Marchand : QUI A TUE BAMBI ?

6. SEANCE FAMILIALE de Cheng Chui Kuo

Film avec des asiatiques, donc comique. Petit twist à la fin, un peu senti venir, mais le film bénéficie d’un scénario sympathique et d’une mise en scène affûtée. Nous aimerions que le film soit un peu plus gourmand, mais le réalisateur évite les effets de style qui auraient pu jouer contre lui. C’est déjà ça.

Un joli moment. Un peu trop sage. Une sorte d’essai transformé qui laisse présager un avenir prometteur. A suivre.

7. LE FEU, LE SANG, LES ETOILES de Caroline Deruas

Chouette, une publicité pour Perrier ! J’aime bien les publicités pour Perrier ! Ah non ! En fait, c’est un film anti-Sarkozy. Un film de propagande. Un vrai. C’est de bon goût dans les milieux artistiques, paraît-il, de taper sur Sarkozy. Pour lui donner un cachet intellectuel Rive Gauche c’est tourné en noir et blanc avec intertitres brefs, généraux et universels.

Ah, au fait, le film a été tourné dans la foulée de l’élection de notre président pour bien retranscrire le dégoût que la réalisatrice-citoyenne a éprouvé, des fois qu’elle oublie la semaine d’après. A part ça, Sarkozy est un salaud…

J’ai bien fait de me lever tôt, moi.

8. MEI LING de François Leroy et Stéphanie Lansaque

Très bon film d’animation. Il est question d’un amour impossible entre une asiatique et une pieuvre. Des scènes très courtes. Un graphisme enjôleur, les matières sont charnelles, les couleurs sont envisagées sous forme de textures, une belle part attribuée au son et à la musique. Bref, ça bosse dur pour nous offrir ce petit film à l’atmosphère étrange et terriblement érotique.

Un grand bravo à ces réalisateurs qui ne peuvent être qu’humbles et polis.

9. LES WILLIAMS d’Alban Mench

Jacques Bonnaffé et Denis Lavant règlent leurs comptes autour d’un chien qui exacerbe la véritable nature de leur amitié. L’écriture amène quasiment à chaque phrase un nouvel élément d’appréciation quant aux personnalités de chacun, de ce qu’ils ont vécu et de la situation en devenir. Tout s’emboîte parfaitement. Et vers une comédie poussée jusqu’à l’absurde. De jolies trouvailles. Des moments extrêmement drôles. Alban Mench nous régale de quelques pépites de mise en scène (facile, c’est quand il filme ce qui n’est pas écrit !)

Les deux comédiens arrachent leur personnage du scénario pour l’emporter vers des dimensions opposées d’autant plus qu’un casting inversé était en apparence plus évident. Alban Mench opte aussi pour une photographie très (trop ?) contrastée. Je ne suis pas sûr que ce soit un bon choix. L’image accroche un peu et nous en ressortons légèrement barbouillés. Quoi qu’il en soit voilà enfin un cinéaste qui a de l’humour, qui ose s’aventurer sur les chemins de l’irrationnel. Talent d’écriture indéniable.

10. MONTPARNASSE de Mikhaël Hers

J’avais oublié le fameux théorème qui dit que dans une sélection de courts métrages, le plus long est toujours le plus chiant. Sans ça, ce ne serait pas drôle.

57 minutes quand même ! En plus ce n’est pas 1 mais 3 courts au même menu. Qui se ressemblent tous, bien évidemment. Avec en fil rouge quelques plans du quartier Montparnasse vu que c’est le titre du film, histoire de se donner une raison de cohabitation. Montparnasse mal filmé. Aucune idée derrière ces plans. Quel est le but du réalisateur ? C’est flou. Les personnages tiennent des dialogues d’une banalité affligeante. Ils évoquent des personnes ou des événements qui nous sont étrangers, ils ne nous laissent pas le temps de faire connaissance, enchaînent très vite, ne s’éternisent pas, parlent de tout et de rien, jouent aux grands délicats… J’aurais mieux fait de me faire ensevelir sous un tas de fourmis rouges.

Vous l’aurez compris, le montage est purement fonctionnel, et moi je dis que lorsqu’il n’y a pas de montage, il n’y a pas de film. C’est l’étape qui le différencie des autres arts. Sauf que ce n’est pas ce que l’on apprend à la F.E.M.I.S.

Sans trop vouloir jouer les Candide, il faut reconnaître que l’intérêt du film n’est pas dans ses dialogues, mais dans les non-dits, ce qui affleure et n’ose pas être exprimé. Tout cela, ce sont de belles intentions, mais à ne rien vouloir exprimer Mikhaël Hers rate son film. Ce dernier s’isole dans la timidité, ne se trouve pas, ne s’incarne jamais (les comédiens sont constamment dans le même ton) et fait pleuvoir des parpaings. Vous comprenez, au cinéma l’ennui n’est d’aucun intérêt si vous filmez quelqu’un qui s’ennuie. Mikhaël Hers ne semble pas s’en préoccuper et construit son film comme un exercice de style rébarbatif et assommant. Il a beau s’échiner à diriger ses comédiens dans la subtilité, celle-ci ne fait jamais le jeu d’un quelconque intérêt scénaristique. Ce qui l’intéresse c’est uniquement la recherche du réalisme le plus juste. Elément extérieur à toute transposition.

11. MASQUES de Jérôme Boulbès

C’est le meilleur film. Et aussi le plus court. Conclusion ?

Déjà, en 2006, avec ECLOSION Jérôme Boulbès avait fait montre d’un grand sens de la maîtrise et de la concision. Aujourd’hui il récidive avec un film brillant, absolument somptueux. Travaillant toujours sur l’abstrait, il nous livre une mise à mort flamboyante, véhémente, joliment teintée d’ironie, et qui en dit long sur la soif du spectateur. La mise en scène exploite méticuleusement mouvements, musique et montage. Du cinéma de gourmet.



12. ¿ DONDE ESTA KIM BASINGER ? d’Edouard Deluc

Rien qu’avec un titre pareil nous avons envie d’aimer ce film.

Petit détour chez l’espèce la plus proche de l’homme : les argentins. L’histoire se déroule à Buenos Aires. Deux frères y débarquent. Le premier c’est Philippe Rebbot, grand escogriffe à mi-chemin entre Jacques Tati et Pierre Richard. Son physique est un atout imparable à sa composition de touriste fraîchement débarqué. L’autre c’est Yvon Martin (qui faisait la publicité des Knacki Ball) et qui est résolument dépressif à la suite d’une rupture sentimentale. La ville s’offre à eux et c’est parti pour profiter au maximum des promesses de la capitale. Un des principaux moteurs comiques du film est que nos deux compères ne savent parler la langue locale que très moyennement. Ils usent donc d’un françaispagnol hilarant, utilisé avec parcimonie mais toujours dans des moments charnières. Pas une seule facilité humoristique, une belle exploitation de ce tandem improbable et des situations loufoques. Une grande impression de simplicité se dégage de l’ensemble. Ainsi voyage le cinéma qui est serein.

            Je lis Geluck et son Chat qui dit : « Dieu a créé l’homme et ensuite, pour le remercier, l’homme a créé Dieu. » Il ne lui aura fallu que quelques mots pour résumer ce que je viens d’étaler tout au long de cet article, à savoir : les chemins de soi ne sont pas des routes illuminées.

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 20:55

            On ne s’en sortira pas ! Si tout continue de la sorte, c’est sûr, c’est la catastrophe planétaire assurée. Pas faute pourtant d’avoir été prévenus le mois dernier par ce grand pamphlétaire américain et prédicateur de renom qui ne cesse de nous alerter depuis des années sur la tenue plus que proche des Etats Généraux de l’Extinction de La Race Humaine et c’Est Bien Fait Pour Sa Gueule et Que De Toute Façon Il n’Y Avait Pas d’Autre Issue. D’autant plus que tout cela ne date pas d’hier, puisque ce sont ces grands fabricants de miel que sont les Mayas qui ont eu la riche idée de le révéler au monde entier. Jolie preuve qu’il n’est pas nécessaire d’avoir inventé la machine à flamber les bananes pour prendre conscience qu’on ne s’en sortira pas si les critiques officiels continuent à ne pas faire leur travail et à créer du talent là où il n’y en a pas.

Roland Emmerich promet l’apocalypse pour 2012 si l’amalgame se poursuit et qu’il ne mène pas de manière scientifique sur le chemin de la clairvoyance la plus honnête. Ne nous attardons pas trop sur la facture de cette énième divagation d’un pseudo artiste qui ne fait que projeter sur nous sa propre angoisse de la mort. Mais pas n’importe quelle mort. La mort la plus radicale, celle qui est définitive, celle qui foudroie tout sur son passage, celle qui ne laissera aucun témoignage de sa victoire totale. Bref, en grattant avec une pièce de monnaie vous verrez apparaître le délire monomaniaque d’un réalisateur dont la crainte au-delà de sa mort est de n’avoir existé sans avoir servi à quoi que ce soit. Bon, on a la clairvoyance, c’est déjà un bon début, non ?

Techniquement parlant, 2012 c’est le cinéma de l’excès.

Surenchère perpétuelle. Démoniaque. Perverse. Capitaliste. Si une femme vous demande d’y aller plus fort, plus profond, encore plus profond, toujours plus profond, arrêtez-vous là car, l’instant d’après, il est fort à parier que vous vous retrouviez à l’intérieur. Petite mésaventure dont témoigne aujourd’hui Roland Emmerich. 2012 va plus fort, plus loin, plus longtemps, met un pied dedans, puis deux, puis s’y retrouve plongé jusqu’à plus soif. Le grand mal de ces films qui ne s’autorisent aucune limite. Or, ce sont les limites qui fixent votre liberté et par-là même votre globalité. La contrainte est le salut de l’artiste. Sans quoi chacun bâtit les murs de sa propre prison (philosophie développée récemment dans le plus qu’intéressant A L’AVENTURE, dernier film en date du méprisé Jean-Claude Brisseau). Pour exploser toutes limites, la règle d’or de ces films d’action est d’avoir un recours immodéré aux effets spéciaux. Et voici que pas moins de 16 sociétés spécialisées affublent 2012 d’un linceul volumineux, surchargé jusqu’à la nausée.

Résultat : le film est maquillé comme un compte suisse. Tout pour l’effet. Roland Emmerich séjourne dans le cul du cinéma. Et ce dernier est constipé.

En dépit de l’abjecte philosophie que développe ce film national-socialiste, à savoir le sauvetage d’une élite de la population en vue de la refonte d’une nouvelle société, 4 millions de spectateurs français (plus de 150 millions de dollars amassés rien qu’aux Etats-Unis) sont déjà allés soutenir ce défilé de mode. Comme quoi nous ne voyons bien que ce qui nous arrange, et la réalité d’un film n’est jamais celle que l’on décide. C’est ainsi que les critiques conçoivent la malhonnêteté du rôle qu’ils ont à tenir, et que ces glissements progressifs annoncent leur mue prochaine en séismes de grande amplitude.

Ce qui est le plus frappant avec 2012 c’est son caractère erroné, dispensé bien avant sa sortie. En effet, pour peu que l’on s’intéresse à ce fameux calendrier Maya, on s’aperçoit très vite qu’il n’est rien qui permet de conclure à la fin du monde en 2012. Ce n’est juste qu’une simple interprétation (suite à des erreurs de traduction et de calculs), comme il a pu y en avoir concernant les écrits de Nostradamus, de Paco Rabanne ou des frères Bogdanov. En somme, le calendrier Maya n’a rien de mystique et la culture de cette civilisation ne s’appuie que sur une rationalité implacable. Les Mayas n’ont jamais prédit la fin du monde en 2012 ! Il était donc intéressant de voir un film qui prétend mettre en forme une prophétie inventée et impossible à défendre (pourquoi pas ? Diam’s vend bien des disques !). Qu’à cela ne tienne si le cinéma n’est affaire que de fiction ! L’affaire devient plus dérangeante lorsque le film est vendu comme le produit de sa démonstration et que son réalisateur parade comme l’adepte d’une secte d’illuminés. Confirmation de facto de ce que nous avancions plus haut : 2012 n’est qu’un film de propagande, estampillé nanar de luxe, un peu idiot et surtout très peu convaincant (ce qui est un comble).

Il paraît que les grands cinéastes, ceux dont le génie les rend incontestables, sont tous des visionnaires. Attiré par les dorures de ce titre, Roland Emmerich nous prouve qu’il peut faire partie de ce cercle très fermé. Nous pourrons dire qu’il nous l’avait annoncé : 2012 est véritablement un film catastrophe.

            En signe de protestation (et aussi un peu parce que plusieurs points de suture m’y obligent) « La lumière vient du fond » est fière de vous annoncer que l’intégralité de cet article est rédigé avec une seule main. Fallait pas me chercher ! Je suis capable de tout, moi !

            A croire que la critique fomente cette fin du monde eschatologique. Si nous nous référons à la sortie de VILLA AMALIA, elle s’est une nouvelle fois distinguée par sa promptitude à servir des offrandes aux Dieux qu’elle érige et que nous sommes obligés de supporter du fait de leur sacralisation ad vitam eternam. Elle fait et défait les réputations en fonction des jours ouvrables, de la tête du client, du  coefficient de notoriété, de l’indice de remerciement dont le cinéaste aura fait preuve envers elle, de l’amplitude du champ magnétique terrestre, du numéro de série des véhicules conduits par Jacky Ickx et de l’indice de masse graisseuse de Valérie Damidot. C’est pour cela que nous en sommes encore à supporter du Jean-Jacques Annaud et autres Jacques Rivette. Mais avez-vous remarqué comme elle passe sous silence Abel Ferrara, lui qui fut jadis porté au pinacle ? Et cela pour ne prendre qu’un seul exemple. Il en va comme cela de la critique française. Pour en faire partie il est préférable de chercher à dire quelque chose d’original plutôt que d’avoir un point de vue intéressant à développer. Les personnalités ne comptent plus. Vous pouvez en faire l’expérience en regardant chaque semaine « Ca balance à Paris » sur Paris Première.

Benoît Jacquot, lui, s’accommode de tout cela pour continuer à nous abreuver de son cinéma exsangue, lénitif et cloîtré. Je crois que nous n’avons jamais parlé de lui et pour cause, il faut avoir sacrément des heures à perdre pour entreprendre sa filmographie. A mon actif : LA DESENCHANTEE, LA FILLE SEULE, LE SEPTIEME CIEL, LA FAUSSE SUIVANTE, L’ECOLE DE LA CHAIR, PAS DE SCANDALE, SADE et ADOLPHE. Enfin une liste qui ne fera aucun jaloux !

La voici donc cette fameuse Norme Française !

Celle qui fait du cinéma français la quintessence de l’emmerdomorphisme passionnel, juste retour des choses d’une grammaire suffisante, fainéante et plus que jamais falote. Benoît Jacquot écrit son nano cinéma à l’encre de sa complaisance. Il cristallise tous les maux d’un cinéma à qui l’on reproche de ne pas s’être encore affranchi de la Nouvelle Vague. Le problème avec cet héritage c’est qu’il devient difficile de savoir ce qui peut s’en rapprocher de ce qui ne le caractérise en rien, tant le cinéma français a prétexté s’inspirer de ses auteurs sans en comprendre forcément ses principaux composants. Et Benoît Jacquot n’a rien à voir avec tout ceci. Benoît Jacquot c’est le retour en arrière d’une forme contre laquelle la Nouvelle Vague luttait, mais qu’elle n’a pas réussi à éradiquer. Pourtant, il fait partie de ce groupe susnommé car l’amalgame dont nous parlions aboutit aujourd’hui à considérer détenteurs de l’ordre de la Nouvelle Vague et Promoteurs de la Qualité Française comme partisans d’une seule et même idéologie. Ce qui se vérifie annuellement lors des films de fin d’étude de la F.E.M.I.S, concentration excessive d’œuvres académiques, où tout se confond tant soit peu que rien ne déborde de ce savoir-faire conservatiste et grégaire, qui tombe sous le coup du label « chiantissime ». L’une des principales raisons à cela est que, dans cette école, il bien plus facile d’apprendre à réaliser des films selon des critères prédéfinis, puisqu’on n’y enseigne aucunement la mise en scène (chose obscure qu’il vaut mieux laisser au théâtre. Ce qui est bizarre c’est que ce dernier ne bénéficie non plus d’aucune école de mise en scène. Cette F.E.M.I.S. pourrait alors très bien s’apparenter à nos Conservatoires Nationaux, viviers extraordinaires de dépositaires du jeu à la française. Tu le sens le besoin de contrebalancer l’hégémonie de l’Actors Studio ?)

Nota Bene : d’apparence similaire « chiantissime », le film A L’AVENTURE de Jean-Claude Brisseau fait de la mise en scène, est bourré d’erreurs (même techniques) et de maladresses, mais s’oppose en tout et pour tout au cinéma de Benoît Jacquot, et relève mieux le défi de la Nouvelle Vague.

Parlons du film pour y voir plus clair.

Au casting, Isabelle Huppert et Jean-Hugues Anglade brillent de mille feux, pouvaient-on lire un peu partout. Huppert en pianiste desséchée et Anglade en garçon de bonne famille avec raie sur le côté, effectivement, quel casting osé ! Le pire est à venir : Xavier Beauvois, autre chouchou de la critique (on bosse en famille, ça évite de faire passer des castings ; John Cassavetes, lui, avait au moins l’intelligence de choisir sa famille !), est à la mesure de ses films, c’est-à-dire creux, anodin et éreintant. Charactérisation binaire, approche artificielle de la relation à l’autre, ton monocorde, dissipation anorgasmique des situations de crise, bref, vous l’aurez compris, ce n’est pas du poulet élevé en plein air, tout ça !

Si VILLA AMALIA et ses comédiens manquent de générosité c’est parce que Benoît Jacquot est un cinéaste du refus. Il se défend de vouloir explorer les différentes amorces de son scénario, il s’oppose à l’incarnation des personnages, il s’interdit toute psychologie, il exclut toute profondeur (donc tout relief), il décline toute sortie du réel etc. Là où chaque contrainte pourrait alimenter un processus créatif, Jacquot nie toutes les possibilités que lui offre le cinématographe, n’emprunte aucune voie de secours pour pallier à ses divers manques et ne se permet de travailler qu’à l’échelle de l’infiniment petit. Cinéma réducteur.

Intrinsèquement, VILLA AMALIA n’est qu’un repaire abrutissant de clichés, d’effets moralisateurs déguisés en brèves de comptoirs et de redondances superficielles. C’est du cinéma bourgeois digne du cinéma de pépère, avec femme trompée, ancien ami qui aimerait se la jouer nouvel amant, lesbianisme de bon aloi de façon à encanailler le chaland (nouvelle justification que nous sommes dans du cinéma bourgeois plus qu’affirmé)…

Il faut savoir que le film est une adaptation du roman homonyme de Pascal Quignard (dit Qucho, comprenne qui pourra), ce qui permet de comprendre bien des choses. Parce que Benoît Jacquot ne fait qu’exposer la trame du romancier. Or, VILLA AMALIA aurait besoin de sensitif, c’est-à-dire de plans travaillés dont le langage transposerait toute la poésie du lire. Pour cela, Jacquot croit qu’il suffit de filmer les mots de Quignard. S’il est écrit qu’Isabelle Huppert marche dans l’herbe, il filme de l’herbe, s’il est écrit qu’elle regarde le sol, il filme le sol etc. Du coup, scénaristiquement, le film s’étire laborieusement et la première heure est sans élan puisqu’elle ne décrit qu’un seul et même acte ! Celui d’une femme qui a décidé de tout plaquer et de disparaître aux yeux de la société. Et c’est parti pour les aventures d’Isabelle Huppert en prise au fichage de ses moindres faits et gestes ! Isabelle clôt son compte bancaire, Isabelle ferme sa ligne téléphonique, Isabelle efface ses traces, Isabelle fait de la randonnée, Isabelle abandonne ses habits, Isabelle nourrit son tamagochi, Isabelle se fait un masque de beauté aux algues thermophiles, Isabelle fait un atelier Mako moulage, Isabelle remonte l’Allier en pédalo, Isabelle fait une crise d’hypoglycérine… Ames sensibles s’abstenir, donc.

Même si l’élément déclencheur (l’adultère) est clairement explicite, Benoît Jacquot ne cherche pas expliquer l’acte d’Isabelle Huppert. C’est positif. Ici, le film semble évoquer une piste intéressante sur la disparition du personnage comme acte symbolique. C’est très curieux au sein d’un film (ou d’une pièce de théâtre, aussi). Ce qui ne peut nullement justifier que les comédiens effacent toute notion de jeu. C’est inacceptable ! Qu’ils se disputent, qu’ils fassent l’amour, qu’ils se disent les pires horreurs, que leurs yeux évoquent leur ressenti, tout à la même valeur et concoure à harmoniser l’ensemble.

Naïveté ou cuistrerie ?

Sinon, le montage s’octroie la permission de couper certaines scènes toujours un peu plus tôt que prévu. C’est toujours bienvenu mais ne rattrape pas le manque de liant, de gourmandises.

Pour toutes ces raisons et de la même manière qu’Olivier Py s’ennuie pendant les répétitions avec ses comédiens ou qu’Eric Rohmer s’endort sur ses tournages, je crois sincèrement que Benoît Jacquot n’est pas heureux derrière une caméra.

Assimilons ce qui pourrait lui arriver de mieux à cette histoire vraie.

Un homme était particulièrement inconditionnel d’un célèbre pianiste. Il poussait son admiration jusqu’à se déplacer à tous ses récitals, même à l’international, et ce dans le domaine du possible.

Un jour qu’il venait d’assister à l’un de ses concerts, cet homme se décida pour la première fois à pousser la porte de la loge du maestro. Ce dernier voulut bien le recevoir. Face à son idole, l’homme ne put tarir d’éloges suite à sa performance du soir, impeccable comme à son habitude. Il lui avoua son admiration effrénée, confessa qu’il le suivait depuis des années, qu’il avait tous ses enregistrements, qu’il avait assisté à quasiment tous ses concerts, bref, qu’il était son fan numéro 1. Le pianiste ne savait plus trop où se mettre tant les superlatifs se succédaient et que les compliments ne cessaient de l’ensevelir. Il prit ce discours très humblement, remercia son invité, et l’assura que tout cela lui allait droit au cœur. Notre groupie qui se trouvait enfin devant cette personne qu’il vénérait depuis des années, ne se décidait pas à partir, voulant profiter jusqu’au bout de cette rencontre unique. Après un long entretien, il finit par quitter la loge, laissant son hôte ivre de toutes ces paroles si gratifiantes. En passant la porte, il hésita un bref instant, se retourna vers l’homme aux doigts magiques et lui dit :

- Je vous remercie vraiment de cet instant privilégié que vous avez bien voulu m’accorder. En tant que spectateur, on a parfois l’impression que notre rapport avec l’artiste est à sens unique et que celui-ci à plus d’intimité avec sa musique qu’avec nous, ce qui est sûrement vrai. C’est pourquoi j’aimerais vous demander une faveur…

- Eh bien, je vous écoute.

- Voilà. Je sais que le mois prochain vous vous rendrez à Berlin pour un concert exceptionnel qui célèbrera vos 30 années de carrière. J’y serai moi-même, mais dans la salle, comme vous vous en doutez. J’aimerais qu’à moment donné vous fassiez une fausse note, juste une, de celles indécelables et dont je serai le seul à savoir qu’elle m’est adressée. Faites-la n’importe où, quand cela vous arrange, mais faites-le pour moi, s’il vous plaît. Ce sera mon bonheur personnel, en souvenir de cette brève amitié.

Le pianiste se retrouva bien embarrassé par cette demande, mais devant l’insistance de l’homme il accepta et lui donna rendez-vous dans un mois. Et la porte de la loge se referma après une poignée de mains rapidement échangée comme pour entériner ce pacte.

Les jours défilèrent et le grand jour arriva.

L’homme était évidemment dans un état d’excitation totale. Il s’installa dans le fauteuil qui lui était réservé et consulta consciencieusement le programme qui lui avait été remis. Il commença à émettre des pronostics quand à l’endroit où le pianiste allait bien pouvoir lui adresser ce clin d’œil musical. Plusieurs moments avaient ses faveurs. Mais avant qu’il n’émette un pronostic définitif, le maestro arriva sur scène accompagné des applaudissements de rigueur. L’homme s’engonça dans son fauteuil, le sourire aux lèvres et l’ouïe plus affûtée que jamais. Le concert débuta. L’homme fut particulièrement attentif pendant tout le premier mouvement espérant y déceler le bref instant qui lui était dédié. Mais il ne vint pas. Il fut alors encore plus attentif lorsque le pianiste inaugura le second mouvement, la tension montant toujours d’un cran. Mais les notes étaient parfaites. L’homme pensait fermement que ce serait dans le troisième mouvement que le « phénomène » se produirait. Mais toujours rien. Et plus le concert se poursuivait moins l’homme pensait avoir la chance d’entendre cette fameuse fausse note. Effectivement, le récital se termina sans qu’aucune adresse personnelle de la part du pianiste ne lui parvint. L’homme sortit de la salle en fureur. Il était extrêmement déçu et très en colère. Il commençait à pester contre cette personne qu’il admirait tant. Il faisait les cent pas dans le hall, agacé comme jamais il ne l’avait été. Il essaya de trouver mille excuses, échafauda toutes les raisons possibles qui avaient pu conduire le pianiste à se moquer de lui de la sorte. Toujours très remonté, il se dirigea vers la loge sacrée. En essayant de se calmer, il entra et son regard fixa tout de suite celui du maestro. Ils se saluèrent. Le maestro fut évidemment félicité, puis la discussion dériva très vite sur ce qui accaparait l’homme depuis le début.

- Maestro, lui lança-t-il, vous vous rappelez, il y a un mois je vous avais demandé une faveur…

- Oui, je me souviens, mon ami…

- Eh bien, je ne comprends pas. J’ai attendu pendant tout le concert. J’ai guetté la plus petite de vos fautes, et pourtant pas la moindre fausse note. Mais enfin, qu’a-t-il bien pu se passer ?

Visiblement embêté, le regard baissé, le maestro inspira profondément, releva la tête en direction de l’homme et lui répondit :

- Le trac !

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /2009 02:51

            Le 02 septembre 2009, Christian Poveda a été retrouvé avec une balle dans la tête. Tonacatepeque, Salvador. Ce cinéaste venait de réaliser LA VIDA LOCA, documentaire sur les maras (gangs d’Amérique centrale et latine dont la principale activité est le trafic de drogue) et particulièrement la Mara 18. Gangs extrêmement violents. Extorsions, exécutions d’innocents, esclavagisme sexuel, tortures d’enfants etc. Groupes armés aux tatouages proéminents et agressifs, qui ne reculent devant rien. La mort ambiante.

LA VIDA LOCA est sorti en France le 30 septembre 2009. Auparavant, il fut diffusé sur Canal + Espagne. Piratage. DVD vendus pour pas cher. Certains membres des maras accusaient Christian Poveda de se faire de l’argent sur leurs dos tatoués. Menaces. N’ayant plus de bâton sous la main, ils jouèrent à la baballe avec Christian. Ce dernier ne la ramènera plus.

Cette fois-ci, c’est certain : le piratage tue.

Ces gangs sont notamment issus de ceux de Los Angeles, que le gouvernement américain n’a jamais réussi à disloquer. Ramifications au Guatemala, au Mexique, au Honduras, au Nicaragua etc.

            Honduras. Edgar Flores fait partie de l’un de ces gangs. Le coeur gros, il tue le chef qui venait d’ôter la vie à sa petite amie. Tricard. Fuite. Il rencontre Paulina Gaitan avec qui il se lie. Elle cherche à gagner les Etats-Unis clandestinement. Chose assez rare, le film devient, sur une grosse partie, une sorte de railway movie. Edgar est seul. Nulle part où aller. Pas d’argent. Misère. Le gang à ses trousses. Un voyage comme une sorte de pèlerinage funèbre, triste et désenchanté, sur le bilan de ce qu’Edgar a fait de sa vie. Il sait qu’il ne pourra pas échapper à la mort. Le gang est trop présent. Partout. La mort est sa marque de fabrique. Son quotidien. C’est par elle qu’il fait régner la peur autour de lui. Edgar sait son futur inéluctable.

Même en sachant où le scénario nous emmène, SIN NOMBRE se suit plutôt agréablement. L’idée de Cary Fukunaga n’est pas de suivre le gang mais de relever sa radicalité et ses injustices à travers le parcours de l’un des siens. Thématique de l’exil. Edgar cherche à fuir l’illégalité dans laquelle il s’était réfugié. Paulina, elle, cherche à y rentrer. Sûrement parce que le rêve d’une existence meilleure est un espoir à la fois collectif et individuel. Chemins croisés. L’échelle sociale est pénible à gravir. Même ceux qui promettent un avenir meilleur ne sont que des propagateurs de misère. Le constat du réalisateur est noir et désespéré. Juste lucide.

Sortie le 21 octobre 2009.

            La mort est un tourbillon qui ne vous lâche plus une fois que son mouvement s’empare de vous. La mort comme un ballet de lumière. Programme alléchant d’AFTERWARDS signé Gilles Bourdos.

Le film démarre de manière sublime. L’introduction se dandine comme si de rien n’était, se focalisant sans arrière pensée sur deux enfants. Première déviation inattendue. Suivie d’un choc énorme. Scène violente extrêmement bien réussie. Tout cela est décidément très bien amené et laisse en suspend la cause même du film. AFTERWARDS s’ouvre sur un mystère immense. Pourquoi cette brutalité ? De quoi est-elle à l’origine ? Quelle est sa nécessité d’exister des premières secondes ? Pourquoi les pilotes kamikazes portent-ils un casque ? Et puis, une ellipse temporelle… Les choses se calment. Nous reprenons le cours de notre programme de manière plus classique. Gilles Bourdos s’attache à suivre Romain Duris. Par petites touches nous en apprenons un peu plus sur ce personnage. L’histoire se développe. La mort. Encore et toujours. Romain Duris enfermé dans son passé. John Malkovich capable de discerner ceux qui vont mourir. Et toujours cette première scène qui revient de manière lancinante sans trouver de justification. Nous pouvions croire que le film s’orientait vers un travail de deuil. Pas du tout. Qu’il amorçait toute la conséquence de son développement. Pas du tout. Enfin, pas tout à fait. Parce que cette scène n’est pas primordiale à l’action. Elle n’est même pas forcément nécessaire. Et son emplacement est presque arbitraire, même si c’était le meilleur choix possible.

AFTERWARDS ne livre pas ses secrets. Il faut s’attendre à un film puzzle où tous les éléments seront vraisemblablement donnés vers la fin et permettront de donner une logique de vie à tout ce qui a été dispersé au préalable. Et là nous rentrons dans la géométrie invariable du scénariste malin. Cela va généralement à l’encontre du respect des personnages et des situations. Les coups de théâtre interviennent comme des relanceurs de rythme là où l’histoire s’essouffle. Annihilation des espoirs placés dès le début du film. Parce que ça bossait plutôt pas mal. Lee Ping Bing compose une lumière très sophistiquée. Très luxueux. Comme s’il cherchait à matérialiser la chaleur humaine. Beau. Composition picturale en feux d’artifices. C’est surtout le scénario qui peine à coups de redites et d’embourbements. En fait, il est difficile de savoir ce que le film cherche à dire. Parce que toutes les pistes semblent s’évanouir les unes à la suite des autres. Tout cela est la conséquence de ce dont nous avons parlé plus tôt : Michel Spinosa et Gilles Bourdos sont deux scénaristes qui veulent jouer au plus malin et ne lâchent leurs informations qu’au compte-gouttes. Procédé pas forcément inintéressant, encore faut-il que chaque information fonctionne comme une articulation qui permet de diriger le métrage vers une nouvelle piste, de le faire évoluer par ces points d’appuis qui ne doivent pas paraître interchangeables mais absolument vitaux (ce que l’on appelle les éléments insubmersibles). Au lieu de cela, AFTERWARDS attend constamment chaque nouvelle indication en étirant les situations et en laissant les personnages dans des status quo qui les font constamment répéter ce qu’ils pensent ou ce qu’ils font. C’est toute l’ambivalence d’un film qui freine des quatre fers alors que Gilles Bourdos semble maîtriser l’ambiance, le mystère qu’il génère, les attentes qu’il requiert du spectateur. Mais il en fait une fin en soi au lieu de jouer avec tout au long du film.

Gilles Bourdos saupoudre son film de mysticisme et de métaphysique. Nombreuses représentations symboliques un peu pataudes. La nature prend ici une place prépondérante. John Malkovich révèle qu’il a rencontré Jésus. Cheveu sur la soupe et couille dans le potage. Le propos se dilue dans ce décorum superficiel. Incapacité à développer une quelconque théorie. Dans THE THIN RED LINE Terrence Malick alliait l’Homme dans la Nature afin de nourrir une réflexion métaphysique où la place de chacun était l’enjeu de leur existence. AFTERWARDS brasse des quantités négligeables de recoupements théoriques qui brillent comme des paillettes exposées sous un certain angle. Ce qui brille n’a pas forcément d’éclat.

            Parlez-en à Maïwenn Le Besco, qui vous dira qu’elle en a aussi fait l’expérience avec son second long métrage. A l’origine d’un premier film qui vaut le détour, elle ressort sa caméra numérique et réalise LE BAL DES ACTRICES. A nouveau très apprécié par les critiques officiels, ce qui annonce déjà qu’elle prépare le bâton pour se faire battre lors de son prochain opus. Pas question d’attendre. Nous voyons déjà les limites de son savoir-faire.

PARDONNEZ-MOI touchait par l’adéquation du procédé mis en place et de la forme proche du journal intime. C’est parce qu’elle compte reprendre cet accent de vérité que Maïwenn ne cherche pas à se réinventer. Son premier film fonctionnait quand il perdait le spectateur entre la part autobiographique et la part fictionnelle. Ce qui repose énormément sur le jeu des acteurs. LE BAL DES ACTRICES n’est plus intéressant dès que l’équilibre n’est plus respecté. Karin Viard est exceptionnellement fausse. Par ses syllabes qui s’allongent, elle compose un personnage qui manque de sincérité. Karin et Maïwenn sont deux camarades qui joueraient à être des stars. Blague de potaches. Trop composée. Trop assénée.

La comédie est plus simple. Toute sa complexité naît de sa rythmique.

LE BAL DES ACTRICES n’est pas un documentaire. Le système est déjà pervers en lui-même. Maïwenn Le Besco filme des actrices qui parlent d’elles. Mais le sujet du film n’est autre que Maïwenn Le Besco qui réalise ce documentaire. Processus de narration sur deux niveaux. Forcément attractif. Ce qui n’est pas vrai c’est que Marina Foïs, Muriel Robin, Jeanne Balibar et consorts jouent leur propre rôle. Elles jouent des actrices qui ont le même nom qu’elles dans la vie. Ce qui est scénaristiquement écrit n’a rien à voir avec la vraie vie de ces comédiennes. Point de vue déstabilisant très intelligent. Le mêler aux traces de la réalité permet de confondre le caractère trompeur de la fiction. Maïwenn rajoute de la vraie vie et réajuste l’équilibre. Traduction : Marina Foïs joue Marina Foïs se rendant chez le chirurgien esthétique. Ce n’est pas la vraie vie de Marina Foïs. C’est Marina Foïs qui joue une Marina Foïs. Mais lorsque nous retrouvons Maïwenn en train de filmer Marina dans la rue et qu’elles se font incidemment alpaguer par une dame âgée, la réaction est celle de la vraie Marina Foïs puisque cet épisode ne figure pas dans le scénario. Voilà. J’arrête. C’est déjà très compliqué. Aspect névrotique très réussi sur le papier mais complètement raté dans la pratique.

Le film se meurt dès que les différences de niveaux se font sentir. Nous avions découvert le même problème dans BORAT : CULTURAL LEARNINGS OF AMERICA FOR MAKE BENEFIT GLORIOUS NATION OF KAZAKHSTAN. Nous n’adhérons que quand nous ne pouvons pas distinguer le vrai du faux.

LE BAL DES ACTRICES ne suit pas la bonne voie. Puisqu’il devait être question d’actrices pourquoi ne pas parler d’elles ? Maïwenn préfère les figer dans une reproduction stéréotypée du métier de l’actrice et de leur image publique. Estelle Lefébure qui en a marre d’exister en tant que top model en reconversion. L’actrice obligée de retoucher son physique. Celle qui a tout pour être heureuse mais qui n’en peut plus de sa vie. Pas forcément faux. Pas forcément correct. Juste les clichés habituels que ce métier traîne derrière lui, et qui sont les premiers à venir à l’esprit d’un scénariste. Bon, il faut quand même lui être gré de nous avoir évité l’actrice que l’on compare à une prostipute. Les actrices, sujet formidable. Sujet contourné. Maïwenn passe à côté sans lui prêter la moindre attention. En 2002, Rosanna Arquette avait réalisé un documentaire régalicieux intitulé SEARCHING FOR DEBRA WINGER, où elle laissait une place énorme aux actrices. Si le film ne se focalisait pas complètement sur leur métier, il cherchait à savoir qu’elle place la femme laisse à l’actrice et vice versa.

Dans son film, Maïwenn ne laisse la place qu’à des numéros d’actrices. Preuve en est faite de ces inserts musicaux, sortes de pastilles saugrenues, complètement cheezy, sans originalité, parfois rafraîchissantes, mais toujours gratuites. Argument probablement décisif pour faire accepter le projet par un producteur. La guibolle est triste et l’enluminure fainéante. Nouvelle preuve du manque de travail accordé à ce film. Les chorégraphies ne sont jamais intégrées à l’action. Comparaison : ACROSS THE UNIVERSE marque tout le fossé qui sépare la vraie nécessité d’inclure musique et danse dans une histoire. Et non pas celle de donner un sens à un titre de film.

Il n’y a donc que des idées dans LE BAL DES ACTRICES. Idées mal imbriquées. Une conception plus aboutie aurait permis de lier niveaux narratifs, interactions des actrices, résurgence des numéros musicaux etc. Au final, il ne s’agit que d’un patchwork bien brouillon. Un gros mélange d’infimes quantités. Maïwenn cherche son second souffle derrière sa caméra. Sa mise en scène est laborieuse, mal agencée dans ses cadres, mal définie dans la logique de ses personnages, peu inspirée dans sa direction d’acteurs… On monte à l’utilitaire. On évite de se poser des questions sur la lumière (c’est dit textuellement !). Bref, on s’épargne du travail, ce qui ne pardonne jamais. Le concept, unique intérêt. Or, un concept n’est qu’une formule. Il n’est pas la matrice du cinéma. Energie mal contrôlée. Tout se perd. La cohérence n’est plus. Rien n’est vraiment clair pour Maïwenn. Qui est Maïwenn ? Cette jeune personne adulée par « Les inrockuptibles », celle qui a une réputation underground, comme elle se plaît à dire ? Là encore, elle se projette dans l’image qu’elle voudrait être. Nouvel élan schizophrénique. Le vrai se discerne encore du faux. La Maïwenn n’est pas cela. Etre une personnalité underground c’est autre chose que de faire un film sur Julie Depardieu, Charlotte Rampling, Mélanie Doutey ou Estelle Lefébure. C’est même l’opposé. C’est du reportage pour « Gala » ou « Closer ». Pourquoi ne pas filmer Claude Perron ? Pourquoi ne pas filmer Sabine Timoteo ? Ah, si ! Il y a une actrice magnifique à sauver. Un talent rare. Une femme qui prend des risques. Elle s’appelle Karole Rocher. Elle est ici absolument remarquable. Elle est brute, sulfureuse, plein d’entrain et dominée par la fougue. C’est la seule à véritablement se sortir du piège du numéro monté spécialement pour chaque actrice. Elle se met en valeur par sa personnalité, n’a pas peur du ridicule, assume son comportement intransigeant. Eclosion d’une très grande actrice. J’aime aussi beaucoup Romane Bohringer. Quelqu’un qui devrait avoir de bien plus beaux rôles. Et c’est à peu près tout. Joey Starr a une place à part. Beaucoup de critiques l’ont loué dans ce rôle. Ne nous y trompons pas. Il ne joue que son propre rôle. Il me semble que c’est assez facile. Sa chance est d’être une personnalité atypique. Et le cinéma aime cela. C’est ce qu’il dégage, et au sein du film c’est effectivement fort agréable. Ce n’est aucunement du travail d’acteur.

Ne créons pas du talent là où il n’y en a pas.

            Y en aura-t-il dans PARANORMAL ACTIVITY ? Réalisé par Oren Peli. Sortie chez nous début 2010. En attendant, il jouit d’une réputation assez flatteuse, propagée grâce à Internet. Marketing très au point. Réalisé pour une poignée de soja, la Paramount s’est emparée de l’affaire et se la joue plutôt fine. Le museau baissé. Au lieu de débarquer le phénomène sur un nombre incalculable d’écrans, elle préfère la jouer film modeste-indépendant, en attendant que les exploitants réclament plus de copies. Cela permet de laisser penser qu’il s’agit d’un petit film (ce qu’il est au départ) dont personne n’a relevé la sortie, et dont il convient de parler à son voisin pour avoir le privilège d’être considéré comme un dénicheur de perles rares.

Réminiscences du BLAIR WITCH PROJECT et surtout de REC. Si le premier se regarde encore bien aujourd’hui, le film espagnol ne faisait pas franchement peur dès sa première vision. Or, dans sa manière de présenter les choses, le trailer promotionnel de PARANORMAL ACTIVITY ne vous rappelle-t-il rien ? C’est bien ce qui me fait peur :



           
Je n’aime pas les films de Radu Mihaileanu. Son dernier (VA, VIS ET DEVIENS) colportait trop de choses entre les doigts de pied pour être honnête. Peut-être, me disais-je, qu’en abordant la comédie, Radu laissera tomber ses artifices de séduction et se contentera de respecter son sujet. Peine d’amour jamais trouvé. Le film sortira le 04 novembre prochain et porte le même nom qu’une maladie prononcée la bouche pleine : LE CONCERT.

Je cherche… Je cherche… La confrontation entre les deux cultures (russe et française) fonctionne plutôt bien. Sans profondeur mais avec un sens comique très marqué. Le point d’orgue étant Valeriy Barinov parlant français. Traduction sublime, hilarante, folle, fantaisiste, palpitante. C’est à peu près tout ce que l’humour de ce film a d’intéressant. Le reste est plaqué, uniquement présent pour coller au cahier des charges. Je m’explique. Dans LE CONCERT, 96,38 % de la comédie sont rigoureusement écrits dans le but de donner un ton au film. Jamais elle ne s’insère dans l’histoire. Cas exemplaire : François Berléand embrasse Lionel Abelanski à la fin. Moment très drôle car inattendu. Sûrement une trouvaille lors du tournage. Gag inepte uniquement destiné à faire rire à ce moment précis. Inutile au film. La scène pourrait ne pas figurer, le film n’en serait pas différent. Tout cela n’empêche pas François Berléand d’en passer par le grand guignol et d’en faire des kilomètres à la pelle. Lionel Abelanski est beaucoup plus sobre et colle parfaitement à l’esprit du film. Je crois que les acteurs sont justes lorsqu’ils font confiance aux situations et qu’ils ne jouent pas l’extravagance. Nous sommes ici plus dans un comique de situation que dans un comique visuel. La folie des trois acteurs russes (Aleksei Guskov, Dmitri Nazarov et Valeriy Barinov) se révèle grâce à l’étincelle de leur regard et à la fièvre qui semble s’emparer d’eux. Excentriques et excessifs. Excellents.

Signalons un plan particulièrement beau sur Mélanie Laurent, lorsque Dmitri Nazarov s’adresse à elle par l’entrebâillement d’une porte, un bouquet de fleurs à la main. Jolie lumière. Plan qui dénote. Est-ce que tout cela a vraiment été fait exprès ?

Nous cherchons l’amour du geste.

Ce qui est sûr c’est que Mélanie Laurent nous ressert une interprétation froide, hautaine et dédaigneuse. J’ai comme l’impression de voir le même personnage de film en film. Sans passé, sans désir, sans identité. Ce qui est un comble chez Mihaileanu qui travaille justement sur l’identité ! Mélanie Laurent synthétise la plaie contemporaine de l’actorat français. Elle joue tout sur le souffle. Comme si le fait de moins projeter allait mieux rendre compte de son intériorité. Cela pourrait s’apparenter, pour les metteurs en scène, à faire un maximum de gros plans pour mieux saisir l’émotion des comédiens. Monstrueux clivage : entre comédiens français généralement et dans LE BAL DES ACTRICES en particulier, cela peut passer (c’est son jour de bonté ?), mais en se confrontant à un casting cosmopolite dans INGLOURIOUS BASTERDS et LE CONCERT, Mélanie Laurent confirme qu’elle ne cherche qu’à devenir la nouvelle Virginie Ledoyen.

LE CONCERT est sympathique mais un brin lénifiant narrativement. Pour reprendre certaines de ses qualités scénaristiques, il manque d’inventivité et de foisonnement au niveau de sa structure cinématographique.

De la poudre aux yeux. D’infimes particules jetées en l’air, qui retombent dans une danse syncopée des plus mirifiques. C’est monté tambour battant. Rythme enjoué. Presque les portes qui claquent. On y trouve un peu de tout. En quantités négligeables. Semées, les particules. Laissées pour compte. Radu Mihaileanu cherche la belle histoire. Le point de départ cocasse issu d’un fait divers véridique. Son engagement cinématographique penche pour les bons sentiments, l’histoire qui finit bien, ce qui est attendu, ce qui ne trompe pas. Le langage commun de la plupart des films. Pas grand chose. De fines molécules qui se déposent les unes sur les autres. Retour à la poussière.

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /2009 15:59

            Cet été, ma meilleure amie est partie en Sardaigne. Elle m’a rapporté un souvenir de vacances et pourtant je ne me suis souvenu de rien du tout. En me renseignant sur Internet, j’apprends que je suis atteint de Strausskhanausie. On commence par oublier des événements sans importance puis, très vite, c’est l’escalade, on oublie où on range ses vidéocassettes, on se retrouve impliqué dans trois grands scandales politico-financiers et on finit par laisser des traces suspectes là où furète le personnel féminin sous vos ordres. Dans les cas les plus graves, vous vous mettez à faire des excuses publiques à votre femme et vous êtes atteint de delirium tremens au cours duquel vous vous imaginez pouvoir remporter les élections présidentielles de 2012.

Afin de prévoir à l’avance son bulletin de vote, le lecteur citoyen est amené à réfléchir sur l’axiome suivant : « Ce n’est pas parce qu’une personne est relaxée par la justice que les faits la concernant sont faux ». Surtout quand on sait ce qu’il s’est passé en 1924…

Après cet épisode douloureux (comme disait la jeune mariée qui ne voyait pas ça comme ça), l’alternative qui s’offrait à moi :

- faire fi de tout cela, changer complètement de vie, réduire ma consommation d’énergie pour être en accord avec la grande arnaque du réchauffement climatique, et devenir un ocariniste réputé amateur de desserts lactés

- me mettre en quête de mon passé pour savoir enfin d’où je viens, qui je suis, s’il existe vraiment des souvenirs dignes d’être rapportés de Sardaigne, et surtout : « Est-ce que les analphabètes ont du plaisir à manger du bouillon aux nouilles en forme de lettres ? »

J’ai crû bon de m’en aller déchiffrer les runes des temps anciens, amalgamant finement analphabètes et bêtes de l’anal. C’est bien connu, lorsque l’Homme n’était pas encore en pleine possession de ses moyens grammaticaux et savait parfaitement réciter son analphabet, il passait le plus clair de son temps à renifler gentiment le ou la première analphabète qui passait, ce qui se terminait inévitablement par la position 34 de l’analphabet, dite position Nokia et plus connue sous la dénomination « Connecting people ». Une photogravure de l’époque témoigne de la véracité de mes dires :

Je choisis consciencieusement mon film. YEAR ONE ne m’apprendra rien. Peaux de bêtes ne signifie pas temps préhistoriques. C’est à n’y rien comprendre. Je me souviens pourtant très bien dans 10,000 BC (l’un des pires films de l’année dernière), que grognements et pelages animaliers se conjuguaient avec chasse, pêche, nature, tradition et concours du plus gros gourdin. Dans YEAR ONE, tous les comédiens parlent notre langue et ont le même humour décomplexé qui jalonne les films produits par Judd Apatow. Tiens, il se trouve justement que ! Mon interprète me fait comprendre que YEAR ONE est un film futuriste partant du principe que l’avenir marquera une régression proche d’un retour vers les temps primitifs (belle idée déjà exploitée dans de nombreux films, dont le très drôle IDIOCRACY). Tout se passe comme si le progrès avait eu raison de l’Homme ou que la guerre nucléaire avait effacé tout ce qui l’avait fait évoluer jusqu’ici. YEAR ONE est un film apocalyptique. Il démarre après que la société telle que nous la connaissons ait été complètement détruite dans tout ce qu’elle représentait de matériel et de facilités pour nos économies. Tout a été anéanti. Nous ne saurons jamais par qui, ni par quoi, ni à quelle échelle. Tout ce qu’il reste à l’Homme est ce que la Nature lui offre. Il a alors réappris à vivre pendant des siècles au rythme des croyances qui jalonnaient les contes et les mythes que l’on trouvait aux temps antiques, lorsque les hommes n’avaient ni l’air conditionné ni l’air bag mais plutôt l’air con, et que les femmes avaient une verrue à la place du clitoris. L’Homme est redevenu proche de ses ancêtres. Il est redevenu grégaire. Sa culture n’a pu se développer. Elle est restée au stade que nous connaissons aujourd’hui. Un drôle de film qui tend à prouver que tout souvenir est en avance sur son temps. Le film, lui, ne l’est jamais. Harold Ramis n’a jamais rien réalisé d’inoubliable (le réalise-t-il ? Auquel cas cette affirmation s’autodétruit d’elle-même, par elle-même et en elle-même). Même GROUNDHOG DAY me paraît très pénible, n’étant qu’une grosse pizza surchargée qui met du temps à la préparation, et dont nous connaissons à l’avance les horaires de livraison. En ce qui concerne YEAR ONE, le titre semble annoncer YEAR TWO, YEAR THREE etc. en cas de succès. Et c’est cela qui fait peur, plus que la régression qui nous guette. La mise en scène ne s’encombre d’aucune idée un temps soit peu originale. Le plus souvent, les acteurs sont filmés en gros plan, laissant plus de place à la vanne qu’à une quelconque beauté venue des cadres, du son ou de la lumière. Le tout ne parvient pas à cacher le peu de moyens mis en œuvre. Les costumes sont à peu près les mêmes que ceux de MEET THE SPARTANS, c’est-à-dire récupérés après le spectacle de fin d’année de l’école communale de Wilfried-les-Mézières. Après vérification, YEAR ONE a tout de même coûté 60 millions de dollars ! Exit le film à petit budget. MEET THE SPARTANS avait coûté deux fois moins cher et, déjà, il était inadmissible de ne en avoir pour son argent. Avec 60 millions de dollars, vous mettez vos acteurs à poils, et les autres costumes n’ont même pas l’air confectionnés mais tout droit sortis d’une panoplie achetée au magasin de farces et attrapes en face de la boîte de production.

Osons une petite comparaison. En 1968, THE THOMAS CROWN AFFAIR de Norman Jewison bénéficiait d’un budget de 4 300 000 dollars. Les costumes signés Theadora Van Runkle furent remarqués comme une alliance parfaite de classe, d’élégance, de sensualité et d’aisance naturelle. Ajusté à l’inflation, un tel film coûterait aujourd’hui environ 26 600 000 dollars. Autres exemples de films qui n’ont pas coûté aussi cher et font des costumes des éléments signifiants de mise en scène : FA YEUNG NIN WA, THE HUNGER, THE ROYAL TENENBAUMS, VALLEY OF THE DOLLS, BLOW-UP...

Dans YEAR ONE, Jack Black et Michael Cera se laissent pousser les poils. Comme ils n’en ont jamais assez, ils décident de se parer de poils d’animaux. C’était quand même bien pratique cette période ! Cela permettait d’éviter tous les malentendus que notre époque connaît, tel cet accusé qui tentait de faire valoir sa bonne foi :

LE JUGE : Mais enfin, vous n’aviez pas vu qu’elle n’avait que 10 ans ?

L’ACCUSE : Je suis désolé, monsieur le juge, mais comment voulez-vous qu’on s’y retrouve ? Elles se rasent toutes maintenant !

YEAR ONE est un acte guerrier. Et tout acte guerrier n’est pas un acte de création, mais un acte de destruction.

            Si YEAR ONE n’est qu’un acte, CELLE QUE J’AIME est une déclaration de guerre. A coups de hache déterrée, Elie Chouraqui équarrit son film pour nous livrer une bonne grosse soupe populaire du dimanche soir pleine de larmes qui mouillent, pleine de cœurs gros comme ça, et pleine de bisous pour se consoler parce qu’évidemment tout est bien qui finit bien. Incessante liturgie du cinéma français ! Le panier rempli de clichés, les nœuds scénaristiques petits bourgeois tels que les déplorait la Nouvelle Vague, fuis-moi je te suis, suis-moi je te fuis, l’ex qui veut revenir, un schéma narratif en 3 actes (on s’aime, on se dispute, on se réconcilie) etc… Qui plus outre, c’est très laid et très mal monté, comme disait le jeune marié qui ne savait pas s’y prendre. Bref, du cinéma qui sent le renfermé.

Dans cette indolente histoire où Barbara Schulz (la fille de son papa) et Marc Lavoine essaient de vivre ensemble mais ce n’est pas gagné à cause du fils d’elle qui n’aime pas ce mâle fraîchement débarqué dans sa vie, il existe un beau moment à côté duquel Elie Chouraqui passe sans se rendre compte qu’il a failli réussir son film.

Marc et Barbara se sont rencontrés. Ils se sont aimés un peu partout. Et le petit morveux en question (dans le famille tête à claques, il n’est pas mal du tout le petit Anton Balekdjian !) a réussi à les faire rentrer en conflit. Nous en sommes à la grande scène du II. Le petit Anton a placé des capotes à la fraise dans la voiture de Marc. Barbara les trouve. Comme elle n’est pas très open-mind en ce qui concerne les petites choses de l’amour, la grande féerie lacrymale s’engage. Mais ce qu’Anton n’avait pas prévu c’est que Marc est allergique aux fraises. Barbara pense que c’est un subterfuge. Elle veut obliger Marc à en manger. Celui-ci lui explique que s’il en absorbe ne serait-ce qu’une seule, il risque de faire un œdème de Quincke (à ne pas confondre avec l’œdème de Quick, qui provoque aussi gonflements et régurgitations, mais uniquement en cas d’absorption de hamburgers). Barbara, qui aime faire souffrir ses compagnons lors de leurs ébats sexuels, voit là une belle occasion d’assouvir ses pulsions. Nous apprendrons plus tard avec stupéfaction qu’elle faisait déjà, dans sa jeunesse, toutes sortes d’expériences sur de jeunes pousses de rhododendrons hydroponiques. En fait, Barbara est encore amoureuse de Marc. Elle cherche juste un élément qui lui permettrait de croire que cette histoire de capotes n’est pas ce qu’elle en conclut. Barbara force Marc à manger une fraise. Et ce qui devait arriver arriva. Œdème de Quincke. Affolements. Hôpital. Les fraises ont donné faim à la tête à claques. Arrêt au Quick. Œdème de Quick. Hôpital. C’est à ce moment-là qu’un médecin arrive et annonce à Barbara qu’ils ont tenté tout ce qu’ils ont pu mais Marc n’a pas survécu. Moment de flottement. Ca, c’est beau ! Que du bonheur ! Nous nous disons qu’il n’a pas osé faire cela, quand même ! Ce serait vraiment chouette, à cet instant du film, l’homme qui meurt. La relation qui s’arrête. La culpabilité de la tête à claques. Toute cette petite comédie consensuelle pour aboutir à ce pied de nez revigorant ! Un virage à 360 degrés. Awesome ! Je commence à revoir mon jugement sur ce film lorsque celui-ci continue. Il continue à s’enfoncer dans les sables mouvants du conformisme le plus effarant. Le médecin s’était tout bêtement trompé de personne. Marc n’est pas mort. Le film, si. Définitivement. La tête à claques s’en voudra terriblement, demandera pardon, et verra finalement en Marc son meilleur ami. Quant à Marc et Barbara, ils achèteront une décapotable à la fraise pour faire… Oups, j’allais raconter la fin !

            Rien de tel qu’un petit film de science-fiction des années 80 pour simuler une mer des Consolations. BRAINSTORM n’est pas très connu et pourtant c’est un film majeur dans l’histoire de la science-fiction et même du cinéma. Il faut dire qu’en matière de science-fiction Douglas Trumbull n’est pas un pingouin. C’est à lui que nous devons les effets visuels de 2001 : A SPACE ODYSSEY, CLOSE ENCOUNTERS OF THE THIRD KIND, THE ANDROMEDA STRAIN, BLADE RUNNER et STAR TREK : THE MOTION PICTURE. Il est passé à la réalisation en 1972 avec SILENT RUNNING, film de science-fiction d’assez bonne facture (1 100 000 dollars, NDLR). Il a produit les 16 épisodes de la série « The starlost ». En 1983, BRAINSTORM est son deuxième et dernier long métrage. Il ne réalisera plus que des courts mettant en avant son invention : le Showscan. Douglas Trumbull travaille désormais pour de grands parcs d’attraction pour lesquels il conçoit des effets mécaniques et visuels. Il prépare aussi le petit déjeuner le dimanche matin, prête son Ipod si on le lui demande gentiment et arrive à faire le bruit des fenêtres d’aide Windows avec sa bouche. Bref, Douglas est très sympathique même s’il a préféré échanger son vrai nom de famille (Alavanille) pour Trumbull.

Vous l’aurez compris, c’est du lourd. Du très lourd. Comme se vantait le jeune marié. Pour 2001 : A SPACE ODYSSEY c’est lui (pas le jeune marié) qui a mis au point le procédé Slit-scan, permettant d’obtenir les fameuses images psychédéliques. Pour ce même film, il développa d’autres techniques que n’utilisera pas Stanley Kubrick, mais dont notre ami Douglas se resservira pour SILENT RUNNING (diffusé bêtement à la télévision française sous le titre ET LA TERRE SURVIVRA).

Pour en revenir à BRAINSTORM, le Showscan est encore un procédé révolutionnaire avec lequel il comptait réaliser le film. Et aussi avec une caméra, accessoirement.

Mais qu’est-ce que le Showscan ? C’est un système de projection qui utilise du 70 millimètres avec une vitesse de défilement à 60 images par seconde. Pour ceux qui ne le savent pas, au cinéma, la pellicule défile à une vitesse de 24 images par seconde. Si la Haute Définition est devenue aujourd’hui monnaie courante, au début des années 80 c’était surtout le format 70 millimètres qui permettait d’avoir une qualité d’image plus précise, élaguant surtout le grain. Après plusieurs essais, Trumbull avait remarqué que plus la vitesse de défilement augmentait plus l’émotion du spectateur s’accroissait, du fait du nombre d’informations plus élevé vers notre cerveau (c’est ce qui vaudra au procédé d’être récupéré par l’armée). Le rendu sur l’écran est une fluidité proche de la vidéo, une luminosité accrue, une impression de réalisme foudroyant, une profondeur plus grande et une immersion quasi-instantanée dans l’image. Le son est aussi décuplé, bénéficiant de 6 canaux Dolby Stereo. Mais pour que cet objectif fut atteint, il fallait coupler cette nouvelle technique à une refonte totale des salles de cinéma. Le Showscan devait faire bénéficier les spectateurs d’angles de vues complètement différents, comme si le siège était au cœur de l’écran. Cela pourrait se comparer à l’expérience d’une projection Imax (terme qui nous parle plus car c’était le concurrent direct du Showscan, et c’est l’Imax qui s’est imposé, avec cependant une technique complètement différente puisque le défilement est ici horizontal et le rendu plus net du fait d’une image plus grande). Toujours est-il que pour rendre la projection de BRAINSTORM optimale, il aurait fallu que les cinémas changent leurs dispositions tant dans leurs salles que dans leurs cabines de projection. L’idée fut donc abandonnée, ce qui laissera un goût amer dans la bouche de Douglas Trumbull qui abandonnera Hollywood par la suite, pour se consacrer à la réalisation de courts métrages dans des parcs d’attraction où il put perfectionner son Showscan. Petite digression : à Paris, l’U.G.C. Ermitage fut le seul cinéma à posséder une salle équipée en Showscan (encore une salle magnifique que l’on a fait fermer, mais nous ne sommes pas à un scandale près depuis la destruction du Gaumont Palace !)

Toujours est-il que BRAINSTORM est un film qui bénéficie de deux formats. Avant de poursuivre plus avant, révélons ici quelques éléments importants du film.

Christopher Walken et Louise Fletcher sont deux chercheurs qui passent leur temps à chercher. Et à fouiller. Parfois, même, ils se cherchent et se fouillent. De véritables bêtes de l’anal loin d’être analphabètes puisqu’ils vont finir par trouver. Leur découverte est un casque relié au cerveau, qui permet d’enregistrer toutes les émotions, pensées et souvenirs d’un être humain. Là où la machine devient plus qu’intéressante c’est qu’elle est capable de les restituer à toute autre personne qui revêt ledit casque. Là où la machine devient plus que dangereuse c’est lorsque Louise Fletcher est victime d’une crise cardiaque et qu’elle enregistre sa mort sur le casque, conscience professionnelle oblige.

Si ça ne fait pas un beau pitch, ça ! Si alléchant qu’un réalisateur canadien pourrait très bien s’en inspirer pour écrire un scénario qu’il laisserait son ex-femme réaliser.

L’utilisation de deux formats de projection vous paraît maintenant un peu plus précise, n’est-il pas ? Toute l’intrigue a été filmée en 35 millimètres et se tient sur un format 1:66.1. Quand une personne se pare du casque, l’image passe en scope, ces inserts ayant été filmés en 65 millimètres (devenu 70 millimètres après traitement) au format 2:2.1.

Evidemment, ce genre de film n’est pas fait pour être visionné sur un petit écran, mais si vous décidez tout de même de connaître l’expérience BRAINSTORM, sachez qu’il faudra vous doter de l’édition respectant cela, ainsi que le format audio originel (qui passe du plain stéréo au full Dolby Stereo pour les inserts). Parce qu’il s’agit vraiment d’un film qui vaut la peine d’être redécouvert. Comme nous venons de passer du temps à dégager l’un des intérêts majeurs du film, nous pourrions croire qu’il s’agit d’un de ces films qui profitent de cet argument pour y baser tout leur intérêt et n’être, au final, qu’une prouesse technique. Or, BRAINSTORM recèle autre chose.

Nous avons parlé précédemment des premiers enjeux du film. A cela viennent s’en ajouter d’autres qui le rendent riche comme j’aime. Voire un peu trop, car Douglas Trumbull ne pourra pas explorer chaque ramification. Si bien que certaines peuvent apparaître survolées. Mais nous préférons quand un réalisateur ne nous explique pas tout, quand les articulations du récit n’ont pas toutes la même valeur, car nous sommes plus proches que jamais de ce qui nous caractérise : nous décidons arbitrairement de l’importance que nous donnons aux choses, nous continuons à vivre tant bien que mal sans savoir ce qui innerve nos proches, sans connaître précisément ceux qui essaient de nous manipuler ni pourquoi, jamais nous ne connaîtrons le mobile de certains crimes, jamais nous n’aurons de réponses à toutes nos questions. Nous voyageons seuls. Dans sa mise en scène un peu sèche, Douglas Trumbull passe ainsi de scènes en scènes sans s’appesantir sur les situations entre les personnages. Un mot, un geste, un regard suffit à expliquer les liens entre chacun des personnages. A titre d’exemple, il existe une très belle scène (parce que très courte) entre Natalie Wood et Christopher Walken, lorsque ce dernier lui dit qu’il avait évité jusqu’ici qu’ils travaillent ensemble. Les phrases sont peu nombreuses, toutes simples, mais chargées de sens. Le monteur coupe très vite l’affaire et nous embrayons sur autre chose. Tout le début du film est au même diapason. Nous progressons par à-coups. Tous les enjeux sont révélés petit à petit, de la même manière que ce qui se passe entre les différents protagonistes se tisse lentement mais sûrement. En fait, nous ne sommes presque pas dans l’action. La plus grosse part du film est laissée à l’implication psychologique et à la réflexion de son auteur autour de la mort comme phénomène d’attraction/répulsion.

BRAINSTORM est un film élaboré par petites touches, et fait de pointillisme jusqu’à l’imperceptible. C’est son cœur, sa vivacité. Douglas Trumbull a su parfaitement orchestrer sa mise en scène formelle autour des questionnements progressifs que distille le film.

BRAINSTORM a coûté 13 millions de dollars, soit presque 40 millions en dollars 2009. Tu vois ce que je veux dire, camarade ?

            Et tu as beau voir, tu as beau dire, tu as beau t’élever pour comprendre, tu as beau lire entre les lignes, tu as beau prendre la vérité en pleine face, tu as beau mettre les fomenteurs devant leurs torts, ils reviennent toujours régénérés, plus sournois que jamais. « Elève des corbeaux… » LE PREMIER CERCLE a leur actif. Performance cacochyme de ces vulgaires babils du cinéma discount.

En tournant en numérique, Laurent Tuel a sabordé son film de la pire des manières. L’image est absolument ignoble. Elle ne paraît ni retravaillée ni étalonnée. Les blancs crachent, tout mouvement laisse une traînée derrière soi, les contrastes ne permettent aucune profondeur etc. C’est hideux au possible. Mais le film ne s’arrête pas là. L’histoire est pénible à suivre. Le rythme est ralenti par le montage qui fait s’éterniser chaque scène. Comme si Marion Monestier gardait les scènes juste après chaque « Action ! » et juste avant chaque « Coupez ! ». Les comédiens jouent dans des bulles aseptisées tant ils ne semblent pas dirigés. Manque d’intentions évident. Leurs personnages sont très mal définis, ce qui les amène vers les clichés resplendissants de ces films de genre. Jusque dans la mise en place scénique. Tout est statique. Même lorsqu’ils se déplacent leurs mouvements restent raides. Se lisent uniquement les trajets qu’on leur a dit de suivre. Bien se mettre sur ses marques. Ne pas prendre celles du voisin. Dire son texte. Penser à ce qu’on va manger ce soir. Se souvenir de ses dernières vacances en Sardaigne. Et où va le blanc de la neige quand elle fond ?

Impossible de cautionner ce peu de respect accordé à la qualité technique. Un sourire s’immisce sur mes lèvres lorsque j’apprends que le film s’est misérablement vautré en salles. Il faut se forcer à aller jusqu’au bout. C’est une épreuve que de voir les aiguilles de notre montre tourner à l’envers ! Il n’y a rien à quoi se raccrocher. Le monde se dérobe sous nos pieds. Le film est là. Il se roule dans la farine. Il transforme l’oxygène en zyklon. Il laisse des traces d’escargot. Il fait saigner les femmes tous les mois. Il détruit les souvenirs. C’est un faisceau d’angoisses.

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /2009 00:42

            [Commencer par une phrase embryonnaire qui n’a l’air de rien et qui prologue le mouvement de l’article] Serait-ce parce que nous sommes constamment seuls sur la grande scène de notre vie que nous jouons tous dans le même one-man-show ? Ce grand spectacle qui a débuté voilà déjà quelques millions d’années est une immense improvisation qui touche à tous les genres. C’est un spectacle que nous jouons tous ensemble mais sans partenaires.

Cette conception hypothétiquement absurde est la mère de toutes les déviances contemporaines des one-man-show. [Mentionner à l’internaute que Word n’est pas content et me recommande d’écrire « des one-man-shows ». Nouvelle preuve de ma supériorité sur la machine] La plus insolente des libertés d’expression s’offre à vous et vous n’en profitez pas ? Décidément, nous n’avons pas le même humour. Dites des horreurs ! [Egrener peut-être l’article de quelques blagues de mauvais goût concernant les handicapés physiques, les arabes, les enfants victimes de sévices sexuels, les vieux, les sidaïques et autres faibles qui n’ont pas à devenir l’élite du bon goût. Démontrer par la même occasion qu’on peut rire d’une blague dite raciste sans pour autant l’être]

Ceux qui refusent la liberté qu’on leur offre ne sont pas dignes de la moindre considération de notre part, dès lors qu’à travers le monde certaines femmes en sont encore à se cacher derrière des burqas. [Se permettre une méchanceté en disant que certaines ne sont pas assujetties à cette pratique mais que, pour elles, cela devrait être obligatoire. Donner quelques noms : Margaret Thatcher, Arlette Chabot, Renée Zellweger etc.]

Un grand one-man-shower [ne pas donner d’explication sur ce mot. Vraiment. Ne pas revenir sur cette décision. C’est le génome de ce blog] est quelqu’un qui a une originalité. Ou plusieurs. Mais, au minimum, il doit en posséder une. Et je ne parle pas de talent. Quasiment tous ont du talent. Même votre grand-oncle qui imite Roselyne Bachelot après chaque repas dominical, a du talent. [Ne pas mentionner mon cousin qui fait ce qu’il appelle « la tortue en hibernation » avec une partie de son anatomie qu’il faut encore moins mentionner] Non, moi, je vous parle de ce qui fait la différence. Pierre Desproges avait les textes. Il maniait les mots comme aucun autre. Lenny Bruce [petite place pour une image du comique] avait un recul féroce avec lequel il retranscrivait l’hypocrisie de la société. Mais le performer qui vient sur scène et qui fait rire en incarnant un simplet avec force grimaces ? Celui qui se contente de réciter un texte qu’il n’a même pas écrit ? Celle qui lâche sa famille et s’offusque d’un « Oups ! » ? Celui ou celle qui fait cela est aussi anonyme que la manière dont je viens de vous les présenter, et ne sont ni plus ni moins que des produits marketing. Ils n’ont aucune originalité parce qu’ils ne font que répondre à des concepts précis. C’est d’ailleurs ainsi qu’ils sont arrivés à masquer ce manque.

J’en veux pour preuve l’assurance avec laquelle ils arrivent sur scène. Ils ont une force intérieure qui semble travaillée, travaillée, travaillée et retravaillée si bien qu’ils ont la même force de conviction, la même intonation, le même personnage. Des V.R.P. Ils sont capables de vous vendre n’importe quoi. Et c’est vrai que, sur un ou deux sketches, c’est très convaincant. Mais sur 1 heure et demie de spectacle, cette arrogance, ce côté rentre-dedans, ce jeu tout en force (généralement en caricatures et sans finesse) deviennent proprement insupportables et nous nous sentons vite agressés par cette parole qui ne nous lâchera pas tant que nous ne lui aurons pas dit à coups d’applaudissements qu’elle et elle seule a raison. [Ne pas oublier de placer le terme « malversation » quelque part]

A les écouter, ils ont raison, ils savent tout et ont réponse à tout. Ils sont infaillibles. D’une mâle assurance, le one-man-shower s’avance sur scène et, très sûr de lui, demande :

- Vous savez comment j’ai réussi à faire jouir ma femme toute la nuit ?

Mais, ta gueule !!! Si tu savais comme on s’en branle !!! [Passage à retravailler : faire en sorte que ce soit bien clair pour l’internaute, cette intrusion instantanée d’une telle bulgarité n’est nullement le fait de son auteur mais bien plus d’un mimétisme où celui qui répond essaie de se placer au niveau de celui qui a posé la question, dans tout ce qu’il a de plus commun] On s’en branle d’autant plus que tu n’es même pas drôle ! [Par une pirouette, montrer qu’un petit temps passe ; et non pas « un petit Tampax »] Euh… Comment tu fais, au fait ?…

Ce qui est intéressant c’est ce que délaissent tous ces performers. C’est la cassure, c’est le décalage, c’est la faille. C’est parce qu’un personnage est bancal qu’il devient intéressant. D’autant que le rapport est faussé dès le départ, dès ses premiers mots :

- Salut Paris ! Vous allez bien ?

Mais ta gueule !!! Je t’en supplie : ta gueule !!! Laisse-moi tranquille. Je suis sorti du boulot, j’ai pris une douche, je me suis dépêché pour être à l’heure, j’ai payé ma place un prix qui vaut la peau de la tête, tout ce que je te demande c’est de me faire rire et pas de me demander de répondre à ta question à la con ! Parce que tout cela n’est pas vrai. Tu n’en as rien à foutre de savoir si je vais bien. Tu veux que je te raconte à quel point mon patron est un incompétent qui n’aime pas mon travail, qui me dit comment je dois le faire, et quand il voit le résultat final me dit de refaire ce que j’avais fait sans avouer qu’il avait tort ? Tu veux connaître la dure vie de mon ami qui me raconte comment se passe sa chimiothérapie ? Tu veux que l’on discute du fric que me réclament les A.S.S.E.D.I.C. ? Tu veux que je te parle de ma copine qui est cocaïnomane ? Tu veux que je te fasse part des crises d’angoisse qui m’empêchent de dormir ? Tu veux vraiment savoir tout ça ? Et après tu vas vraiment faire le tour de tous les spectateurs pour savoir comment ils vont ?… On ne se connaît pas. Et je n’ai pas envie de te connaître. Nous ne sommes pas amis. Inutile d’essayer de créer un lien qui n’existera jamais. C’est de la tromperie. C’est malhonnête. Alors, ta gueule ! [Ou trouver une figure de style qui fasse comprendre qu’il s’agit bien d’un euphémisme]

            Le tout reste de bien cibler son objectif. Si vous êtes seul en scène et que vous essayez de faire rire, l’on dira que vous faites un one-man-show. Si vous ne cherchez pas forcément le rire, l’on dira que vous faites un monologue. Si vous vous appelez Louis Garrel, l’on dira que vous faites de la merde.

Le truc d’Elie Semoun c’est le rire. Si vous n’en êtes pas convaincu après ses diverses pérégrinations clownesques, l’écoute de ses deux albums ne laissera plus aucune part d’équivoque. Pourtant, après la vision de CYPRIEN, [petite place pour l’affiche du film] le doute s’installe à nouveau dans les luxueux appartements de grand standing qui ornent les tréfonds de mon encéphale, mais je refuse à m’imposer une nouvelle écoute vocifératrice. [Placer les internautes encore présents dans les meilleures conditions en plaçant ici le .mp3 d’Emilie Simon : « Fleur de saison » ; écoute gratuite et totalement illégale qui ravira toujours les détecteurs de chansons populaires et pourtant exigeantes]

CYPRIEN est-il un film si difficile à comprendre ? [Placer ici une référence à la jeune mariée en faisant comprendre que ce dernier mot peut se scinder en deux] Non, mais ce qui est difficile à comprendre c’est la logique de tous ceux qui ont pu croire qu’il ferait rire. Ou comment essayer de faire rebondir un ballon dégonflé. Le postulat de départ est plus que simple. Elie Semoun incarne un des personnages qui avaient fait le succès de ses « Petites annonces ». Ce qui fonctionnait en format court n’arrive pas à dispenser sur toute la longueur la percussion des situations originelles. Pour plusieurs raisons. [Laisser entendre que l’auteur possède un superpouvoir qui lui permet de voir ce que le spectateur lambda n’a pas vu, et qui va lui permettre, dans un outrageant accès de générosité, d’en faire profiter ceux qui ont compris depuis bien longtemps qu’il est la Voix du futur. Et d’un peu au-delà du système solaire aussi]

Comme beaucoup de formats courts ou de séries télévisées, le succès pousse très souvent vers le cinéma. Il est extrêmement rare que l’essai soit transformé tant le processus enclenché ne cherche qu’à faire exactement la même chose mais sur 1 heure et demie. THE SIMPSONS MOVIE est une exception qui prouve qu’avec un immense potentiel de départ, les déclinaisons peuvent être infinies. En l’état, chaque épisode est quasiment un court métrage. Il était plus qu’évident qu’elle possédait dès lors un avantage cinématographique plus important que « Caméra café » par exemple. [Est-ce la peine de rappeler que cette série a fait deux fois le même four et toujours à cause du même piège ?] Au départ, Cyprien n’existe qu’en caméra fixe et par les maigres indices qui nous dévoilent son quotidien. Le cinéma a besoin de plus. Beaucoup plus. Parce que nous allons suivre ce personnage et qu’il va nous falloir passer en revue ses agissements dans pas mal de situations pour que nous puissions y croire. Dans cet ordre d’idée, l’élément le plus drôle est sûrement ces plans où Cyprien et ses amis geeks se retrouvent chacun face à leur ordinateur et cliquent sans discontinuer sur leur souris, dans un mouvement devenu naturel. D’autres éléments structurants sont disséminés mais pas assez pour affiner toute la singularité du personnage. Du coup, Elie Semoun est obligé de se retrancher [rappeler à cette occasion que son arrière grand-père n’a pas fait la Première Guerre Mondiale] derrière une caricature extrêmement poussée. C’est le règne des cheveux gras, des chicots, de la peau graisseuse, des comportements bonasses, des fringues achetées au kilo et portées comme les employés de La Poste etc. Point de demi-mesure ici.

N’oublions pas non plus que la télévision c’est le règne de la médiocrité. Et le spectateur est prêt à accepter beaucoup plus de choses qu’au cinéma. En témoignent tous ces programmes courts en caméra fixe qui ne se basent que sur du texte ou sur le jeu des comédiens. Et quand il y en a déjà un sur deux l’on peut s’estimer heureux ! Mais, au cinéma, il faut développer une esthétique, il faut complexifier les données scénaristiques (ce qui ne veut pas dire qu’il est besoin d’un scénario compliqué, mais vous conviendrez qu’une seule idée pendant 90 minutes autant rester devant son poste de télévisuel), il faut élaborer tout un champ de techniques propres à insuffler poésie, émotion, transe, amour du geste et cerise sur le gâteau. Dans son dernier film, David Charhon [petite image du réalisateur] ne semble pas tenir compte de ces passages obligés et filme CYPRIEN comme s’il se contentait de filmer ce qui est écrit dans le scénario. Le film s’arrête là parce que les épisodes dudit personnages s’arrêtaient là.

 Il y avait deux manières de faire CYPRIEN :

- s’affranchir complètement du point de départ. Faire comme pour une adaptation d’un roman.

- garder tout ce qui a fait l’identité propre de CYPRIEN sans rien édulcorer (et même forcer le trait un peu plus) et le faire interagir dans un environnement qui en ferait un inadapté. Au vu de l’extrême composition du personnage, rien de mieux que de s’orienter vers de la farce (avec quelques légumes mais pas trop, merci !)

Mais le film préfère rester à hésiter, ne pouvant choisir entre faire plaisir au plus grand nombre et une place plus que privilégiée au mauvais goût. De ce fait, il est bêtement réaliste. C’est ce qui pouvait lui arriver de pire, allant même jusqu’à célébrer une happy end où Elie Semoun finit par emballer Léa Drucker parce que, vous comprenez, la beauté intérieure prime avant tout et qu’au fond, faisons preuve d’un peu de tolérance parce que nous sommes finalement tous les mêmes et que nous nous aimons tous, pas vrai ?… Bah, j’ai envie de dire : « Ta gueule ! »

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /2009 19:24

            Jusqu’à quel point le cinéma réunit-il les pointillés de la fiction pour n’en plus faire qu’une seule ligne directrice qu’il nourrit, qu’il engraisse, qu’il épaissit jusqu’à ce que ses circonvolutions en fassent un affluent qui vient se jeter dans le fleuve de nos vies ? Telle est la question que nous pourrions nous poser en sortant du dernier film de Quentin Tarantino, si nous n’étions déjà pas taraudés par celle-ci : « Où vont les briques qui disparaissent dans Tétris ? » De l’influence de l’imaginaire sur le bon déroulement de nos actes…

 

INGLOURIOUS BASTERDS va au-delà de la simple intervention de la fiction sur la réalité.

D’habitude, dans le cinéma de Tarantino, c’est plutôt l’inverse qui se produit. Il aime à heurter ses histoires par des accents de réalité qui viennent inopinément nous rappeler que cette dernière est brutale et cruelle. Tarantino le scénariste a beau s’ingénier à rendre ses personnages attachants, exalter la face clinquante des gangsters ou amuser son public par des traits d’humour, lorsque la réalité intervient, elle est atroce, hostile et impitoyable. (Pour vous donner un ordre d’idée, ces trois adjectifs sont la devise de la famille Thatcher depuis treize générations.) L’exemple parfait en est la scène extraite de RESERVOIR DOGS où Michael Madsen en vient à mutiler un jeune policier en lui coupant l’oreille avec un rasoir coupe-choux.

 

Interaction entre fiction et réalité : une analogie qui s’effectue le plus souvent à sens unique (celui dont nous venons de parler).

Ce qu’il y a d’intéressant dans INGLOURIOUS BASTERDS c’est qu’il penche pour l’inverse. Tarantino décide de détruire la réalité. Et là, il marque un joli point. Il ne cherche pas à la discréditer comme le ferait le plus vulgaire négationniste, il la change, un point c’est tout. « La réalité est telle que je vous la décris. » Cette démarche est tout ce qu’il y a de plus créatif, nous qui recherchons avant tout une démarche personnelle. Le subjectif en lieu et place de la fidèle transposition. Ce qui est suspect ce n’est pas que l’on falsifie la vérité historique (après tout, même les manuels d’Histoire le font), c’est que certains journalistes s’étonnent de cette fin non historique alors qu’ils ne remettent pas en cause l’existence des basterds ! Evidemment que les basterds n’existent pas ! Je ne vois donc pas pourquoi il leur serait reproché de faire quelque chose qui n’existe pas.

 

En fait, il faudrait apporter une précision quant à savoir dans quelles eaux nous naviguons précisément.

Pour certains critiques, il faudrait choisir entre la réalité ou la fiction. Ainsi, puisque le film s’ouvre par « Once upon a time… », il faudrait plutôt y voir un conte de fées, une histoire absolument pas réaliste et prétexte à un délire d’auteur permissif. Il y a un peu de cela, c’est vrai, mais ce carton d’introduction n’est pas tout à fait complet. Il fallait lire : « Once upon a time… in Nazi-occupied France ». Ce qui nous ramène à une réalité connue. Et non pas factice comme l’interprétaient les sous-titres de la version française : « Il était une fois… dans une France occupée par les Nazis ». Erreur de traduction très significative de cette volonté de vouloir tout étiqueter. Parce que ce sous-titre est déjà une explication. C’est une interprétation de ce que nous dit le film, ce n’est pas le film ! Cette première phrase a beaucoup d’importance parce qu’elle définit le mélange entre ce qui fait partie du passé et son imaginaire. Combinaison qui définit le genre d’INGLOURIOUS BASTERDS. C’est pourtant assez simple à comprendre puisque le procédé s’exerce dans de nombreux films qui se passent à notre époque actuelle, ainsi que dans tous les films de science-fiction ! Bizarrement, pour certains critiques il existerait une loi édictant qu’une œuvre n’a pas le droit de changer les faits historiques. Les Sages Gardiens des Commandements Cinéphiles ont parlé ! Nous en avons pourtant eu un bel exemple pas plus tard que cette année, et ces vénérateurs n’ont pas été aussi prompts à réagir. Le film en question s’appelait… WATCHMEN !

 

Ne cherchons pas à voir une dichotomie là où le principe est plus généreux.

Tout se nourrit de tout. C’est pour cela qu’INGLOURIOUS BASTERDS en dit plus sur nos mondes intérieurs que toutes les introspections les plus spéculatives. Et par-delà, cette définition fonde notre propre réalité. Cela me fait beaucoup penser à Federico Fellini qui avouait bien volontiers raconter beaucoup de choses fausses à son encontre, sur ce qu’il avait vécu, sur ses rapports avec les femmes etc. Et ce depuis tout petit. Si bien qu’il vivait dans une réalité qu’il s’était composée. C’est un peu pareil en ce qui concerne Orson Welles qui a élaboré tout ce personnage de génie démesuré. Tout cela pour dire qu’INGLOURIOUS BASTERDS a raison, parce que la seule réalité supportable c’est celle que l’on s’invente. Ce qui n’est pas une trouvaille puisque c’est ce que « La lumière vient du fond » préconise de longue date, nous qui affirmions le 26 juillet 2006 que la France venait de gagner la Coupe du Monde de football. Sur le Grand Huit de notre jouissance, Quentin Tarantino s’octroyait les avant-postes en suivant nos idées à la lettre. Puisque le cinéma est son Tout, il était normal qu’il fasse un film où l’idée principale verrait le Tout avoir droit de vie ou de mort sur quiconque. Ainsi naissait la destruction d’Hitler par le cinéma. Et jamais plus la réalité ne pourrait être comme avant.

 

Flashback !

La petite histoire nous impose ici de faire un bref retour en arrière pour comprendre comment nous en sommes arrivés là.

 

                Le 24 mai dernier, les stipendiés du festival de Cannes rendaient leur verdict. Les pages blanches de l’Histoire perdaient leur virginité. Nouvelle preuve que la réalité n’est que la vanité du passé.

 

Au cours de l’acte II, nous avons pu nous apercevoir qu’ANTICHRIST n’était pas que le film d’une interprète.

Encore aigris que nous étions en repensant à Gaspar Noé, repartant comme la femme d’un lépreux, la queue entre les jambes. Ma foi, rien d’étonnant quand on sait ce qu’il s’est passé en 1924…

 

Le 19 août 2009 serait le point de mire transcendantal, l’enseigne clignotante qui guiderait nos pas dans la nuit vengeresse.

La réalité du prochain Tarantino cherchait à s’écrire. Ce dernier comptait y rajouter quelques élégances (5 minutes de plus qu’à la projection cannoise !). En moi, tout n’était qu’impatience d’entendre la voix cristalline de la pellicule projetée qui, en d’autres temps, m’évoquait les cloches des temples tibétains. Jusqu’au grain de sable final qui rejoignit les siens dans l’ampoule du sablier.

 

En route pour une salle de cinéma ombrageusement climatisée puisque même les cigarettes au menthol n’arrivent plus à me rafraîchir.

J’évite chirurgicalement le Pathé Wépler, chose que je ne saurais trop vous conseiller si vous aimez un temps soit peu les salles de qualité. Paris peut très bien s’en passer. Voilà plusieurs mois que j’arrive à vivre sans et je me porte très bien. La preuve, pour compenser je me suis remis à fumer. Personnellement, je serais terroriste, je préfèrerais faire sauter le Pathé Wépler que la Tour Eiffel ou le quartier de la Défense. Beaucoup moins risqué. Beaucoup moins surveillé. Enfin, je dis ça, je dis rien, j’ai d’autres soucis, mais c’est vrai qu’en terme de communication, ces derniers temps, Al-Qaida n’a pas été super super efficace. Alors qu’une petite bombe au Pathé Wépler leur redonnerait un petit élan populaire. Ce serait comme une petite tape sur l’épaule. Une sorte d’encouragement. Un professeur qui dirait à son élève : « Tu vois que tu pouvais mieux faire ! »

 

Direction, donc, la meilleure salle parisienne, j’ai nommé le Max Linder.

Séance à 21h30. Je suis aux petits oignons. Je n’en reviens pas ! Juste devant moi, dans la file d’attente, deux lardons discutent de leur bronzage du jour. Ils ont mis trop d’huile, c’est flagrant. Ils sont accompagnés de deux grandes frites avec deux Coca-Cola. Je rentre dans la salle. Ah, enfin la climatisation ! Je commençais à perdre mes esprits et mon humour.

 

Peut-on sincèrement parler d’humour quand ce qui déferle sur l’écran brave les finesses du genre ?

INGLOURIOUS BASTERDS est vraiment le film le plus drôle de Quentin Tarantino. Ca frôle parfois le festival jusqu’à cette scène en langue italienne au rythme très Lubitschien. Dans ce film, le rire découle souvent de la peur. Il agit comme une échappatoire. C’est une protection. Parce que tout est souvent annoncé (il n’y a que les progressions scénaristiques que Tarantino nous cache). C’est ainsi que beaucoup d’idées de mise en scène sont hilarantes lorsqu’une menace plane (l’idée de la pipe dans la première scène, le verre de lait lorsque Christoph Waltz rencontre Mélanie Laurent, les rires surjoués dans l’auberge etc.) Après, il y a le talent de l’auteur, l’incongruité des situations (la langue italienne) et l’argot savamment imagé (« If you ever wanna eat a Sauerkraut sandwich again take your Wiener Schnitzel lickin' finger and point out on this map what I wanna know »).

 

Si l’humour tient une place plus importante que prévue, ce qui sied au sieur Tarantino c’est le mélange des genres, et plus précisément des spécificités cinématographiques.

Arrêtons-nous un instant sur la scène au début du film qui concerne l’affrontement verbal entre Christoph Waltz et Denis Menochet. Elle est exactement construite comme la première scène du film préféré de Q : IL BUONO, IL BRUTTO, IL CATTIVO. Le but de l’intrus est d’obtenir une information. Et il parviendra à ses fins sans utiliser la force. Tarantino s’inspire du western sur le mode Sergio Leone. Il détend la mesure temporelle et fait planer l’ombre du danger. Qui plus est, Tarantino souligne sa référence en habillant Denis Menochet comme dans un western (et au début il coupe du bois, ce ne serait pas une référence à « Little house on the prairie » ?) Le cinéma de Tarantino c’est avant tout du rythme. Et cette scène le démontre bien. Par son atmosphère bonace, elle nous invite à lire derrière ce qui s’ourdit. Le spectateur est invité à s’interroger sur les véritables intentions des personnages, à déceler où se cache le contre-pied. Ceux qui trouvent bavard le cinéma de Quentin Tarantino sont ceux qui prennent ses textes au premier degré, qui ne peuvent déceler les différents niveaux d’expression. Le texte est action et non information. Ce sont les mêmes qui n’ont rien à redire concernant celle de Sergio Leone, alors que c’est la même ! Un grand avantage passe pour un inconvénient majeur pour ceux qui n’ont pas d’imagination. C’est héréditaire : on ne peut satisfaire un public qui n’a pas de talent.

 

Cette scène est longue, comme beaucoup d’autres dans le film, elle est lente, comme beaucoup d’autres dans le film, et pourtant je peux vous assurer qu’on ne s’ennuie pas une seconde.

Parce que l’action ne quitte jamais l’écran. Il se passe toujours quelque chose. Magie du montage ! Il est possible de voir INGLOURIOUS BASTERDS comme une série de discussions qui laissent place à de brèves scènes d’action, mais c’est assez malhonnête et imprécis de le réduire de la sorte. Trop souvent l’action est réduite au mouvement. Mais l’action peut tout aussi bien être psychologique. L’essentiel est que l’histoire ait progressé après chaque scène. Je ne vois aucun moment où ce n’est le cas dans INGLOURIOUS BASTERDS. Si l’on se cantonne à cette action physique, nous pourrions dire que c’est le verbe qui arrête l’action, qui fige la caméra et retient le film. Quel est le problème ? Dans 2001 : A SPACE ODYSSEY, les astronautes parlent et « agissent » ensuite. Qui continue à croire que cela dessert le film ?

 

Il me semble qu’un des grands enjeux du cinéma se base sur le rapport entre ce qu’il montre et ce qu’il donne à entendre.

C’est bien ce qui établit son unicité. Et Tarantino joue merveilleusement avec cela. Il s’ingénie constamment à temporiser l’apport de l’action au cours du dialogue. Celui-ci doit impérativement être décalé par rapport à l’idée principale que le spectateur garde à l’esprit. C’est l’image qui donne le ton de la scène, c’est elle qui nous dit tout ce qu’il y a à comprendre. Elle explique tout (parfois un peu trop, comme ce plan sous le plancher qui est une vraie erreur et que Tarantino n’aurait pas dû choisir). En l’associant à un dialogue qui dévie notre attention, il crée un nouveau sens et refuse de réduire ses comédiens à de simples incarnations d’un texte. Là, nous voyons bien que le gars travaille, qu’il utilise le vocabulaire cinématographique. Et de nos jours, c’est plutôt rare.

 

Quand nous pensons au personnage de Christoph Waltz, il est possible de déceler quelque chose de très charnel dans la façon dont Tarantino écrit ses confrontations verbales.

Une sorte de transposition du rapport amoureux où le mot prendrait la place de la peau. C’est grâce à lui que Tarantino s’amuse à confronter son langage à celui de l’autre. Avec ce personnage est perceptible une éruption du désir ; un désir qui prend plaisir à jouer avec les mots, avec l’inavoué, les doubles sens, les sous-textes ; des mots qui caressent l’autre, le flattent, le déstabilisent, l’amadouent, l’enroulent, l’hypnotisent. Ce sont les amoureux qui tiennent ce discours sans passage à l’acte. C’est le bonheur de l’amoureux, sa joie, qui se lit sur le visage de Christoph Waltz. Direction de travail forcément plus qu’admirable. Notre raisonnement s’achève dès lors de la plus belle des manières dans ce qui constitue le dernier affrontement entre Christoph Waltz et Diane Kruger (Aryika !!!). Remarquez comme cette scène est charnelle, presque bestiale, et comme Tarantino le souligne en s’attardant sur le pied de Diane Kruger (ce qui lui permet par la même occasion de continuer à balader de film en film son fétichisme du pied). Tout simplement régalicieux !

 

Difficile de faire un état des lieux exhaustif de tout ce qui fait plaisir dans INGLOURIOUS BASTERDS tant le long métrage fourmille de délices et de ravissements.

Il semble y avoir au minimum une idée par plan. Nous sentons très nettement que Quentin Tarantino a pris beaucoup de plaisir à l’écriture. Certains dialogues remplacent les balles. Tarantino prend du bon temps et nous le fait partager. Il brique là où d’autres musardent. Et le résultat témoigne d’une richesse qui ne prendra son ampleur qu’après de multiples visionnages. Sûrement l’une des choses les plus réjouissantes est son impossibilité (j’irai même jusqu’à dire son intransigeance) à flirter avec les effets modernes de réalisation, quitte à revenir à une certaine dose de classicisme (ne nous voilons pas la face, c’est par ce retour que le cinéma contemporain se sortira de l’impasse de la surenchère dans laquelle il se niche actuellement). Il avait déjà fait cela dans son précédent film lorsqu’il avait eu recours à de vraies scènes de cascades. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, il ne s’abaisse jamais à trouver de vulgaires « trucs » de mise en scène comme pouvait le faire Steven Spielberg, par exemple, dans son très faible SAVING PRIVATE RYAN. Lors des scènes de fusillades, Tarantino pourrait très bien reprendre cet artifice qui consiste à enlever des images à l’action, et lui confère un léger effet stroboscopique. Spielberg l’utilisait notamment pour la scène du débarquement. Mais tout cela n’est que du décorum. Ce n’est ni plus ni moins que pour donner un style au film, lui donner une griffe. Or, le résultat est tout le temps immonde. Sans compter que le gros problème est que nous ne voyons plus du tout ce qu’il se passe à l’écran. L’action devient alors une grosse masse boueuse où tout bouge et tout à la même valeur. Nous distinguons vaguement quelque chose, quelqu’un doit être mort par-ci, un autre doit être en train d’agoniser par-là. Il faudra attendre que les différents protagonistes discutent entre eux pour qu’ils expliquent ce qu’il vient de se passer. Toujours est-il que Tarantino préfère sortir les kalaschs et frapper la balle au rebond. Il montre ce qu’il y a à montrer, et c’est parce qu’il s’attarde sur ce formalisme, cette rigueur, qu’il peut se permettre de développer une esthétique de l’horreur visuelle. A ce moment-là et uniquement à ce moment-là, la réalité peut frapper dans ce qu’elle a de plus effrayante. J’appelle cela l’amour du geste.

 

La mise en scène fera toujours la différence.

Nous pourrions parler de chaque scène tellement elle assaisonne le film de dispositifs très divers. Prenons la scène du dernier affrontement entre Diane Kruger et Christoph Waltz dont nous parlions plus haut. Il est assez jubilatoire de noter comment le champ/contrechamp s’installe entre ces deux personnages et puis, lorsque la situation bascule en faveur de l’un, Tarantino désaxe ses plans et utilise ses fameuses contre-plongées. En ce qui concerne Diane Kruger, cela a pour effet de faire flotter son personnage dans une sorte d’irréalité, comme en état de choc, comme si elle ne comprenait plus très bien ce qui lui arrive. L’arrière-plan s’est évaporé, elle se retrouve isolée, tous ses repères s’évanouissant autour d’elle. Impossible de se sortir de la tête ce plan exquis d’elle-même lorsqu’elle cherche sa chaussure dans la poche de Christoph Waltz. Continuons et attachons-nous maintenant à la scène de rencontre entre Mélanie Laurent et Christoph Waltz, surnommée par les intimes « scène du strudel ». Tout pourrait porter à croire que la mise en avant de cette pâtisserie et de son accompagnement (de la crème) ne sont que des accessoires et qu’ils n’ont pas plus d’importance que cela. A la limite, ils ne seraient pas venus, on n’était pas fâchés, comme aurait pu dire le poète. Oui, d’ailleurs, pourquoi Tarantino laisse-t-il tant de place à ce gâteau ? Quelle idée se cache derrière le strudel ? Peut-être qu’en vous attardant sur sa façon de filmer la crème en très gros plan vous obtiendrez un indice… En tout cas, rien que pour vous donner un ordre d’idée, voilà ce qu’est le talent de Quentin Tarantino. Irait-il plus vite que ses confrères ? Plus vite qu’Usain Bolt ? Plus vite que le cinéma ? Plus vite que la lumière ? Euh… S’il va plus vite que la lumière, comment peut-il voir où il va ?

 

INGLOURIOUS BASTERDS est aussi une magnifique étude comparative menée par un fin connaisseur du cinéma.

De tous les cinémas. De prime abord, il est étonnant de constater à quel point Tarantino mélange les langues, les rapproche, les jouxte. Le film génère une complémentarité polyglotte qui œuvre toujours dans le sens d’un respect des territoires. C’est en aimant le cinéma que celui-ci nous fait découvrir les secrets des langues, la musicalité des mots, l’originalité de chaque continent. Parce que toute post-synchronisation doit être considérée comme une dégradation d’œuvre d’art. Et, dans son film, Tarantino s’attache à rendre ces spécificités que lui-même a découvert sans voyager, et qui lui ont permis de se confronter aux particularités de chaque culture. Du coup, en bon obsessionnel qui ne se soigne pas (la névrose de Quentin Tarantino est explicite dans le documentaire FULL TILT BOOGIE, pour ceux que cela intéresse), il a insisté pour que tous ses comédiens soient de la même nationalité que leur personnage (en fait, c’est ce que raconte la légende mais ce n’est pas complètement exact). La galerie complète fait montre d’un casting tellement hétéroclite qu’il en fait devenir le film multipatride. En effet, dans INGLOURIOUS BASTERDS, les acteurs représentent les 5 continents (enfin, c’est surtout vrai dans sa définition originelle puisque Maggie Cheung devait être créditée mais elle fut coupée au montage). C’est plutôt bien vu dans le sens où la guerre fut mondiale. Tarantino a ainsi choisi de jouer avec toute la palette à sa disposition. Or, si les personnages de différentes nationalités s’affrontent dans le film, il ne s’agit pas là d’une confrontation à proprement parler, mais plus d’une exposition des multiples facettes dont le cinéma dispose, et qui convergent vers le même point. Là encore, cela confirme ce que nous disions plus haut : l’éclectisme fait richesse. Les différents faciès des comédiens permettent d’apporter un confondant concept de globalité au film.

 

Toujours est-il que cette vitrine de l’actorat mondial permet de dresser un panorama plus qu’intéressant des différentes aptitudes à affronter la caméra.

Et ce sont les français qui en ont les frais. S’il est indéniable que Tarantino est un extraordinaire directeur d’acteurs, chez lui le faible niveau des comédiens français jouant dans leur propre langue m’a toujours interpellé. Ces disparités sont quelquefois assez énormes, allant d’une Julie Dreyfus complètement fausse dans KILL BILL VOL.1 aux aubergistes d’INGLOURIOUS BASTERDS dont les apparitions tout en finesse garantissent que les petits rôles n’existent pas. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, la technique française fait pâle figure, puisqu’elle subit ce qui pouvait lui arriver de pire : être fatalement comparée avec celle des autres acteurs internationaux. Le parti pris plus que louable de Quentin Tarantino est de diriger tous ses comédiens exactement de la même manière qu’ils le seraient dans un film de leur nationalité. D’habitude, dans les films américains qui emploient des stars internationales, leur réalisateur les fait jouer comme des acteurs américains. Tarantino marque encore des points en préférant s’attacher aux singularités de ceux qu’il a choisis. J’aime beaucoup la manière dont les allemands sont secs et directs. Les américains m’amusent par leur entertainment et leur surjeu ludique. Alors que les français avouent le trop grand fossé qu’il leur reste à combler pour être définitivement à la hauteur. Cela ne concerne pas tous les acteurs français (il y en a quand même quelques-uns qui sont de vrais artistes) mais stigmatise la médiocrité dont se repaissent 96,58 % de nos productions. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, l’interprétation française pointe le doigt sur tous nos défauts : articulation défaillante, timbre sans énergie, nonchalance quasiment proche du je m’enfoutisme, une retenue qui voudrait se faire passer pour de la subtilité etc. Bref, c’est mou, ça manque de tonicité et d’ampleur. Jacky Ido parle constamment faux. Julie Dreyfus s’en sort bien mieux que dans KILL BILL VOL.1 mais reste très limitée. Même les acteurs internationaux parlant français s’en sortent mieux. C’est bien la preuve qu’il est question de technique ! Mélanie Laurent, elle, est assez irrégulière. Parfois elle centralise tous les défauts énumérés (comme dans la scène où elle apprend son plan à Jacky Ido), parfois elle se révèle plus complexe qu’elle ne le montre (lorsque son comportement change à l’égard de Daniel Brühl quand elle apprend que c’est une star de cinéma). Moi qui aime bien les actrices froides, je suis assez sensible au jeu de Mélanie Laurent et je crois qu’elle possède une marge de progression assez grande. Malheureusement, il me semble que son rôle ne lui donne les moyens de défendre son personnage que sur peu de scènes. Sa cicatrice est troublante, sa solitude est touchante et sa détermination salvatrice.

 

Alors, Quentin Tarantino a-t-il essayé de masquer ce qu’il prétendait exhiber ?

Comme par un fait exprès, la musique ou les bruits viennent souvent couvrir leurs paroles lorsque des français s’expriment (et cet effet n’est valable que pour eux !) Drôle de coïncidence. A vrai dire, cela en est peut-être une pour moi qui n’ai vu pendant le film qu’une énième référence au cinéma de Jean-Luc Godard…

 

Diane Kruger est bien mieux servie.

Elle travaille sa complaisance avec force fourberie si bien que son double jeu reste toujours ambivalent. Peut-on vraiment savoir avec certitude quelles sont ses intentions ? Elle est splendide dans tout ce qu’elle entreprend et, pour le coup, force vraiment son talent. Mais est-ce vraiment étonnant de la part d’une actrice que nous avions déjà encensée pour son meilleur rôle jusqu’à présent, dans le bien joli film de Fabienne Berthaud : FRANKIE ? Et puis, Christoph Waltz est inévitable. Son jeu est d’une précision magistrale et d’une beauté sculpturale à regarder. Rien à voir avec nos acteurs français qui s’agitent et diluent leurs intentions dans des mouvements ou des regards non maîtrisés. La seule fois où Christoph Waltz n’est plus aussi précis dans ses gestes, c’est lorsqu’il propose un marché à Brad Pitt. En fait, c’est encore de la précision, car tout cela est voulu. Et c’est encore du signifiant ! Ce comédien est vraiment incroyable. Toutes ses apparitions sont savoureuses. C’est dire la gageure, mesurée à l’abominable personnage qu’il incarne. Il travaille la suspicion, rend son personnage sympathique et visqueux, et livre une interprétation solide digne des méchants les plus illustres du cinéma (si Hans Gruber vous rappelle des souvenirs). On en viendrait même à oublier Brad Pitt, qui est pourtant ici exceptionnel. A la fois drôle et inquiétant, il joue sur les postures et sur les détails de son visage avec beaucoup d’intelligence. Cela faisait 10 ans que nous ne l’avions plus vu aussi inventif et habile. Notez aussi de la grosse pointure avec Michael Fassbender, et un petit rôle pour Eli Roth qui, avec un nom pareil devrait avoir directement un malus de moins 2 en charisme.

 

A part ça, il est vrai que le film est parfois très violent.

Le film ou la réalité ? Parce que la limite n’est plus aussi nette qu’en début d’article. Ce déchaînement de violence est l’intrusion de la réalité dans la fiction, comme nous l’avons expliqué. En elle-même, ce n’est qu’une donnée parmi tant d’autres. Elle a le même poids que l’humour ou la beauté, pour exemples. C’est une composante de tout acte de création. L’artiste n’est-il pas lui-même en proie aux risques les plus extrêmes ? N’est-ce pas lui qui rassemble toute la violence issue de l’énergie qu’il déploie pour imposer son univers au reste du monde ? Dans INGLOURIOUS BASTERDS, elle est la conclusion du moment que le spectateur a attendu et peut-être redouté. Quentin Tarantino construit ses scènes jusqu’au moment ultime où il s’aperçoit qu’il ne peut plus faire durer l’action. Avant c’est trop, après il perd son audience. De ce point de vue, la rythmique du métrage est impressionnante. Alors quand la violence surgit elle ne peut pas être en deça de ce qui a été promis au spectateur. Dans INGLOURIOUS BASTERDS, son emploi peut alors faire ressurgir le débat du mal par le mal. Sénèque disait que « les représailles des particuliers sont pardonnables ; celles du maître absolu ne le sont pas, en raison de la force même dont il dispose ». Question morale, contrairement à ce qui a pu être écrit, Tarantino ne verse jamais dans la démonstration fumeuse. Parce que les basterds se battent contre des nazis, peut-on réduire cet affrontement aux mauvais à la croix gammée d’un côté et aux bons scalpeurs de l’autre ? Non. Définitivement non. Les basterds ne sont pas les bons. N’oublions pas qu’ils ne sont pas soldats. Ce ne sont que des guerriers qui tuent des nazis. Un tel hobby ne peut en faire des héros, ni même leur octroyer une quelconque gloire. Mais ils ont la ferveur populaire de leur côté. Et la morale n’est pas avec eux mais plutôt contre les nazis. C’est ce qu’exprime le symbole que Brad Pitt leur grave sur le front à l’aide de son couteau. Une cicatrice comme un symbole nietzschéen de la compensation. Ouf ! La morale est préservée. Une marque de la fiction qui les hantera lors des dures journées de leur retour à la réalité.

 

Voilà qui en fait définitivement un film plus classique qu’il ne le laissait paraître ; en même temps, il était aisé de s’en douter tant INGLOURIOUS BASTERDS est moderne.

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 20:18


           
A la question : « Pourquoi n’y a-t-il que les jeunes filles mineures qui vous intéressent ? », l’accusé pédophile répondit avec faste : « Mais parce que c’est bien plus simple de les faire boire avant de les violer ! » Il fut donc logiquement acquitté puisque preuve venait d’être faite qu’il n’était pas pédophile par vocation mais par nécessité.

C’est par cette petite anecdote à raconter en fin de repas entre amis ou au stand de pêche à la ligne de n’importe quelle kermesse laïque, que chacun peut prendre conscience de la difficulté de s’assumer en tant que pédophile dans nos sociétés contemporaines. Une activité bien trop souvent vilipendée et mise au pilori par les plus ordinaires de ces français profonds porteurs de chemises à carreaux. Au même moment, quelque part près de chez vous, les personnes les plus difficiles à aimer sont celles qui en ont le plus besoin…

Par cette question d’un intérêt scolastique plus que crucial, chacun ne manquera pas de noter l’ignorance dans laquelle se confissent les juges. Pour ceux qui ne savent pas ce dont il s’agit, comment définir un juge ? Comment dire… C’est une sorte d’amas graisseux posé sur une chaise en cuir à tête pivotante, et qui se contente de pendouiller de tous cotés avant de rendre un verdict mûrement réfléchi à l’avance. L’originalité du juge est de ne pouvoir supporter la vision d’un épisode de Derrick. C’est pour cela qu’aux heures chaudes, on les parque dans des maisons de retraite, renommées en palais de justice pour qu’ils ne s’aperçoivent pas de la supercherie. Là, ces gros miasmes de bouquetins au regard flasque et déliquescent, accordent du temps de parole aux divers accusés, puisque la loi veut que la justice soit en charge d’équité. Pendant que les pédophiles se défendent, les juges se grattecouillent, les yeux à moitié clos et le sourire béat, signes lascifs d’une grande jouissance lubrique.

Lorsque le juge est une femme, l’amas graisseux prend un air pincé, frustré et hystérique, dont la morphologie fait penser à une caricature de fesse d’huître contaminée au virus H1N1, ou de polype de poulpe lépreux (en période des amours). Ce qui nous amène inévitablement à conclure que la génitrice dudit kyste a indubitablement fauté avec Guy Carlier. La série diffusée sur TF1 ne fait que romancer le reste…



           
Il est donc de bon ton d’avoir une bonne excuse. Parce que le juge n’est pas la justice. Il n’est que celui qui décide de faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Généralement, elle penche là où vous mettez le plus d’argent. A défaut de ceinture dorée, votre meilleure alliée reste la bonne excuse. Si vous avez une bonne excuse, la justice n’ira pas dans le sens contraire de la logique (c’est le cas de ce récit qui ouvrait précédemment cet article). En revanche, il reste une chose plus forte que la logique et l’argent, c’est le pouvoir. Imaginons qu’un président de la République veuille vous faire condamner à la réclusion à perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac, il y parviendrait sans coup férir, même si votre dossier était complètement vide de preuves matérielles. La justice d’exception, c’est en France et c’est maintenant…



           
Revenons-en maintenant au principe de bonne excuse et imaginons que vous participiez au Tour de France cycliste. Là encore, il vous faudra une bonne excuse si vous vous faites prendre avec des produits qui n’ont rien à faire dans vos veines. C’est la justice qui vous le demandera. Le public, lui, s’en tartine allègrement l’œil avec du beurre demi-sel. La preuve puisque cela fait bon nombre d’années que les coureurs cyclistes sont officiellement dopés et que nos français profonds en chemises à carreaux revêtent t-shirt Pernod, bob Castorama et chaussures Scholl pour continuer à supporter ces amis de la pédale, les accompagnant le long d’un vulgaire fossé mal entretenu par la voirie municipale, et leur criant dans les oreilles « Allez ! Droguez-vous ! Allez ! Droguez-vous encore plus ! ». Je ne l’invente pas, cette ode à la drogue est consultable gratuitement sur France 2, tous les ans au mois de juillet. Rappelons à ces inconscients aux mollets de campeurs que l’incitation à l’usage ou au trafic de stupéfiants est punie de 5 années d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende selon l’article L3421-4 du Code de la Santé Publique. Un peu moins, bien évidemment, en cas de ceinture dorée, de bonne excuse ou de relation intime avec le président de la République.

Ne voyez là aucune attaque particulière en ce qui concerne ces sportifs qui aiment à se mettre une selle entre les jambes (ce qui confirme bien ma théorie que tous les sportifs sont des pédés), puisque le dopage est commun à tous les sports, du saut en largeur au 110 mètres haies en zigzag (le 110 mètres étant la discipline la plus noble de tout l’athlétisme puisqu’elle est déclinable à l’infini : 110 mètres clôtures électriques, 110 mètres taser, 110 mètres pièges à loups, 110 mètres mines antipersonnel etc.)

Même dans le football ! Oui, vous avez bien lu : « même dans le football ». Ce sport ne supporte pas les cacochymes de première génération et fait régulièrement appel à quelques décervelés qui n’emploient pas de mots de plus de 3 syllabes, et qui croient sur parole le médecin de leur club lorsque celui-ci leur indique que la piqûre qu’il leur fait n’est emplie que de vitamines. Le joueur objecte alors qu’il préfère quand même prendre des Frosties au petit déjeuner et que, s’il le faut, il en prendra une double ration. Oui, mais le médecin riposte en expliquant que c’est vrai les Frosties c’est pas mal niveau vitamines, mais que… Comment dire… Il vaut mieux quand même la piqûre ! Là-dessus, le président du club arrive et dit au joueur que c’est soit la piqûre soit il ne joue pas, et de toute façon il n’y a plus de Frosties pour le petit déjeuner mais que des Miel Pops. Faut-il conclure que les Frosties seraient à l’origine de la démocratisation du dopage dans le football contemporain du fait que ces céréales ne sont pas assez puissantes ? Toujours est-il qu’il n’y a pas si longtemps que cela, les faits nous ont prouvé qu’un joueur italien pouvait s’alimenter de grandes seringues de vitamines et recevoir quand même le Ballon d’or. Tant que cela se passe hors de nos frontières… Oui, ma petite dame, sauf que les mêmes seringues circulaient déjà au début des années 90 à l’Olympique de Marseille ! (Soit dit en passant, l’exemple du football est d’ailleurs très parlant pour corroborer ma théorie des sportifs tous pédés. Parce que les stades de football ne sont rien moins que des versions modernes des arènes où ces tafioles venaient exhiber leurs muscles dans ce que l’on appelait alors des combats de gladiateurs.)



           
Quid de tout cela ? Eh bien, nous pouvons extrapoler généreusement sur ce qu’il est à retenir d’une telle démonstration, à savoir : là où il y a compétition il y a drogue. Nous avons parlé de sport, mais nous aurions très bien pu discourir de politique ou des médias. Dire que parmi tous les français profonds en chemise à carreaux que vous êtes, certains n’osent toujours pas croire que les célébrités qui passent à la télévision prennent de la cocaïne ! Il est pourtant plus qu’aisé de s’en apercevoir. Ils parlent plus rapidement que la moyenne, sont surexcités devant tout ce qui est blond et qui fait un drôle de bruit en secouant la tête, et font des grimaces tout en se contorsionnant de satisfaction face à la caméra. Généralement, ils font quelques blagues vaseuses (qu’ils essaient de faire passer sur le compte de leur jovialité) qu’ils n’auraient pas osé faire s’ils n’avaient pas de corps étrangers dans les narines. Si vous ne voyez toujours pas, vous pouvez toujours brancher votre télévision sur TF1 en access prime time, on y croise de temps à autre quelques animateurs dont la connerie est l’actionnaire majoritaire de leur cerveau.

Il en résulte une hypocrisie impétueuse et cynique. Qui vous est d’ailleurs inculquée dès votre naissance. Et elle se répercute sur votre vie tous les jours de l’année.

Prenez le gros contrat juteux que vous venez de faire signer à votre entreprise. Il vous fait monter en grade et augmenter votre salaire. Tout à coup, les secrétaires sont plus aimables en votre présence et ouvrent un second bouton de leur chemisier. Votre patron et tous vos supérieurs vous félicitent et vous invitent pour un 18 trous le week-end prochain. En rentrant à la maison, votre femme vous accueille les bras ouverts et les cuisses frémissantes de joie. Ou l’inverse. Vos enfants sont fiers de vous. Mais pas vos collègues de travail. S’ils vous félicitent c’est qu’ils ne sont pas sincères. C’est le principe de la société de compétition. Si vous avez un salaire élevé, ils doivent impérativement en avoir un plus faible. Vous devez toujours avoir une longueur d’avance. C’est pour cela que votre bonheur ne sera jamais celui des personnes avec qui vous êtes en compétition. Parce qu’ils ne se satisfont que de vos échecs. En quelque sorte, vous êtes récompensés des faiblesses de vos concurrents. Aux oscars c’est exactement la même chose. Ceux qui ne gagnent pas applaudissent pour ne pas faire figure de mauvais perdants. Parce que la société impose la déception comme un symbole de faiblesse. So be it. Mais tout le monde sait que chacun veut la statuette pour soi. Et bien plus encore, car ce qui est important ce n’est pas d’avoir la statuette mais d’en avoir une de plus que les autres.

Il est alors très difficile de lutter contre ce concept déshumanisant qui régit nos vies. En tant qu’être humain responsable, je m’efforce de ne pas prolonger cette idée qui m’éloigne de mon prochain. Au cours de ma vie, il m’est arrivé de revoir des amis du lycée, avec qui j’étais en compétition à l’époque. Nous l’avons tous été. Personne ne peut donc se dire étranger à ce concept. L’école a pour mission de vous rendre apte à combattre dans cet esprit de compétition au sein du monde du travail. Il n’y a pas de meilleur exemple. A l’école, vous devez être le meilleur de la classe. Si vous avez de bonnes notes, les autres élèves doivent en avoir de moins bonnes. Vous aurez alors les félicitations de votre famille et de vos professeurs. Mais jamais de vos camarades de classe. J’ai essayé d’être le meilleur de la classe. J’y suis parfois arrivé. En poursuivant ma vie j’ai essayé de lutter, de reprogrammer l’humain qui était en moi, de façon à ce qu’il soit tel que je le concevais. Et aujourd’hui je pense y être quasiment arrivé. Je recroise de temps en temps certains de mes amis de classe. Je repense à eux de temps à autre. Et j’espère sincèrement qu’ils vont bien. Mais pas mieux que moi.




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Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /2009 20:11

UP            La guerre intersidérante a déjà commencé. Hé, vous êtes relous ! Je vous avais dit de m’attendre, j’avais un cours de bandonéon orthopédique ! Les Détenteurs de l’Ordre Atomique Universel d’un côté, dont la pugnacité n’est plus à taire, hypnotisant et convertissant de manière exponentielle. De l’autre, un petit village d’irréductibles gaulois avec des moustaches à la Village People.

Nous ne luttons pas avec les mêmes armes. Le seul combat que nous pouvons livrer est sur le terrain, argument contre argument ; notre voix résonnant vers ceux qui veulent l’entendre. Je dessine quelques vaisseaux en papier, les détoure avec des pointillés et découpe enfin cette nouvelle flotte qui vient se déployer au-dessus du village. Nous sommes encerclés. La bataille fait rage. Difficile de rajouter quelques personnages dans le village. Ils sont tous en carton ondulé, vous savez le truc dur et chiant à couper, et que même si on y arrive la forme est tellement grossière que cela ne ressemble plus à un personnage. Un jour, un de mes cousins m’a dit qu’elle avait une drôle de forme ma maison témoin. J’étais tout vénère quand j’ai essayé de lui faire comprendre qu’il s’agissait de Dominion, valeureux critique de cinéma de seconde génération (7 en Persistance Rétinienne, 9 en Frustration et 8 en Réminiscence des Cycles Menstruels de ses Partenaires Féminines. Bon, bien sûr, je lui avais caché qu’il avait 2 en Autres Sujets de Discussion et 1 en Hygiène), élu critique le plus objectif sans avoir vu aucun film, au festival 1995 de Néant-sur-Yvel (Morbihan).

Il n’y aurait donc qu’un seul moyen de survivre. C’est au moment où ces gaulois affirmaient qu’il fallait une unité au sein de leur groupe même pour pouvoir vaincre l’oppresseur, que l’union fait la force et que les voyages forment la jeunesse, que les gens qui prétendent que le temps guérit tous les maux ne sont jamais restés longtemps dans la salle d'attente d'un médecin, eh bien c’est à ce moment précis qu’une scission est apparue dans le groupe entre les pro-moustaches (vitupérant haut et fort qu’ils ne sont pas pédés, la preuve c’est qu’ils n’ont pas le S.I.D.A.) et les anti-moustaches (qui prétendaient que ça fait quand même tafiolle, c’est tout). La dissension semblait inévitable. Et l’opportunité inespérée pour les Détenteurs de l’Ordre Atomique Universel. Heureusement…

Au fin fond de l’univers, à des années et des années lumières de la Terre, veille celui que le gouvernement intersidérant appelle quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : le capitaine Flam.

Et voilà ! Le sang a coulé. Le héros ne nous aura pas sauvé. Le contrôle des esprits entre dans sa phase finale. Finalement, il a bien vieilli ce capitaine de mes couilles. La raison du plus fort reste toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire Jean de la Fontaine. Du coup, je ne suis pas à prendre avec du pain sec. J’arrête définitivement le carton. Résultat final : Ciseau 1 - Mon doigt 0.

            Après leur première victoire, les Détenteurs de l’Ordre Atomique Universel décidèrent d’organiser un grand bal costumé où chacun pourrait dire son amour pour le principe de plaisir. Cet évènement aura lieu chez nous le 29 juillet 2009.

Et comme ils ont bien fait les choses, vous apprécierez ce rendez-vous. Le produit a été fait pour vous. Il a été confectionné pour vous procurer ce que vous désirez le plus. Les tests scientifiques l’ont prouvé. Je le sais, j’y ai moi-même pris part.

UP est signé Pete Docter et Bob Peterson. C’est-à-dire Pixar Animation Studios. Et pour ceux qui auraient vécu enfermés dans une cave autrichienne pendant 24 ans, Pixar c’est Disney, et Disney c’est la référence pour vos enfants en matière de divertissement (après la météo de Catherine Laborde) car c’est la machine à plaisir qui leur ordonne « Amuse-toi ! », et l’enfant s’amuse, « Sois émerveillé ! », et l’enfant s’émerveille, « Ris maintenant, ris ! », et l’enfant rit, « Jouis ! Vas-y, jouis !!! » et l’enfant jouit. C’est implacable. Ce qui l’est encore plus c’est la manière dont ils ont permis aux parents de laisser l’enfant jouir en toute tranquillité, en offrant à ces adultes la même satisfaction. Or, ce qui est fait pour notre bien n’offre pas toujours les effets recherchés…

UP est en quelque sorte le dessin animé ultime.

Tout a été fait pour qu’il ressemble à une compilation de ce qu’il existe de mieux. Les meilleurs morceaux sont à l’intérieur. C’est comme si les concepteurs avaient décidé de faire le film d’animation qui mettra tout le monde d’accord. Les forces communes ont été rassemblées, étudiées et compilées de manière à ce que chacun tire le meilleur de soi-même. Puis, ils ont fait ce qu’ils font maintenant depuis plusieurs années : bâtir une histoire qui puisse toucher le plus large public qui soit. Première erreur. Ils ont pensé leur film en termes de classes d’âge et non d’affiliations cinéphiliques. En y regardant de plus près, c’est flagrant dès le départ. Les premières minutes UP du film sont consacrées à un résumé de la vie de Carl Fredricksen à travers le rêve d’explorateur qu’il avait étant gamin, alimenté ensuite par celle qui deviendra son épouse. Et là, les réalisateurs font une chose que je déteste voir au cinéma, ils font de la pellicule à la chaîne. En quelques minutes, les séquences se bousculent, réduisant à une peau de chagrin la vie de cet homme maintenant devenu vieux. Ils pressent le pas pour arriver au plus vite à l’histoire qui les intéressent : la maison qui s’envole. Ils se débarrassent des piliers de l’intrigue. Ils provoquent volontairement une arythmie cinématographique qui ne respecte ni le sujet ni le spectateur. Parfois, cela arrive pour une question de durée, parfois parce que le réalisateur n’aime pas les préliminaires. Mais, le plus souvent, cela correspond à un effet de mode particulièrement horripilant, qui surgit pour faire rentrer le spectateur de plain pied dans le film sans lui laisser le temps d’y trouver ses repères. C’est la stratégie de l’audimat adaptée au cinématographe. On appelle aussi cela du gavage industriel ou de l’orgasme forcé. En ce qui me concerne, je trouve que les films sont moins déséquilibrés quand ils laissent une atmosphère venir jusqu’à nous sans nous l’imposer.

Cette grosse bande annonce qui ouvre le film n’a le temps de s’attacher qu’aux principes fondateurs de l’intrigue future. Elle se termine sans que nous ne sachions quoi que ce soit des personnages, de l’endroit où ils habitent, de ce qu’aura été leur passé commun, bref, elle réduit leur vie à une petite anecdote d’enfance, comme si Carl Fredricksen n’avait pas grandi ou plutôt n’avait pas compris que les rêves changent au fil des ans. C’est ici un indice qui nous montre ouvertement l’esprit Pixar, c’est-à-dire le cloisonnement univoque dans lequel ils considèrent leurs spectateurs. Une sorte de masse uniquement rattachée au syndrome de Peter Pan. Et Pixar engonce chacune de ces entités dans une mouvance nostalgique, réconfortante et salvatrice de cette part d’enfance commune à tous, matrice de notre rapport au monde. Une fois de plus, UP s’attache à faire ressurgir ce syndrome, à en imprégner chaque acte du film. Et finalement, cela ne revient ni plus ni moins qu’à filmer des parents en pleurs au chevet de leur enfant qui s’éteint peu à peu d’une maladie incurable. Il faut être le dernier des salauds pour ne pas être ému.

Chez Pixar, eux, ils ont pris les premiers de la classe.

Dans leur désir d’universaliser leur propos, cette première partie de toute une vie se pose là (non, pas là, juste un peu plus loin… Merci). De l’enfant à la personne âgée, chacun y trouvera son compte. L’esprit du dessin animé se trouve ensuite renforcé par l’identification à l’enfant via Russell, petit obèse mongoloïde dont la difficulté à percevoir le danger est assez pénible pour le spectateur (tantôt il s’en aperçoit, tantôt l’ordinateur qu’il a à la place du cerveau met un temps infini à faire le calcul, et ce au gré des élucubrations des scénaristes !). Ce qui est plutôt agréable c’est de suivre l’histoire d’un vieux, parce que dans le cinéma, d’une manière générale, ce sont rarement eux les premiers rôles. Mais ne nous y trompons pas. Il ne sera jamais question de vieillesse, ni même de vieux (le personnage ne réagit qu’à trop peu d’occasions au physique de son âge et à ses préoccupations) puisque tout le contexte est ramené à son rêve d’enfant (devenu rêve d’amoureux). Encore une fois, Pixar ne manque pas une occasion pour nous ramener dans leur imagerie de l’enfance.

Ils vont donc enrober le tout avec du comique, un oiseau facétieux, un chien pas très fut-fut, un héros devenu très très méchant, un combat dans les airs absolument suffocant (et pourtant je devais bien être le seul à ne plus me souvenir de cette scène dès la fin de la projection, c’est dire si nous avons déjà vu mieux ailleurs) et des couleurs, des couleurs, des couleurs et encore des couleurs… Vous l’avez compris, voici la panoplie complète pour obtenir un film réussi. Et c’est bien là que le bât blesse.

UP paraît constamment calibré.

Il se délimite très nettement dans ce qu’il recherche à faire passer chez le spectateur, si bien que l’enchaînement des séquences n’apporte vite plus aucune surprise. Pour traverser la rivière il faut bondir d’une pierre sur l’autre et ainsi de suite jusqu’à la rive. Le parcours est très simple et ne se fait sans aucune embûche tellement les pierres sont grosses. Si bien qu’il n’y a la place pour rien d’autre. Il n’y a même pas un petit espace pour un accroc, un petit dérapage, une quelconque faiblesse, comme le nez cassé chez ce très bel acteur, qui plaisait encore plus aux femmes après, parce que justement il avait ce petit défaut qui faisait son plus grand charme. Au contraire, UP s’annonce d’entrée comme un film prétentieux et il ne dévie pas de sa ligne de conduite. Il y manque une vraie personnalité. Ce petit plus qui fait que l’on aime un film parce qu’il paraît n’être fait que pour nous, parce que nous recherchons toujours l’être exceptionnel. Alors que ce que tout le monde peut avoir n’a plus d’intérêt dès le lendemain matin.

Ne vous y trompez pas : UP est un film qui vous fait les yeux doux.

Même si le graphisme est très réussi, même si quelques idées sont vraiment drôles (les scènes avec les chiens sont savoureuses), même s’ils ont compris que la poésie crée le contentement (enfin, le film repose surtout sur la grande idée poétique de cette maison qui décolle) et même si vous trouvez que la corde sensible a été touchée et qu’elle vibre d’une tonalité agréable, tout cela ne concoure qu’à vous prouver que vous êtes des personnes normales qui réagissez normalement à un concept cinématographique. Il n’y a rien de révolutionnaire ou d’extraordinaire là-dedans. « Baywatch » c’est exactement le même procédé. Les jeunes hommes aimaient regarder cette série parce que Pamela Anderson y courait drôlement bien. Ils ne faisaient ni plus ni moins que répondre à un concept. Rien de plus normal.

Revenons-en au comique. Dans UP, vous remarquerez la façon dont les réalisateurs provoquent la rupture. Ils ont ingénieusement enlevé des images (là encore, cela se pratique depuis longtemps, rien de nouveau). Explication. Un effet comique se décompose souvent en trois temps : gag, compréhension et réaction. Dans UP tout ce qui concerne la compréhension est supprimé. Les images passent du premier mouvement au troisième. Si bien que le sens comique a toujours un temps d’avance sur le spectateur. C’est assez bien vu et cela paie à chaque fois qu’ils se servent de ce mécanisme. Là, je dirais que c’est une des plus grandes satisfactions du film puisqu’il montre comment l’animation s’adapte aujourd’hui aux nouvelles formes de la comédie. C’est, de mon point de vue, le seul endroit où le film peut se prévaloir d’une quelconque modernité.

Parce qu’autrement, ce n’est qu’une vulgaire soupe populaire resservie sous le sceau du vague à l’âme et du bon sentiment. Rien que dans le consensus amorcé, il est d’intéressant de voir à quel point UP ne dévie pas du totalitarisme imposé des personnages. C’est probablement la chose qui m’horripile le plus dans les films d’animation. Pourquoi accepter quelque chose que nous n’accepterions pas dans les autres films ? Exemple. Avant que Carl Fredricksen ne décide de s’envoyer en l’air, il est dérangé par le bruit des travaux autour de chez lui. Il finira UP par taper sur l’un des ouvriers, lui ouvrant le crâne. Pourtant, le vieil homme pourra rentrer tranquillement chez lui et ne sera même pas embêté par la police par la suite. C’est assez terrifiant de voir comment la violence devient ainsi légitime (alors que le film s’adresse prioritairement à un public d’enfants), alors qu’au contraire il n’y a même pas une seule image érotique dans tout le dessin animé. De là à y trouver du propos ultra hardcore au 26ème degré qui décanille du pachyderme au lance-tronçonneuse à roquettes…

Nous sommes là face à un beau préjugé cinématographique, qui plus est complètement hypocrite.

Mais cela n’est pas très étonnant puisque nous allons continuer en terrain connu. Et voici donc pourquoi je n’aime pas trop les films d’animation (outre le fait qu’ils ont quasiment toujours une vision de scénario et non de cinéma). Parce qu’ils s’adressent en priorité à des enfants, la plupart sont infantilisants voire débilitants. Cela se remarque par les caractères des personnages (et c’est pourquoi il faut aussi inclure Hayao Miyazaki dans le tas). Il existe dans les dessins animés une facilité déconcertante à prendre appui sur des personnages inconsistants, idiots, pleutres, bêtes, niais ou simples d’esprit. Il est toujours question d’humour bête et d’abrutis presque congénitaux. Cet extraordinaire dépouillement intellectuel brasse toutes les niaiseries les plus lourdingues qu’il serait aisé de constater ailleurs. Quand il ne s’agit pas du vieux monsieur grincheux (quelle originalité !)…

La trivialité au cinéma m’insupporte. C’est donc décidé, demain je me laisse pousser la moustache.

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 17:06

Règles à respecter pour rompre tout en souplesse
Ne retarde pas la rupture dès que tu as obtenu ce que tu souhaitais
Prolonger la relation n’est sain pour personne
Dis-lui honnêtement simplement gentiment mais fermement
Pas de banderole
Pas d’effets spéciaux
Pas d’annonce publique
Cela t’évitera toute humiliation
Ne serre pas les dents
Ne bouge pas ta frange
Exprime clairement ton envie de sortir avec d’autres garçons
Prépare-toi à ce que le garçon se sente blessé trahi
Qu’il te demande de lui rendre des comptes
Et qu’il t’adresse un regard acerbe
La sensation de rejet est normale et nécessaire
Quand une fille dit qu'elle préfère la compagnie des autres
A ta compagnie exclusive
The more you suffer the more it shows you really care
Mais si tu es régulière et directe
Et si tu évites de faire un bilan lorsque tu te déclares
Le garçon te respectera pour ta franchise
Et il appréciera ce ton résolu
Avec lequel tu viens de l’étreindre pour la dernière fois
A moins qu'il ne soit qu'un pauvre type immature vous resterez amis


 [Cérémonial édicté selon le premier acte de la chanson « Popular » de NADA SURF]


NADA SURF

           
Il paraît que Lars Von Trier est le plus grand réalisateur au monde. C’est du moins ce qu’il a vociféré en conférence de presse lors de la présentation d’ANTICHRIST au festival de Cannes. C’est aussi ce que l’on peut entendre de la plupart de ces bobos subjugués par sa superficialité et son esprit nihiliste pour le bien du renouveau cinématographique. Ce qui n’est rien d’autre que du snobisme de hautes sphères. Entre ce plaisir arty qui n’est pas populaire et qu’il est de bon ton d’aimer, et le moindre talent qu’il convient d’exagérer, de surestimer pour étayer chacune de ses démonstrations. Du talent, Lars Von Trier en possède. Certes. Il a tout de même réalisé l’un des plus beaux films au monde : BREAKING THE WAVES. Awesome !!! Mais c’est une personnalité exécrable. Et surtout suicidaire, ce qui le conduit à saborder ce talent, pour ne plus œuvrer que vers un cinéma d’anecdotes, d’exercices de styles ou de maniérisme. Petit et prétentieux comme du cinéma français.


ANTICHRIST
Scarifications :

- Lars Von Trier détruit ses scénarii en les rendant poussifs, putassiers et toussoteux (cf. le racolage ouvertement actif de DANCER IN THE DARK).

- Il détruit toute beauté en essayant de faire accepter l’idée qu’elle naît aussi de son antinomie (cf. l’irregardable IDIOTERNE).

- Il détruit le rapport direct du film au spectateur en récupérant tout ce qui ne se fait pas au cinéma (cf. l’impossible progression d’EPIDEMIC toujours ralentie par d’insurmontables détails qui noient le film).

- Il détruit l’idée même du cinéma en arguant que le film de bar-mitsva fait par tonton Samuel c’est aussi du cinéma (regardez ce qu’est devenue l’image de DANCER IN THE DARK ! On ne brade pas le cinéma !!!).

Tout son cinéma n’est basé que sur une rhétorique de l’art. Une sorte de grand théoricien, voire de grand gourou, très imbu de sa personne. Toute une panoplie de courtisans s’est mise à le déifier parce qu’il a décidé de transgresser les règles. Il n’en a jamais inventé. Relisez le Dogme. Ce ne sont qu’interdictions, refus et oppositions. Schématiquement, sa grande manipulation consiste à instaurer le culte de sa personnalité en prétextant que ce qu’il fait est génial car personne ne l’a jamais fait. Or, il n’y a pas que l’innovation qui marque les esprits.

Si Lars Von Trier est si controversé, c’est parce qu’il a raison.

Il a entièrement raison de vouloir un autre cinéma, un cinéma différent des 97,36 % de productions anonymes qui sortent sur nos écrans. Il a raison de bâtir son propre univers, de vouloir faire des choix audacieux, de toujours être dans un processus de recherche, de fouiller, d’essayer. Il a raison de titiller, de provoquer, de sortir du consensus, de chercher à faire éprouver, d’être ambitieux. Mais pour cela encore faut-il que ses partis pris fonctionnent d’un point de vue artistique et non d’un point de vue idéologique.

            Son grand regret restera sûrement de ne pas être un cinéaste qui a quelque chose à dire, un grand penseur, un artiste qui assène les vérités qui s’imposent à nous comme nous ne les avions jamais ressenties auparavant (j’évoque par là une vision du monde, une vision des femmes, une vision de la société etc. Je crois plutôt qu’il a une vision de l’interne, de nos schémas inconscients. C’est pourtant déjà beaucoup). D’où son incommensurable obsession de se vouloir pédant (c’est extrêmement visible lorsqu’il fait sa démonstration sur les rapports de force dans MANDERLAY) ou de toujours légitimer ses œuvres (c’est encore le cas d’ailleurs ANDREI TARKOVSKY dans ANTICHRIST avec cette dédicace à Andrei Tarkovsky qui vient clore le film ; cela est tellement révélateur ces dédicaces à maman, papa, mon voisin de palier et autres Shirley et Dino qui me font trop rire et il fallait que je le dise à tout le monde !)

Mais la personnalité de Lars Von Trier ne fait rien à l’affaire. Ce sont ses films dont il nous faut parler. Ce que l’homme est (ou nous apparaît être) ne peut que nous aider à comprendre un processus de fabrication, et peu importe la vie de l’artiste si l’on s’en tient à son œuvre.

Lars Von Trier est très largement surcoté. Ce qui est toujours dommageable pour quelqu’un qui possède un tant soit peu de talent (car, pour les autres, après tout, le temps se chargera de leur avenir). Mais en ce qui concerne celui qui nous a donné BREAKING THE WAVES, nous avons juste envie de lui dire d’arrêter de jouer au plus malin avec nous comme le faisait le scénariste Shyamalan du film THE SIXTH SENSE, d’arrêter d’essayer de construire sa légende plus que son œuvre, et d’avoir l’air un peu moins sérieux et grave avec son art. Car le mieux qui puisse arriver à un cinéaste dans cet état-là, c’est de faire des films. Travailler jusqu’à s’affranchir du bien et du mal. Laisser surgir l’essentiel. Ejaculer.

Heureusement, une bonne dépression aide souvent à lâcher prise. Sans quoi nous n’aurions jamais eu ANTICHRIST.

            Comme je n’aime pas Lars Von Trier, jamais je n’aurais pensé voir un de ses films sur grand écran. Mais comme je suis curieux, que je suis l’homme le plus ouvert et le plus tolérant au monde, j’étais à l’écoute de son nouvel opus. Et loin de moi l’idée de vouloir passer pour un imbécile. D’ailleurs, pourquoi dit-on d’un imbécile qu’il est borné alors que la bêtise est sans limite ? Il faut aussi mentionner le fait que nous avions été préalablement surpris par la bonne tenue de celui d’avant : DIREKTOREN FOR DET HELE. Et comme je dis toujours : « Si tu sais faire quelque chose, tu le fais. Sinon tu l’enseignes ». Lars Von Trier a arrêté de suivre la seconde voie et s’est enfin mis à faire du cinéma.

Moi, j’aime les personnes humbles. Et le concept de plus grand réalisateur au monde, alors ? A quoi répond-il ? Quelle importance qu’il y en ait un au-dessus de tous ? Et au-dessus de qui, d’abord ? De ceux qui sont encore vivants ? De tous ceux qui sont passés au moins une fois derrière la caméra, y compris ma grand-mamie Simone ? Qui juge ? Pourquoi imposer un tel esprit de compétition ? Le cinéma, pour moi, ce n’est pas cela. Le cinéma c’est la coexistence de toutes les formes possibles et même inimaginables. Tout ce qui se dit. Tout ce qui se vit. Tout ce qui fait mon cœur s’accélérer. C’est pour cela que « La lumière vient du fond » parle de tous les cinémas, même ceux que vous ne pensiez pas y trouver. Il y a de la place pour tous et tous sont considérés au même titre. Il n’existe pas un plus grand cinéaste qu’un autre même si, pour moi, Kubrick est le plus grand. Mais il existe une multitude de réalisateurs qui se côtoient et qui viennent THERESA RUSSELL peupler nos vertiges émotionnels. Quand Tarantino nous donne PULP FICTION, c’est le plus grand. Quand PUMP UP THE VOLUME vous donne envie de dire des horreurs, c’est le plus grand. Quand vous voyez Theresa Russell dans STRAIGHT TIME, vous ne pouvez pas ne pas conclure que c’est la plus grande. Tout a une place. Une place qui ne prend pas celle de quelqu’un d’autre. Une place qui s’additionne. C’est le propre de ce qui est unique. Alors qu’affirmer être le plus grand réalisateur au monde c’est probablement être unique, mais c’est surtout être très seul.

Je me retrouvai donc impatient de voir un film d’un réalisateur que je déteste, sans trop savoir comment l’idée avait bien pu germer et déployer ses tentacules tentantes. Même l’affiche est repoussante ! La naïveté d’une affiche de théâtre, la primitivité d’un stagiaire qui découvre Photoshop, et ce malgré une photo du couple Gainsbourg/Dafoe particulièrement sublime. L’assemblage de ces deux versants ne prend pas. Toutefois, qu’ANTICHRIST déclenche autant de haines et de passions, d’amour, de gloire et de beauté, de prises de position aussi contrastées, cela m’interroge et me dit qu’un film capable de provoquer un éventail de réactions aussi larges est forcément un film qui mérite d’être vu, et nous savons à l’avance qu’aussi mauvais soit-il nous n’aurons de toute façon pas perdu notre temps.

            Lars Von Trier n’est jamais aussi intéressant que lorsqu’il cesse de vouloir prouver qu’il est intelligent et rusé. Quand il se sépare de ses artifices pédants et de ses tics potaches, il devient un réalisateur qui se confie, qui arrive à se trouver, et qui tisse un lien mystique avec son spectateur. Cela peut paraître paradoxal puisqu’il avoue lui-même ne pas avoir fait ANTICHRIST en pensant une seule seconde au public, mais qu’il l’a fait pour lui et uniquement pour lui. S’il ne faut pas trop prendre tout ce qu’il dit pour argent comptant, je pense qu’il faut aussi savoir reconnaître lorsqu’il est juste et entier.

Parce que, de toute façon, on ne fait pas un film pour le public. Ce n’est pas vrai.

Ce sont des arguments de vente, des flatteries délicates et subtiles, des caresses flamboyantes élaborées pour que chacun se sente désiré, considéré et qu’il pense que tel film lui parle à lui tout particulièrement. Il n’y a que les producteurs avides d’argent, les mauvais films, les publicitaires et les studios Disney qui pensent en terme de public. On crée d’abord pour soi. Pas forcément de manière exclusive, mais toute exploration artistique est avant tout un dérivé d’un sentiment, d’une réflexion, d’une envie, d’un processus inconscient, d’une névrose etc. Si Lars Von Trier avoue cela c’est que son film va nous parler de lui, de quelque chose issu de son être, quelque chose qui se contorsionne pour essayer de nous parvenir dans les souffrances les plus atroces. ANTICHRIST ne va pas être facile. Il ne va pas être ordinaire. Pour arriver à ses fins, Lars Von Trier s’oblige à prendre des chemins bruts, ceux qui ne seront pas retravaillés, ceux qui lui sont parvenus tels des rêves non interprétés. Il nous offre de la matière première. Et elle est organique. Il n’est jamais aussi passionnant que lorsqu’il essaie de retranscrire une sincérité, une vision qui lui a été imposée (par sa dépression ?) et non pas qu’il nous impose. C’est parce qu’ANTICHRIST est maîtrisé sans être directif qu’il parvient à nous toucher là où peu s’aventurent. A part le jeune marié.

La bonne idée de Lars Von Trier a été de bannir tout réalisme de son ANTICHRIST.

Voilà un grand film abstrait qui verse dans le baroque et le lyrisme. ANTICHRIST ne raconte pas une histoire de manière conventionnelle. Tout est fait pour décaler les points de vue. Ca n’arrête pas tout le long du film. Il est impossible d’en donner une interprétation car il n’en existe pas une seule. Le film utilise tellement d’appuis narratifs qu’il est impossible de se focaliser sur une seule vérité scénaristique. Une fois vous adoptez un point de vue neutre, le plan d’après l’histoire est racontée par Willem Dafoe et l’instant d’après vu par Charlotte Gainsbourg. Et cela est d’autant plus riche que possiblement interchangeable. C’est ici que se trouve le centre névralgique du film. Il est instable, constamment en mouvement, furieusement plein de vie et de pulsions de mort. C’est un festival de chaque instant, comme en témoigne ce plan sidérant où Willem Dafoe cherche Charlotte Gainsbourg dans la forêt, s’arrête, puis le plan passe en subjectif, la caméra pivote comme si Willem cherchait Charlotte du regard tout autour de lui, et hop, Willem se retrouve dans le champ. La mise en scène c’est parfois tout con. Bizarrement, aucun critique ne s’attarde sur ce genre de plan. Ils ont préféré faire leurs choux gras de cet insert provocateur dans la première scène d’amour. Avant d’en parler, je voudrais d’abord souligner cette scène qui introduit la problématique du métrage. Elle nous place d’entrée dans cette abstraction dont je parlais plus haut. Rien n’est réaliste. A commencer par ce ralenti de conscience élargie qui éclate la notion de temps, déstructure tout ressenti et semble rematérialiser tout atome visible. Les gouttes d’eaux ne ressemblent plus à des gouttes. Ce sont des formes qui brillent, se fragmentent, se transforment, prennent vie, crient, s’étouffent et se désintègrent. Mais leur parcours est le plus délicieux que peut connaître toute personne ayant déjà fait l’amour sous la douche. D’autre part, la fadeur de la lumière et le noir et blanc rajoutent à cette impression d’irréalité. Et pour conclure, Lars Von Trier nous débarrasse du son et lui substitue ce magnifique « Rinaldo, lascia ch’io pianga » de Händel. Tout cela crée alors une première scène confondante à l’atmosphère prégnante, anxiogène et perturbante. Nous ne sommes clairement pas en terrain connu. Je fais partie de ceux qui trouvent cette scène magnifique.

ANTICHRIST   ANTICHRIST

J’aime la confrontation de l’orgasme et de la mort.

J’aime l’idée que ce scénario soit improbable. Et d’ailleurs l’histoire ne s’est probablement pas déroulée comme nous la montre Lars Von Trier. A mon sens, il ne fait que placer le décorum, il ne fait que mettre en opposition les éléments du drame, qu’exposer les faits d’une manière fictionnelle, de façon à ce que cette scène d’exposition ne soit ni neutre ni racontée par Charlotte Gainsbourg ni par Willem Dafoe ni même par le bébé. Elle est juste arbitraire. C’est un point de départ. Evidemment, si l’on n’a toujours pas compris que le film est abstrait la suite risque de s’avérer éprouvante !

Et puis, il y a cette pénétration non simulée (précisons que ce ne sont pas les comédiens du film qui jouent la grande scène du IV à la papa-maman). Mon Dieu ! Quel choc en pleine génération porno ! Moi, ce que je ne comprends c’est qu’il y ait encore des personnes qui sont heurtées par de telles images. Parce que même n’en auraient-ils jamais vues, j’espère quand même pour eux qu’ils l’ont déjà fait ! Oui, il est possible de montrer de telles images dans un cinéma dit conventionnel. Oui, ces images ne sont pas toujours faites pour choquer. Oui elles peuvent faire partie intégrante de l’histoire. Et non, je ne vois pas pourquoi elles seraient de plus mauvais goût qu’une blague pas drôle dans un film avec Yvan Le Bolloc’h et Bruno Solo. Pour ANTICHRIST, vous avez peut-être entendu dire qu’il s’agit d’un plan purement gratuit destiné à choquer le bourgeois qui sommeille en nous (j’en profite au passage pour vous dire qu’à peu près tout et son contraire a été dit sur ce film, mais rien de juste et de mesuré, et qu’à peu près personne n’en a profité pour parler du film ! Si bien qu’il a été victime d’une véritable campagne de désinformation et je vous invite à vous rendre dans les salles qui le programment encore pour vous rendre compte de l’immense incompétence de ceux qui arrivent à déjouer la nullité d’un CYPRIEN mais déclarent forfait dès qu’ils se heurtent à un film plus obscur, et, plus effrayant, qui se retrouvent complètement hermétiques à tout nouveau langage cinématographique, ne voulant raisonner que par les bases d’un cinéma qu’ils connaissent et comprennent. Bel état des lieux de la critique officielle). Eh bien, ce plan n’est absolument pas gratuit.

D’abord, il faudrait que ceux qui avancent cet argument puissent définir ce qu’est la gratuité au cinéma. Si eux ne le savent pas, moi je vous dirais tout net que la gratuité, cela n’existe pas.

Oriflamme brandie par les plénipotentiaires de la morale.

Cette séquence n’est pas gratuite car elle est complètement intégrée à l’acte et en plein accord avec ce que les personnages éprouvent. Pourquoi filmer plus un baiser qu’une pénétration ? Ne devrions-nous pas nous demander pourquoi notre héritage en est encore à vouloir considérer l’acte en lui-même moins noble que ses prémices ? Certains objecteront sûrement que cet aspect des choses manque de poésie. C’est marrant, à chaque fois que je fais l’amour à ma copine, je vous assure que je n’ai vraiment pas l’impression de manquer de poésie. Ou alors, peut-être, ce sont eux sous leurs draps qui offensent l’image de la beauté. Ce n’est pas très rassurant… Reprenons depuis THEODORE DE BANVILLE le début et attachons-nous à la définition de la poésie. Selon Théodore de Banville, « elle est à la fois Musique, Statutaire, Peinture, Eloquence ; elle doit charmer l’oreille, enchanter l’esprit, représenter les sons, imiter les couleurs, rendre les objets visibles et exciter en nous les mouvements qu’il lui plaît d’y produire ; aussi est-elle le seul art complet, nécessaire et qui contienne tous les autres ». Voilà. Je pense que tout est dit. Lars Von Trier, quant à lui, préfère le porno.

Quoi qu’il en soit de ces attaques encyclopédiques, moi, j’ai trouvé cette pénétration très douce et très poétique. Que voulez-vous que je vous dise ?… De la gratuité ! C’est tellement grotesque comme argument !!! Rien n’est gratuit. Même pas le téléchargement illégal. Il ne peut l’être puisqu’il faut un ordinateur, l’électricité et un abonnement internet. Bizarrement, le gratuit n’est qu’un évènement commercial censé faire vendre encore plus. D’ailleurs, dans quelques années, ce sera le gratuit qui fera la différence. Vous achèterez tel produit parce qu’il sera couplé avec un autre qui sera gratuit. Le gratuit est une stratégie. Au cinéma, c’est pareil.

Rien n’est gratuit.

Ou alors en apparence. Prenez FIGHT CLUB. J’aime beaucoup l’histoire de cette personne qui insère dans les films des images pornographiques subliminales. L’exemple colle bien à ANTICHRIST et je le trouve particulièrement révélateur. Parce qu’il n’y a rien de gratuit là-dedans. Ceux qui ne le comprennent pas peuvent s’en trouver choqués et y voir un acte gratuit. Or, il ne l’est pas puisqu’il fait suite à une démarche politique subversive. Dans ANTICHRIST, c’est la même chose. La démarche de Lars Von Trier est politique. En insérant un tel plan il fait de la politique. Il œuvre pour le cinéma en l’affranchissant de ses servitudes culturelles. En France, Gaspar Noé fait exactement la même chose. C’est aussi pour cela qu’il n’est pas très aimé/compris.

Pour en revenir au film, il faut bien dire qu’il ne nous lâche jamais tant Lars Von Trier travaille à multiplier les perpendiculaires et les transversales. Il n’arrête jamais. Il joue avec les perspectives, déforme l’image, manipule les flous, affûte ses ellipses, distribue l’effroi, fait surgir des effets visuels impactants, dissimule des images subliminales, varie les axes, efface la narration etc. Et puis certains plans, certaines images sont absolument sublimes, d’une beauté formelle incomparable. Il y a de la texture, il y a de l’épaisseur, il y a du goût, il y a du frisson… Bref, le danois soigne les sensations. ANTICHRIST ne doit être envisagé que comme des injections de perceptions. Comme il se place du côté de l’organique et plus précisément du viscéral, il se met à l’écoute des échos symboliques qu’il trouve en chacun de nous.

GASPAR NOE             Bien sûr, certains défauts resurgissent parfois. Comme ces quelques zooms qui appuient l’importance de ce qu’ils désignent, et particulièrement le refuge sous l’arbre. Lars Von Trier semble nous dire : « Souvenez-vous en. Il sera important par la suite. » Que c’est maladroit ! Qu’il est risible ce renard affublé d’une voix satanique ! Et que les images semblent bien annoncées et prévisibles ! Quand on songe qu’il n’y a pas si longtemps que cela William Friedkin nous avait donné une belle leçon de brutalité avec son BUG !

Pourtant, dans ce capharnaüm où rien n’est uniquement beau et où rien n’est uniquement grotesque, mais où le tout est une multitude d’espaces isolés, naît un charme qui n’évoque aucun autre film. Même les scènes les plus gores sont particulièrement réjouissantes tant elles fonctionnent comme des orgasmes. Je viens de dire que ces images semblent préparées. C’est vrai. Il est question de préliminaires. C’est parce qu’il nous dit ce qui va arriver (pas concrètement, mais il annonce une fin inéluctable) que le réalisateur crée la nécessité d’assouvir une pulsion. Il nous faut voir, il nous faut éprouver, il nous faut éjaculer. Dans le cinéma de papa, les plans qui censurent la violence ou les parties génitales sont autant de coitus interruptus. Pas ici.

Si vous prenez part à l’acte sexuel, vous devrez aller jusqu’au bout. Jusqu’à l’orgasme. C’est la promesse d’ANTICHRIST.

Certains attaquent le film sur ce point. Mais il ne s’agit que d’un jugement moral. Parlons donc un peu du film, bon sang ! Si d’autres ont pu détourner la tête, moi je me suis gargarisé du spectacle proposé. Parce que le gore, c’est comme la violence, c’est comme la comédie, c’est comme un ballet, c’est comme une fusillade, ce n’est que de l’esthétique. Autant elle n’est presque jamais réussie dans la plupart des films d’horreur, autant dans ANTICHRIST elle est jubilatoire.

            Alors que veut donc dire ce drôle de film ? La question même n’a pas de sens. Parce que Lars Von Trier n’a pas de message à faire passer. Pas de cette manière. Et puis ceux qui cherchent des messages n’ont qu’à pas aller au cinéma. C’est marrant, on ne demande plus à Lynch ce que veulent dire ses films depuis qu’on a appris à le ranger derrière la maxime : « Ses films ne sont pas à comprendre mais à ressentir ». Ce qui ne les explique pas plus.

Le message de Lars Von Trier est celui d’une imagerie faite de références, de clins d’œil, de symboles, de renvois culturels, d’inconscients communs, de clichés… Leur agencement engage un renvoi vers des éléments non affirmatifs, non réels, qui ne participent d’aucune vérité, si ce n’est celle que chacun perçoit. C’est pour cela qu’il n’existe pas d’interprétation unique d’ANTICHRIST. Serait-ce un film misogyne ? Il est possible d’y répondre oui. Dans ce cas-là, il est aussi tout à fait possible d’argumenter en faveur du contraire. Mais il est impossible d’affirmer qu’une solution est plus vraie que l’autre. Les deux vérités coexistent au sein du même espace.

Pour moi, ANTICHRIST n’est pas misogyne.

Je n’ai pas vécu le film de cette façon et j’ai même été étonné de lire cela. Je crois qu’il s’agit beaucoup plus d’un film sur la peur des femmes. Or, la misogynie est une ramification de la peur des femmes. Pourtant, si le film œuvrait contre l’une des deux espèces, j’aurais plus l’impression que c’est contre les hommes (d’ailleurs, très souvent chez Von Trier, les femmes ont les rôles principaux et les hommes les mauvais rôles). Parce que si Charlotte Gainsbourg s’en prend violemment à son mari, ce dernier ne peut être entièrement exempté de tout reproche. C’est quand même lui qui passe outre les premiers commandements de la psychanalyse, à savoir tu n’analyseras pas ta femme et tu ne coucheras pas avec ta patiente. Son influence sur elle est plus sournoise, plus subtile. Mais, là encore, impossible de trancher entre un mari qui essaie très maladroitement d’aider sa femme ou une ordure qui joue un jeu des plus pervers avec elle. Et, à ce stade, je voudrais m’attarder sur l’interprétation de Willem Dafoe. Parce que si le prix d’interprétation pour Charlotte Gainsbourg est entièrement mérité (et en plus elle n’hésite pas à sortir les pommes du frigo), Dafoe, lui, est aussi magistral de retenue, d’écoute, de délicatesse, d’obscurité, dans un rôle ambivalent assez ingrat. C’est évidemment le personnage central du film, celui qui tient les rennes. Charlotte Gainsbourg n’est que le catalyseur de toute son organisation.

LA STANZA DEL FIGLIO             Finalement, le plus débectant dans tout cela c’est qu’entre deux films sur la perte d’un enfant (LA STANZA DEL FIGLIO et ANTICHRIST), la Palme revient au premier qui n’est qu’un roman-photo larmoyant et sans idée, alors que le second virevolte dans tous les sens, travaille son cinéma, et ne repart qu’avec des huées et un filet garni. Film sur le travail de deuil et la reconstruction, ANTICHRIST est de loin le plus beau, notamment parce qu’il permet une narration flottante qui vient contrebalancer toute idée d’apaisement. Parce qu’il n’est pas qu’un seul argument valable pour apaiser une souffrance. Parce qu’il y aura toujours le moindre détail qui se montrera culpabilisant. Tout devient source de conflit et de victimisation. En témoigne le plan où Charlotte Gainsbourg voit son enfant tomber par la fenêtre et ne fait rien parce qu’elle est en train d’avoir un orgasme avec Willem Dafoe. Ce ne sont pas ce que disent les images qui importent ici. Nous l’avons déjà dit, si vous regardez le film au premier degré vous risquez de passer à côté. Ce qui est important dans cet exemple, c’est ce que deviennent les personnages une fois que l’idée est apparue, une fois qu’elle a réussi à s’insérer dans l’esprit de Charlotte Gainsbourg. Mais rien ne nous dit que c’est véritablement ce qu’il s’est passé. Cela pourrait tout aussi bien être Charlotte Gainsbourg qui se rend coupable de la mort de son enfant et se force à croire ce qui n’est pas avéré. Pour chercher un sens à tout cela. D’ailleurs, Willem Dafoe lui dit à moment donné que ce sont ses pensées qui déforment la réalité. Faire cohabiter plusieurs réalités en faisant qu’elles soient toutes valables, voilà le vrai tour de force d’ANTICHRIST. Malgré cela, une chose est sûre : je n’irai pas passer mes vacances dans la tête de Lars Von Trier.

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /2009 10:36

BORIS KARLOFF             Un film méconnu avec Boris Karloff est toujours une curiosité qui nous ramène inévitablement aux films de cette époque où les gens vivaient en noir et blanc. Films introuvables, méconnus, passés sous silence. Age tendre manichéen où les daltoniens ne souffraient pas encore d’être des handicapés congénitaux, narguant de leurs révolvers chromés le dénommé Lucky Luke de sinistre mémoire.

Boris Karloff est principalement connu pour avoir interprété le rôle de la créature dans FRANKENSTEIN de James Whale. Il est aussi l’interprète d’autres films fantastiques qui ont assis sa réputation ; mais il a surtout pas loin de 200 films à son actif. Il fut avant tout un excellent comédien capable de jouer avec nuance sur son physique un peu trop brut pour être honnête. Sa gueule d’acteur, l’acuité de son regard, son inquiétante morphologie et sa précision quasi satanique en ont fait un des acteurs les plus recherchés. La signature au bas de la page atteste l’authenticité d’une époque au cours de laquelle le culte des stars n’avait pas la toute-puissance que nous lui connaissons aujourd’hui. Ils étaient alors choisis parce qu’ils collaient au plus près des personnages, et n’étaient pas sélectionnés parce que certains décidaient que le public avait envie de les voir dans tel type de rôle.

Cette inversion devenue perversion rime comme une mauvaise lettre de rupture qui a essayé de mettre les formes mais reste vulgaire et violente.

Certains castings brouillent votre vue d’un voile lacrymal comme une femme refuserait vos avances prétextant que vous êtes trop bien pour elle. Le sentiment du travail bien fait ; la norme assénée.  « C’est le métier qui rentre » comme dirait une prostipute qui travaille sur le boulevard pas loin de chez moi.

Dans DEVIL’S ISLAND, Boris Karloff incarne un docteur français qui parle anglais. Il se retrouve condamné par un juge français qui parle anglais, à aller casser du granitique sur l’Ile du Diable. Ce qu’il ne sait pas, c’est l’origine de cette appellation, ma foi très étrange pour une île. En revanche, il sait qu’elle est rattachée à la Guyane. Et la Guyane appartient bien évidemment à la France, comme chacun d’entre vous l’a appris et doit s’en souvenir. La langue officielle est donc le français, sauf dans le film où c’est l’anglais. Anachronisme hérité d’une coutume locale qui parle d’un esprit maléfique qui aurait envahi l’île, et que l’on entend parfois les nuits de demi-lune lorsque le vent souffle dans la cime des arbres et que les vagues viennent s’écraser sur le versant nord de l’île. La légende veut  que la conjugaison de ces divers éléments fasse entendre la voix du Diable dans d’horribles hurlements qui rendraient fous ceux qui les auraient perçus. D’où l’Ile du Diable.

Pour bien comprendre ce film, il faut aussi savoir que :

- l’Ile du Diable fut un bagne de 1852 à 1946

- c’est sur cette île que fut condamné Henri Charrière, dont l’histoire est retracée dans le splendide PAPILLON

- la plupart du temps, le taux d’humidité y est supérieur à 80%. Tout moisit. Les bactéries et les virus prolifèrent aisément

- l’île est désormais interdite d’accès

- aujourd’hui, la Guyane est surtout connue pour la base de Kourou, d’où décolle la fusée Ariane

- son indicatif téléphonique est le +594

- les trois figures de l’être cher s’estompent à contre-jour.

DEVIL’S ISLAND date de 1939 et fut réalisé par William Clemens. Réalisateur inconnu de films inconnus. Ecoutez bien le métrage. Dans son dernier râle, il nous explique qu’il souffre d’un manichéisme de bon aloi qui le rend univoque. C’est du cinéma de propagande. Ou comment dénoncer les actes avilissant qui régirent le bagne. Du slogan populo en veux-tu en voilà. Abuser de son pouvoir sur une population soumise, c’est vraiment pas bien. En avoir, c’est se faire avoir. Psychologie de brasserie sur fond de bonne conscience.

Il manque l’ambiguïté.

Le méchant est vraiment une belle ordure et le prisonnier est innocent. Car les scénaristes ont eu la grande idée de faire de Boris Karloff un médecin qui soigne une personne recherchée par la police. Il se défend forcément en prétextant que son métier l’oblige à porter secours à toute personne, quelle qu’elle soit. Tu la sens venir l’injustice flagrante ? Sur l’île, il va se révéler encore plus gentil que la moyenne des moyennes en acceptant de secourir la petite fille du méchant sadique qui parle anglais sans s’en étonner.

Même si le dénouement du film reste imprévu et qu’il bénéficie d’un bon rythme, DEVIL’S ISLAND reste une réalisation anecdotique, petite larme salée diluée dans l’océan qui chahute la carlingue de l’embarcation Cinéma. Le film est très court. Le montage ne s’encombre d’aucune fioriture. Le sujet, rien que le sujet. Nous filons à l’essentiel. Le rythme est donc très soutenu, ce qui est le grand avantage de DEVIL’S ISLAND, car si nous restons sur notre faim, il ne nous permet pas d’être déçus. Pas de quoi faire une banderole. Pas de quoi avoir le blues. Expression peut crédible. En général, quand j’ai le blues, moi, j’ai le noir. C’est sombre, désespéré et tout se termine mal. Cela me permet d’écrire sous influence et de me comporter en bon monomaniaque patenté. Sur ma playlist, une chanson qui tourne en boucle depuis bientôt 18 heures. Un flot ininterrompu de blessures volcaniques qui dévorent mes joues. Pendent longuement ses boucles d’oreille et viennent tracer le sillon de la plaie.

Le thé des amants est brûlant et je ne peux rien faire.

            Marquons la différence. Amusons-nous à voir un film plus contrasté. Quoi de mieux qu’un film des années 70 ? La filmographie d’Edward Dmytryk n’est pas une mine de diamants, mais nous n’y trouvons rien d’infamant. Nous noterons surtout le premier THE END OF THE AFFAIR qui se regarde aisément, mais très loin de la seconde adaptation cinématographique signée Neil Jordan. Et puis nous trouvons ce BLUEBEARD estampillé 1972. Film coréalisé avec Luciano Sacripanti, allez savoir pourquoi… Les questions qui restent sans réponse raisonnent interminablement en moi. Statue figée, expressivité du regard, complicité évidente. Il est des raisons qui priment.

BLUEBEARD Le film est aujourd’hui tombé un petit peu dans l’oubli alors qu’il fonctionne encore outrageusement. Attention, il s’agit toutefois d’un film bizarre, kitsch, baroque et grotesque. Mais aucun de ces qualificatifs n’est péjoratif à mon sens.

Cela ne vous aura pas échappé qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du conte de Vincent Perrault. Ici, l’intérêt du film est de s’adresser directement aux grands de personne. Toute l’imagerie du conte se voit transposée dans un univers adulte. Les abominations ne seront pas aseptisées et nous verrons ce que nous devrons voir, quitte à être choqués. Tout cela est plutôt une bonne nouvelle et annonce une relecture de l’œuvre. Si le parallèle avec la boîte de Pandore (il est question de la clé d’une chambre que l’on ne doit pas ouvrir !) et la désobéissance féminine, subsistent, les scénaristes ont décidé de donner leur propre version. Richard Burton a un terrible secret. C’est à cause de cela qu’il tue toutes les femmes qu’il épouse. Et ce propre secret est lui-même en correspondance avec la couleur de sa barbe (trouvaille fantaisiste énoncée avec malice, qui renforce l’extravagance du propos). Un peu d’astuce et d’espièglerie… Et quelques effleurements échangés sur la banquette arrière d’un taxi de nuit. La nuit, rien ne se voit, les rires ne s’entendent pas, les sourires se noient dans l’obscurité. Ils reviendront nous défigurer aux heures chaudes.

Si le film est aussi peu considéré, cela est dû en grande partie à l’ambiguïté regrettée plus haut dans DEVIL’S ISLAND, et qui magnifie ici les personnages, principalement celui de Richard Burton. Barbe-Bleue n’est pas une vilaine brute assoiffée de sang et de meurtres. Il n’est pas envisagé que sous l’image du monstre inconscient et inhumain. Sa charactérisation l’étoffe d’une sensibilité qui le densifie, le rend touchant et humble.

L’homme n’est plus une créature codée comme dans beaucoup de contes.

Il trouve ici une mesure tout à fait réaliste. Sa psychologie contraste les tenants et les aboutissants de ses actes. Et c’est parce le spectateur est parfois tenté de prendre son parti (mais tout autant que pour Malcolm McDowell dans A CLOCKWORK ORANGE, après tout) que les scénaristes ont cru bon de rajouter une incongruité qui aplatit leurs efforts premiers. Faire de Richard Burton un sympathisant nazi (c’est très drôle, le film fait partie de cette époque où les croix gammées se faisaient à l’envers, pour une question de législation) annihile tout le processus de réflexion qui était parvenu à s’insérer au fur et à mesure qu’il nous racontait ses différentes conquêtes féminines. Cela ressemble trop à un deus ex machina. Démagogique.

Il n’empêche que Richard Burton est un abominable tueur. Rien ne peut excuser ce qu’il a fait. Tout est clairement énoncé, disséqué. Pourquoi en rajouter ? Je garderai cette image brisée de cet élixir trop infusé, exemple frappant de ce qui ne peut plus changer. Et ta silhouette dans le cadre de la fenêtre. A contre-jour. Ces rayons de soleil qui frappaient la table en acajou. Ces rayons qui semblaient émaner de toi.

Ils finirent par marquer mes joues de leur empreinte.

BLUEBEARD est un film à sauver. Parce qu’il est beau, malgré son histoire triste et horrible. Mais il a eu la chance d’avoir Gabor Pogany comme directeur de la photographie, qui magnifie un Technicolor flamboyant en accentuant certaines couleurs, ce qui laisse l’impression qu’elles sont saturées. Mais il n’en est rien. L’habillage n’est en rien trop fardé. Le jeu sur les couleurs est juste l’occasion de donner un petit plus luxueux au film tout en insinuant la force et la symbolique des couleurs (surtout le rouge). Si le scénario peut s’autoriser certaines dextérités, filtres grossissant de quelques situations déjà bien cavalières, la photographie réussit le pari de rester réaliste tout en s’adaptant à l’étrangeté des lieux et de l’aura qui entourent Richard Burton. Il faut dire que ce comédien paraît vraiment très à l’aise dans ce rôle de sérial killer tourmenté. Entre ce qu’il peut laisser transparaître et ce qu’il s’autorise à nous dévoiler. C’est de la subtilité comme je l’aime. Quand nous sentons que le comédien joue quelque chose que nous ne connaissons pas encore et qui sera mis à jour plusieurs mètres de pellicule plus tard… Du coup, il nous propose un personnage qui s’échappe de l’imagerie de tueur machiavélique. D’ailleurs, ce personnage s’échappe en permanence. Très savonné. Impossible à saisir. Difficile à cerner. Sans paraître instable. La vraie grande satisfaction est de voir Richard Burton faire de Barbe-Bleue un personnage fort, qui s’assume, viril, mais qui s’effondre littéralement lorsqu’il se trouve face à son secret. Face à lui, une jolie combinaison de bluebeardettes défile et s’expose telle une vitrine des Grandes Galeries. Chaque présentation tourne vite à l’exposition. De ce fait, chaque flashback ralentit l’action, mais Edward Dmytryk a eu l’idée de donner à chacun d’eux une durée très différente. Cela permet de varier les rythmes et de ne pas savoir s’il s’agira à chaque fois d’une anecdote ou d’un court métrage où la femme a plus d’importance qu’une autre. Toutes les personnalités de ces femmes sont assez astucieuses et chacune prend beaucoup de plaisir à rocamboler. Et puis cela permet de revoir la trop discrète Nathalie Delon (n’avions-nous pas insisté pour que vous voyiez dans les plus brefs délais LA LECON PARTICULIERE ? Quelle bonne idée a eu Werner Schroeter d’aller la chercher après un quart de siècle d’abstinence, pour son film NUIT DE CHIEN !) Toutes ces belles choses qui s’accumulent. L’émotion est volcanique. Elle est en gestation et jaillit violemment. L’attraction n’est pas un choix. Le piège m’engloutit et m’enfouit dans le blues.

Hier encore je ne connaissais BLUEBEARD que de nom. Hier encore, ses attraits ne m’avaient pas encore ébloui…

Il faut aussi voir BLUEBEARD parce qu’il ne correspond pas à une seule voie d’organisation et de réalisation connue. Le film n’est jamais ce qu’il prétend être. Il nous surprend constamment en déviant ses centres d’intérêt, en changeant sa nature, en brouillant les pistes, en réorientant son supercentre narratif. Très vite, il est difficile de savoir vers quoi le film s’oriente. Pas de sentiers connus. Tout ce que BLUEBEARD annonce est constamment contrebalancé l’instant d’après. Même son genre. Il touche au drame, à la comédie, à l’horreur, à l’érotisme, à l’épouvante, au film historique, au film policier… C’est ce délicieux mélange qui aboutit à un film multifacettes, sorte de Boule Magique qui se transforme en bonbon chimique qui vous crépite au palais. C’est la superposition des couches qui crée BLUEBEARD, qui façonne un film hydride, non convenu et donc sournoisement intéressant. « Jai guru deva om. »

            Vu DOROTHY MILLS d’Agnès Merlet. Je ne suis pas un grand adepte de cette cinéaste. Ses films sont bizarres. Ils flirtent constamment avec un sordide ou un malsain de mauvais aloi, comme une maladie kraspek qui vous collerait à la peau et dont vous auriez du mal à vous débarrasser. Après un de ses films, j’ai toujours envie de prendre une bonne douche.

DOROTHY MILLS Dès le début, DOROTHY MILLS se veut flou. Affiché. Claironné. Stabilo-Bossé. De quoi parle-t-il ? Que raconte-t-il ? Quelles sont ses options ? Les rares indices qu’il lâche sont les seuls auxquels nous pourrons nous raccrocher pendant les trois quarts du film. Nous pourrions croire que cela va déboucher sur un processus assez rébarbatif, en fait, il s’agit pour Agnès Merlet de nous montrer comment appréhender les évènements que nous avons considérés comme acquis dès l’entrée en scène de Jenn Murray (très bon choix que cette actrice au physique dérangeant). Très vite, le montage de Monica Coleman oriente Dorothy Mills vers le personnage de la méchante baby-sitter. Voilà. En deux temps, trois mouvements, la tente est plantée, la table en formica déballée et le pastis 51 prêt à être consommé. Or, pour ne pas trop en dévoiler sur ce personnage central, les scénaristes ont décidé de s’intéresser à la personne qui vient enquêter sur Jenn Murray. Du coup, nous ne savons quelle va être la saveur du nuoc-mâm avec lequel nous allons être mangés. Qui allons-nous suivre ? Jenn Murray qui est pourtant le rôle-titre et semble donc être le centre névralgique du film, ou cette enquêtrice tout fraîchement débarquée alors que le film semblait nous racontait une histoire parallèle ? Il faut s’attendre à un récit qui peut dévier d’une minute à l’autre, comme l’annonce le précoce accident de voiture de Carice Van Houten. Le défi pour Agnès Merlet va donc être de faire converger ces deux personnages en une seule et même histoire. L’engagement ne se fera pas au centre du terrain. Bienvenue dans ma réalité, jeune fille brune !

Assez tôt, le leit-motiv nous guide vers un caractère insulaire qui prend l’ascendant sur les débats. Car toute cette histoire se déroule sur une île. Il ne s’agit pas ici d’un détail mais d’un élément extrêmement important dont le poids va s’accroître au fur et à mesure. Agnès Merlet pousse le spectateur à s’interroger. Bien vu. Pourquoi une île ? Pourquoi cette histoire ne pourrait pas se dérouler dans une ville singulière ? Si vous optez pour cette démarche, vous vous rapprochez de la solution. Agnès Merlet vous éclaire. Il est impossible que vous passiez à côté du caractère bizarre de ceux qui peuplent cet endroit.

Nous avons parfois l’impression de nous trouver en Corse.

Comme la réalisatrice continue à suivre Carice Van Houten dans ses agissements, il devient clair que la jeune femme se trouve en terrain inhospitalier. Toujours lui faire croire que je suis le sélectionneur et elle, la sélectionnée. Sur cette île, quelque chose nous met mal à l’aise. Tous les indicateurs s’affolent pour en arriver à une conclusion évidente : quelque chose ne tourne pas rond sur cette île. Parce qu’Agnès Merlet a axé sur Jenn Murray son point d’ancrage, nous avons l’impression que cela vient de cette jeune femme. Mais le malaise est plus profond. Tout cela pour arriver à se demander si le problème ne viendrait pas des habitants. Agnès Merlet nous y amène subrepticement, l’air de rien. Alors que le film semble se concentrer sur Jenn Murray, il laisse filer son personnage principal et fait surgir son vrai sujet des différents germes précédemment disséminés. Du coup, nous pensons beaucoup à WICKER MAN. Et le reste du temps, je pense à des cheveux qui révèlent leur vraie couleur quand ils flottent dans les rayons de soleil, je pense à quelques sursauts pour un simple « Bonjour ! », au vouvoiement de circonstance, à la douceur de la peau sans cesse renouvelée, aux approches qui se voient venir de loin, qui se terminent comme prévu, et tant pis pour le cliché !

Tout ce qui finira dans une boîte à souvenirs scellée par la chaleur des larmes circonstanciées.

Laissons Jenn Murray de côté pour l’instant et intéressons-nous aux habitants. Donc. Ils se considèrent tous comme des personnes normales (puisque chacun de la communauté est vu comme un esprit sacré), comme s’ils ne pouvaient avoir aucun problème. Mais tout cela dans le seul but de cacher leur propre différence. Une sombre communauté. Comme s’ils étaient liés par un pacte secret qui les unit dans cette détermination à occulter tout ce qui est disparité, tout ce qui est énigme. Garder sa spécificité, ne pas se laisser normaliser, parce que la norme vient toujours de celui qui l’édicte. Il en ressort que chaque habitant de l’île semble faire partie d’une entité, d’un tout, et qu’il n’est pas possible de leur enlever leur identité propre. C’est pour cela qu’il n’est impossible d’arracher Jenn Murray de sa famille. La communauté dit que Jenn Murray fait partie des leurs. Cette affirmation ne peut pas être remise en cause. Il n’y aura pas d’excommunication. La communauté régit son tout et ses parties. Pour cela, il n’est que ses lois qui priment. C’est ce que nous verrons à la fin du film. Lorsque les lumières viendront vaporiser l’obscurité et redonneront la parole à la Vaporeuse.

Coincés que nous sommes, nous hésitons à savoir si le danger vient de Jenn Murray ou des habitants de l’île. Heurtés. Idem pour Candice Van Houten qui, au cours de ses séances, essaie d’en savoir toujours un peu plus sur Jenn Murray. Mais tout est toujours remis à plus tard. Elle ne peut que se poser des questions. Cela affecte la progression scénaristique qui se fait dans une lenteur peu dérangée. En lui-même, le personnage de Dorothy est assez dérangeant. Ne serait-ce que physiquement. Il devient très difficile de savoir ce qui cloche chez elle. Agnès Merlet affirme sa volonté de le présenter comme un personnage normal (ce pourrait être vous ou moi… Euh, non ! Plus vous que moi, quand même !), en complète contradiction avec la première scène où Jenn Murray nous est révélée. Cet état est aussi en conjonction avec le caractère insulaire dont nous parlions précédemment. Le spectateur sent bien qu’une présence étrangère les dérange (en l’occurrence celle de Carice Van Houten), comme en Corse où les autochtones vous disent que vous pouvez très bien être là où vous êtes, mais qui vous font comprendre en sous-texte que ce serait mieux que vous n’y soyez pas. J’y étais. Je l’ai fait. J’ai saisi ma chance, j’ai frappé la balle au rebond. Ca se jouait sur du gazon. L’occasion s’est présentée. Je ne l’ai pas laissé passée. Impossible de m’en vouloir. Je suis un mec trop bien.

Le personnage de la vieille aveugle est complètement cliché. C’est le personnage qui détient les clefs, qui distille les indices de droite à gauche. Une sorte de Mère Fouras qui donne des conseils comme si elle savait tout, avait tout compris à ce qui se trame. Ce qui est d’autant plus étonnant est qu’elle vient en symétrie de Jenn Murray, la pâleur incarnée. Jenn Murray vieille.

Comme le film hésite entre dire et ne pas, Agnès Merlet s’en sert d’excuse pour justifier ses manques de partis pris.

Oui, mais en mise en scène, cela ne fonctionne pas ainsi. Ici, quelques essais sont parfois fructueux mais, d’une manière générale, tout est un peu trop timoré. Pas assez signifiant. Dès le début, nous sommes même gratifiés de quelques zooms maladroits sur les jeunes lors de l’accident de voiture. Notons aussi un plan pas très beau lorsque Jenn Murray parle de s’envoler comme un oiseau. A part cela, il y a bien un effort louable pour faire jouer de l’échelle de plans par-ci, par-là. Les plans larges sont les bienvenus et nous remplissent les poumons. Du côté de la photographie, nous sommes plutôt dans des tons jaunes ocres, ternes, un peu passés. Pourquoi pas ? Cela donne une impression d’anachronisme lorsque nous déambulons sur cette île. Grosso modo, la lumière n’est pas trop dégueulasse. Lorsque la caméra est au grand air, tout est un peu plus nuageux, un peu plus couvert. Le procédé pictural cherche ainsi à reproduire une société sur le déclin, vieillissante, qui vit très nettement dans un autre monde. J’aime beaucoup l’emploi de courtes focales afin de mieux jouer avec la profondeur de champ, procédé toujours payant. Agnès Merlet ne s’attarde pas sur cette manière de faire, mais cela donne 2 ou 3 plans bons à prendre. Mais plus le film s’approche de sa fin, plus les plans rapprochés nous font de l’œil et oublient de nous ravitailler en oxygène.

Le film se veut oppressant mais ne deviendra que brouillon.

La scène de la révélation finale en est un bon exemple. Bâclée. Essayez d’imaginer ce qu’elle serait devenue avec quelques plans d’ensemble… Terminons quand même en parlant du plus beau plan de DOROTHY MILLS, celui placé au début, où Jenn Murray donne le biberon au bébé. Plan formidable. Awesome ! Brutal. Cruel. Complètement inattendu. Violemment dionysiaque. Emportés dans les fissures du Sacré-Cœur…

Alors que son affiche pouvait laisser présager un virage vers l’horreur la plus totale, DOROTHY MILLS est véritablement un film psychologique. Pourtant, il est traité comme un film d’horreur. Il tombe même dans le fantastique à partir du passage des coupures de journaux. Bien vu. Une image pour la dame. Nous y trouvons de gros effets faciles, des lumières parfois vulgairement sombres. Le traitement imposé par Agnès Merlet est l’instauration d’un climat oppressant, angoissant, d’une fureur sous-jacente qui va s’exprimer à moment donné (impossible de ne pas penser à THE EXORCIST et surtout CANDYMAN). Intrinsèquement, le film est très lent, il distille ses effets, prévoyant un éclaircissement à la fin, ce qui ne manque pas d’arriver. Ce rythme justifie quelques montées qui apportent des ruptures bienvenues, notamment lorsque l’un des personnages se tire une balle dans la tête. DOROTHY MILLS ne se base cependant que sur un rythme très basique. Les aspérités sont brèves et nous replongent aussitôt dans la torpeur de la lenteur précitée. Finalement, nous sortons du film avec une impression certaine de monotonie globale, comme s’il ne se passait jamais véritablement grand-chose. Et malgré son dénouement, DOROTHY MILLS fonctionne sur un mode opératoire pépère. Nous aurions aimé être un peu plus bousculés.

DOROTHY MILLS est un faux film d’horreur qui cherche à nous faire peur. C’est une surprise. Mais la peur ne réside pas dans la surprise.

Dommage.

Il ne nous reste que ce qui nous appartient, et qui ne cherche qu’à se dérober à notre contrôle.

Par MAYDRICK - Publié dans : LUMIERES
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