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CONTACTER MAYDRICK


Samedi 8 mai 2010 6 08 /05 /Mai /2010 01:20

            Pour gagner les 5 points mis en jeu, il vous suffit de reconnaître l’auteur de ces mémoires dont voici le début :

 

1.
LES AILLEURS DE L'ENFANCE

   

            C’était rue de Vaugirard, à Paris, à deux pas de la rue Monsieur-le-Prince et du théâtre de l’Odéon, au cinquième étage d’un immeuble qui frisait l’indigence. Notre univers se limitait à deux pièces minuscules sous les toits, avec un recoin servant de cuisine où une personne seule pouvait à peine se tenir debout. Le mobilier se trouvait réduit à sa plus simple expression : les lits ou ce qui en tenait lieu, une table pliante, une cuvette, un broc, un tout petit réchaud à gaz, à feu unique, un poêle à charbon et, dans la « chambre » de mes parents, le piano de mon père voisinant avec une caisse en bois aux multiples fonctions. Les boulets de charbon dont nous faisions un usage plus que modéré étaient entreposés dans la soupenne ; une trappe permettait d’accéder au grenier au moyen d’une échelle accrochée dans le couloir. On avait l’eau sur le palier et les toilettes deux étages plus bas. Deux petites fenêtres donnaient sur la rue, d’où nous entendions monter, aux mêmes heures, les appels familiers du laitier et du vitrier. J’allais au jardin du Luxembourg ou bien je jouais avec les enfants du quartier sur les trottoirs de la rue Monsieur-le-Prince et de la rue Racine que j’aimais arpenter seul, le soir, lorsque je parvenais à m’échapper.

            Je n’ai pas vécu là bien souvent, excepté pendant l’Occupation, par périodes, car le manque d’argent de mes parents rendait la vie très difficile, et ils tenaient à m’épargner ce contexte. Dans les pensions où j’ai été placé en dehors de Paris, je leur en ai voulu, c’est vrai. Ils me manquaient et j’ai mis quelques années à comprendre que ma rancune à leur égard n’était pas dirigée contre eux mais contre l’indignité d’une situation où je refusais de les voir. Très tôt je me suis mis à fuir les réalités blessantes, étriquées, à la recherche d’un autre monde où devaient régner l’amour, la justice et la beauté.

 

            Dès l’enfance, en effet, je me suis consolé de la réalité en me fabriquant des royaumes. Mon imaginaire se nourrissait en permanence d’un mélange de contes russes dont ma mère m’avait bercé, de contes de Perrault, d’Andersen, des Mille et Une Nuits, de bandes dessinées, de romans de Jules Verne, de Dumas ou de la comtesse de Ségur… De ce foisonnement ressortait une vie onirique, la vie idéale, sans frontières et sans haine.

            Je ne m’en suis jamais vraiment remis. Plus tard, quand je me suis frotté aux hommes et à l’existence terre à terre, j’ai vu que tout n’était pas comme je l’avais espéré. Alors j’ai recommencé à m’évader. On disait « c’est un utopiste, un rêveur ». Je ne faisais pourtant que retrouver les images de mon enfance.

Par MAYDRICK - Publié dans : NOCTURNES
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