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Jeudi 19 mai 2005

GAUMONT GRAND ECRAN ITALIE            Il vit ses derniers jours. Il va mourir c’est sûr. Il s’éteint à petit feu et personne ne peut rien pour lui. Ou si peu… Ca ne sent plus le pop-corn au Gaumont Grand Ecran Italie, mais le sapin ! Ce cinéma va fermer ses portes, on ne sait pas bien quand mais vraisemblablement avant la fin de l’année. Une pétition circule pour essayer de sauvegarder cet édifice. Elle aurait déjà rassemblé de nombreuses signatures, paraît-il. Mais n’y ajoutez pas la vôtre. Allez plutôt acheter une place et admirer le plus grand écran de France pendant qu’il en est encore temps. Le Gaumont Grand Ecran Italie ne sera bientôt plus qu’un souvenir, c’est sûr. Et cela n’a rien d’étonnant : c’est dans cette même ville qu’a été détruit, voilà maintenant plus de 30 ans, le plus grand cinéma du monde : le Gaumont Palace. Tiens, revoilà la Gaumont ! C’est la politique de la famille, alors ? Le plus grand cinéma du monde !!! Le plus beau aussi ! Alors la petite salle de la place d’Italie… Ce n’est pas celui-là qu’il fallait sauver.  Survivra dans ma mémoire l’expérience cinématographique la plus démonstrative : 2001 : A SPACE ODYSSEY lors de sa ressortie, deux ans après la mort de son réalisateur. La lumière et les couleurs, le 70 millimètres, ressentir plus que comprendre, l’essence du cinéma…

            Il vit aussi ses derniers jours le personnage central du dernier film de Gus Van Sant. D’ailleurs je devrais plutôt dire le nouveau tome de son œuvre. Car c’est comme cela que se bâtit sa filmographie. Celui-là même qui nous avait passablement énervé puis endormi avec son dernier film sorti en salles : GERRY. Mais ce serait injuste de rester sur cet opus expérimental, il faut absolument citer le très percutant GOOD WILL HUNTING qui fait partie de ses films plus conventionnels à opposer à MY OWN PRIVATE IDAHO ou encore DRUGSTORE COWBOY, qui faisaient déjà montre de l’univers particulier de ce cinéaste. Un univers qui s’étoffe, s’affine, prend corps et devient de plus en plus intéressant au fil de cette œuvre. Rappelons enfin PSYCHO, exercice de style aussi parfaitement réussi que vain et qui démontre un peu plus le caractère touche-à-tout et constamment en quête de Gus Van Sant. LAST DAYSAvec LAST DAYS, il est encore en quête. Son truc ce sont les éléments manquants, les liens et autres rapports qui sont les fils conducteurs de toute logique. Gus Van Sant achève ici un triptyque qu’il avait commencé avec le très narcoleptique GERRY et poursuivi avec ELEPHANT. Comme ceux-ci étaient un savant mélange d’inintérêt et de manque de matière scénaristique, l’esthétique se reportait sur l’image et le procédé narratif. LAST DAYS s’inscrit dans cette continuité mais cette fois-ci, il garde les meilleurs éléments et se débarrasse de ce qu’il peut. Ce qui aboutit à un film très prenant, ponctué de quelques moments vagues où notre attention peine à s’intéresser. Le propos est éminemment personnel et pourtant très attachant. Plusieurs facteurs à cela : l’ambiance d’un lieu paradoxalement apaisant et angoissant, le pertinent usage du son en montage superposé (le son réel et le son que perçoit le héros) et l’interprétation stupéfiante de Michael Pitt (il est vrai qu’on l’avait déjà remarqué dans le pitoyable MURDER BY NUMBERS ainsi que dans l’un des chefs-d’œuvre de Larry Clark : BULLY, mais surtout dans son interprétation sensuellement parfaite dans THE DREAMERS). Attention, il ne faut toutefois pas se tromper quant au travail qu’il a effectué sur ce rôle qui, même s’il est de très haut niveau, n’en reste pas moins un travail de mimétisme plus que de composition.

Le film, quant à lui, est un récit imbibé de désespoir et d’ultra-violence, parfois insoutenable, qui trouve son apogée lorsque Blake arrache une corde à sa guitare. Cette brutalité est d’autant plus dérangeante qu’elle est masochiste et extrêmement crue. C’est une représentation de la violence intensément éprouvante, dure, conflictuelle et particulièrement désemparante puisqu’elle agit chez Blake en milieu semi-conscient. La violence est partout et elle n’est jamais gratuite.

LAST DAYS, film bourré de qualités, qui gagne là où les deux éléments du triptyque avaient échoués (c'est-à-dire la destruction en tant que représentation mentale), mais qui trouve ses limites dans la charge émotionnelle qu’impose la forme cinématographique. PINK FLOYD - THE WALL traitait déjà de l’enfermement avec beaucoup plus de percussion et de beauté plastique à travers des images visuelles fortes et des allégories appuyées, faisant référence en matière de vertige intérieur.

Ce n’est donc pas un film distrayant mais une réflexion sur la détresse intime, particulièrement séduisant. Gus Van Sant explore des zones d’ombres, impose une vision et se rapproche des premiers films de Michael Haneke, notamment 71 FRAGMENTE EINER CHRONOLOGIE DES ZUFALLS. GUS VAN SANTAncré dans sa culture américaine, il nous rappelle à une famille de cinéma dont font partie Larry Clark, Todd Solondz et autres Harmony Korine (ce n’est pas par hasard s’il se retrouve dans le film). Cette affiliation, le respect pour ses sujets (chose assez rare dans le cinéma mondial pour être soulignée) et l’humilité dont fait preuve Gus Van Sant pour revenir à cette forme de cinéma après les péripéties commerciales qu’il a connues, en font quelqu’un d’intéressant sur bien des points et qui mérite toute notre attention.

            S’il vous reste encore un peu d’attention, dépêchez-vous de la porter au théâtre de la Main d’Or. C’est dans ce lieu très chaleureux que vous pourrez vivre la dernière expérience de Dieudonné : « 1905 ». Spectacle sur la laïcité s’il en est mais qui ne nous apprend pas grand-chose et pas grand-chose de nouveau sous cet angle. Mais assister à un spectacle de Dieudonné c’est avant tout assister à une sorte de grande messe où la venue du comédien sur scène est vécue dans la salle comme l’arrivée d’un messie. L’aura, voilà ce qui manque à un grand nombre d’artistes. Il l’a, il en joue, il la développe.

1905 Jamais entendu autant de rires dans une salle, jamais vu autant de jeunes qui venaient pour la première fois au théâtre, jamais vu un one man show aussi drôle. « Le divorce de Patrick » reste sûrement son meilleur spectacle. « 1905 » est moins subtil dans l’écriture mais violemment drôle, avec une galerie de personnages toujours aussi justes. L’intelligence du bonhomme est évidemment de désacraliser, de se moquer, de taquiner. Si vous n’avez pas peur de rire ce spectacle est fait pour vous, sinon vous pouvez réfléchir sur le fait que vous commencez à vivre vos derniers jours.

            STAR WARS : EPISODE III - REVENGE OF THE SITH est sorti au cinéma. Enfin !!! On désespérait de l’attendre. C’est bon, c’est fait. On va finalement avoir la paix avec la saga aux personnages les moins consistants de tout l’univers entier du monde de la galaxie. Et George Lucas va pouvoir se consacrer à des films plus expérimentaux (ne rigolez pas, je l’ai lu quelque part !). Paraît que c’est dans cet épisode-là qu’on apprend l’origine de cette vilaine respiration de Dark Vador. J’y aurais enlevé son masque et foutu un coup de Ventoline, moi…

            Je terminerai en vous conseillant la lecture d’un article paru dans Les Cahiers du Cinéma n°576, au lendemain de la mort de Maurice Pialat, et qui restitue une conversation entre Pialat et Godard qu’il faut absolument connaître. C’est une preuve de plus que Pialat reste notre grand cinéaste à ne pas avoir fait les grands films qu’il aurait pu faire. Alors que pour Jean-Jacques Annaud c’est le contraire ! Et il ne vit pas encore ses derniers jours ! Allons brûler un cierge.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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