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--- GAUMONT OPERA PREMIER --- Lundi 19 janvier 2015, 19h35 |
Encore de l’idéologie dominante dans ce Gaumont Opéra Premier. Celle des grands groupes, des grands complexes, des grandes nausées. Tout est à la gloire de Gaumont et le spectateur n’est pas roi de grand-chose.
D’abord, le hall d’accueil est probablement le plus inhospitalier des cinémas parisiens. Bien trop grand pour ce qu'il s'y passe, il réserve ses murs rouges à 9 (!) écrans LCD, dont 3 sont assemblés sur le mur de gauche pour n'en former plus qu'un seul et jouer en boucle 3 trailers. Difficile de ne pas être harcelé par ces décharges épileptiques ininterrompues. Des bornes pour retirer ses places, un comptoir pour l’abonnement délaissé vers le fond, et la caisse où le personnel semble s’ennuyer machinalement. C’est très froid, pas très gracieux et sans aucune personnalité. J’irai même jusqu’à dire que l’endroit est clairement neurasthénique.
Passé le contrôle des billets, vous avez le choix entre un escalier en bois d’arbre (surplombé par une fresque miroir en décalage complet avec l’atmosphère du lieu) et un ascenseur pour les handicapés fainéants, pour rejoindre le réseau des salles. Le corridor qui mène à notre salle 2, lui, dénote une certaine volonté de décoration, d’harmonisation de couleurs criardes et de mobilier en plastique sans originalité. Une banquette déchiquetée sur tout le dessus, semble reléguée ici pour finir tranquillement ses jours. A l’intérieur de la salle, c’est plus sobre. L’écran n’est pas très grand mais suffisant pour une salle d’environ 200 places. Elle est moyennement remplie pour l’avant-première d'un film ayant remporté le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes. Niveau fauteuils, il s’agit là de strapontins mais plutôt confortables. L’espace avec le siège de devant est limite-limite si vous avez de grandes jambes, mais tout de même convenable.
En fait, le gros défaut qui mérite d’être signalé c’est la très faible luminosité de l’écran. Cela arrive régulièrement dans certaines salles où la puissance est volontairement réduite pour faire des économies d’énergie. Là, c’est très visible et cela dénature fortement le film. Des scènes volontairement sous-éclairées sont plongées dans une pénombre incohérente. Déjà que le numérique ne rend pas grâce à tout ce qui apparaît comme de la texture, et tend à uniformiser le relief de l’image, dans cette salle, l’image devient encore plus fade et affaiblit le jeu sur la profondeur de champ tout comme la vivacité des couleurs. Dans ces conditions, certes le film est tout à fait regardable et on peut suivre l’histoire. Les exploitants jouent avec le degré de pénibilité que peut encaisser le client. Il y a quelques années de cela, Disneyland Paris avait commandé une étude pour savoir combien de temps d’attente les clients du parc étaient capables de patienter dans la file d'une attraction. Il s’est avéré qu’en moyenne les gens peuvent patienter 3 quarts d'heure avant de commencer à s’énerver et à devenir ingérables. Vous voyez donc venir la conclusion de tout cela : au lieu de trouver une solution au problème et de chercher comment réduire les files d’attente au minimum, l'entreprise Mickey a conçu ses attractions en considérant que trois quarts d’heure d’attente étaient tolérables. Trois quarts d’heure chez Mickey et tu gueules quand tu attends 2 minutes à la boulangerie !!! Chez Gaumont Opéra Premier c’est la même chose. Evidemment qu’il faut être un peu exercé pour déceler de telles différences de niveau ou être un professionnel du son et de l’image pour que cela vous heurte assez vite. La plupart des spectateurs croient visionner le film dans des conditions optimales ou qui respectent les règles qui doivent exister en la matière. Mais tant qu’ils ne subissent pas une réelle gêne, qu’ils ne commencent à avoir les yeux qui faiblissent ou qui pleurent, Gaumont ne touchera pas à ses réglages.
Cela prouve que des décideurs connaissent des méthodes qui lèsent le spectateur au niveau d’un gage de qualité, et qu’ils ne se privent pas pour en abuser. Ce faisant, ils ont complètement remodelé le paysage des salles de cinéma pour n’en faire plus que des salles de shoot où la fonction du spectateur est réduite à la vision d’un film point barre, comme un junkie viendrait prendre sa dose. Peu importe la qualité de la seringue pourvu que le film soit bon.
En tout cas, joli respect pour le travail du directeur de la photographie, Greig Fraser ! Ca, c’est vraiment une attitude inadmissible de la part d’un cinéma qui ne se sent responsable que du fait de vous montrer un film et peu importe sous quelles conditions puisque cela n’est mentionné nulle part. « Rien ne nous oblige à faire bien notre travail », vous répondrait-on en haut lieu. Et pourtant, je suis persuadé que le projectionniste ne demanderait pas mieux.





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