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Samedi 31 décembre 2005

            Les fêtes de fin d’année sont comme des orgies annoncées. Une sorte de surabondance dans la générosité et d’excès dans la somptuosité des offrandes. Overdose volontaire.

Beaucoup d’images donc. Quelques représentations de ce que pourraient être une vie. Quelques dommages occasionnés par des actes manqués…

            Premier d’une longue liste : EL SEPTIMO DIA de Carlos Saura. Scénario très étonnant basé sur des faits réels. On peut faire une analogie plaisante avec LA CEREMONIE de Claude Chabrol, juste pour le procédé formel de narration. Le film vaut surtout pour sa fin. Ca me rappelle DOGVILLE : j’étais bien content que ça finisse ! Tout ce qui précède instaure les rapports entre personnages, ce qui se joue entre eux et les conséquences inéluctables. Mais à travers une description trop âpre. Saura ne fait pas suffisamment l’effort pour rechercher les sentiments profonds. Le flirt et ses regrets…

Nous reparlerons de lui prochainement. Il y aura du CRIA CUERVOS..., attendu depuis de nombreuses années...

            Crachons un peu sur les mauvais films.

JUST LIKE HEAVEN de Mark Waters.

MY LIFE WITHOUT MEIgnoble pitre à qui l’on doit le non moins ignoble FREAKY FRIDAY. Sa dernière monstruosité est à peine regardable. Il a entraîné cette fois-ci Reese Witherspoon (que l’on a toujours plaisir à retrouver depuis FREEWAY) et Mark Ruffalo (très bon comédien qui nous donne l’occasion de féliciter une nouvelle fois l’extraordinaire ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND ou le très sensible MY LIFE WITHOUT ME) dans ses âneries qui marquent autant de dégénérescence que la sénilité de Georges Moustaki. Bon ça va, on a compris qu’il n’aime pas Moustaki, c’est pas la peine d’en rajouter... En même temps payer 49 euros pour le voir au théâtre du Rond-Point ne serait-ce pas une escroquerie qui mérite d’être dénoncée ? Attaquons-nous d’abord à JUST LIKE HEAVEN. Sale histoire de fantôme qui fait de Reese Whiterspoon une ravissante idiote. Il faut lui répéter plusieurs fois que passer à travers les objets et les êtres humains n’est pas vraiment normal avant qu’elle n’ait une once de lumière dans les yeux qui lui permette d’envisager la possibilité qu’elle est morte. Tout phénomène paranormal lui semble bien quotidien. Quelle bêtise ! Rien ne tient debout. Si la réalisation montrait un quelconque talent de la part de Waters cela nous sortirait de la torpeur à l’intérieur de laquelle le film sombre petit à petit. Et nous avec.

LA MOUSTACHE d’Emmanuel Carrère.

Alors celui-là je ne vais pas le louper. Rarement un film m’aura laissé dans un tel état de frustration. Il n’y a qu’une idée là-dedans. Une seule. Après c’est de la broderie. Le scénario s’oriente sur plusieurs pistes qu’il n’explore pas. Absurde ? Fantastique ? Machination diabolique ? Peu importe semble nous dire le scénariste. Si l’on veut y voir une explication logique on peut se dire que finalement Vincent Lindon est fou. Le film serait alors une aberration pour les uns ou une manipulation déplaisante pour les autres. En tout cas cinématographiquement c’est sans intérêt. Le peu charismatique Vincent Lindon n’arrive pas à inscrire son personnage dans un univers suffisamment décalé pour le rendre passionnant. Un acteur comme Dominique Pinon amènerait sûrement autre chose. Du reblochon ? LA MOUSTACHE : le film le plus inutile qu’il m’ait été donné de voir.

VE'LAKHTA LEHE ISHA de Ronit et Shlomi Elkabetz.

Rien compris. Ca crie dans tous les sens et tout le monde se mêle des affaires des autres. Ronit Elkabetz se laisse humilier et cela semble lui convenir. Elle n’arrête pas de se plaindre de son mari et pique des crises de colère qui frôlent l’hystérie. De la démesure comme organe de pouvoir ? Je crois plutôt qu’elle a ses Narnia, comme on dit chez Disney.

PALAIS ROYAL ! de Valérie Lemercier.

VALERIE LEMERCIERVoilà quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Une fille simple, qui expose ses atouts et assume ses défauts dans les interviews qu’elle donne, et qui continue son parcours professionnel dans son univers si personnel. Elle a de l’humour, du charme et une philosophie de la vie qui montre un recul face à ce qu’elle est qui fait d’elle une personne très lucide. Mais son dernier film est loin d’être aussi réjouissant que les précédents. Subissant une réalisation déprimée, l’histoire s’embourbe dans des gags sans effets qui manquent terriblement de punch. Ca se suit sans grande conviction car les comédiens sont assez crédibles mais on aurait aimé un peu plus de mordant dans les dialogues et surtout dans les situations. L’humour se fait politiquement correct. C’est dans l’air du temps, me direz-vous. N’empêche que c’est ce qui pouvait lui arriver de pire.

IL NE FAUT JURER… DE RIEN ! d’Eric Civanyan.

On ne reviendra pas sur l’influence de l’époque sur les moeurs, Civanyan n’en a apparemment pas grand-chose à secouer. Il aurait quand même pu prêter une plus grande attention à l’adaptation qu’il a faite de la pièce d’Alfred de Musset. Tout son charme et ses enjeux définitivement oubliés, il ne reste qu’une histoire plus que jamais conventionnelle servie par des personnages grossièrement dessinés. Voici un bon film bien balourd, difficilement enchanteur car grossier et brouillon. On est dans son fauteuil un peu comme les comédiens dans leur costume d’époque : inconfortables et anachroniques.

FOON de Benoît Pétré, Deborah Saïag, Mika Tard (anciennement Véronique Tard, enfin on ne dit plus Véronique mais Mika même si on se demande pourquoi on ne dit plus Véronique mais Mika…) et Isabelle Vitari.

Alors là j’aime quand il y a de la folie et des idées comme celles dont FOON regorge. En tête de cortège : l’irrésistible procédé consistant à mélanger le français et l’anglais dans un dialecte dont il faut souligner le magnifique travail d’écriture puisque l’on comprend tout du début à la fin. Drôle dès le départ, le gag finit par s’essouffler, même s’il n’aurait pas été convaincant d’arrêter l’idée à mi-parcours. Mais peut-être que le processus aurait pu évoluer, se transformer… Les élèves sont tous un peu trop over-edge mais qu’importe ; on est dans un délire continuel qui s’achève dans une sorte de bacchanale mortuaire qu’on aurait aimé plus orgiaque. Mais le vrai gros défaut de FOON est un cruel manque de savoir-faire côté réalisation. On n’improvise pas dans ce métier. C’est d’autant plus fâcheux que toute cette culture de comédies musicales et de films de lycée semble être bien digéré par Les Quiches. Mais il faut connaître comment provoquer un impact émotionnel par une séquence musicale ou par un effet comique pour prétendre le réaliser. Tout tombe à plat. C’est de la série M6. Aucune harmonie, les comédiens parlent sans feu intérieur, aucune idée visuelle, des cadrages incohérents… Du blabla, quoi.

MICHAEL BAYTHE ISLAND de Michael Bay. Il ne fait partie du Consortium des Laxatifs du Cinéma, lui ? Si si. Je songe d’ailleurs à en révéler une liste non exhaustive très prochainement.

Lorsqu’il y a Michael Bay au générique d’un film il faut toujours s’attendre au pire. Du coup on n’est jamais déçu. THE ISLAND est sûrement très mauvais mais il est nettement au-dessus de ses productions habituelles. La faute à un scénario pas trop malhabile qui exploite une veine futuriste un peu clichée (le futur comme avènement de l’exploitation des humains) et pleine de symbolisme démagogue. Fidèle à lui-même, Michael Bay nous offre une belle boucherie visuelle où seuls comptent le spectaculaire et les actes de bravoure. Ewan McGregor joue le héros plus intelligent que les autres et Scarlett Johansson la belle et douce qu’il n’a pas le droit d’approcher. Faut dire que dans le futur ça ne plaisante pas avec les caresses épidermiques. Profitons-en pendant qu’il en est encore temps. Alors bien sûr les uniformes sont grotesques, les dialogues frisent l’indigence caractérisée, les effets spéciaux sont absolument ignobles (ah, ces foutus micro-capteurs qui vous rentrent par les yeux et vous passent sous la peau !) et on a beaucoup de difficultés à croire à tout ce qu’on nous raconte, mais Michael Bay est au top et aura beaucoup de mal à ne pas retomber dans ses nombreux travers. Le futur ne lui fera pas de cadeau. On peut donc voir THE ISLAND comme un avertissement. Profitons-en pendant qu’il en est encore temps.

LES AMANTS REGULIERS de Philippe Garrel.

Pour les nostalgiques de la Nouvelle Vague ce film sera une véritable bénédiction. Il trouve pourtant ses limites dans ce que le mouvement à eu pour conséquences les plus désastreuses sur le cinéma français. Il n’y a presque rien à sauver. La lumière est beaucoup trop contrastée. Le son est horrible et semble n’avoir subit aucun traitement, tout est au même niveau. Tout ce qui est montré n’a pratiquement pas d’intérêt. On s’ennuie ferme, Garrel ne sachant pas insuffler de rythme ni de beauté dans ce qu’il filme. On a au moins le sentiment de voir qu’il est honnête avec son travail et qu’il ne cherche pas à attirer le spectateur par de quelconques artifices vomitifs. Pour moi, c’est le pire du cinéma français.

HOUSE OF WAX de Jaume Collet-Serra.

Déplorable.

            Du côté des vraies réjouissances, parlons un peu de cul. Du sexe ? Enfin !!! Non non, du cul. Avec INSIDE DEEP THROAT. Film réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbato, et qui nous narre la fabuleuse histoire du film pornographique DEEP THROAT. Outre l’impact que ce film a eu sur les comportements cinématographiques et la retranscription d’une époque que l’on a du mal à percevoir aujourd’hui, INSIDE DEEP THROAT nous ramène avant tout à l’Histoire du mouvement pornographique. Un genre qui a été politiquement étouffé et que l’on a tué petit à petit. D’abord phénomène de mode, il a par la suite été condamné dans ce qui s’appelle une véritable infraction à la liberté d’expression. A cette époque le porno ne ressemblait pas à ce qu’il est devenu aujourd’hui. Le genre comptait ses honnêtes artisans, ses escrocs et ses visionnaires comme tout autre genre, mais n’a jamais pu permettre à ses réalisateurs de s’illustrer au sein de leur vision artistique. Si l’on revoit DEEP THROAT DEEP THROATaujourd’hui, on peut s’apercevoir que ce n’est pas uniquement un film qui se contente d’exploiter de manière salace les scènes hards qui s’y trouvent. Son réalisateur Gérard Damiano y a bâti une intrigue et propose quelques métaphores visuelles qui sont les seules éléments intéressants au sens artistique. Car DEEP THROAT n’est pas à proprement parler un bon film. Il permet juste d’insérer la sexualité crûe dans le cinéma traditionnel. C’est déjà une avancée énorme. Le succès qu’il connaîtra viendra essentiellement de cet argument qui ralliera les défenseurs des libertés individuelles, mais aussi de son actrice Linda Lovelace qui y fait montre d’une ardeur et d’une ingénuité à la tâche jusqu’ici inconnue. DEEP THROAT marque ainsi les bases du cinéma pornographique qui prétend rivaliser avec tout autre genre. Alors qu’il était en droit d’espérer autant de chefs-d’œuvre que dans le western ou le film noir pour exemples, une véritable éradication du porno s’engage. En France de nombreux films subissent de plein fouet le décret n° 61-62 du 18 janvier 1961 qui permet au ministre de l’Information d’interdire totalement un film. Avec la déferlante du porno et l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir, la « loi X » va reléguer ces films devenus indésirables dans un circuit de salles spécialisées. Elle va aussi les astreindre financièrement et fiscalement (TVA à taux majoré, taxe forfaitaire de 300000 francs pour les longs métrages étrangers, disparition du fonds de soutien etc.). Le X s’enfonce désormais dans un ghetto où les productions cinématographiques coûtent de moins en moins cher. L’Etat devenu proxénète ne veut plus de ces « horreurs » mais ne se privent pas de récupérer l’argent qu’elles génèrent. Le genre s’effondre dans une misère cinématographique à pleurer. Avec la prise de pouvoir des socialistes en 1981, Jack Lang s’est juré la disparition des salles X et commence à regarder de plus près les contournements que la droite avait laissés faire. Résultat : le nombre de films pornographiques tournés en 35 millimètres diminue jusqu’à atteindre le zéro fatidique au milieu des années 90. La dernière salle française fermera au début du XXIème siècle. Aujourd’hui l’héritage pornographique se fait tout de même sentir dans des productions plus « classiques ». En 1998, Gaspar Noé utilise des plans hards dans son brillant SEUL CONTRE TOUS. Les scènes d’amour non simulées atteignent des films comme les très mauvais LA VIE DE JESUS de Bruno Dumont et BAISE-MOI de Virginie Despentes et Coralie Trinh Tih. La représentation pornographique n’aura finalement jamais été exploitée au cinéma mais il reste que l’on peut désormais clairement montrer des plans hards. Le décret n° 90-174 du 23 février 1990 met en place deux types d’interdictions :

- interdit aux moins de 12 ans

- et interdit aux moins de 16 ans.

Les films pornographiques ou d’incitation à la violence restent interdits aux moins de 18 ans et la mesure d’interdiction totale d’un film est toujours en vigueur. L’affaire du film BAISE-MOI aura permis de relancer le débat. Le premier film a se réclamer de toute cette idéologie sera le très bon 9 SONGS de Michael Winterbottom, sorti cette année sous une interdiction aux moins de 18 ans ! Je ne sais pas pour vous mais je trouve que cette chronique manque un peu d’images !

INSIDE DEEP THROAT est un documentaire très bien monté qui rend l’aventure toujours accrocheuse sans tomber dans le racolage excessif. Il dépeint un morceau de l’Histoire du cinéma dont l’influence se fait encore sentir de nos jours. Il nous montre comment la naissance d’un mythe annonça sa propre mort. A une consonne près, la grosseur des mythes varie…

ANNE CONSIGNY            LE PETIT LIEUTENANT de Xavier Beauvois est très nettement découpé en deux parties complémentaires. Peu convaincant. La première est la plus intéressante. Jalil Lespert parvient à nous attacher à son personnage si peu héroïque mais porté par ses valeurs et son ambition. En s’attachant à chercher un certain réalisme dans sa direction d’acteurs Xavier Beauvois nous entraîne facilement dans le quotidien de ces policiers. Dans le même genre, on avait déjà beaucoup apprécié L.627 de Bertrand Tavernier. Le manque de palpitant est ici compensé par les remous psychologiques que Beauvois veut décrire. Et dans la seconde partie, malgré la persuasive Nathalie Baye, le propos devient un combat intérieur qui n’a plus rien à voir avec du cinéma. On parlait il y a quelques années de Xavier Beauvois comme un des acteurs majeurs du renouveau du cinéma français, il n’y a pas que lui qui devrait revoir sa copie.

            Nous avions préalablement aimé L’ART (DELICAT) DE LA SEDUCTION de Richard Berry puis détesté son second film : MOI CESAR, 10 ANS ½, 1m39. Son troisième long métrage : LA BOITE NOIRE se démarque encore, cette fois-ci de manière formelle. Le film fait preuve d’une virtuosité technique assez peu personnelle. Un peu comme si Richard Berry avait cherché à s’entourer des meilleurs opérateurs afin de réaliser un film très poussé sur la composition des cadres, des lumières ou du montage mais au final sans touche personnelle.

            Alex de la Iglesia est fou. Découvert en 1993 avec ACCION MUTANTE, un petit film déjà bien azimuté, il a continué à animer le cinéma espagnol d’œuvres pas vraiment correctes mais très drôles. Il s’est fait le spécialiste d’un humour noir très jubilatoire où il prend un malin plaisir à malmener ses personnages principaux au cœur de situations où le plus ignoble n’est pas toujours celui qu’on croit. CRIMEN FERPECTO ne déroge pas à la règle. De la Iglesia affine son style et nous concocte une comédie noire très savoureuse. En elle-même l’immoralité n’est jamais traitée sous forme de glorification mais sert de prétexte pour jouer avec nos propres notions de morale. Sous une réalisation énergique, de la Iglesia mêle rebondissements et surprises. Nous évoluons sur un fil où la tension est toujours de mise. Un élément vient sans cesse rajouter une difficulté à l’histoire. Aussi impossible à défendre soit le personnage de Guillermo Toledo, de la Iglesia nous rallie à sa cause et impose Monica Cervera comme l’ennemi personnifié. Tour de force ancré dans le second degré qui nous mène vers l’assouvissement euphorique d’une histoire menée tambour battant et qui nous permet de rire de tout, même de la mort.

            JE NE SUIS PA LA POUR ETRE AIME de Stéphane Brizé est une intense satisfaction dont l’espiègle sensation de révélation du sentiment amoureux fait toute la force dramatique. Patrick Chesnais est incontestablement un des atouts primordiaux du film mais il convient de citer avant tout la succulente présence d’Anne Consigny. Ca sent le César. Elle est tout ce que le charme du film symbolise : une beauté discrète, quasiment secrète et qui cherche son pendant face à ses contradictions. Car JE NE SUIS PAS LA POUR ETRE AIME subit les effets les plus néfastes de la politique cinématographique française. Récit lent, photographie morne, déprime ambiante et manque d’ambition. Or sa grande force est d’avoir su exploiter avec un maximum d’impact émotionnel ce qui pourrait être des défauts. Les personnages sont très bien exploités dans leurs caractéristiques du quotidien et notamment des espoirs déchus. Les âmes qui se cherchent se frôlent sans savoir comment s’exprimer. Il y a aussi beaucoup d’humour qui se cache derrière toute cette sobriété. C’est touchant, triste, sensible et plein d’espoir. Plein d’espoir parce qu’il faut parfois arrêter de jouer au con. Ecouter ce que fredonnent ses sentiments ça ne s’achète pas et pourtant ça vaut tout l’or du monde.

PETER JACKSON            Et puis il y a le cas Kong. King de son prénom. On aime bien Peter Jackson parce qu’on lui doit les remarquables FORGOTTEN SILVER et BAD TASTE. Et puis il n’a pas été complètement manchot sur la trilogie THE LORD OF THE RINGS. Il avait raté THE FRIGHTENERS mais ne comptait pas de véritable mauvais film. Jusqu’à présent.

KING KONG c’est un peu l’exemple que tout est possible quand on a décidé de vous faire croire à l’incroyable. Aucune limite. Faut quand même être légèrement demeuré pour trouver vraisemblables toutes les situations où la démesure des effets spéciaux entre en jeu. Quelques exemples :

- le gorille qui nous refait le coup de Bambi sur le lac gelé. Avec un faon je comprends que la glace ne craque pas mais un gorille de plusieurs tonnes…

- comment qu’il fait Kong pour détacher Naomi Watts des cordages qui enroulent ses mains sans lui arracher les poignets ? C’était pourtant prévu dans le scénario mais ils se sont rendus compte au dernier moment que c’était moins glamour Naomi Watts avec des moignons. Et puis Djamel n’était pas libre…

- la course au milieu des dinosaures. Comment peut-on ne serait-ce qu’avoir l’idée ? Quel mépris du spectateur ! Rien que pour ça j’aurai dû quitter la salle.

- à choisir entre me faire bouffer par des bestioles volantes ou me faire tirer à bout portant par un jeune chien fou qui tente de les viser, je me demande si je ne choisirais pas la seconde solution…

- Kong qui tombe dans le vide et qui se rattrape à… des lianes !!!

A tout cela on pourrait encore rajouter une longue liste d’évènements improbables :

- d’où qu’elle sort cette fameuse carte d’une île où personne n’a encore jamais mis les pieds mais qu’il y a bien quelqu’un qui sait la situer pour l’avoir dessinée ?

- endormir ce grand Kong avec du chloroforme, pourquoi pas. Mais j’aurais bien aimé que Peter Jackson se passe de son incroyable ellipse pour nous dire comment ils s’y sont pris pour le transporter dans le rafiot.

- et Naomi Watts par l’odeur du gorille alléchée ? D’où qu’elle sort à la fin du film lorsque Kong s’en va faire des siennes dans la ville ?

- dans cette même fin du film elle semble avoir bien chaud pour sortir en robe de soirée en pleine nuit d’hiver. Même pas la chair de poule en haut de l’Empire State Building ! (Tiens il fait déjà jour !!!)

Du grand foutage de gueule vous l’aurez compris, si bien qu’il m’est arrivé de me demander si Jackson ne méprisait pas plus ses producteurs hollywoodiens que son public. Un peu comme s’il n’avait plus rien à prouver après sa trilogie THE LORDS OF THE RINGS et qu’il leur prouvait que leurs pleins pouvoirs leur permettent de tout montrer sans qu’ils n’aient pour autre souci que la rentabilité financière de leur produit. Dans la surenchère de l’invraisemblance il va quand même très loin. Mais c’est en totale contradiction avec sa première partie pour que l’on puisse élaborer cette thèse plus avant. C’est en tous points la plus réussie puisque c’est le seul moment où il s’intéresse à son histoire et non pas à uniquement à l’impact de l’image. La reconstitution des années est particulièrement soignée. Il prend du temps pour définir ses personnages. Et ses plans sont aussi très construits. Sans pour autant être en recherche d’une force émotionnelle en surimpression, tout est à peu près juste en dépit d’une orchestration symphonique trop académique.

C’est alors que le film se termine. Naomi Watts deviendra l’objet convoité par Kong. Adrian Brody la figure du héros au grand cœur. Jack Black (éblouissant dans un rôle à la mesure de son talent, enfin !!!) le salaud par qui le danger se propage. Et Andy Serkis la touche d’humour du film. Il me semble aussi avoir vu un black à la parole sage, pour les quotas. Bref, tout cela ressemble étrangement à tous les ingrédients nécessaires pour faire un bon film, selon des producteurs bien attablés derrière leur bureau.

Heureusement qu’il y a les effets spéciaux ! Eh bien non ! Même pas ! Si vous voulez voir des dinosaures louez-vous plutôt JURASSIC PARK. Il y en a plein, de toutes sortes et des qui font peur. Car ça n’a pas vraiment beaucoup évolué depuis. Ou plutôt si. Mais en ce qui concerne les évolutions techniques Peter Jackson préfèrera dépenser l’argent pour la création virtuelle du gorille. Création par ailleurs assez efficace pour les gros plans mais Kong manque cruellement de notion bestiale. Peter Jackson fait une erreur en croyant qu’il faut plus mettre l’accent sur l’agressivité et la méchanceté du gorille. La bête ne parvient jamais à faire peur et ne s’impose que par sa puissance et ses dimensions. Dans les mouvements c’est encore pire. Comme les effets spéciaux n’arrivent encore à donner de poids aux volumes, Kong bouge sans crédibilité. C’est aussi le cas des dinosaures précédemment cités. Pour ce qui est des grosses bestioles, là aussi préférez une relecture de STRASHIP TROOPERS où l’invasion est bien plus flippante et anarchique qu’ici.

Puisque nous parlions de sexe plus haut (ah ! Je croyais que c’était du cul ?) nous pouvons regretter la dimension érotique du remake de John Guillermin qui n’apparaît nullement dans la version Jackson. Non exempte de défauts il y avait cependant l’exquise Jessica Lange ! Naomi Watts est follement attrayante mais elle n’a pas la dimension érotique que Jessica Lange colportera dans beaucoup de films. Dire que c’était son premier film à la Belle ! La relation Belle-Bête prenait alors son sens par la notion de désir qui ne pouvait s’assouvir. Ce qui avait amené l’année précédente Walerian Borowczyk à réaliser LA BETE où il y annonçait les principes de ce désir dans un épanouissement inverse. Dans la version 2005 point d’érotisme. Point d’explication non plus sur les liens qui se développent entre eux. Peter Jackson ne parlera pas non plus de KING KONG comme figure emblématique de la barbarie contemporaine. On est dans du grand spectacle, on reste dans du tout public au maximum et on ne vise que le chiffre. On ne peut décemment pas se dire satisfait.

            Trois films à voir et à revoir pour leurs partis pris esthétiques. SUD PRALAD d’Apichatpong Wheerasethakful est un hymne à la nature et à la supériorité de ses pouvoirs quasi mystiques. Joli film où l’homme se mêle à la nature dans une danse très intime. On appelle cela la subtilité thaïlandaise. En tout cas le film se regarde comme un conte, avec des yeux totalement émerveillés.

TIAN BIAN YI DUO YUNTIAN BIAN YI DUO YUN de Tsai Ming-Liang. Beaucoup de sexe comme celui dont nous avons parlé tout à l’heure mais encore engoncé dans des tabous idiots. Belle scène de sitophilie pour commencer et ode charnelle jusqu’à la fin. Le cinéma asiatique n’en a pas fini d’associer l’eau à son existence. Donc au corps. Ici elle est source de plaisir sous de nombreuses formes. Forcément sexuel. Magnifiés par une lenteur caractéristique d’un certain cinéma asiatique, certains plans sont vraiment passionnants. Et toujours pas d’images. Pffffffffffffffffff…

Pour les fêtes, Arte a eu la bonne idée de nous repasser en version originale (y a-t-il encore des rustres qui regardent les films doublés en français et qui osent venir sur ce blog ?) THE RED SHOES de Michael Powell et Emeric Pressburger. Le film date de 1948 et cela se sent un poil. Décidément on se permet beaucoup de choses aujourd’hui… On ne peut toutefois s’empêcher d’être en admiration devant le somptueux Technicolor utilisé par nos deux compères. Etonnante complicité cinématographique dont je n’arrive pas à trouver d’exemple dans le cinéma mondial pouvant retranscrire une collaboration si fructueuse, si longue et sans lien de parenté. Le ton pouvant nous paraître suranné de nos jours, THE RED SHOES reste, avec son style flamboyant, une belle réussite d’une histoire magique et tragique.

            Ces fêtes sont aussi un agréable moment où les enfants peuvent se régaler fièrement devant WALLACE & GROMIT IN THE CURSE OF THE WERE-RABBIT de Steve Box et Nick Park. De l’animation millimétrée, techniquement hallucinante où la folie de l’histoire nous ramène à un plaisir d’enfant. Phase de régression plaisante qui échappe à la mièvrerie généralement de mise. Un amusement que l’on peut partager à tous âges sans s’offusquer des prétentions cinématographiques.

            Un vieux film noir avec du blanc, ça vous dit ? Pourquoi pas taper dans les années 40 et piocher DOUBLE INDEMNITY du très efficace Billy Wilder ? L’intrigue ne vous paraîtra pas très originale mais elle devait sûrement l’être en 1944. Seulement elle a tellement été reprise en tous sens et mise à tant de sauces différentes qu’elle paraît un peu clichée. Mais comme c’est Billy Wilder aux commandes les pièces du puzzle s’emboîtent petit à petit avec une vraie maestria qui rend le film constamment attrayant. Vous y découvrirez notamment une scène dans un train qui a sans aucun doute inspiré Stanley Kubrick pour son LOLITA.

BILLY WILDER            Vous pourrez faire la comparaison avec le polar King Kongais (oh la sale vanne ! Et puis personne ne l’a jamais faite !) de Johnny To : DAI SI GEIN. Beaucoup de flingues et si peu d’humeur ! Pour l’originalité vous repasserez. DAI SI GEIN est efficace là où on lui demande de l’être et puis c’est tout. C’est bien la première fois qu’un asiatique ne termine pas son boulot par la phrase culte : « Y’a un peu plus, je laisse ? »

            TOUT POUR PLAIRE de Cécile Telerman est l’exemple type du film dont le titre attire les jeux de mots. Ce serait donc trop facile. Parlons plutôt du concept. Le film de filles fait par une fille, avec des filles et pour des filles. Le scénario est une compilation de morceaux d’articles découpés dans « Elle ». On essaie de parler avec une liberté de ton censée caractériser nos jeunes femmes, sans trop se préoccuper des vraies raisons de leurs échecs et, pourquoi pas, de leurs réussites. Mathilde Seigner est insupportable comme toujours, Anne Parillaud aussi craquante qu’elle sait l’être et Judith Godrèche semble la seule qui essaie de composer un personnage à travers ses complexités. Mais n’y a-t-il donc pas d’issue pour les âmes en quête de leur destin ? Ca devient affligeant les films qui prétendent toucher du doigt la vérité féminine et ses impossibles paradoxes. C’est quand même pas compliqué de revoir un Bergman !

            Ron Howard nous l’aimions volontiers quand il jouait les Richie Cunningham car ses prétentions de cinéastes nous ont inlassablement laissés cois. Il faut dire que les COCOON, BACKDRAFT, APOLLO 13 et autres EDTV ont largement contribué à édifier les structures du spectaculaire américain qui ne recherchait que la tricherie pour mieux manipuler le public. Je ne suis donc pas habitué à dire du bien de lui et pourtant il faut bien constater qu’en 2001 A BEAUTIFUL MIND était le seul de ses films à m’avoir bluffé. Evidemment plein de choses à redire mais Russell Crowe était formidable et Jennifer Connelly plus que sublime. L’histoire fonctionnait correctement et méritait son petit succès. Alors que Ron Howard pèche constamment dans les bons sentiments, un manichéisme excessif et une vision des personnages toujours équivoque, CINDERELLA MAN se poursuit dans la même veine. Cependant c’est encore un film plaisant à suivre. Loin derrière A BEAUTIFUL MIND, certes, et cela à cause d’une mesure inhabituelle en ce qui concerne les excès qui lui sont propres. Et puis on retrouve là Renée Zellweger, l’une des pires actrices du système hollywoodien. Elle n’a pas la carrure nécessaire pour jouer une femme de cette trempe et son manque de charisme contraste fortement avec la présence de Russell Crowe qui l’efface complètement. Après Kubrick ou Scorsese, on ne saurait rien attendre de la part de Ron Howard en ce qui concerne les combats de boxe et leur mise en scène. Pas de déception, donc. Platitude généralisée. C’est Ron Howard, après tout ! Pour la boxe il y a RAGING BULL, WHEN WE WERE KINGS et à la limite ROCKY. On voit mal l’influence. Pour Ron Howard ça ne serait pas plutôt « Les cochons dans l’espace » ?

            DOUCHES FROIDES est le premier long métrage d’Antony Cordier. Son plus gros problème vient du rythme. Certaines scènes sont trop longues et empêchent l’histoire de trouver les différents souffles qui vont donner du relief à son parcours. Cela nourrit parfaitement l’intimité des personnages mais ralentit considérablement la vivacité requise par moments. Mais ne passons pas sous silence qu’il s’agit d’un film très réussi. « Meet za monsta », comme le décortique si bien Salomé Stévenin, pourrait tout à fait résumer cette histoire où le monstre s’approche, ensorcèle sa proie jusqu’à ce que cette dernière tire les leçons de ce qu’elle n’aurait jamais pu connaître sans l’expérience.

La caméra pudique d’Antony Cordier filme avec beaucoup d’émotion les ébats amoureux et les labyrinthes où se perdent nos jeunes protagonistes. Johan Libéreau est particulièrement convaincant mais on retiendra la fabuleuse Florence Thomassin,WHERE THE TRUTH LIES sous-employée, et qui trouve ici un rôle pas encore à sa mesure mais où elle excelle une nouvelle fois.

            Nous terminerons avec encore un peu de sexe puisque nous allons parler du dernier film d’Atom Egoyan : WHERE THE TRUTH LIES. Ce film est construit comme une symphonie. Il faut prêter une attention toute particulière à la bande originale très présente qui enserre le film et le guide dans ses moments de mystère, de désir et de manipulation. Tout comme le scénario, elle nous mène sur de fausses pistes en laissant place à des atmosphères très marquées mais la plupart du temps trompeuses.

Le scénario est absolument brillant. Mais il ne serait pas grand-chose sans la magistrale mise en scène d’Atom Egoyan. Tout au long du film il met en valeur les clés de l’intrigue qui n’ont aucune signification pour nous lorsqu’elles nous sont montrées comme des détails. On sent pourtant qu’il y a une certaine importance qui nous échappe. Tout cela n’aura de portée que lorsque tous les éléments auront été édictés et mis bout à bout. A ce niveau c’est de l’orfèvrerie.

On savait déjà que Kevin Bacon était un excellent comédien par des films tels que SHE’S HAVING A BABY, FLATLINERS, JFK, MURDER IN THE FIRST ou SLEEPERS. Il est à nouveau parfait ici, en donnant beaucoup d’humanité à un personnagen très obscur, qui tient sur ce que l’on peut imaginer de lui. Le véritable danger était donc de montrer plus de choses qu’il ne le fallait. Mais il est suffisamment en retenue pour camper cet homme finalement si fragile. Colin Firth est un pendant tout aussi immoral. Le duo fonctionne à merveille par leur complémentarité. Et puis il y a Alison Lohman, véritable révélation, qui est un personnage plus complexe qu’il n’y paraît et que le scénario a réussi à sortir d’une sombre médiocrité. Alison Lohman développe ici un beau tempérament de comédienne. Un peu uniforme mais souvent très intense.

Ah ! Puisqu’il est question de sexe, nous pointerons du doigt une scène où Kevin Bacon prend une jeune femme en levrette, et qui manque singulièrement… de sexe ! Le cinéma c’est faire semblant ; c’est mieux si le spectateur ne le voit pas.

C’est l’un des derniers grands films sortis cette année. Ne le manquez pas.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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