Vous le savez, l’idée d’aller voir un film au Pathé Wépler est une occupation qui me rebute autant que le simple fait de trier des lentilles. J’ai un ami qui aime beaucoup trier des lentilles. Comme je suis un être supérieur (enfin, c’est mon coiffeur qui le dit), c’est ce que j’ai pu en conclure, lorsqu’un jour il m’a dit : « Moi, j’aime beaucoup trier des lentilles. » Je lui ai bien évidemment demandé s’il se rendait compte de la vacuité de l’empreinte culturelle qu’il allait laisser sur ce monde, ce à quoi il a rétorqué : « Figure-toi que la plus petite part
Pourtant, je me suis à nouveau rendu dans ce complexe où je n’avais pas mis les pieds depuis bien longtemps. D’abord, parce que je suis un vrai fainéant (c’est le cinéma le plus proche de chez moi); je fais donc partie de cette France qui se lève tard et qui vous emmerde. Il y en a qui trient des lentilles, moi j’aime me lever tard et bouffer des tympans de chevreuils. Et puis j’aime bien vérifier si le Pathé Wépler continue sa politique anti-cinématographique de gros complexe peu chaleureux et qui se plaît à faire des doigts d’honneur en pleine face de ceux qui lui donnent leur pécule. Sans plus attendre, voici ma réponse : oui !!! Petit changement : dès l’entrée j’ai eu droit à ce genre de grand sourire préfabriqué suivi d’un « Bonjour » bien trop commerçant pour être honnête. L’apparence du tout-agréable. Le Pathé Wépler se perfectionne. « La carte à puce remplace le Remington » comme dirait le poète. En tout cas, pendant la projection, j’ai eu droit à l’inévitable employé qui entre (bruits des portes proéminent, votre honneur) et vient mater la fin du film. Enfin, je me plains mais d’habitude ils sont armés de walkies-talkies qui émettent des bruits rageurs contraignant tout spectateur à leur adresser un regard foudroyant. Or, point de cela cette fois-ci. Autre coup de chance que je ne peux passer sous silence : j’ai été affecté en salle 11. Juste à côté de la salle 10 ! Encore une expérience qui vient alimenter ma théorie de l’ouvrier polonais qui a conçu ces salles. Heureusement, j’avais prévu le coup et m’étais affublé d’un bon pull et d’un blouson pour la projection (oh, non, c’est dégueulasse, j’en ai partout sur moi !). Cela n’a pas empêché ma méchanceté de ressortir et de s’exprimer par de multiples gloussements sardoniques lorsque j’entendais certains individus non prévenus éternuer par salve. Après la séance, je sors. Je songe au film tandis que le soleil commence à me darder de rais acerbes. Nous sommes en juin et je suis habillé comme en décembre. J’éternue.
Je suis allé voir LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON de Julian Schnabel, récemment prix de la mise en scène au festival de Cannes. Dire que ce prix n’a pas été usurpé serait sûrement se risquer à une affirmation indécente et malhonnête, nous qui n’avons vu aucun autre film en compétition, hormis ZODIAC de David Fincher (très bon film où son réalisateur montre qu’il sait désormais réussir ses fins). Il n’empêche que la mise en scène du film de Julian Schnabel est vraiment très intéressante formellement et idéologiquement. Lorsque Mathieu Amalric se réveille nous entrons brutalement dans un style âpre et peu glamour qui annonce une exigence d’éradication des artifices. Les cadres sont très travaillés. C’est joliment décadré et agrémenté de flous étranges très inspirés. Eux-mêmes sont très millimétrés et s’évanouissent progressivement pour laisser place à la vie extérieure qui émerge. Ce qui est particulièrement beau c’est l’emploi du point au sein même de l’image. Là où précédemment certains faisaient le point sur l’image entière, Julian Schnabel décide de préciser certains endroits de l’image, reléguant le reste à des brumes qui resteront très isolatrices tout au long du film. La photo est très crûe, presque fade. Pas complètement. C’est la mise en relief qui la sauve. Exemple : le plan en gare de Berck-sur-mer où la perspective relève la fatalité qui semble peser sur ce plan. L’un des plus drôles du film d’ailleurs car, soit dit en pensant, bien que LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON aborde une histoire très dure il n’en est pas moins rempli de passages vraiment drôles. C’est l’un des points qui permettent de fuir la complaisance (même si elle n’est jamais totalement absente, nous allons y revenir). Cette « mise au point » de départ est vraiment très excitante et nous nous disons que nous sommes partis pour un long voyage iconoclaste. A ce titre, le rythme suit la même ligne de conduite. Le film a du mal a démarrer (c’est archi faux mais c’est le beau montage de Juliette Welfling qui nous le donne à penser) et paraît comme grippé, avec des moments de rien. Vides assez brefs. Et belle reconquête soudaine du sujet. Là-dessus, vient se placer l’idée de la voix off de Mathieu Amalric qui amène encore plus de décalage lorsqu’elle prend conscience de sa non-existence. Tout cela part vraiment très bien d’autant que le cadre, encore une fois, ne fixe par forcément celui qui parle, il le décadre volontairement pour se consacrer à des regards qui expriment plus que la fausse désinvolture de ceux qui les arborent, ou à des lieux, voire des objets qui symbolisent la réappropriation (premier grand thème du film). Et puis la caméra va commencer à s’intéresser à Mathieu Amalric et c’est là, malheureusement,
Si vous ne pouviez plus vivre qu’avec un seul de vos cinq sens, lequel choisiriez-vous ? Le sens interdit ! Non ! Le toucher, forcément. C’est le seul qui soit véritablement vital. Jean-Dominique Bauby en a perdu l’usage et LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON nous raconte son calvaire, emmuré vivant dans le jardin de ses sentiments. Douloureuse impossibilité de témoigner l’échange. Et c’est bien là ce qui me gratouille dans la plupart de ces films qui nous montrent cancéreux, sidaïques et autres malades affublés de toute notre pitié et j’irai même jusqu’à déposer des fleurs sur ta tombe un soir d’orage. Car qu’y-a-t-il de plus démagogue que de provoquer la compassion du spectateur ? Evidemment qu’un malade en phase terminale c’est quelque chose de terrible. Evidemment qu’un couple qui perd son seul enfant c’est une tragédie. Evidemment qu’un tsunami qui détruit toute une région c’est effroyablement douloureux. Moi, je me suis cassé un ongle, ce matin. Ca compte ? Evidemment que si vous montrez tout cela, il faut être le dernier des insensibles pour ne pas être affecté. Là où le procédé devient abject c’est lorsqu’il est utilisé uniquement dans le but de provoquer ces larmes qui, de compassion, feront avouer au spectateur que ce film est tellement essentiel parce que tellement triste ! Je ne suis pas en train d’élaborer un projet de loi visant à faire disparaître ce genre de sujets car, au contraire, je pense, tout comme Stanley Kubrick, que « dans le cinéma, il n’y a jamais d’idées stupides ». Toute proposition est recevable à condition qu’elle s’accompagne de cet élément capital que l’on nomme « mise en scène ». Je sais que cela pourra paraître pour du charabia, si Alexandre Arcady nous lit. Vous pouvez ainsi comparer la bassesse d’un film putassier comme LA STANZA DEL FIGLIO de Nanni Moretti (Palme d’or au festival de Cannes 2001, je vous le rappelle ; on croît rêver !) et la rareté avec laquelle Michael Winterbottom délaissait le sel lacrymal pour nous conter GO NOW, histoire d’un homme atteint de sclérose en plaques. Julian Schnabel participe à la même perception de la douleur. Ce qui l’intéresse ce sont les univers intérieurs, les détresses solitaires. Dans LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON, à chaque fois qu’il utilise la mise en scène pour s’échapper du carcan des larmes, il touche au but. Pour cela, il utilise les deux derniers alliés de Jean-Dominique Bauby : sa mémoire et son imagination. Le premier intervient moralement, pour notifier tout le recul qu’il aura sur la manière dont il juge sa vie. C’est le foisonnement de son esprit qui vagabonde, qui se rattache à ce qu’il ne pourra plus connaître (partie très délicate puisqu’elle peut aussi être sujette à tirer quelques larmes) et de sa réflexion qui s’organise. Et le second, sûrement le plus intéressant, qui rend formellement compte des dérélictions de son monde intérieur, où tout s’entremêle, Nijinsky et l’hôpital, son enfance et Emmanuelle Seigner en gare de Berck-sur-mer, un dîner luxueux en compagnie de la rayonnante Anne Consigny au moment de la perfusion etc. Lorsque Schnabel est entièrement dans son sujet, lorsqu’il figure le paradoxe du scaphandre et du papillon, il crée l’émotion. Lorsqu’il la cherche, il déroule le fil de la facilité et perd en crédibilité. Cela se retrouve notamment avec la scène où son père lui téléphone, conversation à sens unique qui ne fait que s’apitoyer sur le sort de Jean-Dominique Bauby. A ce moment-là, pourquoi ne pas filmer une petite fille dans la Nièvre qui déciderait de lui écrire une lettre d’encouragement parce qu’elle a lu son histoire dans le journal et qu’elle a été durement émue par cette leçon de courage et de vie ? Ou comment foncer droit dans un platane en pleine ligne droite alors que les pièges d’une route parsemée de chicanes furent jusqu’à présent évités. Sensation assez
Marie-Josée Croze est une nouvelle fois excellente. Dans la scène où Jean-Dominique Bauby lui apprend qu’il veut mourir, elle est sublimement évocatrice. Ce qu’elle joue est d’une telle richesse qu’elle passe de l’incompréhension au dégoût, à la colère rentrée, à l’impuissance, puis à la déception, au fait de prendre sur elle, se reprendre, reprendre le cours de son travail, remotiver son patient, ne pas montrer qu’elle se trouve affectée… Chacune de ses présences sont autant d’apparitions judicieuses et de fraîcheurs érotiques. D’une manière générale, la direction des acteurs recherche la vérité du geste et du regard, d’où découle la justesse de ton. Anne Consigny est aussi formidable et Niels Arestrup laisse encore entrevoir le grand comédien qu’il est. Par contre, j’ai toujours beaucoup de mal avec Emma de Caunes, toujours dans l’envie de
Sur le même mode du fallacieux prétexte d’affirmation de la misère humaine, la manipulation sait aussi se faire propagande. BAMAKO d’Abderrahmane Sissako. Déjà l’affiche annonçait clairement que nous allions chialer notre race. Tout est fait dans BAMAKO pour traduire l’inégalité avec laquelle la dette des pays du tiers monde s’impose à eux comme un système ordurier qui ne prend pas en compte la réalité économique mais bien l’application stricto sensu du prêt. Alors voilà, le monde est cruel, les riches s’enrichissent, le réchauffement climatique aura notre peau et Vincent Delerm sort un nouvel album. Oui, c’est la désolation à Bamako et ce film ne prétend que rendre un peu plus compte du caractère compatissant que nous devrions exhiber. Montrer du doigt les pays qui ne cherchent qu’à asseoir leur domination. Faire ressurgir un sentiment naturel qui consiste à prendre la défense du plus faible face à l’ennemi diabolisé. La bonne cause et le bon dos. Mais quand le discours est suivi par la caméra qui s’attarde sur un petit malien, pour souligner que l’avenir de l’Afrique est en question et que l’on ne peut plus continuer à laisser ces personnes dans la pauvreté, le film fait du hors sujet caractérisé. Piste noire et nous croisons les doigts pour un cassage de gueule violent et sans rémission. Coup de sifflet du
A part ça, Abderrahmane Sissako ne fait jamais du cinéma. Il pense pouvoir rallier suffisamment de personnes à sa cause pour porter inconsidérément cette belle idée de justice au pinacle. Mais BAMAKO ne se réduit qu’à un simple débat à peine démocratique car attaque et défense ne sont pas évoquées avec la même partialité. D’ailleurs nous ne sommes même pas en terrain neutre. Ce n’est qu’une fausse bonne idée de mise en scène, puisque l’on ne voit que cela et qu’elle n’arrive pas à se fondre dans le discours. Enfin, les inserts entre les séquences de tribunal ne sont même pas
Savoir s’éloigner des réalités du monde rapproche parfois plus de ce qui nous entoure que les théories fumeuses qui prétendent nous éclairer. Ainsi l’imagination de certains scénaristes est parfois plus proche de la vérité que certains politiques. Et puis j’aime bien les sujets complètement improbables, voire abracadabrantesques. Nous y trouvons parfois plus de liberté (en tout cas, plus de folie, ça c’est sûr) que dans la plupart des films à la conception scénaristique dite « classique ». C’est
IDIOCRACY de Mike Judge avait donc tout pour me plaire. Le film est basé sur le principe assez jubilatoire qu’un employé de l’armée participe à une expérience hibernatusienne qui le réveillera un an plus tard. Là-dessus, il se passe forcément tellement de choses dans notre société que l’expérience sort de la mémoire des militaires (si, si ! Je vous jure que les scénaristes ont osé) et qu’il sort de sa capsule de protection 500 ans plus tard. Années pendant lesquelles le quotient intellectuel de la population s’est considérablement abaissé si bien qu’il flirte avec le zéro barthezien. Bon, jusque-là faut sacrément s’accrocher pour ne pas en vouloir à la cohésion fictive du réalisateur au public d’être complètement décousue et d’effracter en tous sens. « Dans un vrai film tout doit être convaincant », citation de Jacques Becker qui semble avoir été jetée aux oubliettes. Comme le film est plus tourné vers le délire que vers la critique satirique de nos sociétés contemporaines, nous parvenons étrangement à passer outre ces différents petits défauts et à nous focaliser sur les avalanches de rire qui vont s’ensuivre. Car IDIOCRACY joue énormément avec tous les délires imaginatifs qu’il peut se permettre dans une société postérieure de 500 années à la nôtre. Et, pour le coup, le décalage est vraiment très très drôle. A hurler comme nous est présenté le futur président des Etats-Unis d’Amérique, superstar de porno et champion de fessée ultime ! La société est devenue une société de l’instant, du plaisir immédiat. Tout est énoncé selon le principe de plaisir. Quoi que vous cherchez (ou ne cherchez pas) à acheter, c’est une superbe jeune femme très déshabillée qui en vantera les mérites. Les marques ont envahit tous les recoins, même les plus intimes. L’espace public s’est désocialisé au profit d’un espace privé prosaïque. L’absurde a été poussé à son comble puisque toutes les cultures sont arrosées au Gatorade, suite au procès gagné par la marque qui s’était aperçue de la concurrence déloyale que l’eau entretenait. Sa fonction s’est alors réduite à devenir « ce truc dans les toilettes ». Tout comme Luke Wilson est souvent traité de « pédé » à cause de sa manière de parler, tout est devenu réducteur du fait de l’appauvrissement du langage. On emploie un maximum de « cul » dans une phrase, par exemple. La comparaison peut être très
Côté mise en scène, c’est assez gentil. On taille un peu les rosiers, on élimine les mauvaises herbes et on admire les fleurs qui poussent. Pas d’excès dans la conception des plans, pas de véritables surprises sinon scénaristiques (et dans le jeu des comédiens aussi). Le film est plutôt bien monté, surtout dans les chutes des gags, et est suffisamment entraînant pour capter notre attention jusqu’à la fin, ce qui est déjà plutôt pas mal comparé à la majorité des films actuels. Par contre, il faudra huer une fois de plus l’utilisation catastrophique des images de synthèse. Elles sont d’une disgrâce totale. Même s’il était difficile
Le film n’a pas la profondeur d’un « 1984 » mais il s’approche parfois d’une évidente relation à notre situation. Mais, tout comme 99,37% des scénarii qui projettent l’avenir, celui d’IDIOCRACY a trop tendance à s’appuyer sur des éléments relatifs à nos comportements actuels sans en anticiper les évolutions. C’est comme si le monde s’arrêtait aujourd’hui et que l’on s’engageait sur la pente du toujours pire. C’est pour cela que cette cohésion fictive ne fonctionne jamais tout du long, mais elle n’est que très secondaire car IDIOCRACY n’est qu’un pur film de divertissement (la preuve qu’il n’y a pas de profondeur c’est la morale très succincte que Luke Wilson adresse à Maya Rudolph, la manière de se comporter au cas où elle parviendrait à rejoindre l’année 2005. Cela est digne d’un épisode de série télévisée et c’est d’ailleurs une vraie erreur que d’avoir conservé cette scène antipoétique). Tout cela prouve que les deux vitesses du
LUCKY YOU est un petit film pour petits joueurs. Curtis Hanson est pourtant un cinéaste qui arrive quelquefois à nous surprendre (se référer au magnifique THE HAND THAT ROCKS THE CRADLE ou encore à WONDER BOYS) quand il n’est pas en manque d’inspiration (IN HER SHOES, 8 MILE). Pour LUCKY YOU, il fallait cocher la seconde option. Le film s’adresse aux novices ainsi qu’à ceux qui n’y entendent rien. Toute notion explicative vient alors très vite exaspérer le joueur plus expérimenté. Quiconque aura déjà fréquenté une table de poker parviendra très vite à relever les nombreuses erreurs du scénario. Il devient alors très vite conventionnel avec une intrigue un peu forcée, pas vraiment passionnante et un déroulement téléphoné. Qui peut encore croire qu’Eric Bana va gagner le tournoi ? L’histoire d’amour avec
Très beau film. Sortie sans succès. Probablement peu d’écrans. Film tout de même assez obscur. Mais c’est étonnant car si l’on compare IDIOCRACY à BEE SEASON, le premier renferme un potentiel très populaire qui aurait pu assurer son succès s’il avait eu plus de salles alors que le second qui est bien plus fignolé, plus recherché et faisant appel à un travail beaucoup moins passif (même si ce mot n’est pas tout à fait juste (car, pour moi, le spectateur doit par essence être actif) il a au moins le mérite d’être parfaitement compréhensible) du spectateur n’aurait sûrement pas rencontré un public très conséquent de toute manière. Et pourtant comment ne pas être touché par un film aussi beau et intelligent ? Réalisé par Scott McGehee et David Siegel, dont je n’ai pas vu leurs précédents films : THE DEEP END et SUTURE (je télécharge ça comme un goret un de ces quatre et je vous en fait vite part). BEE SEASON, il me tardait de le voir parce que je me souviens qu’à l’époque de sa sortie, le peu de critiques à avoir fait leur boulot l’avaient étrillé. Et là, il va falloir que l’on m’explique comment l’on peut passer à côté d’un film aussi juste et qui a la grosse qualité d’être au-dessus du lot au niveau technique. BEE SEASON est monté par Lauren Zuckerman et devrait être étudié dans toutes les bonnes écoles de cinéma tellement ce montage est parfait. Il jongle avec les différences de rythmes, les ellipses flamboyantes, les choix de porter à l’écran toujours le plan le plus judicieux etc. C’est une merveille. On est même soufflé par tant de virtuosité, si bien que le film passe très vite. Aucun temps mort, uniquement quelques précipitations judicieuses. La photographie est classieuse et les cadres à vendre sa grand-mère sur Ebay. Ca n’arrête pas ! Toujours une idée au minimum dans le plan. C’est la grand messe des talentueuses ressources visuelles du
BEE SEASON est un film qui explore la perception mystique dans ce qu’elle a de plus ésotérique. Il définit la cellule familiale comme le point de départ de cette éclosion. Les liens entre les quatre membres de la famille sont intensément illustrés par le scénario qui les nourrit de toutes les ramifications que cette expérience engendrera sur chacun. C’est foisonnant, juste et imparable. La dimension spirituelle qui imprègne le film est parfois un peu trop abstraite. L’attention se déporte. Mais tout est lié et nous ramène inévitablement au cœur du problème. Cette approche du mysticisme comme une problématique du rayonnement intérieur trouve sa résolution dans le dernier mot que Flora Cross parvient à épeler correctement. C’est l’aboutissement de son état d’être décisionnaire qu’elle est capable d’intégrer désormais (c’est ce que signifie la scène précédente où elle entre en transe). En épelant « origami », elle comprend donc les enjeux familiaux qu’elle avait jusqu’à présent subits (d’où la culpabilité lorsque sa mère intègre l’hôpital psychiatrique) et peut ainsi choisir, de manière non équivoque, l’essentiel comme utilitaire de son bonheur. Et c’est avec beaucoup de délicatesse que Scott McGehee et David Siegel composent cette histoire qu’ils composent comme un poème. Parfois uniquement adressé à ce qui seront concernés, parfois délivrant un message universel, mais toujours fonctionnant comme une soudure qui viendrait réunifier des chaînons mal imbriqués. Ce film n’a évidemment pas été assez vu et c’est pour cela
La question qui se pose aujourd’hui est donc bien : « Le spectateur peut-il à juste titre prétendre qu’un film qui le frustre entièrement (et de manière consciente) n’est pas intéressant, ou bien ce même film est-il réussi quand il atteint l’émotion qu’il voulait faire naître, aussi répugnante soit-elle ? »




