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Jeudi 29 juin 2006

LA PISCINE            J’aime bien traiter les personnes âgées de « vieux con » ou de « vieille peau ». Car, la plupart du temps, ces personnes à la peau mal repassée abusent du privilège de l’âge, se croyant prioritaires en toutes situations. Avez-vous déjà remarqué le nombre de petits vieux qui traversent la route ? Soit le jumping de passage clouté à 2 à l’heure est devenu leur sport national soit il arrive un âge à partir duquel on cherche vraiment la mort. En tout cas, c’est à chaque fois un nouvel épisode de FINAL DESTINATION qui se joue sous nos yeux : la mort vrombit au loin alors que petit vieux et petite vieille traversent de toute leur décrépitude. Le choc semble inévitable mais la mort crisse de ses quatre pneus neufs et fulmine de rage envers les deux morts-vivants qui terminent d’arriver au trottoir opposé, faisant mine de ne pas se rendre compte de la scène. La mort repart, le sourire au coin des lèvres, car elle préfère toujours frapper à un moment moins prévisible. Belle épitaphe : « Mort en mangeant du Saint-Moret » ! Déchéance de ces pauvres corps déliquescents qui n’auront pas su mourir de manière descente.

Heureusement, il y a la canicule ! Toute une année à attendre patiemment que le mercure s’excite et finisse par érupter. Déjà le 21 juin et FINAL DESTINATION IV s’avance à grands pas. Que j’aime ces chaleurs qui commencent à envahir notre espace vital, s’immiscent dans les moindres recoins dé nos maisons, neutralizent la moindre climatisation digne dé zé nom, emblissent nos poumons, commencent à nous édouffer bétit à bétit, arrrrgh ! zé beau lé gri d’une vemme à gui on arrache zon envant… Mais je m’emporte !

Pendant ce temps, des centaines de vieux ont la vie belle du côté du métro Glacière. Ou métro Goldwyn-Mayer peut-être…

En attendant la canicule l’idée m’est venue de revoir un film qui combinait ces chaleurs étouffantes, le désir qu’elles peuvent transformer en folie, le farniente vacancier et l’absence de personnes over âgées : LA PISCINE de Jacques Deray. Un souvenir assez ancien mais fort agréable, et surtout cette scène, impossible à sortir de son esprit quand on est enfant, où Alain Delon noie Maurice Ronet. Commençons précisément par cette séquence. C’est bien évidemment le gros noyau du film. Elle m’apparaît dotée d’un impact visuel fort (notamment le plan où Delon appuie sur la tête de Ronet pour l’empêcher de reprendre son souffle) mais assez bancale dans l’exploitation de la noyade. Je veux bien que Maurice Ronet soit dans un état d’alcoolémie avancé mais je trouve qu’il reste bien sagement au milieu de cette piscine comme s’il s’attendait déjà à ce que son adversaire l’envoie par le fond. Chose que fait, en général, assez bien le jeune marié. Mais outre le peu de débattement que je lui reproche, sa noyade arrive pour moi un peu trop tôt. J’attendais un peu plus de panique et de suffocation dans cette immense piscine où il semble bien simple de noyer n’importe qui. D’autres cinéastes ont bien voulu montrer que tuer un homme relevait d’un défi physique majeur, car celui qui se débat décuple ses forces (j’avoue être un peu mieux placé que vous pour m’en tenir à une telle affirmation). Il faut de longues minutes pour amener quelqu’un à la mort lorsqu’il s’agit d’un corps à corps. Alfred Hitchcock l’avait déjà montré et nous avons tous en mémoire l’effroyable séquence du meurtre dans le téléfilm DEKALOG, PIEC de Krzysztof Kieslowski. Aujourd’hui, au cinéma, ce genre de mort n’est jamais exploité, toujours évacué en quelques secondes pour mettre (à tort) plus de rythme, alors que nous sommes en puissance dans le spectaculaire.

JACQUES DERAYMalgré cela, LA PISCINE fonctionne de manière exemplaire sur bien des points. Le plus étonnant reste ce temps qui s’écoule et où il semble ne rien se passer. En apparence. Car Jacques Deray rentabilise la gestion du temps de manière très intelligente. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un couple parti se reposer loin des difficultés de leur quotidien. Un couple qui profite. Du soleil, de la piscine, de la veine érotique d’une telle atmosphère… Le temps ne semble alors avoir aucune prise sur eux. Ils pourraient être ici depuis un bon moment. Ils pourraient y rester encore plus. A la montre de Jacques Deray le temps est fonctionnellement distendu. Incroyable comme le film prend son temps dans cette première partie ! Nous sommes bien loin des critères cinématographiques actuels qui imposent d’accrocher immédiatement l’œil et l’attention du spectateur. Quoique pour l’œil ce soit quand même le cas puisque LA PISCINE bénéficie de la somptueuse photographie concoctée par Jean-Jacques Tarbès. Il choisit de mettre en valeur les couleurs chaudes pour nous envoûter par la lourdeur d’un été torride et suffocant. Il l’allie d’ailleurs aux magnifiques corps des deux  amants sur lesquels il fait peser une densité corporelle effervescente dès les premiers instants. Ce sont les couleurs du désir. La photographie choisit l’embrasement général. Face à cette incandescence le spectateur est séduit par la plénitude d’un tel laisser vivre.

EYES WIDE SHUTUn film puissamment érotique, donc, mais dont il faudra cependant noter une malhonnêteté assez grossière de la part de Jacques Deray. Je parle précisément du moment où Romy Schneider fait une sieste dans la chaleur de l’après-midi. Restée seule dans la maison, elle se repose entièrement nue sur son lit. Ah ! Ca commence à m’intéresser… Alors que le réalisateur avait jusqu’à présent opté pour une pudeur érotique qui n’essayait pas de masquer coûte que coûte la nudité des corps, il met en place un travelling qui remonte le long des courbes de Romy Schneider afin de nous dévoiler son anatomie par pur voyeurisme. Jean-Luc Godard disait que le travelling est une affaire de morale. Nous pouvons plus que jamais le vérifier à travers ce plan honteux puisque inutile. Dans ce que j’appellerai « l’intelligence du sein qui se laisse voir » Jacques Deray nous avait précédemment régalé lorsque sa caméra ne cherchait pas à cacher les parties honteuses de ses personnages derrière des objets ou des plans aberrants composés pour la cause. Au passage, il arrivait à faire en sorte qu’un sein (limite bord cadre) se dévoile presque innocemment, sans que la caméra ne s’y attarde. Il s’agit là de la quintessence de l’érotisme non avoué (à la censure). Lorsqu’il filme Romy allongée, ce n’est plus le même réalisateur. Je ne connais pas l’histoire du film mais cela ressemble étrangement à un discours de producteur.

LA PISCINE c’est avant tout le récit d’un homme en mutation. Une sorte de film-cocon où le temps (dont nous parlions précédemment) joue son rôle de révélateur sournois. Lorsque le film débute, Alain Delon se trouve déjà au cœur d’un processus de révolution interne, à l’image de la chrysalide enfermée dans un cocon de soie (symbolisée par la piscine). Maurice Ronet sera l’élément déclencheur. L’accélérateur d’un processus qui aurait de toute façon connu le même sort, mais qui va se retourner contre ce dernier. C’est pour cette raison que le rythme du récit s’accélère considérablement dès son arrivée. Agitations. Le scénariste crée plus de mouvement. Personnages provenant de l’extérieur, les rôles principaux qui commencent à sortir de leur repaire, rythmes musicaux etc. La vie prend forme. Jacques Deray, lui, va moins s’attacher à la vanité du papillon qu’à ses nouveaux pouvoirs, ainsi révélés. Mutatis mutandis. Oui. Et un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. J’aime bien « les voyages forment la jeunesse » aussi.

Le plus beau film de Jacques Deray est aussi celui où le couple Delon-Schneider fonctionne le mieux. Leur histoire à la ville semble profiter au rapport du couple à travers ce qui se joue derrière les mots et les silences. MAURICE RONETCe qui ne peut pas se jouer et que l’on retrouvera notamment dans EYES WIDE SHUT. Sublimés par la photographie de Jean-Jacques Tarbès ils trouvent ici l’un de leurs plus beaux rôles (Romy Schneider en ayant un nombre considérable dans sa filmographie, et Alain Delon prouvant qu'on peut être un bon comédien quand on a compris que le cinéma c'est se laisser photographier). Et puis Maurice Ronet qui balade sa classe et son allure charismatique ! Parfait pour dissimuler ce qui se cache derrière les apparences. Du double jeu, de la subtilité, de la très grande manipulation psychologique.

Ce qui restera à tout jamais exemplaire est l’utilisation de ce temps. Prendre le temps c’est ne plus se trouver confronté à l’emprise qu’il a sur nous. Etre en dehors du temps. C’est aussi être en dehors d’une certaine réalité. Rien d’étonnant donc à ce que ce soit une montre qui soit l’élément le plus incohérent de la noyade de Maurice Ronet. Cette démarcation du temps oppose un conflit de générations. Quels films se voulant aussi populaires peuvent se prévaloir d’autant de lenteur dans l’exposition de leur histoire ? FACE/OFF ? Non, quasiment aucun aujourd’hui. On parle donc de LA PISCINE comme d’un vieux film. Celui qui rappelle une autre époque, une manière différente de concevoir le cinéma. Mais il importe de s’insurger contre l’expression qui veut qu’un film ait « vieilli ». J’ai d’ailleurs toujours trouvé cette expression suspecte. On l’emploie souvent pour caractériser un film qui se situe en dehors des modes. Ainsi, d’un point de vue vestimentaire, certains trouvent A CLOCKWORK ORANGE vieilli. Les mêmes se défendent pourtant de qualifier BARRY LYNDON de la même manière, alors que dans les deux cas les styles choisis par le réalisateur ont été complètement délibérés, en fonction de l’impact qu’ils auraient sur le temps qui passe. Imaginons qu’A CLOCKWORK ORANGE soit réalisé dans deux siècles, il est probable qu’il serait plutôt considéré comme l’empreinte d’une époque (ce qu’il doit évidemment être) et non comme le calque fané d’une société qui s’est affranchie des idées qu’elle véhiculait à un moment M. Dans le sens où l’on BARRY LYNDONentend cette expression cela signifierait que MARIE-ANTOINETTE avait déjà vieilli avant même sa sortie. Et l’on peut reprocher beaucoup de choses à ce troisième film de Sofia Coppola mais il est tout sauf vieux dans sa conception. Est-ce la première chose que l’on entend d’un film de Charles Chaplin ? Pourquoi la musique de SCARFACE aurait-elle plus vieillie que celle de PHANTOM OF THE PARADISE ? On entend souvent ce genre de justifications à partir du moment où les caractères de la contemporanéité ne correspondent plus avec les anciens. Ainsi certains films ne sont jamais qualifiés de « vieillis » car ils sont supposés bénéficier d’une intemporalité plus marquée (mode vestimentaire, influence musicale, rapport aux mœurs de l’époque). Mais c’est une erreur de considérer qu’un film vieillit. Tout au moins d’après ces critères. Avec le temps certains films montrent des procédés (techniques, scénaristiques, d’art dramatique…) qui peuvent paraître obsolètes. Voilà tout au plus ce qui pourrait être reproché à un film. Si vous acceptez qu’un film vieillit alors vous devez accepter qu’un film meurt. Or le cinéma a cela de beau qu’il peut être vu et revu. Aucun film ne meurt d’être vu. D’ailleurs il n’y a que pour le cinéma que cette expression soit née. Jamais vous n’entendrez dire d’un tableau ou d’une sculpture qu’il ou elle a vieilli. Un film évolue au même rythme que les regards que l’on porte sur ce qui nous entoure. En cela nous pouvons dire que le cinéma est tributaire de nos évolutions. Mais c’est une observation assez triviale. Il faut en fait considérer la vieillesse sous deux points de vue opposés pour pouvoir l’appliquer à des considérations cinématographiques. Toute vieillesse est sujette soit à un épanouissement soit à un replis. Dans le premier cas elle sera issue de la qualité du travail effectué par toutes les forces majeures du film. Ce qui ne signifie pas forcément que ce soit le chemin tout tracé de films considérés comme des chefs-d’œuvre dès leur sortie. Un des meilleurs exemples reste le magnifiquement expressionniste THE NIGHT OF THE HUNTER. Nous pouvons lui reprocher quelques procédés désuets dans son élaboration mais cela n’entame en rien l’impact qu’il garde sur le public (qui s’est d’ailleurs accru à partir d’une certaine période).

THE NIGHT OF THE HUNTERDe l’autre côté, nous parlons du renfermement d’un film lorsque celui-ci ne correspond plus à rien de ce qu’un public est en droit d’attendre. C’est une notion assez générale, qui ne peut être globale, et va donc bien à l’encontre du postulat de la mort d’un film puisqu’il existe autant d’intérêt à visionner un film qu’il y a de publics.

Dire d’un film qu’il a vieilli fait donc appel à un raccourci un peu trop facile où l’amalgame semble de mise. Techniquement, seule la pellicule peut subir l’altération du temps. D’un point de vue basique, le contenu, le film, reste immuable pour l’éternité.

            Cela doit sentir le sapin très fort en haut de la tour T.F.1 puisque nous apprenons par Le Point que la chaîne « a obtenu des députés et des sénateurs, réunis en commission mixte paritaire, l'introduction d'un amendement inédit autorisant les chaînes de télévision à diffuser gratuitement des extraits de musique sans passer par la case droit d'auteur ! ». La justice à double vitesse fait un nouveau pied de nez (un doigt d’honneur serait plus approprié, mais il faut se mettre en phase avec le vocabulaire de cette génération qui mûrit et qui semble même entrée de plein pied dans le stade suivant, si l’on se réfère à l’odeur) au consommateur lambda en général et aux téléchargeurs en particulier. Certains ont donc la possibilité de diffuser la musique sans payer de droits d’auteur et d’autres non. Rien d’étonnant à ce que la raison du plus fort reste toujours la meilleure depuis Jean de La Fontaine. Rien d’étonnant donc à ce qu’un jour ceux sur qui l’on ne cesse de taper retournent le bâton contre leurs agresseurs. On ne peut décemment pas s’acquitter de ses simples devoirs de citoyen sans en payer une contrepartie. Il est grand temps de se révolter. Les jours se suivent et laissent place à de continuelles dénonciations de ce genre. Elles sont nécessaires mais d’une efficacité relative. Besoin de trouver d’autres moyens pour se faire entendre. Vite. La colère fera place un jour à la violence. Et comme le court terme n’est pas à la révolution, nous passerons donc par la dépénalisation du téléchargement. FRANCOIS ROLLINDe gré ou de force. Vous avez ouvert nos cœurs pour y graver la haine, nous ouvrirons vos crânes pour y graver nos peines.

De quelques manières que ce soit il faudra bien que s’exprime la contrepartie à toute cette défiance. Il doit bien y avoir un moyen de contourner la violence. Il nous appartient de pouvoir réfléchir pour faire en sorte que tout ce sapin brûle en un grand feu de joie. Honte sur les grandes chaînes hertziennes ! Les mêmes qui ont boycotté les FMR de François Rollin, qui se produisait un dimanche par mois, depuis 10 mois, pour 10 représentations uniques, sur la scène de l’Européen. Le spectacle est à l’image de l’homme : repousser tout ce qui a trait au parisianisme et au tape à l’œil pour mieux se recentrer sur l’aventure humaine de nos propos et de nos attitudes quotidiens. La dernière édition vire à l’exercice de style qui peine à se renouveler mais nous enchante quand même par la simplicité de la démarche et la virtuosité avec laquelle il utilise le processus créatif. Car François Rollin est un chimiste avant tout. Un homme qui explore, qui cherche, qui essaie. Alors rien n’est totalement parfait, bien entendu, mais ce n’est pas le but. Laisser une grande place à la liberté d’expression sous toutes ses formes. S’éloigner des carcans culturels et parcourir de nouveaux chemins de créativité. Une sorte de performance scénique de libre pensée.

Aucune des six grandes chaînes de télévision n’aura daigné l’inviter pour relayer ce projet fou qui fait la part belle à l’inventivité et à la vitalité imaginative. Les médias tendent à nous faire croire que la créativité n’est plus une valeur majoritaire. Il est plus que temps de désorganiser ces relais. De toute façon leurs pouvoirs s’amoindrissent avec le temps. Ce sont des organes vieillissants devenus incompétents. Chacun de vous sera un journaliste en puissance dans les années à venir.

Les vieux, faudrait les tuer à la naissance.

            Revu LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE d’Etienne Chatiliez. Encore entendu parler de ce film comme « ayant péniblement vieilli ». Il est vrai que l’humour de l’époque semble assez éloigné des normes contemporaines. On pourrait alors lui reprocher son manque d’agressivité, de méchanceté, de cynisme, d’humour cinglant, de toutes ces caractéristiques que l’on essaie d’étouffer dans nos rapports aux autres et qui ne peuvent plus s’épancher que dans l’humour. Sans la diaboliser, je trouve cette attitude assez navrante. Il est encore possible de faire de l’humour sETIENNE CHATILIEZans faire dans l’immoralité. Le film de Chatiliez ne l’est que très peu. C’est peut-être pour cela que nous le trouvons moins drôle. Il ne l’est pourtant pas. Juste assez mal réalisé car Chatiliez pense mise en scène quand il s’axe sur les dialogues ou le jeu des comédiens. Comme d’habitude, cela ne résiste pas au temps.

            Vu ROMPER STOMPER de Geoffrey Wright. Le film est bourré de clichés concernant les néo-nazis. C’est une question de déontologie. Point de vus monosémique. Aucun contrepoint aux comportements de ces individus. D’autant plus inintéressant que la mise en scène essaie constamment de faire dans l’effet visuel. Mais c’est sans idée. C’est cadré de manière atypique. C’est assez déstabilisant car nous sommes tout le temps en train de chercher ce qu’a voulu faire le chef opérateur. C’est décalé mais sans jamais servir le propos du film. La photographie, elle, oscille entre les jaunes et les verts, donnant au film un aspect glauque visuellement peu excitant, pour ne pas dire nauséeux. Inutile.

            Revu DON’T DRINK THE WATER, premier téléfilm réalisé en 1994 par Woody Allen, d’après sa pièce. Nous le savons, Allen est un cinéaste inégal. Nous savons aussi que la télévision n’a jamais réalisé de chef d’œuvre. Le pari semblait mal engagé mais j’avais un souvenir autre de cette pièce assez mal filmée. La situation en elle-même est assez succulente mais difficile de trouver beaucoup de drôleries à travers l’écriture. Quelques bonnes répliques qu’Allen se réserve et puis c’est tout. Très théâtral et assez mal aéré pour éviter toute référence récurrente. La photographie s’embourbe dans des tons ocres et sépias pour nous rappeler que le récit se passe pendant la Guerre froide. C’est un peu conventionnel. D’une manière générale. Le véritable intérêt vient d’un côté de la mise en scène que Woody Allen est sûrement le seul à utiliser de manière aussi flagrante : le rythme par la parole. A travers les différents rythmes et flots de paroles qui s’enchaînent, s’enchevêtrent, s’amoncèlent etc. il crée une mise en scène dynamique et souvent surprenante. Ici c’est la technique du comédien qui crée le même effet de rythme que le montage. A ce niveau c’est de l’horlogerie. C’est notamment une des clés du cinéma de Woody Allen, qui met en place une mise en scène plus axée sur les comédiens que sur la technique proprement dite.

THE GOOD GIRL            CREMASTER 4 de Matthew Barney.

Je me demande encore pourquoi je persiste à regarder cette quinqualogie d’une bêtise intersidérale aussi concluante que la mégalomanie qui s’en dégage. Reste encore un épisode. Est-ce bien raisonnable ? Jamais une saga ne m’aura rendu aussi malheureux. A part « Dr. Quinn, femme médecin » peut-être…Je serais Président de la République je le condamnerais à errer dans un coin reculé de la Lozère où il rencontrerait des personnes qui lui diraient : « J’adore Jamel Debbouze ! » et où il n’aurait pas d’autres choix que de s’enfermer dans son hameau où son passe-temps favori deviendrait le pen spinning.

            Petite note concernant la sortie de THE BREAK-UP de Peyton Reed avec notamment Vince Vaughn et Jennifer Aniston. Je n’aime pas cette dernière pour des raisons que je n’ai pas à exposer ici, mais j’ai lu (je ne sais malheureusement plus où sans quoi je me serais fait un plaisir de le citer) qu’après de nombreux rôles qui ne lui avaient apporté aucune crédibilité en dehors des plateaux télévisés de la série « Friends », il s’agissait enfin du film qui allait pouvoir exposer ses vraies qualités au grand public, à l’instar de ses partenaires. C’est faux. Encore un critique dépourvu de culture (alors comme ça on fait des pléonasmes ?) qui a oublié de compter dans sa filmographie l’épatant THE GOOD GIRL de Miguel Arteta, qui ne date pourtant que de 2002, où elle était fascinante de justesse et d’intériorité. Et de profondeur, comme disait la jeune mariée.

            Individus modernes et désireux de bouffer la vie à pleines dents 34EME FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLEque vous êtes, prenez note dès à présent que le formidable festival de La Rochelle (34ème du nom) se tiendra du vendredi 30 juin au lundi 10 juillet.

Et où aura-t-il lieu ? Dans ton cul !
Il s’agit d’un des festivals français les plus dignes d’intérêt puisque cette année vous aurez la chance d’y voir :

- Roman Polanski, qui viendra présenter son intégrale (tous ses longs et courts métrages)

- une rétrospective des plus beaux films de John Huston

- 12 films avec Bulle Ogier (comme quoi l’âge ne fait rien à l’affaire puisqu’on peut déjà lui attribuer 67 printemps ! « Elle en a déroulé du câble ! » comme on dit chez moi) dont le très perturbant MAITRESSE de Barbet Schroeder

- de nombreuses œuvres méconnues ou invisibles (tous les films des frères Quay (qui seront présents), idem pour Hirokazu Koreeda)

- quelques films pour découvrir les peu médiatiques Nikos Panayotopoulos et Dito Tsintsadze

- de nombreux films de Maurice Ronet (en tant qu’acteur mais aussi réalisateur) et d’Harold Lloyd

- du D.W. Griffith : ORPHANS OF THE STORM, du Masaru Konuma : NURETA TSUBO, GENTLEMAN JIM de Raoul Walsh

- pleins d’avants-premières et d’inédits : le très attendu IKLIMLER de Nuri Bilge Ceylan, JARDINS EN AUTOMNE d’Otar Iosseliani, LAI XIAO ZI de Han Jie, TAKESHIS’ de Takeshi Kitano, THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY de Ken Loach, EN FOLKEFIENDE d’Erik Skjoldbjaerg etc.

- plein de courts métrages, une nuit blanche, diverses rencontres, des séances spéciales pour les enfants, des expositions et tout plein de bonnes choses que nous ne pouvons pas encore vous révéler afin d’éviter que vos esprits ne sombrent dans une folie fiévreuse.

L'EQUILIBRE DE LA TERREUR            Nouvelle incursion dans la discographie de Goldfrapp. Rien à voir avec le chanteur Emile qui ferait des percus, j’espère ?! Chansons hypes, sensuelles et glamour. Je confirme bien qu’il s’agit de ce qu’il y a de mieux en matière de musiques sur lesquelles faire l’amour ! Avec la main, ça compte ?

            A surveiller de près : le 2 août 2006 sortira enfin L’EQUILIBRE DE LA TERREUR de Jean-Martial Lefranc. Premier film qui expose l’organisation d’un attentat nucléaire en Europe fomenté par un réseau terroriste islamiste. L’idée principale (et ô combien intéressante) est de décortiquer les différents niveaux à travers lesquels l’attentat s’élabore, sans jamais verser dans une position univoque. Cela alimentera sûrement une certaine polémique puisque le film n’est à priori pas militant. Les frontières des personnages sont volontairement floues de façon à donner une image de chacun où le manichéisme bien/mal ne suffit plus dans l’opinion que le spectateur est en droit de se faire. La personne humaine est plus complexe que ce vieux schéma. Et cela est tout à l’avantage de ce réalisateur qui attise notre curiosité par une manière de faire très audacieuse, et qui ne s’épargne aucune difficulté en matière de production.

« Les meilleurs spécialistes considèrent que la probabilité qu'un attentat nucléaire ait lieu dans les cinq ans est de 60% » (Jean-Martial Lefranc).

Une initiative qui paraît palpitante sur le papier et dont il faut encourager la prise de risques, d’autant que le film saurait se démarquer du rendu français habituellement terne, peu enjoué et satisfait de sa médiocrité. L’EQUILIBRE DE LA TERREUR s’appuierait plutôt sur un style plus alerte mêlant une manière de filmer nerveuse, une photographie imprévisible et une mise en haleine motrice.

Il me semble bon de s'y attarder. A moins que je ne sois devenu un vieux con.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Jeudi 29 juin 2006

Nouvelle image pour 9 points :


par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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