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Jeudi 2 juin 2005

            THE BONFIRE OF THE VANITIES est un film particulier dans la carrière de Brian de Palma. Jusque-là on pouvait se féliciter de son parcours quasi parfait. Et puis cet épisode le précipite dans une sorte de chute vertigineuse et tourmentée dont nous attendons toujours qu’il se remette.

PSYCHO ou l’effet inverse. Lorsque Alfred Hitchcock entreprend sa réalisation, il a déjà derrière lui une filmographie assez conséquente, jonchée de nombreux chefs-d’œuvre. PSYCHO est l’aboutissement d’une recherche et d’une théorie filmique qui achève de l’imposer comme l’un des metteurs en scène les plus talentueux. L’onde de choc populaire est fantastique. Hitchcock atteint le spectateur dans un paroxysme qu’il ne retrouvera plus jamais.

Chez un réalisateur l’envie de faire des films doit prendre le pas dans l’élaboration d’un projet. Lorsque cette envie disparaît (les causes étant diverses, allant jusqu’à s’inscrire dans le domaine sentimental, c’est le cas chez Blier), l’échec n’est pas loin.

Le premier cas dont nous avons parlé est le plus répandu : l’échec commercial et/ou artistique qui bloque la créativité du maître d’œuvre. C’est la cas de Michael Cimino avec HEAVEN’S GATE, de Joseph L. Mankiewicz avec CLEOPATRA ou encore de Ken Russell après ses drames biographiques. L’effet PSYCHO est plus rare. C’est surtout l’embrasement populaire qui cristallise certaines passions sur un metteur en scène. Transfert. Pour exemples, citons James Cameron et son TITANIC, William Friedkin et THE EXORCIST, et même George Lucas et STAR WARS.

Et puis il y a ceux qui font déjection sur déjection et qui s’en remettent toujours : Jean-Jacques Annaud, Robert Bresson, Lars Von Trier, Renny Harlin et autres. Nous les appellerons le Consortium des Laxatifs du Cinéma.

WES CRAVENWes Craven, lui, appartient à la seconde catégorie. Gentil artisan qui a principalement œuvré dans le thriller fantastique et horrifique, en commençant par quelques films de commande à petits budgets, très habilement réalisés, qui précisèrent son style concis, parfois crû, mais très efficace. Le slasher movie est l’effet de style le plus propre à développer son savoir-faire. Premier coup de griffe (aïe !) : A NIGHTMARE ON ELM STREET affiche clairement toute la maîtrise de Craven (- C’est de la famille du fondateur de la cérémonie des Césars ? - Tu sors !). Gros succès. Il ne fait pas forcément dans la dentelle (re-aïe !!), mais toujours dans l’efficacité. C’est regardable. Et puis, le genre s’essouffle et au moment où il n’est plus d’aucun intérêt, Craven réapparaît et le tarantinise (tiens, je vais me permettre ce genre de néologisme de temps en temps, c’est tout à fait approprié). Deuxième coup de griffe (mais aïe !!!) : SCREAM. Méta-film qui réhabilite le slasher. Il n’apporte rien de nouveau au cinéma (il y a des ignares qui croient encore qu’on peut lui apporter quelque chose !), mais il aborde le genre à contre-pied. Succès planétaire. Erreur de Craven : plus il s’enfonce dans la série, plus la série s’enfonce. La trilogie s’achève. SCREAM, son film le plus abouti, s’est imposé à travers son style comme le renouveau du genre. Ce qu’il n’est pas. Ce sont même ses limites. C’est aussi pour cela que ses séquelles ne fonctionnent pas. Wes Craven est sonné. Il mettra alors cinq ans avant de refaire un autre film. Dernier coup de griffe (c'est-à-dire que là, ça devient lourd !) : CURSED. Craven revient à ce qu’il sait faire : le suspense fantastique. On ne décroche évidemment pas tellement c’est bien réalisé et bien monté, mais c’est assez mauvais. Wes Craven a été institué comme celui qui redéfinit les bases d’un concept afin de le transcender. On lui donne alors le mythe du loup-garou à sublimer. L’enjeu est de taille et pas forcément irréalisable. Hop, cascade, droit dans le mur. Chacun son métier ! Seul AN AMERICAN WEREWOLF IN LONDON s’était imposé dans ce domaine. Et WOLFEN, assez passable, avait quand même de belles choses à dire. Mais dans CURSED on ne sait pas trop ce que ça sent. Oui, c’est vrai, c’est quoi cette odeur ? Ca sent le vieux script qui traînait dans un tiroir, ça sent le scénario-type qui va donner l’occasion à Craven de se remettre en selle, ça sent la commande qui pourrait lui permettre de réaliser un film plus personnel, voire ambitieux, mais plus risqué financièrement. On attendra donc RED EYE, déjà en post-production, et dont le synopsis est très alléchant.

A travers ses films, c’est essentiellement de la mort dont nous parle Wes Craven. La mort comme chemin métaphysique. Ah, voilà, j’ai trouvé : ça sent le sapin ! Dans CURSED, c’est la mort de Wes Craven qui est mise en scène. La mort d’un homme qui peine à se rétablir des attentes que le succès de SCREAM a générées. C’était évident dès les épisodes suivants de la trilogie, ici c’est explicatif. Même MUSIC OF THE HEART ne faisait que le confirmer par ses clichés glacés et son scénario finalement peu inspiré.

Craven réalise donc son plus mauvais film depuis longtemps. Et pourtant c’est toujours une joie de retrouver Christina Ricci (le premier qui fait le rapport avec la couturière prend un caviar à cinq manches en pleine face). Repérez bien l’évolution de cette actrice. C’est tout en subtilités de jeu et choix de carrière pertinents. Pertinent donc son rôle dans CURSED, car plus consistant et ambivalent qu’il n’y paraît. S’il pouvait vous donner envie de regarder BUFFALO ’66, je vous conseillerais sans retenue de courir le voir.

Wes Craven est mort, c’est sûr. Son oraison funèbre aura lieu, en France, le 29 juin 2005. Amen.

            Pour faire le lien avec mon article précédent, sachez que si vous avez vu A LOVE SONG FOR BOBBY LONG et aimé Scarlett Johansson, vous pouvez vous précipiter sur IN GOOD COMPANY et l’aimer de nouveau. Elle y fait la même chose : elle balaie le film de sa générosité et de son charisme particulier. Elle ne fait rien et c’est ce qui fait tout. Scarlett Johansson ou la comédienne de la simplicité.

Par ailleurs, le film est assez plaisant. Grâce à elle, mais aussi à la description des liens humains qui y est faite. C’est sans prétention, c’est sympathique, c’est bien fait, c’est une bonne surprise. On aura passé un bon moment, on n’y pensera plus demain. Et puis ça fait plaisir d’avoir des nouvelles de Dennis Quaid !

            LA CONFIANCE REGNE est un film intéressant à plus d’un titre. D’abord parce que c’est un film raté d’Etienne Chatiliez et c’est plutôt rare (même si sa carrière est un peu surfaite). Ensuite et surtout, parce que l’on n'aborde que rarement la vulgarité au cinéma et en général d’une manière conventionnelle et lourdingue. Il faut voir comment Cécile De France joue la vulgarité ! Je crois que ça n’a jamais été fait au cinéma. J’ai passé un mauvais moment, je ne le regrette pas.

            Vu BOOGEYMAN. Indifférence totale dans la salle.

            Revu JUST A KISS de Ken Loach. Leçon de cinéma. Je ne parle pas de ce genre de films, je ne pourrais dire que des banalités. Courez au vidéo-club.

            Et comme vous semblez enclins à suivre mes conseils, je vous supplierais de ne plus regarder les figurants au cinéma et à la télévision. Voici une faune dont la compagnie est particulièrement désagréable. Ce n’est que fainéants, mécontents et divers prédateurs qui ne pensent qu’à empocher leur pécule et qui n’ont aucune rigueur dans le travail. Ces bandes de frustrés, elles existent et sévissent dans quasiment tous les métrages. J’appelle au boycott de cette population qui n’a aucun respect si ce n’est celui de sa propre personne. L’égo d’un comédien est surdimensionné, celui d’un figurant est égocentrique. En y réfléchissant, je ne suis pas le premier à l’avoir dit. William Wyler l’a même démontré. La preuve : la course de chars dans BEN-HUR. Sans figurants, ça a quand même une autre gueule ! Imaginez deux frères ennemis qui s’affrontent, seuls dans l’arène… Aujourd’hui, c’est un match du P.S.G. au Parc des Princes, sans spectateurs. C’est une tragédie entre 22 joueurs. BEN-HUR aussi est une tragédie entre deux princes. Et ceux qui insultent, qui crient à la haine, qui déversent leur amertume, qui sont assoiffés de sang, c’est quand même pas les joueurs du P.S.G., non ?

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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