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Vendredi 21 avril 2006

ENFERMES DEHORS            Y’a pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui trinquent. Y’a pas de raison qu’on ne s’en prennent jamais à ceux qui ne paient pas de mine, ceux qui ne foutent jamais le bordel, sous prétexte que ce sont les plus faibles. J’aime les gens beaux et riches et je ne supporte exclusivement que leur compagnie. Quand je prends le métro j’ai l’horrible sensation d’être invité à la partie de Rick Moranis dans GHOSTBUSTERS où se côtoient vieilles filles et pauvres mâles sans hormones. Fulgence Bienvenüe je te maudis ! Jamais rien compris aux gens qui se suicident dans le métro. Alors que depuis le Pont Neuf ou la Tour Eiffel c’est quand même plus classe ! Y’a pas de raison que ce ne soient que les touristes qui en profitent !!! Finir ses jours dans le métro ; dernier stade de la misère humaine. C’est ce que l’on appelle un suicide à petit Q.I. A contrario il y a la formule collector, bien plus efficace et qui a l’avantage de se passer au grand air, j’ai nommé : le T.G.V. Déjà on sait que celui qui choisit ce modèle d’éradication est un homme a qui l’on peut faire confiance. Ou pouvait. C’est un homme d’un certain standing, qui a réfléchi sur sa condition et qui a à peu près 100 % de chance de réussite à l’examen. On est déjà dans du Q.I. plus élevé. Bon, bien sûr, il manque la beauté. Mais si il l’avait il n’aurait pas réduit sa vie à un résultat de probabilités. De toute façon, je ne fréquente pas les suicidés. Leurs femmes sont moches. C’est à croire que chez les pauvres la mort pue alors que dans les espèces évoluées elle est plutôt synonyme de panégyrique dans les journaux. Parfois un ministre s’en mêle. C’est assez rare mais ça arrive. Alors ça se remet à puer. Les anciens disent que c’est parce que les ministres ça les ramène à leur situation. Que leur destin était de finir dans la fange, mais qu’ils ont juste été au bon endroit au bon moment pour enfoncer un peu plus ceux qui y étaient (dans la fange), en s’appuyant sur eux pour se hisser. Mais l’odeur ne trompe jamais.

C’est ce que semble un peu oublier Albert Dupontel dans son film ENFERMES DEHORS. Pourtant un bon film puisqu’il n’oublie jamais de taper sur les nantis, ceux qui n’ont ni beauté ni argent. Pour une fois qu’on peut se réjouir au cinéma ! Evidement qu’on ne peut que donner raison au personnage interprété par Albert Dupontel car il s’agit d’un héros. D’un héros comme on en fait des légendes. Dupontel a en effet choisi de revenir au cinéma en abordant le genre du super-héros. Avec tous les pouvoirs que les personnes voient en lui, comme en témoigne la délicatesse avec laquelle est recueilli son uniforme à la fin du film. C’est le costume qui édifie le super-héros, comme le soulignent SUPERMAN, SPIDER-MAN et autres RAIN MAN. Le super-héros de Dupontel existe vraiment. Mais vu à travers les yeux d’un type qui identifie le pouvoir à celui qui fait respecter la loi, les supers pouvoirs sont alors détenus par ceux qui édictent les lois.

Pas facile d’aborder un genre que les français n’ont jamais choyé. C’est normal, si vous les regardez bien, les français, ils ne sont ni riches ni beaux. A part une fille qui habite dans le 04 et dont la beauté vaut toutes les richesses.

Albert Dupontel. Né le 11 janvier 1964. Humoriste de bon goût puisqu’il partit mener une croisade contre les bretons dans LE CREATEUR. Renvoyé de la maternelle à 4 ans, voici l’exemple vivant de ce qu’il se passera si la loi Sarkozy concernant le dépistage des futurs délinquants dès 3 ans ne se met pas très vite en place. Que chacun prenne ses responsabilités.

Malgré cela nous sommes contraints d’avouer qu’ici nous l’avons toujours aimé l’Albert. J’irai même jusqu’à dire que c’est l’une des rares personnes vivantes que nous admirons. D’abord parce qu’il est toujours passionnant de l’entendre parler. Un ton simple, des mots précis, des idées justes. Honnête toujours dans la manière dont il parle de lui, de son métier, de son rapport aux autres ou de la manière dont il perçoit le monde qui l’entoure. Quelqu’un qui a des choses sensées à dire. Un homme humble. Et puis ce fut l’un des derniers grands comiques du one man show. Car depuis quelques années, à part Dieudonné…

C’est ensuite au comédien que notre respect s’en retourne. Avec des compositions la plupart du temps parfaites allant du mystérieux Alexandre Demarre dans LE CONVOYEUR au parodique Cellier-flic-police dans SERIAL LOVER en passant par l’intérieur Bruno Sachs dans LA MALADIE DE SACHS sans oublier ce qui est sûrement son meilleur rôle : le Dionnet d’UN HEROS TRES DISCRET. Un comédien qui travaille sur la sobriété, ce qui a pour but d’affiner les obsessions intérieures de ses personnages et d’y ajuster une précision comportementale qui me ravit particulièrement.



Et puis il faut parler du choc BERNIE. Film devenu culte à juste titre. Un personnage fort. Des dialogues percutants. Un constat implacable des problèmes de notre société. Un film rageur qui donnait de nouvelles couleurs à la comédie française. A ne pas confondre avec la Comédie Française qui a plus de rides que de couleurs. Ensuite vînt LE CREATEUR, film beaucoup moins intéressant sur tous les plans mais qui avait l’honneur d’être animé de la même fièvre fédératrice. Le film laissait alors entrevoir les mêmes manques cinématographiques que BERNIE et peinait donc à nous entraîner dans un tourbillon de démence. On le revoit encore avec plaisir pour certaines scènes très drôles.

Disons qu’ENFERMES DEHORS souffre du même syndrome. Il s’agit avant tout d’un film à large portée comique. Dupontel y arrive parfaitement. Son atout majeur c’est son écriture. Un humour sec, excessif, qui sonne comme un coup porté. L’image qui s’en rapprocherait le plus serait sans nul doute les coups de pelle dans BERNIE. D’ailleurs il y a beaucoup de coups dans ses films. Nous qui revendiquons la violence au cinéma, nous sommes sous le charme quand quelqu’un s’affirme enfin dans la violence humoristique. L’humour peut être violent quand il a des choses à revendiquer. Et magnifié de la sorte il devient un véritable parti pris esthétique. A ce titre ENFERMES DEHORS reste atypique. Il nourrit une folie qui se propage et finit par sortir le propos de tout contexte réaliste. Il s’en faut de peu pour tomber dans le surréalisme. Alors bien sûr côté scénario c’est totalement extravagant. Une nécessité pour atteindre un tel climat de folie. De toute façon tous les films de super-héros sont extravagants par définition. Si l’on prend trop de recul et que l’on n’accepte pas le postulat de départ alors on ne peut pas participer à l’histoire. Une histoire qui s’appuie sur une situation décalée : un S.D.F. qui revêt un uniforme de policier pour rendre service.  Stop ! Ce n’est pas non plus Allociné par ici. On peut facilement imaginer la critique qui peut s’ensuivre. Avec la verve de Dupontel les gags sont toujours efficaces (et pas dans le mauvais sens du terme), sans grande nouveauté dans la dénonciation. Mais ce n’est pas ce qui importe. ENFERMES DEHORS ne s’appuie pas sur un discours nouveau et important parce que nouveau. Un peu comme Bernie nous parvient encore aujourd’hui par les mêmes problèmes qui hantent notre quotidien, ENFERMES DEHORS se traduit comme une suite à BERNIE (autre film de super-héros) où il n’est pas besoin d’avoir de nouvelles choses à dire. On redit ce que l’on sait déjà. On pointe du doigt. Et le rire surgit toujours. C’est bien la preuve de l’utilité du procédé.

Reste que les imperfections que l’on pouvait imputer à BERNIE et au CREATEUR sont toujours les mêmes. C’est principalement la mise en scène qui m’énerve le plus dans les films de Dupontel. A croire qu’il est persuadé que le fort univers qu’il a imaginé se suffit par le texte et non pas dans sa concrétisation visuelle. Manque de folie. Ca fait quand même bizarre de dire ça de Dupontel. Exemple : bel effort fait sur les repérages où nicheraient les S.D.F. Yolande Moreau et consorts. Lieu absolument incroyable fait de tags tous plus azimutés les uns que les autres et qui colle parfaitement au scénario. Mais est-ce le seul effort qui aille dans ce sens ? Que penser des bureaux bêtement conventionnels où Nicolas Marié et Philippe Uchan baladent leurs personnages tout aussi conventionnels ? Dans le même ordre d’idée Dupontel a choisi une image assez crûe dans la lignée de BERNIE (dont ENFERMES DEHORS est la suite par alliance rappelons-le) pour faire évoluer ses personnages dans une atmosphère censée nous rappeler des éléments connus. Le problème c’est qu’elle ressemble trop à l’image fade et sans relief que véhiculent la plupart des films français qui intellectualisent leur propos et leur existence même. A mon sens, ENFERMES DEHORS perd ici toute notion de personnalité. Non pas qu’il était impossible d’associer cette photographie au sujet pour arriver au même résultat, mais en utilisant un autre support elle aurait moins été dissociée de l’essence même du discours. Prenons le cas de John Cassavetes, que beaucoup essaient aujourd’hui de copier sans comprendre qu’il n’a jamais cherché à montrer la vie telle qu’elle était. Montrer comme on voit les choses ou en proposer une image sont encore des conceptions différentes. Donc, chez Cassavetes, la photographie avait quand même un rôle majeur dans l’identification à des sentiments connus, profonds et qui arrivaient à nous toucher par une transposition sans fard du jeu de l’acteur. Nous ne parlons pas forcément d’une image classieuse mais propre du moins. Ou alors pourquoi pas, mais jouer le jeu à fond : cadrages volontairement désengagés d’harmonie visuelles, des coupes improbables au montage, jeu désaxé etc. Il est étonnant d’ailleurs de voir que Benoît Debie ait été chef opérateur sur ENFERMES DEHORS, lui qui avait signé la plus belle photo de l’année dernière pour INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic. Un film ou l’étrangeté de l’histoire s’alliait à la singularité des lieux, des costumes mais aussi de la photo (classieuse cette fois-ci). Comme quoi…

TIRE A PARTIl demeure néanmoins des effets stylistiques fort agréables comme l’association de la musique de Noir Désir sur ce dont le film cherche à nous prévenir. Dupontel a excellemment choisi des extraits musicaux qui ont été écrits comme des ouvertures, des annonces. J’apprécie. Beaucoup aimé aussi les effets lorsqu’Albert Dupontel sniffe de la colle. Parfaite exaltation des sens à ces moments précis. Et puis l’over-cutting. Enfin la mise en scène qui s’étoffe ! Toujours difficile à maîtriser mais qui a au moins ici le mérite de concentrer les scènes et de rassembler les effets dans une nervosité et une tension qui participent à la démesure ambiante. Même si ce n’est pas toujours justifié, on ne s’ennuie jamais et c’est le premier effet recherché. Après si vous n’aimez pas c’est autre chose. Mais tout le monde ne peut pas avoir bon goût…

            TIRE A PART n’est pas l’histoire d’un couple qui s’isole au cours d’une partouze. C’est une histoire bien plus redoutable, un scénario fin, intelligent, brillant. Revu ce film qui m’était resté comme un gros souvenir mêlant simplicité et machiavélisme implacable. Nouvelle impression similaire. Les erreurs du film en plus. Notamment les diverses expositions bien trop littérales pour disparaître à nos yeux.

Film de scénario donc mais une interprétation magistrale de Terence Stamp. Daniel Mesguich aussi. Puant à souhait. Il y a des interprétations comme ça, si convaincantes qu’elles vous feraient croire que le comédien est tout autant le même dans la vie. Par contre, un jeu beaucoup trop théâtral à mettre sur le compte de Jean-Claude Dreyfus.

Ce qui est profondément attirant dans ce film de Bernard Rapp c’est son côté jusqu’au-boutiste. L’histoire est une véritable machine qui se met en route pour ne s’arrêter qu’une fois son but ultime atteint. Vengeance personnelle, terrifiante mise à mort qui trouve son dénouement sans heurts et avec une précision froidement calculée. Une vision immorale extrêmement jouissive puisque son accomplissement touche à nos zones sombres que l’on n’explore que rarement. C’est ainsi qu’une sensation de libération émane de nous dès le suicide de Daniel Mesguich.

TIRE A PART est un film profondément noir, sans rémission, ancré dans ce qui sommeille au plus profond de nous. Une ode à la liberté en quelque sorte.

Y AURA-T-IL DE LA NEIGE A NOEL ?            Y AURA-T-IL DE LA NEIGE A NOEL ? 10 ans plus tard le film n’a pas perdu sa charge émotionnelle. J’y posais un gros point d’interrogation avec de le revoir puisque Sandrine Veysset ne m’a plus convaincu par la suite. Je pensais que c’était peut-être le film d’une mode. Pas du tout. C’est l’un des plus beaux films français fait avec peu de moyens mais beaucoup de cœur. Le cinéma français n’est pas forcément insupportable quand on sait ménager ses effets.

Voici un film dont la réalisation s’attache simplement à capter des moments de vérité dans la relation entre des enfants et leur mère d’un côté puis leur père de l’autre. La cruauté de ce dernier vient apporter toute la douleur à travers laquelle cette grande famille vit. De pas grand chose. D’amour surtout. L’amour plus fort que tout une fois de plus. De petits moments de bonheur qui font écho à sa propre enfance et à ces quelques fragments qui nous restent d’une beauté fugace. Des souvenirs qui valent plus chers que ce qui les compose. Le meilleur exemple en est le moment où les enfants courent sous la pluie pour aller à l’école, s’abritant juste par une bâche qu’ils tiennent haut. Magie de l’instant. Innocence qu’on ne retrouvera plus jamais.

Je me rappelle le temps où j’étais gamin. Vivre dans l’instant. Tout ce que l’on m’a offert et que je n’ai pas pris pour des cadeaux. Je me souviens de ce dont plus personne ne parle aujourd’hui, qui ne semble plus compter, et qui me ferait défaut si l’on m’en privait à cet instant. Moi qui détruis ma vie au jour le jour. Moi qui suis même allé jusqu’à la risquer certaines nuits. Mais qu'as-tu fait de ta vie ? La fameuse phrase de PAPILLON. "C'est plus fort que moi" dit la petite voix.

Il faut vraiment que j’arrête mes conneries.

            Et maintenant ?... Qu’est-ce qu’on fait ?

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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