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Mardi 18 avril 2006

            Panégyrique, donc. Mot pentasyllabique que le commun des mortels, ou disons le plus anonyme d’entre vous, emploie en moyenne à raison de 2 à 3 fois par an, à la différence des chanteurs égyptiens qui n’emploient jamais de mots plurisyllabiques. Sauf en cas d’accident catatonique.
Selon le Petit Larousse un panégyrique est un nom masculin. Ce qui reste encore à prouver, car, après tout, qui est-ce qui décide de la sexualité littéraire (je cherchais un mot qui voulait dire « qui a rapport aux mots » mais à part « moteur » et donc « motrice », « motel » et « motoculteur » ne m’ont pas paru appropriés. « Littéraire » non plus mais si j’avais choisi « roténone » plus personne n’aurait rien compris. Déjà que je fais des parenthèses qui durent trois heures ! Et quand je dis trois heures c’est une image, car pour donner un chiffre précis encore eut-il fallu que je connaisse votre aptitude à déchiffrer la parenthèse de l’action principale, ce qui n’est pas une mince affaire. Et je ne parle pas de ceux qui portent des lunettes, de ceux à qui l’on peut dire « merde » tout en sachant qu’ils le prendront au premier degré (vos commentaires sont parfois de vrais délices), de ceux qui continuent à lire ces articles en police xx-small (faut être snob pour le coup ! (La parenthèse à l’intérieur de la parenthèse, j’en avais toujours rêvé ! Mais quel bordel dans cet article !!!). Car pour tous ceux qui n’auraient pas reçu de prix Nobel je souligne que dans « affichage » de votre navigateur web vous pouvez choisir la taille de votre texte), de ceux qui font de la boxe et que l’on appelle des boxeurs ou encore des scouts) ? Oui qui est-ce que c’est donc qui décide de mettre un sexe aux mots depuis que « Les jeux de 20 heures » n’existent plus ? Bah c’est le Président de la République ! Ah oui, pardon ! J’avais oublié que nous en avions un.

Toujours selon le Petit Larousse, « panégyrique » se situe entre « pané » et « panégyriste ». Ce qui lui confère une place de choix pas loin de « pangolin » (un mammifère de l’ordre des pholidotes. Oui, ça existe ! Après tout Georges Moustaki est bien issu de l’ordre des vocifératrops, sorte de mammifères égyptiens aux étranges coutumes dont la plus connue est la ligature des cordes vocales dès la naissance) mais quand même bien après le fameux « capitulaire » de la page 183.

Et comme le Petit Larousse en sait pas mal sur ce mot « panégyrique » il se permet de nous donner une définition plus qu’approximative : « Parole, écrit à la louange de quelqu’un, de quelque chose. Eloge sans réserve ou excessif ». Exemple de panégyrique : « Georges Moustaki est un con ». C’est un éloge un peu excessif. Et très approximatif, me souffle t-on. Encore faudrait-il pouvoir définir la connerie. Quoique si l’on se réfère à l’œuvre de Georges Moustaki… Je risque d’ailleurs ma place si le rédacteur en chef lit cet article, lui qui dit toujours : « Pas d’enthousiasme excessif ni d’émotion incontrôlée ! ».

Bon, quand est-ce qu’on parle de cinéma ?

V FOR VENDETTANous y venons. A votre place je ne serais pas si pressé. Si c’est pour parler de V FOR VENDETTA cela n’en vaut vraiment pas la peine. Premier film pour James McTeigue qui n’imprime qu’une marque de fabrique purement hollywoodienne, sans grand intérêt. Rien que la conception scénaristique de ce futur où nous serons régis par ce système totalitaire prête à sourire dès les premières minutes tant nous sommes dans un système manichéen éhontément cliché. La liberté des hommes comme point d’ancrage autour d’un mystérieux personnage qui combat pour plus d’égalité et de justice. Un peu facile et clairement démago. Là où l’affaire se corse c’est lorsque Hugo Weaving se met à tuer des gens pour mener à bien la mission dont il se sent investi. Nous rentrons dans le film de vigilante de plein pied. Mettre en place un tel système gouvernemental afin de légitimer les actions d’Hugo Weaving voilà un vil procédé qui véhicule une morale douteuse que l’on pourrait qualifier de réactionnaire. Nous sommes dans ce que les Etats-Unis vivent de plus immonde comme action/réaction à la main mise mondiale qu’ils essaient d’imposer. Sauf qu’ils ont replacé tout ce petit monde en Angleterre, pour pouvoir plus facilement porter une critique sur ce genre de système, trop éloigné du leur. Pensez donc ! Ils ont bien fait interdire PUNISHMENT PARK chez eux ! Or, si ce genre de films flatte les égos et permet de recentrer sa place dans la société américaine, nous préfèrerons des films tout aussi réactionnaires comme DEATH WISH ou DIRTY HARRY. De sains concepts de vengeance plutôt que d’affirmation d’une ligne politique. Nous retrouvons ici la vengeance en tant que notion naturelle et salvatrice comme voulait l’imposer Quentin Tarantino dans KILL BILL, mais que peu de critiques ont vu ou compris.

Petit festival au niveau des dialogues qui vous feront soit pleurer soit mourir de rire selon votre humeur du jour.

Mais la plus belle surprise nous vient des costumes et particulièrement de celui de Hugo Weaving. L’importance du déguisement revêt un caractère quasi mystique lorsqu’il est aussi abouti que dans des films tels que SCREAM, SPIDER-MAN ou encore PHANTOM OF THE PARADISE. Ici, le masque et la perruque sont tellement grotesques que le personnage V tourne très vite au ridicule. Ridicules ce sourire figé et ces pommettes rougies alliés à cette fine moustache d’une autre époque. Encore plus ridicule cette perruque qui rend le personnage peu crédible dans l’assurance virile qu’il essaie de dégager. Un ridicule qui tourne au tragique lorsque l’on découvre une Natalie Portman le crâne rasé. Une portée symbolique qui nous avait pourtant été bien soulignée jusque-là et qui, finalement, ne peut s’empêcher de virer au cliché. Il y a tellement mieux à faire quand on a la chance d’avoir cette actrice dans son film !

Peut-être ce que j’ai vu de pire depuis CATWOMAN.

PHILIP SEYMOUR HOFFMAN            Soyons plus indulgent avec CAPOTE de Bennett Miller et admettons que c’est un film passablement intéressant. D’abord parce que nous y retrouvons Philip Seymour Hoffman (qui est sûrement l’un des acteurs américains à prendre le plus de risques) et la délicieuse Catherine Keener. Composition ahurissante du premier et charme toujours envoûtant de la seconde. Un beau numéro d’acteur de la part d’Hoffman, qui est la principale attraction. Une prestation rare. Estelle Lefébure pourrait en prendre de la graine si elle était une artiste. Nous parlions d’elle il y a peu à propos de CAVALCADE. La voilà qui sévit de nouveau dans le court métrage de Xavier Gens : AU PETIT MATIN. Réalisation dans l’air du temps avec un maximum d’effets en post-production, montage ultra-serré, plans sans originalité et encore le montage qui intervient pour couper les émotions des personnages. Cela pourrait être une véritable ignominie mais le monteur semble plus intelligent qu’il n’y paraît. La jeune pompiste Lefébure (déjà rien que ça je n’ai pas pu me retenir de rire) doit composer un personnage au passé lourd puisqu’une tragédie lui a fait perdre son fils qu’elle croit retrouver dans les yeux d’un sale petit braqueur. Le réalisateur a tout basé sur le maquillage. Première baffe. Estelle ne fait que pleurer. Nouvelle calotte. Le monteur décide de ne pas s’attarder sur des émotions plus complexes entre les deux personnages principaux pour ne pas virer au ridicule. Troisième torgnole. Enfin le court s’attarde sur des effets de réalisation alors que son sujet était avant tout les personnages. Dernier caviar à cinq manches. En tout cas bravo aux jongleurs qui ont réussi à remplir le vide créé par miss Lefébure. Dix de der et je promets que l’on ne m’y reprendra plus.

Tout ça pour dire qu’il faut voir CAPOTE ne serait-ce que pour le travail d’orfèvre de Philip Seymour Hoffman qui a mis en place un mimétisme sidérant. Bon, ça, à la limite, ce n’est que du recopiage. Mais, en plus, faire passer la complexité du personnage dans son intelligence, sa préciosité, son ambiguïté et ses rapports aux différents protagonistes, là nous sommes dans du très très haut niveau. Prenons Bruce Willis par exemple. Oui ben reposez-le maintenant, ça suffit ! Bruce Willis dont je dois être le seul à aimer sa manière de jouer, pas qu’il me troue le cul (comme disait Clotilde Courau dans ELISA) mais dans des films comme PULP FICTION, BLIND DATE ou DIE HARD il me convainc particulièrement. Dans 16 BLOCKS de 16 BLOCKSRichard Donner il commet l’erreur que Philip Seymour Hoffman avait évitée pour CAPOTE. C'est à dire que son travail de composition physique a consisté à revêtir une moustache et un faux ventre. Mais quid de ce policier hanté par la routine, fatigué, taraudé par sa misérable existence et pourtant cherchant par tous les moyens à rester fidèles à ses principes ? Tout cela est bien secondaire et la plupart du temps inexistant. Heureusement qu’à la réalisation Richard Donner affiche encore son goût du rythme et de l’action dans un film au scénario indigent qu’il parvient à tenir jusqu’au bout dans le seul but d’un divertissement où Bruce Willis joue le bon qu’il ne fallait pas sous-estimer et David Morse le méchant très très méchant qu’il fallait pas s’y frotter. Nous regretterons leur affrontement final un peu bavard, sans idée du côté de la réalisation puisque Richard Donner se contente d’un champ/contrechamp trop statique.

Le gros problème de CAPOTE vient de son manque d’ambition. D’abord par son titre qui, faute d’avoir essayé d’attirer l’opinion par le sujet qu’il développe préfère tout miser sur son personnage principal si atypique, se révélant en conséquence salement malhonnête puisque mensonger. CAPOTE n’est pas la vie de Truman Capote. Juste un passage. Celui qui l’amena à écrire « De sang-froid ». De par la complexité et l’incroyable portée de ce livre (qui a ouvert sur de nouvelles formes de libertés artistiques, avec leur cortège d’abominations), il était donc normal d’en concevoir toute la genèse, qui s’avère aussi indispensable que le livre. Mais le film se sert peu du personnage de Truman Capote et s’engonce petit à petit dans une monotonie qu’aucune idée de mise en scène ne vient relever. Du travail scolaire qui mériterait de s’affranchir de ce que l’on apprend pour pouvoir montrer de quoi l’on est capable.

            Parlerai-je de CREMASTER 3 ? Allez, puisque je ne suis pas assujetti à un vulgaire problème de place et que vous et moi avons du temps à perdre, n’ayons pas peur des mots : c’est la grande célébration du n’importe quoi version mauvais goût. Matthew Barney cherche à faire du Lynch mais sans la moindre idée. Chez David Lynch tout est lié. Mais sans aucune coordination possible comment voulez-vous que ce cycle du Cremaster puisse nous parvenir émotionnellement ? On trouve un peu de tout là-dedans. Il y a surtout un travail sur le visuel très poussé mais au service d’une esthétique froide, bourgeoise, élitiste et artistiquement bordélique. Ce n’est pas mauvais c’est tout simplement ringard. Il y a un élément qui ne trompe pas c’est le son des chaussures totalement désynchronisé avec les images. On l’a hasardé il y a environ 60 ans je crois.

            Et puis c’es tout ! Aucun panégyrique pour aujourd’hui. Je sais : c’est à brûler une pucelle, mais on fait avec ce qu’on a. Je m’en vais réfléchir sur la triste situation du cinéma contemporain. Et j’aime à finir ce genre de réflexion en me disant que tout cela pourrait être pire finalement : alors que tout le monde y va de sa petite mise en scène aucun chanteur égyptien n’a encore fait des siennes. So be it !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mardi 18 avril 2006

Je vous prie de prendre note que cette image peut rapporter 8 points :


par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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