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Dimanche 5 mars 2006

LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE

            L’avantage de voir un film comme LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE c’est qu’il nous replace dans le temps. Nous avions laissé cette sympathique troupe du Splendid au milieu des années 80, où chacun s’envola de ses propres ailes, nous laissant comme héritage plusieurs films parfois très drôles. Héritage très lourd d’ailleurs si l’on s’en tient aux dernières comédies françaises et aux constantes références cultes qui ont fini par inscrire leurs œuvres dans nos mémoires cinématographiques collectives. Trop lourd parce qu’il est toujours préférable de s’arrêter au sommet de sa gloire que de faire une suite qui amoindrisse une image si positive. Georges Moustaki, si tu nous entends… Ah, mais non ! Il a dit « au sommet de sa gloire » ! C’est ce qu’ont pour l’instant très bien réussi Les Nuls, qui restent à l’heure actuelle la référence (puisqu’on en parlait). Nous attendions donc ce troisième épisode avec le souvenir d’un comique fulgurant qui assénait des répliques d’une efficacité redoutable. Alors pourquoi ne pas rééditer l’exploit ? Pari très difficile à tenir, mais après tout nous avions à faire à une troupe à part, unique dans la culture française. Le talent est-il une denrée périssable ? A priori nous pourrions dire que c’est un peu comme faire du vélo. Oui, mais voilà, les temps ont changé. Fin des années 70 début des années 80, la troupe du Splendid amenait un nouvel argument dans la conception de l’humour où le pince-sans-rire et le fait de pouvoir se moquer des pires choses allaient faire jurisprudence dans le paysage humoristique français. Ces jeunes gens étaient novateurs, remplis d’une énergie créatrice et dotés d’un sens de l’observation de leurs concitoyens particulièrement affûté. Aujourd’hui ces personnes ont toutes réussi à ce niveau et n’ont donc plus rien à prouver. C’est d’autant plus dommage qu’en matière d’humour la France manque de maître étalon.

Avec LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE cette équipe montre qu’elle n’est plus aussi pertinente qu’il y a quelques années. Les gags tombent à plat, manquent de percutant, mais le plus terrible c’est qu’ils sont calqués sur ce que l’on a déjà vu faire auparavant. Dans LES BRONZES ou LES BRONZES FONT DU SKI il n’y avait pas qu’eux qui savaient manier ce genre d’humour, mais c’étaient eux qui l’avaient annoncé (probablement inspirés entre autres par les Monty Python) et surtout qui le pratiquaient de la plus belle des façons. Aujourd’hui Les Bronzés ont des idoles dont ils pratiquent l’humour. Synchronisation anachronique.

Le film n’est pas très drôle. Cela tient essentiellement à ce que nous venons d’illustrer. Concrètement les situations ont perdu leur originalité. Nous aimions notamment la gêne dans laquelle les personnages semblaient trouver une ingéniosité remarquable à s’y enfoncer. Dans LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE c’est d’un ennui continuel : le divorcé qui espère reconquérir sa femme des années après, le chien que l’on remplace par un autre de la même race, l’homme qui n’arrive pas à dire à sa femme qu’il va la quitter pour une femme plus jeune etc. Heureusement qu’il y a du soleil, des jolies filles, de la bonne humeur et une intrigue digne d’une chanson de Georges Moustaki. Ca me rappelle les grandes heures de Max Pécas tout ça.

Pourtant on les aime bien toute cette équipe. A commencer par Michel Blanc, le meilleur comédien de la troupe. Moins intéressant cette fois-ci car le personnage de Jean-Claude Dus n’est plus exploité. En faire une victime était drôle. Mais la retenue au niveau de l’invention a obligé nos amis à nous refaire le coup du télésiège en le remplaçant par un jet-ski. Un petit gag juste pour nous dire : « Rappelez-vous, c’était bien LES BRONZES FONT DU SKI, n’est-ce pas ? ». Alors regardez plutôt celui-là si vous voulez vous divertir. Thierry Lhermitte, lui, n’est pas un bon comédien. Il nous l’a déjà prouvé à maintes reprises mais ici cela frise l’insolence caractérisée. A sa décharge, son personnage n’a pas évolué. S’il n’y avait que lui ! Il n’est jamais mis en danger et il se contente de jouer les play-boys. Ce n’est évidemment pas incompatible avec l’humour, mais encore faut-il savoir comment faire pour parvenir à ce savant mélange. Cary Grant pourrait lui donner des leçons. Marie-Anne Chazel cherche à combler sa transparence par des atouts mammaires sans grand intérêt. Le couple Balasko-Jugnot est sûrement celui qui fonctionne le mieux. Ce sont surtout de très bons comédiens qui ont su profiter de leurs expériences en solitaire. Leur style est beaucoup plus mûr, plus sûr et surtout ils ont encore leur sens de l’humour. Savoir jouer la comédie n’est pas donné à tout le monde. Josiane Balasko reste une des rares qui sait encore l’écrire et l’interpréter. Ce qui la distingue de Georges Moustaki qui ne sait rien écrire (si ce n’est des lettres à sa famille) et encore moins interpréter. Une petite parenthèse pour citer Martin Lamotte, acteur génial, toujours sous-employé au cinéma, parfait en Miguel, même s’il s’agit d’un rôle peu étoffé qui ne lui permet pas de montrer toute l’étendue de son talent. Pour vous dire à quel point le film n’est pas bon j’ai même trouvé Christian Clavier très bien. Rien d’extraordinaire cependant. Il joue au petit acteur de brasserie mais avec une force de conviction plus prenante que celle de ses équipiers. D’ailleurs son personnage est le plus touchant mais aussi celui qui a le plus changé. Il est juste, joue la médiocrité, la lâcheté et la misère humaine dans la même veine que ce qu’il faisait trente ans plus tôt. C’est lui qui incarne le mieux l’esprit des Bronzés tel qu’on les a connus. Maintenant ce sont des parvenus et la critique de ce genre de personnages n’a pas été faite. Même Patrice Leconte à la réalisation semble être prisonnier de cet héritage. C’est à mon sens sa plus mauvaise mise en scène. Aucun sens artistique dans les plans, des cadrages qui évoquent des feuilletons télévisés, aucun travail technique et un montage d’une lourdeur aberrante.

Triste de clore cette trilogie de cette manière. LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE nous ramène à ce qu’est devenu un certain esprit comique, à ce que sont devenus des comédiens qui auraient dû rester nos amis pour la vie puisque nos vies se poursuivaient conjointement avec ce qui avait élaboré notre humour, et à ce que nous tentons encore de rechercher en allant voir ce genre de films. Se souvenir d’un temps qui n’existe plus qu’à travers notre existence ? Se persuader que ces amis sont encore drôles car on ne peut pas se séparer si subitement d’une partie de sa vie ? S’apercevoir de l’incroyable fausseté de l’adage « jamais deux sans trois » ? Préférons nos vrais amis. Préférons la vraie comédie. Préférons la nostalgie de nos blessures. Préférons les films qui n’exploitent pas le spectateur. C’est un peu ce que je ressens face à un film qui a coûté 35 millions d’euros et dont nous n’en voyons même pas un dixième sur l’écran. Bien sûr, les comédiens ont tout pris, nous le savons. Et ce n’est pas bien joli d’accepter certains compromis cinématographiques pour faire en sorte que le film soit rentable. C’est pour cela que je ne donne pas mon argent à ces gens-là.

            Dans la catégorie meilleur documentaire, les oscars ont eu beaucoup de mal à sélectionner un bon documentaire. C’est simple il n’y en a pas (même si je n’ai toujours pas vu STREET FIGHT). Nous avions déjà parlé précédemment de l’épouvantable DARWIN’S NIGHTMARE, qui était cependant plus regardable que l’idiot LA MARCHE DE L’EMPEREUR, documentaire glacial gelé dans la superficialité de sa beauté et la débilité de son faux bon concept. MURDERBALL et ENRON : THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM sont aussi nominés et feront bonne figure quant à la déliquescence qualitative qui guette le cinéma mondial. Techniquement c’est vraiment très laid. Ces deux films ont été tournés en vidéo pour des questions d’ordre financier. Et je ris très fort de cet argument grotesque brandi comme une excuse imparable. Je me gausse devant tant de médiocrité qui brade le cinéma. MURDERBALL utilise la technique du cinéma vérité, n’effectuant aucun travail sur la lumière pour donner plus de véracité à ses images. Ineptie. L’image est dégueulasse, sature très souvent et ne rend compte que d’une seule chose : ce que nous voyons ne trouve un impact qu’à travers l’originalité du sujet. Pour sa mise en valeur ce n’est pas la peine de lui attribuer une statuette dorée le mal est déjà fait. ENRON : THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM en est moins affecté car ce travail technique est plus élaboré. Il ne parvient cependant pas à nous faire oublier la laideur de la vidéo mais a le mérite d’un film beaucoup plus construit. Les deux documentaires préférant baser toute leur efficacité sur le montage, nous nous retrouvons avec deux films très éloignés mais assez similaires au niveau de l’impact visuel : ne jamais ennuyer, mettre de la vitesse à défaut de rythme. Du montage sur ordinateur sans aucun doute tellement cela manque de chaleur et de créativité. MURDERBALL reste étrangement bancal. Très vite, le film est pornographiquement très alléchant lorsqu’il met en avant les différents handicapés puis le jeu en lui-même. Ca excite l’œil mais tout retombe très vite lorsque le réalisateur n’a plus grand-chose à dire, laisse son sujet de côté pour un bon moment et s’intéresse à la vie de ces joueurs. Une sorte de grand flash-back. Mauvais découpage et mauvais rythme. C’était sûrement le sujet le plus intéressant et le plus à même de recevoir un oscar, mais son uniformisation amoindrit la portée du film.

On ne brade pas le cinéma ! MURDERBALL et ENRON : THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM sont des films abjects car ils subtilisent la qualité à des raisons économiques. Un documentaire comme un long métrage mérite une image de qualité (ce qui a par exemple empêché FESTEN de devenir un chef d’œuvre), sauf s’il s’agit d’un choix artistique (comme pour THE BLAIR WITCH PROJECT). Le genre documentaire n’a pas à se laisser imposer ce genre de stéréotypes dictatoriaux. C’est ce genre de raisonnements qui ont abouti à une dépréciation du système cinématographique et engendré des immondices visuelles telles que GAMER de Patrick Lévy, CHAOS de Coline Serreau ou encore DANCER IN THE DARK de notre ami Lars Von Trier.

JUNEBUG            Le A.K. de Chris Marker aurait beaucoup à apprendre à tout ce joli monde. Voilà un documentaire absolument sublime sur tous les points de vue et qui plus est tourné en pellicule ! Extraordinaire sujet filmé que le travail du réalisateur Akira Kurosawa sur le plateau de RAN. Fabuleux esprit de cohabitation et d’ambiance de travail qui régnait entre tous les participants. Sublimes paysages que ces pentes noires du mont Fuji-Yama ou ces champs d’herbes repeints couleur or. Néanmoins le film choisit de ne pas s’attarder sur la beauté trompeuse qui pourrait émaner de recherches esthétiques mais de se concentrer sur ce qui lui est donné à voir. Et montrer ce qui se joue réellement sous ses yeux. « Montrer » comme le dit Kurosawa. Ce que beaucoup ne savent plus faire et qui est pourtant la base. Alors la pellicule limite les prises. Evidemment. Mais de toute façon, comme le dit un membre de l’équipe, « on ne filme jamais ce qui est beau ».

            Amy Adams mériterait de faire parler d’elle aux oscars car elle est vraiment éblouissante dans JUNEBUG de Phil Morrison. Petit film intimiste dont le seul talent est de décrire des liens familiaux d’une complexité étrangement poétique, il faut en retenir l’interprétation de cette jeune femme de 30 ans (et j’allais oublier : un générique d’introduction absolument divin !), bouleversante en maman qui se cache la dureté des personnalités qui l’entourent mais qui sera douloureusement rattrapée par ces démons. A cet égard la scène qui augurera ce changement est celle où Amy Adams est la plus touchante car elle exprime toute cette violence rentrée depuis des années et que sa nature ne peut exprimer devant la prise de conscience des obstacles que la vie lui présente. Le genre de barrières qu’elle contournait jusque là par le sourire et en faisant en sorte que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sa renaissance marque sûrement la révélation de ses propres désirs, quitte à la couper d’une partie du monde dans lequel elle vit.

            Vu BROKEBACK MOUNTAIN pour ne pas paraître idiot après sa prochaine victoire aux oscars. Très déçu. Où sont les somptueux paysages promis ? Qui a dirigé cette musique envoûtante qui prône l’ennui soporifique et le mélo à deux euros cinquante ? Qui soutient encore qu’il s’agit d’une histoire de cow-boys homosexuels ?

Ce n’est qu’un film triste qui s’apitoie sur son propre sort. D’abord Ang Lee ne nous montre jamais le lien qui rapproche ces deux hommes. A aucun moment il ne s’occupe de définir l’amour qui va instaurer leur relation. Il nous impose le rapport par une étreinte ou des baisers venus un peu comme des cheveux sur la soupe. Nous aurions aimé plus de fougue et de sentimentalité. « Montrer » comme le disait Akira Kurosawa.

BROKEBACK MOUNTAINEt puis ils ne vivront jamais leur grande histoire d’amour puisque Jake Gyllenhaal meurt avant la fin du film. L’intérêt est vraiment très relatif dans le contentement mutuel. Chacun est renvoyé à sa solitude. Passé très loin.

BROKEBACK MOUNTAIN n’est qu’une lente promenade sur des aires de la déconstruction intérieure. On dévaste plutôt qu’on essaye de bâtir, d’aller vers l’avant, de penser au futur, de frapper la balle au rebond. C’est assez pitoyable. Alors quel intérêt ?

            Pour en finir avec les oscars (commençons par ne pas les regarder) parlons un brin de SOPHIE SCHOLL - DIE LETZEN TAGE de Marc Rothemund, nominé dans la catégorie du meilleur film étranger. Tiré d’une histoire vraie le film nous refait le coup des nazis très méchants qui cherchent à coincer une jeune allemande qui n’a eu que le tort de distribuer des tracts discréditant ce régime. A vrai dire c’est toujours intéressant lorsque l’on échappe à la caricature de ces personnages. Ce que le film réussit très bien. Et Julia Jentsch est particulièrement juste dans ce personnage qui nous fait tout d’abord croire à une possible échappatoire par son assurance et la tactique qu’elle engage, et puis petit à petit qui nous entraîne vers ce piège qui se renferme tout doucement sur elle. Film très angoissant qui manque toutefois d’une mise en scène plus enjouée, moins rigide, pour être pleinement satisfaisant.

            Petite curiosité : THE BLOB d’Irvin S. Yeaworth Jr. tombé aujourd’hui dans l’oubli, au contraire de son comédien principal : le toujours sémillant Steve McQueen. La mise en scène est bien évidemment inexistante et prête souvent à sourire tout comme les rudimentaires effets spéciaux chargés d’animer le blob. Les caractères sont des archétypes de voyous qui traînent en bande, du sympathique fils de bonne famille et de policiers bornés (c’est un archétype, ça ?) qui ont beaucoup de mal à croire un adolescent qui leur raconte qu’il y a un blob descendu du ciel qui va s’attaquer aux habitants de la paisible petite bourgade. Du cinéma qui avait déjà vieilli avant de sortir en salles. Je ne résiste cependant pas à l’envie de vous faire partager ce monument du dialogue cinématographique :

- There must be a house nearby.

- No, sounds more like a dog.

            Quitte à s’attarder sur de vieux films préférons BROKEN BLOSSOMS OR THE YELLOW MAN AND THE GIRL du grand maître David Wark Griffith. Un maître car tout ce que nous voyons aujourd’hui sur un écran découle de ce qu’a inauguré cet homme vraiment génial. C’est lui qui a commencé à changer tous les procédés de réalisation et de mise en scène pour faire en sorte que chacun de ses films se démarque des processus de fabrication de l’époque qui rendaient les films relativement semblables. Et c’est tout à fait notable dans BROKEN BLOSSOMS OR THE YELLOW MAN AND THE GIRL. On peut notamment s’apercevoir avec quelle virtuosité il emploie les gros plans de manière à obtenir une acuité émotionnelle accrue. C’est flagrant lorsque le père découvre sa fille chez l’asiatique. LILIAN GISHOu quand ce dernier devient enragé à la suite de la scène précédente. Quant à Lilian Gish elle est particulièrement mise en valeur comme pour la plupart des interprètes féminines de Griffith, qu’il savait magnifier de manière exceptionnelle. Elle est ici particulièrement émouvante notamment dans la scène où son père cherche à ouvrir la porte de la pièce où elle s’est enfermée pour éviter qu’il ne la frappe. Exceptionnelle la manière dont se traduit le vertige dans lequel elle sombre, mélange de terreur et d’incapacité à affronter cet homme. Nous sommes ici dans des réactions qui ne s’apprennent pas dans des cours de théâtre. C’était l’extraordinaire pouvoir du cinéma muet. Notons un autre bel exemple : le mouvement de balancier malgré le visage figé de l’asiatique qui découvre que la jeune fille a disparu. Des réactions qui ne s’expliquent pas mais qui sont le cœur de l’aléatoire humain. On ne réagit jamais vraiment comme on l’avait prévu.

BROKEN BLOSSOMS OR THE YELLOW MAN AND THE GIRL est aussi un film  d’une élégance esthétique que la mauvaise qualité de la copie n’arrive pas à surpasser. L’emploi des différentes gammes chromatiques des pellicules en fonction des situations et des lieux engendre un contraste saisissant quant aux émotions que Griffith cherche à faire passer par des rythmes très précis. C’est étonnant comme ces émotions font partie de la palette des grands sentiments humains. Le scénario n’a alors pas besoin de rechercher la complexité voire la sinuosité. Ce film de D. W. Griffith est le parfait exemple qu’un scénario peut se contenter de simplicité. Mais ce à quoi il fait référence relève de nombreux thèmes universels : le racisme, la famille, la générosité, l’amour (bien évidemment)… Que de sujets inépuisables et dont certains diront « encore d’actualité » ! C’est si étonnant qu’il faut encore le préciser ?

            Au rayon des bons films quasiment introuvables THE SAFETY OF OBJECTS est une vraie découverte. Voir tous les films peut avoir un côté rébarbatif mais quand on tombe sur ce genre de petite perle la démarche prend tout à coup un sens extrêmement évident.

Réalisatrice : Rose Troche.

C’est ce que l’on appelle un film chorale. Rien de très nouveau jusque-là sauf que c’est un exercice de style très casse-gueule où beaucoup se sont perdus dans leur propre labyrinthe. « Paix à son âme » pour le pauvre MAGNOLIA de Paul Thomas Anderson PAUL THOMAS ANDERSON(véritable génie qui vaut mieux que BOOGIE NIGHTS et MAGNOLIA réunis). Si la réalisation se contente de compiler les scènes comme du Santa Barbara le procédé s’essouffle et devient une tapisserie sans grand intérêt et qui peut se répéter éternellement. Mais dans THE SAFETY OF OBJECTS Rose Troche affirme sa chorale dans une danse où chacun se trouve tour à tour mêlé, devenant celui vers qui les regards se tournent, celui qui guide la danse puis celui participe à l’effort de groupe pour maintenir l’ambiance. La réalisatrice ne se contente pas de suivre les personnages séparément mais les fait évoluer en recoupant leurs histoires dans un montage nettement maîtrisé comme en témoigne la première (très longue) scène du film. Tous sont marqués par une blessure qui s’impose sur le devant de leur vie à ce moment du film. Tout en délicatesse Rose Troche va nous montrer ce à quoi l’on se raccroche quand on croît avoir perdu l’essentiel de sa vie et que l’on se sent abandonné. Désespérément seuls, chacun va alors apprendre à ne plus considérer ses actes par ce qui le rassure mais par son impact sur son entourage. C’est très fin, extrêmement touchant et surtout mené par un rythme très soutenu. Le montage anticipe sans cesse les gestes, les réponses et les situations. Une vraie découverte qui ne cesse de vous accompagner en professant un discours qui devient le vôtre. De l’influence du cinéma sur nos comportements...

            Il va décidément falloir que je me résigne à faire des articles plus courts. Beaucoup trop de films à parler et plus assez de place pour la tête de turc officielle de ce blog. A croire que je fais tout pour dissuader mes lecteurs d’aller jusqu’au bout de ces quelques lignes. Mais il fait quoi exactement dans la vie ce garçon ? Il ne travaille pas ? Le travail, il faut le laisser à ceux qui aiment ça. Arrêtons-nous là car je serai encore bien capable de disserter pendant plusieurs heures sur la notion de plaisir au cinéma. Des choses assez simples finalement : les yeux d’Emily Watson, la symétrie chez Stanley Kubrick, les silences dans M/OTHER, « Le chat », la plastique de Marlène Dietrich dans THE SCARLET EMPRESS, les marteaux de PINK FLOYD - THE WALL, la brutalité avec laquelle Leatherface referme la porte dans THE TEXAS CHAIN SAW MASSACRE, le funk chez Tarantino, le trio amoureux de THREESOME qui résonne étrangement en moi, l’énergie folle du batteur de Santana dans WOODSTOCK, les chevaliers d’EXCALIBUR sous les cerisiers en fleurs, cette femme qui s’en va en traversant des volutes de fumée dans je ne sais plus quel film, Sadako qui sort de l’écran, le petit chien qui meurt dans THE PANIC IN NEEDLE PARK, la femme chez Bertrand Blier, Pierre Richard quoi qu’il fasse, le cri du LOCATAIRE, la classe de Steve McQueen, Antoine Doinel qui a du tact, le glaçon sur Kim Basinger dans NINE ½ WEEKS, la caméra subjective d’EVIL DEAD, les sphères de PHANTASM, les moustiques de YI YI , les seins de Patricia Arquette, Ethan Hawke qui prend conscience que Denzel Washington est parti dans TRAINING DAY, REDRUM, les jambes de Jessica Lange, le travail en équipe chez Cassavetes, la balle de golf dans FUNNY GAMES, les sangsues de STAND BY ME, la luge de CITIZEN KANE, la crudité chez Larry Clark, l’humour de Todd Solondz, les images arrêtées de CIDADE DE DEUS, le métal liquide du T1000, les trois cycles de SALO O LE  GIORNATE DI SODOMA, la danse de NIKITA, l'orgasme de Meg Ryan etc.

Synthétiser la totalité et se comporter comme un phénix…

par MAYDRICK
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