QUESTION :
Quels sont les noms des quatre maréchaux des logis sous les ordres de Louis de Funès dans LE GENDARME DE
SAINT-TROPEZ ?
QUESTION :
Quels sont les noms des quatre maréchaux des logis sous les ordres de Louis de Funès dans LE GENDARME DE
SAINT-TROPEZ ?
La beauté du geste ce serait de n’agir qu’en fonction d’une seule et unique prospection. Tenter de conquérir le terrain de la difficulté. N’avoir qu’un seul but et déployer des trésors d’inventivité pour y parvenir. Elaborer des mondes nébuleux et enchevêtrés autour d’une occurrence si simple et si banale qu’elle en deviendrait ridicule. Axer les alentours sur tout un amas de sens, de contradictions et de vies organiques si riches qu’elles en deviennent le sujet même qui focalise l’attention du spectateur, et rompre tout cela pour quelques secondes de pur bonheur instable et frustrant.
Louons cette idée grande, belle, généreuse et ambitieuse qui va à l’encontre de la moindre conscience économique. Un soubresaut artistique. L’élégance de la folie. Le tiraillement forcené des agrégats monomaniaques.
Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire le plus de bruit possible, créer les écosystèmes les plus élaborés, brasser le plus grand nombre de vies et de problèmes, pour parvenir à la plus éclatante de mes victoires, celle où tous ces composantes déboucheront sur du vent, du vide, le rien, le néant, mais laisseront leur place à la plus ridicule des conclusions : la concentration sépulcrale des sommes du bonheur dans ce que le monde a de plus insignifiant et anecdotique.
Et si toute la folie du monde n’avait aucune signification ? Si toutes les histoires insensées se terminaient de la même manière ? Si les plus belles images partaient en flammes au moindre rayon de soleil ? Si toute la beauté du monde était réduite dès demain à un amas de cendres fumantes qu’un travailleur immigré balaierait d’un coup sec et magistral ? Si notre monde narcissique ne se résumait qu’à un bref instant passé sous des arbres en fleurs, à une automobile qui ne souhaite plus démarrer, à une caresse donnée à la mauvaise personne, au mauvais temps et au mauvais mode, à une aiguille universelle qui avance plus vite que mon horloge interne, à une jeune fille poursuivie par la malchance et à cette fleur blanche délicatement offerte par l’embrasure d’une porte ? Je vous parle du merveilleux qui nous entoure et qui ne se trouve jamais, bien que nous espérons le contraire, dans ce qu’il y a de plus magnifique, grandiose et dionysiaque.
Nos vies sont des chemins d’espérance qui mènent du total au particulier.
Si l’on en croit William Friedkin (et je me plais à le croire plus qu’Yves Rocher, par exemple), toute personne est un démon capable de se transformer aussi bien en pierre précieuse qu’en grain de sable offert à tous vents. Un de ses films symbolise à lui tout seul cet étendard minéralogique. Rien que son titre mesure tout ce qu’une œuvre pourrait renfermer de recherché et d’inestimable.
JADE est sorti sur nos écrans français le 29 novembre 1995. En son temps, j’étais allé le visiter au cinéma et en
avait passablement regretté les quelques francs que j’avais alors investis. Je retins surtout la brutalité chère à Friedkin, peu prolixe pour le coup, nous gratifiant uniquement de la scène
désormais très connue où Angie Everhart se fait soudainement rayer le parquet par la Thunderbird noire (une mort assez singulière quand on sait qu’à l’âge de 19 ans un accident de voiture lui a
foudroyé le dos). 12 ans plus tard, revoir JADE ne permet pas de déceler un autre film que celui que nous avions vu. La scène de l’accident ne m’apparaît même plus très
intéressante dans son contexte narratif et dans son découpage. Car il faut bien dire que le montage reste en accord avec ce que nous savons et aimons de Friedkin. Il fait partie sans aucun doute
de ces cinéastes qui font leur film au montage (ce qui devrait être une règle d’or). C’est de cette phase que provient la brutalité mentionnée précédemment. Dans ses films, Friedkin crée du
cinéma en façonnant des ellipses et donne généralement à voir un enchaînement d’images qui deviennent le support de sa vision de la réalité. Mise en équation de ce que nous rappelons depuis
toujours : le cinéma n’est pas la réalité, mais une représentation de la réalité.
Ce qui fait la beauté du geste chez Friedkin, c’est que nous avons constamment l’impression qu’il a un temps d’avance sur nous. Montage encore. Même la scène de la poursuite en voiture dans JADE, bénéficie d’une puissance électrisante qui scotche le spectateur dans son fauteuil et le forcerait à garder les yeux rivés sur l’écran même par 40 de fièvre. Or, il faut bien avouer que cette course poursuite, malgré tous ses qualités cinématographiques, n’a pas la classe que l’on trouve dans BULLITT, ou même dans un autre film de Friedkin : THE FRENCH CONNECTION. Dans ce dernier, la réussite de la scène vient en grande partie des distances qu’elle prend avec le susnommé film de Peter Yates, qui venait de faire date 3 ans plus tôt. Pour s’en démarquer, Friedkin a eu la somptueuse idée de ne pas faire se poursuivre deux voitures, mais de plutôt mettre en scène une voiture cherchant à rattraper une rame de métro. Dans JADE, Friedkin revient à un banal affrontement de plaques minéralogiques mais si l’on prête attention à la musicalité de cette scène, sa performance grammaticale l’emporte sur les prétentions du film. Tout est basé sur les sons qu’une telle scène se permet de promouvoir. Dès lors, un simple crissement de pneu devient intéressant. Un cinéaste qui joue avec les sons. Ils sont assez rares pour que cela soit noté. D’ailleurs, tout au long de sa filmographie, vous pouvez remarquer comment Friedkin préfère l’emploi de sons à toute musique linéaire ou fluorescente. C’est pour cela que nous parlons de musicalité. Cet engagement dans l’audio relève du merveilleux, du magique et surtout du signifiant. Parfois quelque chose de métallique, souvent quelque chose d’industriel mais toujours une symphonie qui s’extrait d’une masse protéiforme dont sa sublimation donnera naissance à une pierre aussi précieuse que du jade. C’est avec les mêmes velléités d’orchestre artisanal que tout récemment un film américain est parvenu à redonner de l’allure à une poursuite de voitures. C’était WE OWN THE NIGHT avec son anthologique séquence sous la pluie et ses essuie-glaces qui crissent métronomiquement sur le pare-brise.
N’ayons pas peur des mots (et surtout pas de ceux-ci : électrode, nomenclature, débiteur et parabellum, malgré leur potentiel horrifique un soir de septembre en milieu sombre et humide), JADE est un film raté sur toute la ligne. Et si la scène de la Thunderbird avait tatoué notre vision du passé, l’encre s’est effacée, révélant un téléfilm de niveau technique supérieur d’où peut toujours s’extraire une scène où résonne l’écho vrombissant de la Thunderbird. Il est encore question de carrosserie, de grosse cylindrée et d’airbag. Comme souvent chez Friedkin, un flash-back vient éclaircir les agissements de certains de ses protagonistes. Dans JADE, il intervient alors que l’intrigue se concentre sur le personnage de Jade, et se resserre dans le même temps autour de Linda Fiorentino, à savoir :
- Linda Fiorentino a-t-elle quelque chose à voir avec Jade ?
- Qui conduisait la Thunderbird qui a maltraité Angie Everhart ?
- Ce titre de film, que peut-il bien vouloir dire ?
- Et si les genoux se pliaient dans l’autre sens, à quoi ressembleraient les chaises ?
Friedkin n’aime pas répondre aux questions que se pose le spectateur, mais il aime à y ajouter des correspondances. Il va alors éclairer certaines zones d’ombre et nous révéler ce que Linda Fiorentino cherche à cacher (du moins à son mari puisqu’à nous, elle nous dévoile son côté sombre, comme dirait le poète). Là encore, Friedkin prend de l’avance sur nous. En pleine enquête, alors que le film semble s’orienter vers une intrigue qui débouchera inévitablement sur la révélation de la véritable identité du personnage-titre, Friedkin lâche le morceau (ce qui le différencie de Linda Fiorentino, dans cette scène) et déporte l’intérêt majeur du film. En décontenançant le spectateur, il l’oblige à innerver d’autres enjeux, comme si le film reprenait à zéro. En clair, il avoue tout simplement que l’intrigue scénaristique n’a aucun intérêt. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles il est entré en conflit avec Joe Ezsterhas. William Friedkin ayant adapté sa mise en scène au scénario original, il y a fort à parier qu’au tout début l’histoire devait se terminer sur cette révélation, comme dans BASIC INSTINCT. Cela ne fait que prouver définitivement que ce scénariste a été très surcoté au moment du succès de BASIC INSTINCT, qu’il ne faut conjuguer qu’avec la merveilleuse mise en scène de Paul Verhoeven. D’ailleurs, si nous regardons bien la filmographie de Joe Ezsterhas, après ce film mettant en vedette Michael Douglas et Sharon Stone, il est promis à un brillant avenir de scénariste (il avait même déclaré que la décennie à venir serait celle de l’avènement du scénario, c’est dire la pastèque du gars !), mais les échecs cumulés, trois ans plus tard, de JADE et surtout de SHOWGIRLS, lui ont fait perdre toute crédibilité. Il ne s’en relèvera pas puisqu’un trou de six années de friche littéraire auront raison de sa carrière. Il ne refera surface qu’avec le scénario de BASIC INSTINCT 2 (vous noterez au passage les progrès que lui ont permis ces années d’austère réflexion !)
Cela nous amène à nous interroger aussi
sur la carrière de Linda Fiorentino. Alors que Sharon Stone devient le sex-symbol de toute une génération grâce au BASIC INSTINCT dont nous venons de parler, deux ans plus tard,
la presse voit en notre Linda son pendant brun, suite au succès d’un film un peu trop maniéré : THE LAST SEDUCTION. Et elle récidive donc dans JADE, avec
cette scène très bestiale dont sera issue l’icône que nous présentera l’affiche originale, cette main tendue qui prend appui sur un mur, symbolisant l’énergie d’une libido inflexible. Rythmée par
un montage en flashes, la scène prend aussi une autre dimension grâce à l’accord parfait qu’elle trouve avec la chanson de Loreena McKennitt : « The mystic’s dream ». Rêverie
astreignante où la représentation mentale du vice court-circuite l’évasion érotique. Linda Fiorentino montre ici qu’elle est aussi une comédienne qui sait jouer autre chose que l’ambiguïté
lorsqu’elle est bien dirigée. Sans texte, son personnage perd son masque et laisse apparaître toute sa frustration, son inaccomplissement refoulé, son fragile dédoublement pervers. Au centre de
cette scène est le personnage de Jade. C’est d’ailleurs le plus intéressant du film, mais il n’est qu’esquissé ou raconté par le prisme de ceux qui l’ont croisé. Pourtant, il est extrêmement
riche, comme le laisse voir et Linda Fiorentino dans sa perte de persona et William Friedkin dans sa représentation de la sexualité. On y trouve une décadence et un avilissement (le bas sur le
visage est une idée de mise en scène horriblement dégradante, qui assimile la souffrance psychologique à toute blessure corporelle ; et si l’on s’en tient à ce qui se passe derrière elle
c’est bien de chaires meurtries dont il s’agit) dans un stupre inconfortable qui témoigne d’une douloureuse insatisfaction dans sa vie maritale.
Voici comment l’on construit l’une des séquences charnières d’un film, comment ce qui n’est pas dit parvient jusqu’au spectateur, lui donnant plus à déduire que n’en feraient des explications finales. Au sein d’un film dont quelques cadres peuvent être sauvés mais dont le reste est hideux, cette scène surgit comme une bénédiction inespérée. Comme un joyau qui n’a pas sa place parmi des bijoux qui font illusion sur leur valeur.
Une scène lourdement émouvante, l’une des plus érotiques du cinéma mondial et tout simplement l’une des plus réussies.
J’en viens à soupçonner Friedkin de n’avoir fait le film que pour elle.
Pour en revenir à Linda Fiorentino, il est surprenant de constater qu’elle n’a plus rien tourné depuis 2002 et ce trouble LIBERTY STANDS STILL de Kari Skogland. Très souvent, certaines actrices sont portées au pinacle pendant quelques années et puis disparaissent étrangement. Cela correspond en règle générale à la priorité qu’elles donnent à leur privée, leur mariage ou principalement leur(s) bébé(s). Linda Fiorentino est divorcée depuis 1993, n’a pas d’enfants et aura 50 ans dans une semaine. Si quelqu’un a de ses nouvelles…
Pour en finir avec JADE, le film se contente d’être un remake peu glorieux de BASIC INSTINCT, du moins se valorise t-il par son principe réducteur de personnage machiavélique impossible à définir et impossible à intercepter (c’est ici que se cachait le véritable attrait du film car, si le jade définit le principe de rareté, donc de concupiscence, il symbolise avant tout le pouvoir absolu). Seulement dans le film de Verhoeven, les personnages étaient beaucoup plus fouillés que ce qui nous est présenté ici. Dans JADE, ce ne sont que des profils vulgairement équarris, dont la densité ne sera jamais portée à ébullition. Souvenez-vous du nombre de patronymes et de surnoms avec lesquels jouait BASIC INSTINCT. Pratiquement tous les personnages principaux en sont affublés. Et sans en faire un artifice ornemental. Non. Du signifiant ! Celui qui révèle et donne à contrebalancer ce que nous pensons du personnage par rapport à ce qu’en pensent ceux qui le côtoient. JADE est fondamentalement un film qui manque d’objections.
Si nous nous référons une fois de plus à BASIC INSTINCT, cette abondance de noms jouait avec les apparences en trompe-l’œil et en trompe-moi du film. Dans JADE, le but du jeu est exactement le même. Or, le personnage principal ne bénéficiera quasiment pas du même traitement de faveur que Catherine Tramell. C’était bien là un caractère atypique qui aurait pu multiplier les tenants d’un scénario qui se contente de jouer au plus malin. C’est dans son dépouillement (et Friedkin est un cinéaste qui aime les mises en scène épurées, plus que Verhoeven) que ses déficiences se trouvent mises en exergue. Prenons RAISING CAIN de Brian de Palma. Le sujet conditionne l’exploration psychologique du personnage interprété par John Lithgow. Par ce développement, le film n’est plus assujetti au scénario. Nous parlons ici uniquement de l’intérêt de contraster un personnage et d’apporter de quoi le nourrir, car RAISING CAIN est loin d’être un film réussi, à cause notamment de l’interprétation exécrable de John Lithgow. De toute façon, ce comédien ne m’a jamais convaincu mais je trouve qu’ici il est en surjeu tout le temps, comme s’il avait pris le film de de Palma pour une vidéo d’exercices d’expressions faciales. D’autant plus que ses compositions sont constamment téléphonées. (Allô ! Maman est près de toi ?...) Ce qui incombe surtout à de Palma comme étant un très mauvais choix d’interprétation. Pour exemple, dans son côté démoniaque, Lithgow joue exactement tout ce qui relève de ce que nous pouvions attendre d’un être perfide et sournois. Lunettes de soleil, sourire en coin, voix plus grave, intonations inquiétantes etc. Bref, tout ce qui annonce clairement la couleur.
Et le pouvoir de l’imagination chez le comédien, dans tout ça ?
Difficile de croire qu’une carte ancienne pourrait nous indiquer un trésor menant jusqu’à RAISING CAIN. Toutes les branches de fabrication semblent infectées.
Brian de Palma se permet même pour l’occasion de devenir un cinéaste malhonnête, comme en témoigne la dernière scène d’action où la flèche n’a aucune raison d’être si ce n’est de relancer une
dernière fois un suspense artificiel
auquel plus personne ne croit. Voilà ce qui fait la différence entre la mise en scène et l’apparat le plus futile. Le film ne finira pas de s’enfoncer dans des abîmes de maladresses avec cette
dernière séquence où les deux femmes, dans un parc, donnent des explications censées éclaircir tout ce que le scénario cherchait à dissimuler. Accessoirement, c’est aussi un joli doigt d’honneur
au spectateur, lui crachant à la face son incapacité la plus profonde à tirer des conclusions de ce qu’il voit. Belle mentalité monsieur de Palma ! Mais il n’est pas le seul des grands
réalisateurs à avoir agi de la sorte. Nous pouvons également citer Alfred Hitchcock qui vandalisait la fin de son PSYCHO en introduisant quelques éclaircissements
psychanalytiques chargés de désigner un coupable, d’en expliquer ses mobiles et de rassurer l’opinion publique sur de tels agissements.
Je préfère, de loin, THE BOSTON STRANGLER de Richard Fleischer qui œuvre dans le sens de la définition humaine du coupable et contrecarre la vision univoque qui pourrait nous en être dressée. Fleischer a choisi un angle tout à fait particulier pour élaborer son film. Il a décidé de faire parler son coupable, au propre comme au figuré. Si bien que seule sa vision va permettre de prendre en compte sa véracité de prédateur et sa légitimité en tant qu’être humain. Voici un film bien plus à l’écoute de son coupable que ceux du même genre. L’assassin, connu de tous dès le milieu du film, est entendu dans sa propre vérité. C’est la meilleure des solutions pour essayer de cerner ses pulsions, ses motivations, sa mécanique pathologique et la vision qu’il a de lui-même. Par l’élaboration de ce portrait et des multiples connexions qui s’y heurtent, le film devient touchant, complexe dans son appréhension d’un sujet aussi délicat, et surtout moins manichéen sur les sens que l’on prête aux actes sans tenir compte de leur contexte. Toute cette démonstration, c’est ce qui fait que les actes d’un meurtrier ne peuvent pas se limiter à quelques phrases d’explication en fin de film, qu’il faut plus que cinq minutes pour les évoquer et que tout cela est beaucoup plus riche et complexe qu’une explication logique et bien ficelée.
C’est pour cela que les réalisateurs se classent en :
- reproducteurs dociles et fidèles
- partisans du moindre effort
- classiques de l’ancien régime
- dictateurs
- défenseurs de la veuve et de l’orphelin
- à la recherche d’une heure de gloire bien lointaine
- chauves, borgnes ou valétudinaires
- à la poursuite de l’oscar
- en délicatesse avec la technique
- se réclamant de la Nouvelle Vague
- peut mieux faire
- sans enfants à la ville comme à l’écran
- ne s’y attendant pas du tout
- renifleurs
- portant la cravate.
Inclassable car il n’est pas réalisateur, j’aimerais toutefois
décerner une mention spéciale à un personnage que je ne connais pas mais qui milite activement contre tout diktat de domination culturelle. Les squatteurs de logiciels peer-to-peer ont
pu remarquer depuis quelques mois l’explosion de films en version originale sous-titrée en français signés Toutatix.
Une simple recherche en tapant ce pseudo corroborera la profusion dont je fais état. Proposer de tels films sur des réseaux
illégaux n’est pas une nouveauté en soi. Ce qui fait la particularité de ce Toutatix est qu’il propose des films pas encore ou à peine sortis dans nos salles, dotés d’une traduction classieuse et
d’une qualité vidéo remarquable. Mettre à la disposition du public des œuvres qui ne devraient se regarder qu’en version originale n’est pas tant ce qui fait crépiter mille feux d’artifices dans
nos yeux, que leur mise en ligne avant même la version française ! La beauté du geste devient alors politique, conspuant cette emprise des post-synchronisations de piètre niveau. La
précipitation avec laquelle ce public se jette sur les dernières nouveautés leur permettra dès lors d’additionner leurs avides recherches avec une nouvelle promotion du respect des œuvres et
d’apprentissage de la version originale sous-titrée. Il n’existe pas d’équations, ni de récompenses pour cela, mais la gratitude de certains vaut de l’or pour toute une communauté.
Dans mon « Dictionnaire incontestable des mots hermaphrodites », j’accordais une place importante au mot « après-midi », eu égard à ces longues périodes où je parcourais les rues de Paris, et pendant lesquelles je pouvais m’interroger sur l’utilité d’avoir deux sexes pour un mot de la langue française. Encore récemment, je déambulais de la même manière, mais cette fois-ci l’esprit vagabondant dans des lieux plus lointains. J’en arrivais à m’interviewer sur les constructions les plus poétiques qui n’ont jamais vu le jour. Est-ce pour une question de phonétique qu’aucun journaliste ne se risque à parler du Bouddha Bar d’Abou Dabi ? Et pourquoi la Seine n’est-elle pas affublée d’un pont qui porterait le nom du président de la République : Georges Pompidou ? De peur que sur les Bateaux Mouches les guides ne disent : « Nous passons maintenant sous le pont Pompidou », et qu’un touriste ne rajoute « Pouh ! » ?
Je tombais sur une affiche d’EL ORFANATO de Juan Antonio Bayona, film qui sortira le 05 mars
2008. Gros coup publicitaire puisque les affiches ont recouvert la ville et il devient quasiment impossible de ne pas savoir que le film est « le plus gros succès espagnol de tous les
temps ». Alors d’abord, en terme de succès, moi qui ai eu la chance de voir le film il y a déjà quelques temps, je peux vous garantir que le succès n’est absolument pas au rendez-vous.
Il ne s’agit que d’un film aux effets sonores lourdingues, bourré de ficelles plus ou moins visibles et qui ne fait jamais peur (encore une question de montage ! Tant que les réalisateurs ne
le comprendront pas…) C’est après que je me suis dit qu’il devait être question de succès financier. Et c’est là où cette ambition dévorante des publicitaires à vouloir toujours tout exagérer
rejoignait un film que l’on nous vend comme n’étant pas ce qu’il est. En effet, en précisant « de tous les temps », ils m’évitèrent une recherche approfondie à l’âge du
Mésozoïque où, comme chacun sait, les films espagnols battaient alors même les films américains.
Eh bien, finalement, pour être totalement
précis et discourtois, puisque c’est bien de cela dont il est question, le plus gros succès espagnol de tous les temps n’a jamais été EL ORFANATO, mais il est toujours détenu par
THE OTHERS, le film d’Alejandro Amenabar. Un film de moins à aller voir mercredi prochain, et c’est tant mieux car ce jour-là sortira le nouveau Michel Gondry :
BE KIND REWIND. Et là, qu’est-ce que j’apprends ? Crime de lèse-majesté et atteinte à peine déguisés aux cinéphiles de bon goût, le film a
été rebaptisé en cette immonde sommation : SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ. Cela me rappelle les heures de sinistre mémoire qui virent un film de Steven Spielberg s’appeler :
CATCH ME IF YOU CAN (déjà !!!) pour devenir chez nous : ARRETE-MOI SI TU PEUX. Comment peut-on être aussi dénué de bon sens pour ne pas arriver à
déceler la poésie qui manque à ce genre de retitrage ? Il suffirait juste de ne même pas y penser pour que cette option ne vienne plus ternir un art que les français ont abandonné depuis
longtemps. D’ailleurs certains films gardent leur titre originel sans pour autant se condamner au box-office, comme en témoigne récemment le magnifique film de Sean Penn : INTO THE
WILD.
Mais tout cela ne vaut pas l’employée de la semaine, qui débite à tout va des perles et des pas mûres, j’ai nommée : Magali Contrafatto, autoproclamée critique quelque part sur la Toile par l’Amicale du Fromage de Tête de Saint-Jean de Monts. Je l’ai entendue essayer de convaincre un public potentiel d’aller voir THE SAVAGES de Tamara Jenkins, en leur assurant qu’on n’en sort pas en pleurant !!! Cela résume assez bien où en est la critique cinématographique actuelle. Au lieu de mettre en avant les qualités intrinsèques d’un film et de chercher à convaincre son public que l’important est ce que le réalisateur fait passer, elle adopte la stratégie du public tout puissant qui ne juge qu’en fonction de ce qu’il estime positif. Pleurer au cinéma serait donc une ouverture sur l’autoroute de ses propres malheurs ? Moi, je crois au contraire qu’il n’y a rien de plus agréable qu’un film qui vous fait rire, avoir peur, pleurer, se révolter etc. Quelle est donc cette dictature du bonheur ? Il ne faudrait aller au cinéma que pour en ressortir baigné de positivisme et d’entrain énergique ? Accepter les larmes qui roulent sur vos joues c’est admettre la tristesse qui vous est intime et agir en conséquence.
Le cinéma n’a pas à véhiculer la toute puissance de l’espoir.
Cette anecdote peut prêter à rire et vous pouvez trouver que cela n’est pas grave, mais je la trouve très significative d’une grande partie de cette critique qui perd pied tout en continuant à marcher. Votre rire est aussi innocent que celui de ceux qui se moquaient de George W. Bush quand il a investi la Maison Blanche et qu’il a commencé ses veuleries. Jusqu’au 11 septembre 2001. Ce moment où nous comprîmes que son inconscience était dangereuse. En France, certains plaisantent du même rire devant les actuelles pitreries de notre président de la République. Ne vous ai-je pas déjà dit que l’Histoire n’est qu’un éternel retour ?
En conséquence de quoi
j’affirme que la critique est une vanité superfétatoire autant qu’un contre-pouvoir précieux et primordial. Elle a une valeur pédagogique. Etonnant que l’Education Nationale enseigne le dessin
alors que le cinéma ne s’apprend pas, en dépit de sa forte popularité. Et s’il n’est personne pour en extraire la vérité, c’est la critique qui hérite de ce lourd fardeau d’aide au spectateur
dans sa rencontre sensuelle et intellectuelle avec le film. La critique permet de révéler à un public minoritaire ce qui l’avait frappé mais ne l’avait pas encore ébloui. Sans critique, aucune
transmission possible. La critique est un discours sans fin. Elle permet d’opposer des points de vue, de prouver par des faits objectifs, de nourrir des réflexions artistiques et des facultés
morales. Elle se confond parfois avec l’expérience mystique de la transsubstantiation. Si la théophagie n’accepte que le catholicisme comme unique religion théophage, la critique semble en
accumuler les mêmes principes. La transsubstantiation est un dogme au cours duquel le prêtre transforme le vin et le pain. Après qu’il ait prononcé la formule magique, ils deviennent réellement
le corps et le sang du seigneur Jésus-Christ. Les fidèles sont alors conviés à se repaître d’une partie de leur dieu.
La critique tolère une forme de théophagie quand ses mots sont ingérés comme des parties avérées de la Vérité révélée. La communion permet de guider des spectateurs vers une certaine philosophie du cinéma, celle où ils peuvent enfin le considérer comme un art car ils en décryptent les modi operandi. C’est en assimilant ce qu’un spectateur avait ressenti mais n’avait pu exprimer par des mots, qu’il acquiert la possibilité de devenir lui aussi un dieu (élévation qui n’est accordée qu’avec parcimonie). La critique devient ainsi déification à but non lucratif.
Bon, je vous laisse, j’ai une prise d’otages.