J’aimerais savoir écrire des chansons. Pas
que les titres et les paroles. Non, non. Les composer, trouver l’habile harmonie qui sert de balance entre la musique et l’idéologie. La résonance qui traduit mes propres états d’âmes. Avez-vous
remarqué que chaque moment de votre vie correspond à une chanson des Beatles ? Pour ceux que cela intéresse, là maintenant tout de suite, c’est « When my guitar gently weeps ».
Pour les autres, je ne saurais que trop leur conseiller, le magnifique film de Julie Taymor : ACROSS THE UNIVERSE. Film musical qui réorchestre plusieurs grandes chansons
des quatre garçons aux cheveux fous, le tout mis en scène de manière grandiose et flamboyante, assaisonné de chorégraphies ingénieuses. Quelques grammes d’intelligence pour une œuvre musicale qui
comprend parfaitement que les scènes chantées ne viennent pas en illustration d’un propos mais comme un recours du scénario sur la mise en scène. Ce qui distingue très nettement ce film de la
soupe populaire qu’est SWEENEY TODD : THE DEMON BARBER OF FLEET STREET, qui n’a de sombre que l’apparence. Ah ! Ecrire une chanson tellement sombre, tellement noire,
tellement sans issue et vouée au pessimisme le plus inquiétant ! Savoir écrire. Voilà vraiment un talent que j’aurais aimé avoir. Bon, d’accord, je sais toucher le bout de mon nez avec ma
langue. On ne peut pas tout avoir ! En même temps, cela n’est pas grand-chose quand on sait que les mouches goûtent avec leurs pieds…
De l’or entre les mains.
Savoir exactement retranscrire ce qui innerve nos moments foudroyés, nos doutes ésotériques, nos humilités oniriques… Par une chanson, j’aurais aimé prononcer ma propre excommunication, sauver la vie ce celle qui lance des appels dans la nuit, exorciser ma peur du noir, dire avec élégance ce que les discours du quotidien ne m’offrent pas, oser affronter la dilection d’une jeune fille blonde, courir vers l’infini, dire avec emphase les choses les plus simples du monde et la trouver au petit matin toute nue dans mes grands souliers... Ah non, on me signale que quelqu’un m’a déjà piqué l’idée ! Savoir s’exprimer c’est savoir maniérer le concret. Et lorsque vos pulsions de vie ne peuvent s’épancher, même douloureusement, vous n’avez plus rien en commun avec le monde qui vous entoure.
Staline a dit un jour à Churchill : « Un mort c’est une tragédie, après c’est de l’arithmétique ». C’est la problématique de l’excès que dessine cette philosophie de la guerre ô combien terrible mais juste. Sylvester Stallone n’a réalisé RAMBO que sous la contrainte. Le film ne l’intéressait pas. On pourra gloser sur la détermination à clore les chapitres d’un boxeur et d’un vétéran du Viêt-Nam, il n’en est rien, si ce n’est de donner une autre dimension à chacun des personnages.
Pour ceux qui me lisent pour la première fois, sachez que RAMBO n’est pas le premier de la saga, mais le quatrième. Le premier se nommant FIRST BLOOD, mais rebaptisé comme le quatrième dans nos contrées réactionnaires, c’est-à-dire RAMBO (sous-entendu le premier). Le troisième opus s’intitulant clairement RAMBO III, ne prête pas à confusion. La fourberie consiste à placer chronologiquement RAMBO III avant RAMBO, alors qu’en temps normal ROCKY III vient après ROCKY. Pour faire simple, le premier chez nous, c’est le quatrième chez eux. Et je n’ose même pas penser au titre d’une future préquelle ! Ce qu’il y a de bien avec John Rambo c’est que nous avons un énorme plaisir à le retrouver, parce qu’il est devenu une sorte d’icône qui jouit d’un capital sympathie démesuré. Cela provient plus de la vision qui en a été donnée de cet homme blessé, meurtri par l’asservissement à un pays ou à une cause, par sa soif de grands idéaux que sont la justice et la liberté, que de sa promptitude à dégommer du niakwé. Et nous, nous ne les aimons pas les niakwés. Ce sont eux que l’on nous a montrés du doigt, érigés comme la grande menace du monde occidental. Nous nous sommes tellement focalisés sur la menace jaune que tout cela a profité aux extrémistes musulmans. La faute aux niakwés, encore ! La dernière rasade ne leur a pas suffi, il faut que Rambo ressorte les kalaches une quatrième fois ! Et ça ne va pas être du Papy Brossard parce qu’en guise de kalache il ne lui reste plus que son couteau et son arc. Une chance que les scénaristes se soient relus parce qu’au début ils avaient écrit « son tourteau et sa harpe » et là il aurait été bien emmerdé. En revanche, ils se sont bien gaufré sur les niaks. Ils les ont situés en Birmanie. Et ce n’est pas vraiment leur fief. Si on ne le sait pas, on peut croire que le birman c’est du niakwé mal déguisé, mais c’est lorsque Rambo va passer à l’action que l’on s’apercevra que le birman c’est bien plus cool à faire exploser qu’un niakwé de base. Le birman, c’est fun, ça fout du sang partout, ça salope la jungle, ça vole en éclat, ça se disloque avec force bruits etc. Rien à voir avec le niakwé qui se contente de prendre une balle en plein front avec un petit trou rouge d’où coule un trait de sang, et qui se laisse tomber mollement comme une feuille de platane.
Plaisir donc de retrouver John Rambo et son ambivalent cri de guerre :
« Mwaaaaaargh ! » Je le fais bien, n’est-ce pas ? Je ne sais pas écrire de chansons mais j’assure ma race en imitations. D’ailleurs, vous êtes ici sur le seul et
unique blog au monde qui vous fasse des imitations. Par exemple, j’imite très bien Joe Dassin : « On ira… ou tu voudras, quand tu voudras ». Ou le général de
Gaulle : « Je vous ai compris ! » Il y en a une aussi que j’aime bien mais qui n’est pas facile, c’est Jean Roucas qui imite Pierre Douglas qui imite Georges
Marchais : « Hé, j’m’excuse Elkabbach, mais c’est un véritable scandale ! » Et puis, il y a toutes celles qui ont fait mon succès, ce sont les imitations que personne
ne fait ni sur un blog ni sur une scène ni sur un plateau de télévision, à savoir :
- François Truffaut : « Je suis François Truffaut »
- Fadela Amara : « Je suis Fadela Amara »
- Sarah Bernhardt : « Je suis Sarah Bernhardt »
- Louison Bobet : « Je suis Louison Bobet »
- Klaus Barbie : « Ich bin Klaus Barbie ».
Donc, bonne idée que d’avoir reversé notre vétéran en Birmanie, région du monde où la guerre civile est une matière première foisonnante. Nous sommes partis pour un petit périple où nous ne nous attendons pas à être dépaysés par la faune et la flore locales, puisque nous voulons de la baston, du sang, des explosions et de la virilité primitive. En tout cas, c’est la bestialité qui nous a conduit jusqu’ici. Parce que John Rambo est une bête, c’est pour cela qu’il vit dans la forêt. Forêt ou jungle, nous ne savons pas trop, nous ne venons pas pour un cours de botanique, ce qui est sûr c’est que les arbres sont en bois et que tout ce vert pue trop la photosynthèse pour être honnête. Voilà de quoi plaire à la bête. Vous savez, celle qui traquait ou était traquée dans les épisodes précédents. La forêt est le seul élément qui soit commun aux quatre épisodes. « A part Rambo » me répondrait le plus naïf des internautes. « Non, même lui, répondrais-je, n’est plus là. » Je vais y revenir plus tard, pour l’instant je suis sur le feu. Nous en étions donc à la forêt, le repaire de celui qui semble ne plus avoir de foyer. A cela, il faut opposer la scène de fin, véritable imbécillité du scénario, qui fait revenir John Rambo aux Etats-Unis, contredisant son axe de pensée. J’utilise ici une expression qui pourrait apparaître contradictoire avec le caractère de ce personnage, mais il convient de préciser que Rambo n’est devenu un décérébré que par les caricatures qui ont été faites de lui. Si nous nous en tenons à ce qui est montré dans chaque film, nous nous apercevons que Rambo ne cesse pas de réfléchir et ne cesse aussi de mettre à profit son imagination pour se sortir des traquenards qui l’entourent. Certes, c’est un homme qui est peut-être restreint dans ses axes de délimitation des choix qui s’imposent à lui, il n’empêche qu’il agit toujours après. C’est aussi un personnage sensible, ce que démontre la toute première scène de FIRST BLOOD, qui n’a scénaristiquement pas d’autre intérêt. Il agit avec les moyens qui sont à sa disposition et qui lui ont été inculqués. Il agit en termes de ce qu’il connaît et de ce qu’il sait faire.
C’est le principe même de la bête.
En milieu hostile, elle ne peut répondre que par l’annihilation, la destruction, l’anéantissement. En cela, FIRST BLOOD était aussi un survival (genre généralement très porteur et qui explique en partie ce succès) ce qu’aucun des épisodes suivants ne sera. La particularité de Rambo est qu’il vit dans la surenchère. Il rend tout au centuple. Il dit d’ailleurs à Brian Dennehy dans le premier (ou le quatrième, je ne sais plus avec ces conneries mathématiques et leur système métrique à la con !) qu’il vaut mieux qu’il arrête tout de suite de lui chercher des anguilles dans une botte de foin sinon il va lui faire une guerre comme il n’en a jamais vue. C’est une manière très maladroite de rappeler à Brian Dennehy qu’il n’a pas fait le Viêt-Nam. Une façon peu courtoise de le rabaisser à sa condition culpabilisante de planqué. Nous voyons ici les proportions que prend un acte en apparence anodin, puisqu’il eut suffit qu’il rajoute : « S’il le plaît » pour que le policier s’excuse et que le film fut tout autre ! C’est tout cet affrontement qui fait aussi le charme et le caractère de ce premier film, de très loin le meilleur et que je tiens même pour être un très bon film. Nous y trouvons avant tout une donnée extrêmement importante qui manque à ceux qui suivront : une force d’opposition (en la personne de Brian Dennehy, formidable) capable d’illustrer un relief scénaristique riche et pertinent. Parce qu’il établit une hiérarchie officielle, parce qu’il outrepasse son pouvoir, parce qu’il est de mauvaise foi, parce qu’il est aussi tenace que son adversaire etc. Dans les autres épisodes, les méchants ne sont définis qu’en tant que tels et ne doivent être exterminés que parce qu’ils sont méchants. Pas de nuance. Pas de place pour la psychologie. Du gibier, une chasse. D’ailleurs, dans RAMBO, la psychologie est déportée. Comme il ne peut y avoir d’échange avec les birmans, elle ne peut trouver sa place qu’entre les membres que Rambo décide d’escorter et lui-même. Soulignons qu’il s’agit d’une psychologie très succincte, et rageusement peu fouillée puisqu’il suffit que Julie Benz vienne ragnagnasser un soir de pluie et terminer sa logorrhée par un : « Réfléchissez » (vous avez vu ? Je l’imite bien aussi, non ?) pour que Stallone se dise : « Ah mais oui, c’est vrai ! J’avais oublié de réfléchir ! Alors voyons… Ah oui ! Maintenant la vérité m’apparaît et je dois les aider à traverser cette rivière qui pue l’eau croupie et cette forêt qui pue la photosynthèse. » Psychanalyse de comptoir, philosophie à 1 euro 50, comme il vous plaira, en tout cas, cinématographiquement, les dialogues les plus grotesques qu’il nous ait été donné à entendre depuis bien longtemps. J’ai comme l’impression que le dialoguiste des films de Chuck Norris se baladait en Birmanie, qu’ils sont tombés sur lui et qu’ils lui ont demandé si cela le tenterait de venir leur donner un petit coup de main. « Dans la gueule ? » aurait-il répondu de source sûre. C’est vous dire le niveau !
RAMBO n’est pas un film compliqué, bien au contraire, mais c’est un film plus complexe qu’il n’y paraît.
Sylvester Stallone a voulu approfondir son personnage, donner des raisons a ses actes, les légitimer en quelque sorte, trouver des éléments suffisamment engageants pour lui donner
envie de faire une nouvelle suite qui ne l’enchantait guère. Malheureusement, comme nous le savons, les bonnes intentions ne font pas nécessairement les bons films. En ouvrant son long métrage
sur des images d’actualités qui situent le conflit birman, pas dans toute son horreur car c’est nettement en deçà, mais dans une grande volonté de porter l’attention sur une guerre qui ne diffère
des autres que par sa misère médiatique, le réalisateur trouve son axe d’attaque. Les images sont extrêmement manipulatrices puisque, comme nous l’avons dit plus haut, elles ne servent qu’à
identifier l’archétype qu’il conviendra d’éradiquer. Pour bien enfoncer le clou, il choisit même de rajouter dans son scénario un paramètre indiscutable, l’ultime élément qui ralliera le
spectateur à sa cause et le fera abhorrer l’abominable ordure désignée. En faisant du chef de la junte un pédophile, il l’accuse des pires méfaits du monde en faisant tomber sur lui le pire chef
d’inculpation qui soit. La pédophilie est le recours définitif, celui qui attendrira toujours la ménagère de moins de 50 neurones, le seul motif qui fera dire aux rétifs à la peine de
mort : « sauf en cas de viol sur un enfant ». Dans le film, cet ajout n’est absolument pas nécessaire et ne servira ni la mise en scène ni le scénario. En fait, son
existence n’est là que pour dissuader tout discours visant à faire de RAMBO un éloge de la guerre et de la puissance de feu américaine. Bien sûr que le principal intérêt de voir
John Rambo sur un écran n’est pas de cet ordre.
Cependant, ce serait se voiler la face que de passer sous silence son discours politique. Rappelons que le premier film était une diatribe
contre l’instrumentalisation humaine, qui n’hésitait pas à prouver que les fruits de la guerre sont à l’image de la pomme empoisonnée dans SNOW WHITE AND THE SEVEN DWARFS.
C’était tout sauf un éloge du pouvoir militaire puisqu’il critiquait ouvertement l’utilisation de toute intervention armée. Tout acte guerrier détruit bien plus qu’aucun acte de création. C’est
ici que se trouve transposé le caractère excessif de ce guerrier hors pair, capable de laisser derrière lui un paysage comme dévasté par une horde de jeunes adolescentes en furie. La récupération
de l’image première de ce nouveau mythe a contribué a instaurer une légende qui a symbolisé les années Reagan. Politique d’ailleurs toujours en vigueur et assumée par Sylvester Stallone qui ne
cache pas son attachement au camp républicain. Et c’est vers cette dérive que je veux en venir. Au départ, John Rambo est un personnage issu d’un roman. Il n’est pas l’œuvre de Stallone comme
l’est Rocky (même si ce dernier est inspiré de Rocky Marciano). Ce n’est qu’avec les suites qui lui ont été promises que Rambo est devenu le monstre de Stallone (au même sens que le baron
Frankenstein convoque sa créature). Ce qu’il veut faire dans ce quatrième volet nous apparaît donc clairement puisqu’il cherche à s’approprier un personnage propre à véhiculer toute son idéologie
de la guerre et du bien fondé de la puissance militaire. Dans ce dernier chapitre, lorsque les traits de Rambo s’éclaircissent pour lui autant que pour le spectateur, c’est en totale inadéquation
avec le personnage de FIRST BLOOD, un être brisé, certes, mais qui ne croit plus aux utopies guerrières. C’est-à-dire exactement l’inverse de ce qu’est devenu John Rambo de nos
jours, un homme qui ne croît plus qu’à sa nature guerrière et qui pense que cet instinct est génétique (c’est dit textuellement). Cela revient à valider la fameuse théorie sarkozyenne selon
laquelle la délinquance pourrait être repérable dès son plus jeune âge. Dérive fumeuse qui en dit long sur les atteintes à la démocratie. D’un point de vue idéologique sous-jacent,
RAMBO ce n’est que ça.
Heureusement que le film est constitué d’autres choses bien plus amusantes. Même si cela rejoint le point que nous venons de soulever, le déchaînement de violence est ce qui m’a le plus réjoui. D’abord parce que vous connaissez mon attachement à défendre la violence au cinéma. Je ne vois pas pourquoi elle n’aurait pas sa place puisqu’elle n’est qu’un critère esthétique, comme la comédie, la peur, la tristesse ou même la représentation sexuelle. Tout comme certains vont au cinéma pour rire, pourquoi n’aurais-je pas le droit d’y aller pour me satisfaire de violence ? Et ensuite parce que ce genre de cinéma n’a jamais pris le contrôle d’un corps pour lui ordonner tortures et carnages. Si les comédies rendaient les gens plus gais, le Prozac ferait faillite. Si les westerns étaient du dernier chic, bonjour les prochains défilés printemps-été ! Si les films à suspense rendaient les spectateurs apeurés à chaque coin de rue nous démolirions les immeubles et nous vivrions encore dans des grottes. Si les films comme FIRST BLOOD rendent violent comment se fait-il que les chiffres de la délinquance ne soient pas proportionnels à chaque sortie de ce genre de films ? Notre société aime à trouver des coupables. Laissons-là s’arranger avec ses propres mises en examen. De notre côté, savourons la frénésie avec laquelle John Rambo massacre ces niakwés qui n’en sont pas. Le seul niakwé est du côté des alliés de Rambo. Heureusement, il va se faire dessouder par un birman ! Joie dans la salle. Alors Rambo ça l’énerve passablement et pas besoin de lui promettre 70 vierges pour qu’il noue son bandeau autour de sa tête. Non, lui il tue pour l’amour de l’art. Et ce qui va s’en suivre sera une véritable extermination de tout ce qui bouge, parle avec des mots sans consonnes et pue la photosynthèse. Cette pléthore de tripes, de membres arrachés, de sang qui éclabousse, d’explosions en tous genres, leur impétuosité, leur diversité, leur incongruité, tout cela est un ravissement qui pousse à l’étourdissement. C’est brutal et barbare. On se plaît à l’idée que John Rambo devient cet haruspice que le côté pseudo philosophique du film semble dégager, l’imaginant déjà en train de se baigner dans ce lac pourpre prêt à laver ses péchés. Le seul et grand inconvénient est que tout cela est très mal fait. Tous ces effets sont rajoutés numériquement et ne fonctionnent jamais. Leur addition sur l’image filmée dénote constamment. Comme Sylvester Stallone avait essayé avec ses moyens de recréer une ambiance de moiteur, de lieu inhospitalier, que la photographie (totalement laide à mon goût) voulait se démarquer par son ton fané d’une esthétique agréable qui aurait pu glorifier toute la filmique létale, ces deux mondes ne parviennent pas à fusionner. Pas étonnant si l’on a la curiosité de rester pendant le générique de fin (qui vous fera savourer la partition quasiment parfaite de Brian Tyler et cependant inécoutable), puisque si vous vous amusez à souligner l’exotisme des noms birmans ayant participé au film, vous allez vite remarquer que toute une partie de l’équipe possède une dénomination civile à forte consonance russe. Il s’agit de toute la partie consacrée aux effets spéciaux qui, sûrement pour des coûts de production, sinon je ne m’explique pas la faible qualité de ce rendu, a été confiée à des russes ou autres européens de l’Est.
Putains de niakwés ! Ils sont partout !
Vous la voyez donc venir la grande interrogation de fin ? Si John Rambo découvre enfin ce pour quoi il est fait, sa fonction première, pourquoi revient-il dans sa campagne ? En bouclant symboliquement ces 26 années à l’écart du monde, Sylvester Stallone nie tout son développement précédent et ne sert qu’un instant l’image qui cherche à apaiser le repos du guerrier ou à clore un film qui n’a pas de fin. Car si Stallone a perverti l’image de Rambo, il en a fait un monstre d’irrésolution qui ne demandait qu’une seule chose depuis le début : retrouver le calme de son foyer originel. C’est parce que Stallone a tué, il y a bien longtemps, ce qui rendait ce personnage attachant, que Rambo a pu devenir cette bête féroce complètement en dehors des réalités de la guerre puisqu’immortel.
L’idée d’être capable d’écrire des chansons peut paraître moins saugrenue lorsque l’on a conscience de traverser sa vie dans une barque, comme Johnny Depp traverse la sienne dans DEAD MAN. Amorphe, contemplatif et rêveur. Dur constat que celui d’un corps sans vie qui continue à coexister avec le monde des vivants. Celui qui peut ressentir a la chance de pouvoir s’exprimer. Si la jeune fille blonde me dit que mon cœur est vide parce que je ne sais pas m’exprimer, je prendrai cela comme une balle en plein cœur. Parfois l’on croit qu’une chanson ne sert qu’à faire passer plus agréablement l’instant présent, et puis l’on se rend compte que rien n’a plus d’importance et ne saura jamais mieux retranscrire ce que l’on est incapable de dire avec des mots simples. Elle dit que je traverse les mots. Je lui réponds ce que je ne peux pas répéter ici…
Et si je n’étais pas mort,
j’aurais sûrement cette propension à passer des heures pour trouver un titre enjôleur. Je serais même du style à aller voir un film ou acheter un album rien que pour son titre. Après
tout, cela n’a rien de très mystique comme expérience, c’est une façon sûrement moins idiote qu’une autre de faire un choix. Dire que le public actuel va voir les films en fonction des
comédiens ! Ca b’donne enbie d’bobir !!!
Je me précipite donc pour aller voir « Quand je serai grande j’aurai des chaussures rouges… », pestacle (sic !) de et avec Valentine Féau et Sandrine Jouanin au théâtre des Blancs Manteaux. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les horaires et l’adresse du théâtre, il y a des sites spécialisés. Je ne vais quand même pas non plus faire un résumé à chaque fois que je vous parle d’un film ! D’autant plus qu’il s’agit d’une pièce de théâtre ! Ce que les critiques peuvent être cons ! Bon, je vous donne le nom du metteur en scène : Yann Pradal, autant dire personne, comme vous le constaterez par vous-même lorsque vous irez vous apercevoir que j’ai toujours raison.
Le titre est succulent et l‘affiche très soignée, ce qui change un peu de toutes les pièces parisiennes. Je fais une généralité car sur plus d’un millier de spectacles par an, les bonnes affiches se comptent sur les doigts d’une main. Et je ne parle que d’affiches qui méritent ce nom, pas obligatoirement celles qui dégagent quelque chose d’exceptionnel, celles-là relèvent de probabilités proches de celles de l’apparition de la Vierge nue et en couleurs. Bref, affiche et titre sympas ne signifient pas pour autant gage de qualité.
Les Blancs Manteaux est une petite salle de spectacles enfouie sous terre et plutôt sympathique de prime abord même si elle fait attendre ses spectateurs sur le trottoir. La salle où se produisent Valentine et Sandrine est assez grande malgré un plateau peu agréable pour les comédiennes. Sa surface ne permet pas de jeux de scène trop physiques et il manque d’entrées latérales. A droite, en fond de scène, un pandrillon aménagé fait office d’ouverture. Pour les spectateurs, le confort n’est pas non plus de mise puisque les banquettes sont très étroites et Monsieur Longues Jambes passera sa soirée à se déhancher pour finalement ne pas trouver de position adéquate. C’est dommage, la salle possède un vrai charme. Mais son grand défaut est un manque de dénivellation qui vous fera haïr la coupe afro placée juste devant vous. Cela nous rappelle les grandes heures du Petit Gymnase. Notons au passage que cette dernière salle a fait des efforts pour élever chaque rangée. Je me réjouis que les conseils prodigués par ce blog trouvent écho par le biais d’honnêtes travailleurs qui s’en vont colporter toute la sagesse de ces quelques lignes.
« Quand je serai grande j’aurai des chaussures rouges… » est un duo qui nous refait le coup d’asséner ses propres considérations sur la définition de la femme. Voilà à quoi s’attachent nos deux comédiennes.
Essayer de répondre à la question : « Qu’est-ce qu’une femme ? » est d’une ambition telle que je ne peux qu’approuver cette prise de risque et cette démesure dans la prétention rhétorique.
Le souci c’est que le texte n’est pas à la hauteur de cette question simple. Il ne fait que tomber dans des écueils que nous ressert hebdomadairement le magazine « Elle ». Des considérations petites-bourgeoises, quelques situations qui semblent avoir été vécues et des réflexions de comptoir qui n’apportent aucune réponse. Nos deux vedettes nous resservent le couplet des femmes bien mais pas top qui prennent en grippe celles dont les hommes préfèrent admirer le corps. Il y en a aussi pour la difficulté de s’amuser en tant que trentenaire célibataire, de la libéralisation de la femme sur la question de la sexualité en essayant de provoquer la gêne dans la salle, les relations familiales rétrogrades et bien évidemment un rapport avec le titre uniquement anecdotique. Tout ce que l’on traite abondamment dans les médias, en somme. Niveau humour, les fées ont oublié de se pencher sur le berceau. C’est d’une lourdeur jusqu’à l’indigeste, passablement potache, et même si le texte ne s’engage pas sur des histoires porteuses, les gags qui les ponctuent ne ravivent pas l’éclat d’une production peu brillante. Finalement, ce spectacle stigmatise bien les problèmes des histoires cinématographiques françaises : parlez-nous de vos propres soucis personnels et vous aurez de grandes chances de n’intéresser personne.
Allez, une dernière petite imitation avant de nous quitter. Cette fois-ci je ne vous dit pas de qui il s’agit, je l’imite tellement bien que c’est aisément reconnaissable : « Je suis Jeanne Moreau ».
C’est ce que l’on appelle de l’art comptant pour rien.






