Se rappeler ce qui a créé l’envie. Se rappeler l’excitation, l’étincelle qui jaillit, la découverte, la lumière de
l’autre qui trouve un écho en soi, qui nous enveloppe et pénètre nos chairs pour les vivifier. Ne plus faire qu’un. Trouver une raison. Une bonne raison pour répondre toujours présent. Et se
laisser porter par le souffle de l’indicible.
Prendre THE NEW WORLD pour exemple. Respecter le travail de Terrence Malick. Penser THE THIN RED LINE comme un chef-d’œuvre mais ne rien attendre de son dernier film. Se souvenir de la déception JACKIE BROWN, pourtant un très grand film. Admirer la méticulosité avec laquelle Terrence Malick conçoit ses films, la recherche du sujet, l’élaboration des plans, la fonctionnalité du découpage. Et puis le montage ! S’apercevoir que THE NEW WORLD est un film qui repose sur cette technique. Epoustouflant. Jouissif. Apprécier l’esthétique. La beauté animale aussi. Et sortir en se disant que le film ne marchera jamais.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Les images de THE NEW WOLRD ressurgissent les jours suivants. Travailler sur l’impact optique. L’importance du visuel. Vanter les mérites du romantisme. Vendre THE NEW WORLD comme un grand film romantique. Bien plus que TITANIC. Le romantisme comme un fantasme.
Vagabonder dans les rues de Paris. Se demander quand un grand réalisateur saura la filmer aussi bien que Woody Allen avait su mettre en valeur Manhattan. Romantique encore. Romantique comme François Truffaut. Etre convaincu de ne pas tomber amoureux d’une fille en particulier, tomber amoureux de toute une famille, aimer le père, la mère, aimer les filles qui ont des parents gentils. Comme Antoine Doinel dans DOMICILE CONJUGAL.
Et pourtant, sombrer face aux minois de Penélope cruz et Salma Hayek dans BANDIDAS. Penser que Joachim Roenning et Espen Sandberg ont dû conjuguer leurs efforts à l’imparfait pour que nous arrivions à ne plus les voir sur l’écran. Rester au moins pour le couple féminin, seule attraction réjouissante surtout lorsqu’elles ne cessent de se crêper le chignon comme deux adolescentes. Se demander s’il n’était pas plus raisonnable de voir un combat de catch féminin dans de la boue. Constater tout de même que Salma Hayek associe talent d’actrice et charme redoutable, ce qui est rare, et qu’elle efface outrageusement la petite Cruz.
Savoir que Charlize Théron combine les mêmes atouts. La prendre pour une femme intelligente. Connaître le même genre de femme. Avoir envie de la connaître. Etre sous le charme. Sous le charme de NORTH COUNTRY par ailleurs. Ressentir le film comme une plaie. Une plaie impossible à refermer. Et la douleur lancinante qui ne s’estompe pas. La persévérance de Josey Aimes. Ne pas hésiter à dénoncer les facilités hollywoodiennes comme à la fin du film où des personnes de l’assistance se lèvent dans le tribunal et symbolisent la cohésion féminine face au harcèlement sexuel. Se laisser bouleverser par la nouvelle composition de Charlize Théron. Se laisser envahir par les thèses de Niki Caro. La prendre pour une femme intelligente. Connaître le même genre de femme. Avoir envie de la connaître. Etre sous le charme. Sous le charme NORTH COUNTRY par ailleurs. Croire que le copier-coller est une forme artistique.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Chercher ce qu’il y a de commun entre le plus célèbre des chefs-d’œuvre et nos vies balancées, jetées, exposées. Connaître une vie trépidante et la considérer comme anodine. Choisir le luxe de sa présence. Etre touché par un mot, une idée qu’un réalisateur révèle et qui correspond étrangement à ce que nous vivons. Le remercier pour avoir su mettre des mots sur ce que nous ne pouvions extraire de nos corps, de nos pensées. Se rassurer en sachant que d’autres ont déjà vécu les mots que l’on découvre. La vie est comme une partie de mots fléchés ; on a tous la même grille et certains ont juste réussi à trouver certains lettres avant les autres. On cherche juste à remplir des cases.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Etre d’accord avec Steven Spielberg ; les films qui font un triomphe au box-office tiennent sur une idée forte. Expliquer de ce fait les 3 millions de PALAIS ROYAL ! Rêver. Expliquer de ce fait le ratage de MUNICH. Réitérer tout le bien que nous pensons de Marie-Josée Croze. Constater que Spielberg n’applique pas toujours ce qu’il dit. S’ennuyer fermement devant un film qui se perd dans les méandres qu’il crée. S’embourber sans plaisir. Se faire assécher par l’âpreté du discours. Apprécier la mise en scène de Spielberg. Créative mais bâclée. Tout juste satisfaisant. Vouloir plus de temps pour Spielberg. Vouloir qu’il approfondisse ses sujets, qu’il peaufine tous ses aspects visuels, qu’il crée des univers au lieu de se laisser influencer par ce qui a déjà été fait. Ne pas accepter qu’il banalise son talent si facilement. Acheter des ciseaux. Les envoyer à sa maison de production. Lui indiquer comment s’en servir. Préciser qu’il est possible aussi de s’en servir pour monter un film. Songer avec dépit qu’il passe souvent à trois fois rien du chef-d’œuvre. L’admirer encore. Revoir ses vrais chefs-d’œuvre. Et ne plus penser qu’il camoufle le cliché de la scène de sexe (qu’il ne sait pas filmer par ailleurs ; lui envoyer le DVD de JUNGDOK avec les ciseaux) derrière de la musique. Passer au film suivant. Dormir. Oublier.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Voir le bon côté des choses. Ne pas incriminer. Ne pas amalgamer. Militer. Ou juste se divertir. S’orienter vers ZATHURA : A SPACE ADVENTURE. Ne pas chercher la nouveauté. Se contenter de la médiocrité. Non. Ne jamais se contenter de la médiocrité. Juste du divertissement. Remarquer l’habileté de la réalisation à ne jamais rien lâcher. Ne pas pouvoir décrocher. Beaucoup de vide mais une certaine joie à retrouver ses souvenirs d’enfant. Sortir insatisfait. Se souvenir de Jon Favreau. Se souvenir de son nom. Ne pas oublier qu’il avait déjà commis le lamentable ELF en 2003. Faire preuve de clémence vu les bons sentiments. Ne pas cautionner. Dire haut et fort qu’il faut se donner du mal. Le cinéma est énigmatique. Le bonheur est difficile à trouver. L’amour est complexe. S’arrêter un instant. Détourner son regard. Recentrer ses désirs. Accepter l’intimité. S’en réjouir. Respirer la vie.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Garder les mêmes yeux. Finir la saga STAR WARS. Continuer à croire à la grande boucle. Ne pas s’émouvoir devant des liens de parenté qui ne sont que de pénibles déclinaisons inintéressantes. Se prendre de passion pour les sombres héros. Mettre au pinacle Darth Vader. Le révéler sous de beaux jours. Se battre contre la diabolisation. Et attendre que la magie fasse son effet. Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre encore… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre un peu plus… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Attendre… Ne plus y croire. Cesser d’attendre. Se rendre compte que le charme n’opère plus. Que plus rien ne nourrit la mythologie. Que le spectaculaire a pris le dessus sur l’aventure. Que Lucas s’est bel et bien perdu dans son entreprise gargantuesque. Avoir de la compassion.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Regretter que la vie ait fait de notre génération de grands enfants au lieu de petits adultes. Cécile de France. Exemple et non pas citation.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Etre persuadé qu’on ne sauve ni ne secourre personne. On vient au monde seul, et on repart seul. Jouer au mah-jong pour passer le temps. On ne tient pas la main d’une autre moitié. On s’accroche juste à ce qui fait le moins mal. Croire à l’inné. Se mettre en quête du mystérieux. Tenter d’influencer le cinéma français. Lui foutre un bon coup de pied au cul. Le montrer du doigt. Demander l’asile cinématographique. Vomir SAINT-JACQUES… LA MECQUE. Incarcérer Coline Serreau au sein du Consortium des Laxatifs du Cinéma pour toute son œuvre. Considérer son talent comme inversement proportionnel au vin qui se bonifie avec le temps. Constater que la comédie à la française est devenue fade, stupide et peu courageuse. Phénomène de mode. Ne pas se laisser convaincre par JE VOUS TROUVE TRES BEAU. A l’instar de Coline Serreau, Isabelle Mergault ne sais pas non plus faire du cinéma mais elle a du moins le mérite d’user d’une sensibilité qui nous attache à cette histoire peu crédible. Louer Michel Blanc pour son jeu si éclairé. Voir toutes ses nuances. Savourer la profondeur de ses niveaux d’interprétation. Pleurer devant le convenu de ces situations et le peu de considération sociale du propos. La comédie se veut pornographique. Le film d’horreur aussi. Effet de mode. Le répéter. HOSTEL d’Eli Roth. Avoir peur de ne pas avoir peur. Voir ses craintes se justifier. THE FOG de Rupert Wainwright, qui ne cherche pas à se souvenir du film de Carpenter mais à en proposer une nouvelle vision. Etre sceptique sur le fait que cela puisse fonctionner quand le talent n’est pas au rendez-vous. S’aveugler devant tant d’imposture. Rechercher l’effet. Constamment. Rechercher la jouissance. C’est du pareil au même. C’est surtout de la pornographie visuelle. Rejeter l’amour sans chaleur et le cinéma sans âme. S’extasier cependant de la délicieuse présence de Selma Blair et de son érotisme transcendant. Un érotisme plus quantifiable que celui qui n’ose pas apparaître dans le MUNICH de Spielberg. Dans la culture américaine. S’énerver face à des draps qui recouvrent volontairement des organes génitaux. S’emporter quand la nudité n’est évidente que quand elle est associée à la mort. Préférer les films nordiques pour l’apprentissage du corps.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Panser ses blessures dans d’autres bras. Conseiller ZIM AND CO. de Pierre Jolivet. Adopter un peu de joie et de bonne humeur. Un baiser à pleine bouche. Embrasser plutôt que le reste. Prouver que le cinéma français n’est pas condamné aux cures de tranquillisants. Avoir soif de technique. Diriger ses comédiens. Faire avec ce qu’ils proposent et non pas avec ce que l’on a imaginé. Communiquer avec la vitalité qui se manifeste. Féliciter Pierre Jolivet pour l’honnêteté de son travail. Etre apaisé.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Concevoir MEMOIRS OF A GEISHA comme une version asiatique de CHICAGO. Ne rien pardonner à Rob Marshall depuis cette sucrerie. Toujours le même manque de matière. Comparer CHICAGO à MEMOIRS OF A GEISHA en disant que le scénario du premier n’était ni fait ni à faire alors que celui de MEMOIRS OF A GEISHA s’inspire d’une histoire plus intéressante. Préciser. Plus intéressante ne signifie pas pour autant original. S’intéresser uniquement à l’esthétique. Laisser de côté les histoires intérieures. Faire du spectacle. Titiller la rétine. Exacerber les couleurs. Maîtriser l’étalonnage. Faire une science des gestes et des postures physiques. Délaisser son sujet. N’avoir de l’estime que pour une partie de son travail. Tromper le spectateur. Détourner les yeux. Ne pas exploiter la dureté et la violence. Contourner habilement. Etre à l’affût de ces tromperies et crier à la manipulation. Penser la beauté comme un objectif mais pas comme une nécessité première. Ne pas se tromper sur ce qu’elle cache. Appliquer la même valeur au monde réel.
Mais un verbe par-dessus tout : aimer.
Lui parler. Parler de tout. Parler surtout. Lui parler autant que je parle de Georges Moustaki. Ne pas employer les mêmes adjectifs. Ne pas donner la parole à sa musique. Ne jamais le laisser entrer dans notre vie. Ne jamais lui dire la ringardise qui le caractérise. Lui laisser croire le contraire. Rire en le voyant se comporter comme un créateur.
Faire de cette fille ce qu’elle n’ose pas devenir. Devancer ses attentes. Se laisser avoir par son sourire. Sombrer dans les profondeurs où elle m’entraîne. Lui avouer la tendresse. Lui avouer toutes ses ombres qui glissent sur ma peau et électrisent mon désir. Laisser le charme agir. Plonger sans hésiter.
Mais encore un verbe par-dessus tout : être. Etre aimé.






