QUESTION :
Comment s’appelle la femme qu’épouse Kevin Costner dans DANSE AVEC LES LOUPS ? [Dans la version
française]
QUESTION :
Comment s’appelle la femme qu’épouse Kevin Costner dans DANSE AVEC LES LOUPS ? [Dans la version
française]
Reprenons depuis le début.
Au commencement, il n’y avait rien. Non, peut-être pas jusque-là quand même !
D’abord, je n’aime pas le personnage. Une sorte d’improbable Maître Vergès (même si j’adore Maître Vergès ; lui et moi nous cachons derrière le même sourire) à l’allure rogue et aux intonations perfides. Et puis, que voulez-vous, c’est plus fort que moi, je ne supporte pas que l’on emploie l’expression « forces de progrès » comme Pascal Sevran parlerait de « la bite des nègres ». Il n’est plus temps de discuter de ses prises d’opinion, même de la valeur de ces idées. Au-delà de la question morale, c’est son élévation d’icône théophage qui scelle la discrimination à l’appartenance. Qu’elle soit partagée ou non. Son principe doctrinal l’en empêche. Tout comme, chez les néoplatoniciens et les gnostiques, l’éon est « l’ensemble des puissances éternelles émanées de l’être et rendant possible son action sur les choses » dixit le petit Robert ou la grande Larousse.
J’en reviens donc à ce qui fait débat.
C’est comme d’affirmer que le briquet a été inventé avant les allumettes. J’ai trop saigné sur les Gibson pour perdre mon temps à fureter avec mon ami Google sur des sites où d’obscurs texans mettent en ligne des photographies de prothèses corporelles, ou encore ce site de Russie septentrionale où chaque internaute échafaude toute une série de théories pour essayer de répondre à l’angoissante question : « Pourquoi dit-on que les murs ont des oreilles alors que c’est aux portes qu’on écoute ? » Autre exemple de site inintéressant : http://minouland.org (à ne pas confondre avec http://minouland.com).
Tout part d’une banale observation, d’une simple déduction factuelle, d’une maïeutique bien huilée qui masque cet esprit cacologique dont il est question. Car, au fond, de quoi parlons-nous ? Saurait-on y répondre définitivement, de manière convaincante et sans exposé rébarbatif ? Si je me permets de prendre ce longcourci c’est justement pour vous sensibiliser au peu de malléabilité dont font preuve ce genre de considérations. Cela peut paraître quelque peu obscur, mais le fond du problème est plus grave et les mots tendent à gommer les turpitudes qu’ils servent. Les mots ne sont que des mots et seules les actions sont répréhensibles, mais j’en connais qui se sont faits Benazirbhutter pour moins que ça. C’est pour cela que je ne peux laisser passer. Ca tombe bien, j’ai la priorité.
Premièrement, pour être un bon réalisateur français, il faut :
- ne faire aucun travail sur la photographie (et essayer au maximum de tourner quand il y a des nuages)
- faire un film sur l’adultère (ou accessoirement sur une relation à trois mal vécue, si vous avez un producteur qui aime les risques)
- toujours écrire un dialogue avec cette phrase : « Putain, mais c’est la faute à cette société de merde ! »
- faire un film avec Clovis Cornillac
- citer Godard à chaque interview (ou Alexandre Arcady)
- filmer une jeune actrice qui court dans les rues de Paris (c’est sympa Paris. Ils ont mis des arbres pour faire comme en province. Et en province ils ont mis des connards pour faire comme à Paris)
- dire que George W. Bush est un président idiot
- faire un film sur l’homosexualité, les sans-papiers, les trentenaires, le racisme, la banlieue, les contrôles intempestifs dans le métro, le SIDA, la difficulté de faire ses courses au BHV, les fromages de France, l’ouverture de la pêche et ma connexion internet qui ne fonctionne plus.
Eh oui ! Comme dirait l’autre, on maîtrise les choses jusqu’à ce qu’elles nous maîtrisent. Et aujourd’hui la mainmise de la comédie sur le cinéma français ressemble fortement à l’ordonnance qu’un certain docteur Diafoirus vous donnerait pour guérir de votre tumeur cancéreuse. La mécanique humoristique comme des écrits sacrés. En France, on ne touche pas à la comédie. Or, vous le savez, sur « La lumière vient du fond » rien n’est sacré. Ah, cette comédie à la française ! Ce petit je-ne-sais-quoi (avec l’accent) de typique. Tellement allègre, tellement pimpante, tellement joie de vivre, tellement béret et baguette, tellement NF ! Le fleuron de notre production cinématographique. Le moins que l’on puisse dire c’est que nous ne faisons pas toujours dans la légèreté alors quand une moutarde un peu plus fine vient à nous piquer le nez, nous regardons notre assiette comme si nous la découvrions pour la première fois.
Dès le départ nous avions senti le principe d’opposition. Une première scène absolument pas primordiale au reste du film. Un gag pour s’en payer une bonne tranche. Et puis une déconstruction d’entrée du grand principe dogmatique de l’humour. Le réalisateur freine des quatre pieds toute velléité d’emballement. Là où le cahier des charges des comédies prévoit situations désopilantes, répliques qui fusent et gags en rafales pour donner le ton, le film dont nous parlons s’y refuse. Un élément souligne parfaitement cette indéhiscence : l’absence de musique sur le générique de début. Toute bonne comédie qui se respecte aurait saucissonné l’affaire par une bande originale au tempo enlevé et guilleret. Ici, c’est très clair. Nous allons prendre notre temps. Et pas le temps de s’ennuyer mais celui qui nécessite l’émulsion. Le temps de latence où la préparation devient aussi essentielle que son résultat (d’ailleurs le film n’a pas non plus de fin, du moins selon la définition qu’en donne « Le Guide de la Bonne Petite Comédie Franchouillarde »).
Le premier point que je voulais énoncer n’est pas nouveau.
Juste redire que le rire vient de la rupture.
Alors pour les barres de rire vous repasserez, chacun voit midi à 14 heures. Attendez vous plutôt à quelque chose de beaucoup plus subtil et nuancé. D’ailleurs, je ne suis moi-même
pas fan du tout des précédents films du tandem vedette. Mais comme il y a nuance sur le parti pris, c’est avec un réel plaisir que l’on peut s’apercevoir que la direction d’acteurs s’est mise au
diapason. Les deux compères font dans la sobriété : le texte est bien plus mis en avant que lorsque chacun essayait de paraître drôle et amenait les effets à grands renforts de gyrophares et
autres panneaux de signalisation. Du coup, la scène dans la voiture, à la sortie de prison est l’une des plus réussies, et surtout drôle de bout en bout. Cette scène est une véritable charnière.
Jusqu’ici nous nous attendions à nous en payer une bonne tranche, mais il faut dire que
nous étions finalement plus perdus qu’en train de suivre des petits cailloux blancs. L’un
raconte une blague à l’autre. Et puis, tout dérape. Par ses interventions, le second rompt la dynamique de l’histoire et grippe le rouage. Celui qui raconte s’énerve et, ivre de dépit décide de
ne pas dévoiler la chute, s’enfermant dans sa propre beuverie. Cela est parfaitement à l’image du film. Quelque chose se joue. L’enjeu semble énoncé, le but du spectateur semble tracé, les
desseins du réalisateur complètement balisés et, en fait, pas du tout. La cause devient rupture en lieu et place de la conséquence. Voici la grande idée, belle à se pâmer, de ce film. Du grand
décalage donc, avec le style d’humour qui se prête le plus à cet exercice : le non-sens. Tout se déporte en dehors des conceptions premières. Vous pensiez qu’il s’agissait de retrouvailles
de deux anciens amis et que le contact essayait de se renouer au travers de petites blagues, mais vous découvrez avec délice que l’humour est capable de plus de profondeur. Voire de noirceur. En
guise de comédie voilà un film complètement désarçonnant, qui vous emmène très agréablement sur une voie atypique mais constamment fuligineuse. On y parle bien de quelque chose, mais de quoi
exactement ? Ici, nous nous éloignons tout de même des grands messages que tente de nous faire passer le cinéma français. Récemment, dans TRES BIEN, MERCI (fabuleux titre au
charisme aussi aguichant qu’une supportrice de l’O.M. à la buvette) ça dénonçait sec et sans préliminaires les petits travers de nos sociétés où l’appel à la mobilisation, à la revendication et à
la révolte flattaient le spectateur dans sa propre affirmation d’être humain. Avoir des choses à dire (déjà j’ai du mal à concevoir ce point de départ comme envie de faire un film) et ne jamais
affronter les thèmes de plain-pied, toujours en loucedé, en faisant croire qu’il s’agit de quelque chose de perspicace. L’éternel problème de ceux qui nous vendent des cachous pour du caviar.
Comme c’est beau toutes ces personnes qui prônent la dissidence pour un film qui n’a finalement rien à dire puisque dénué d’une seule once de mise en scène ! Ce qui n’effraie plus personne
évidemment puisque nous sommes en terrain connu. Fiez-vous ne serait-ce qu’à la photographie de ce film et vous en déduirez forcément qu’il s’agit soit d’un supplice soit d’art contemporain.
Problème épineux, contagion affolante. Mêmes symptômes pour TEL PERE TELLE FILLE d’Olivier De Plas. Il faut voir Vincent Elbaz en rockeur totalement azimuté ! C’est très
Roxy Music !!! Ni la dégaine, ni l’attitude. Ni l’inné, ni l’acquis. La scène ne ment pas. Jamais. Et là encore c’est l’éternelle rengaine de cet homme qui découvre qu’il a une fille parce
Léa Drucker le lui avait caché pour lui faire une farce et pan ! 13 ans plus tard le voilà bien mouché lorsqu’il l’apprend et sa vie va changer tout d’un coup et il va se mettre à découvrir
sa fille et à l’aimer parce que peut-être qu’au fond de son cœur il y a ce petit quelque chose de Tennessee qui ne demande qu’à donner de l’amour et c’est ce qu’il va faire et alors il va
s’apercevoir qu’il peut devenir un bon père et tout cela va l’aider à devenir responsable, à arrêter de jouer à la Playstation toute la nuit, à ne plus s’angoisser sur quel nœud de cravate
choisir lors d’un entretien d’embauche, à stopper sa collection de vignettes Malabar, à ne plus traverser en dehors des passages piétons et à trouver que le dernier album de Phil Collins n’est pas si dégueu quand même. Le réalisateur ne cherche même pas à nous dire quelque chose qu’on ne comprendrait pas. C’est de la leçon de morale à 2 euros 53,
où tout finit pour le mieux, chacun règle sa névrose, le bien triomphe, Dominique Strauss-Kahn retrouve sa cassette, Ariel Sharon meurt dans d’atroces souffrances et ma connexion internet est
rétablie. S’il en était de certains films comme d’un Ctrl+Alt+Suppr !
Maintenant que nous en savons un petit peu plus, passons aux choses sérieuses.
Petit intermède de qualité :
Reprenons nos ébats.
Pour ceux qui sont ravis de ces fêtes de fin d’année ou le bolduc et le rafia s’offrent jusqu’à l’écoeurement, le bon gros cadeau qui va claquer sa mère, avec rosette en plus, vous sera fait par France 2 pour fêter dignement 2008. Le 1ier janvier à 01 heure 25 du matin, la chaîne de télévision rediffusera pour la troisième fois (enfin, disons plutôt la seconde puisque la première avait été amputée d’une partie en août 2006) l’émission « Visu » dont je vous ai longuement parlé. C’était dans le froid de Gand, par là-bas :
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Je serais vous, je garderais le champagne et retarderais d’une soirée le nouvel an.
Une soirée où vous pourriez ne pas regarder ET TOI, T’ES SUR QUI ? par exemple. Premier film de Lola Doillon, qui avait signé précédemment quelques courts métrages que je n’ai point vus, c’est aussi une nouvelle preuve à charge quant à la thèse que nous tentons d’élaborer depuis le début de cet article. Chassés-croisés amoureux, non-dits, je t’aime je ne t’aime plus, machin m’a dit que, et encore plein de circonvolutions chère à notre norme française édictée plus haut. Le tout joué par de jeunes pousses sans justesse ni conviction (à part la scène de dépucelage, ce qui se comprend fort logiquement). Triste constat d’une politique du néant, où le cinéma ne se résume plus qu’à une logique de dialogues et à une note d’intention très sommaire. Pour ceux qui aiment se faire mal, donc. Mouais… Autant se faire Hara-kiri avec une cuillère en bois.
Et lorsque la surprise survient sans papier cadeau ?
Très honnêtement, François Morel dans « Les diablogues » de Roland Dubillard, il fallait travailler à La poste pour ne pas se l’imposer
comme une évidence. Dans la mise en scène d’Anne Bourgeois au théâtre du Rond-Point, il est tout simplement
parfait. L’animal ne force pas trop son talent et nous ressert quelques tics et mimiques bien
connus, en accord total avec la douce folie du texte. Pour ceux qui ne connaissent pas encore Roland Dubillard, il s’agit tout simplement d’un des trois plus grands auteurs français de théâtre du
siècle dernier. « Les diablogues » est son joyau le plus accessible et il fallait bien un comédien de la trempe de François Morel pour arriver à en saisir les subtilités comiques aussi
bien que les vérités assénées par l’auteur. Enfin un rire populaire (même si je doute qu’à l’époque de sa création la pièce ait remporté un franc succès) mâtiné d’un sens conceptuel de la logique
jusqu’à l’abstrait ! En face, Jacques Gamblin est un choix plus ébaubissant. Il ne nous a jamais convaincu au cinéma. Je le trouve faiseur malhabile et sans présence aucune. Sur scène, il
assure la transcription, n’ai jamais convaincant quand il cherche la prise de pouvoir ou l’autorité et m’a paru constamment en train de donner la réplique. Malgré tout, il s’agit d’un spectacle
de haute qualité qui montre bien la possibilité d’une union entre la finesse de raisonnement artistique et la satisfaction des masses laborieuses (notion très ironique comme je l’emploie
ici).
Comme par hasard, l’actualité cinématographique nous a fait l’honneur d’étayer nos arguments avec un grand article manquant : le creux de la vague. J’hésite encore entre le manque de consistance ou le contre-pied non assumé. En général, c’est un peu des deux dans ces cas-là. GONE BABY GONE est un drôle de film assez mal foutu, dans la même logique de grossièreté masculine qui impose brutalement de tels jugements sur la gent féminine. La première partie est assez insupportable de déversements en sucreries et autres poncifs inadéquats à un traitement tout en pudeur. Nous nous disons que nous sommes partis pour un film destiné à la ménagère (quel horrible terme sexiste !) de moins de 52 ans et que, la pauvre, si nous la connaissions nous lui conseillerions sûrement un téléfilm digne de ce nom, là au moins où les choses sont clairement énoncées. Dans GONE BABY GONE, ça tourne, ça vire, ça essaye de se démarquer d’une façon originale d’atteindre son but, mais le résultat est le même : attendrir par le chantage aux sentiments et finir en climax par la petite larme sur le gâteau. Le réalisateur ne semble pas encadrer son équipe, comme s’il écoutait les (bonnes) indications des personnes qui l’entourent afin de rendre une copie bien propre et bien intelligible. Nous sommes en plein travail scolaire, quoi ! Tout est téléphoné. Nous comprenons très vite que si le corps de la petite Madeline O’Brien n’a pas été retrouvé c’est tout simplement qu’elle n’est pas morte. Et là-dessus le scénario est impardonnable car il creuse sa tombe tout seul en annonçant sa propre résolution sans que nous ne lui ayons rien demandé. Procédé qui ne sonne en rien moderne puisque de nombreux exemples jalonnent l’histoire du cinéma et que l’un des plus célèbres est le début de THE SIXTH SENSE qui annonçait son propre coup de théâtre ! Ce n’est ni plus ni moins que de la bêtise. A trop vouloir chercher l’originalité, la base se perd et l’essentiel ne devient plus qu’artifice. Le pire c’est que GONE BABY GONE ne s’arrête pas là. La seconde partie, bien plus intéressante, commence par sombrer dans un abîme d’immoralité qui n’est pas sans rappeler le très nauséabond THE BRAVE ONE de Neil Jordan, auquel nous avons eu droit cette année. Ces apologies de vigilante sont effroyables surtout dans leur résolution. Dans GONE BABY GONE, un petit discours de « c’est pas bien ce que j’ai fait » et le tour est joué, passons à la suite de l’action. Mais ça va pas bien Ben Affleck et Aaron Stockard ? Pas étonnant du coup que la fin du couple Casey Affleck / Michelle Monaghan prenne l’allure d’une queue de poisson. Même discours intellectuel et définitif dès son énoncé. Aucune profondeur. Aucune complexité psychologique. Du travail vite dégainé. De l’esquisse. Et pas franchement ragoûtante.
Dans ce grand capharnaüm ubuesque, la perle se laisse gentiment apercevoir, pour peu que l’on se donne la
peine de se munir d’un pied de Bambi. Kiyoshi Kurosawa va celer toute dissension avec son gracieux ROFUTO. Une œuvre qui est donnée
gagnante dès le départ ne serait-ce que par son travail sur le son. Kurosawa en fait un élément de mise en scène très puissant, notamment en plein air, où le vent et les feuillages exécutent une
mélopée qui guide nos réactions de la même manière que le font les fréquences vocales. Son emploi du silence nous terrifie aussi très souvent. Il utilise le même registre. D’abord effacé, il le
fait surgir petit à petit comme un personnage en fond de scène s’avancerait tout doucement pour finalement monopoliser l’espace et l’attention sans que personne n’ait rien soupçonné (vous
remarquerez avec quelle maestria Kurosawa manie la profondeur de champ). Quand on voit tout mais qu’on ne voit rien, cela porte un nom : la prestidigitation. Des personnages sortis de la
distribution et non du générique. Il en est d’autres encore. Ces immeubles, constante de son œuvre, miroir éhonté de ces âmes en perte toujours soumises au poids des ans et du grand fracas de
l’aboutissement humain. Au lieu de chercher à réinventer un style surchargé d’effets, Kiyoshi Kurosawa, en cinéaste intelligent, délaisse l’envie de faire peur à son spectateur et cherche plutôt
à s’immiscer en lui par cette atmosphère diffuse. Apparemment tranquille mais diablement perturbée. C’est exactement ce schéma que reprend à son compte Quentin Dupieux. Comme chez Claudel ou
Giraudoux, il faut savoir lire entre les lignes. Un futur assez proche pour pouvoir être identique au présent. Une société très américanisée, mais ce n’est pas franchement les Etats-Unis non
plus. Un humour qui ne sert pas uniquement les vannes d’un duo qui n’a plus grand-chose à prouver. Une vision assez primaire qui plonge à chaque scène dans des méandres amphigouriques. Nous
sommes prêts d’être perdus pour de bon. Quelque chose nous retient pourtant. Quelque chose veille sur nous. Rien ne nous est totalement inconnu. Juste le film ne se fait pas remarquer. Et il suit
son chemin. Il est finalement plus maîtrisé qu’il ne le laisse paraître. De nombreux détails dénoncent l’affiliation à A CLOCKWORK ORANGE mais, à bien y regarder, le réalisateur
ne s’en est pas tant inspiré qu’il cherche à en dresser un négatif. Il s’agirait donc bien d’un A CLOCKWORK ORANGE inversé, en témoigne cette fin qui met à mal les dernières
illusions et fait sombrer l’individu dans une forme d’espoir déchu. Il ne retrouvera jamais celui de Malcolm McDowell. Quentin Dupieux est encore plus pessimiste que ne l’était Kubrick. Aucune
récupération n’est possible. Nés pour perdre ou pour gagner, c’est la société qui décidera ce qu’elle fera de vous. L’Homme est destiné à perdre ses libertés individuelles. Il n’est plus maître
de sa volonté (l’a-t-il déjà été ?), et qu’il se muscle dans des salles de sport ou qu’il se fasse charcuter en chirurgie esthétique, il n’est plus qu’un produit de consommation, une viande
qui se façonne et qui finit par s’éloigner de son état naturel. C’était donc là l’origine du titre du film (puisqu'il ne signifie rien il a donc la valeur que je lui octroie) et de cet étrange
sentiment d’amalgame entre rire et neurasthénie. Un drôle de mélange où l’humour n’admet plus seulement la joie de vivre comme norme mais peut aussi s’allier à la déprime ambiante, à
l’impossibilité de s’accomplir et au spleen indéfinissable que nous procure la lente dérive de nos corps. Rien n’est incompatible, donc tout l’est. Cela ne réconcilie peut-être personne, mais en
tout cas ça vaut un bon STEAK.