Décembre 2005
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Samedi 31 décembre 2005

            Les fêtes de fin d’année sont comme des orgies annoncées. Une sorte de surabondance dans la générosité et d’excès dans la somptuosité des offrandes. Overdose volontaire.

Beaucoup d’images donc. Quelques représentations de ce que pourraient être une vie. Quelques dommages occasionnés par des actes manqués…

            Premier d’une longue liste : EL SEPTIMO DIA de Carlos Saura. Scénario très étonnant basé sur des faits réels. On peut faire une analogie plaisante avec LA CEREMONIE de Claude Chabrol, juste pour le procédé formel de narration. Le film vaut surtout pour sa fin. Ca me rappelle DOGVILLE : j’étais bien content que ça finisse ! Tout ce qui précède instaure les rapports entre personnages, ce qui se joue entre eux et les conséquences inéluctables. Mais à travers une description trop âpre. Saura ne fait pas suffisamment l’effort pour rechercher les sentiments profonds. Le flirt et ses regrets…

Nous reparlerons de lui prochainement. Il y aura du CRIA CUERVOS..., attendu depuis de nombreuses années...

            Crachons un peu sur les mauvais films.

JUST LIKE HEAVEN de Mark Waters.

MY LIFE WITHOUT MEIgnoble pitre à qui l’on doit le non moins ignoble FREAKY FRIDAY. Sa dernière monstruosité est à peine regardable. Il a entraîné cette fois-ci Reese Witherspoon (que l’on a toujours plaisir à retrouver depuis FREEWAY) et Mark Ruffalo (très bon comédien qui nous donne l’occasion de féliciter une nouvelle fois l’extraordinaire ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND ou le très sensible MY LIFE WITHOUT ME) dans ses âneries qui marquent autant de dégénérescence que la sénilité de Georges Moustaki. Bon ça va, on a compris qu’il n’aime pas Moustaki, c’est pas la peine d’en rajouter... En même temps payer 49 euros pour le voir au théâtre du Rond-Point ne serait-ce pas une escroquerie qui mérite d’être dénoncée ? Attaquons-nous d’abord à JUST LIKE HEAVEN. Sale histoire de fantôme qui fait de Reese Whiterspoon une ravissante idiote. Il faut lui répéter plusieurs fois que passer à travers les objets et les êtres humains n’est pas vraiment normal avant qu’elle n’ait une once de lumière dans les yeux qui lui permette d’envisager la possibilité qu’elle est morte. Tout phénomène paranormal lui semble bien quotidien. Quelle bêtise ! Rien ne tient debout. Si la réalisation montrait un quelconque talent de la part de Waters cela nous sortirait de la torpeur à l’intérieur de laquelle le film sombre petit à petit. Et nous avec.

LA MOUSTACHE d’Emmanuel Carrère.

Alors celui-là je ne vais pas le louper. Rarement un film m’aura laissé dans un tel état de frustration. Il n’y a qu’une idée là-dedans. Une seule. Après c’est de la broderie. Le scénario s’oriente sur plusieurs pistes qu’il n’explore pas. Absurde ? Fantastique ? Machination diabolique ? Peu importe semble nous dire le scénariste. Si l’on veut y voir une explication logique on peut se dire que finalement Vincent Lindon est fou. Le film serait alors une aberration pour les uns ou une manipulation déplaisante pour les autres. En tout cas cinématographiquement c’est sans intérêt. Le peu charismatique Vincent Lindon n’arrive pas à inscrire son personnage dans un univers suffisamment décalé pour le rendre passionnant. Un acteur comme Dominique Pinon amènerait sûrement autre chose. Du reblochon ? LA MOUSTACHE : le film le plus inutile qu’il m’ait été donné de voir.

VE'LAKHTA LEHE ISHA de Ronit et Shlomi Elkabetz.

Rien compris. Ca crie dans tous les sens et tout le monde se mêle des affaires des autres. Ronit Elkabetz se laisse humilier et cela semble lui convenir. Elle n’arrête pas de se plaindre de son mari et pique des crises de colère qui frôlent l’hystérie. De la démesure comme organe de pouvoir ? Je crois plutôt qu’elle a ses Narnia, comme on dit chez Disney.

PALAIS ROYAL ! de Valérie Lemercier.

VALERIE LEMERCIERVoilà quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Une fille simple, qui expose ses atouts et assume ses défauts dans les interviews qu’elle donne, et qui continue son parcours professionnel dans son univers si personnel. Elle a de l’humour, du charme et une philosophie de la vie qui montre un recul face à ce qu’elle est qui fait d’elle une personne très lucide. Mais son dernier film est loin d’être aussi réjouissant que les précédents. Subissant une réalisation déprimée, l’histoire s’embourbe dans des gags sans effets qui manquent terriblement de punch. Ca se suit sans grande conviction car les comédiens sont assez crédibles mais on aurait aimé un peu plus de mordant dans les dialogues et surtout dans les situations. L’humour se fait politiquement correct. C’est dans l’air du temps, me direz-vous. N’empêche que c’est ce qui pouvait lui arriver de pire.

IL NE FAUT JURER… DE RIEN ! d’Eric Civanyan.

On ne reviendra pas sur l’influence de l’époque sur les moeurs, Civanyan n’en a apparemment pas grand-chose à secouer. Il aurait quand même pu prêter une plus grande attention à l’adaptation qu’il a faite de la pièce d’Alfred de Musset. Tout son charme et ses enjeux définitivement oubliés, il ne reste qu’une histoire plus que jamais conventionnelle servie par des personnages grossièrement dessinés. Voici un bon film bien balourd, difficilement enchanteur car grossier et brouillon. On est dans son fauteuil un peu comme les comédiens dans leur costume d’époque : inconfortables et anachroniques.

FOON de Benoît Pétré, Deborah Saïag, Mika Tard (anciennement Véronique Tard, enfin on ne dit plus Véronique mais Mika même si on se demande pourquoi on ne dit plus Véronique mais Mika…) et Isabelle Vitari.

Alors là j’aime quand il y a de la folie et des idées comme celles dont FOON regorge. En tête de cortège : l’irrésistible procédé consistant à mélanger le français et l’anglais dans un dialecte dont il faut souligner le magnifique travail d’écriture puisque l’on comprend tout du début à la fin. Drôle dès le départ, le gag finit par s’essouffler, même s’il n’aurait pas été convaincant d’arrêter l’idée à mi-parcours. Mais peut-être que le processus aurait pu évoluer, se transformer… Les élèves sont tous un peu trop over-edge mais qu’importe ; on est dans un délire continuel qui s’achève dans une sorte de bacchanale mortuaire qu’on aurait aimé plus orgiaque. Mais le vrai gros défaut de FOON est un cruel manque de savoir-faire côté réalisation. On n’improvise pas dans ce métier. C’est d’autant plus fâcheux que toute cette culture de comédies musicales et de films de lycée semble être bien digéré par Les Quiches. Mais il faut connaître comment provoquer un impact émotionnel par une séquence musicale ou par un effet comique pour prétendre le réaliser. Tout tombe à plat. C’est de la série M6. Aucune harmonie, les comédiens parlent sans feu intérieur, aucune idée visuelle, des cadrages incohérents… Du blabla, quoi.

MICHAEL BAYTHE ISLAND de Michael Bay. Il ne fait partie du Consortium des Laxatifs du Cinéma, lui ? Si si. Je songe d’ailleurs à en révéler une liste non exhaustive très prochainement.

Lorsqu’il y a Michael Bay au générique d’un film il faut toujours s’attendre au pire. Du coup on n’est jamais déçu. THE ISLAND est sûrement très mauvais mais il est nettement au-dessus de ses productions habituelles. La faute à un scénario pas trop malhabile qui exploite une veine futuriste un peu clichée (le futur comme avènement de l’exploitation des humains) et pleine de symbolisme démagogue. Fidèle à lui-même, Michael Bay nous offre une belle boucherie visuelle où seuls comptent le spectaculaire et les actes de bravoure. Ewan McGregor joue le héros plus intelligent que les autres et Scarlett Johansson la belle et douce qu’il n’a pas le droit d’approcher. Faut dire que dans le futur ça ne plaisante pas avec les caresses épidermiques. Profitons-en pendant qu’il en est encore temps. Alors bien sûr les uniformes sont grotesques, les dialogues frisent l’indigence caractérisée, les effets spéciaux sont absolument ignobles (ah, ces foutus micro-capteurs qui vous rentrent par les yeux et vous passent sous la peau !) et on a beaucoup de difficultés à croire à tout ce qu’on nous raconte, mais Michael Bay est au top et aura beaucoup de mal à ne pas retomber dans ses nombreux travers. Le futur ne lui fera pas de cadeau. On peut donc voir THE ISLAND comme un avertissement. Profitons-en pendant qu’il en est encore temps.

LES AMANTS REGULIERS de Philippe Garrel.

Pour les nostalgiques de la Nouvelle Vague ce film sera une véritable bénédiction. Il trouve pourtant ses limites dans ce que le mouvement à eu pour conséquences les plus désastreuses sur le cinéma français. Il n’y a presque rien à sauver. La lumière est beaucoup trop contrastée. Le son est horrible et semble n’avoir subit aucun traitement, tout est au même niveau. Tout ce qui est montré n’a pratiquement pas d’intérêt. On s’ennuie ferme, Garrel ne sachant pas insuffler de rythme ni de beauté dans ce qu’il filme. On a au moins le sentiment de voir qu’il est honnête avec son travail et qu’il ne cherche pas à attirer le spectateur par de quelconques artifices vomitifs. Pour moi, c’est le pire du cinéma français.

HOUSE OF WAX de Jaume Collet-Serra.

Déplorable.

            Du côté des vraies réjouissances, parlons un peu de cul. Du sexe ? Enfin !!! Non non, du cul. Avec INSIDE DEEP THROAT. Film réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbato, et qui nous narre la fabuleuse histoire du film pornographique DEEP THROAT. Outre l’impact que ce film a eu sur les comportements cinématographiques et la retranscription d’une époque que l’on a du mal à percevoir aujourd’hui, INSIDE DEEP THROAT nous ramène avant tout à l’Histoire du mouvement pornographique. Un genre qui a été politiquement étouffé et que l’on a tué petit à petit. D’abord phénomène de mode, il a par la suite été condamné dans ce qui s’appelle une véritable infraction à la liberté d’expression. A cette époque le porno ne ressemblait pas à ce qu’il est devenu aujourd’hui. Le genre comptait ses honnêtes artisans, ses escrocs et ses visionnaires comme tout autre genre, mais n’a jamais pu permettre à ses réalisateurs de s’illustrer au sein de leur vision artistique. Si l’on revoit DEEP THROAT DEEP THROATaujourd’hui, on peut s’apercevoir que ce n’est pas uniquement un film qui se contente d’exploiter de manière salace les scènes hards qui s’y trouvent. Son réalisateur Gérard Damiano y a bâti une intrigue et propose quelques métaphores visuelles qui sont les seules éléments intéressants au sens artistique. Car DEEP THROAT n’est pas à proprement parler un bon film. Il permet juste d’insérer la sexualité crûe dans le cinéma traditionnel. C’est déjà une avancée énorme. Le succès qu’il connaîtra viendra essentiellement de cet argument qui ralliera les défenseurs des libertés individuelles, mais aussi de son actrice Linda Lovelace qui y fait montre d’une ardeur et d’une ingénuité à la tâche jusqu’ici inconnue. DEEP THROAT marque ainsi les bases du cinéma pornographique qui prétend rivaliser avec tout autre genre. Alors qu’il était en droit d’espérer autant de chefs-d’œuvre que dans le western ou le film noir pour exemples, une véritable éradication du porno s’engage. En France de nombreux films subissent de plein fouet le décret n° 61-62 du 18 janvier 1961 qui permet au ministre de l’Information d’interdire totalement un film. Avec la déferlante du porno et l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir, la « loi X » va reléguer ces films devenus indésirables dans un circuit de salles spécialisées. Elle va aussi les astreindre financièrement et fiscalement (TVA à taux majoré, taxe forfaitaire de 300000 francs pour les longs métrages étrangers, disparition du fonds de soutien etc.). Le X s’enfonce désormais dans un ghetto où les productions cinématographiques coûtent de moins en moins cher. L’Etat devenu proxénète ne veut plus de ces « horreurs » mais ne se privent pas de récupérer l’argent qu’elles génèrent. Le genre s’effondre dans une misère cinématographique à pleurer. Avec la prise de pouvoir des socialistes en 1981, Jack Lang s’est juré la disparition des salles X et commence à regarder de plus près les contournements que la droite avait laissés faire. Résultat : le nombre de films pornographiques tournés en 35 millimètres diminue jusqu’à atteindre le zéro fatidique au milieu des années 90. La dernière salle française fermera au début du XXIème siècle. Aujourd’hui l’héritage pornographique se fait tout de même sentir dans des productions plus « classiques ». En 1998, Gaspar Noé utilise des plans hards dans son brillant SEUL CONTRE TOUS. Les scènes d’amour non simulées atteignent des films comme les très mauvais LA VIE DE JESUS de Bruno Dumont et BAISE-MOI de Virginie Despentes et Coralie Trinh Tih. La représentation pornographique n’aura finalement jamais été exploitée au cinéma mais il reste que l’on peut désormais clairement montrer des plans hards. Le décret n° 90-174 du 23 février 1990 met en place deux types d’interdictions :

- interdit aux moins de 12 ans

- et interdit aux moins de 16 ans.

Les films pornographiques ou d’incitation à la violence restent interdits aux moins de 18 ans et la mesure d’interdiction totale d’un film est toujours en vigueur. L’affaire du film BAISE-MOI aura permis de relancer le débat. Le premier film a se réclamer de toute cette idéologie sera le très bon 9 SONGS de Michael Winterbottom, sorti cette année sous une interdiction aux moins de 18 ans ! Je ne sais pas pour vous mais je trouve que cette chronique manque un peu d’images !

INSIDE DEEP THROAT est un documentaire très bien monté qui rend l’aventure toujours accrocheuse sans tomber dans le racolage excessif. Il dépeint un morceau de l’Histoire du cinéma dont l’influence se fait encore sentir de nos jours. Il nous montre comment la naissance d’un mythe annonça sa propre mort. A une consonne près, la grosseur des mythes varie…

ANNE CONSIGNY            LE PETIT LIEUTENANT de Xavier Beauvois est très nettement découpé en deux parties complémentaires. Peu convaincant. La première est la plus intéressante. Jalil Lespert parvient à nous attacher à son personnage si peu héroïque mais porté par ses valeurs et son ambition. En s’attachant à chercher un certain réalisme dans sa direction d’acteurs Xavier Beauvois nous entraîne facilement dans le quotidien de ces policiers. Dans le même genre, on avait déjà beaucoup apprécié L.627 de Bertrand Tavernier. Le manque de palpitant est ici compensé par les remous psychologiques que Beauvois veut décrire. Et dans la seconde partie, malgré la persuasive Nathalie Baye, le propos devient un combat intérieur qui n’a plus rien à voir avec du cinéma. On parlait il y a quelques années de Xavier Beauvois comme un des acteurs majeurs du renouveau du cinéma français, il n’y a pas que lui qui devrait revoir sa copie.

            Nous avions préalablement aimé L’ART (DELICAT) DE LA SEDUCTION de Richard Berry puis détesté son second film : MOI CESAR, 10 ANS ½, 1m39. Son troisième long métrage : LA BOITE NOIRE se démarque encore, cette fois-ci de manière formelle. Le film fait preuve d’une virtuosité technique assez peu personnelle. Un peu comme si Richard Berry avait cherché à s’entourer des meilleurs opérateurs afin de réaliser un film très poussé sur la composition des cadres, des lumières ou du montage mais au final sans touche personnelle.

            Alex de la Iglesia est fou. Découvert en 1993 avec ACCION MUTANTE, un petit film déjà bien azimuté, il a continué à animer le cinéma espagnol d’œuvres pas vraiment correctes mais très drôles. Il s’est fait le spécialiste d’un humour noir très jubilatoire où il prend un malin plaisir à malmener ses personnages principaux au cœur de situations où le plus ignoble n’est pas toujours celui qu’on croit. CRIMEN FERPECTO ne déroge pas à la règle. De la Iglesia affine son style et nous concocte une comédie noire très savoureuse. En elle-même l’immoralité n’est jamais traitée sous forme de glorification mais sert de prétexte pour jouer avec nos propres notions de morale. Sous une réalisation énergique, de la Iglesia mêle rebondissements et surprises. Nous évoluons sur un fil où la tension est toujours de mise. Un élément vient sans cesse rajouter une difficulté à l’histoire. Aussi impossible à défendre soit le personnage de Guillermo Toledo, de la Iglesia nous rallie à sa cause et impose Monica Cervera comme l’ennemi personnifié. Tour de force ancré dans le second degré qui nous mène vers l’assouvissement euphorique d’une histoire menée tambour battant et qui nous permet de rire de tout, même de la mort.

            JE NE SUIS PA LA POUR ETRE AIME de Stéphane Brizé est une intense satisfaction dont l’espiègle sensation de révélation du sentiment amoureux fait toute la force dramatique. Patrick Chesnais est incontestablement un des atouts primordiaux du film mais il convient de citer avant tout la succulente présence d’Anne Consigny. Ca sent le César. Elle est tout ce que le charme du film symbolise : une beauté discrète, quasiment secrète et qui cherche son pendant face à ses contradictions. Car JE NE SUIS PAS LA POUR ETRE AIME subit les effets les plus néfastes de la politique cinématographique française. Récit lent, photographie morne, déprime ambiante et manque d’ambition. Or sa grande force est d’avoir su exploiter avec un maximum d’impact émotionnel ce qui pourrait être des défauts. Les personnages sont très bien exploités dans leurs caractéristiques du quotidien et notamment des espoirs déchus. Les âmes qui se cherchent se frôlent sans savoir comment s’exprimer. Il y a aussi beaucoup d’humour qui se cache derrière toute cette sobriété. C’est touchant, triste, sensible et plein d’espoir. Plein d’espoir parce qu’il faut parfois arrêter de jouer au con. Ecouter ce que fredonnent ses sentiments ça ne s’achète pas et pourtant ça vaut tout l’or du monde.

PETER JACKSON            Et puis il y a le cas Kong. King de son prénom. On aime bien Peter Jackson parce qu’on lui doit les remarquables FORGOTTEN SILVER et BAD TASTE. Et puis il n’a pas été complètement manchot sur la trilogie THE LORD OF THE RINGS. Il avait raté THE FRIGHTENERS mais ne comptait pas de véritable mauvais film. Jusqu’à présent.

KING KONG c’est un peu l’exemple que tout est possible quand on a décidé de vous faire croire à l’incroyable. Aucune limite. Faut quand même être légèrement demeuré pour trouver vraisemblables toutes les situations où la démesure des effets spéciaux entre en jeu. Quelques exemples :

- le gorille qui nous refait le coup de Bambi sur le lac gelé. Avec un faon je comprends que la glace ne craque pas mais un gorille de plusieurs tonnes…

- comment qu’il fait Kong pour détacher Naomi Watts des cordages qui enroulent ses mains sans lui arracher les poignets ? C’était pourtant prévu dans le scénario mais ils se sont rendus compte au dernier moment que c’était moins glamour Naomi Watts avec des moignons. Et puis Djamel n’était pas libre…

- la course au milieu des dinosaures. Comment peut-on ne serait-ce qu’avoir l’idée ? Quel mépris du spectateur ! Rien que pour ça j’aurai dû quitter la salle.

- à choisir entre me faire bouffer par des bestioles volantes ou me faire tirer à bout portant par un jeune chien fou qui tente de les viser, je me demande si je ne choisirais pas la seconde solution…

- Kong qui tombe dans le vide et qui se rattrape à… des lianes !!!

A tout cela on pourrait encore rajouter une longue liste d’évènements improbables :

- d’où qu’elle sort cette fameuse carte d’une île où personne n’a encore jamais mis les pieds mais qu’il y a bien quelqu’un qui sait la situer pour l’avoir dessinée ?

- endormir ce grand Kong avec du chloroforme, pourquoi pas. Mais j’aurais bien aimé que Peter Jackson se passe de son incroyable ellipse pour nous dire comment ils s’y sont pris pour le transporter dans le rafiot.

- et Naomi Watts par l’odeur du gorille alléchée ? D’où qu’elle sort à la fin du film lorsque Kong s’en va faire des siennes dans la ville ?

- dans cette même fin du film elle semble avoir bien chaud pour sortir en robe de soirée en pleine nuit d’hiver. Même pas la chair de poule en haut de l’Empire State Building ! (Tiens il fait déjà jour !!!)

Du grand foutage de gueule vous l’aurez compris, si bien qu’il m’est arrivé de me demander si Jackson ne méprisait pas plus ses producteurs hollywoodiens que son public. Un peu comme s’il n’avait plus rien à prouver après sa trilogie THE LORDS OF THE RINGS et qu’il leur prouvait que leurs pleins pouvoirs leur permettent de tout montrer sans qu’ils n’aient pour autre souci que la rentabilité financière de leur produit. Dans la surenchère de l’invraisemblance il va quand même très loin. Mais c’est en totale contradiction avec sa première partie pour que l’on puisse élaborer cette thèse plus avant. C’est en tous points la plus réussie puisque c’est le seul moment où il s’intéresse à son histoire et non pas à uniquement à l’impact de l’image. La reconstitution des années est particulièrement soignée. Il prend du temps pour définir ses personnages. Et ses plans sont aussi très construits. Sans pour autant être en recherche d’une force émotionnelle en surimpression, tout est à peu près juste en dépit d’une orchestration symphonique trop académique.

C’est alors que le film se termine. Naomi Watts deviendra l’objet convoité par Kong. Adrian Brody la figure du héros au grand cœur. Jack Black (éblouissant dans un rôle à la mesure de son talent, enfin !!!) le salaud par qui le danger se propage. Et Andy Serkis la touche d’humour du film. Il me semble aussi avoir vu un black à la parole sage, pour les quotas. Bref, tout cela ressemble étrangement à tous les ingrédients nécessaires pour faire un bon film, selon des producteurs bien attablés derrière leur bureau.

Heureusement qu’il y a les effets spéciaux ! Eh bien non ! Même pas ! Si vous voulez voir des dinosaures louez-vous plutôt JURASSIC PARK. Il y en a plein, de toutes sortes et des qui font peur. Car ça n’a pas vraiment beaucoup évolué depuis. Ou plutôt si. Mais en ce qui concerne les évolutions techniques Peter Jackson préfèrera dépenser l’argent pour la création virtuelle du gorille. Création par ailleurs assez efficace pour les gros plans mais Kong manque cruellement de notion bestiale. Peter Jackson fait une erreur en croyant qu’il faut plus mettre l’accent sur l’agressivité et la méchanceté du gorille. La bête ne parvient jamais à faire peur et ne s’impose que par sa puissance et ses dimensions. Dans les mouvements c’est encore pire. Comme les effets spéciaux n’arrivent encore à donner de poids aux volumes, Kong bouge sans crédibilité. C’est aussi le cas des dinosaures précédemment cités. Pour ce qui est des grosses bestioles, là aussi préférez une relecture de STRASHIP TROOPERS où l’invasion est bien plus flippante et anarchique qu’ici.

Puisque nous parlions de sexe plus haut (ah ! Je croyais que c’était du cul ?) nous pouvons regretter la dimension érotique du remake de John Guillermin qui n’apparaît nullement dans la version Jackson. Non exempte de défauts il y avait cependant l’exquise Jessica Lange ! Naomi Watts est follement attrayante mais elle n’a pas la dimension érotique que Jessica Lange colportera dans beaucoup de films. Dire que c’était son premier film à la Belle ! La relation Belle-Bête prenait alors son sens par la notion de désir qui ne pouvait s’assouvir. Ce qui avait amené l’année précédente Walerian Borowczyk à réaliser LA BETE où il y annonçait les principes de ce désir dans un épanouissement inverse. Dans la version 2005 point d’érotisme. Point d’explication non plus sur les liens qui se développent entre eux. Peter Jackson ne parlera pas non plus de KING KONG comme figure emblématique de la barbarie contemporaine. On est dans du grand spectacle, on reste dans du tout public au maximum et on ne vise que le chiffre. On ne peut décemment pas se dire satisfait.

            Trois films à voir et à revoir pour leurs partis pris esthétiques. SUD PRALAD d’Apichatpong Wheerasethakful est un hymne à la nature et à la supériorité de ses pouvoirs quasi mystiques. Joli film où l’homme se mêle à la nature dans une danse très intime. On appelle cela la subtilité thaïlandaise. En tout cas le film se regarde comme un conte, avec des yeux totalement émerveillés.

TIAN BIAN YI DUO YUNTIAN BIAN YI DUO YUN de Tsai Ming-Liang. Beaucoup de sexe comme celui dont nous avons parlé tout à l’heure mais encore engoncé dans des tabous idiots. Belle scène de sitophilie pour commencer et ode charnelle jusqu’à la fin. Le cinéma asiatique n’en a pas fini d’associer l’eau à son existence. Donc au corps. Ici elle est source de plaisir sous de nombreuses formes. Forcément sexuel. Magnifiés par une lenteur caractéristique d’un certain cinéma asiatique, certains plans sont vraiment passionnants. Et toujours pas d’images. Pffffffffffffffffff…

Pour les fêtes, Arte a eu la bonne idée de nous repasser en version originale (y a-t-il encore des rustres qui regardent les films doublés en français et qui osent venir sur ce blog ?) THE RED SHOES de Michael Powell et Emeric Pressburger. Le film date de 1948 et cela se sent un poil. Décidément on se permet beaucoup de choses aujourd’hui… On ne peut toutefois s’empêcher d’être en admiration devant le somptueux Technicolor utilisé par nos deux compères. Etonnante complicité cinématographique dont je n’arrive pas à trouver d’exemple dans le cinéma mondial pouvant retranscrire une collaboration si fructueuse, si longue et sans lien de parenté. Le ton pouvant nous paraître suranné de nos jours, THE RED SHOES reste, avec son style flamboyant, une belle réussite d’une histoire magique et tragique.

            Ces fêtes sont aussi un agréable moment où les enfants peuvent se régaler fièrement devant WALLACE & GROMIT IN THE CURSE OF THE WERE-RABBIT de Steve Box et Nick Park. De l’animation millimétrée, techniquement hallucinante où la folie de l’histoire nous ramène à un plaisir d’enfant. Phase de régression plaisante qui échappe à la mièvrerie généralement de mise. Un amusement que l’on peut partager à tous âges sans s’offusquer des prétentions cinématographiques.

            Un vieux film noir avec du blanc, ça vous dit ? Pourquoi pas taper dans les années 40 et piocher DOUBLE INDEMNITY du très efficace Billy Wilder ? L’intrigue ne vous paraîtra pas très originale mais elle devait sûrement l’être en 1944. Seulement elle a tellement été reprise en tous sens et mise à tant de sauces différentes qu’elle paraît un peu clichée. Mais comme c’est Billy Wilder aux commandes les pièces du puzzle s’emboîtent petit à petit avec une vraie maestria qui rend le film constamment attrayant. Vous y découvrirez notamment une scène dans un train qui a sans aucun doute inspiré Stanley Kubrick pour son LOLITA.

BILLY WILDER            Vous pourrez faire la comparaison avec le polar King Kongais (oh la sale vanne ! Et puis personne ne l’a jamais faite !) de Johnny To : DAI SI GEIN. Beaucoup de flingues et si peu d’humeur ! Pour l’originalité vous repasserez. DAI SI GEIN est efficace là où on lui demande de l’être et puis c’est tout. C’est bien la première fois qu’un asiatique ne termine pas son boulot par la phrase culte : « Y’a un peu plus, je laisse ? »

            TOUT POUR PLAIRE de Cécile Telerman est l’exemple type du film dont le titre attire les jeux de mots. Ce serait donc trop facile. Parlons plutôt du concept. Le film de filles fait par une fille, avec des filles et pour des filles. Le scénario est une compilation de morceaux d’articles découpés dans « Elle ». On essaie de parler avec une liberté de ton censée caractériser nos jeunes femmes, sans trop se préoccuper des vraies raisons de leurs échecs et, pourquoi pas, de leurs réussites. Mathilde Seigner est insupportable comme toujours, Anne Parillaud aussi craquante qu’elle sait l’être et Judith Godrèche semble la seule qui essaie de composer un personnage à travers ses complexités. Mais n’y a-t-il donc pas d’issue pour les âmes en quête de leur destin ? Ca devient affligeant les films qui prétendent toucher du doigt la vérité féminine et ses impossibles paradoxes. C’est quand même pas compliqué de revoir un Bergman !

            Ron Howard nous l’aimions volontiers quand il jouait les Richie Cunningham car ses prétentions de cinéastes nous ont inlassablement laissés cois. Il faut dire que les COCOON, BACKDRAFT, APOLLO 13 et autres EDTV ont largement contribué à édifier les structures du spectaculaire américain qui ne recherchait que la tricherie pour mieux manipuler le public. Je ne suis donc pas habitué à dire du bien de lui et pourtant il faut bien constater qu’en 2001 A BEAUTIFUL MIND était le seul de ses films à m’avoir bluffé. Evidemment plein de choses à redire mais Russell Crowe était formidable et Jennifer Connelly plus que sublime. L’histoire fonctionnait correctement et méritait son petit succès. Alors que Ron Howard pèche constamment dans les bons sentiments, un manichéisme excessif et une vision des personnages toujours équivoque, CINDERELLA MAN se poursuit dans la même veine. Cependant c’est encore un film plaisant à suivre. Loin derrière A BEAUTIFUL MIND, certes, et cela à cause d’une mesure inhabituelle en ce qui concerne les excès qui lui sont propres. Et puis on retrouve là Renée Zellweger, l’une des pires actrices du système hollywoodien. Elle n’a pas la carrure nécessaire pour jouer une femme de cette trempe et son manque de charisme contraste fortement avec la présence de Russell Crowe qui l’efface complètement. Après Kubrick ou Scorsese, on ne saurait rien attendre de la part de Ron Howard en ce qui concerne les combats de boxe et leur mise en scène. Pas de déception, donc. Platitude généralisée. C’est Ron Howard, après tout ! Pour la boxe il y a RAGING BULL, WHEN WE WERE KINGS et à la limite ROCKY. On voit mal l’influence. Pour Ron Howard ça ne serait pas plutôt « Les cochons dans l’espace » ?

            DOUCHES FROIDES est le premier long métrage d’Antony Cordier. Son plus gros problème vient du rythme. Certaines scènes sont trop longues et empêchent l’histoire de trouver les différents souffles qui vont donner du relief à son parcours. Cela nourrit parfaitement l’intimité des personnages mais ralentit considérablement la vivacité requise par moments. Mais ne passons pas sous silence qu’il s’agit d’un film très réussi. « Meet za monsta », comme le décortique si bien Salomé Stévenin, pourrait tout à fait résumer cette histoire où le monstre s’approche, ensorcèle sa proie jusqu’à ce que cette dernière tire les leçons de ce qu’elle n’aurait jamais pu connaître sans l’expérience.

La caméra pudique d’Antony Cordier filme avec beaucoup d’émotion les ébats amoureux et les labyrinthes où se perdent nos jeunes protagonistes. Johan Libéreau est particulièrement convaincant mais on retiendra la fabuleuse Florence Thomassin,WHERE THE TRUTH LIES sous-employée, et qui trouve ici un rôle pas encore à sa mesure mais où elle excelle une nouvelle fois.

            Nous terminerons avec encore un peu de sexe puisque nous allons parler du dernier film d’Atom Egoyan : WHERE THE TRUTH LIES. Ce film est construit comme une symphonie. Il faut prêter une attention toute particulière à la bande originale très présente qui enserre le film et le guide dans ses moments de mystère, de désir et de manipulation. Tout comme le scénario, elle nous mène sur de fausses pistes en laissant place à des atmosphères très marquées mais la plupart du temps trompeuses.

Le scénario est absolument brillant. Mais il ne serait pas grand-chose sans la magistrale mise en scène d’Atom Egoyan. Tout au long du film il met en valeur les clés de l’intrigue qui n’ont aucune signification pour nous lorsqu’elles nous sont montrées comme des détails. On sent pourtant qu’il y a une certaine importance qui nous échappe. Tout cela n’aura de portée que lorsque tous les éléments auront été édictés et mis bout à bout. A ce niveau c’est de l’orfèvrerie.

On savait déjà que Kevin Bacon était un excellent comédien par des films tels que SHE’S HAVING A BABY, FLATLINERS, JFK, MURDER IN THE FIRST ou SLEEPERS. Il est à nouveau parfait ici, en donnant beaucoup d’humanité à un personnagen très obscur, qui tient sur ce que l’on peut imaginer de lui. Le véritable danger était donc de montrer plus de choses qu’il ne le fallait. Mais il est suffisamment en retenue pour camper cet homme finalement si fragile. Colin Firth est un pendant tout aussi immoral. Le duo fonctionne à merveille par leur complémentarité. Et puis il y a Alison Lohman, véritable révélation, qui est un personnage plus complexe qu’il n’y paraît et que le scénario a réussi à sortir d’une sombre médiocrité. Alison Lohman développe ici un beau tempérament de comédienne. Un peu uniforme mais souvent très intense.

Ah ! Puisqu’il est question de sexe, nous pointerons du doigt une scène où Kevin Bacon prend une jeune femme en levrette, et qui manque singulièrement… de sexe ! Le cinéma c’est faire semblant ; c’est mieux si le spectateur ne le voit pas.

C’est l’un des derniers grands films sortis cette année. Ne le manquez pas.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Samedi 24 décembre 2005

            Si j’avais une quelconque influence…

ANGEL-AJe vous dirais de ne pas aller voir ANGEL-A de Luc Besson. Pas que nous ne supportions pas le gars, au contraire, il restera éternellement le grand réalisateur de NIKITA ou de LEON. D’ailleurs nous considérons tous ses films comme bons. L’exception qui confirme la règle est THE FIFTH ELEMENT, triste déception concrétisant les errements du cinéma fantastique dans ce qu’il a de plus minable. Le film est plein de riches idées mais Besson n’y exploitait que l’efficacité (qui n’est pas un défaut en soi) des stéréotypes de la facilité. Même pour ANGEL-A on ne peut pas dire que le film soit franchement mauvais. Pas terrible tout au plus.

La faute tout d’abord à un scénario d’une indigence extrême. Les bons films reposant sur des scénarios dépouillés existent (tiens, il faudra que j’en parle à Lars Von Trier un jour !) mais cela ne signifie pas inconsistance. Pire. Associée à cela ce qui flingue l’intrigue est la naïveté de cette histoire à deux escudos d’ange gardien tombé du ciel. Déjà vu me direz-vous. Oui mais ce n’est pas bien grave. On peut encore faire un bon film sur la guerre (même si Sam Mendes s’est récemment planté) vous répondrai-je. Les maladresses que cumule ANGEL-A sont de traiter ce sujet :

1 / Sous l’aspect du suspens. Cela ne marche pas d’une part car Besson n’a pas jugé utile de nous abreuver d’informations avant la sortie de son film. La bande-annonce et l’affiche nous ont seulement permis de spéculer sur les rares éléments qui étaient à notre disposition. Cette affiche, les différences de couleurs et le trait d’union bâtissaient déjà notre raisonnement par le mystère qui se créait. Il n’en fallait pas moins pour en arriver à se demander si Luc Besson allait oser nous faire le coup du personnage sans sexe. Le secret imposé eu donc raison de l’obscurité qu’il souhaitait instaurer. Mauvais marketing. J’ajouterais pourtant qu’ayant connaissance des problèmes qui l’ont amené à agir de la sorte pour chaque sortie de ses films, je suis assez d’accord avec cette façon de faire.

D’autre part il aurait fallu instaurer une véritable quête autour du personnage de Rie Rasmussen. Lorsqu’elle lui avoue Jamel sa véritable identité cela ne fait pas plus d’effet qu’un pétard mouillé.

2 / Sous l’aspect de la morale révélatrice. Cette histoire d’ange gardien de vérités, qu’il n’appartient qu’à Jamel Debbouze d’appliquer pour s’affirmer, est d’un convenu qui frise lourdement le grotesque. On aurait souhaité un peu plus d’originalité dans le traitement du mysticisme.

3 / Sous l’aspect du néologisme visuel classique. Toute la complexité de la crédibilité cinématographique réside en cela. Pour y croire encore faut-il que Luc Besson nous en donne les moyens. Pour admettre un miracle il faut vraiment qu’il s’apparente à ce néologisme visuel et non pas à un cendrier qui lévite. Pour parler de manière plus grossière, Luc Besson nous refait le coup des extra-terrestres de THE FIFTH ELEMENT. Dès que l’on parle ou imagine ces êtres il faut pouvoir faire en sorte que l’image soit aussi convaincante que notre force imaginative. C’est pour cela qu’ils ne fonctionnent pas dans ce film, comme dans le CLOSE ENCOUNTERS OF THE THIRD KIND de Steven Spielberg. Il est parfois préférable de ne pas montrer ce dont on parle. Pour les deux autres cas de figures prenons les exemples de 2001 : A SPACE ODYSSEY où Kubrick a eu l’audace de ne pas nous montrer les extra-terrestres pour plus de crédibilité, et ALIEN qui est l’un des rares films où le monstre fonctionne assez bien. Cela ressemble à un compliment pour Ridley Scott mais en vérité il est adressé à H.R. Giger.

Vous comprendrez donc que nous sommes passablement amusés devant si peu de bon sens. Le moment où Rie Rasmussen déploie ses ailes devient alors le climax de cette démonstration de ridicule. Cette scène étant aussi la plus mal réalisée par Besson. Malhonnête dans la mise en scène, gauche dans la réalisation et à contre-pied des éléments préalablement instaurés. Mal réalisée aussi la scène où Rie Rasmussen se débarrasse des trois petits voyous venus racketer Jamel Debbouze. Son coup de pied retourné est l’occasion pour Besson d’effectuer un rapide mouvement de caméra qui cache l’action et nous empêche de faire appel à notre mémoire pour comprendre ce qui s’est passé. Seule la conséquence de l’action (les trois jeunes couchés au sol) nous l’apprend. C’est ce que j’appelle de l’efficacité mêlée à de la malhonnêteté et qui est la marque de fabrique des films d’action qu’il produit. Pourquoi tu n’appelles pas ça de la merde ? Comme tout le monde… Lorsque la résultante de l’action devient plus conséquente que l’action elle-même peu importent les moyens qui permettent d’aboutir au résultat recherché. C’est ainsi que sont nés des réalisateurs tels que Renny Harlin.

Il faut dire que Luc Besson se restreint énormément niveau boulot. On a l’impression qu’il effectue le minimum syndical sur une commande qui ne l’inspire pas tant que ça. Etonnant pour quelqu’un qui a toujours cherché à ne pas réaliser le film de trop. On l’a déjà dit, il l’a fait avec THE FIFTH ELEMENT. Détends-toi un peu maintenant, Luc ! Par exemple, c’est assez étonnant comment il traite les trois jeunes lascars dont nous avons parlé plus haut. Voilà exactement ce qui correspond au stéréotype des jeunes racailles de cinéma. Celui qui joue à se raser avec son couteau représente tout ce qu’il y a de plus caractéristique dans le rôle du méchant qui joue à montrer qu’il est très très méchant. Gilbert Melki est plus en retrait sur ce registre. C’est sûrement le personnage le plus convaincant. C’est en partie pour cela que l’on ne marche plus lorsque Jamel Debbouze fait irruption dans sa chambre et le menace de manière bien autoritaire. Il a bizarrement perdu toute son aura. Ah, mais j’oubliais : c’est un miracle !!!

Pas de miracle non plus en ce qui concerne les comédiens principaux. Rie Rasmussen a sûrement été bien coachée mais très mal dirigée. Elle exécute correctement toute la technique qu’on lui impose mais se trouve bien désemparée pour nourrir un personnage par les éléments qui le définissent. Et son accent lui joue cruellement des tours puisqu’on ne compte plus les phrases difficiles à comprendre pour nous, simples français. En ce qui concerne Jamel Debbouze, c’est un peu comme s’il déambulait dans le cerveau de Georges Moustaki. C’est très limité. Comme bon nombre de comiques, il essaie de se racheter une crédibilité de comédien en acceptant des rôles censés exploiter ses autres talents. Mais aussi à l’aise soit-il dans son univers, il est manifestement pénible pour lui d’afficher un patchwork d’émotions plus étendues. Et puis il est impossible de penser que Luc Besson croit en ce qu’il dit lorsqu’il affirme qu’il n’y avait que Jamel pour jouer ce rôle et que sans lui il ne l’aurait pas fait. Stupidité moustakienne. Personne n’est irremplaçable. Surtout pas Jamel. Pas dans ce rôle qui manque autant de charisme. On en arrive même à souhaiter que le garde du corps de Gilbert Melki lâche Jamel lorsqu’ils sont en haut de la Tour Eiffel. Face à Gilbert Melki qui est étonnamment pernicieux on rêve qu’il gagne le duel de cette façon, et on se dit que ce serait vraiment bien si Luc Besson tuait son personnage principal dès le début. Voilà qui l’aurait obligé à plus de hardiesse. Mais Luc ne l’est pas. C’est Françoise !

On ne va certainement pas tout jeter. Il y a une chose essentielle sur laquelle il convient de revenir. Ce que Besson filme le mieux c’est Paris. Le noir et blanc c’est pour elle. L’intrigue c’est pour elle. Ses quartiers donnent tout le relief au film. Sa lumière envahit l’écran. Tout est prétexte à la mettre en valeur autour d’une histoire un peu trop… J’allais dire fleur bleue. Mais non. C’est Paris qui est fleur bleue. Et non pas naïve, ce que Besson confond un peu trop. On pense souvent au MANHATTAN de Woody Allen mais c’est tout de même moins lyrique. Tiens, à propos des quartiers qu’il filme, j’aimerais bien savoir à quel moment il a tourné la scène devant le Sacré-Cœur. Car pour trouver un seul instant de la journée où il n’y ait personne devant ce monument il faut qu’il s’y déroule un évènement exceptionnel : un tournage. Et là je vous montre du doigt monsieur Besson et je vous dit : « Honte à vous ! ». Honte à toi surtout, d’exagérer si outrageusement cet effet. Il n’a tout de même pas torturé des millions de gens en chantant : «  L’amour ne peut plus voyager, il a perdu son messager… » ! Oui mais ce qu'il convient de dire c'est que la ville qu'il filme ce n'est finalement que son Paris. Un Paris très stylisé, presque abstrait. Honte ?

Je ferai aussi une spéciale cacedédi au bruiteur qui a rajouté en post-production toutes les abominations auditives qui polluent et nos oreilles et la réalisation. Cette dangereuse obligation de tout montrer et de tout entendre !!! On pourrait citer plusieurs scènes mais puisque nous avons déjà parlé de celle en haut de la Tour Eiffel, revenons-y et écoutons les jolis bruits du viseur que tripote Gilbert Melki. Et encore des jolis bruits quand il essuie l’œilleton !!! Il n’en manquerait pas un peu lorsque ses pupilles bougent ?

Enfin mention spéciale à Anja Garbarek qui a composé une bande originale qui parvient à faire oublier la pourtant belle cohésion avec Eric Serra. La musique est enchanteresse et superbement en accord avec le film, et son utilisation est parfaite (comme toujours chez Besson).

Besson ou la perte des états d’âme ?

            Si j’étais un dictateur fou…

J’interdirais de sortie tous les films de Ridley Scott. Nous avons déjà largement dégoisé sur cet imposteur public et nous savons désormais qu’il ne sera plus que source de déception, de perte de temps et d’argent mal dépensé. J’avais déjà raconté en temps voulu comment il m’avait fait gagné 9,40 €, je ne vous raconterai donc pas tout les bénéfices que j’ai tirés de la vision de KINGDOM OF HEAVEN après l’avoir téléchargé comme une brute épaisse que je suis. Ce qu’on ne paie pas n’a pas de valeur. Je confirme.

            Si je connaissais la recette pour marcher sur l’eau…

Je ne la communiquerais pas aux acteurs du film WALK ON WATER d’Eytan Fox. Voilà un bien trop joli film qu’on ne saurait gâter en empêchant le réalisateur de mener à bien son histoire. Il adopte une justesse de ton dans la mise en scène qui serre au plus près les mutations des protagonistes. Les cheminements intérieurs l’intéressent plus que l’efficacité de l’action. Ce qui aurait pu être largement en faveur du contraire vu les sujets abordés. C’est au final une histoire qui se suit allègrement, un brin pleine de bons sentiments et se terminant sur un symbolisme poétique qui ne fonctionne pas très bien. Il n’y a pas de quoi bouder son plaisir au vu des productions largement médiocres qui auront dominé 2005.

            Si j’avais réponse à toutes les questions…

J’attendrais fièrement cette salope de Faucheuse pour lui dire qu’il existe une autre fin. C’est une leçon qu’aurait déjà dû tirer Takashi Miike. Ce très grand réalisateur sadique japonais n’est jamais plus à l’aise que lorsqu’il peut librement laisser s’exprimer ses pulsions et ses fantasmes. CHAKUSHIN ARI souffre de ne pas être assez propice aux perversions humaines. Miike ne peut alors se permettre que de reprendre des thèmes et des effets de style que nous pouvons imputer à RINGU, PON de Ahn Byeong-Ki et autres films traitant de jeunes lycéennes asiatiques. Ca frise même carrément le plagiat de JU-ON par moment.

Bref, voici un film très bien réalisé, efficace, parfois prenant mais sans inventivité. Les effets de surprise sont téléphonés et la mise en scène n’est jamais aussi singulière que le genre le mérite. Cela sent terriblement le surf. La vague du frisson RINGU semble encore un phénomène de mode très présent mais aucun film n’a jamais réussi à égaler le chef-d’œuvre de Nakata.

            Si j’étais champion du monde de décalcomanie…

Je pourrais très bien réaliser un film comme MA VIE EN L’AIR. Mambo du décalco, Rémi Bezançon l’est très certainement. On retrouve dans son film des références à de nombreux longs métrages. La technique de la voiture c’est A BRONX TALE, la baston organisée : L’ŒIL AU BEUR(RE) NOIR, le plan fixe accéléré : A CLOCKWORK ORANGE, le fils qui reproduit les gestes de son père : JAWS (dont l’affiche se remarque à plusieurs reprises) etc. De la décalcomanie, oui. Un hommage, non. C’est toujours l’éternel problème lorsqu’un réalisateur souhaite insérer une source d’inspiration. La reproduction est souvent de mise et s’apparente la plupart du temps à la copie pure et dure. A l’opposé, un cinéaste comme Tarantino sait se réapproprier l’essence originelle pour redéfinir les codes qui deviennent sien. Certains parlent d’évolution du cinéma. Comme s’il pouvait encore évoluer…

MA VIE EN L’AIR est cependant très plaisant. Il s’extrait de la grisaille française par un sens du rythme soutenu. Musique, ellipse, effets visuels etc. Tout est mis en œuvre pour rendre le propos fluide et le désengager d’un souci réaliste si hexagonal. Le travail sur la photographie s’inscrit dans la même nature. On ne s’ennuie pas, l’identité diégétique fonctionne sur un schéma déjà éprouvé mais dont la mise en forme (dialogues, conception des personnages, situation) change le rapport qui s’est instauré avec ce genre de films. C’est donc très proche de nos vies quotidiennes sans verser dans la reconstitution documentaire. C’était le seul moyen pour que le processus romanesque s’achève dans une identification fantasmée.

Marion Cotillard je ne l’ai jamais aimée. Origine : TAXI. Le film est une merde absolue (voilà, je l’ai dit, vous êtes contents ?) et elle n’exprime rien d’autre que de la fadeur et de l’ennui. Pourtant nous avions revu notre jugement très récemment, après le fantastique INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic. Nous continuerons donc sur cette lancée puisque dans MA VIE EN L’AIR elle est à nouveau bluffante. A chaque fois qu’elle ne cherche pas à prouver ses qualités elle touche invariablement au but, émouvante et sensible. Je dirais bien qu’elle fût un peu verte mais vous penseriez que je pense qu’elle est maintenant juteuse.

            Si la beauté se terrait au sein d’un tatouage…

Il y aurait de grandes chances que ce soit celui d’Asia Argento. A personnalité exceptionnelle, film exceptionnel. THE HEART IS DECEITFUL ABOVE ALL THINGS est vraiment prodigieux. D’abord parce qu’Asia Argento y trouve là son meilleur rôle. Absolument brillante en jeune femme désespérée, irresponsable et paumée. Tempérament méditerranéen. La maman et la putain. Asia est magnifique d’attirance instinctive, quasi bestiale. C’est palpable tout au long du film. Histoire terrifiante par ailleurs. Elle campe un personnage sans excuses face à son enfant qui subit ses extravagances. Le petit Jimmy Bennett joue un Jeremiah extraordinaire. Les scènes d’émotion sont complètement désarmantes. Asia Argento ne tire jamais sur la corde de la sensiblerie mais s’axe bien plus sue les horreurs vécues à travers les yeux de l’enfant. C’est criant de justesse à tel point qu’on croirait de l’improvisation.

Les larmes sont une expression de joie de nos yeux. Magnificence des couleurs. Style visuel violent, brut, parfois obscène mais toujours approprié. C’est atypique et doté d’une acuité émotionnelle rare.

            Si la beauté se terrait au sein d’un film…

Ce ne serait certainement pas EDY de Stéphan Guérin-Tillié. Et pourtant, du beau, il y en a à foison dans ce film. Beauté des comédiens, beauté des décors, beauté des plans… Beauté des plans surtout. Des cadres qui ont pris le temps d’être construits, d’être en accord avec la mise en scène et toute la singularité du discours. Et puis on sent aussi que le film a bénéficié d’un étalonnage particulièrement vigilant. Mais tout ceci est vain. Guérin-Tillié plonge sa réalisation dans le même état de déprime que son personnage principal. Un tout petit peu trop. Erreurs de rythme momentanées. EDY est comme une croisière sur le Nil en célibataire. La forme affaiblit plus qu’elle ne galvanise si elle ne s’accompagne pas de ce qui en suggère le traitement. C’est l’histoire d’une mariée sans robe…

            Si j’avais un cadeau de Noël à vous faire…

Je terminerais par ces quelques mots d’Alfred de Musset :

« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées : le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Jeudi 22 décembre 2005

QUESTION : Dans DANGEREUSE SOUS TOUS RAPPORTS, qu'y a-t-il d'écrit sur le T-shirt de la personne qui donne un remède contre la gueule de bois à Jeff Daniels ?


par MAYDRICK publié dans : QUIZZ
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Mercredi 21 décembre 2005

            LE TEMPS QUI RESTE de François Ozon est un film qui s’attarde beaucoup sur la maladie de son personnage principal. Elle n’est pas contagieuse mais on ressort pourtant malade de cette projection dont la sensiblerie semble la seule corde sur laquelle Ozon fait ses gammes. Car c’est la perpétuelle impression que nous donne ce cinéaste. On a toujours le sentiment qu’il est en train de faire ses gammes sur des exercices de style où il se permet de prendre beaucoup de risques. Il arrive donc qu’Ozon réussisse parfaitement ses choix stylistiques et ses partis pris (c’est le cas de SOUS LE SABLE) comme il peut lui arriver de présenter ses erreurs en tant que cheminement de sa réflexion cinématographique (c’est le cas de SITCOM). Avec LE TEMPS QUI RESTE il poursuit sa quête du renoncement dans une ambiance triste, larmoyante et sans véritable introspection sur son propre sujet. Sans intention, le film se prévaut d’être la lente flamme qui termine de se consumer à l’intérieur du corps de Melvil Poupaud, petit acteur sans grande présence et grosse erreur de distribution. Il était bien plus à l’aise dans CONTE D’ETE chez Rohmer. Et dans… dans… Ah non ! C’est tout. Le personnage manque d’épaisseur et le comédien d’imagination, pour essayer de se défaire d’une uniformité constante. Pas d’évolution. C’est bien triste pour un film qui rentre très vite dans l’énoncé du problème, mais qui peine terriblement à illustrer son impact. Ennui de la complaisance.

J’ai beaucoup de difficulté à croire que François Ozon domine ses sujets par le peu de temps qu’il consacre à ses films. Lui qui admire tant Fassbinder devrait savoir que le rythme de travail de celui-ci ne lui a jamais permis de faire un chef-d’œuvre.

            Nouvelle aberration de mise en scène : LORDS OF DOGTOWN de Catherine Hardwicke. Nous avions pourtant beaucoup apprécié son précédent film : THIRTEEN. Mais toute la fougue et la vivacité des skateurs de LORDS OF DOGTOWN se retrouvent également dans la manière de filmer, si bien que nous sommes balancés à droite et à gauche, tourneboulés (je dois pouvoir replacer ce mot dans une expression plus gaillarde), replacés dans un cadre sans aucune cohésion avec le précédent etc. Où se cache le plaisir de faire du skate-board ? J’ai bien une idée mais il s’agit d’un endroit trop sombre pour être filmé… Catherine Hardwicke a bien du mal à représenter l’enthousiasme de cette jeunesse autrement que par une image constamment en mouvement et un montage qui ne laisse pas la place à l’installation du propos, des situations et des personnages. Ici, le but n’est clairement pas de retranscrire une passion mais bien d’éviter de faire décrocher un maximum de personnes. Catherine Hardwicke aurait-elle succombé au miroir aux alouettes qu’elle prétendait critiquer dans THIRTEEN ?

            Florent Emilio Siri avait réalisé NID DE GUEPES en 2002 de manière à ce qu’Hollywood lui ouvre ses portes. Voici le terrible héritage de Luc Besson et du changement qu’il a apporté dans le cinéma français. On citera le cas de Mathieu Kassovitz qui en a déjà fait lamentablement les frais. Siri aime bien enfermer ses pitoyables renégats dans de pitoyables lieux remplis de pitoyables richesses. Comme il sait très bien faire tout cela, il n’a plus qu’à se contenter de jouer au bon petit réalisateur de brasserie qu’il est et le tour est joué ! Du bon produit marketing, bien calibré, sans grande exigence et avec tous les clichés du genre. Genre ? Genre le policier torturé par une ancienne histoire où il a tiré sur un enfant et que le pitoyable méchant est arrivé à savoir parce qu’il est très très méchant. Et comme il n’aime pas Bruce Willis il va décider de lui faire du mal dans son âme en lui rappelant ce douloureux épisode. Ah oui ! Il est quand même très très méchant !!! De la mécanique assez mauvaise, sans intérêt et pas vraiment agréable à regarder.

            Félicitons-nous du dernier Robert Guédiguian. Il nous a livré cette année son meilleur film. Il nous fait bien rire, ce Guédiguian ! Tout comme certaines personnes nous font rire malgré elles, Guédiguian a fait un bon film malgré lui. Enfin, disons tout au plus que la vision de son film est supportable. Précédemment, sa filmographie n’est qu’une accumulation d’impostures et de nigauderies maladroites. LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS a la chance de reposer sur le livre de Georges-Marc Benamou, qui avait lui-même la chance d’avoir le président François Mitterand pour personnage central. Il en reste que, dans le film, Michel Bouquet campe un personnage très cultivé, intelligent et finement observateur. Ses paroles sont comme autant de mystères que Jalil Lespert essaie de décoder, même parmi ses phrases les plus banales. Son atypisme en fait un personnage hors du commun qui devient le véritable intérêt du film. Car, du point de vue de la réalisation, c’est encore par sa faiblesse que Guédiguian se distingue. Nouvelle aisance du bon vieux film français sans énergie et qui manque cruellement de feu intérieur. Guédiguian a toutes les peines du monde à donner du rythme à son histoire et à y apporter ne serait-ce qu’une once de vocabulaire visuel. Monotone et monocorde, LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS ne tarda pas à trouver en Michel Bouquet l’acteur idéal pour ce genre de défi. Engoncé dans sa délicatesse et dans son jeu étriqué, il n’arrive pas à imposer la véritable grandeur de ce personnage central. On ne sent pas beaucoup d’efforts à travers tout cela. Le gros du travail a été fait en amont et même Jalil Lespert, qui est un bon comédien, n’est pas suffisamment dirigé. Tout cela nous fait penser à l’imposteur Jean-Jacques Annaud du temps de COUP DE TETE. Ce dernier avait toutefois réussi à se servir de tous les éléments qu’il avait rassemblés pour en faire un bon film.

Même le montage du PROMENEUR DU CHAMP DE MARS s’embourgeoise d’un classicisme à pleurer où les plans de coupe n’ont aucun dynamisme et n’arrivent jamais à surprendre le spectateur. La photographie est aussi inconsistante. Pas d’intensité dans les couleurs, un contraste bien amoindri et une ambiance toujours froide et morne. Sans aller jusqu’à plagier Tarantino, je suis assez pour que les réalisateurs en manque d’idées se servent de ce qu’ils auraient pu voir faire chez leurs collègues. Encore faut-il cesser de se prendre pour le plus grand réalisateur vivant !

            Si LE PROMENEUR DU CHAMP DE MARS ose aborder la politique, elle n’en reste que le cadre puisqu’on n’en parle pourtant pas. Ce n’est pas le sujet du film et ce n’est pas un sujet cinématographique français. Ce qui est bien dommage car il y aurait beaucoup à dire et trop à dénoncer. Ce qui nous amène directement à parler de Jean-Marie Le Pen, parti la semaine dernière en lutte pour une plus grande liberté d’expression. On croit rêver ! Quand on sait ce que l’extrême droite a fait dans les bibliothèques d’Orange dès son arrivée… Aujourd’hui Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch se félicitent de la pétition signée par plusieurs historiens, visant à abroger la loi Gayssot du 13 juillet 1990 qui condamne le négationnisme. Mais cette pétition ne rallie personne au clan F.N. Elle est juste l’occasion d’ouvrir un débat sur cette loi débile qui ne combat pas ce à quoi elle prétend s’attaquer. Cette loi vise clairement à restreindre une certaine forme de liberté d’expression et c’est pour cela qu’elle est contraire aux libertés individuelles.

Nous avons le droit de tout dire. Aucun argument n’est irrecevable. Chacun a le droit d’exprimer une idéologie. Ce sont ces diversités qui nous bâtissent et font les différentes formes d’opposition d’une société. Décider les formes de pensées est une action plus inquisitrice que démocratique. Il faut savoir qu’accorder la possibilité de s’exprimer n’est pas obligatoirement accepter tout ce qui sera dit. Il appartient ensuite à chacun de combattre les idées les plus abjectes par l’exigence que chacun soulèvera. On ne dissuade pas le négationnisme en l’interdisant. Cette loi est véritablement méprisante envers les personnes qui reçoivent de telles idées car elle leur enlève la faculté de pouvoir décider si elles sont viables ou ignobles.

Contre la loi Gayssot.

            Et puis je n’ai pas pour habitude de dire du bien des blogs ni de vous en conseiller à la lecture car, depuis plusieurs mois que j’en consulte, il ne m’était encore jamais arrivé d’en tomber sur un seul qui soit de très grande qualité. Or, ma persévérance a fini par payer puisqu’au gré de mes pérégrinations je suis tombé, je ne sais plus trop comment, sur le blog très excitant de Brad-Pitt Deuchfalh. Voici l’histoire d’un garçon qui a ouvert un blog le jour de ses 15 ans et qui nous raconte sa vie familiale, ses pensées quotidiennes et plein de petites idées toutes aussi réjouissantes les unes que les autres. La véritable originalité de ce blog réside dans l’écriture de ce roman qui est particulièrement touchante et dans un style qui rappelle « Le petit Nicolas » de René Goscinny. Sa qualité littéraire fait tout l’avantage de ce récit. Par le biais d’images appropriées, de mots savamment choisis et de chutes toujours percutantes, les aventures de Brad-Pitt Deuchfalh sont tour à tour émouvantes, drôles et originales. Lorsque les mots parviennent à rendre les choses aussi présentes qu’elles sont visibles dans notre imagination alors les larmes ne sont jamais loin.

La seule zone d’ombre qui reste encore et le vrai mystère de la démarche de ce blog est que l’auteur continue à laisser croire à ses lecteurs qu’il est vraiment un jeune garçon de 15 ans qui vit exactement ce qu’il décrit. C’est bien évidemment faux mais on ne peut s’empêcher d’être obnubilé par ce que cache ce jeu de masques. On se plaît alors à imaginer ce que l’on aimerait bien trouver derrière cet auteur. Chacun sa réponse. J’y ai souvent vu un jeune homme faisant une relecture du journal intime qu’il avait entrepris jadis, le jour de ses 15 ans. Comme dirait Beck : « Everybody’s got to learn sometimes ».

C’est parfois extrêmement brillant, souvent inégal (comme tous les blogs, y compris « La lumière vient du fond ») mais surtout très sensible sur les qualités humaines. Ce n’est pas vraiment insignifiant ni rocambolesque, mais le lien vaut vraiment le détour :

http://keiser.over-blog.com

            Pour finir, nous allons nous attarder un peu sur le fabuleux ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND de Michel Gondry. Troisième vision et toujours autant de plaisir face à ce que je considère comme le plus grand film de ces dernières années. Ce plaisir est une espèce de savant mélange entre une excitation visuelle que Gondry développe par des astuces techniques de mise en scène absolument délirantes, une vision pessimiste des relations amoureuses contemporaines, née de l’incapacité à remplir les vides existentiels, et une critique de nos sociétés catalogues que l’on peut déceler entre les lignes de ce divertissement effréné.

L’un des principaux artisans de ce joli succès est évidemment le scénariste Charlie Kaufman. On lui doit notamment le scénario de BEING JOHN MALKOVICH, film génial de Spike Jonze. La grande idée d'ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND repose sur un principe qu’il faut faire avant tout valider par le spectateur pour qu’il adhère pleinement aux ramifications qui vont en découler. Processus techniques et principe d’identification aux questions que posent les comédiens doivent débarrasser le spectateur de toute objection. C’était aussi le cas dans le film de Spike Jonze précédemment cité. La lente progression chronologique permettait de ne rater aucune étape nécessaire au mécanisme, de manière à ce que les engrenages s’enclenchent parfaitement. Ici, la procédure reste la même mais le scénario n’arrive pas à nous convaincre complètement. Trop de questions restent en suspend. Or, si l’on n’est pas gagné à 100 %, l’histoire nous captive pourtant par la concrétisation d’un principe fort. Nous vous rappelons que le cinéma n’est pas une affaire de crédibilité. Toute forme de réalisme est donc anecdotique. Pour en revenir au découpage scénaristique, la forme bénéficie d’une idée de départ très pertinente. Le début est en fait un moment M qui intervient aux trois quarts du film. Placé à cet endroit, son utilité est de perdre le spectateur de telle manière qu’il croit qu’après le générique l’histoire suit ce que nous venons de voir. Lorsqu'il prend conscience que la chronologie ne fonctionne pas, la véritable innovation du cinéaste Gondry intervient. Son but est de faire s’évanouir son public dans un rapport déstabilisant à ce qu’il tient pour vrai. Peut-on se fier réellement à ce que l’on voit ? Manifestement non.

Tout de suite, la preuve en image :Si vous regardez cette image sur votre chaise, en face de l’ordinateur, M. Colère est sur la gauche et Mme Calme sur la droite. Maintenant, mettez-vous debout et reculez de 3 à 4 mètres de l’écran… L’illusion a été créée par Philippe G. Schyns et Aude Oliva de l’Université de Glasgow.

Michel Gondry commence à installer sa vision de l’inconscient : nous ne sommes pas maîtres de tout ce que nous décidons. Sublime Jim Carrey constamment dépassé par ses émotions ou par ce qui se joue autour de lui ! C’est le point de départ du film, lorsqu’il décide de partir pour Montauk sur un coup de tête. Inconscient donc. A partir de là, l’histoire s’emballe dans un tourbillon infernal à travers l’inconscient de Jim Carrey. On retrouve là le réel qui s’insère à l’intérieur d’un psychisme (ce qui avait fait le succès de BEING JOHN MALKOVICH). En s’appuyant sur ces notions, Gondry développe toute une idéologie de ce que j’appelais plus haut nos sociétés catalogues (ou sociétés jetables). En effet, l’entreprise qui se propose d’effacer certains pans de mémoire rappelle insidieusement les outils mis à la disposition de tout un chacun afin d’organiser sa vie selon le principe de plaisir. Toute déconvenue, tout malheur, tout mauvais souvenir n’a pas sa place dans la vie que l’on se crée de cette manière. Quand la réalité devient virtuelle…

Sans verser dans le cynisme, Gondry se contente de peindre une société dans ce qu’elle a de plus terrible, à savoir la commercialisation de la vie comme un bien. Lorsque Kate Winslet et Jim Carrey souscrivent un effacement partiel, ils achètent la vie dont ils rêvent. Prépondérance du principe de plaisir. C’est pessimiste et sombre. Mais pas très éloigné de la réalité. C’est d’ailleurs ce qui produit l’immense manque de chaleur que dégage ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND. Si l’histoire d’amour entre Jim Carrey et Kate Winslet est l’enjeu de tout ce propos, elle n’est jamais envisagée par le rapport au couple. Chaque intérêt est avant tout personnel et basé sur une énorme dose d’égocentrisme. Cela a pour effet de distancier la relation. C’est une question de romantisme contemporain. Les histoires d’amour ne sont plus envisagées que sous un rapport unique et personnel. On pense ici beaucoup au ZUI HAO DE SHI GUANG de Hou Hsiao-Hsien qui montrait les différents comportements amoureux selon les époques. L’atmosphère perturbée de nos sociétés semble déteindre de la même manière sur les relations amoureuses. Les nôtres sont bien torturées !

ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND est bien évidemment un film sentimental, passionnément romantique. Mais dans l’incapacité d’atteindre ses rêves. Le problème vient principalement des personnages, qui sont victimes des mœurs et des représentations des rapports humains. Toujours en adéquation avec notre époque contemporaine, ce sont des protagonistes qui n’ont plus la passion de l’indifférence. Pour eux tout mauvais souvenir est un sentiment négatif et par son effacement ils n’apprennent plus rien de leur vécu. C’est ce que raconte la douce mélancolie de Beck : « Everybody’s got to learn sometimes », qui imprègne si bien le film.

Jim Carrey est absolument phénoménal. On le savait déjà depuis THE TRUMAN SHOW, MAN ON THE MOON ou même BRUCE ALMIGHTY, mais ici il passe d’une folie comportementale à un désespoir intérieur par de nombreuses et subtiles émotions. Drôle, émouvant, déstabilisant, il est notamment d’une justesse à couper le souffle dans la séquence prégénérique. A Montauk, tout son parcours avec l’utilisation de la voix off renforce un malaise intérieur qui rend sa solitude quasi étouffante pour nous.

Kate Winslet a un jeu plus discret mais elle est une toute aussi grande comédienne, autant à l’aise dans les séquences où son extraversion est le moteur de l’action que dans les scènes plus intimes où la diversité des émotions qui la submergent nous parvient dans son intégralité. Cette actrice a une véritable grâce. Du charme, de la beauté et de l’intelligence dans le regard. Tout ce qui sert à créer des étincelles.

Kirsten Dunst en fait beaucoup, elle aussi. Des étincelles. Nous avons déjà loué sa félicité à maintes reprises, mais dans l’univers de Gondry comment l’oublier en petite culotte dansant sur le lit de Jim Carrey ? Ca aussi, c’est de la trouvaille visuelle. Il n’y a pas que l’innovation qui marque les esprits. Une telle simplicité que celle de Jim Carrey dans le métro, la tête en arrière, et Kate Winslet les jambes allongées sur la banquette de devant, uniquement cela suffit à en faire un des plans les plus magnifiques du film. Magnifique car on ressent à ce moment-là toute la pesanteur des univers de chacun, qui s’opposent par leur méconnaissance, s’alliant à une difficulté de communication qui guette le moment propice. Ce sont ces petites touches qui définissent le mieux la complexité des liens humains au sein de nos sociétés.

Saluons aussi avec beaucoup de déférence la photographie d’Ellen Kuras. L’image du quotidien qu’elle impose se manifeste par une crudité assez poussée qui contraste avec le caractère beaucoup plus abstrait des lumières, lorsque l’on voyage dans la tête de Jim Carrey. A ce moment, les partis pris esthétiques sont très poussés et œuvrent pour l’originalité du film. C’est très proche de MERCI LA VIE où Blier choisissait des thèmes similaires. La représentation de son existence vécue de manière virtuelle. Et puis, il faut aussi parler de plans aussi sublimes que la plage enneigée ou la scène sur le lac gelé. C’est quasiment photographié de manière iconographique. Eblouissant !

            Je relis ce texte et je m’aperçois avec détresse que c’est sans nul doute le moins bon qu’il m’ait été de vous faire part depuis que j’officie en ces lieux. Il est très souvent exact d’imputer un mauvais film d’un grand réalisateur à un manque d’ambition ou d’envie. Je me dis que je ne suis pas un grand réalisateur mais le manque d’envie a eu raison de moi. De mon avis personnel cet article subit encore les effets du « fa dièse mineur ». Je cherche à oublier mais mon esprit se perd comme des volutes tabagiques. Chercher à rassembler la fumée serait aussi productif qu’apprendre à chanter à Georges Moustaki. On dit souvent « Demain est un autre jour », « Qui vivra, verra ». On dit aussi qu’il ne faut pas écouter ce qu’on dit. Il pleut.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mercredi 21 décembre 2005

QUESTION : Qui a réalisé le premier long métrage parlant britannique ?


par MAYDRICK publié dans : QUIZZ
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