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Lundi 21 novembre 2005

            J’aime les questions qui font avancer par leur positionnement. Le plus souvent celles qui surgissent lorsque le silence envahit les espaces de ses ombres noires et que l’emprise se relâche. L’heure du loup. Le moment où les démons apeurés par la lumière du jour, se matérialisent en douces liqueurs atrabilaires.

- Partir pour Hollywood.

- Le souvenir de cette jeune femme qui pleure. Je demanderai pardon plus tard. Dites-lui que j’ai peur pour elle. Dans les sous-sols, quand il fait noir.

- La nostalgie des premières heures.

- Cordes vocales fatiguées.

- Savoir ne pas céder à chacune de ses envies.

- D’autres mains pour panser mes blessures.

- Les roses se fanent plus vite que le souvenir de leur offre.

Dans les chambres d’hôtel transpire une solitude qui humidifie les phalanges et fait glisser l’anneau du doigt. Le métal qui heurte le sol glacé résonne d’une culpabilité outrageante. Le bruit d’un rêve qui se brise ressemble étrangement à celui du miroir qui se fissure quand il ne supporte plus de nous renvoyer notre image.

            A propos de miroir, il est assez anecdotique de se demander pourquoi, lorsque l’on s’y regarde, la droite va à gauche et la gauche à droite alors que la tête reste en haut et les pieds en bas…

WILLY WONKA & THE CHOCOLATE FACTORYCHARLIE AND THE CHOCOLATE FACTORY

             Dans le combat qui opposait Charlie à la Chocolaterie, l’image semble se craqueler sous l’effet du propos altermondialiste niant l’exception enfantine. Dans WILLY WONKA & THE CHOCOLATE FACTORY, Mel Stuart avait réussi à imposer un univers enchanteur particulièrement atypique. Gene Wilder y campait un Willy Wonka délicieux par son irrévérence. Le mystère qui entourait ce caractère déviait la mièvrerie habituelle de ce genre de films vers un propos plus ouvertement décalé. C’était excitant et très incorrect. Celui créé par Johnny Depp (toujours impeccable) garde les mêmes composantes. Mais l’erreur de Tim Burton réside dans le développement biographique du personnage. Le mystère se délite et toute l’originalité disparaît au profit d’une étude psychologique rébarbative. Chez Tim Burton, toute explication diminue le rôle prépondérant de Willy Wonka. Dommage. Mel Stuart n’étant pas un réalisateur au talent gargantuesque, il avait cependant réussi à comprendre cela, ce qui insufflait toute l’énergie nécessaire au film. Dans cette première version, les enfants se voulaient très caricaturaux et nous aimions que leurs individualités soient exploitées de manière maximale. Dans CHARLIE AND THE CHOCOLATE FACTORY nous sommes en droit de reprocher un manque d’attention envers nos petites têtes blondes. Leur rôle est plus aseptisé. Tim Burton accorde beaucoup plus de son temps au monde dans lequel vit Willy Wonka et notamment à ses diverses machines ultrasophistiquées. Je pense surtout à l’ascenseur invisible qui est un gag formidable mais d’une aberration technologique qui nous laisse en dehors de l’action. Dans le film de Mel Stuart le manque de moyens ainsi que le côté carton-pâte rendait la chocolaterie tout à fait extraordinaire et parfaitement crédible dans l’émerveillement qu’elle pouvait exercer sur les enfants. Par sa surenchère Tim Burton ne parvient pas à retrouver cette crédibilité. Les effets spéciaux prennent sans cesse le dessus sur la surprise enchanteresse.

On peut aussi beaucoup pérorer sur le personnage de Charlie Bucket. C’est le moins intéressant de tous. Fade et volontairement sans défauts, il fait figure de l’enfant idéal sous tous rapports. Mais ce n’est qu’une conception utopique. Il manque de consistance dans sa vision du monde et dans son rapport aux autres. Il est construit sur une seule couleur mièvre qui le relègue au rôle de faire-valoir. Chez Tim Burton, alors que Willy Wonka est beaucoup plus envisagé sous l’angle d’un président à la tête d’une entreprise qu’il fait passer avant tout, Charlie Bucket offre un contrepoint raisonnable et humain à cette logique industrielle. Mel Stuart s’attachait plus au rôle que Willy Wonka exerçait sur les enfants. A ce titre, la fin nous révèle l’axe sur lequel les deux réalisateurs évoluent puisque c’est la seule grande partie du film à changer radicalement. Ce n’est pas innocent si Tim Burton remplace Willy Wonka par Charlie, dans son titre, puisqu’ici les deux éléments s’opposent alors qu’ils se faisaient complémentaires chez Mel Stuart. Là, Willy Wonka oeuvrait pour les enfants dans le sens où certaines vertus se voyaient récompensées. Dans la version 2005, c’est Charlie Bucket qui fait la leçon à Willy Wonka. Nous sommes toujours dans l’excès. Excès pas un peu trop ?

            Revu DARKMAN de Sam Raimi. Pas une grosse impression à la première vision. 13 ans plus tard je retrouve cette histoire bien improbable avec une certaine joie. Nous retrouvons ici tous les thèmes qui seront développés plus tard, et de manière moins conventionnelle, dans SPIDER-MAN.

Dès le début, Sam Raimi se trompe de sujet. Il s’intéresse davantage à filmer l’action et ses résultantes qu'à la détresse de Liam Neeson, véritable clef de voûte du film. C’est elle qui fait avancer le film par la quête de Neeson. Le réalisateur retiendra la leçon et s’attachera dans ses prochains films aux caractères psychologiques de ses personnages.

Alors, bien sûr, on sent encore beaucoup les années 80, et les fonds bleus ont laissé pas mal de traces, mais le talent de Raimi rend cette histoire suffisamment intéressante pour que l’intérêt ne diminue jamais. Il n’était pourtant pas aussi consciencieux qu’à l’heure actuelle. C’est ainsi qu’après la faramineuse explosion de son laboratoire, Liam Neeson revient dans cette ruine, retrouve son ordinateur, le rebranche et élabore les composants cellulaires nécessaires au renouvellement de ses tissus. C’est con, il aurait pu toucher l’assurance mais il préfère continuer à jouer avec son tas de ferraille. Si Sam Raimi en fait un remake je lui conseille le napalm ou une quelconque bombe à neutrons…LORD OF WAR

            Au rayon des prochaines sorties de films, nous reparlerons le 04 janvier 2006 du LORD OF WAR d’Andrew Niccol. Film très attendu puisque ce dernier fait un peu figure de petit génie du renouveau scénaristique. En 1997, il avait frappé un grand coup (chose qu’aime beaucoup la jeune mariée) avec l’extraordinaire GATTACA. Coup de maître. Confirmation dès l’année suivante avec THE TRUMAN SHOW. Ensuite, les choses se compliquent un petit peu. L’histoire originale de S1M0NE était tout aussi attrayante sur le papier, mais elle ne passe pas le cap de la réalisation. Spielberg croyait alors tenir une histoire intéressante avec THE TERMINAL, mais les situations ne seront jamais aussi poussées qu’elles auraient dû l’être, d’où un manque de folie flagrant. Le film se contentait uniquement de s’ouvrir sur la question : si voler est si sécuritaire, pourquoi l’aéroport s’appelle « le terminal » ? En tant que réalisateur c’est surtout l’atmosphère glacée de GATTACA qui nous avait impressionnée, mêlée à des plans somptueux. LORD OF WAR ne renouvelle pas la magie, mais a tout de même l’avantage de rester sincère et efficace. Le film aborde le sujet de la vente d’armes non pas sous son aspect dramatique, mais comme une véritable défiance face à ses enjeux économiques. Là où il aurait dû se démarquer par une prise de position politique LORD OF WAR n’est qu’une pâle répétition de considérations qui nous sont déjà parvenues de différentes façons. Le propos n’avance pas et s’embourbe dans un politiquement correct que nous n’attendions pas ici. Il subsiste l’histoire de Nicolas Cage, assez plaisante à suivre. Ce dernier est par ailleurs assez juste. Il parvient à créer un personnage tout en paradoxes. Le film joue alors sur l’immoralité afin de mieux prendre ce point-là à contre-pied. Mais tout aussi atroce soit le sujet de ce film, il ne montre pas ces atrocités. Manque de percutant. Le seul moment où cette vigueur se veut incisive réside dans le générique de début où nous suivons le parcours d’une balle depuis sa confection jusqu’au moment où elle sera tirée, pour finir dans le crâne d’un enfant. Et si le propos d’Andrew Niccol était de s’interroger sur ces multiples réalisateurs qui polluent les écrans de nos cinémas alors que l’usage des balles n’est jamais approprié ? Y’a des moments j’ai envie de penser à Georges Moustaki…

Il y aura aussi SAW II, le 28 décembre 2005. Une suite qui demeure fidèle à l’original (oui, ça existe) puisqu’elle nous ressert la même réalisation boursouflée au service d’une histoire d’une prétention que ne renierait pas Lars Von Trier. Je fais exprès de faire ce rapprochement car je pense qu’aussi éloignées soient certaines œuvres, elles ont parfois la même origine. Seule la forme change. Rien de neuf, bien évidemment. Le méchant est très méchant. Et s’il est méchant c’est parce qu’il ne joue pas à être méchant. Et à la question : « Pourquoi est-il si méchant ? », la réponse reste invariablement la même.LES POUPEES RUSSES

            Seul Klapisch manquant à ma filmographie, je me décidai enfin à visionner LES POUPEES RUSSES. Je fais partie de ceux qui aiment bien son style simple, humain, drôle, contemporain et très affectif. Cette suite est, elle aussi, très respectueuse de l’humeur originale. Le cinéma de Klapisch s’attache avant tout aux comédiens. Cela peut sembler basique mais c’est un élément qui s’est vu remplacé petit à petit par l’émergence de la technique, entre autres. D’autres, comme Blier, en sont toujours de fervents adeptes.

Klapisch recentre donc une nouvelle fois son discours au cœur des relations humaines. Romain Duris et tous ses potes sont de retour pour de nouvelles aventures pleines de suspense, de sexe, de glamour, d’amour, d’humour et de banane flambée. A la française. C’est pas vraiment glitter mais Klapisch ne l’a jamais été. Il s’applique à raconter des tranches de vie, à retranscrire des humeurs qui relèvent plus du quotidien que d’un fantasme inconscient. Quoique… De toute façon le but est une nouvelle fois atteint et il s’en sort de manière plus qu’honorable. Les personnages sont touchants par toutes les contradictions qui les traversent et contribuent à tisser une histoire de la vie proche des erreurs, opportunités et autres actes manqués qui émaillent la nôtre. Les problèmes abordés sont de véritables questions existentielles. Que recherchons-nous à travers toutes nos pérégrinations ? A quand le retour de Lagaf’ sur TF1 ? Que se serait-il passé si Adam avait été homosexuel ? Dieu aurait-il créé Adam et Bruno ?

A travers un aspect visuel assez terne et plat, Klapisch ne répond pas aux questions qu’il pose. Il respecte ses personnages et leur permet de se constituer suite à leurs diverses expériences. Klapisch crée des mondes. Grâce à ses POUPEES RUSSES il nous convie à une cérémonie du quotidien où cette génération se retrouve dans l’expectative. C’est cette délicatesse que j’aime.

            Point de délicatesse dans FANTASTIC FOUR de Tim Story. On devait bien s’y attendre vu le niveau peu encourageant des piètres BARBERSHOP et TAXI. Les quatre bourrins font évidemment dans la démesure et ne savent plus à quel saint se vouer pour se surpasser. C’est toujours la même rengaine et c’est assez pauvre en action qui plus est. Vous l’aurez compris : ils sont vraiment fantastiques et ,en plus, ils sont cinq. D’où le titre. Ah, mais non… C’est pas ça ! Peut-être parce que le cinquième il est vraiment trop méchant et veut faire du mal à plein d’autres alors on ne le compte pas. Pas évident tous ces chiffres !

            A l’instar de Cédric Klapisch, il me restait à voir L’UN RESTE, L’AUTRE PART pour avoir vu tous les films de Claude Berri. C’est désormais chose faite dans une déception très amère. Je ne l’ai jamais tenu pour un grand réalisateur, même si je considère UN MOMENT D’EGAREMENT comme un film vraiment grandiose. Tout ce qu’il a fait avant les années 90 est nettement au-dessus du reste.

Il y a un vrai problème avec le dernier film de Claude Berri. Dès le début, il nous abruti avec l’accident du fils de Daniel Auteuil. Cela nous accompagnera tout au long du film. Ce qui est dégueulasse c’est la manière dont il nous oblige à compatir à l’évènement. Qui ne serait pas touché par une personne victime d’un tel accident ? Réminiscences de MILLION DOLLAR BABY. C’est petit.

L’UN RESTE, L’AUTRE PART n’est qu’une accumulation de scènes sans intérêt. Pas de questionnement, pas d’analyse, juste un constat banal, amorphe et à peine justifié.

Daniel Auteuil est formidable, Charlotte Gainsbourg délicieuse de naturel. Rien ne sauve le film. L’humour tombe à plat et le montage n’est pas assez vif. Ca se regarde et ça s’oublie vite. Ce n’est pas ça le cinéma. Mais qu’est-ce que c’est alors ?

            Klapisch m’avait semblé mieux placé pour y répondre. Je me suis donc tourné vers un de ses anciens films. Et re-CHACUN CHERCHE SON CHAT. Et re-problème d’élocution. Ce n’est sûrement pas là que je trouverai de réponse. Autant s’échiner à savoir comment font les sourds-muets pour se confesser…

A travers la quête de Gris Gris, Garance Clavel nous conviait déjà à la rencontre des proches et atypiques qui croisent nos vies. Moments sensibles et émouvants, attitudes attentionnées et prospection d’un bonheur qui n’est pas là où on le cherche. L’humour est toujours aussi présent et d’une fraîcheur réjouissante. C’est une fois de plus un plaisir énorme de revoir ce film sans artifices, près de nos préoccupations contemporaines quasi mystiques. C’est simple, sans prise de tête et très revigorant.

On a oublié la beauté de Garance Clavel. Ajoutée à son jeu tout en contrastes, c’est une comédienne qui devrait pourtant pouvoir avoir accès à plus de rôles intéressants. C’est une nouvelle question qui restera en suspens dans l’univers impitoyable du cinéma français.

            Puisqu’il est question de beauté, passons le relais à Michel Muller qui a beaucoup de choses à dire. Après avoir remercié ses géniteurs, il se félicite lui-même et bâtit un film tout à sa gloire. A son talent plus précisément. Tout comme Edouard Baer doit cesser la réalisation, Michel Muller doit aussi revoir sa copie. Disons que ce n’est pas véritablement sa faute. Le vrai coupable se nomme Claude Muller. Heu, non… Miller. Claude Miller. Faire un film c’est aussi savoir s’entourer convenablement des bonnes personnes. N’y connaissant rien c’est avec la plus légitime des démarches que Michel Miller (ah, mais non !... Muller. C’est ça que je voulais dire) a cru bon de s’adresser à Gérard Miller… Claude Miller, pardon. Et comme ce dernier n’a pas jugé bon de lui donner le moindre conseil le film de Muchel Miller s’est vite trouvé en peine d’idée. Le style faux documentaire limite les dégâts par l’imprécision établie comme critère principal de réalisation. LA VIE DE MICHEL MULLER EST PLUS BELLE QUE LA VOTRE vaut surtout par l’humour du comique et les situations dans lesquelles il se piège lui-même. Ses regards désemparés, son comique de rupture, le rire sale et incorrect. Ah ! Que voilà un humour salvateur dans notre petit confort français sans risques !

            Wim Wenders n’a jamais été un cinéaste qui m’a subjugué. Même si PARIS, TEXAS est un chef-d’œuvre, sa filmographie est bien pauvre à mon goût et tout au plus peut-on sauver DER HIMMEL UBER BERLIN et IN WEITER FERNE, SO NAH ! Bon, c’est vrai, je suis un peu dur. Comme disait le jeune marié.LAND OF PLENTY

C’est avec beaucoup de méfiance que je reculais sans cesse la vision de LAND OF PLENTY. Autant vous le dire tout de suite, il s’agit d’un très bon Wenders. Photographie impeccable. Toujours le même rythme lent, qui n’empêche cependant pas une constante tension conduisant les personnages vers un éclaircissement ultime. C’est une douce progression vers un désoeuvrement annoncé mais libérateur. A nouveau Wim Wenders se montre peu optimiste par son analyse lucide de la société américaine et de son impact politique national et international. Il dépeint les illusions bercées par les promesses d’une politique hautaine qu’on ne remet pas en question. L’éclaircissement dont nous parlions plus haut est un terme par lequel les personnages arrêtent de se voiler la face en comprenant que tout n’est que mensonge. Le spectre du 11 novembre 2001 plane bien évidemment sur ce film, mais d’une manière moins nationaliste et revancharde. Wenders passe plus de temps à s’interroger sur les causes de cette catastrophe. Ce que vendent les politiciens aux américains n’est pas l’image qui s’en reflète à travers le monde. La douce mélancolie par laquelle Wenders choisit de glorifier son film représente de ce fait une prise de conscience envers l’arrogance démocratique devenue fascisme réversif. C’est un territoire de désolation qu’il nous fait traverser en nous initiant aux rites d’un peuple qui perd ses défenses naturelles et qui est obligé de croire à ce qu’on lui promet pour continuer à espérer. C’est une lente agonie. Certains diraient que c’est triste et beau. Mais comme de nombreuses vies sont mises en danger c’est triste et puis c’est tout.

            BLOW de Ted Demme (à qui l’on doit le poétique BEAUTIFUL GIRLS, c’est quand même pas rien !) est un de ces films qui utilisent la musique comme montage. Phénomène particulièrement jouissif que nous avions apprécié dernièrement dans l’entraînant ELIZABETHTOWN.

BLOWC’est ce que j’avais énormément aimé à la première lecture de ce film et, en le revoyant, je m’aperçois que je n’avais pas remarqué que c’était le seul élément original de mise en scène. C’est déjà énorme, vu le travail funky effectué sur la bande originale. Ce rythme musical parvient à nous faire ressentir toute la folie et la liberté que représentaient les années 70 et, plus tard, l’hérésie du tout-dollar des années 80. On pense encore à du Cameron Crowe et à son magique ALMOST FAMOUS, ou encore au CASINO de Martin Scorsese. A ce titre, le travail sur les couleurs est à souligner tant son importance influe sur notre vision de ce monde. C’est clinquant et glitter bien avant l’heure. Deuxième emploi du même adjectif dans le même article. Ca sent le nouveau mot qu’on a appris il y a quelques heures… Et c’est Ellen Kuras qui remporte le trophée. Tiens, tiens… On la retrouve également au générique d'ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND !

BLOW reste parfois très en surface des problèmes essentiels qu’il aborde : amour familial, dépendance à la drogue, choix de vie, perte de repères, inaptitude à la responsabilité etc. Il préfère s’attarder sur la chronologie biographique de cet homme hors du commun. Effectivement, sa vie recèle un nombre incroyable d’épisodes. Leur caractère flamboyant rend la fin encore plus triste par cette opposition. Un chaud et froid incessant.

Epique et souvent très excitant, BLOW est un film très réussi d’un point de vue sensuel. On suit l’histoire de personnes qui jouent avec leur corps comme s’il ne faisait pas partie de leur vie. Sensuel mais pervers. On devrait se demander plus souvent à quoi mènent les relations qui ne mènent à rien.

            Restons dans les biographies et demandons-nous quel intérêt peut-on trouver à réaliser un téléfilm sur la vie et la mort d’un des plus grands acteurs de génie du siècle dernier, quand on s’appelle Stephen Hopkins et qu’on n’a été jusqu’à présent que l’auteur de médiocres productions qui nous ont menés directement au sein du Consortium des Laxatifs du Cinéma ? Stephen Hopkins ne s’est pas soudainement réveillé un matin avec du talent plein les mains. Il continue à sévir sur les plateaux de tournage, mais d’un air plus indulgent semble-t-il. Nous le serons donc aussi avec lui. Apparemment il ne cherche plus à avoir des ambitions cinématographiques démesurées. Peut-être a-t-il compris tout le mal qu’il a fait au monde entier, ces peuples qu’il a brimés, ces hectares de forêts dévastées, ces aborigènes qui ne veulent plus se repeupler, les « Raiders » devenus « Twix », on nous Claudia Schiffer on nous Paul-Loup Sulitzer… Mais je m’emporte ! Je dois pourtant reconnaître qu’il a aujourd’hui décidé de faire amende honorable. Du coup il ne reste plus que sa médiocre vision du scénario sur lequel il honore son amende. THE LIFE AND DEATH OF PETER SELLERS raconte de manière peu intéressante la vie et la mort de Peter Sellers (jusque-là, je sais pas pourquoi, mais je m’y attendais un peu). Comme Stephen Hopkins devait dormir pendant les cours de cinéma qu’il n’a jamais pris, il se trouva fort dépourvu quand la bise fut venue. Il se contente alors de mettre en scène le texte et non pas le scénario. Difficile alors de rentrer dans cette histoire où Peter Sellers paraît assez épouvantable. On peut toutefois se rattraper sur une distribution extraordinaire où se croisent la divine Emily Watson (vous ai-je déjà parlé du fantastique attrait de ses yeux ?), la très très mais alors très très très très belle Charlize Théron (vous ai-je déjà parlé du fantastique attrait de son ***BIP*** ?) ou encore le très appréciable Stanley Tucci (vous ai-je déjà demandé pourquoi les établissements ouverts 24 heures sur 24 ont des serrures et des verrous ?). Rien que pour eux le film vaut le coup d’œil, mais il faut encore parler du personnage principal tenu par Geoffrey Rush, étonnamment ressemblant, et qui tient le film plus que son réalisateur. C’est un numéro d’acteur époustouflant auquel il se livre et qui l’impose une nouvelle fois dans les compositions très poussées, où il excelle à mon humble avis. Cet avis étant l’avis de référence, bien entendu.MARIA FULL OF GRACE

            Le dernier vrai bon film qu’il m’ait été donné de voir se nomme MARIA FULL OF GRACE et nous le devons à Joshua Marston. C’est une histoire très dure et bouleversante qui prend son point d’ancrage dans la misère des conditions de vie actuelles qui sévit en Colombie. De là émerge la difficile lutte d’une jeune fille qui refuse les voies sans issues qui lui sont proposées, et qui n’aura de cesse de chercher un avenir meilleur.

La soif d’absolu de Maria et son caractère de battante en font un personnage auquel on s’attache très vite et pour qui on voue une réelle admiration. Il est vrai que le film nous enfonce toujours un peu plus vers les horreurs d’un monde inconnu qui assouvit sa cruauté sur les personnages, mais ce que j’aime avant tout c’est l’éclair d’espoir qui finit par émerger et ouvrir la vie de Maria sur des horizons vers lesquels nous sommes heureux de la voir s’en aller, malgré l’attachement pour elle que nous avons développé. Pas que je sois un adepte des happy ends, loin de là, mais je trouve trop facile de laisser s’embourber des personnages vers toujours plus de misère et de détresse dans le but d’apitoyer le spectateur. C’est un des premiers objets que je reproche à Lars von Trier.

MARIA FULL OF GRACE traite de certains problèmes en y incluant une logique de survie. C’est encore plus intéressant. Cela oblige à avoir recours à des recoupements scénaristiques pertinents.

C’est un film sobre et très émouvant. Le principe narratif linéaire nous entraîne dans une aventure qu’il est impossible d’abandonner en cours de route. Le réalisateur travaille sur une alliance entre l’inconnu et le futur, établissant une donne où se réfugie notre attention. L’impressionnante composition de Catalina Sandino Moreno est une révélation assez rare. Cette jeune actrice est empreinte d’une justesse qui lui acquiert notre tendresse, et d’une grâce qui embrase le film de son énergie dévastatrice.

Un vrai grand et beau moment de cinéma.

            Moins touché par contre par VA, VIS ET DEVIENS de Radu Mihaileanu. Le film n’est pas la touchante histoire que l’on m’avait promise. Je n’y ai pas vu de grande idée de mise en scène ni aucune exploitation des vrais questionnements du film. Où sont passées les racines de cet enfant qui renaît ? Quelles sont ses nouveaux désirs ? Que faut-il attendre de son passé ? Que penser de cette dualité intérieure qui ne sera jamais exploitée ? Et comment se soigne la blessure de deux êtres séparés ? A ce moment il convient de se demander pourquoi « séparés » s’écrit en seul mot alors que « tous ensemble » s’écrit en deux mots séparés…

L’histoire se recentre sur des problèmes juifs alors que la famille et ses liens indivisibles étaient plus prompts à la dissertation. Rien de bien passionnant.

            Préférons nous orienter vers un cinéma plus subversif. DIE FETEN JAHRE SIND VORBEI de l’autrichien Hans Weingartner m’a fort surpris par ce qu’il a en commun avec PUMP UP THE VOLUME.

Weingartner ne s’embarrasse pas de questions esthétiques et c’est fort dommage. Le film baigne dans une photo laide et qui manque douloureusement d’harmonie. La première partie est la plus intéressante par la conception du monde que développent les personnages et les actions auxquelles ils participent. Il faut dire qu’ils ont une conception du feng shui peu conventionnelle. C’est très réjouissant. A partir du kidnapping l’histoire a plus de mal à être aussi attrayante. Les considérations philosophico-économiques se développent en antithèse du monde qu’ils essaient de construire et qui ne se retrouve pas exempt de contradictions. C’est un vrai film d’idées utopique. Il nous rappelle d’ouvrir nos esprits et que l’héritage de Happy Harry La Trique est en train de faire son chemin cinématographique. Enfin !ROGER MICHELL

            Etrange histoire que celle de THE MOTHER réalisé par Roger Michell. Ce dernier avait fauté dans sa jeunesse avec NOTTING HILL. Après un passage en prison sans passer par la case départ, il était revenu avec le pas si mauvais CHANGING LANES et maintenant avec un vrai film d’auteur. Etrange carrière. Non, juste faite de paradoxes qui méritent que l’on s’intéresse plus à cet homme aux deux prénoms. Je verrai ça plus tard. Pour l’instant je commence à avoir écrit pas mal. I’ve got blisters on my fingers !

THE MOTHER est un exemple pour ceux qui cherchent à développer les personnalités de leurs protagonistes en les confrontant à des situations allant jusqu’à des formes de cruauté perverse très poussées. Les dialogues sont parfaitement incisifs et savent toucher précisément où l’amour propre fait mal. C’est chargé. Bon, on n’est quand même pas tout proche de Bergman mais niveau exploration de l’humain c’est assez violent.

            Et puisque nous parlons d’un des sujets les plus intéressants au cinéma, il y a une belle scène de violence dans LA GUERRE DU FEU, lors de la première attaque, avec rocher pour écraser doigts et pieu dans bouche.

Oui, je ne sais pas ce qui m’a pris de revoir ce film. Je dois avoir de vieux retours masochistes. Pas un grand film, en plus. Je trouve que les paysages sont assez mal photographiés et le montage limite amateur. Faut dire que monter du Jean-Jacques Annaud c’est déjà un exploit. Mais en faire de la qualité… Faire un film pour nous dire que les miracles n’existaient pas à cette époque, c’est un peu léger !

Finalement, quel est le véritable talent de Jean-Jacques Annaud ? C’est encore une question qui n’appelle pas de réponse, c’est ça ? A bien y regarder, c’est de savoir très bien s’entourer (nous l’avons dit au début de cet article), et puis ça s’arrête là. Alors vous me direz que COUP DE TETE est quand même un très bon film. Et je vous répondrai que vous avez raison. Mais qui en est le véritable maître d’œuvre ? Tout le mérite revient à Alain Godard pour l’histoire, Francis Veber pour les dialogues et Patrick Dewaere pour son interprétation. Imposture.

DER NAME DER ROSE doit tout à Umberto Eco. Imposture.

LA GUERRE DU FEU s’appuie sur un prétexte fallacieux d’expérience cinématographique nouvelle. Mais force est de constater que le film ne fonctionne pas très bien. Je ne vais pas tout détailler car il faudrait revoir tous les points du film. Premier cas : les mammouths. Enfin, plutôt ce qui se veut comme des mammouths car Jean-Jacques Annaud a beau faire ce qu’il peut (si il pouvait, déjà !) et utiliser un maximum de gros plans, il ne parvient jamais à imposer leur colossale stature et on ne voit jamais que des éléphants couverts de poils. C’est vraiment très ridicule. Et/ou très drôle. Les acteurs ont aussi des dents un peu trop blanches et des poils moins présents à certains endroits de leur corps. Nos ancêtres avaient-ils quelques notions d’hygiène qu’ils auraient cachées à notre Annaud ? Et puis il y a cette opposition entre tribus où ceux que nous suivons depuis le début sont les bons qui doivent absolument trouver du feu, et ceux qui les assaillent sont vraiment très très méchants et ne pensent qu’à les massacrer et leur voler le feu. La distinction s’est faite dans la confection des masques faciaux où les bons ont l’air plutôt agréables à regarder en comparaison des méchants qui sont laids, hirsutes et cruels. C’est encore une belle vision des temps préhistoriques que nous offre Jean-Jacques Annaud ! Imposteur. A mon avis, à cette époque il devait écouter en boucle la chanson de Michel Fugain : « Les gentils, les méchants ».

Et comme si tout cela ne suffisait pas à mon malheur, je me suis tapé par la suite la version commentée par l’imposteur lui-même. Oui, là je confirme, ce n’est même plus du masochisme c’est un symptôme de bêtise irrécupérable suraiguë. A part une anecdote très intéressante avec des Inuits, il clame haut et fort qu’il n’a rien à nous apprendre et rien à dire non plus. Je le savais déjà ; il m’a une nouvelle fois imposturisé. Mais j’en ai autant à son service : je ne vais plus voir ses films au cinéma depuis que je suis né.

            Bon, ça fait déjà pas mal pour ce coup-ci. Comme disait la jeune mariée. Je vous laisse réfléchir à toutes ces nouvelles considérations.

La semaine prochaine nous tenterons de répondre à la question : « Pourquoi les femmes qui coûtent le plus cher sont-elles celles qui ne valent pas grand-chose ? »

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Lundi 21 novembre 2005

9 points pour qui n'en veut :


par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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