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Vendredi 11 novembre 2005

            Le dernier film de Bobby et Peter Farrelly n’aura bénéficié que de 9 copies pour toute la France et pas une seule pour Paris. Comment voulez-vous qu’un film arrive à s’imposer s’il ne dispose pas de moyens dignes d’une sortie cinématographique ? Ce n’est jamais qu’un film des frères Farrelly ! D’accord ma p’tite dame, ils n’ont jamais mis en scène que des bouillies informes et débiles inexcusables. Mais les succès de DUMB & DUMBER et surtout de THERE’S SOMETHING ABOUT MARY ont réussi à les imposer auprès d’un public très populaire. Or, si de tels réalisateurs ne parviennent plus à imposer leurs dernières œuvres chez nous (40 millions de dollars de recettes aux Etats-Unis tout de même !), il convient de s’interroger sérieusement sur l’avenir prochain de films plus risqués ou de réalisateurs moins bankables. Moi, j’attends avec impatience le dernier Akira Kurosawa…

AKOIBONToujours est-il que FEVER PITCH est une énième variation de la parade amoureuse version Farrelly. Sûrement leur meilleur film, ils font preuve d’un peu plus de retenue dans le traitement des situations, mais le peu d’inventivité générale remet tout le mérite au scénario de Nick Hornby. On préférera sa première adaptation datant de 1997 et qui fut signée David Evans. Il y privilégiait la relation des deux amants, l’agrémentant d’humour dans le but de la rendre plus douloureuse sans en faire un continuel prétexte à gags. Envisagé de cette manière, le FEVER PITCH des frères Farrelly se regarde sans éveiller le moindre intérêt de notre part.

            Beaucoup plus drôle, AKOIBON d’Edouard Baer est un film absolument désarmant. LA BOSTELLA était un film raté par manque d’ambition et AKOIBON pèche pour les mêmes raisons. Edouard Baer n’a pas tiré les leçons de son précédent échec. Pire que tout : il nous prouve définitivement qu’il est un très mauvais réalisateur. Marco Cavé au montage a aussi fait du très mauvais boulot. Les deux films de Baer étaient rattrapables de bout en bout mais le sens du rythme lui a sûrement échappé. Et pourtant nous avons bon nombre de raisons de nous réjouir. Sur le papier AKOIBON est un film très très drôle. Dialogues, situations et personnages. Mais c’est un film paresseux. On dirait parfois un film de vacances qui profite du soleil et qui se laisse bercer par le chant des cigales. Jean Rochefort est drôlissime dans un personnage en décalage total avec son temps et François Rollin campe aussi un personnage décalé qui vit dans un univers où il se complaît. C’est bien croqué, mais que cela manque d’ampleur ! La pirouette en milieu de film est aussi fort réjouissante et nous remémore le Blier de la grande époque. Edouard Baer devrait faire confiance à ce qu’il écrit et viser un montage plus efficace. Car le film perd continuellement son élan et, de ce fait, les répliques ne sont pas aussi percutantes qu’elles devraient l’être. Il est étonnant d’ailleurs de constater que Baer ne se donne jamais le beau rôle et ne s’écrit jamais des personnages qui pourraient le laisser libre d’exploiter tout son talent. Ses deux films sont à l’image des personnages qu’il y incarne : léthargiques et inaboutis.

Mais là où AKOIBON emporte mon adhésion c’est dans sa manière allègrement désuète de glorifier la médiocrité. Bercé par le doux cliquetis pusillanime de sa pellicule vacancière, AKOIBON m’a violemment apostrophé par sa représentation éthérée de l’univers Moustakien. Un film qui fait confectionner des t-shirts à l’effigie de Georges Moustaki (sous-classe des monotrèmes) ne peut pas être absolument mauvais. D’autant plus que Baer arrive à révéler l’essence même de cet homme de génie en seulement quelques phrases. Sa musique… Ses textes… Edouard Baer a tout compris à l’aura de ce démiurge. Le grand public aussi a le droit de savoir que son œuvre peut se résumer par autant de mots que l’on a de doigts. Révélation subliminale parcimonieuse. Il se permet même d’aller jusqu’à filmer l’homme en train de jouer de la guitare. Mise en scène d’une cruauté insoupçonnée, éclats de rires salutaires. Moustaki aurait pu être un personnage tout droit sorti de l’imagination d’Edouard Baer, mais il n’a même pas eu à le créer, Moustaki s’est inventé lui-même. Génial imposteur mythomane rivé à une image que le temps a rendue ringarde et obsolète. Il a tout du profil type des personnages tant affectionnés par Baer. L’avantage avec ce genre de phénomènes de cirque c’est qu’Edouard Baer n’a même pas à écrire de dialogues pour lui, il se suffit à lui-même. Voilà bien le comble de la ringardise. A moins que ce ne soit cette vilaine barbe moisie. Même Corbier a rasé la sienne !

A bien y réfléchir, je ne crois pas que Georges Moustaki ait reçu de Victoire de la musique, mais je crois bien qu’il mérite d’en recevoir une. Dans la gueule.

En tout cas, on peut légitimement s’interroger sur la sortie du dernier album de l’anachorète psychédélique. En effet, depuis le 26 septembre dernier nous notons une recrudescence de l’épidémie de grippe aviaire ainsi qu’une véritable prise de conscience de la population puisque de nombreux jeunes ont décidé de brûler des voitures un peu partout en France en signe de protestation. La France est prise de panique. Arrêtez cet appel à la violence, monsieur Moustaki !

            Toujours du côté des émeutes, George A. Romero nous avait pourtant prévenus cet été avec son LAND OF THE DEAD. Ils se sont réveillés et ils vont venir vous faire la misère ! Tout avait été dit dans son magnifique NIGHT OF THE LIVING DEAD, qui date déjà de 1968. Loin de nous l’envie de dire qu’il s’y est un peu attardé, mais force est de constater qu’il nous ressert un peu la même histoire sans grande originalité. Les zombies continuent à errer et les vivants continuent à résister. Il aurait sûrement fallu un scénario plus pertinent sur la société de consommation actuelle et sa mutation depuis plus de trente ans pour pouvoir élever un peu le débat. Au moins, Romero sait bien organiser sa lutte armée. On ne peut pas lui enlever ça. Mais quand il joue au médium et nous relate un caractère insurrectionnel proche (idéologiquement) de celui que nous connaissons actuellement, l’Histoire rejoint singulièrement la fiction. Et si Romero n’était qu’une sorte de pierre de Rosette qui déchiffrait les signes perturbateurs de nos sociétés ?

FLIGHTPLAN            Dans les sorties de la semaine et dans la famille des films qui vous prennent ouvertement pour des cons, applaudissez bien fort FLIGHTPLAN de Robert Schwentke. Nouveau film hollywoodien paranoïaque, il joue avec la pauvre Jodie Foster qui lutte tant bien que mal pour que la vérité soit faite. Heureusement, c’est elle qui a raison et sa petite fille est encore vivante parce que ces salauds l’avaient kidnappée et tout le monde était contre elle car c’était un méga complot de taille intermondiale et ils ont même failli la faire pleurer, la pauvre Jodie. Et ça, c’est pas gentil-gentil, quand même.

Je n’ai pas vu les précédents films de Robert Schwentke. Mais à ce qu’il démontre dans celui-ci, ce bon germanique est assez talentueux côté mise en scène. Pas étonnant que les américains se le soient accaparé pour le dépouiller de tout son art et le rendre dans quelques années à son pays d’origine, lorsqu’il sera en pleine crise d’identité artistique. Bon, c’est un peu démago de dire ça, mais quel intérêt d’aller chercher ce bon monsieur alors que chez eux ils ont bien plus de réalisateurs qui font des films au lieu de faire du cinéma ?!

            Tenez, prenons le cas du vernaculaire (mais que c’est débile ! Comment peut-on employer ce mot ici sous couvert de la catachrèse poétique ?!) Joss Whedon. Après avoir réalisé bon nombre d’épisodes de séries télévisées, il persévère dans la platitude et nous livre SERENITY, nouveau poncif pas du tout serein. C’est parfaitement calibré pour que le spectateur ne s’ennuie pas et ne ressente pas non plus d’émotions. « Ne pas » semble être sa devise tellement son film est vide et inepte. Cinéaste de la négation, il ne développe pas les personnalités de chacun, il ne met pas en exergue leurs différences de rapports, il ne veut pas non plus donner de sens à ce qui est dit et il ne fait pas non plus dans l’intelligence scénaristique. Il ne prend pas non plus de bons comédiens. Avec un ou deux acteurs oscarisés c’est plus facile d’adopter la tactique Roger Lemerre : « Bon, comme vous êtes champions du monde, moi je m’assoies là et vous, vous jouez. »

SERENITY n’a donc rien dans le ventre si ce n’est de l’action et beaucoup d’esbroufe. Joss Whedon reprend le concept que d’autre ont inventé avant lui : celui du film moulin à vent. Ca filme des gens qui brasse de l’air et qui le font super bien. Envin, au bout de deux heures on fidit par s’enrhuber. Le pire est que ce succès lui a permis de mettre en chantier (ou en capilotade) la prochaine adaptation d’un comics, à savoir le WONDER WOMAN tant attendu. Déception avant même que le film ne soit tourné. Celle qui origina [Orangina me dit la correctrice, mais je n’en suis pas sûr] les premiers émois érotiques de toute une génération méritait mieux que cela. Ce sera très mauvais mais on peut déjà se réjouir en attendant les prochaines sorties DVD de ses aventures télévisées. C’était dans LES BRIGADES DU TIGRE, c’est bien ça ?

JACQUES AUDIARD            DE BATTRE MON CŒUR S’EST ARRETE. C’est un titre magnifique qu’a choisi Jacques Audiard pour son dernier film en date. On ne prête jamais assez d’importance au titre d’un film. Les années 60 et surtout 70 regorgeaient d’idées fabuleuses d’où nous pouvons émerger certains ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX et autres VALSEUSES. Aujourd’hui, cet art est complètement tombé en désuétude, et même s’il faut saluer ce titre de Jacques Audiard, il ne faut pas oublier pour autant que la phrase date de bien plus longtemps.

Audiard continue donc à nous conter les exploits de personnes qui cherchent à s’acheter la vie qu’ils ont toujours rêvée.

Histoire très touchante, sa mise en scène ne parvient cependant pas à y ajouter un propos emphatique qui aurait pu la sortir d’un commun qui la dessert. La pâle photographie y jouant d’ailleurs un rôle prépondérant.

A noter que Niels Arestrup est un acteur génial. Quand on l’entend. Car l’ingénieur du son à beau déployer des trésors d’inventivité en matière technique, quand un acteur ne timbre pas et n’articule pas non plus…

            Il n’était que trop temps de revoir SOMETHING WILD de Jonathan Demme. Et cette manie de mettre toujours les titres en version originale, se décidera-t-il un jour à nous dire pourquoi ?

Le style du film a énormément vieilli. Les années 80 sont bien trop présentes à l’affaire. Le film aurait pourtant pu s’en démarquer puisqu’il ne s’inscrit pas dans leur logique. L’histoire est plutôt intemporelle, même si elle bénéficie de la liberté de ton de l'ère Reaganienne. Maintenant tout cela paraît bien guindé. Et c’est Mélanie Griffith qui sort grande gagnante du film. Je demandais récemment si elle retrouverait jamais un rôle digne de ce qu’elle avait fait ici, ne faisant confiance qu’à mes souvenirs de l’époque. Souvenirs assez précis. C’est bien là son rôle le plus intéressant. Le personnage est exceptionnellement riche et lui permet cette exubérance toujours sincère. Son poids érotique est une composante essentielle à sa réussite. Elle traverse le film avec une sorte de grâce jamais renouvelée, animée d’une énergie convaincante et communicatrice qui emporte à elle seule l’intérêt du film.

STAY            Autre film à part : STAY de Marc Forster. Vous y retrouverez avec plaisir Ewan McGregor et la splendide Naomi Watts, ainsi que d’autres très bons acteurs tout aussi bien dirigés. Quand j’emploi le futur, il s’agit surtout de vous prévenir de ne pas trop attendre ce moment puisqu’il n’arrivera que le 26 juillet 2006. Vous pouvez donc d’ici-là vaquer à vos occupations préférées, fêter Noël en famille ou avec Jim Morrison et Elvis dans une île de l’Hémisphère Sud, essayer de combler la dette du tiers monde, dépasser la lutte des classes (de quelques centimètres pour commencer), faire du ball-trap avec Nicolas Sarkozy (on ne sait jamais, un accident est si vite arrivé) ou encore tâcher de comprendre pourquoi il y a écrit « fin » à la fin des films alors qu’il n’y a pas écrit « début » au début. Bref, vous avez du temps.

Ce sont les contradictions des distributeurs qui ont fait de STAY un film qui va se nourrir de la réputation qu’il va se faire durant ces quelques mois.

Marc Forster nous avait déjà surpris par son MONSTER’S BALL « de bonne facture », comme l'on dit chez nos amis critiques que nous vous invitons à continuer à lire mais à ne plus jamais leur accorder de crédit dans le choix d’un film. Puis, Forster avait enchaîné avec le sympathique FINDING NEVERLAND. Aujourd’hui, son style se permet de trancher avec ces deux films pour se faire plus proche des formes cinématographiques modernes. Le recours à une technique omniprésente au sein du film pourrait rendre le procédé vain s’il n’était mis au service d’une mise en scène une nouvelle fois brillante. Il se permet notamment de travailler les ellipses par des transitions visuelles époustouflantes, que ce dobermann de Jan Kounen n’aurait pas désavouées. L’esthétisme visuel de STAY est d’une beauté et d’une fluidité exceptionnelles. Il est mis au service d’une singularité qui va jusqu’à être dérangeante. Le scénario ne nous permettant pas de nous raccrocher à quoi que ce soit tant l’intrigue paraît décousue, voire absurde, Forster renforce ce sentiment où le spectateur perd pied en le forçant à ne plus réagir selon un processus narratif connu. D’ailleurs, je dois bien vous avouer qu’une fois la fin révélée je n’ai pas été en mesure de remettre les pièces du puzzle en place et de jouer avec tous les recoupements et soulignages mis en place. Le film se termine et je n’ai toujours pas compris qu’elle est la vraie histoire qui m’a été racontée. On pense à LOST HIGHWAY mais l’intrigue semble pourtant être d’une logique implacable et lorgne beaucoup plus vers celle d'EL MAQUINISTA, par sa structure voilée et son agencement de dernière minute.

Voilà un film qu’il va falloir voir et revoir à partir de juillet 2006 pour bien en comprendre toutes les subtilités. Vous pouvez d’ores et déjà vous attendre à une grosse claque visuelle et de grosses prises de tête sur les divers personnages et leurs interactions avec l’histoire principale.

            Pris aussi un gros caviar à cinq manches dans ma face avec GOAL ! de Danny Cannon. M’a fait un peu plus mal çui-là ! J’en porte encore les stigmates. Aucune déception cependant puisque je savais à quoi m’en tenir avec celui qui avait déjà commis JUDGE DREDD en 1995, et dont j’avais eu toutes les peines du monde à oublier l’existence. Ce petit pédant reste un assidu pratiquant de l’ineptie sous toutes ses formes. GOAL ! est un véritable outrage à tous ceux qui pratiquent le football. Ce n’est qu’une petite farce anecdotique sur l’univers du ballon rond ou Cannon multiplie les fourberies spectaculaires et malhonnêtes. Mais STAR WARS sur un terrain de football faut quand même être le fils à pas de mère pour essayer de nous le faire accroire. Faut pas s’embarrasser, dans ces cas-là c’est direct le Consortium des Laxatifs du Cinéma.

BATALLA EN EL CIELO            Ca faisait longtemps que je n’avais pas été faire un tour du côté du « Cinéma de minuit » sur France 3 et je me suis aperçu qu’ils avaient décidé de rajeunir le concept de l’émission en changeant le générique au profit des mêmes images projetées cette fois-ci sur grand écran. Ca fait plaisir de voir que les gens de la télé ont aussi des idées ! Dommage qu’elles soient mauvaises.

Allons, ne soyons pas médisants. Le « Cinéma de minuit » est l’un des rares endroits publics qui nous propose encore de la qualité. Remerciements éternels à Patrick Brion. Même pas une rue de Paris à son nom ! Dimanche dernier, il nous a proposé WRITTEN ON THE WIND de Douglas Sirk. Ce réalisateur ne m’a jamais transcendé et il n’y est pas encore parvenu avec ce film. Lauren Bacall y est tout de même extraordinaire de par sa présence unique et l’envoûtement qu’elle exerce encore. C’était une belle occasion de la redécouvrir et de se rappeler l’actrice oubliée des récompenses qu’elle a été. J’en ferai part à la C.V.R. Mais ce que j’aime le plus dans le cinéma de ces années-là, c’est que peu importe que vous voyez un bon ou un mauvais film, aucun n’est fait sous le couvert de la malhonnêteté et de la manipulation qui régissent l’ensemble des grosses productions actuelles. A cette époque, on n’avait recours qu’à de très rares artifices de tricherie et le succès récompensait le plus souvent le travail et la somme des talents. La récupération cinématographique a changé tout cela. C’était déjà en train de changer à l’époque de WRITTEN ON THE WIND.

            Vu enfin BATALLA EN EL CIELO, comme prévu. Fais aussi tout ce que j’avais prédit de faire. A ce titre vous pouvez nous faire parvenir à Sara et moi vos félicitations dès que vous le jugerez utile, mais après la lecture de cet article ce serait mieux, en voulant vous commander.

Carlos Reygadas n’avait réalisé que JAPON auparavant et je ne l’avais pas vu. Je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre sur ce film dont seule l’affiche m’avait attiré (ne lisant plus les critiques depuis un certain nombre d’années). Reygadas est en rupture totale avec les conventions du cinéma de masse. Il filme ici des personnes loin des critères de beauté imposés, ne met aucune stylisation dans son approche esthétique et s’emploie à suivre scrupuleusement ses personnages sans nous donner d’indices sur leurs motivations. C’est cru. Jusqu’à l’image. Les liens se tissent par le peu d’espace dans lequel chacun se noie et où il souhaite entraîner l’autre. Sans établir de critique sociale, Reygadas filme la tristesse et le désespoir intérieur de personnes engagées sur des voies sans issue. La beauté surgit du rapport affectif qu’ils entretiennent sur des images que la vie a jaunies. C’est violent, triste et tragique.

CARLOS REYGADASL’illustration de la violence lorsque Marcos Hernandez poignarde Anapola Mushkadiz (nouvelle révélation) est avant tout choquante par la soudaineté de l’acte. A peine visible et nié dans la mise en scène, ce passage paraît assez incompréhensible dans sa représentation. C’est de là qu’il tire sa force. Sans sublimer la violence il la recentre vers la douleur physique, mais aussi morale, puisque les non-dits participent de cet état d’incompréhension. La manière de frapper et le sang qui surgissent du bras rendent le procédé réaliste au point que je me suis demandé comment ils avaient bien pu réaliser le trucage. C’est assez rare de pouvoir se raconter ce genre d’histoire. Cela augmente le choc et impressionne de manière plus hypnotique. On pourrait parler de cinéma grunge au sens d’un manque de netteté. D’où la brutalité. Cette scène est l’une des plus réussies au niveau de la violence. C’est presque fait sans conviction et c’est ce qui fait naître cet étrange arrière-goût qui martèle encore longtemps après les parois de notre crâne. Même dans CACHE, tout aussi choquant que soit le suicide de Maurice Bénichou, il reste quand même énormément mis en scène, et par Maurice Bénichou et par Michael Haneke.

Bravo à Carlos Reygadas pour cette scène fort réussie. Cet homme aime déstabiliser et provoquer. La provocation n’est jamais gratuite dans BATALLA EN EL CIELO. Elle ne l’est jamais d’ailleurs quand on accepte le fait d’être provoqué dans tout son être. Ce film invite à réfléchir sur ce qui nous perturbe et que nous refusons d’accepter.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Vendredi 11 novembre 2005

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par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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