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Dimanche 15 janvier 2006

ANTON NEWCOMBE            Anton Newcombe est une personnalité hors du commun. C’est ce que l’on apprend dans DIG ! le documentaire d’Ondi Timoner. Dans notre grande série « Découvrons des artistes aux noms improbables » aurons-nous droit à quelques bons mots sur ce grand groupe qu’était Camper Van Beethoven ?

Anton Newcombe, pour les newbies, est le leader charismatique du groupe The Brian Jonestown Massacre. Un artiste autour duquel s’articule DIG ! Un musicien absolument génial et doué d’un talent absolument démesuré. C’est aussi quelqu’un d’épouvantablement détestable dans ses relations humaines. DIG ! s’attache essentiellement à mettre en lumière ce contraste. Assez mauvais documentaire dans l’ensemble puisqu’il prétend retracer le lien qui existe entre les Dandy Warhols et The Brian Jonestown Massacre. C’est finalement Anton Newcombe qui fait les choux gras du film. Il faut dire que c’est un peu comme si « Strip tease » suivait Jim Morrison. En lui-même Newcombe et ses extravagances sont assez forts pour capter notre attention et combler les immenses lacunes cinématographiques. L’image est assez dégueulasse, c’est la plupart du temps mal filmé, sans aucune lumière (ce qui est le plus difficile pour un documentaire, mais il y a un minimum !) et le montage est aussi très approximatif. Ca fait déjà pas mal. (-On pourrait dire aussi que le film fait l’apologie des drogues ? -Oui mais ce ne serait pas un défaut !) Mais Newcombe fascine. Son aura transcende le documentaire. Sa musique aussi. On suit ce personnage formidablement attractif en essayant de comprendre, de savoir pourquoi tant de gâchis, avec l’envie d’aimer follement mais en n’éprouvant finalement qu’une pitié relative. Le film cherche quelquefois à comprendre par des raccourcis faciles menant à son enfance ou aux personnes qui l’ont bien connu. Nouvelles maladresses.

Tout cela me fait imaginer une sorte de documentaire qu’aurait pu tourner Andy Warhol. Un plan fixe de plusieurs heures sur le visage du Christ.

Dans son style très brouillon DIG ! est pourtant une œuvre qui ne peut nous empêcher d’être rivés à l’écran. Quand tout part à la dérive et qu’il ne nous reste plus que nos émotions… On se dit qu’Anton Newcombe est bien seul. Et que c’est bien dommage vu le monde foisonnant qui vit en lui. Je crois qu’on les appelle les Minipouss.

            Loin de ce monde en 3 D (déchéance, décadence, dégénérescence), Carlos Sorin a signé avec EL PERRO un film simple, doux et surprenant là où il n’aurait jamais pensé l’être. L’anti-EL PERRO serait FLIGHTPLAN. EL PERROLe film de Robert Schwentke véhicule l’idéologie du règne de la peur à travers l’instauration d’instincts paranoïaques. Procédé assez dégueulasse qui consiste à faire croire au spectateur que la vie n’est qu’une espèce de grande mascarade où vous jouez le rôle du faible au sein d’un complot gigantesque. EL PERRO n’est pas construit de cette manière mais nous fait pourtant réagir avec nos vieux réflexes cinématographiques. Il faut dire qu’il y a une différence de culture assez énorme entre le peuple argentin dont nous parle Carlos Sorin et celui dont nous faisons partie et qui voit en David Mamet un scénariste prodigieux. Cette différence se situe avant tout dans les mœurs argentines où la méfiance semble plus absente.

Aussi le film crée malgré lui une vigilance de tous les instants. On pense au pire, on pense que Juan Villegas ne se méfie pas assez, qu’il fait confiance trop facilement, qu’il gravite dans un milieu où chacun cherche à profiter de lui, qu’il ne regarde pas assez souvent derrière lui pour voir si on ne le suivrait pas, qu’on a raison de ne pas vouloir des O.G.M., que notre voisin est peut-être un serial killer, qu’il ne faut plus aller au cinéma parce que les malades du S.I.D.A. (et non les sidaïques) plantent leurs seringues l’aiguille en l’air dans les fauteuils, qu’il ne faut jamais accepter une anesthésie générale (même pour une opération à cœur ouvert) parce que vous ne savez toutes les horreurs qu’ils vous font pendant ce temps, que Nicolas Sarkozy se cache derrière des artifices démagogues pour mieux développer ses idées fascisantes lorsqu’il sera au pouvoir etc. Mais non ! Ce n’est que notre cerveau pourri et perverti qui obéit à des codes cinématographiques. Quoique pour Sarkozy je ne suis pas sûr…EL PERRO est plus proche d’une quête, d’une recherche de bonheur, d’une simplicité diffuse, que ne le seront jamais tous ces scénarios qui se complaisent dans leur complexité.

AMOS GITAI             Amos Gitai aime Lars Von Trier et nous le fait savoir dans PROMISED LAND, film effroyable où il continue à explorer les relents du fascisme contemporain. Vous aurez compris qu’Amos Gitai n’est vraiment pas un pessimiste mais un de ceux qui n’espèrent même plus une rédemption de l’être humain. Dans sa conception, il devient inhumain dès qu’il possède un certain pouvoir. C’est ce que prouve une fois de plus PROMISED LAND. Difficile d’adhérer à autant de banalités et de facilités. Oui, ceux qui exploitent les autres ne méritent aucun respect et doivent être punis pour leurs exactions. Oui, ceux qui souffrent ont raison de se plaindre. Oui, le fascisme est effroyable et bien plus que cela encore. Oui, on éprouve de la pitié pour les exploités. Oui oui oui. Mais pas comme cela. Pas d’une façon aussi univoque. C’est racoleur et manipulateur. D’autant plus que Gitai filme comme un documentaire, comme s’il voulait imposer sa vérité comme une vérité universelle. C’est comme si j’osais prétendre que mon avis sur PROMISED LAND était le seul au monde qui soit juste. Merde ! Si je ne peux même plus me référer à ça que vais-je lire maintenant ? Les Cahiers du Cinéma ?

On aurait bien aimé qu’il se passe quelque chose pendant 1 heure 30 mais on passe son temps à se demander pourquoi répéter toujours les mêmes choses ? C’est quand arrive le dénouement heureux que tout devient plus clair. Si c’est pas du cinéma consensuel !!! Amos Gitai vitupère vainement.

Bon, sinon les comédiennes sont justes et blablabla et blablabla. C’est quand même le minimum qu’on leur demande, non ?

            En matière de jeu d’acteur c’est une actrice qui donne le ton cette semaine. Reese Whiterspoon compose une June Carter accorte dans le très sympathique WALK THE LINE de James Mangold. Pas qu’elle ait la trempe d’une Jennifer Jason Leigh mais son interprétation est une nouvelle fois sublimement convaincante tout comme elle nous avait déjà époustouflés dans le FREEWAY de Matthew Bright. C’est aussi une des rares actrices qui soit aussi à l’aise dans les comédies légères (son apparition dans la série « Friends », LEGALLY BLONDE) que dans des rôles avec plus d’épaisseur (CRUEL INTENTIONS, A FAR OFF PLACE).

REESE WHITERSPOONDans WALK THE LINE elle est superbement aidée par le très dépressif Joaquin Phoenix. Il compose un Johnny Cash plein de contradictions et de perturbations internes difficiles à recréer. On aimerait tout de même le voir dans des rôles un peu plus énergiques. Sa force tranquille est une mine de nonchalance qui laisse parfois éclater une colère rageuse et qui nous fait penser que ce genre de rôles pourrait aussi lui convenir.

A part ça le film est une biographie peu originale mais relevée par la qualité de mise en scène de James Mangold. Il aurait sûrement pu apporter beaucoup d’arguments s’il avait dirigé I’LL SLEEP WHEN I’M DEAD. Mais c’est Mike Hodges qui s’y est collé. Rappelez-vous : le FLASH GORDON au début des années 80 c’était lui !!! Pas grand-chose de nouveau depuis. Peut-être l’apparition du fist-fucking, non ? Jonathan Rhys-Meyers est fantastique. Clive Owen aussi mais il a plus de temps pour camper un personnage qui va se révéler au fur et à mesure du film. Charlotte Rampling est toujours aussi intrigante tant qu’elle ne jouera jamais sur ce caractère mais elle devrait donner quelques leçons à Malcolm McDowell qui devrait arrêter de croire qu’il est un véritable salaud. L’héritage d’A CLOCKWORK ORANGE est décidément encore trop lourd ! Qu’on se rappelle ses débuts très prometteurs dans l’excellent IF…, ROYAL FLASH ou même CALIGOLA ! La folie qui tue les comédiens…

Il manque à I’LL SLEEP WHEN I’M DEAD une vraie réalisation qui lui confèrerait des attraits majeurs. Au lieu de cela le film se contente de déverser son histoire sans grande conviction. Un scénario pourtant intéressant, original et tout, mais gâché par tant de médiocrité. I’LL SLEEP WHEN I’M DEAD est comme un magnifique sapin de Noël que l’on n’aurait pas décoré. Les aiguilles sont un peu trop visibles.

            Jérôme Bonnell a réalisé LES YEUX CLAIRS avec une délicatesse, un respect de son sujet et un amour pour la comédienne Nathalie Boutefeu qui font plaisir à voir. Le personnage que joue cette dernière est magnifiquement retranscrit par un scénario qui en exploite toutes les caractéristiques ainsi que par les prises de risques de cette comédienne moins banale que nous l’évoque son apparence. C’est donc une belle surprise que ce film sensible, tendre et étonnant.

Tout cela c’est pour faire preuve de clémence car côté réalisation c’est un peu peine-à-jouir. Alors bien sûr on peut accepter le principe qui consiste à nous décrire des tranches de vie pleines de vitalité mais tout cela devient très limité une fois que l’on découvre l’inexistence d’enjeux qui relanceraient le récit. Point d’éléments insubmersibles ici. Nathale Boutefeu trouvera un lieu où son bonheur pourra s’épancher, et après ? C’est une comédie légère ou c’est un peu léger comme comédie ?

Notez la présence de Marc Citti, comédien très drôle, qui trouve ici son meilleur rôle. Beaucoup d’expression dans le regard et le faciès, avec une intensité de jeu qui donne plus d’identité au personnage qu’il ne devait y en avoir sur le papier.

SALMA HAYEK            Ah ! Voilà un mauvais film que j’aime beaucoup ! Brett Ratner c’est RED DRAGON, RUSH HOUR ou encore THE FAMILY MAN. Bref, rien de bien transcendant. Un cinéaste maladroit qui ne se débrouille pas trop mal pour rassasier son auditoire populaire et puis basta. Alors quand arrive AFTER THE SUNSET on se dit que le film sera sûrement un peu insane mais qu’on pourra aisément se consoler avec la présence de Salma Hayek. Et puis Woody Harrelson c’est pas le dernier non plus à nous faire rire !

Résultat assez proche de nos prédictions avec des explosions, des gadgets électroniques plus qu’improbables, des casses comme on fait ses courses, des acteurs qui ne croient pas vraiment à ce qu’ils jouent (ce qui les distingue du naïf donc risible Georges Moustaki), et puis Woody « pas le dernier pour la déconne » Harrelson. Mais là où AFTER THE SUNSET commence à devenir intéressant c’est lorsqu’il s’attarde sur les traditions cinématographiques. Alors que l’on croyait qu’on ne pouvait plus faire certaines choses dans le cinéma contemporain, Brett Ratner joue les réactionnaires de service et remet au goût du jour le vieil adage : « Dans n’importe quel film, si vous êtes dans les îles et que vous vous retrouvez poursuivi par quelqu’un qui vous en veut, vous pourrez toujours tomber au milieu d’un carnaval pour passer inaperçu. » Cinq étoiles. La grande classe.

Mais le point le plus satisfaisant du film réside dans les relations qui se tissent entre les principaux protagonistes et qui fait fi de tous les codes traditionnels. Après ce qu’il vient de nous montrer c’est exactement le genre de déstabilisation que l’on adore de la part d’un réalisateur. Brosnan et Harrelson jouent alors aux faux amis dans une sorte de ballet où chacun essaie de prendre le dessus sur l’autre. En même temps la relation entre Salma Hayek et Pierce Brosnan se complexifie alors que l’on suit Harrelson qui nous devient de plus en plus sympathique. Peut-être parce qu’il n’arrête pas de nous faire rire ! Le final (toujours aussi improbable) va se révéler éblouissant de jubilation, de mauvaise foie et de dépit dissimulé. C’est avec un plaisir communicatif que ces acteurs et actrices jouent entre eux, décor de rêve aidant. C’est légèrement excessif mais tellement jouissif ! AFTER THE SUNSET est complètement surfait mais dissimule l’énergie d’un premier film.

            Hideo Nakata c’est avant tout RINGU. La suite qu’il a réalisé de son chef-d’œuvre est loin d’être aussi réussie et HONOGURAI MIZU NO SOKO KARA, bien que parfaitement maîtrisé, n’utilise pas les mêmes artifices pour nous faire peur et fonctionne donc moins bien. En réaliser un bon remake paraissait donc une gageure, surtout quand on s’appelle Walter Salles. C’est bien évidemment un film raté car il privilégie l’effet à l’ambiance. Et comprendre cette ambiance c’est comprendre les tenants et les aboutissants d’une grande partie de l’Histoire japonaise. Pas impossible. Gore Verbinski y était bien arrivé lors de son remake assez satisfaisant de RINGU. Dans DARK WATER Jennifer Connelly fait ce qu’elle peut. Elle le fait donc très bien mais tout sonne un peu creux car Walter Salles ne semble pas savoir de quoi il parle. Il filme l’histoire d’une mère qui vit avec sa fille dans un nouvel appartement où l’eau s’infiltre de manière étrange. C’est du premier degré. Ce n’est pas très intéressant.

            Et puis un petit message personnel de Christian Carion qui voudrait souhaiter une bonne année à tous ceux qui liraient ces quelques mots. Il a juste eu le temps de souhaiter un JOYEUX NOEL à la France entière ; pour ses vœux 2006 le délai a été un petit peu court. Par contre ce n’est pas très sérieux de votre part : vous êtes déjà près de deux millions à l’avoir encouragé jusque là ! Vous n’imaginez pas tous les BON ANNIVERSAIRE ! et autres VIVE LA MARIEE ! qu’il pourrait nous proposer. Pour ma part, je crois que je vais m’arrêter là. C’est pourtant avec les meilleurs sentiments du monde que je m’apprêtais à regarder JOYEUX NOEL, mais rien à faire. J’ai été très vite rattrapé par l’inanité du propos. Une belle histoire (oui, si on veut, elle est tout de même très romancée) qui mérite d’être mentionnée dans les bouquins d’Histoire, mais qui mérite aussi les deux seules lignes qui lui sont consacrées. Car il faut broder autour de tout ça ! Et Christian Carion de faire s’étirer son film. Mais les beaux sentiments, que voulez-vous, ça marchera toujours ! Et puis tiens, revoilà un comique qui n’assume plus sa fonction populaire mais veut aussi prouver qu’il peut être comédien : Danyboon. Va falloir repasser parce que le rôle le dessert plus qu’autre chose. Manque de sincérité, tics comiques trop présents, problème d’intensité dramatique. Non, là vraiment, il y a des jours on a beau être armé des plus beaux sentiments du monde il y a des choses qui ne sont pas possibles.

GOLDFRAPP            Pas possible non plus le CREEP de Christopher Smith. Un serial killer très très méchant et pas beau du tout. De l’originalité disiez-vous ? Il y a Franka Potente, certes, mais elle semble plus vouloir sortir du film que du métro où elle est enfermée.

            LILA DIT CA de Ziad Doueiri nous parle d’une jeune fille très intéressante car elle ne ressemble absolument pas aux stéréotypes des autres personnages qui l’entourent. C’est le seul attrait de ce film. On aurait alors aimé que le décalage soit exploité mais il n’est juste perçu qu’à travers les yeux de Mohammed Khouas. Le personnage de Lila devient alors une divinité sacrée que personne ne peut décrypter. Dommage c’était le sujet du film. Attention toutefois ! Contrairement à d’autres pays ce film n’a subi aucune interdiction en France. Il convient cependant d’être prévenu de la violence extrême devant tant de comédiens au jeu plus qu’approximatif et aux intonations vocales abominablement fausses. En football on appelle ça de l’anti-jeu. Enfin moi je dis ça…

            Et pour terminer signalons à nos amis parisiens que Goldfrapp sera en concert le 7 février prochain à l’Elysée Montmartre. Ce sera le « Supernature Tour » et le prix des places ne sera même pas à 30 euros. Que demande le peuple ?

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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