Si l’on évoque BMW, le lien avec le cinéma peut paraître ténu. Elle est pourtant à l’origine d’un coup de pub des plus innovants et audacieux, qui a permis à huit réalisateurs de tourner un court métrage mettant en scène un modèle de la marque. Ce sont John Frankenheimer, Tony Scott, Wong Kar-Waï, Guy Ritchie, Ang Lee, John Woo, Alejandro Gonzalez Iñarritu et Joe Carnahan qui s’y collent. Clive Owen est de la partie à chaque coup de volant et on peut apercevoir Gary Oldman, Madonna, James Brown, Marilyn Manson, Don Cheadle et plein d’autres. Evidemment, les univers sont assez inégaux et le format à mi-chemin entre le long métrage et la publicité ne fait pas mouche à chaque fois. Les styles sont aisément reconnaissables et ce qui joue malheureusement en leur défaveur c’est la concentration de leurs éléments en moins de dix minutes. Pour le John Woo, toutes ces accumulations d’extravagances, de pseudos rebondissements et de postures plus iconographiques les unes que les autres en font un véritable pastiche. Comme si John Woo se moquait de John Woo. Tout y est très vite grotesque. Cela fonctionne mieux avec le style très découpé, noyé de plans, qu’adopte Tony Scott. C’est beaucoup plus proche de la publicité, donc plus percutant. C’est d’ailleurs vers cela que semble tendre ce dernier au fur et à mesure de ses films. Ce n’est pas un réalisateur que j’admire énormément mais j’ai l’impression qu’il se trouve enfin par le style. TRUE ROMANCE fonctionne quand même drôlement bien. C’est d’ailleurs le seul film intéressant qu’il ait réalisé. THE FAN ou ENEMY OF THE STATE n’ont pas concrétisé ces jalons, car ils n’ont pas été exploités dans cette veine. En en prenant conscience, en s’accaparant ce style plus tape-à-l’œil et en l’adaptant à son mode d’expression, il avait réussi avec MAN ON FIRE un film regardable, à défaut d’être passionnant. C’est pour cela que nous attendons avec impatience son prochain DOMINO, dont son casting nous plonge déjà dans un bain bouillonnant d’excitations épileptiques. Keira Knightley et Mena Suvari au générique du même film ! Y’a des bouchons de champagne qui sautent tout seuls !!!
Iñarritu, lui, ne fait rien de vraiment nouveau. C’est sale, filmé au vibromasseur, bavard et totalement vain. C’est empreint d’un univers très fort, mais totalement hors sujet. C’est bien le même réalisateur qui ne s’appuie que sur une idéologie de bas étage, sans profondeur et profondément malhonnête puisqu’il cherche à mettre du sens là où il n’y en a pas. C’est abject. Mais rappelez-vous, 21 GRAMS n’évoquait rien non plus.
Je préfère garder en tête les délicieuses images de Wong Kar Wai, qui rend le quotidien extraordinairement beau et luxueux. La vie est une recherche de fantasmes pour lui. C’est agréable de voir quelqu’un qui court après quelque chose.
Pour en revenir à BMW (qui ne sont absolument pas les initiales d’une position sexuelle abracadabrante inventée par une ancienne tribu indienne qui pratiquait le satanisme modéré, mais qui signifient plutôt Bayerische Motoren Werke, tout comme FIAT veut dire Fabbrica Italiana Automobili Torino et que l’on appelle plus communément dans la vie quotidienne de cette façon : « Mais tu vas la pousser ta poubelle à roulettes ou j’en fais un caddie pour cul de jatte ? », ce qui la différencie de BMW, citée précédemment, que l’on aime à surnommer affectueusement : « Excusez-moi, monsieur, vous êtes dans votre bon droit : la priorité était bien à gauche » ; la raison du plus fort étant toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire fontaine), donc pour en revenir à BMW et ne plus faire de parenthèses aussi longues et difficiles à comprendre (pour ceux qui n’auraient que deux neurones, Georges Moustaki a écrit des textes, ce me semble), eh bien BMW fait preuve d’une témérité qu’il convient d’applaudir de belle manière. La liberté de ton donnée à chaque réalisateur, la confiance accordée à coup de millions révèle une stratégie marketing osée, coûteuse et par là risquée. Et même si le résultat artistique est à modérer, c’est une vraie réussite que la célébration de ces modèles automobiles par cette firme qui bâtit ici son identité à travers sa culture.
Vous allez voir, il va nous dire qu’ils sont introuvables…
Il existe un DVD qui les regroupe tous, sinon vous pouvez aller faire un tour sur le site http://www.bmwfilms.com où vous pourrez en voir quelques-uns et même acheter ce DVD. Elle est pas belle la vie ? Mais si, y’a un point d’interrogation.
Puisque nous parlons DVD, IZNOGOUD vient de sortir. Je ne saurais bien évidemment que trop vous conseiller de l’acheter. Voici un film qu’il faut posséder à double titre. D’abord pour vous apercevoir que vous avez gaspillé bêtement votre pécule si durement gagné (mais ce n’est pas la première fois ! Quand allez-vous vous rendre compte que ce n’est pas raisonnable ?), et puis aussi parce que cela vous évitera d’acheter CONSTANTINE (et c’est déjà un premier pas vers le raisonnable). Et troisièmement, quand je dis quelque chose j’aimerais bien qu’on m’écoute dire des conneries !
CHI TO HONE de Yoichi Sai vaut avant tout par la nature de son personnage principal, violent et exclusif. La folie de Takeshi Kitano le rend dangereux et fascinant. L’aura de cet homme crée une sorte de plaisir confondant à se retrouver à ses côtés tant sa personnalité est attirante. Alliée à une répulsion physique, c’est ce mélange qui le rend tour à tour charismatique et haïssable. Grâce à cela nous pouvons suivre le cours de sa vie et nous intéresser à ces éléments dérangeants qui ont tissé l’histoire de cet homme ne pouvant s’assouvir que dans la destruction. La fascination des monstres n’est qu’un apprivoisement de notre propre tumulte.
Dès le 14 septembre prochain attendez-vous à une bonne surprise signée Paul Haggis : CRASH. Petit bijou de mécanique humaine, le film est une réflexion assez lente sur les jugements que nous portons sur autrui et qui conditionnent nos actes. Sujet très difficile à traiter.
Nous portons sans cesse des jugements sur les personnes qui nous entourent et la contradiction se trouve dans leur négation et l’interdiction d’en porter sur nous-mêmes. A travers nos préjugés et certains archétypes que la vie en société a établis, nous agissons non pas dans le rapport d’homme à homme mais plus dans celui imposé par les différents niveaux sociaux ou raciaux. Le film montre que toute personne n’est ni tout à fait bonne ni tout à fait mauvaise. Il existe une complexité graduelle dans la conception humaine, et c’est ce qui fonde ce propre jugement face à nos vérités personnelles. Mais au fond, il est faux de penser que nous ne désirons pas tous les mêmes choses. Pour moi ce sera un Quick n’ toast et une grande frite.
Là où le propos est convaincant réside dans la tension identifiée comme vecteur principal du film. Quant il y a un revolver au début d’un film, vous pouvez être sûr que le coup va partir avant la fin. C’est l’une des choses à laquelle on s’attend en permanence et où l’on se trouve constamment surpris du dénouement que peuvent prendre certaines conjonctures. La complexité précitée. A sa décharge, les deux seuls coups de revolver à partir sont d’un ridicule et d’un cliché téléphonés. On regrette un peu ces facilités.
Il n’en reste pas moins une mise en scène qui joue de la sobriété du quotidien et d’excellents comédiens pas forcément à contre-emploi, mais d’une justesse particulièrement émouvante. Cela provient essentiellement de la liberté de ton apportée par le scénario, qui permet d’aborder des sujets de société souvent tabous et enfin libérateurs. Dans l’élaboration de ces personnages, le procédé conceptuel s’écrit dans un rejet du manichéisme américain. C’est ce qui fait de CRASH un film avant tout technique, dont l’impact sur les futures générations cinématographiques semble indéniable, même s’il nous échappe un peu.
C’est en 1982 que Wim Wenders réalise DER STAND DER DINGE, un film ambitieux, difficile et parfois très intéressant dans la réflexion du processus de création. Parfois très drôle, Wim Wenders ne peut pourtant s’empêcher de retomber dans des problèmes d’outrecuidance qui sont un frein à beaucoup de ses films, à savoir une redondance cyclique qui empêche toute emphase. Le ton reste le même du début à la fin. C’est souvent très long. Comme disait la jeune mariée.
Et au cinéma n’y aurait-il pas un film à nous conseiller ?
THE DUKES OF HAZZARD est une comédie médiocre mais assez joliment ratée car elle s’inscrit dans une tradition potache bassement réjouissante. Il y a dans ce film
un second degré constant qui fait assez vite oublier le caractère débile, machiste et violent de ce que l’on peut y trouver. Toujours rien de bien réjouissant dans l’adaptation de séries
télévisées.
Bien plus extraordinaire : la composition de Christian Bale dans EL MAQUINISTA de Brad Anderson. Composition physique évidente où l’acteur se retrouve quasiment cadavérique face à de vieux démons qui cherchent à prendre le dessus sur le peu de conscient qu’il lui reste. Il est impressionnant de vivre cette expérience où Christian Bale parvient à nous faire ressentir sa souffrance physique et psychologique. Il irradie l’écran de sa puissante présence, là où une atmosphère et une photographie sans couleurs vives auraient pu définitivement éteindre toute velléité d’attention. Ajouté à Jennifer Jason Leigh, actrice sous-employée plus que fabuleuse, ils forment un duo parfait d’intensité, de justesse et de frénésie.
Le scénario alambiqué permet au film de se voir à plusieurs échelles. Brillamment maîtrisé, il nous tient en haleine sans temps mort.
Exceptionnel, le film aborde le refoulement de la même manière que MEMENTO : sous l’angle du personnage principal et uniquement à travers son histoire du moment présent. En lutte pour retrouver les éléments manquants de son histoire, Christian Bale est en quête de lui-même. Tous les éléments du film peuvent se lire à une autre vitesse, tel ce saladier qu’il examine, qui crée un caractère singulier à sa première apparition et qui signifiera tout autre chose bien plus tard. C’est un tour de force exigeant qui ne se relâche jamais et qui nous maintient dans une tension permanente. Eprouvant mais terriblement palpitant.
Tout aussi éprouvant, PET SEMATARY de Mary Lambert affronte, à travers une œuvre de Stephen King, le problème de la mort. Exploitée sous le couvert du refus de la souffrance (que l’on a pu voir adapté de manière tout aussi fantastique dans ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND), la mort ne compte ici pas autant que la perte personnelle. Bah moi j’ai perdu mes clés, ça compte aussi ?
Tout sent la mort dans ce film. La musique est fortement connotée dès le début et semble s’inspirer directement de la bande originale de THE AMITYVILLE HORROR de Lalo Schifrin. On n’échappe évidemment pas aux clichés du genre avec des ombres lugubres et un chat complètement fou qui saute partout.
Chez Stephen King, il est souvent question de ligne terminatrice. Une fois encore, PET SEMATARY s’interroge sur cette ligne et son franchissement. Clairement énoncée dès le début, cette ligne séparatrice est connue de tous. Cet attrait pour l’inconnu, du moins ce questionnement du devenir, ne cesse de s’infiltrer insidieusement dans les esprits concernés. L’image la plus forte et la plus symbolique est celle de la maison des Creed, séparée de celle de Jud Crandall par une simple route où circulent en permanence d’énormes camions dévastateurs. La ligne terminatrice. Tout se détermine dans le degré d’approche de cette ligne, dans le désir d’en connaître la substance. C’est une question très métaphysique qui est l’enjeu de ce film. Mais les protagonistes ne savent pas qu’après avoir franchi la limite, tout retour en arrière est impossible. Et comme leurs choix sont guidés par leurs passions, l’autre côté du miroir n’aura de cesse d’imposer sa loi.
Shakespeare a écrit : « Discuter pourquoi le jour est le jour, la nuit la nuit, et le temps le temps, ce serait gaspiller la nuit, le jour et le temps. » C’était dans « Hamlet ».
Bien sûr le film aurait mérité d’avoir des acteurs plus capables, mais alors que Denise Crosby joue comme une quiche, Dale Midkiff ne s’en sort pas trop mal. C’est Fred Gwynne qui bénéficie du personnage le plus intéressant. Grâce à sa gueule d’acteur, il parvient à imposer son aura d’homme qui sait et qui relance à chaque fois l’action.
C’est assez prenant, assez angoissant, bourré de défauts, pavé de bonnes intentions et doté d’un climat étrange qui se contente d’amadouer nos peurs pour mieux jouer avec elles. Ce qui nous absorbe totalement par le pathétique de l’histoire que l’on sait sans retour possible et qui va jusqu’au bout de ce qui est permis. C’est à ce titre qu’il faut aussi saluer le montage qui sait se faire discret et pourtant qui fait toute l’énergie du film en dosant des systèmes de rythme et d’émotion que la plupart des films de ce genre ne savent pas mélanger. Souvent l’horreur l’emporte sur le reste. Ici, la mort est d’abord un drame. L’excitation de l’esprit n’est que secondaire.
Je suis assez déçu en revoyant NOWHERE de Gregg Araki. Je
gardais un assez bon souvenir de THE DOOM GENERATION et je n’ai entendu que du bonheur sur son dernier : MYSTERIOUS SKIN, que j’ai lamentablement raté au
cinéma. J’avais trouvé NOWHERE en dessous de THE DOOM GENERATION, mais là je trouve même que c’est assez inconsistant. La grande claque visuelle m’apparaît
purement gratuite dans un premier temps. Je comprends vite qu’il ne s’agit pas d’un film réaliste mais qu’il faut le considérer comme une sorte d’essai, une sorte de monde clinquant dans lequel
ces jeunes se sont enfermés et qu’ils ont transformé à leurs couleurs.
Le problème c’est que depuis, Larry Clark a tout bousculé avec des œuvres dérangeantes et
ouvertement plus objectives. Lorsqu’on pense à des films comme KIDS ou BULLY, le propos d'Araki se trouve amoindri et manque d’identification. Araki commet
une erreur en ne montrant pas la nudité et en refusant la crudité. Montrer des jeunes se faisant des rails n’est plus tabou. C’est faussement provocateur.
Résultat : il faut absolument que je vois et que je revois ce qu’il a fait d’autre.
Je terminerai en m’adressant aux fans du groupe Sixpence none the richer. Leigh Nash entame une carrière solo et nous fait l’honneur de quelques démos sur sa page que vous trouverez ici : http://www.myspace.com/leighnash
La voix est toujours aussi douce et caressante. Les mélodies laissent présager beaucoup d’émotions. Finalement, tout ça c’est les grandes heures du groupe.







