Je vous avais promis de ne pas vous parler du film de Ron Howard. J’ai donc tenu mon engagement puisque je ne me suis pas rué en salle dans le but de pouvoir vous régaler de quelques commentaires visant à le réduire en poussières, ou plutôt en cendres, puisque poussières il l’est déjà et qu’il n’aurait pas besoin d’y retourner. C’est dans un grand questionnement métaphysique que je me torturais l’esprit, me demandant quelle part réactionnaire en moi prenait l’ascendant et me poussait à juger un film sans l’avoir vu. Non, je ne juge pas CINDERELLA MAN, mais Ron Howard. Il fait de mauvais films. Il en a fait beaucoup et il continuera à en faire tant qu’il aura du succès. Je ne devrais pas employer ce mot, d’ailleurs. Le succès ne se mesure pas à l’applaudimètre.
Pour mettre fin à cette dualité masochiste qui me déchirait, c’est en écoutant je ne sais plus quelle station de radio que j’entendis un auditeur râler contre ce film abominable
qu’il déconseillait car il manquait dix minutes à la fin du film. Ron Howard avait donc oublié de recharger sa caméra. Il n’a pas pu filmer la fin de son film mais a décidé de le sortir quand
même. Ou peut-être que sa dernière bobine s’est égarée d’elle-même. Un objet pourrait-il avoir si bonne conscience envers tout un peuple ?
Toujours est-il qu’il ne faut pas aller voir CINDERELLA MAN car « il n’y a pas de K.O. à la fin et le combat ne se termine même pas » (informations non vérifiées). Peut-être aurons-nous droit à une suite : SNOW WHITE MAN ou ROX & ROUKY MAN.
Oui j’ai révélé la fin du film. Et alors ? L’intérêt d’un film ne repose pas sur sa fin. Je déteste cette sacralisation par morceaux. Nous regardons tous des films que nous avons déjà vus et même plusieurs fois. Ne jamais annoncer une fin cela sous-entendrait qu’on ne peut voir un film qu’une seule fois. Aberration. Ou attitude réactionnaire. Pour les insultes, c’est la colonne de droite. Bon, je vous l’accorde il est quelques exceptions. Comme pour toute règle. Par exemple, pour CITIZEN KANE il est important qu’on ne sache pas que Rosebud c’est le nom de la luge. Quoi ? Mais non, je ne l’ai pas dit. Ah si ! Tant pis, moi je m’en fous, je l’ai vu.
Entendu aussi à la radio qu’ils étaient en train de tourner une série sur le meurtre du petit Grégory. L’innovation vient du fait que cette reconstitution historique sera traitée de manière totalement objective. Objective ? Alors que la série sera adaptée d’un livre écrit par l’ancienne petite amie d’un des juges de l’affaire ? Objective, alors que depuis plus de vingt ans les médias ne cessent de ressortir cette affaire au point de diviser l’opinion publique et de créer une telle hystérie collective ? On peut toujours invoquer de bonnes raisons et se mentir à soi-même, mais on ne peut pas vendre des cachous pour du caviar. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, L’AFFAIRE DUTROUX en prime-time arrive… Ils avaient aussi décidé de s’atteler à une série sur la vie de Georges Moustaki, mais finalement ils vont en faire un court métrage. Heureusement que personne ne les regarde.
Hugo Rodriguez n’avait réalisé qu’un seul film avant NICOTINA. Il s’appelle EN MEDIO DE LA NADA et date de 1994. Ce titre qui résonne comme une réplique perdue semble plus évocateur que le simple NICOTINA. Comment peut-il dire ça ? Il n’a même pas vu le film ! Attitude réactionnaire. Très attirant, le titre NICOTINA ne reste cependant qu’un mauvais titre au vu de l’importance de cette nicotine au sein du film. C’en est même d’une bêtise crasse. Fumer tue. Le tabac oui, mais la nicotine ? Même combat. Et les goudrons ? On fera une suite ! Bon, d’accord, il y a des personnages qui fument et en meurent et puis d’autres non, mais quelle importance peut-on accorder à ce message simplet qui insiste sur les conséquences néfastes de la nicotine ? Et pas du tabac, on vous l’a dit et redit ! Ce n’est d’ailleurs pas le vrai message du film puisqu’il n’y en a pas de toute façon. Mais je dois avouer qu’un film qui finit par faire mourir ses personnages principaux ne peut pas être si mauvais que cela. D’ailleurs tous ceux qui fument ne meurent pas, c’est toute l’ambivalence de la dialectique.
Pourquoi est-ce si plaisant alors, monsieur Je-Sais-Tout ?
Tout d’abord parce que le montage fait le film. Moi qui aime les mises en scène chorégraphiées, me voilà servi ! Il faut s’attacher à la manière dont toutes ces scènes sont
montées en accord avec les différentes partitions musicales. Cela ne souligne en rien le sujet du film et ne fait que donner corps à une ambiance et une énormité très divertissante. Enorme, c’est
bien le mot. A tel point que nous sommes souvent à deux doigts de frôler la farce.
Au début du film, le montage se fait excessif et nous abreuve de quantités de précisions qui
trament le fil de l’histoire. C’est beaucoup et parfois il prend l’envie au monteur de s’attacher sur des détails qui se posent en points d’interrogations, mais qui trouvent tout leur sens
quelques minutes plus tard. C’est très riche. Beaucoup d’idées, beaucoup de plans, beaucoup de personnages. Et ça va à 100 à l’heure. Ca se calme un peu par la suite même si le délire s’épaissit.
Mais la plus grande réjouissance c’est que le scénariste qui s’attachait à développer les vies de ses personnages, s’en défait à la fin comme si tout cela n’avait plus d’importance. C’est
absurde. C’est très drôle. C’est aussi très drôle car c’est absurde.
Ce n’est pas toujours très bien filmé et c’est assez mal photographié. Ces accords de jaune et de vert semblent être une marque de fabrique du cinéma mexicain. Mais tout cela passe au second plan et le réalisateur semble s’en accommoder comme en une sorte d’auto-parodie qui jouerait sur les genres. Ainsi, les transparences qu’il utilise pour certaines scènes en voiture sont beaucoup trop voyantes pour être honnêtes. Le trait est grossi.
Peu de crédibilité donc pour cette histoire complètement folle qui s’acharne sur des personnages pris dans la tourmente de la survie. Plutôt que la nicotine, c’est cela le thème central du film. Chacun semble lutter pour sa survie. Survie au premier sens du terme mais aussi survie des constituants moraux, survie par et pour l’argent, survivre face à ses objectifs non réalisés etc. Evidemment certains meurent, d’autres non, et tout cela en dehors de toute logique. Il n’y en a pas. Pas plus que de coïncidence d’ailleurs. Bref, fumer ou ne pas fumer, le choix n’est plus si évident à la fin. Le tabac tue. Pas toujours. C’est un peu réactionnaire, quand même. Non ? En tout cas, il y a une chose dont on est sûr : vivre tue. Georges Moustaki a 71 ans.
J’ai une tendresse particulière pour
Xavier Durringer. D’abord parce que je trouve que c’est un auteur formidable et ensuite parce que je tiens J’IRAI AU PARADIS CAR L’ENFER
EST ICI pour l’un des plus beaux films français (le dernier plan sous la douche est purement et simplement magique). J’attendais donc beaucoup de son dernier film :
CHOK-DEE. Les paumés qu’il décrit, ces déclassés de la vie, sont toujours des morceaux d’humanité très justes et très émouvants. Leur errance n’en devient que plus touchante par
leur quête et leurs espoirs qui s’évanouissent. Généralement, ce sont eux les responsables de ces illusions perdues. Ici, la quête change dès le moment où Dida Diafat prendre conscience de son
propre pouvoir. De l’influence sur sa vie. Cette compréhension marque l’évolution du cinéma de Durringer.
Le film s’attache plus au personnage qu’aux combats et à leurs côtés spectaculaires. Mais il manque un vrai point d’ancrage à cette histoire. Comme c’est agréable à regarder on suit en faisant confiance au guide, mais sans réelle conviction et sans véritable passion non plus. Au final, on n’apprend pas grand-chose si ce n’est que CHOK-DEE signifie « bonne chance ». Ca, j’ai le droit de le dire, ça n’arrive pas à la fin.
Côté comédiens, on comprend assez le choix de Durringer envers Dida Diafat. Sa présence exerce un certain magnétisme qui joue pour beaucoup dans l’attention demandée. Très vite, on sent les limites techniques qu’impose le métier de comédien, mais la mise en forme de son énergie parvient à en faire un personnage convaincant. Face à lui, Bernard Giraudeau paraît bien pauvre en technique de jeu et en composition de personnage. C’est désarmant de voir avec quel manque de naturel il essaie de nous donner une vague copie d’un sous-Pacino alors qu’il n’arrive à donner corps qu’à un Delon de téléfilm. Sa composition n’arrive pas à imposer la force intérieure de son personnage, qui est plus en démonstration que ne le suggère la véritable richesse de cet homme. Il devrait être considéré comme une sorte de sage alors qu’on ne voit qu’une petite frappe hautaine et prétentieuse. La simplicité nécessite plus de travail que cela.
La dernière
apparition de Freddy ne date pas de 2003 et ce n’était pas lorsqu’il se battait contre Jason. En 2004, il a aussi affronté les Ghostbusters dans un court métrage intitulé FREDDY VS GHOSTBUSTERS. On se demande bien pourquoi.
Lorsque vous voyez Alan Smithee au générique d’un film, vous pouvez logiquement vous attendre à voir un gros navet puisque c’est le nom qu’un réalisateur peut choisir de substituer au sien s’il ne considère pas que le résultat final le satisfait. Le voir au générique d’un court métrage paraît encore plus effrayant car si un réalisateur n’a pas toute liberté sur ce genre d’exercice, où l’aura-t-il ? Hank Braxtan a donc cosigné ce court avec celui-qui-ne-désire-pas-s’appeler. On se demande bien pourquoi.
C’est évidemment un court métrage bien effrayant qu’ils nous offrent là. Il devrait être montré dans toutes les écoles de cinéma pour comprendre tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma. L’idée (assez drôle, mais bon, après Jason faut pas déconner non plus ! C’est quoi le prochain ? FREDDY VS LA VACHE QUI RIT ?) est le seul argument de ce court un peu trop long. La caméra semble peser trois tonnes et demie tant elle ne bouge pas. Les maquillages sont hideux. Les plans de coupe sans énergie. Les effets spéciaux datent de 1982. J’en passe et je ne devrais pas. Pourquoi se donner tant de mal pour obtenir cette bouillie informe et particulièrement indigeste ?
J’aime bien les mauvais films, les films naïfs voire les films simplets mais uniquement s’ils me font rire. Alors ils ne sont plus si mauvais. C’est ce qui sauve les films de Ed Wood. On peut prendre aussi beaucoup de plaisir à voir U SAMOGO SINYEGO MORYA de Boris Barnet, le principe reste le même. Je crois que les films ont une religion. Ce ne sont pas les mauvais films que je déteste, mais les films qui ne croient en rien. Je suis peut-être plus raciste que réactionnaire, finalement.






