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Samedi 6 août 2005

AVIGNON 

            Le vent de l’anarchie siffle en soulevant les innombrables affiches du festival Off. C’est le même capharnaüm qui envahit la ville tous les mois de juillet. De l’excès. Tout est possible dans un laisser-faire total. En apparence. Car c’est bien le propre du théâtre de nous raconter une histoire où tout ce qui est dit sur scène n’est que la pure vérité des conteurs. Folle est la liberté de ceux qui déambulent au hasard des rues avignonnaises, guidés par l’insolente démesure imaginative de ceux à qui la ville appartient désormais. L’insurrection gronde. C’est ce climat d’exacerbation des sens qui permet de vivre deux fois plus de choses que le reste de l’année. La localisation géographique d’Avignon explique parfaitement sa position de plaque tournante. Ici, vous pouvez trouver tout ce que vous voulez. C’est donc logiquement ce qui en fait une ville violente et sensiblement à risques. On peut le percevoir comme une agence matrimoniale open-source, une grande messe orgiaque où le délire serait fellinien sur une musique de Wagner, une chasse sauvage et particulièrement agressive où l’animal serait aussi le chasseur, ou encore comme une bacchanale baroque et suprêmement décadente. Mais on ne vient pas au festival d’Avignon pour se reposer.

            S’ouvrir. Penser à ses désirs. Mélanger les esthétiques. S’évader. Se perdre un peu. Et revenir à l’essentiel.

            Cette anarchie est probablement le seul véritable chef-d’œuvre des lieux. Presque 800 spectacles et peu d’intérêt généré.

Début en fanfare lors de la présentation de la programmation du Petit Louvre. 2 salles. La grande est absolument splendide, autant pour les comédiens que pour les spectateurs. Malheureusement, la clim a été installée par le même polonais sournois que celui de la salle 10 du Pathé Wépler ! Un anarchiste, un vrai, j’en tiens un ! Donc, la fanfare est composée tout d’abord des Bazarettes qui présentent 30 minutes de leur spectacle. 30 minutes c’est aussi le temps maximum qu’il vous faut pour commander une pizza. Bon, ça colle aussi aux dents, mais la pizza a meilleur goût. Dans les deux cas c’est déplorable. D’autant que pour la pâte fine vous repasserez, et en plus ça a le goût du McDo’. Le tout ne vaut pas ce que ça coûte. Remarquez au passage le nombre de « ça » que je viens d’employer tellement tout cela est indéfinissable.

La fanfare se termine par 30 minutes du spectacle OLE ! par l’association andalouse Alhambra. Ca tape des pieds très fort, ça écrase du moustique avec les mains, ça se prend au sérieux et ça a la grâce d’une autruche. Bon, une chance : c’est du millimètre, c’est carré et vivant. Voici juste un peu de flamenco classique qu’ils préfèrent appeler « authentique », donc sans surprises. Ah si ! On les entend quand même répéter le titre de leur spectacle toutes les 20 secondes pour bien qu’ils comprennent qu’ils ne font pas de la danse tribale africaine, pour narguer de manière effrontée ceux qui détestent le flamenco PHILIPPE CAUBEREet surtout le leur, et enfin parce qu’il fallait bien trouver une logique snob à ce mystérieux titre philosophico-mystique.

Sinon, la fanfare se poursuit de la même manière dans la majorité des autres théâtres. Et puis il y a Philippe Caubère. Deux soirées de trois heures + entracte à 23 euros, soit 46 euros pour 6 heures 30. Ca va, c’est dans la norme élitiste du festival. Caubère, lui, n’y est plus depuis longtemps, dans la norme. Absolument éblouissant, il réussit un nouveau tour de force dont il a l’habitude de nous habituer. L’évidence faite homme. Brillant et virtuose. La deuxième partie de FERDINAND est plus déstabilisante puisqu’il répond enfin à ceux qui pensaient (faussement) qu’il ne prenait plus de risques. Il parle cette fois-ci de lui en changeant la forme traditionnelle pour un exercice de style moins drôle (mais drôle tout de même) et énormément poétique. Le travail sur les mots est surprenant et très intelligent. Voici une vraie mise à nu avec un acteur qui s’amuse (la véritable raison de ce changement) et c’est ce qui importe avant tout. Remarquez l’usage des parenthèses que je viens de faire tellement l’univers de Caubère est riche.

Chef de file de la fanfare, Hassan nous a concocté avec LE BEURJOIE GENTILHOMME, l’un des spectacles les plus lamentables qu’il m’ait été donné de voir. Il n’y a rien de plus épouvantable qu’un artiste de one man show qui rigole de ses propres blagues. Jeux de mots et calembours à gogo. Le spectacle est à la hauteur de l’affiche. Si vous voulez vous en payer une bonne tranche…

Un peu de sérénité avec Isabelle Carré et Marianne Basler qui nous ont régalé d’une lecture d’un texte fort peu intéressant et complexé de clichés contemporains forts détestables. Mais leur présence seule a suffit à effacer ces faiblesses et tout leur talent nous a permis de nous reposer et d’apprécier un moment particulièrement savoureux en leur compagnie. Et cela n’a rien à voir avec un quelconque désir sexuel. Pas du tout. Même si c’est vrai qu’elles ont de très beaux seins.

Pierre Aucaigne, lui aussi, a de très jolis seins, paraît-il. Mais on s’en fout un peu. CHANGEMENT DE DIRECTION est LE spectacle du festival. Sur un texte magnifiquement écrit par François Rollin, il crée un personnage complètement délirant, brutalement hilarant. Tout en ruptures. Sans cesse surprenant, d’une inventivité loufoque continuelle, le système s’essouffle lorsque cette inventivité ne se renouvelle plus, mais le personnage est tellement riche que c’est un véritable délice. Cette intense débauche d’énergie fait de ce numéro une véritable performance de comédien, bien plus que celle de Philippe Caubère. Le temps ne fait rien à l’affaire.

Couverts par les bruits de la fanfare, entendu tout de même d’excellents échos de SEMIANYKI toujours au Chêne Noir (j’avais oublié de préciser que c’est ici que Caubère se produit et qu’Isabelle Carré a lu, et allez encore une parenthèse !), de LA MOUETTE montée par Anne Bourgeois, de LA LUNA NEGRA de et par Rémy Boiron à l’Etincelle (mais c’est pas nouveau, c’est pas bientôt fini, oui ?), des coréens du TRAIN (et ce n’est pas parce qu’ils sont coréens qu’on excusera la bien belle faute d’orthographe de l’affiche, entre parenthèses je commence à en avoir marre des parenthèses), de LA PEAU DU PERSONNAGE au Rouge-Gorge et de JE T’AVAIS DIT, TU M’AVAIS DIT de Jean Tardieu, mis en scèneRAOUL PETITE par Christophe Luthringer.

            Et puis il fallait être au Délirium le lundi 18 pour assister au concert de Raoul Petite, un groupe délirant qui a embrasé la foule en un clin d’œil. De l’imagination, de la folie, de l’exubérance, du funk et beaucoup d’humour. Sauvage et frénétique. N’achetez rien de ce groupe, allez plutôt les voir en concert. Le spectacle est autant dans la salle que sur scène et il faut absolument connaître ce chanteur au physique improbable, qui est notamment à mourir de rire en fausse rock star à deux balles aux allures de gourou. Pour info, les prochains concerts sont :

- le vendredi 09 septembre à SEYNE LES ALPES

- le samedi 24 septembre à CHATEAUNEUF DE CADAGNE

- le vendredi 21 et le samedi 22 octobre à PARIS à la Maroquinerie.

Le Délirium est un lieu incontournable des nuits d’Avignon puisqu’il nous a aussi offert la possibilité d’entendre Rona Hartner, artiste sensuelle complètement « allumée » qui accepte aisément les coupes de champagne quand on lui en propose (ça mériterait pas une parenthèse pour finir ?).

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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