QUESTION : Dans AUTANT EN EMPORTE LE VENT, pour simuler l’incendie d’Atlanta on utilisa ce qu’il restait des décors d’un film. Lequel ?
QUESTION : Dans AUTANT EN EMPORTE LE VENT, pour simuler l’incendie d’Atlanta on utilisa ce qu’il restait des décors d’un film. Lequel ?
8 euros 84. Soit 58 francs. C’est le prix moyen d’une place de cinéma à Paris (je vous passe la méthode de calcul, longue, fastidieuse et éreintante, que j’ai mise en place pour en arriver là !). Avec des séances pouvant aller jusqu’à 10 euros 80. C’est au Pathé Wépler (oui, vous savez, cette marque qui fait penser à de la charcuterie Olida à chaque fois qu’on la prononce) que cela se passe, le samedi en séance de nuit. Un endroit que je vous déconseille donc à nouveau, à cause des prix rédhibitoires pratiqués, de la laideur du lieu, mais aussi à cause de la mauvaise qualité des services offerts au spectateur. Ce qui n’est pas nouveau. Or, personne n’a la présence d’esprit de fermer cet établissement qui ne ressemble plus à un cinéma depuis longtemps. Quand on songe que cette année (oui, c’est possible, en 2006 !) l’une des plus grandes et belles salles de Paris a fermé ses portes sans qu’aucun grand média ne s’en émeuve, c’est proprement scandaleux. Et nous ne parlons même pas du Gaumont Palace (chef-d’œuvre mondial des grandes salles de cinéma), détruite inconsidérément au début des années 70, pour laisser place aujourd’hui à un Castorama. Au moins l’entrée est gratuite !
Le prix moyen est cependant moins élevé si vous vous y prenez le matin, puisque la place tombe (toujours selon une moyenne que peu d’experts en cinéma perdraient leur temps à élaborer, c’est vous dire si j’en suis fier !) à 5 euros 54. Plus abordable, mais moins pratique pour les couche-tard. Toujours trop cher. Comme disait la jeune mariée. Non, pas du tout. C’est un ami juif. Et là je voudrais ouvrir une parenthèse pour m’excuser auprès de tous les néo-nazis qui pourraient se trouver offusqués de ce que ce genre de peuple s’insère dans mes relations, mais là j’ai vraiment pas pu m’en défaire. On ne choisit vraiment pas ses amis. Il s’est agrippé avec ses doigts crochus. Et comme je suis très intelligent je me suis dit que ce ne serait pas mal de le garder dans mes amis pour éviter que l’on me traite d’antisémite.
Pour en revenir à des questions bassement pécuniaires, le cinéma est trop cher à Paris. D’où la bonne idée d’instaurer, tout au long de l’année, une série d’opérations (dont il faut remercier la Mairie de Paris) pour nous inciter à aller au cinéma pour un prix modique. De toute façon, le gramme de coke est devenu hors de prix et les call-girls n’acceptent plus de marchander leurs tarifs... Heureusement, pour se divertir il reste le cinéma. Fin août : « 3 jours, 3 euros ». J’aime surtout l’idée que cette opération se situe à un moment de l’année où les sorties sont déprimantes d’inintérêt. J’aime bien l’idée qu’un grand nombre de personnes s’engouffrent dans des salles obscures pour trois cent six sous (quinze vingt six sous, comme dirait mon ami juif, qui n’aime pas utiliser de nombres au-dessus de cinquante ; là, ça devient du quinzième degré !!!) et sortent exaspérés par tant de débilités offertes gracieusement par la Mairie de Paris. J’aime bien que l’idée de la Mairie de Paris soit de convier les gens à aller au cinéma, et que, finalement, le résultat soit contraire aux espérances de départ. C’est donc parmi les autres films qu’il est bon de se tourner. Voyez un peu ce qu’il était possible d’aller voir :
AI NO CORRIDA
BOM YEOREUM GAEUL GYEOUL GEURIGO BOM
DAYS OF HEAVEN
DEAD MAN
DONNIE DARKO
ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND
FIVE EASY PIECES
IL BUONO, IL BRUTTO, IL CATTIVO
L’ASSASSIN HABITE AU 21
LES 400 COUPS
LIFEBOAT
MON ONCLE
NIGHT OF THE LIVING DEAD
9 SONGS
PERSONA
PSYCHO
RAGING BULL
TAXI DRIVER
THE BAREFOOT CONTESSA
THE VIRGIN SUICIDES etc.
Mais le véritable et grand intérêt de « 3 jours, 3 euros » est de pouvoir vous balader parmi les 75 cinémas de Paris (normalement 83 mais 8 d’entre eux étaient fermés pendant l’été, et toujours pas le Pathé Wépler). Et rien que pour cela, cette initiative est déjà un succès. Pas besoin d’avoir une carte d’abonnement pour aller au cinéma à petit prix. Il est temps de brûler cartes U.G.C. et MK2 qui vous obligent à un dévouement totalitaire et vous privent de votre liberté d’aller découvrir des films dans d’autres lieux peut-être plus accueillants. Aller au cinéma est une démarche active (réfléchir au choix de la salle, du film, de l’horaire etc.) et non une possible compensation à l’ennui. Oui, la liberté n’est pas sans contraintes. C’est pour cela qu’elle à un prix.
Deux tiers des cinémas parisiens dans lesquels je n’ai toujours pas pénétré. Pas de statistiques sur les parisiennes de tous âges ? J’aime à y remédier lors de ces opérations spéciales. Direction tout d’abord le MK2 Hautefeuille. Je connais le principe des MK2, je ne m’attends à rien de révolutionnaire dans ces cinémas qui affichent une politique d’auteurs mais qui ne sont en fait que de gros complexes déguisés, assez grossièrement d’ailleurs. Je ne suis donc pas surpris de voir la file d’attente empiéter jusque sur la route (une bonne grosse queue, comme dirait la jeune mariée), et ce dès la première séance du matin. Il n’était quand même pas si illogique d’anticiper le succès que rencontreraient ces 3 jours de paix, d’amour et de cinéma. Ce qui s’était passé en 1969 lors d’un rassemblement du même ordre pouvait nous mettre sur la voie. Tout comme la réussite de l’édition précédente. Malheureusement, au MK2 Hautefeuille, il doit y avoir des quotas pour butors débulbés : ils ont choisi de n’ouvrir qu’une seule caisse. Je suis en avance et ne manquerai donc pas le début du film. Pas comme ces quelques retardataires malgré eux, vers qui va toute ma pitié, et qui auraient bien le droit d’intenter un procès à ce vil cinéma qui n’aura même pas eu la délicatesse de différer le lancement du film de quelques minutes. Délai après lequel tout retardataire ne devrait plus être accepté. Voilà comment devrait se comporter un cinéma digne de ce nom. Comment peut-on avoir l’idée de prendre un film en cours ? C’est quand même mieux avec les préliminaires, non ? Même si, de temps en temps…
Le film : THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL de Thomas Clay. Commençons par la fin puisque l’on y trouve la plus grande satisfaction du film : une scène d’agression et de viol particulièrement monstrueuse. Il ne se passe rien d’horrible jusque-là et le réalisateur développe tout au long du film, une tension que l’on sent s’assouvir incessamment sous peu. Si bien que lorsque le pire arrive, ce n’est pas tant le fait en lui-même qui est choquant, mais la violence et la brutalité qui interviennent conjointement. Il faut ici souligner toute la beauté de la mise en scène qui contribue à faire de ce moment l’un des plus cruels que le cinéma nous ait donné. La scène est magnifique. Dans la manière dont le déchaînement s’établit (le plus violent n’est pas celui que l’on croit, évidemment, et l’opposition avec le caractère calme et passif de Robert Carmichael est magnifiquement mis en opposition par la brutalité avec laquelle le démon enfoui se déchaîne). Nous apprécions aussi énormément la violence avec laquelle la femme se fait violer par Robert Carmichael, l’excellence des objets qu’il lui introduit, l’ignoble idée de forcer son mari à regarder tout cela, et enfin la magnifique lenteur de la transition avec laquelle nous retrouvons le trio qui baigne dans le sang, le vomi et la fureur, au sein d’un plan fixe de toute beauté, où quasiment rien ne bouge mais où les ondes présentes sont emplies d’aliénation. Ce qui est à l’image du film. A ce moment, nous penserons beaucoup au long plan fixe de FUNNY GAMES, lorsque les deux jeunes garçons décident de quitter la maison. Même idée.
En tout cas, cela faisait longtemps que le cinéma ne nous avait pas donné une scène de barbarie aussi violente et barbare. C’est esthétiquement proche de la perfection tellement la jouissance du mal laisse vite place à l’écoeurement. D’où encore plus de jouissance.
Ce qui précède fonctionne comme l’installation nécessaire à la compréhension d’un tel avènement de violence. Une grande exposition. Certes. Obligatoire cependant. On peut lui reprocher sa faible propension à se renouveler. Malgré tout, l’impact final lui doit tout.
Il n’y a qu’un seul accès possible à ce film. C’est celui d’ELEPHANT et de 71 FRAGMENTE EINER CHRONOLOGIE DES ZUFALLS. Recherche des éléments constituants un fait divers en apparence inexplicable. Des personnes qui côtoyaient certains criminels disent souvent : « Il avait l’air si gentil. Jamais on n’aurait pensé !!! » Evidemment ! Qu’est-ce que vous croyez ? Qu’ils se trimballent dans la rue avec un écriteau : « Personne ne sait que j’ai tué un homme » ? Il n’y a que moi qui sois assez fou pour m’en vanter !
Toujours est-il que le film ne verse pas de nouveaux éléments au dossier, mais il devient complémentaire aux autres films, énonçant le même principe de l’environnement qui façonne la frustration. Un sujet d’autant plus intéressant qu’à chaque fois les assassins paraissent privilégiés par leur entourage : stable et sécurisant. Tout ce qu’il y a de plus terrible pour des adolescents, comme le hurlait PUMP UP THE VOLUME lorsqu’il exhortait à dire des horreurs, pour en éviter de telles. Sombre richesse du film d’Allan Moyle.
Ensuite, direction le Brady. Alors là… Des cinémas comme ça, je ne sais pas s’il en reste encore beaucoup en France, mais ça mérite le détour ! Tout petit hall d’accueil où le caissier nous invite à entrer avec un franc-parler qui surprend. C’est que nous n’étions plus habitués à ce qu’un employé de cinéma nous parle comme à des êtres humains. L’endroit paraît alors plus sympathique qu’il ne l’est. Tout sent le vieux. De la déco à la fréquentation, en passant par les affiches de Jean-Pierre Mocky qui ornent les murs. Si j’ai bien compris, l’ouvreur est aussi caissier, projectionniste, critique cinéphile pointu, spectateur, colleur de timbres, cracheur de feu, recordman du monde de brasse libellule et gagman de Wim Wenders. Autant d’improbables qualifications qui cohabitent et qu’il semble nécessaire de disposer pour pouvoir travailler ici ! Néanmoins, que cela est agréable de se mouvoir au sein d’une foule de passionnés qui se retrouvent dans une ambiance de cinéma de quartier ! Très agréable sensation d’être pris pour une personne qui vient voir un film et non pas un quelconque individu qui vient donner son argent.
La salle est petite, poussiéreuse et kitsch. La porte grande ouverte, les commentaires du caissier continuent à se faire entendre. Mais il va pas la fermer ?! Riposte du petit artisanat. C’est pas une raison pour se rallier à sa cause ! Bref, le film débute. Je note au passage que le caissier-projectionniste-taxidermiste-cracheur de noyaux d’olives-expert en dreadlocks a attendu que les derniers spectateurs soient entrés dans la salle pour lancer le film. Grand fan de Larry Clark, je me devais d’aller voir WASSUP ROCKERS que j’avais loupé à sa sortie. Il n’y a jamais de vraie coïncidence. Les œuvres crépusculaires que sont BULLY ou KIDS nous interrogent sur la véritable motivation de Larry Clark, qui perd cette fois une occasion de se taire. Pire que tout, il en perd son cinéma. Même s’il a toujours été assez proche du style documentaire dans KIDS et KEN PARK, ces derniers étaient très élaborés. Dans WASSUP ROCKERS, la recherche documentaire est encore plus flagrante par le jeu improvisé et la caméra qui ne cherche qu’à capter une déambulation sans se soucier ni du cadre ni de la lumière. C’est même assez crade. Nous avons l’impression que tout cela est volontaire, bien évidemment, mais le cinéma n’a jamais fonctionné sur une politique volontariste. Larry Clark ne s’intéresse qu’à ce qui l’a finalement toujours intéressé. Il travaille sur la dégénérescence. Alors bien sûr, la vérité qu’il décèle chez ces jeunes est absolument évidente, mais il se trompe en croyant que c’est ce qui a fait le succès de ses précédents films. C’est bien plus. Pas le fait qu’un film ait besoin d’une histoire extrêmement développée et pleine de rebondissements, mais un minimum de cinéma à travers ses différentes phases. Après tout, on peut très bien faire un bon film sur une seule idée, pourvu que l’on nous raconte quelque chose. Nous y reviendrons un peu plus tard lorsque nous aborderons LA SCIENCE DES REVES de Michel Gondry…
En tout cas, ce que nous propose Larry Clark tout au long de son WASSUP ROCKERS reste invariablement du même acabit. Et même si l’on suit la jeune troupe assez gentiment, tout cela est très intéressant mais le cœur ne connaît jamais d’arythmie. Larry Clark est celui qui filme le mieux la jeunesse américaine (avec Todd Solondz peut-être, même si ce n’est pas complètement son credo) mais la redite commence à ennuyer. Avec BULLY et KEN PARK (que j’avais pourtant peu aimé), il avait su retrouver une originalité à travers la face qu’il voulait aborder. On peut reprocher à WASSUP ROCKERS de montrer une image un peu trop générale. Mais la profondeur vient aussi avec le travail…
Le Lucernaire est un lieu que je connais bien. Le cinéma un peu moins. J’y ai pourtant vécu l’un de mes trois plus grands souvenirs cinématographiques, à savoir la projection de DEAD MAN de Jim Jarmusch en 1996 ; les deux autres étant RINGU au Forum des Images en 2000 et la ressortie de 2001 : A SPACE ODYSSEY en 70 millimètres au Gaumont Grand Ecran Italie en 2001. Oui, mais après CLIFFHANGER quand même ? L’après séance de DEAD MAN c’était comme sortir d’un rêve. Difficile à décrire donc, mais sûrement le film qui m’a emmené le plus loin dans le registre de la progression émotionnelle. Un film brillant.
Je reviens donc sur les lieux du crime avec toujours une grande nostalgie. Le lieu est actuellement en travaux. Un chantier pas possible. Cela ne me semblait pas indispensable, pour le peu que je sache. Du moins pas autant que le Brady ! J’ai de plus en plus l’impression que ce cinéma cherche à se faire classer monument historique. Historique de mauvais goût et de saleté !
Bon, ce n’est pas que je cherchais absolument à revenir dans ce cinéma, mais c’était le seul qui programmait L’EQUILIBRE DE LA TERREUR de Jean-Martial Lefranc et je tenais à tout prix à ne pas le manquer avant qu’il ne soit déprogrammé. Effectivement, cela m’a l’air imminent. J’étais prévenu. Trois personnes dans la salle. Deux effectives, mais avec leurs conneries d’ « un homme averti en vaut deux »… L’autre garçon m’a tout de suite paru suspect. Moi, ma démarche est conditionnée. Comme je ne suis pas censé être là, je me dis qu’il faut quand même être un sacré pervers pour aller voir un film tout seul dans une salle ! Il pourrait en penser tout autant à mon encontre, mais comme je sais, moi, que je ne suis pas un de ces putains de pervers, s’il y en a un dans cette salle, c’est bien lui. J’ai tout de suite senti sa déviance homosexuelle lorsqu’il est venu se placer derrière moi. Jusqu’ici tout va bien. Surtout ne rien laisser tomber ! Nous étions donc quatre dans la salle, puisque avec leurs conneries qu’ « un homme inverti en vaut deux »…
Bon, pour parler un peu du film malgré la paranoïa ambiante, nous dirons de l’histoire nous fait énormément plaisir par le sujet casse-gueule ici traité. La possibilité d’une attaque nucléaire sur Paris. Il n’y a pas de sujets aussi excitants actuellement au cinéma ! Et ça c’est de la bombe ! (Je sais, j’ai honte). Mais autant le scénario sent l’hyper documentation, autant la réalisation est assommante d’amateurisme. Tout d’abord les différentes scènes sont construites de manières très théâtrales, et souvent dans des lieux très exigus. Problème de moyens. On recrée un semblant d’ambiance dans une cave, dans un appartement prêté pour l’occasion, on serre les plans, on essaie de mettre du rythme avec une caméra montée sur vibromasseur etc. Les acteurs sont parfois très mal dirigés. La lumière souvent ignoble (en plus, filmer en vidéo accentue le problème) et il peut même lui arriver de changer dans un même plan. Tout cela manque un peu de sérieux pour un sujet qui ne transige pas avec ce genre de qualités requises. Pas sûr que les capitaux aient été la panacée de tous ces maux. Mais le plus flagrant est le manque de vision globale que Jean-Martial Lefranc a de son film. Les scènes d’exposition peinent à lancer le film. Toutes les scènes semblent avoir été travaillées indépendamment, ce qui n’insuffle aucun rythme au film. L’EQUILIBRE DE LA TERREUR devient prenant (c’est relatif, je vous le concède) que lorsque la bombe commence à s’assembler et que l’attaque se fait imminente. Mais même le final ne parviendra pas à sauver un film qui va malheureusement refroidir certains producteurs de prendre des risques. Et c’est là son effet le plus néfaste.
Terminons par LA SCIENCE DES REVES, vu au Gaumont Alésia. Complexe assez quelconque qui pratique des tarifs exorbitants sur le pop-corn, les bonbons et autres friandises. Ce n’est pas grand-chose mais le Lucernaires imprime des images de films au verso de ses tickets. J’ai eu Giulietta Masina dans LA STRADA pour L’EQUILIBRE DE LA TERREUR. C’est vrai qu’on s’en fout un peu. Oui, mais nous sommes maintenant capables de mesurer toute la différence entre un cinéma qui nourrit l’intérêt de ses spectateurs et un cinéma qui se nourrit grâce à l’argent que lui apportent ses spectateurs. Argent qu’il réinvestira dans le culte de sa personnalité comme en témoigne les tickets du Gaumont Alésia et leurs rectos à l’effigie de la maison mère.
Concentrons-nous plutôt sur le cas Gondry. Car j’ai bien l’impression que c’est l’homme que l’on juge, plus que ses films. LA SCIENCE DES REVES, c’est 1 heure et 45 minutes de bonheur. Des trouvailles scénaristiques (la branche des lunettes derrière l’oreille, par exemple), visuelles (le film à l’intérieur du rêve) ou de mise en scène (la machine à remonter le temps d’une seconde). Gondry nous y avait déjà habitué avec ses clips ou son fabuleux ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND. D’ailleurs, LA SCIENCE DES REVES en reprend les grands thèmes. Il les creuse cependant moins en profondeur (ce qui, à contrario, faisait d’ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND un film extraordinairement profond par sa lucidité sur la société contemporaine) et préfère s’intéresser à la relation qui se lie entre Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg. C’est tout en ingéniosité et en virtuosité de mise en scène par les aller-retour incessants entre le monde réel et celui des rêves (et que l’on ne confondra pas avec une élégance de montage, cela n’ayant rien à voir puisque élaboré depuis le stade de l’écriture). Bref, LA SCIENCE DES REVES se plaît à jouer avec les difficiles codes du romantisme actuel (tiens, revoilà ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND !) et les pénibles dualités intérieures qui en découlent. C’est vraiment brillant par ce que Gondry touche là. Arriver à capter quelque chose d’aussi indéfinissable, c’est du grand art !
LA SCIENCE DES REVES est grand film romantique, plein de plein de choses qui excitent nos esprits, et encore une fois triste et très sombre car doté d’un regard aigu sur nos comportements. Tout cela se retrouve dans ce qui est la plus grande qualité du film : son écriture. L’absurdité des dialogues, la finesse des tons, la poésie récurrente, la sagacité de certaines répliques (« les filles ne changent jamais d’avis quand c’est fini »). Sombre. Définitivement sombre.
Et si je mets l’accent sur ce côté de l’écriture c’est pour mieux revenir sur ce que je disais plus haut concernant le scénario d’un film. D’un point de vue cynique, nous pourrions résumer le film à une histoire d’amour entre un homme et une femme. C’est limité et réducteur. C’est la trame du film, ce n’est en rien le scénario. Une fois de plus, je redis qu’il est possible de faire un bon film avec un sujet simple, voire mince. L’avantage avec Gondry c’est qu’il en profite pour développer toute une série de compositions, de touches anecdotiques, qui encerclent les personnages et leur donnent corps par leur définition à travers ces réflexions de vie. C’est donc plus qu’une grande histoire romantique que nous livre Michel Gondry, c’est toute une vie faite de pièces rattachées, un patchwork de petits morceaux de films qui en forment un nouveau. C’est en quelque sorte une continuelle connaissance de soi. Ce qui nous amène au caractère psychanalytique du film, puisqu’il s’agit d’un film psychanalytique avant tout (et ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND auparavant) : le cerveau, l’enfance, les rêves, les actes manqués etc. Le scénario de LA SCIENCE DES REVES ne s’arrête pas là où certains critiques, n’ayant une nouvelle fois rien compris à l’univers de Gondry, ont voulu vous le faire croire. D’où le procès intenté à Gondry. Du grand snobisme écoeurant. La preuve en est le film de Stephen Frears : HIGH FIDELITY (il y aurait encore d’autres exemples à trouver, j’en suis persuadé). Là aussi, nous pourrions vulgairement résumer le film à une rupture qu’un jeune homme n’arrive pas à encaisser. Or, personne n’a critiqué HIGH FIDELITY sur ce point. Et pourtant il y aurait des choses à redire sur ce film très plaisant et très réussi. Il est d’ailleurs étonnant de constater la similitude avec le film de Michel Gondry. Même dans la construction, HIGH FIDELITY s’en rapproche de manière singulière : fait avéré puis construction du personnage autour de son histoire personnelle (le procédé analytique révèlera ici son incapacité à rester avec une fille). Le film se perdra un peu dans d’étranges clichés, deviendra plus optimiste et par conséquent sonnera moins juste. Il n’empêche que le personnage de Rob Gordon est absolument fantastique. John Cusack a dû prendre un pied fabuleux à le jouer ! Mais pourquoi tant d’impossibilité à se réaliser ? Je ne comprends pas le marasme intérieur dans lequel il s’embourbe. Sa vie est formidable ! Il tient un magasin de disques, il écoute à longueur de journées ses chansons préférées, il emploie deux garçons aux vies improbables dont un crétin aux prises de position exquises de drôlerie, il passe son temps à établir des tops 5 et à aller à des concerts, et il s’est tapé Catherine Zeta-Jones ! Comment peut-on être aussi désappointé ? Petit hommage à Rob Gordon :
TOP 5 APRES UNE RUPTURE :
1 - Henry Lee NICK CAVE & PJ HARVEY
2 - Fear and love MORCHEEBA
3 - Jealous guy JOHN LENNON
4 - Tiny dancer ELTON JOHN
5 - Linger THE CRANBERRIES
Je n’y avais pas pensé en établissement ce classement mais en le relisant je m’aperçois que chacune des chansons est assimilée à une rupture bien précise. Je ne me suis pas trompé ! De toute façon, je ne me trompe jamais. Je suis une valeur sûre. Puisque c’est comme ça, je continue.
TOP 5 DES MEILLEURES CHANSONS :
1 - You are here SIXPENCE NONE THE RICHER
2 - Hyacinth house THE DOORS
3 - Paint it black THE ROLLING STONES
4 - Mistral gagnant RENAUD
5 - Les écorchés NOIR DESIR
Malgré tout cela, je ne sais pas si je retournerai au cinéma l’année prochaine à la même époque. 3 euros pour LA SCIENCE DES REVES, quand j’y pense, je me dis que c’est indécent de sous-évaluer les vraies valeurs.
Il y a 9 points pour le gagnant :