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Mercredi 16 juillet 2008

QUESTION : Dans quelle revue pouvait-on lire cette critique à propos du film VOUS INTERESSEZ-VOUS A LA CHOSE ? : « Bien sûr que nous nous intéressons à la chose mais pas dans ces conditions là !... Pas avec ces pantins ridicules ne disant que des conneries, pas avec leurs grands enfants bêtes et prétentieux, pas avec la tante amatrice de neveux puceaux, pas avec la fifille puisque c’est Muriel Catala, pas avec le vilain hippie qui arrive dans cette histoire comme un cheveu sale sur la soupe… Ah ! que tous ces gens pratiquent la chose entre eux puisqu’il semble qu’ils ne pensent qu’à ça ; à contempler leurs ébats sinistres, on a très envie d’aller aux putes… » ?

par MAYDRICK publié dans : QUIZZ
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Mercredi 16 juillet 2008

            Parce que je suis un être solaire qui renaîtra de ses cendres en janvier 2136. Parce que j’œuvre nuit et jour pour trouver une réponse sensée à l’angoissante question : « Pourquoi croyons-nous ce que nous croyons savoir ? » Parce que j’ai toujours une réponse toute faite quand ma copine commence à me dire : « Ecoute, j’ai bien réfléchi… » (Quel homme ! Quel sens de la prévenance ! Quand on sait que c’est comme cela qu’a débuté la chute de l’empire romain ! C’est tout de même étrange cette phrase qui n’annonce jamais rien de bon !) Et puis aussi parce que je suis assez fou pour aller au cinéma voir coup sur coup deux avant-premières de films français.

            Pendant ce temps, dans un autre film français pas encore réalisé :

- Et Patrick ? Qu’est-ce qu’il devient ?

- Il a fait une fugue.

- Mais... Il a 45 ans !!!

- Oui, il n’en pouvait plus.

ILAN DURAN COHEN            Où en étais-je ?... Ah oui ! J’étais en train de vous dire que j’avais plein de choses éminemment essentielles à la survie de notre race à vous raconter, à vous, nouveaux adeptes du bon goût et des réparties appliquées en milieu collégial, depuis que vous furetez sur ces pages et que vous vous gavez de mes savantes réflexions et de mes visions expertes. Oui, c’est une phrase assez longue mais qui redéfinit parfaitement bien l’égocentrisme révolutionnaire. Et puis, tout à coup, c’est le drame ! Je reçois un e-mail de mon petit neveu…

Là, je me dois d’ouvrir une parenthèse car la stupéfaction se lit sur vos deux oreilles. Oui, nous n’habitons pas dans la même ville, et même à plus de 600 kilomètres, et c’est pour cela que mon petit neveu m’envoie un e-mail dès qu’un doute l’assaille, qu’une question le questionne ou qu’il se demande quelle est la meilleure façon de faire disparaître un corps sans qu’aucune trace ADN ne puisse être retrouvée. Toutes les questions que l’on est en droit de se poser quand on a 5 ans et demi, somme toute. Donc, nous n’habitons pas la même ville, sans quoi tout aurait été plus simple, sans quoi je n’aurais pas ouvert cette parenthèse, sans quoi il ne m’enverrait pas d’e-mails, sans quoi il serait rentré dans ma chambre en me disant : « O toi, grand Maydrick, excuse-moi de te déran… » Et c’est là qu’il s’agirait d’être juste mais ferme en lui faisant comprendre que l’on n’entre pas ici sans frapper à la porte, ce qui donnerait à peu près ceci : « Mais, espèce de petit con, tes parents t’ont bouffé les neurones à la petite cuillère ou tu t’es en train d’écouler le surplus de ta connerie par ton orifice buccal ? Tu ne vois pas que je travaille et qu’on ne doit jamais me déranger dans ces moments-là ? Regarde comme tu es vilain. Et tu es laid, en plus ! Allez, tu vas au coin et tu réfléchis à ce que tu à fais ! » Et c’est instantanément que je m’extasierais sur mon cerveau une nouvelle fois supérieur, puisque je viendrais enfin de trouver comment solutionner le problème de la qualiSHE'S ALL THATté des films cinématographiques. Le salut du cinéma mondial viendrait donc d’un sentiment de honte publique ! Si certains films se voient portés aux nues pour leurs qualités artistiques évidentes, la critique n’est jamais efficace contre ceux qui ne méritent pas leur projection en salles spécialisées. Les rares réalisateurs à prendre du recul sur certains de leurs films ne sont que des cas isolés. Rappelez-vous. A l’école, un devoir bâclé était sanctionné d’une mauvaise note. Et si les mauvaises notes s’accumulaient le passage dans la classe supérieure devenait délicat. Mais quelles sanctions pour les mauvaises cinéastes ? Comment leur faire prendre conscience des erreurs qu’ils ont commises ? Vous comprenez, quand vous entendez dire Patrice Leconte que lorsque vous faites un film qui dépasse les 10 millions de spectateurs (en l’occurrence LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE), c’est ce qui peut arriver de mieux à un réalisateur, vous vous demandez forcément à quel moment tout à dérapé dans sa vie. Habite-t-il donc Fort Knox pour être ainsi passé à côté de la vague générale de désapprobation de ce troisième opus ? Tout serait donc plus simple si les réalisateurs commençaient par travailler conjointement avec la critique. Or, cela ne se fait jamais. Les réalisateurs prennent les applaudissements des critiques qui acclament leurs films, mais quels sont ceux qui entretiennent une discussion argumentée, avançant objections, contradictions ou preuves irréfutables ? Que les réalisateurs commencent par répondre aux arguments qu’avancent les critiques, qu’ils commencent par reconnaître la pertinence de leurs propos, qu’ils s’engouffrent enfin dans une discussion où chacun avancerait ses pions en argumentant son point de vue. Quand nous en serons là, peut-être que le cinéma pourra commencer sa révolution. En attendant, je préconise pour chaque mauvais film, d’envoyer le réalisateur au coin pour l’inviter à réfléchir à ce qu’il a fait. Et cela en place publique, bien sûr. De la même manière que les exécutions étaient des attractions populaires il y a encore quelque temps, j’exhorte les politiques à rétablir ce divertissement populaire en installant sur la place de la Concorde (et puis ensuite sur quelques places de grandes villes françaises) un grand échafaud où deux murs blancs formeraient un coin. Il ne resterait plus qu’à y exposer chaque tâcheron selon une durée déterminée en fonction du mal commis. Et le cinéma français de redevenir un cinéma d’inspiration mondiale…

Voilà donc le premier des grands commandements qui mènent à la voie de la sagesse, puisque, comme chacun de vous le sait, les portes de l’intelligence ne s’ouvrent qu’avec la clef de la réflexion. Par la même occasion, je viens de vous éclairer sur la seule utilité possible de la critique. Merci qui ?

Il est maintenant temps de fermer cette parenthèse et d’en découdre avec cette histoire d’e-mail. Donc, je reçois ce courrier électronique (ça claque moins, n’est-ce pas ?) de mon petit neveu, alors que j’étais en pleine transe sacerdotale. C’est alors que l’onde de choc télépathique de ma consternation fit s’écrouler plusieurs gratte-ciels quelque part à l’autre bout de la planète (je l’apprendrai dans la soirée en allumant le poste de télévisuel), lorsque je lus son interrogation du jour : « Dis-moi, ô grand Maydrick, quand on te prend en photo à côté de Goofy, est-ce que l’homme à l’intérieur de Goofy sourit ? » Avec ce genre de questions, d’une secondeGOOFY à l’autre, le monde qui vous entoure n’a plus de saveur. Votre collection de petites billes de cartouches d’encre n’a plus d’importance, vous vous en voulez de ne pas avoir mangé cinq fruits et légumes aujourd’hui, et les jours d’avant, et depuis que vous êtes né aussi, vous lisez vos spams, et vous sentez même vous envahir une envie irrépressible de trier vos déchets. Non, Lars, rendors-toi ! Bref, le monde se pastellise autour de vous. Tout à coup, vous vous apercevez que vous n’avez jamais rien su. Un petit être en culottes courtes vient de remettre en cause votre manière de penser au sens strict, et tout un fonctionnement planétaire d’une manière plus générale. P’tit con.

            Du coup, comme je ne sais pas grand-chose, il va bien falloir que je vous raconte deux ou trois trucs intéressants sur ces avant-premières. Remarquez comme il joue la carte faussement humble et ne vous laissez surtout pas avoir ! Je résoudrai plus tard cette histoire de personne qui fait toujours des commentaires en italique. Pour l’instant j’ai grave du boulot avec Ilan Duran Cohen. Toi aussi essaie de trouver combien de personnes se cachent dans ce nom à rallonge et gagne le droit de gagner.

Parce que ce réalisateur a une trajectoire assez trouble. Il s’est fait connaître en 2000 avec LA CONFUSION DES GENRES, film qui fut surtout salué pour son écriture mais qui a déjà subi la loi de la clepsydre. En fait, Ilan Duran Cohen avait déjà réalisé en 1991 un premier film répondant au doux nom de LOLA ZIPPER. Et ce qu’il y a de vraiment surprenant c’est qu’il dénote assez franchement avec la suite de sa filmographie. J’ai vu LOLA ZIPPER il y a bien longtemps, lorsque Canal + l’a diffusé (du temps où la chaîne à pillage faisait encore un vrai boulot de programmation), et ce que je peux vous dire de ce premier long métrage c’est qu’il ne casse pas vraiment des briques à un canard. Le traitement est ultra-conventionnel, avec un scénario déjà vu mille fois. En gros, c’est le POCKETFUL OF MIRACLES de Frank Capra, la pauvre petite clocharde dont on va s’assurer la transformation et en faire une dame du monde. Non, ce n’est pas inspiré de la vie de Clotilde Courau, qui a dit ça ? Evidemment, version française, il faut s’attendre à quelque situation inattendue où la jeune fille ne se comporte pas comme prévu, avec force cocasseries lourdingues. Ceux qui veulent en voir une nouvelle version préfèreront SHE’S ALL THAT, du pourtant sinistre Robert Iscove, mais qui a l’avantage d’être un film de lycée, et donc d’avoir une thématique plus riche que la simple morale du : « Finalement, nous sommes tous pareils. Nous avons beau ne pas être du même monde, il n’en reste pas moins qu’au fond de notre poitrine, c’est un cœur qui bat ».

Alors qu’après ce premier essai nous pensions qu’Ilan Duran Cohen allait s’enfoncer vers les tréfonds du Consortium des Laxatifs du Cinéma, il prend la sage décision de s’éloigner et revient dans le business neuf ans plus tard. Artistiquement transformé. Son cinéma n’est plus la petite forme anonyme que n’importe quel réalisateur de brasserie aurait pu signer. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’Ilan Duran Cohen est le salut du cinéma français, mais je tiens juste à mettre l’accent sur cette vraie démarche d’artiste. Pendant ces neuf années où ce réalisateur nous la joue Maître Vergès, il prend le temps de remettre en question son entrée dans le milieu du cinéma, d’entendre les petites voix qui lui murmurent « Welcome in hell, buddy ! », analyse ses erreurs et accepte de laisser de côté le grand marché du film qui aurait pu faire de lui un yes man et lui promettre une foultitude de gros billets. Il choisit alors de s’orienter vers une démarche plus personnelle et ainsi de brouiller les pistes. Les corbeaux finissent par manger les miettes de pain qu’il avait semées sur son passage, et notre Ilan Duran Cohen arrive sur le plus beau des chemins : celui dont personne ne sait où il mène. Voilà en tout cas un bien beau virage à 180 degrés Celsius. La plupart du temps, entre deux films, les réalisateurs se mettent sur pause. Ilan Duran Cohen a préféré rembobiner la cassette et réenregistrer par-dessus. Hé ho ! On se réveille ! Nous sommes passés à l’heure du DVD ! Vous en connaissez beaucoup des cinéastes qui ont brutalement changé leur façon de faire du cinéma au cours de leur carrière ? Et là, je ne parle pas d’un Kubrick ou d’un Bergman, installés comme ils l’étaient après leurs premiers films, cela a été beaucoup plus aisé pour eux de changer de cap. Pour les cinéastes qui n’ont véritablement aucune influence, tout cela est un peu comme une personne amputée des deux jambes : ça ne court pas les rues !

            Le p’tit morveux a encore frappé. Alors que j’étains en pleine catharsis rédactionnelle, ma messagerie m’informe d’un nouvel e-mail. Sa question du moment : « Si on va plus vite que la lumière, comment peut-on voir où on va ? » Je suis au comble du désarroi. Mais n’as-tu donc point de choses plus intéressantes à entreprendre ? Faire des expériences allemandes sur des fourmis juives ou aller draguer des petites filles ? C’est sympa les petites filles. Moi, j’adore les petites filles, c’est une véritable passion ! Tu n’as pas envie de t’y mettre ?... P’tit con.

            Reprenons nos ébats. Le cinéma d’Ilan Duran Cohen. Son petit dernier : LE PLAISIR DE CHANTER. Ce film est une équation mathématique. Sa résolution égale celle de LA CONFUSION DES GENRES. LA CHAMBRE DES MORTSDes membres de la même famille, si vous préférez. Neuf années avaient suffit pour voir la révolution du cinéaste. Cette fois, huit ans séparent le second du premier et nous pouvons déceler ici toutes les difficultés de ce réalisateur à se renouveler. Personnellement, LA CONFUSION DES GENRES ne m’avait pas trop enthousiasmé. Il ne dépaysera personne de toute façon. Nous sommes là en plein dans la notion auteurisante la plus basique, selon le schéma dont la France aime le plus à se satisfaire, à savoir : A aime B qui aime C, mais en fait C aime A à qui il manque un chromosome Y.

LE PLAISIR ressemble à LA CONFUSION jusque dans le titre. L’élément le plus satisfaisant est bien sûr l’écriture des dialogues (pas du scénario). Pour cela, Ilan Duran Cohen (que nous n’appellerons définitivement pas IDC pour des raisons de non-commodités) s’est adjoint les services de Philippe Lasry, de la même manière qu’ils avaient co-écrit LA CONFUSION DES GENRES. Même humour, mêmes déambulements existentiels, mêmes règles du jeu amoureux, même mélange des genres, même légèreté des tons profonds etc. LE PLAISIR DE CHANTER est parfois très drôle lorsque l’inattendu surgit. Je pense notamment au jeune homme à l’accueil de l’hôtel de passe, qui a la réplique la plus drôle de tout le film (nouvelle preuve qu’il n’existe pas de petit rôle). C’est un peu moins surprenant lorsque ces répliques tranchantes sont assénées par Marina Foïs. Lorsque le procédé intervient cyniquement et en fin de scène, il devient téléphoné et, aussi drôle que la réplique soit, elle perd une grande partie de son impact. C’est aussi pour cela que ces dialogues semblent parfois un poil trop écrits, là où l’on aurait préféré une vague d’improvisation au moment du tournage. Nous avons constamment cette impression que les comédiens ont peu de liberté par rapport au texte. Cependant, le casting est assez bien géré, les gâteries en moins. Nathalie Richard est grande, comme à son habitude (quel dommage de ne pas la voir dans des films plus ambitieux. Ah si ! Il y avait CACHE et LA CHAMBRE DES MORTS récemment. Mais elle n’avait toujours pas le premier rôle !). Dominique Reymond (même remarque ; qui saura employer ces comédiennes au niveau de leur art ?) confirme qu’elle fait partie du carré magique des plus grandes actrices françaises, dans un rôle sans relief et qui n’a malheureusement aucun secret pour elle. Pour le reste, Marina Foïs fait du Marina Foïs (future gagnante du « Become Jeanne Moreau Contest »), qui plus est dans un rôle tout aussi peu évolutif que celui de Dominique Reymond, mais c’est bien plus gênant ici car il ne s’agit plus d’un personnage secondaire. A ce titre, c’est sûrement le rôle de Constance qui est le plus riche. Toute sa transformation met en valeur son parcours et les diverses nuances que la comédienne peut apporter. Malheureusement, le rôle a été confié à Jeanne Balibar, l’actrice la plus monolithique de nos contrées, qui fait de l’easy listening quand elle parle. Insupportable. Et puis, mentionnons aussi Caroline Ducey qui traverse le film d’une belle aura que l’on aurait aimerait voir un peu plus longtemps. Exécrable scénario ! Ta mère pourrit dans le derrière du gardien de la Porte des Enfers ! Enfin, Lorant Deutsch en fait déjà moins qu’à l’accoutumée, c’est déjà ça, mais j’ai l’impression qu’il lui manquera toujours vingt centimes pour faire un euro.

Nous pouvons déceler çà et là quelques efforts au niveau de la continuité narrative, qui refoulent les séquences d’introduction, les scènes d’exposition, les intertitres et les accroches de localisation. Le montage est sec, les ellipses donnent du rythme et le film avance très vite dès le début. C’est très plaisant. Très sympathique aussi cet entrelacement des genres où le film d’espionnage laisse la place aux questionnements continuels d’êtres qui cherchent à s’entrelacer de la même manière. Nous sommes loin des films de James Bond (ceux-là même qui sont plus éloignés de la réalité que ne l’est LE PLAISIR DE CHANTER) et pendant un grand moment nous ne savons pas trop à quelle sauce nous allons être mangés. Comédie psychologique (terme qui ne définit un genre que chez nous) ou film où les gens ont des gadgets dans leur slip de bain ? La balance est assez réussie. Deux camps qui se font la guéguerre internationale sans que nous ne sachions exactement qui, quand, comment ni pourquoi la colle en tube ça colle tout excepté les bouchons de colle en tube. En fait, si, pour être honnête, nous en savons un quart de poil. Il est question de terroristes et d’uranium (des trésors d’originalité !) mais ce n’est pas ce qui importe. Tout cela n’est que McGuffin comme dirait le gros hamburger anglais. Le plus important se trame en dessous de ce leurre qui n’a l’air que d’un pitch prêt à appâter le producteur. Avec d’autres yeux, nous pouvons voir des personnes qui se jaugent, qui se cherchent, qui se courent après et arrivent parfois à être au même endroit au même instant, mais qui, jamais, ne jouissent ensemble (ça ferait une log line assez sympa pour le film, ce me semble… Putain, je me kiffe !!!)

Bon, à part ça, le film souffre d’un gros problème de mise en scène. Cadrage assez laid, lumière impersonnelle, aucun jeu sur le son etc. L’immuable routine, les suspects usuels. Mais le plus rageant est ce fléau contemporain des gros plans qui n’expriment rien et ne fond que remplir un écran pour mieux masquer le manque de réflexion au niveau de la mise en scène. Alors qu’ici nous n’arrêtons pas de répéter que l’échelle des plans c’est le souffle, c’est le lyrisme, c’est la poésie du cinéma, c’est ce qui fait que votre film sera toujours plaisant à regarder même s’il DOMINIQUE REYMONDest inintéressant ! Du coup, les scènes intimes sont censées être au plus près des comédiens pour être au plus près des sentiments. Logique par trop naïve. Ce manquement à la mise en scène fait notamment que nous ne croyons pas à deux choses :

- l’espionnage, en lui-même cette histoire n’est absolument pas crédible. Ilan Duran Cohen part du postulat (pas con du tout) que Marina Foïs et Lorant Deutsch sont des personnes comme vous et moi et c’est pour cela que ce sont deux bons agents, mais il oublie de nous donner la corrélation, le petit clin d’œil au public, qui fait que ce n’est ni vous ni moi (quoique j’ai un cousin germain qui bosse à la DST et une ex qui a vu tous les James Bond !)

- et puis la relation entre Lorant Deutsch et Marina Foïs, séduisante elle aussi car apparemment ils n’ont rien à faire ensemble, mais bonne idée uniquement sur le papier car le lien entre eux n’est en rien palpable. Pas d’étincelle, pas d’envie, pas de communion, pas de feu intérieur (à part dans les mots, bien sûr).

Drôle de cinéma, tout de même, où la difficulté d’émancipation reste à l’état de lamentation complaisante. Les hommes n’arrivent pas à être des hommes (ils sont en proie à l’impossibilité de bander) et les femmes n’arrivent pas à être des femmes (elles arrivent à bander mais pas à avoir de gamins). Il y a des coups de pied au cul dans la gueule qui se perdent !

Sortie le 26 novembre 2008.

            Il a récidivé ! Je fais une pause et j’en profite pour checker mes mails. La boulette. L’erreur stupide. Nouvelle question : « De quelle couleur est un caméléon quand il se regarde dans la glace ? » Finalement, c’est moi qui vais faire un tour au coin et réfléchir un petit moment à tout ce que j’ai fait depuis que je suis né.

            Voilà, c’est fait. Ca ne va pas mieux, mais maintenant il fait nuit et il faut que je songe à terminer ce que j’avais entrepris, avant que ma bougie ne s’éteigne (je suis sûr qu’il y en a vraiment parmi vous qui prennent tout ce que j’écris au premier degré. Pffffffffffff ! La vie est une pute ! Je précise donc que, pour la bougie, c’est faux. J’ai quand même de l’électricité chez moi. Par contre, pour le coin, j’y suis bien été pendant 3 heures 40).

            Aujourd'hui sort FOOL MOON, premier long métrage de Jérôme L’hotsky. Il s’agit d’un film dont le budget équivaut à celui du budget gobelets en plastique du dernier Michael Bay, soit 800 000 euros (dont 600 euros de location d’hélicoptère). Et là je vous sens vous poilàgratter sur votre chaise en vous disant que les films faits avec du papier mâché et des boites de conserves D’Aucy, ça va comme ça, on a assez donné ! Oui, mais je vous rappelle qu’il y a un hélicoptère. Et il vole ! Ah… Là, forcément, j’en vois qui font moins les malins.

FOOL MOON synthétise bien toute la difficulté de monter son film dans notre système français sclérosé. Alors tout le monde a mis la main à la pâte financière. Acteurs payés au minimum syndical, multiplication des sources d’investissement, économies de tous bords... Et puis, finalement, ce seront bien évidemment les exploitants qui décideront de pointer le pouce vers le bas (ou pas), et d’envoyer par le fond (ou pas) le film et (bien plus grave) la boîte de production. « Saloperie de système ! », comme disait le maréchal. La fosse aux lions porte aujourd’hui un nouveau nom et il faudrait faire comme si nous ne le savions pas, car FOOL MOON est une comédie et requiert que nous oublions tout cela pour arborer sur nos visages de radieux sourires. Pour ceux qui ne le savent pas, le milieu du cinéma est exactement le même que celui de la politique : son univers impitoyable, ses pots de vins, ses petits arrangements entre amis, ses montagnes de cocaïne, son affaire Clearstream, ses transactions maquillées etc. Ouvrez le journal, consultez tout ce qui se rapporte à la politique, appliquez-le au milieu cinématographique et vous verrez alors apparaître la partie visible de l’iceberg. Le jour où l’investigation journalistique viendra pointer son nez par ici, les affaires fleuriront comme les métastases chez mon oncle.

Parlons cinéma à présent. FOOL MOON manque d’argent et pourtant cela se voit moins sur l’écran qu’à la projection de THE FOUNTAIN, où nous nous apercevions qu’Arofnosky est passé à côté d’un chef-d’œuvre en grande partie à cause des millions qu’on lui a refusés. Moi, c’est pour la même raison que je n’ai pas pu être milliardaire. Quoi qu’il en soit, vous ne trouverez rien d’absolument sublime au niveau de la mise en scène dans FOOL MOON et, au contraire des choses cruellement ratées. Cruellement car on voit l’idée qui pointe son nez, on sent la référence, on sent la réaction que le réalisateur a voulu provoquer, mais il n’a pas su la mettre en scène et l’effet pique à chaque fois du nez. En témoigne cette scène d’ouverture où le souffle épique arrive en provenance du western avec extrêmes gros plans des regards, et puis retour en plan moyen. Pour le lyrisme, vous repasserez.FOOL MOON Vos chemises de préférence. Il me semble qu’un plan le plus éloigné possible des deux personnages aurait permis un chaos plus singulier entre les deux appropriations de l’espace. Le choc des extrêmes. Tant pis. Noter sur son agenda : « Pour lundi, revoir son petit Sergio Leone illustré ». Le film a mieux à offrir au niveau du comique qu’il va exacerber petit à petit. C’est là où il nous tarde d’arriver, d’ailleurs. Car toute la présentation des personnages tarde à lancer le film. Une fois que la roue tourne, c’est autre chose. Les répliques fusent et certaines sont vraiment hilarantes. Ce qui n’empêche pas certains personnages d’être caricaturaux (l’alcoolique, la nymphomane) et certaines situations un peu trop clichées (les amis qui déballent leurs rancoeurs).

Il faut donc souligner le jeu des comédiens (à part le carton rouge pour Armelle qui a eu un accident de mâchoire à 5 ans, en mangeant un jambon-beurre des familles, et qui savonne désormais son texte aussi bien que Kenny dans « South Park »), qui ont tous permis que la folie s’installe grâce à des univers pas forcément compatibles, mais ils ont quand même réussi à jouer la même partition. La grande surprise provient de Tonya Kinzinger, insupportable poseuse de séries télévisées, pièce rapportée de dernière minute, qui pourrait rebuter certains à aller voir le film. Son précédent rôle au cinéma était aussi son premier et c’était dans l’un des plus mauvais films qu’il m’ait été donné de voir de ma vie de tous les temps et de tous les univers : DANCING MACHINE, l’immonde chose qui dégage une odeur qui pique les yeux. A ce que je me suis laissé dire, actuellement, le grand jeu des adolescents est de récupérer les vieilles VHS de ce film. Ils l’emballent dans du papier journal, posent le tout devant la porte d’une maison, y mettent le feu et appuient sur la sonnette. Alertées par le bruit, les personnes ouvrent, voient le feu devant chez eux et essaient de l’éteindre avec leurs pieds. Au final, ils en ont plein les chaussures et c’est très drôle ! Pour en finir avec Tonya Kinzinger, Meryl Streep a encore de beaux jours devant elle, mais la blonde tient étonnamment bien son rôle, sans dénoter. Pour ce qui est des vrais comédiens, ne serait-ce que pour Ged Marlon le film vaut son pesant de beurre de cacahuètes. « La lumière vient du fond » ne cesse de vous rabâcher qu’il s’agit d’un des trois plus grands comiques français. C’est toute sa finesse, son extrême précision et son sens de la subtilité qui en font un virtuose de la mécanique humoristique. Toujours en décalage, toujours non conventionnel, toujours anglo-saxon, toujours exquis.

Même si l’on aurait pu espérer que le film aille plus loin dans la folie (pourquoi pas jusqu’au non-sens, puisque nous avons Ged Marlon autant en profiter !), soit un peu plus sombre ou un peu plus trash (mais, après tout, cette dernière option n’est qu’une question de goût), le principal atout du film provient de cet amusement de la situation que nous transmettent les comédiens, et puis surtout le scénariste (qui est aussi le réalisateur, sur une idée originale d’Artus de Penguern, homme qui a parfois des coups de génie et si vous ne l’avez pas encore vu je vous enjoins de trouver et de regarder au plus vite son court métrage : UN BEL APRES-MIDI D’ETE). L’excitation autour des variations (un peu systématiques toutefois) de la situation est très palpable. L’amour de l’écriture comique rayonne. Les répliques sont cruelles (l’humour est cruel sinon il n’est rien) et sont des tiroirs où se réfugient des vérités qu’occultent les intonations comiques. Moi, ça, j’aime bien les phrases qui peuvent être retournées et détournées. Et les petites filles aussi. Enfin, je veux dire j’aime bien les petites filles… Mais pas aimer du verbe « aimer ». C’est plutôt… Oh, et puis merde !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mercredi 16 juillet 2008
Nouvel indice qui peut vous rapporter 8 points :  


par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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