Son visage ne vous est pas inconnu :
Son visage ne vous est pas inconnu :
Les points ne sont pas éternels.
J’aime bien traiter les personnes âgées de « vieux
con » ou de « vieille peau ». Car, la plupart du temps, ces personnes à la peau mal repassée abusent du privilège de l’âge, se croyant prioritaires en toutes situations. Avez-vous
déjà remarqué le nombre de petits vieux qui traversent la route ? Soit le jumping de passage clouté à 2 à l’heure est devenu leur sport national soit il arrive un âge à partir duquel on
cherche vraiment la mort. En tout cas, c’est à chaque fois un nouvel épisode de FINAL DESTINATION qui se joue sous nos yeux : la mort vrombit au loin alors que petit vieux
et petite vieille traversent de toute leur décrépitude. Le choc semble inévitable mais la mort crisse de ses quatre pneus neufs et fulmine de rage envers les deux morts-vivants qui terminent
d’arriver au trottoir opposé, faisant mine de ne pas se rendre compte de la scène. La mort repart, le sourire au coin des lèvres, car elle préfère toujours frapper à un moment moins prévisible.
Belle épitaphe : « Mort en mangeant du Saint-Moret » ! Déchéance de ces pauvres corps déliquescents qui n’auront pas su mourir de manière descente.
Heureusement, il y a la canicule ! Toute une année à attendre patiemment que le mercure s’excite et finisse par érupter. Déjà le 21 juin et FINAL DESTINATION IV s’avance à grands pas. Que j’aime ces chaleurs qui commencent à envahir notre espace vital, s’immiscent dans les moindres recoins dé nos maisons, neutralizent la moindre climatisation digne dé zé nom, emblissent nos poumons, commencent à nous édouffer bétit à bétit, arrrrgh ! zé beau lé gri d’une vemme à gui on arrache zon envant… Mais je m’emporte !
Pendant ce temps, des centaines de vieux ont la vie belle du côté du métro Glacière. Ou métro Goldwyn-Mayer peut-être…
En attendant la canicule l’idée m’est venue de revoir un film qui combinait ces chaleurs étouffantes, le désir qu’elles peuvent transformer en folie, le farniente vacancier et l’absence de personnes over âgées : LA PISCINE de Jacques Deray. Un souvenir assez ancien mais fort agréable, et surtout cette scène, impossible à sortir de son esprit quand on est enfant, où Alain Delon noie Maurice Ronet. Commençons précisément par cette séquence. C’est bien évidemment le gros noyau du film. Elle m’apparaît dotée d’un impact visuel fort (notamment le plan où Delon appuie sur la tête de Ronet pour l’empêcher de reprendre son souffle) mais assez bancale dans l’exploitation de la noyade. Je veux bien que Maurice Ronet soit dans un état d’alcoolémie avancé mais je trouve qu’il reste bien sagement au milieu de cette piscine comme s’il s’attendait déjà à ce que son adversaire l’envoie par le fond. Chose que fait, en général, assez bien le jeune marié. Mais outre le peu de débattement que je lui reproche, sa noyade arrive pour moi un peu trop tôt. J’attendais un peu plus de panique et de suffocation dans cette immense piscine où il semble bien simple de noyer n’importe qui. D’autres cinéastes ont bien voulu montrer que tuer un homme relevait d’un défi physique majeur, car celui qui se débat décuple ses forces (j’avoue être un peu mieux placé que vous pour m’en tenir à une telle affirmation). Il faut de longues minutes pour amener quelqu’un à la mort lorsqu’il s’agit d’un corps à corps. Alfred Hitchcock l’avait déjà montré et nous avons tous en mémoire l’effroyable séquence du meurtre dans le téléfilm DEKALOG, PIEC de Krzysztof Kieslowski. Aujourd’hui, au cinéma, ce genre de mort n’est jamais exploité, toujours évacué en quelques secondes pour mettre (à tort) plus de rythme, alors que nous sommes en puissance dans le spectaculaire.
Malgré cela,
LA PISCINE fonctionne de manière exemplaire sur bien des points. Le plus étonnant reste ce temps qui s’écoule et où il semble ne rien se passer. En apparence. Car Jacques Deray
rentabilise la gestion du temps de manière très intelligente. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un couple parti se reposer loin des difficultés de leur quotidien. Un couple qui profite. Du
soleil, de la piscine, de la veine érotique d’une telle atmosphère… Le temps ne semble alors avoir aucune prise sur eux. Ils pourraient être ici depuis un bon moment. Ils pourraient y rester
encore plus. A la montre de Jacques Deray le temps est fonctionnellement distendu. Incroyable comme le film prend son temps dans cette première partie ! Nous sommes bien loin des critères
cinématographiques actuels qui imposent d’accrocher immédiatement l’œil et l’attention du spectateur. Quoique pour l’œil ce soit quand même le cas puisque LA PISCINE bénéficie de
la somptueuse photographie concoctée par Jean-Jacques Tarbès. Il choisit de mettre en valeur les couleurs chaudes pour nous envoûter par la lourdeur d’un été torride et suffocant. Il l’allie
d’ailleurs aux magnifiques corps des deux amants sur lesquels il fait peser une densité corporelle effervescente dès les premiers instants. Ce sont les couleurs du désir. La
photographie choisit l’embrasement général. Face à cette incandescence le spectateur est séduit par la plénitude d’un tel laisser vivre.
Un film puissamment érotique, donc, mais dont il faudra cependant noter une malhonnêteté assez grossière de la part de Jacques
Deray. Je parle précisément du moment où Romy Schneider fait une sieste dans la chaleur de l’après-midi. Restée seule dans la maison, elle se repose entièrement nue sur son lit. Ah ! Ca
commence à m’intéresser… Alors que le réalisateur avait jusqu’à présent opté pour une pudeur érotique qui n’essayait pas de masquer coûte que coûte la nudité des corps, il met en place un
travelling qui remonte le long des courbes de Romy Schneider afin de nous dévoiler son anatomie par pur voyeurisme. Jean-Luc Godard disait que le travelling est une affaire de morale. Nous
pouvons plus que jamais le vérifier à travers ce plan honteux puisque inutile. Dans ce que j’appellerai « l’intelligence du sein qui se laisse voir » Jacques Deray nous avait
précédemment régalé lorsque sa caméra ne cherchait pas à cacher les parties honteuses de ses personnages derrière des objets ou des plans aberrants composés pour la cause. Au passage, il arrivait
à faire en sorte qu’un sein (limite bord cadre) se dévoile presque innocemment, sans que la caméra ne s’y attarde. Il s’agit là de la quintessence de l’érotisme non avoué (à la censure).
Lorsqu’il filme Romy allongée, ce n’est plus le même réalisateur. Je ne connais pas l’histoire du film mais cela ressemble étrangement à un discours de producteur.
LA PISCINE c’est avant tout le récit d’un homme en mutation. Une sorte de film-cocon où le temps (dont nous parlions précédemment) joue son rôle de révélateur sournois. Lorsque le film débute, Alain Delon se trouve déjà au cœur d’un processus de révolution interne, à l’image de la chrysalide enfermée dans un cocon de soie (symbolisée par la piscine). Maurice Ronet sera l’élément déclencheur. L’accélérateur d’un processus qui aurait de toute façon connu le même sort, mais qui va se retourner contre ce dernier. C’est pour cette raison que le rythme du récit s’accélère considérablement dès son arrivée. Agitations. Le scénariste crée plus de mouvement. Personnages provenant de l’extérieur, les rôles principaux qui commencent à sortir de leur repaire, rythmes musicaux etc. La vie prend forme. Jacques Deray, lui, va moins s’attacher à la vanité du papillon qu’à ses nouveaux pouvoirs, ainsi révélés. Mutatis mutandis. Oui. Et un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. J’aime bien « les voyages forment la jeunesse » aussi.
Le plus beau film de Jacques Deray est aussi celui où le couple Delon-Schneider fonctionne le mieux. Leur histoire à la ville semble profiter au rapport du couple à travers ce qui
se joue derrière les mots et les silences.
Ce qui ne peut pas se jouer et que l’on retrouvera notamment dans EYES WIDE SHUT.
Sublimés par la photographie de Jean-Jacques Tarbès ils trouvent ici l’un de leurs plus beaux rôles (Romy Schneider en ayant un nombre considérable dans sa filmographie, et Alain Delon prouvant
qu’il était aussi un très bon comédien lorsqu’il était jeune). Et puis Maurice Ronet qui balade sa classe et son allure charismatique ! Parfait pour dissimuler
ce qui se cache derrière les apparences. Du double jeu, de la subtilité, de la très grande manipulation psychologique.
Ce qui restera à tout jamais exemplaire est l’utilisation de ce temps. Prendre le temps c’est ne plus se trouver confronté à l’emprise qu’il a sur nous. Etre en dehors du temps.
C’est aussi être en dehors d’une certaine réalité. Rien d’étonnant donc à ce que ce soit une montre qui soit l’élément le plus incohérent de la noyade de Maurice Ronet. Cette démarcation du temps
oppose un conflit de générations. Quels films se voulant aussi populaires peuvent se prévaloir d’autant de lenteur dans l’exposition de leur histoire ?
FACE/OFF ? Non, quasiment aucun aujourd’hui. On parle donc de LA PISCINE comme d’un vieux film. Celui qui rappelle une autre époque, une
manière différente de concevoir le cinéma. Mais il importe de s’insurger contre l’expression qui veut qu’un film ait « vieilli ». J’ai d’ailleurs toujours trouvé cette expression
suspecte. On l’emploie souvent pour caractériser un film qui se situe en dehors des modes. Ainsi, d’un point de vue vestimentaire, certains trouvent A CLOCKWORK ORANGE vieilli.
Les mêmes se défendent pourtant de qualifier BARRY LYNDON de la même manière, alors que dans les deux cas les styles choisis par le réalisateur ont
été complètement délibérés, en fonction de l’impact qu’ils auraient sur le temps qui passe. Imaginons qu’A CLOCKWORK ORANGE soit réalisé dans deux siècles, il est probable qu’il
serait plutôt considéré comme l’empreinte d’une époque (ce qu’il doit évidemment être) et non comme le calque fané d’une société qui s’est affranchie des idées qu’elle véhiculait à un moment M.
Dans le sens où l’on
entend
cette expression cela signifierait que MARIE-ANTOINETTE avait déjà vieilli avant même sa sortie. Et l’on peut reprocher beaucoup de choses à ce troisième film de Sofia Coppola
mais il est tout sauf vieux dans sa conception. Est-ce la première chose que l’on entend d’un film de Charles Chaplin ? Pourquoi la musique de SCARFACE aurait-elle plus
vieillie que celle de PHANTOM OF THE PARADISE ? On entend souvent ce genre de justifications à partir du moment où les caractères de la contemporanéité ne correspondent plus
avec les anciens. Ainsi certains films ne sont jamais qualifiés de « vieillis » car ils sont supposés bénéficier d’une intemporalité plus marquée (mode vestimentaire, influence
musicale, rapport aux mœurs de l’époque). Mais c’est une erreur de considérer qu’un film vieillit. Tout au moins d’après ces critères. Avec le temps certains films montrent des procédés
(techniques, scénaristiques, d’art dramatique…) qui peuvent paraître obsolètes. Voilà tout au plus ce qui pourrait être reproché à un film. Si vous acceptez qu’un film vieillit alors vous devez
accepter qu’un film meurt. Or le cinéma a cela de beau qu’il peut être vu et revu. Aucun film ne meurt d’être vu. D’ailleurs il n’y a que pour le cinéma que cette expression soit née. Jamais vous
n’entendrez dire d’un tableau ou d’une sculpture qu’il ou elle a vieilli. Un film évolue au même rythme que les regards que l’on porte sur ce qui nous entoure. En cela nous pouvons dire que le
cinéma est tributaire de nos évolutions. Mais c’est une observation assez triviale. Il faut en fait considérer la vieillesse sous deux points de vue opposés pour pouvoir l’appliquer à des
considérations cinématographiques. Toute vieillesse est sujette soit à un épanouissement soit à un replis. Dans le premier cas elle sera issue de la qualité du travail effectué par toutes les
forces majeures du film. Ce qui ne signifie pas forcément que ce soit le chemin tout tracé de films considérés comme des chefs-d’œuvre dès leur sortie. Un des meilleurs exemples reste le
magnifiquement expressionniste THE NIGHT OF THE HUNTER. Nous pouvons lui reprocher quelques procédés désuets dans son élaboration mais cela n’entame
en rien l’impact qu’il garde sur le public (qui s’est d’ailleurs accru à partir d’une certaine période).
De l’autre côté, nous parlons du renfermement d’un film lorsque celui-ci ne correspond plus à rien de ce qu’un public est en
droit d’attendre. C’est une notion assez générale, qui ne peut être globale, et va donc bien à l’encontre du postulat de la mort d’un film puisqu’il existe autant d’intérêt à visionner un film
qu’il y a de publics.
Dire d’un film qu’il a vieilli fait donc appel à un raccourci un peu trop facile où l’amalgame semble de mise. Techniquement, seule la pellicule peut subir l’altération du temps. D’un point de vue basique, le contenu, le film, reste immuable pour l’éternité.
Cela doit sentir le sapin très fort en haut de la tour T.F.1 puisque nous apprenons par Le Point que
la chaîne « a obtenu des députés et des sénateurs, réunis en commission mixte paritaire, l'introduction d'un amendement inédit autorisant les chaînes de télévision à diffuser
gratuitement des extraits de musique sans passer par la case droit d'auteur ! ». La justice à double vitesse fait un nouveau pied de nez (un doigt d’honneur serait plus approprié, mais
il faut se mettre en phase avec le vocabulaire de cette génération qui mûrit et qui semble même entrée de plein pied dans le stade suivant, si l’on se réfère à l’odeur) au consommateur lambda en
général et aux téléchargeurs en particulier. Certains ont donc la possibilité de diffuser la musique sans payer de droits d’auteur et d’autres non. Rien d’étonnant à ce que la raison du plus fort
reste toujours la meilleure depuis Jean de La Fontaine. Rien d’étonnant donc à ce qu’un jour ceux sur qui l’on ne cesse de taper retournent le bâton contre leurs agresseurs. On ne peut décemment
pas s’acquitter de ses simples devoirs de citoyen sans en payer une contrepartie. Il est grand temps de se révolter. Les jours se suivent et laissent place à de continuelles dénonciations de ce
genre. Elles sont nécessaires mais d’une efficacité relative. Besoin de trouver d’autres moyens pour se faire entendre. Vite. La colère fera place un jour à la violence. Et comme le court terme
n’est pas à la révolution, nous passerons donc par la dépénalisation du téléchargement.
De gré ou de force. Vous avez ouvert nos cœurs pour y graver
la haine, nous ouvrirons vos crânes pour y graver nos peines.
De quelques manières que ce soit il faudra bien que s’exprime la contrepartie à toute cette défiance. Il doit bien y avoir un moyen de contourner la violence. Il nous appartient de pouvoir réfléchir pour faire en sorte que tout ce sapin brûle en un grand feu de joie. Honte sur les grandes chaînes hertziennes ! Les mêmes qui ont boycotté les FMR de François Rollin, qui se produisait un dimanche par mois, depuis 10 mois, pour 10 représentations uniques, sur la scène de l’Européen. Le spectacle est à l’image de l’homme : repousser tout ce qui a trait au parisianisme et au tape à l’œil pour mieux se recentrer sur l’aventure humaine de nos propos et de nos attitudes quotidiens. La dernière édition vire à l’exercice de style qui peine à se renouveler mais nous enchante quand même par la simplicité de la démarche et la virtuosité avec laquelle il utilise le processus créatif. Car François Rollin est un chimiste avant tout. Un homme qui explore, qui cherche, qui essaie. Alors rien n’est totalement parfait, bien entendu, mais ce n’est pas le but. Laisser une grande place à la liberté d’expression sous toutes ses formes. S’éloigner des carcans culturels et parcourir de nouveaux chemins de créativité. Une sorte de performance scénique de libre pensée.
Aucune des six grandes chaînes de télévision n’aura daigné l’inviter pour relayer ce projet fou qui fait la part belle à l’inventivité et à la vitalité imaginative. Les médias tendent à nous faire croire que la créativité n’est plus une valeur majoritaire. Il est plus que temps de désorganiser ces relais. De toute façon leurs pouvoirs s’amoindrissent avec le temps. Ce sont des organes vieillissants devenus incompétents. Chacun de vous sera un journaliste en puissance dans les années à venir.
Les vieux, faudrait les tuer à la naissance.
Revu LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE d’Etienne Chatiliez. Encore entendu parler de ce film comme « ayant péniblement vieilli ». Il est vrai que l’humour de l’époque semble assez éloigné
des normes contemporaines. On pourrait alors lui reprocher son manque d’agressivité, de méchanceté, de cynisme, d’humour cinglant, de toutes ces caractéristiques que l’on essaie d’étouffer dans
nos rapports aux autres et qui ne peuvent plus s’épancher que dans l’humour. Sans la diaboliser, je trouve cette attitude assez navrante. Il est encore possible de faire de l’humour
s
ans
faire dans l’immoralité. Le film de Chatiliez ne l’est que très peu. C’est peut-être pour cela que nous le trouvons moins drôle. Il ne l’est pourtant pas. Juste assez mal réalisé car Chatiliez
pense mise en scène quand il s’axe sur les dialogues ou le jeu des comédiens. Comme d’habitude, cela ne résiste pas au temps.
Vu ROMPER STOMPER de Geoffrey Wright. Le film est bourré de clichés concernant les néo-nazis. C’est une question de déontologie. Point de vus monosémique. Aucun contrepoint aux comportements de ces individus. D’autant plus inintéressant que la mise en scène essaie constamment de faire dans l’effet visuel. Mais c’est sans idée. C’est cadré de manière atypique. C’est assez déstabilisant car nous sommes tout le temps en train de chercher ce qu’a voulu faire le chef opérateur. C’est décalé mais sans jamais servir le propos du film. La photographie, elle, oscille entre les jaunes et les verts, donnant au film un aspect glauque visuellement peu excitant, pour ne pas dire nauséeux. Inutile.
Revu DON’T DRINK THE WATER, premier téléfilm réalisé en 1994 par Woody Allen, d’après sa pièce. Nous le savons, Allen est un cinéaste inégal. Nous savons aussi que la télévision n’a jamais réalisé de chef d’œuvre. Le pari semblait mal engagé mais j’avais un souvenir autre de cette pièce assez mal filmée. La situation en elle-même est assez succulente mais difficile de trouver beaucoup de drôleries à travers l’écriture. Quelques bonnes répliques qu’Allen se réserve et puis c’est tout. Très théâtral et assez mal aéré pour éviter toute référence récurrente. La photographie s’embourbe dans des tons ocres et sépias pour nous rappeler que le récit se passe pendant la Guerre froide. C’est un peu conventionnel. D’une manière générale. Le véritable intérêt vient d’un côté de la mise en scène que Woody Allen est sûrement le seul à utiliser de manière aussi flagrante : le rythme par la parole. A travers les différents rythmes et flots de paroles qui s’enchaînent, s’enchevêtrent, s’amoncèlent etc. il crée une mise en scène dynamique et souvent surprenante. Ici c’est la technique du comédien qui crée le même effet de rythme que le montage. A ce niveau c’est de l’horlogerie. C’est notamment une des clés du cinéma de Woody Allen, qui met en place une mise en scène plus axée sur les comédiens que sur la technique proprement dite.
CREMASTER 4 de Matthew
Barney.
Je me demande encore pourquoi je persiste à regarder cette quinqualogie d’une bêtise intersidérale aussi concluante que la mégalomanie qui s’en dégage. Reste encore un épisode. Est-ce bien raisonnable ? Jamais une saga ne m’aura rendu aussi malheureux. A part « Dr. Quinn, femme médecin » peut-être…Je serais Président de la République je le condamnerais à errer dans un coin reculé de la Lozère où il rencontrerait des personnes qui lui diraient : « J’adore Jamel Debbouze ! » et où il n’aurait pas d’autres choix que de s’enfermer dans son hameau où son passe-temps favori deviendrait le pen spinning.
Petite note concernant la sortie de THE BREAK-UP de Peyton Reed avec notamment Vince Vaughn et Jennifer Aniston. Je n’aime pas cette dernière pour des raisons que je n’ai pas à exposer ici, mais j’ai lu (je ne sais malheureusement plus où sans quoi je me serais fait un plaisir de le citer) qu’après de nombreux rôles qui ne lui avaient apporté aucune crédibilité en dehors des plateaux télévisés de la série « Friends », il s’agissait enfin du film qui allait pouvoir exposer ses vraies qualités au grand public, à l’instar de ses partenaires. C’est faux. Encore un critique dépourvu de culture (alors comme ça on fait des pléonasmes ?) qui a oublié de compter dans sa filmographie l’épatant THE GOOD GIRL de Miguel Arteta, qui ne date pourtant que de 2002, où elle était fascinante de justesse et d’intériorité. Et de profondeur, comme disait la jeune mariée.
Individus modernes et désireux de bouffer la vie à pleines dents
que vous êtes, prenez note dès à présent que le formidable
festival de La Rochelle (34ème du nom) se tiendra du vendredi 30 juin au lundi 10 juillet.
Et où aura-t-il lieu ? Dans ton cul !
Il s’agit d’un des festivals français les plus dignes d’intérêt puisque cette année vous aurez la chance d’y voir :
- Roman Polanski, qui viendra présenter son intégrale (tous ses longs et courts métrages)
- une rétrospective des plus beaux films de John Huston
- 12 films avec Bulle Ogier (comme quoi l’âge ne fait rien à l’affaire puisqu’on peut déjà lui attribuer 67 printemps ! « Elle en a déroulé du câble ! » comme on dit chez moi) dont le très perturbant MAITRESSE de Barbet Schroeder
- de nombreuses œuvres méconnues ou invisibles (tous les films des frères Quay (qui seront présents), idem pour Hirokazu Koreeda)
- quelques films pour découvrir les peu médiatiques Nikos Panayotopoulos et Dito Tsintsadze
- de nombreux films de Maurice Ronet (en tant qu’acteur mais aussi réalisateur) et d’Harold Lloyd
- du D.W. Griffith : ORPHANS OF THE STORM, du Masaru Konuma : NURETA TSUBO, GENTLEMAN JIM de Raoul Walsh
- pleins d’avants-premières et d’inédits : le très attendu IKLIMLER de Nuri Bilge Ceylan, JARDINS EN AUTOMNE d’Otar Iosseliani, LAI XIAO ZI de Han Jie, TAKESHIS’ de Takeshi Kitano, THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY de Ken Loach, EN FOLKEFIENDE d’Erik Skjoldbjaerg etc.
- plein de courts métrages, une nuit blanche, diverses rencontres, des séances spéciales pour les enfants, des expositions et tout plein de bonnes choses que nous ne pouvons pas encore vous révéler afin d’éviter que vos esprits ne sombrent dans une folie fiévreuse.
Nouvelle incursion dans la discographie
de Goldfrapp. Rien à voir avec le chanteur Emile qui ferait des percus, j’espère ?! Chansons hypes, sensuelles et glamour. Je confirme bien qu’il s’agit de ce qu’il y a de mieux en
matière de musiques sur lesquelles faire l’amour ! Avec la main, ça compte ?
A surveiller de près : le 2 août 2006 sortira enfin L’EQUILIBRE DE LA TERREUR de Jean-Martial Lefranc. Premier film qui expose l’organisation d’un attentat nucléaire en Europe fomenté par un réseau terroriste islamiste. L’idée principale (et ô combien intéressante) est de décortiquer les différents niveaux à travers lesquels l’attentat s’élabore, sans jamais verser dans une position univoque. Cela alimentera sûrement une certaine polémique puisque le film n’est à priori pas militant. Les frontières des personnages sont volontairement floues de façon à donner une image de chacun où le manichéisme bien/mal ne suffit plus dans l’opinion que le spectateur est en droit de se faire. La personne humaine est plus complexe que ce vieux schéma. Et cela est tout à l’avantage de ce réalisateur qui attise notre curiosité par une manière de faire très audacieuse, et qui ne s’épargne aucune difficulté en matière de production.
« Les meilleurs spécialistes considèrent que la probabilité qu'un attentat nucléaire ait lieu dans les cinq ans est de 60% » (Jean-Martial Lefranc).
Une initiative qui paraît palpitante sur le papier et dont il faut encourager la prise de risques, d’autant que le film saurait se démarquer du rendu français habituellement terne, peu enjoué et satisfait de sa médiocrité. L’EQUILIBRE DE LA TERREUR s’appuierait plutôt sur un style plus alerte mêlant une manière de filmer nerveuse, une photographie imprévisible et une mise en haleine motrice.
Il me semble bon de s'y attarder. A moins que je ne sois devenu un vieux con.
Nouvelle image pour 9 points :
| 52 points | ODOMAR |
| 43 points | LEF' |
| 41 points | MOVIE |
| 37 points | GREG |
| 34 points | LE SEB |
| 27 points | COLUMBOY |
| 26 points | HARVEY BOLLOCKS |
| 20 points | MONSIEUR CRE |
| UN VISITEUR | |
| 15 points | DEAD[OR]ALIVE |
| 12 points | SEB |
| 10 points | BUDD! |
| SYSTOOL | |
| ALAN SMITHEE | |
| DIRTYDIETZ | |
| GUCHO | |
| 8 points | NINA KCK |
| 7 points | TWIG |
| 6 points | SIMON |
| 5 points | FABIUSLEGITIMUS |
| 1 point | DON LOPE |
Cela vous rappelle t-il quelque chose ?
Y a-t-il un jeune qui n'en veut ?
| 52 points | ODOMAR |
| 43 points | LEF' |
| 41 points | MOVIE |
| 37 points | GREG |
| 34 points | LE SEB |
| 26 points | HARVEY BOLLOCKS |
| 20 points | MONSIEUR CRE |
| UN VISITEUR | |
| 18 points | COLUMBOY |
| 15 points | DEAD[OR]ALIVE |
| 12 points | SEB |
| 10 points | BUDD! |
| SYSTOOL | |
| ALAN SMITHEE | |
| DIRTYDIETZ | |
| GUCHO | |
| 8 points | NINA KCK |
| 7 points | TWIG |
| 6 points | SIMON |
| 5 points | FABIUSLEGITIMUS |
| 1 point | DON LOPE |
10 points :
A côté de moi, mon chef opérateur contrôle la vitesse de la caméra accrochée au pare-chocs. Nous brûlons systématiquement tous les feux rouges. Les rues et les avenues défilent à une vitesse terrifiante. Les futurs spectateurs seront collés à leurs fauteuils, écrasant un pied de frein imaginaire.
Car c’est un film, bien sûr, que je tourne. Un film qui durera exactement le même temps que son tournage. Neuf minutes trente secondes. Neuf minutes trente secondes de pellicule, c'est ce qui me restait à la fin du tournage de SI C’ETAIT A REFAIRE, au moment des rendus.
Trouvant dommage de laisser perdre ces précieux trois cents mètres de celluloïd, j’en ai profité pour réaliser un projet qui me tenait à cœur depuis longtemps : un film en un seul plan-séquence où la camera traverserait Paris à grande vitesse, son regard étant celui d'un homme qui conduit comme un fou parce qu’il est en retard à un rendez-vous.
J'ai eu cette idée un jour ou, moi qui suis toujours ponctuel, j'étais dans la même situation. Comme il était vital que j'arrive à l'heure, j’ai traversé Paris à une vitesse hallucinante, brûlant des feux rouges, empruntant des sens interdits, prenant des risques insensés. Comme je suis en train de le refaire en ce moment même. 570 secondes, pas une de plus, c'est le temps que j’ai pour effectuer le trajet porte Dauphine-place du Tertre.
Avec deux principaux problèmes techniques. Le premier consiste à coordonner le parcours de la voiture avec l'action des dix dernières secondes, quand Gunilla, ma compagne (qui est aussi la mère de ma fille Sarah) s'avancera vers le véhicule qui s'arrêtera enfin devant elle. C'est le bruit du moteur, à mon approche de la place du Tertre qui l'avertira qu'il est temps de s'avancer jusque dans le champ de la caméra. Le second problème réside dans l'impossibilité d'assurer la sécurité de l'opération.
J'ai limité les risques en tournant ce film-cascade au mois d'août, à cinq heures trente du matin, au lever du jour. La circulation est donc
quasiment inexistante.
Je n'ai pu cependant obtenir l'autorisation de bloquer les rues débouchant sur mon parcours. Un véhicule peut donc déboîter devant moi à n'importe quel moment. Si cela se produit, je prie pour
avoir le coup d’œil et les réflexes nécessaires pour réagir au quart de seconde.
L'étape la plus dangereuse du parcours demeure le passage des guichets du Louvre.
Il n’y a aucune visibilité à la sortie. Si une voiture surgit à ce moment devant mon capot, la collision sera inévitable. J'ai donc posté mon assistant, Elie Chouraqui, à cet endroit stratégique. Grâce à son walkie-talkie, il me préviendra en cas de danger.
J'arrive à la hauteur des guichets du Louvre. Aucun signal de la part de « Chouchou ». Je fonce.
Le reste du parcours s’accomplit sans problème. Je ralentis place du Tertre, et Gunilla, avec un chronométrage parfait, s'avance à ma rencontre.
Un quart d'heure plus tard, je retrouve Chouraqui, en train de bricoler son « talkie ».
- Qu'est-ce qui se passe?
- C'est cette saloperie ! Me dit-il en désignant l'appareil. Il est tombé en panne au début de la prise !
J'ai eu un grand frisson d'angoisse rétrospectif.
Debout dans le bureau du préfet de police, j'ai la sensation d'être un enfant puni. Je m'apprête d' ailleurs à l'être. Et sévèrement.
D'une voix de procureur, le préfet, qui m'a personnellement convoqué, dresse à mon intention la liste de toutes les infractions que j'ai commises pendant les quelques minutes de tournage de RENDEZ-VOUS.
Elle est interminable.
Quand il a fini, il lève sur moi un oeil noir et dit en avançant la main :
- Remettez-moi votre permis de conduire, s'il vous plaît.
Le moment serait mal choisi pour discuter. Je m'exécute. Le préfet de police s'empare du document, le contemple rêveusement pendant quelques secondes, puis me le rend avec un large sourire.
- Je m'étais engagé à vous le retirer, me dit-il. Mais je n'ai pas précisé pour combien de temps.
Devant ma stupéfaction, il ajoute :
- Mes enfants adorent votre petit film ! »
La voiture du film est en fait une Ferrari 275 GTB, appartenant au metteur en scène. Lorsqu'il a présenté le film au public, Claude Lelouch a été interrogé pour donner des informations sur qui aurait piloté le bolide. Il a répondu qu'il s'agissait d'un pilote de Formule 1, mais s'est refusé à révéler son nom. Plus tard, après des investigations, la police parisienne est arrivée à deux noms : Jacques Laffitte et Jacky Ickx.
C’est du moins ce que dit la légende.
Car pour une Ferrari, elle a bien du mal à doubler certaines voitures ! La caméra au ras du sol amplifie sûrement l'allure.
Alors : vitesse accélérée ou pas ? Rien n'est moins sûr. Il y aurait aussi une incohérence au niveau de la post-synchronisation qui semble suspecte, ne tenant pas vraiment compte des distances et du régime du moteur. Bande sonore rajoutée mais en prenant le son d’une vraie Ferrari pour entretenir la légende, bien sûr.
Voici le trajet effectué :
Cela nous donne 11 kilomètres 400 effectués en 7 minutes et 54 secondes, soit une moyenne de 86,58 kilomètres à l'heure. Ce qui n'est pas énorme, vous en conviendrez.
Au fil des années, Claude Lelouch a su entretenir un véritable flou autour de ce film, se préservant face aux diverses réserves qui pourraient déceler son mensonge.
Se promenant sur le site des films 13, nous pouvons trouver ceci :
Dans quelles circonstances avez-vous entrepris
RENDEZ-VOUS ?
Je venais d'achever le tournage de SI C’ETAIT A
REFAIRE. Quand un film se termine, on effectue les rendus. J'ai donc demandé à mon régisseur quel métrage de pellicule il nous restait. Après inventaire, nous avions pas mal de chutes,
entre 3000 et 4000 mètres au total. Beaucoup de petits rouleaux de 30 ou 50 mètres, mais aussi un magasin de 300 mètres, qu'il était prévu de rendre. Moi, j'avais
envie de faire un court métrage que nous aurions placé en première partie du film. Depuis longtemps je voulais raconter l'histoire d'un type en retard à un rendez-vous qui commet plein
d’infractions pour arriver à l’heure. Pour moi, être à l'heure est une obsession. Je suis capable de prendre des risques inouïs pour ne pas être en retard. J'ai suggéré à mon opérateur Jacques
Lefrançois, l'idée d'un plan-séquence, la caméra accompagnant un type qui a rendez-vous à Montmartre avec une fille. Comme il est à la bourre, il traverse Paris à
toute allure, en grillant les stops et les feux rouges.
Dans le film, le conducteur prend-il le chemin le plus direct ? Si un Parisien veut aller de l'avenue Foch à
Montmartre, il n'est pas obligé de passer par les guichets du Louvre...
Il va prendre l'avenue de Wagram, bien sûr. Mais, vous vous en doutez, je voulais en même temps proposer une sorte de reportage. Mon problème était
d'élaborer un plan qui n'excède pas dix minutes et qui trouve son intérêt à la toute fin avec la fille qui arrive sur les marches.
J'ai réfléchi au projet. J'ai demandé à Elie Chouraqui, mon assistant à l'époque, de voir quelles autorisations il nous faudrait obtenir. Nous nous sommes vite rendus compte qu'un plan comme
celui-ci nécessitait de bloquer tout Paris. Ce n'était même pas la peine de demander nous n'étions pas prêts à mettre en œuvre les moyens d'un long métrage pour réaliser un court. J'ai interrogé
un cascadeur : « Si je filme très tôt, qu'est-ce que je risque en grillant les feux rouges ? ». Il m'a expliqué que c'était de deux choses l'une. En arrivant à un feu rouge, s'il n'y a
personne dans le champ de vision, le risque n'est pas bien grand de passer en force : il faudrait qu'au même moment, un même cinglé déboule à la même vitesse. Et s'il y a quelqu’un dans le champ
de vision, il est toujours possible de freiner. Je suis donc parti du postulat que si je roule vite et que je ne vois rien, c'est qu'il n'y a rien... Le seul inconvénient majeur c'étaient les
guichets du Louvre. Ils me faisaient peur à cause de leur absence de visibilité. Pour le tournage, j'ai demandé à Chouraqui de s'y installer avec un talkie-walkie et de me prévenir au moment où
j'arrivais. S'il ne me disait rien, c'est que tout allait bien. C'est la seule véritable précaution que j'ai prise. Pour la beauté du film, il fallait vraiment que je ne m'arrête pas. Que je
stoppe à un feu rouge, et le film disparaissait. Il y avait d'ailleurs neuf chances sur dix pour que nous n'arrivions pas au bout.
La caméra est fixée à la calandre de la Mercedes. Comment la voiture était-elle équipée
?
Nous avons accroché la caméra sur le pare-chocs de la voiture, une 6,9 litres Mercedes. A l'intérieur nous étions trois, attachés comme des mulets :
moi-même au volant, mon chef machino, et mon chef opérateur pour éventuellement changer le diaphragme. Au dernier moment, il a fallu régler un diapo moyen. L'image devait être au ras du sol pour
être encore plus spectaculaire. Nous sommes en plein mois d'août. Bien sûr, nous avions décidé de sacrifier le film et de tout arrêter au premier danger. Nous roulions vraiment
vite.
Quand vous dites : "Nous roulions vite" vous parlez de quelle vitesse
?
La montée de l'avenue Foch, entre 150 et 180 km/h. Les Champs-Élysées à 130 à 150 avec une pointe à 160 km/h au niveau de Franklin Roosevelt. Puis
jusqu'à la Concorde, comme c'était bien dégagé, j'ai dû monter à 200 km/h. J'ai pris la place de la Concorde à 150. Sur les quais, j'ai franchi les 200 km/h. J'ai pris les guichets presque
normalement, c'est-à-dire à 80 ou 90 km/h. Comme Chouraqui ne m'appelait pas, je suis passé sous les guichets à fond, 100 km/h, car le passage est tout de même assez étroit. Je ne savais pas que
le talkie de Chouraqui était en panne ! Je ne l'ai su que le tournage terminé. Puis j'ai remonté l'avenue de l'Opéra. Le carrefour était bloqué par un bus. Pour éviter de ralentir, j'ai dû passer
de l'autre côté de la chaussée, des voitures venant en sens inverse. Place de l'Opéra, pas de problème ! J'ai ensuite pris la rue de la Chaussée-d’Antin vers Clichy. Je suis tombé sur des camions
poubelles que je n'ai pu dépasser qu'en montant sur le trottoir. Je croyais ne plus avoir de problèmes. Mais en arrivant rue Lepic, j'ai été bloqué par un type qui livrait. J'ai pris de l'autre
côté, vers le Gaumont Palace, en destruction à l'époque. J'ai remonté l'avenue Rocquencourt, ce qui me rallongeait énormément. Je ne savais pas s'il allait me rester suffisamment de pellicule.
J'ai donc pris des rues en sens unique pour arriver à Montmartre dans les temps...
Vous aviez effectué des repérages ?
J'avais fait le parcours une fois, lentement, pour bien déterminer les passages. Je disposais de l'équivalent de 9-10 minutes de pellicule ! Il me
restait 15 secondes pour couper le moteur descendre de voiture et prendre la fille dans mes bras. Nous avions convenu que lorsque je klaxonnerais elle monterait deux marches, pénétrant ainsi dans
le champ. Le plan-séquence ne pouvait être réussi que sur ces dernières secondes. Je m'étais dit que si je ne réussissais pas la première prise, je ne recommencerai pas. Par superstition. Si le
miracle devait avoir lieu, il aurait lieu... Et il a eu lieu. En forçant quand même le destin, puisque nous avons grillé dix-huit feux rouges.
Comment expliquez-vous la notoriété de ce court métrage, qui est devenu un film culte, ce qui est plus que rare
pour un film court...
J'ai montré le film un peu partout. Il n'a pas toujours été très bien accueilli compte tenu de son manque de sens civique flagrant, ce que je ne
saurais contester. Mais il a aussi ses fanatiques. Quand j'ai montré le film pour la première fois à Los Angeles, où le non-respect des règles de conduite est toujours fortement sanctionné, le
triomphe s'est mêlé à d'incroyables sifflets. RENDEZ-VOUS a toujours suscité la polémique, mais il montre aussi tout ce qu'on aime dans le cinéma. Comme j'aime le cinéma plus que
la loi... Je savais que je tenais un morceau de bravoure. Je me disais, en toute modestie, qu'il y avait là la possibilité de faire l'un des plus beaux plans de l'histoire du cinéma. Les
plans-séquences de dix minutes sont rares, en raison de l'étroitesse du magasin de la caméra. Même Hitchcock dans LA CORDE a anticipé ses changements de pellicule.
Qu'est-ce que vous risquiez ?
D'abord, un accident ! Ensuite, les conséquences d'un tournage sans autorisation. Enfin un retrait de permis de conduire. Le film est beau par sa
prise de risque. S'il a eu autant de succès et qu'il prête tant à discussion, c'est qu'il est risqué.
| 52 points | ODOMAR |
| 43 points | LEF' |
| 41 points | MOVIE |
| 37 points | GREG |
| 34 points | LE SEB |
| 26 points | HARVEY BOLLOCKS |
| 20 points | MONSIEUR CRE |
| 18 points | COLUMBOY |
| 15 points | DEAD[OR]ALIVE |
| 12 points | SEB |
| 10 points | BUDD! |
| SYSTOOL | |
| UN VISITEUR | |
| ALAN SMITHEE | |
| DIRTYDIETZ | |
| GUCHO | |
| 8 points | NINA KCK |
| 7 points | TWIG |
| 6 points | SIMON |
| 5 points | FABIUSLEGITIMUS |
| 1 point | DON LOPE |
Amis du bon goût, bonjour :
Pour 8 points :