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Mardi 9 mai 2006

JOHN CASSAVETES            Il m’est toujours difficile de parler d’un film de John Cassavetes. Pour chaque cinéphile il est un moment où tout a basculé, un film, un auteur, une époque etc. qui a changé son abord du cinéma voire sa vision du monde. Si PUMP UP THE VOLUME a eu la plus grande influence sur mon rapport au monde et à moi-même, John Cassavetes fut celui qui provoqua mon premier choc cinématographique. Avant il y avait le cinéma du dimanche soir, les grosses machines à spectacle, MISSING IN ACTION et les sorties organisées au gouffre de Padirac ! Et puis, à l’époque où Canal Plus avait encore le cinéma pour seule vocation, un cycle consacré à John Cassavetes changea brutalement tout cela. Tout à coup, il y avait quelque chose d’autre. Un cinéma qui me touchait différemment, une autre façon de s’attacher à l’autre, des sentiments profonds enfin révélés, un cinéaste qui parvenait à retranscrire passionnément ce que mon cinéma traditionnel se contentait d’effleurer. Combler le vide. C’est OPENING NIGHT qui fut le premier électrochoc. Film admirable sur de nombreux points, c’est avec une émotion non feinte que j’ai revu ce film qui a bouleversé mes comportements cinématographiques. FACES suivit, puis A WOMAN UNDER THE INFLUENCE que j’ai considéré comme bien plus important pendant de nombreuses années. Mais OPENING NIGHT est bien plus déstabilisant, émotionnellement aussi porteur, plus profond par le nombre de questions existentielles qu’il aborde et une nouvelle fois éblouissant par le rôle qu’il offre à Gena Rowlands, la consacrant comme l’une des plus grandes actrices américaines, sur laquelle bon nombre de réalisateurs se sont trompés après la mort de John. Il faut dire que les films de Cassavetes sont des produits artisanaux. C’est une composante essentielle de son œuvre. Faire des films avec et pour ses amis. Des films comme des cadeaux, des offrandes où chacun est magnifié par un œil qui a appris à reconnaître les instants « vrais » de ces acteurs. La confiance est chaleureuse et c’est une qualité que l’on ne peut enlever à aucun de ses films, même OPENING NIGHT où la tristesse devient symboliquement froideur et la distance du personnage de Gena Rowlands perte de rapport à la vie. Les films de John Cassavetes sont des flammes. Il est toujours agréable de revenir s’y réchauffer, se délecter d’un peu de naturel et s’en retourner rasséréné.

Gustave Thibon écrivait : « Les choses les plus profondes sont incommunicables. Elles s’expriment d’autant plus mal qu’elles sont mieux vécues » (oui j’adore citer Gustave Thibon). C’est tellement vrai en ce qui concerne ce que je ressens pour OPENING NIGHT. C’est pour cela qu’il m’est pénible de mettre des mots sur des émotions si fortes. C’est marrant moi je connais plein de personnes qui n’ont aucun mal a insulter Georges Moustaki…

OPENING NIGHT est un film terrible, à la justesse implacable sur la caractérisation féminine. La preuve en est cette répulsion qu’il exerce sur les jeunes filles et l’identification inverse chez les femmes qui atteignent un âge où la féminité tend à s’étioler. Un film bâtit en tant que point sensible. Touchez-le. Réaction garantie. Je suis sûr qu’il y en a qui vont penser à la même chose que moi !

            LE SEPTIEME JURE de Georges Lautner est aussi un film particulièrement poignant. C’est l’occasion de s’apercevoir du talent immense de Bernard Blier, avant qu’il ne développe son personnage de gros bonhomme au faciès fermé. Immense talent car l’histoire lui permet de passer par un nombre incroyablement vaste de situations et de réactions très différentes mais pas si éloignées. Prenons l’introduction. Première scène absolument sublime par le travail chorégraphique où l’accord musique/mise en scène est absolument parfait. Tourné comme une tragédie, la scène prend encore plus d’ampleur par le travail de Bernard Blier quand on s’aperçoit qu’il s’agit d’une scène de fin de film. Elle est écrite comme telle tout du moins. Ce que le spectateur ne sait pas, puisqu’il apprendra au cours du film que l’état psychologique dans lequel Bernard Blier se trouve juste avant de commettre son meurtre découle de plusieurs faits propres à constituer l’histoire en elle-même. Or, le premier tour de force de Lautner est de démarrer cette histoire là où d’autres l’auraient fait s’arrêter. Le foisonnement de l’intrigue repose sur le fait qu’il est arrivé à réaliser deux films en un. GEORGES LAUTNERChapeau ! Là où je trouve d’habitude ses réalisations un peu trop sages, ici il se démarque en épousant au plus près les tortures et autres culpabilités que s’inflige Bernard Blier. A partir du moment où la jeune fille meurt, il rentre dans un autre monde. Une sorte de réalité déformée à travers l’œil de l’assassin. Une réalité où les meurtriers vont généralement derrière des barreaux mais où lui continue à exercer son métier et à tenir les mêmes habitudes avec sa famille et ses amis. Mais il erre désormais dans ce même monde où les ombres sont ses alliés et où les forces obscures tiraillent son âme. L’histoire commence et va lui permettre de s’interroger sur ce qu’il croît véritablement qui existe autour de lui ou si tout n’est qu’apparence et légèrement disproportionné quant à la vérité des êtres et des choses. C’est notamment pour cela que Lautner choisit des effets visuels où ce que l’on voit reste l’image de ce que l’on connaît mais où les formes sont biaisées, distordues. Comme une image à travers un verre ou le reflet dans un enjoliveur de voiture. Lautner choisit aussi pas mal de relief dans son cadre avec un premier et un second plan aussi actifs l’un que l’autre. Une nouvelle manière de mettre en avant la double réalité de cet homme.

Le film date tout de même de 1962 et souffre d’un son absolument exécrable où les bruits de pas ne sont qu’une bouillie sonore, par exemple. Le noir et blanc, quant à lui, est assez sympathique et renforce (volontairement ?) le drame intérieur.

Avec LE SEPTIEME JURE, la véritable ambition de Lautner est de montrer un homme à la vie sans histoire, à la réputation bien établie, une sorte de personne au-dessus de tout soupçon et qui commet un jour le pire des actes. Comment a-t-il pu en arriver là ? En développant le personnage et en lui attirant notre sympathie, il essaie de flouter la ligne de séparation entre ce que l’on peut lui reprocher et ce que l’on peut lui pardonner. Le spectateur navigue ainsi entre l’envie de ne pas vouloir attribuer de circonstances atténuantes à celui qui a commis un acte impardonnable et l’envie de savoir comment cet homme qui n’a rien d’un psychopathe va bien pouvoir s’en sortir. N’existe-t-il point de crime que l’on peut passer sous silence ?

LE SEPTIEME JURE est avant tout une analyse implacable des foyers communs où la monotonie de la vie et la promiscuité villageoise renforcent une sensation d’étouffement. Etouffement de ses propres envies, étouffement des histoires familiales où seul le paraître importe, étouffement de la vérité pour rendre le réel plus supportable et étouffement de ses propres actes pour pouvoir rester en accord avec soi-même. Car il s’agit bien d’un homme qui s’est laissé enfermer dans une vie où la routine et le manque de singularité se sont installés que Georges Lautner s’attache à nous dépeindre. C’est le rapport à ses amis et surtout à sa femme qui démontre cela. Bernard Blier suintant l’homme qui n’aspire qu’à vivre, qu’à pouvoir laisser parler ses instincts, qu’à se libérer d’une femme qui contrôle son image. La rage accumulée et qui se retranscrit par le meurtre d’une jeune femme. Le cas de biens des personnes, de biens des meurtres que l’on dit gratuits. Mais rien n’est jamais gratuit. Tout comme la violence ne l’est jamais au cinéma.

Le film reste d’une modernité flagrante, ce qui le rend plus intéressant et plus prenant que la plupart de ceux réalisés par Lautner. C’est aussi ce qui lui vaudra prochainement de donner lieu à un remake lorsqu’un producteur avide d’argent tombera par hasard sur une rediffusion et aura l’idée de l’adapter à notre époque, avec un chanteur de rap ou un coureur cycliste en tête d’affiche.

            MA MERE de Christophe Honoré. Une horreur.

Adapter la nouvelle de Georges Bataille, pourquoi pas. L’histoire n’est pas ce que je trouve de plus intéressant dans la démarche de l’écrivain, mais si elle n’est que le propre intérêt du film je préfère encore lire. C’est le sempiternel problème de l’adaptation littéraire au cinéma. Christophe Honoré ne s’intéresse qu’au caractère sulfureux de la relation de l’enfant à sa mère et du manque d’estime de cette femme envers elle-même. Encore aurait-il axé tout son propos sur une provocation brutale, choquante par les images, les mots où les situations, il aurait heurté le spectateur par ses interrogations ainsi définies. Et cela aurait été tant mieux. Qu’il se passe enfin des choses sur l’écran ! Mais nous ne sommes que pris en otages par une histoire malsaine, pas assez perturbante pour être dérangeante, juste douteuse. Mais Christophe Honoré n’y est pour rien puisqu’il ne fait que rapporter les mots de Georges Bataille. On peut alors s’interroger sur ces pauvres gens qui ne savent ni aimer ni vivre, qui sont faibles devant tout affirmation de soi et passent à côté de leur vie. C’est avec une grande tristesse que nous les quittons, peu attachés à leur description, peu enclins à vouloir les aider ou à éprouver une quelconque pitié. Juste triste de connaître une personne qui se comporte de la même manière dans la vraie vie. Mais tout cela nous avait déjà été rabâché plus intelligemment par Bataille. Honoré, pseudo de Fontaine ?

C.R.A.Z.Y.A cela il faudrait cependant distinguer Isabelle Huppert une nouvelle fois parfaite dans un rôle très complexe, où tous les méandres de l’élaboration du personnage passent par l’impression d’une femme qui se vide petit à petit, qui tend à ne plus exister, à se résoudre à son état de chose, et qui finira donc en toute logique par perdre la vie. Mais tout cela est somme toute assez facile pour madame Huppert… Face à elle Louis Garrel fait une nouvelle fois ce qu’il peut pour combiner plus de deux expressions faciales. C’est bien simple il réussit à l’inverse tout ce qu’accompli Isabelle Huppert. Ce fils n’a aucun relief et ne parvient jamais à nous faire parvenir tout le combat intérieur qu’il découvre face à cette mère. Il confond très souvent simplicité et statisme. Voire état larvaire. J’attendais cette confirmation pour alerter la C.V.R. suite à au simulacre du dernier César du meilleur jeune espoir masculin. On nourrit surtout l’espoir de ne plus le revoir au cinéma.

            Suite à ce film qui a soulevé autant d’intérêt chez moi que l’écoute d’un album de Georges Moustaki, je décide de passer à C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée, film culte en puissance. A. p.r.i.o.r.i. u.n. f.i.l.m. q.u.i. m.e.t. d.e.s. p.o.i.n.t.s. p.a.r.t.o.u.t. r.é.C.è.l.e. u.n.e. p.o.i.n.t.e. d.’o.r.i.g.i.n.a.l.i.t.é. e.t. Q.U.E.L.Q.U.E.S. I.D.E.E.S. D.E.R.R.I.E.R.E. L.A. T.E.T.E. M.a.l.h.e.u.r.e.u.s.e.m.e.n.t. g.r.o.s.s.e. d.é.c.e.p.t.i.o.n. p.o.u.r. c.e. f.i.l.m. q.u.i. n.e. f.a.i.t. q.u.e. s.u.r.f.e.r. s.u.r. l.e. r.e.v.i.v.a.l. s.e.v.e.n.t.i.e.s. (c.o.u.l.e.u.r.s., m.u.s.i.q.u.e.s. (o.n. n.o.t.e.r.a. l.’e.m.p.l.o.i. b.i.e.n. p.l.u.s. a.p.p.r.o.p.r.i.é. q.u.e. d.a.n.s. l.e. t.r.è.s. s.u.r.f.a.i.t. R.O.M.A.N.Z.O. C.R.I.M.I.N.A.L.E.), l.i.b.e.r.t.é., e.x.t.r.av.a.g.a.n.c.e. e.t.c.). L.e.s. p.e.r.s.o.n.n.a.g.e.s. s.o.n.t. c.e.r.t.e.s. t.r.è.s. a.t.t.a.c.h.a.n.t.s. m.a.i.s. C.R.A.Z.Y. s.e. p.r.e.n.d. l.a.m.e.n.t.a.b.l.e.m.e.n.t. l.e.s. p.i.e.d.s. d.a.n.s. c.e. q.u.’i.l. p.e.n.s.e. ê.t.r.e. o.u. p.l.u.t.ô.t. c.e. p.o.u.r. q.u.o.i. i.l. a. é.t.é. v.e.n.d.u. C.a.r. p.o.i.n.t. d.e. f.o.l.i.e. i.c.i. C.e.l.l.e. d.o.n.t. o.n. p.a.r.l.e. n.’e.s.t. q.u.’u.n. p.r.é.t.e.x.t.e., u.n. p.o.i.n.t. d.e. d.é.p.a.r.t. A.l.o.r.s. o.n. t.r.o.u.v.e. l.e. f.i.l.m. u.n. p.o.i.l. l.o.n.g. c.a.r. c.e.r.t.a.i.n.e.s. s.c.è.n.e.s. s.o.n.t. a.u.s.s.i. n.é.c.e.s.s.a.i.r.e.s. q.u.e. l.a. p.r.é.s.e.n.c.e. d.e. G.e.o.r.g.e.s. M.o.u.s.t.a.k.i. s.u.r. u.n.e. s.c.e.n.e. d.e. c.o.n.c.e.r.t. e.t. s.u.r.t.o.u.t. l.e. d.é.c.o.u.p.a.g.e. r.a.l.e.n.t.i.t. i.n.l.a.s.s.a.b.l.e.m.e.n.t. l.e.s. e.f.f.e.t.s. d.e. m.i.s.e. e.n. s.c.è.n.e., l.e.s. m.o.n.t.é.e.s. é.m.o.t.i.o.n.n.e.l.l.e.s. e.t. l.e.s. p.e.r.c.é.e.s. s.c.é.n.a.r.i.s.t.i.q.u.e.s. E.m.i.n.e.m.m.e.n.t. s.y.m.p.a.t.h.i.q.u.e., C.R.A.Z.Y. n.’e.s.t. q.u.’u.n. p.e.t.i.t.e. c.h.r.o.n.i.q.u.e. a.g.r.é.a.b.l.e. m.a.i.s. t.e.r.r.i.b.l.e.m.e.n.t. m.e.n.s.o.n.g.è.r.e. S.h.a.m.e. o.n. y.o.u. ! ! srevne’l a tirce ete sap a’n ertit el euq tnemesuerueh.

            A la vue de la bande-annonce de GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK. de George Clooney les quelques neurones qui vous restent vous avaient épuisés à l’idée que les Etats-Unis nous envoient une énième mouture d’un grand scandale qui avait secoué leur pays. Cherchant à exorciser ces vieux démons ils essaient souvent de se donner une bonne conscience en démontrant un point de vue critique sur une partie de leur Histoire. Question exorcisme, c’est aussi le lot de beaucoup de pays (l’Allemagne et la seconde guerre mondiale encore récemment avec SOPHIE SCHOLL - DIE TETZEN TAGE ou encore DER UNTERGANG, les Etats-Unis et le Viêt-Nam et récemment la guerre du Golfe, le Japon et la bombe atomique : GOJIRA : FAINARU UOZU etc.). La France est énormément en retard de ce point de vue, préférant un refoulement organisé à une attitude responsable face à des sujets tels que mai 68 ou la guerre d’Algérie.

Alors GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK. c’est un peu la facilité de montrer du doigt des faits si éloignés, avérés et reconnus comme une période sombre. De la part de George Clooney on ne s’attend évidemment pas à des prouesses de politiquement incorrect comme a pu en témoigner le précédent SYRIANA, si peu dérangeant (même s’il n’était qu’acteur et producteur exécutif). On ne s’attend pas non plus à prendre une grosse baffe cinématographique (la seule raison qui pourrait me faire acheter une place de cinéma pour Georges Moustaki), le premier film de Clooney (CONFESSIONS OF A DANGEROUS MIND) n’étant qu’une suite de plans bien agencés mais dénués de feu intérieur. En visionnant GOOD NIGHT, AND GOOD LUCK. j’ai donc revu pour la seconde fois CONFESSIONS OF A DANGEROUS MIND. Car si l’histoire de l’Histoire reste néanmoins passionnante le style pseudo documentaire (Clooney abuse des images d’archive) aplati passion et enjeux par une mise en scène qui se contente de rapporter des faits. C’eut été sans aucun doute plus pertinent en tant que réel documentaire et qui plus est à l’époque même où le sénateur McCarthy avait encore ses défenseurs. A la limite même un documentaire sur l’érosion de la chaîne himalayenne au Cachemire j’étais pas contre…

MADONNA : TRUTH OR DARE            Tiens, par exemple, revu MADONNA : TRUTH OR DARE d’Alek Keshishian. Il y avait un jeu de mots assez facile que je me serais bien tenté mais à vrai dire j’ai retrouvé tout ce que m’avait provoqué ce vrai documentaire à sa première vision : l’excitation du milieu artistique dans tout ce qu’il a d’excessif. Enfin un documentaire avec une belle image, une classe esthétique supérieure à la moyenne et ce même si l’on excepte les shows lives. Beaucoup de plaisir à prendre dans cette ode au travail artistique en commun. Madonna, personnage exceptionnel qui donne un caractère enchanteur aux moments particuliers qu’elle nous confie. Keshishian a su capter toute la douleur du travail, les conflits internes, les joies des réussites de la tournée, la sensibilité lors de la découverte les uns des autres, les tiraillements de Madonna, son inconfort intérieur, tout l’univers dans lequel elle gravite et qui est un monde hors du commun, en dehors de la réalité. MADONNA : TRUTH OR DARE raconte l’histoire d’une femme si proche de nous mais dont la vie est désormais mise en scène. Etablir l’icône. Pas de retour en arrière possible. Madonna vend du rêve. Elle vend aussi ses rêves qu’elle est parvenue à réaliser au prix de souffrances extrêmes. Les rêves ne sont jamais irréalisables. Ils ont un prix que peu de personnes souhaitent payer.

            Revu aussi UN MOMENT D’EGAREMENT. Sûrement le meilleur des films de Claude Berri, à l’époque où il essayait encore d’avoir des ambitions de réalisateur.

D’abord des acteurs fabuleux : Jean-Pierre Marielle et Victor Lanoux sont absolument irrésistibles. Ce qui ne fait que renforcer pour le second cet immense gâchis que fut sa carrière cinématographique.

UN MOMENT D’EGAREMENT est un film très délicat sur l’amitié, les enjeux que l’on met dans les aventures amoureuses et le regard sur nos proches qui change (ou ne change pas). Ce qui importe principalement à Claude Berri c’est l’histoire. Ainsi les acteurs occupent une place prépondérante et les silences deviennent des éléments vecteurs d’émotion. Le film dure 1 heure et 20 minutes c’est dire si Berri se contente de filmer l’essentiel. Pas de cartes postales comme l’on en trouve dans la plupart des films de vacances. Jamais il ne débute ses scènes par une identification du lieu de l’action. Pas non plus de grands effets visuels ou de caméra. On s’attache uniquement à la situation et aux liens entre les différents protagonistes. Et Claude Berri a surtout compris une chose qui fait l’efficacité d’une histoire bien racontée : chaque scène fait avancer l’action. A la fin de chacune les personnages ne sont plus les mêmes qu’ils étaient au début. Aucune scène n’est superflue. L’histoire est simple mais dense par les remous qu’elle provoque.

Et puis une scène de fin formidable. Elle intervient après l’affrontement tant attendu entre Marielle et Lanoux. Une scène brève, sans paroles, qui se termine sur une image arrêtée et qui témoigne de la blessure laissée ouverte et qui fait que rien ne sera jamais plus comme avant. Et la musique de Richard Sanderson qui résonne de nouveau, tout comme lors de leur première soirée d’amour… L’un des plus beaux moments du cinéma français car inattendu et racontant plus après qu’avant. Instant rare.

            Quelques mots d’OUBLIER CHEYENNE. Voici le premier long métrage de Valérie Minetto. Une jeune fille qui sait parfaitement brouiller les pistes puisqu’en me fiant au titre j’ai d’abord cru aller voir un western avec des indiens qui auraient des problèmes de construction grammaticale. Que nenni. Au premier abord, nous sommes frappés par la qualité OUBLIER CHEYENNEavec laquelle les acteurs sont dirigés. Frappés car c’est la plus grande qualité du film. Malik Zidi est absolument parfait. L’un des rares « fils de » qui n’usurpe pas sa place de comédien. Belle prestation aussi d’Aurélia Petit, dans un jeu superbement nuancé. Idée géniale d’avoir donné un si beau rôle à Guilaine Londez (extraordinaire !) que l’on a trop l’habitude de voir dans des rôles de bonne copine à qui l’on aime bien donner des claques de trappeur dans le dos. Une spéciale dédicace et une grosse bise à Milla Dekker (qui n’est pas la cofondatrice de la société Black & Dekker). Et une mention toute particulière pour Eléonore Michelin (non plus ; d’ailleurs je crois qu’elle n’a pas de voiture) qui a toutes les qualités pour réussir dans cette profession, malgré son jeu encore un peu vert.

Le film est un pur produit de ce que l’on peut faire lorsque l’on a peu de moyens et que l’on veut absolument réaliser son film. On fait des concessions, on enlève un peu de qualité par ci par là et l’on se retrouve avec un film qui véhicule grosso merdo les idées que l’on voulait exposer. Le contrat semble rempli. Mais tout cela n’est plus très beau à regarder et distille une certaine idée d’un cinéma au rabais. Dans ce cas, manifestons pour l’ouverture des cinémas discounts. D’autant plus du foutage de gueule par rapport au discours sociétal que tient le film.

OUBLIER CHEYENNE peine rudement à trouver sa voie entre des effets scénaristiques présentés comme des idées d’abstraction du monde mais jamais exploitées en tant que telles, et une réflexion idéologique de notre société trop succincte pour donner de la consistance aux personnages. Plein de choses à revoir. D’abord l’affiche. C’est fou tout ce que l’on peut faire de moche rien qu’avec Photoshop ! C’est bien beau de choisir un graphiste, mais à quoi cela sert-il si il a cinq ans ? Perso j’aurais aussi changé le chef opérateur et l’ingénieur du son. Ne sortira-t-on jamais de cette image tristounette et de ce son trop présent qui sont la marque d’un cinéma archaïque et tellement désuet ? Et puis il y a l’éternel couplet de la société qui est pourrie et nous qui devons lutter pour ne pas se faire exploiter. Oui, d’accord, mais d’autres l’ont déjà dit avant. On pourrait voir un peu plus loin ? Non le film est fini ! Ah ! Je crois que ça m’apprendra à mal choisir mes westerns.

            Enfin, pour tous les cinéphiles qui souhaitent se forger la jeunesse je ne saurais que trop leur conseiller la citadelle spirituelle de la Flandre, à savoir : Gand. Une ville surtout connue pour être la patrie du célèbre… Gandhi. Enfin, je crois. Quoique… Après framboise réflexion (j’ai l’impression que mon dictionnaire des synonymes déconne), je dirais plutôt qu’il s’agit de la ville natale de Charles Quint. Gandhi, lui, étant originaire d’un pays où on s’amuse, on pleure, on rit, comme le dit la chanson : « Au pays de Gandhi, comme dans tous les pays… ».

En tout cas, sachez que la ville accueillera du 05 octobre 2006 au 07 janvier 2007 au Caermersklooster, la sublimissime exposition Stanley Kubrick. Quand on sait que la quasi-totalité des objets proviennent du patrimoine et des archives personnelles du réalisateur on comprend toute l’importance qu’elle revêt quant aux éclaircissements qu’elle est susceptible d’apporter sur l’élaboration des chefs-d’œuvre du maître. D’autant qu’un espace y est consacré à chacun de ses films, qui seront tous projetés selon leur disponibilité (ce qui signifie que FEAR AND DESIRE manquerait une nouvelle fois).

Pour info, puisque l’on parle expo, celle consacré à Willy Ronis au salon d’accueil de l’Hôtel de Ville à Paris se termine le 27 mai prochain. Un rendez-vous à ne pas manquer pour tous ceux qui aiment ou souhaitent découvrir l’immense talent de ce photographe humaniste.

            Si avec tout ça vous savez encore quoi faire de vos mains...

EXPOSITION STANLEY KUBRICK

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mardi 9 mai 2006
CLASSEMENT
52 points ODOMAR
43 points LEF'
37 points GREG
23 points LE SEB
22 points HARVEY BOLLOCKS
  MOVIE
20 points MONSIEUR CRE
10 points BUDD!
  SYSTOOL
  UN VISITEUR
  ALAN SMITHEE
  DIRTYDIETZ
8 points NINA KCK
7 points TWIG
6 points SIMON
5 points FABIUSLEGITIMUS
4 points SEB
1 point DON LOPE 

 

Bonne partie à vous !


par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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