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Mardi 8 mai 2007

QUESTION : Le 12 novembre 1969, à l’université de Louvain, que reçut Marguerite Duras, venue présenter son film : DETRUIRE, DIT-ELLE ?


par MAYDRICK publié dans : QUIZZ
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Mardi 8 mai 2007

LES 400 COUPS            A ce moment de l’article, il convient de prévenir le lecteur de l’état actuel dans lequel ces premiers mots l’auront retranché. Cher ami internaute, spationaute et tout individu avec des menottes, toi aussi tu es en droit de prendre part à la grande aventure des secrets des dessous de l’affaire et non pas seulement t’abreuver de la lecture revigorante de ces quelques lignes quotidiennement jubilatoires. Toi aussi tu as le droit d’être mêlé à la singulière expédition qu’est la rédaction des folles idées qui peuplent mon subconscient. Toi aussi tu as le droit d’exiger d’être considéré comme autre chose qu’un simple quidam qui baguenaude au gré de ces pages, une espèce de parasite qui se nourrit de mon dur labeur, un saltimbanque repus au banquet des généreux chantres du bon goût et des parélies délicates, bref, un sale con qui fait partie de la France qui se lève tard. Il n’empêche que tu as le droit d’exiger plus de transparence sur la trame qui sous-tend la genèse de mes contentions, le droit d’avoir une explication officielle sur la raréfaction de l’emploi du mot « chandail », le droit d’exiger des poumons artificiels passé un certain âge et le droit d’exiger l’ouverture de centres spécialisés dans l’épilation de cactus. Tout cela je suis en mesure de te l’apporter. C’est pour cela que tu ne t’es pas trompé en surfant en ces lieux. Oui, je suis en mesure de te l’apporter si je suis élu Président de la République aux élections présidentielles de 2012. Malheureusement je ne compte pas me présenter. C’est con. Enfin, surtout pour toi, moi je n’ai pas de cactus.

Cher ami, donc, pour que tout cela soit clair, net et précis, je me vois dans l’obligation de te situer par rapport à toi-même. Tu te trouves ici-même. Enfin, au moment où tu lis ces mots tu es un peu plus loin que précédemment, mais juste un peu avant ce qui va suivre. En ce qui me concerne, je n’ai pas encore commencé à rédiger les quelques points de vue dont j’ai prévu de t’abreuver une nouvelle fois, au sein d’un article interminable (parce que j’aime bien que tu regardes à chaque fois jusqu’où l’article se termine et que tu te dises : « ‘Tain, encore tout ça. Il commence à me baver sur les rouleaux, sérieux ! »), mais cela tu en as l’habitude, je t’ai bien éduqué. Sourire de fierté. J’ai juste prévu de te parler des derniers films que j’ai vus, à savoir : LES 400 COUPS et GHOST DOG : THE WAY OF THE SAMURAI.

 

            L’auteur n’a pas envie d’écrire. L’auteur se souvient qu’Astrid lui a brisé le cœur. L’auteur se contorsionne de douleur.

Il songe à reprendre une activité sexuelle normale. Ca tombe bien, Marine lui a laissé son numéro de téléphone. Il ne fallait pas penser à elle. Pourquoi a-t-il fallu qu’elle vienne refleurir la libido de ma dialectique ? La rédaction de cet article va s’en trouver ralentie. Il ne peut oublier qu’ils se pressaient l’un contre l’autre au rythme déhanché de prétextes musicaux. Ils ont dansé ensemble. Non. Ils ont gracieusement marié leurs corps portés par le flot de leur désir. Lui ne cherchait qu’à lui divulguer sa fascination. Elle se demandait s’il avait remarqué les bretelles de son soutien-gorge qui se tendaient à chaque fois qu’elle penchait la tête en arrière. Et en hauteur, leurs mains se stylisaient comme celles des danseurs de tango. Le geste. Souvenir figé sur un moment passé.

Et puis tout s’enchaîne. Frénétique diaporama de celles qui lui sont associées.

Magali comme une étoile filante.

Laëtitia rien que par l’odeur, alléché.

Hélène encore et toujours présente malgré le temps qui passe.

Clémentine, des avalanches dans le cou.

Morena mais sans rancune.

Angèle a besoin de silence le matin.

Marine qui va prendre copieux (ah bon ? Pas ailleurs ?)

Pauline sans trop savoir ce que demain réserve.

Géraldine qui prend des poses.

Tatiana, chaude et humide qui… (ah non, merde ! C’est un film, ça !)

Et JaneJane, l’étincelle au fond de la poitrine. Jane qui espère, Jane qui esquive. Je n’ai pas envie de me mettre en colère, alors il faut me promettre une chose, Jane

Les femmes. Le cinéma et les femmes. Les femmes quand même. GHOST DOG : THE WAY OF THE SAMURAI. Rester concentré, même si Astrid reste impossible à oublier. 

 

            Relecture. J’ai l’impression de constamment vivre avec les films de Jarmusch. Celui-ci n’est pas celui qui m’a le plus impressionné. J’ai toujours trouvé que son charme était plus diffus à cause de la complexité du personnage de Forest Whitaker et des multiples connexions que Jarmusch manque d’établir avec la plupart des protagonistes. Je trouve qu’il exploite moins leurs interactions que dans tous ses autres films. Du coup, il enferme au maximum chacun de ses personnages dans ses propres justifications intrinsèques. Chaque personnage est beaucoup plus confronté à réfléchir par lui-même plutôt que par l’influence qu’un proche peut avoir sur lui (c’est ainsi qu’il isole Forest Whitaker et son commanditaire par un intermédiaire, Forest Whitaker et Isaach de Bankolé par la barrière de la langue, Forest Whitaker et Camille Winbush par la différence d’âge ou encore Forest Whitaker du reste du monde puisqu’il habite au-dessus de tous, sur un toit). Or, cela caractérise tous les films de Jarmusch. Composante majeure. Il est à chaque fois question de personnages qui semblent être en dehors de toute réalité physique. Ils vivent comme projetés à l’extérieur du cercle social ou dans un continuum spatio-temporel (cela est extrêmement net dans DEAD MAN, son chef-d’œuvre). C’est ce qui ressort de ce parti pris de mise en scène de toujours accorder plus d’importance au monde intérieur qu’au monde extérieur. Les personnages de Jarmusch semblent coupés de tout ce qui imbibe le concret de l’extraterritorialité. Il est le cinéaste de l’errance par excellence. A ce titre, nous pouvons considérer NIGHT ON EARTH comme un vrai road movie. Jarmusch prend toujours un grand soin à installer une ambiance plutôt qu’à bâtir une histoire qui se doit de passer par le point G pour aller du point A au point C. Enfin, vous me comprenez. Cela reste secondaire. 

 

            L’auteur a le rhume. Ca le fait chier. Moi, ça me fait éternuer ; chacun ses symptômes.

 

Dans GHOST DOG : THE WAY OF THE SAMURAI, Jarmusch attache beaucoup d’importance à la transmission des codes et à leur réappropriation, sous les termes de savoir, culture ou encore patrimoine collectif. Il le montre notamment par l’usage de la langue, qui se transmet de génération en génération, mais aussi par la connaissance que les uns ont et dont ils font profiter les autres. C’est de cette façon qu’Isaach de Bankolé apprendra les mots qui le feront se faire comprendre de Forest Whitaker. Transmission encore, tout au long du film, de ce livre « Rashômon », qui figure la philosophie que chacun fera sienne. Aucune interprétation n’est donnée par celui qui montre la voie, mais il confie le savoir à celui ou celle qui est capable d’en faire un bon usage. C’est aussi de cette manière que Forest Whitaker a acquis les règles du code de l’honneur des samouraïs. C’est encore dans le même esprit que Jarmusch s’amuse du mélange des races au sein de la société américaine. D’ailleurs, il s’implique lui-même dans cette refonte des codes collectifs lorsqu’il met en scène le duel final façon HIGH NOON. Il ne s’agit pas ici de marquer un hommage appuyé au film de Fred Zinnemann mais bien plus de confirmer une continuité de mise en scène qui nous montre bien que nous sommes tous tributaires d’un patrimoine commun et que nous ne refaisons jamais que ce qui a déjà été édicté. La voie du samouraï égrène ses commandements au fil du film mais jamais ils ne se trouvent reformulés. Adaptation.

Et puis il faut aussi parler de l’humour qui parcourt le film de bout en bout. Remarquez comme l’humour chez Jarmusch est fin et gracieux. Poésie surdimensionnée dans cet oiseau qui vient se planter devant la lunette du fusil qui va éliminer un homme ! Dialogues troublants de ces mafieux ridicules qui se trompent d’homme ! Incongruité des postures lors du duel de fin (humour directement dans la lignée de celui de Sergio Leone, ou Jean Girault, j’ai un doute, tout à coup) ! La classe est décelable sous plusieurs formes à l’intérieur du film. C’est grâce à ce singulier mélange des formes, des genres et des points de vue que GHOST DOG : THE WAY OF THE SAMURAI diffuse les essences de cette jonction de l’universalité entre l’ancien et le contemporain, le délicieux apprentissage des différences et la constitution des ces quelques données qui donnent une entière cohérence aux vagabondages de nos vies. Les films de Jim Jarmusch comme des chemins.

Mais ce qui le plus flamboyant c’est la fluidité avec laquelle son récit progresse, à grands renforts de fondus enchaînés, d’images superposées et d’une bande son céleste, poétique et perspicace. C’est beau, c’est commerçant et il y a l’amour du geste. GHOST DOG : THE WAY OF THE SAMURAI est un film beaucoup plus profond que sa première vision ne me l’avait fait apercevoir. Encore très juste sur la société américaine, toujours aussi sensible sur le capital humain, une nouvelle fois un grand Jarmusch.

 

GHOST DOG - THE WAY OF THE SAMURAI            D’un trait, l’auteur semble avoir fait abstraction des différents fantômes qui venaient encore le perturber quelques minutes plus tôt. Il veut prendre le temps. « Dummy » signé Portishead en fond sonore. Ecrire sur un film est une gymnastique parfois soviétique. Ses pensées vont désormais se désaltérer vers l’oasis honteux des films qu’il vénérait adolescent. C’est tout ce que lui inspire ce chef-d’œuvre de Jim Jarmusch ? Faut-il qu’il s’interroge sur les connexions qu’il établit entre ce qu’il a vu et ce que cela lui rappelle ? La décontraction de l’esprit l’invite à ne jamais sombrer. Il note et colle un post-it dans les recoins de son cerveau. Ce ne sont, en fait, que quelques minutes de vacances. Souvent il franchit les frontières du curseur. Ce curseur qui clignote et qui attend d’être déplacé par ces nouvelles lettres ânonnées. Ce curseur dressé comme la barrière entre ce qui a pris corps, a pris le corps d’Astrid, est devenu logique substantielle, et les embruns de l’exercice spirituel, lunatique et pudibond.

           Alors, le lecteur ne sait plus ce qu’il advient des références cinématographiques, des notes autobiographiques, de l’italique et de cette troisième personne du singulier qui conclut à une première personne du même nombre, qui ne lui a toujours pas été présentée. Perdu. Quelques écrits sous des rapports cinématographiques qui trouvent toujours un écho au sein de ma propre existence. Le cinéma comme une cascade d’inductions. Mon raisonnement sur un fil. Je perds toute ma concentration. Je regarde LES 400 COUPS et j’en conclus que j’adore les femmes en marcel. 

 

            Reprenons. LES 400 COUPS est un film réalisé par François Truffaut. Ca, nous le savons. Qu’y a-t-il que nous ne sachions pas encore ? Qu’un escargot peut dormir durant 3 ans ? Ce qui est important ce n’est pas ce que nous savons mais ce dont tout le monde se fout.

 

            Il est utile de préciser que l’auteur se remémore sa première vision du film de Truffaut. Début des années 90. 04 heures du matin. Le son très faible. L’extraordinaire sensation d’avoir vécu un peu de la vie d’Antoine Doinel. François Truffaut qui a su capter le regard de l’enfant sur le monde qui l’entoure et cette universalité de l’enfant qui est en faute quoi qu’il fasse.

 

            Il me restait des larmes de mon enfance, finalement. LES 400 COUPS me touche car c’est une partie de ma vie, et cependant réalisé avant ma naissance ! Réalisé aussi bien avant le documentaire AN INCONVENIENT TRUTH, film dont il semble pourtant dénoncer les travers. Car, si Antoine Doinel déteste tant l’école c’est avant tout plus à cause de l’enseignement qu’à cause de l’apprentissage. Car il apprend tout autant sinon plus lorsqu’il fait l’école buissonnière. LES 400 COUPS est un film qui dénonce l’emprise d’un monde qui se considère supérieur sur celui des enfants, et qui entend lui montrer comment se ranger dans cet univers selon ses propres règles. Il pose très justement la question : « Mais qui peut se prévaloir de savoir écouter ce qu’ont à dire les enfants et non d’interpréter la vérité qui sort de leur bouche ? » Si la scène avec la psychanalyste fut tant remarquée, c’est peut-être parce que c’est véritablement la première qui fait cas de la manière dont Antoine Doinel se raconte. Malheureusement quand il est trop tard.

Ce qui me gêne dans le film de Davis Guggenheim c’est qu’il reprend exactement toute la dialectique exécrée dans LES 400 COUPS. Aussi intéressant que soit le sujet, nous sommes dans une salle de classe et Al Gore s’échine à nous prémâcher le travail afin que l’importance de ce qu’il raconte nous rentre bien dans le crâne. Nous sommes revenus au temps du film de Truffaut où la toute-puissance du maître lui confère une assise qui lui laisse regarder ses élèves de haut. « Prenez. Ceci est l’éducation. » « Prenez. Ceci fera de vous des personnes intelligentes. » Mais comment faire pour réfléchir par soi-même ? C’est comme si, tant qu’il n’est pas adulte et responsable, l’enfant n’est destiné qu’à être d’accord avec ce qu’on lui impose de vérité. Moi, je crois au contraire que les enfants aiment qu’on leur parle comme à des adultes. Se frotter au monde des adultes tout en profitant des parts d’enfance qui disparaissent au jour le jour. D’ailleurs, Antoine Doinel vit parmi les adultes lorsqu’il sèche les cours. C’est à leur contact qu’il choisit d’éduquer son esprit. Antoine Doinel est un jeune homme qui a décidé de se donner le choix. Il faut croire que les adultes n’aiment pas que certains puissent posséder ce à quoi ils ne veulent pas prétendre.

 

            Intervient alors l’emploi du réalisateur comme identité marquante d’une progression de la connaissance cinématographique. L’auteur ne peut passer sous silence la relation étroite qu’il a entretenu avec les films de François Truffaut (et quelques photos d’Alyssa Milano, accessoirement). La révélation Truffaut et la compulsion d’en savourer l’œuvre l’intégrale. Le procédé se répètera avec Sacha Guitry, et bien d’autres. D’autres, parce que…

 

            Pour moi, François Truffaut est complètement dépassé. C’est étonnant comme un cinéaste a tellement pu compter pour vous et puis un jour, plus rien. Quand j’étais adolescent je trouvais que les films de Sacha Guitry étaient les plus savoureux. Charme et joie de vivre. D’aimer. Un jour, tout cela disparaît. Ces cinéastes comptent moins. Leurs films vous paraissent plus fades qu’avant. Vous allez jusqu’à oublier l’importance qu’ils ont eu sur vous. Ce n’est pas les discréditer que de passer à autre chose, mais juste un brin de nostalgie en songeant à ce qu’ils vous ont apporté.

C’est fou parce qu’en m’attachant de nouveau à la personnalité de François Truffaut et à ses films, j’arrive à percevoir le poids qu’il exerce encore sur notre patrimoine culturel. Et pourtant, il ne m’influence plus. Il y a une appartenance qui s’opère. Comme si l’acquis devenait l’inné. François Truffaut fut un maître pour moi. Mais un maître reste un maître. Car il sera tôt ou tard dépassé.

 

 

P.S. : Dans LES 400 COUPS, François Truffaut filme le Gaumont Palace, notre gloire nationale. Et ça, ça vaut tous les baisers d’Astrid.

 

            Au moment où cette phrase est censée conclure l’article, l’auteur la relit et constate douloureusement son erreur. Il se souvient alors de l’amour qui naît du geste.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mardi 8 mai 2007
CLASSEMENT
208 points ODOMAR 15 points DEAD[OR]ALIVE
88 points LEF' 13 points ALAN SMITHEE
68 points COLUMBOY 10 points BUDD!
64 points YANN KERBEC   SYSTOOL
61 points WEPETE PRIEST   DICK LAURENT IS DEAD
  GUCHO   M
48 points MOVIE   MESS
40 points SEB   NADINE
39 points LE SEB 9 points DR DEVO
38 points HARVEY BOLLOCKS   TONTON BDM
37 points GREG 8 points NINA KCK
31 points CHRIS   AL
21 points MONSIEUR CRE 7 points TWIG
20 points UN VISITEUR 6 points SIMON
19 points LOMOK   FLESH GORDON
  MALTASARD 5 points FABIUSLEGITIMUS
17 points DIRTYDIETZ 1 point DON LOPE

 

 

La première c'est 10 points :


par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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