Qu’elles sont énormes mes archives cinématographiques ! Il y a un peu de tout dedans : tous les films que j’ai vus depuis le 22 février 1988 (LA FOLIE DES GRANDEURS), des fiches de réalisateurs, des notes concernant certains passages précis de films, quelques critiques importantes, les miennes, les premières, parues dans un fanzine nommé G.T.T., des tonnes de films dont certains introuvables, quelques perles impubliables que m’ont confié certaines personnalités médiatiques, des textes que m’évoquèrent les visions de certains films, plusieurs scénarii qu’il faudra que je me décide à révéler un jour, des pages de magazines qu’il faudra que je me décide à brûler un jour, des affiches originales qui ne me servent à rien, des dossiers de presse en veux-tu en voilà, des enregistrements dont je me demande bien ce qu’il pourra en advenir lorsque je serai mort, et ce qu’il en deviendra des personnes impliquées dans ces histoires (enfin) révélées, le numéro de téléphone de Linda de Suza (tiens, j’ai eu l’envie d’avoir ça un jour, moi ?), des enregistrements vidéos que je ne revois quasiment plus et que je ne reverrai plus jamais si je ne me décide pas à prendre ma retraite dans les jours qui suivent, des Post-it qui me font torturer les quelques neurones restant pour savoir s’ils prennent un « s » au pluriel, une photo de partouze que j’aimerais bien publier mais je perdrais mon procès, un document audio avec la voix française de Bruce Willis proférer insultes sur insultes (mais je perdrais aussi mon procès), beaucoup de poussière, des bouts de pellicule, des bouts de bouts de je ne sais quoi, un string que j’avais subtilisé à une jolie italienne au cours de l’été 2003, un vieux « Playboy » datant de novembre 1975 où l’on voit Christian Clavier poser pour une publicité Gillette G II, une thèse qui tentait d’expliquer pourquoi Ken Kercheval avait tous les atouts pour devenir la future vedette d’une série de supers héros sur fond de musique légumineuse (sic !), une cassette que m’avait confiée Dominique Strauss-Kahn et cætera et la liste est longue.
Et c’est en m’y replongeant que je m’aperçois que cela fait un bon bout d’brousse que je n’ai pas parlé d’un film que je n’ai pas vu. Je rappelle humblement que cet espace est l’un des derniers où l’on se prévaut de pouvoir parler aussi chichement des films que nous ne voyons pas. Nous savons aussi nous comporter en tant que professionnels, parfois. Comme si l’on ne pouvait parler d’un film qu’après l’avoir vu. Si je vous prenais pour des demeurés je vous rappellerais qu’un film met de nombreux mois voire plusieurs années avant de sortir sur un écran. Z’avez déjà vu une femme découvrir qu’elle est enceinte le jour de son accouchement ? Un film c’est pareil. Et nous pouvons en parler d’autant plus fièrement que nous sommes persuadés qu’il est tout à fait possible d’avoir un avis précis et objectif d’un film non visionné. Quel talent ! Merci, merci ! C’est surtout vos parents qu’il faut remercier. Oui. Enfin, quand je pense qu’ils sont les seuls responsables de mon héritage génétique cela me laisse pantois…
Donc, au programme : THE DA VINCI CODE. Même pas vue
la bande-annonce. Juste informé du réalisateur : cet infâme Ron Howard, pensionnaire de longue date du C.L.C. Et tout à coup, le monde entier s’étonne du bien mauvais film qu’il nous pond.
Mais qui pouvez donc bien s’attendre à quelque chose de la part de celui qui avait déjà commis les tristes COCOON, HOW THE GRINCH STOLE CHRISTMAS ou
APOLLO 13 ? Ron Howard est un cinéaste exécrable qui ne respecte ni ses histoires ni ses personnages. Seul le sens du spectacle lui sied. Il se définit lui-même comme un
« entertainer ». Aucune attention donc en ce qui concerne une réalité tangible des choses ou des personnages aux vérités intérieures fouillées. C’est sexuel ? Lorsqu’il
choisit plutôt bien ses équipes cela donne des spectacles grand public qui font la joie des premières semaines des cinémas. Au-delà, ses films tombent très vite dans l’oubli. Du moins dans leur
cohérence artistique car d’un point de vue visuel il reste quand même certaines idées de SPLASH, WILLOW ou COCOON. Le visuel comme but du
divertissement, voilà ce qui fait son art. Le cinéma est un tout et ne peut cependant pas s’arrêter à cette idée très réductrice. On aboutit dès lors à un cinéma de l’esbroufe, de l’excitation du
moment présent, de la mise en scène du superficiel, qui impose une vision du monde univoque donc malhonnête. C’est la théorie du véhicule silencieux. Nous pouvons retrouver cette scène dans de
nombreux films et même de bons réalisateurs en ont abusé. Pour exemple : un piéton s’apprête à traverser une rue jusqu’au moment où un camion passe devant lui comme un bolide. Le réalisateur
cherche là à créer un effet de sursaut. Là où il y a triche c’est au moment où le camion passe devant le nez du piéton et que l’on n’entend qu’à cet instant précis le bruit du camion. C’est la
théorie de véhicule silencieux qui ne se met à faire du bruit que quand le personnage prend conscience de l’existence de l’engin. Malhonnête. Certains utilisent souvent la même recette avec un
hélicoptère. Un personnage peut très bien se balader tranquillement et se retourner d’un seul coup pour s’apercevoir qu’un hélicoptère le suit. Bien évidemment, le bruit de l’hélicoptère n’existe
qu’à partir du moment où le personnage le remarque. Escroquerie.
Eh bien Ron Howard c’est un peu tout cela. Utiliser tous les artifices dont il dispose pour nous faire croire ce qui n’est pas. Nous prendre pour des cons, en d’autres termes. Avec THE DA VINCI CODE il semblait avoir trouvé son chef d’œuvre ultime puisque ce best-seller s’était vendu en reposant sur les mêmes effets, mais littéraires. Il semblait tout à fait normal que l’adaptation cinématographique lui échoie. Pour faire un film encore plus mauvais que le livre il fallait tout le talent de Ron Howard.
Mais qui pourrait donc aller voir cette ineptie sur grand écran ? Ceux qui ont aimé le livre, d’accord. Tant pis pour eux, ils aimeraient aussi le film. Mais pour les autres ? En fait, le cas de THE DA VINCI CODE pose le problème de la relation du spectateur au choix d’un film, ou plutôt à son non-choix je dirais. Car le public ne s’est rué dans les salles qu’à hauteur du phénomène médiatique. Phénomène connu. Cela voudrait donc dire que peu de personnes ne vont voir un film en fonction du nom du réalisateur, seul critère valable à pouvoir être un indice sur la qualité du film. Encore que certaines productions devraient plutôt mettre leur nom à la place de celui du réalisateur. Seulement un public qui ne sait pas quels sont les réalisateurs des films qu’ils ont aimés nous amène directement à nous interroger sur la manière dont le ministère de la Culture impose la fonction du cinéma. On pourrait aussi mêler le ministère de l’Education à cette querelle. Le peu de place qu’occupe le cinéma en tant matière inculquée le relègue à une spécialité, qui n’est déjà plus de son ressort. De toute façon, si c’est pour l’étudier comme l’on étudie le théâtre dans nos collèges et lycées… Donc, qu’en est-il véritablement de la culture cinématographique ? Peut-on encore en acquérir une ? Que signifie t-elle précisément ? Autant de questions dont les énoncés semblent sans réponses tout là-haut. C’est bien la preuve que le cinéma est mort depuis des années. « C’est Mickey qui a gagné. » Et qu’il est devenu un art mathématique. De l’utilité de passer un bac S pour devenir réalisateur…
Tout ce que j’avais pensé au sujet de THE DA VINCI CODE, je l’ai vu écrit de ci de là. Enfin, je ne vais pas vous en faire une critique, je ne suis pas doué pour ces choses. Juste terminer sur cette confirmation qu’après avoir largement contribué à changer la physionomie mondiale du cinéma, Ron Howard continue sa révolution sociale et donne naissance à de nouveaux métiers. Il fait aujourd’hui figure d’approximitateur. (Merci d’utiliser ce terme avec parcimonie car c’est moi-même qui l’ai inventé et il fait l’objet d’un copyright. Pour toutes les personnes qui essaieraient de me contredire je leur rétorquerais que c’est le premier arrivé à la S.A.C.D. qui a les droits !) Donc, si ça a le goût de, que ça a la couleur de, que ça sonne comme, que ça ressemble à et que ça fait penser à, vous êtes sûrement en train de regarder une oeuvre de Ron Howard. On pourrait croire que c’est un film, ça en a toutes les caractéristiques, c’est approximativement la même chose, c’est assez bien imité, mais ce n’en est pas ! C’est dans l’idée, mais c’est fait sans.
A l’instar de l’I.N.A. qui a choisi de mettre en ligne ses archives depuis quelques jours, on peut se féliciter que le site de TV5 Monde en
appelle à notre stade régressif et mette en ligne quelques-uns des plus beaux souvenirs des années 70. « La linéa » est un dessin animé qui a émerveillé nos
yeux par tant de créativité dans la simplicité du dessin. Une ligne qui prend forme et qui change d’humeur. Vous pouvez dès à présent visionner 34 épisodes de ce chef d’œuvre qui résiste
impeccablement au temps qui passe. Qui a dit que Catherine Deneuve n’est pas un chef d’œuvre ?
La grande, bonne, belle, magnifique et revigorante nouvelle est une croix rouge qui vient s’apposer sur notre calendrier en cette date du 15 août 2006, jour qui verra la sortie du premier album solo de Leigh Nash : « Blue on blue ». Rien que pour ça il nous tarde la canicule.






