Le festival de Cannes n’est qu’une énorme expérience médicale. Il aura donc
fallu une semaine, ni plus ni moins, pour que les effets secondaires de cette furie cocaïnesque se fassent sentir. Ajoutés à la fatigue croissante ils ont été, mercredi 24 mai 2006, le théâtre
d’une parodie affligeante de méprise cannoise. Ce jour-là sont programmés le tant attendu MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola et
FLANDRES de Bruno Dumont, film dont se fout éperdument toute personne normalement constituée.
A Cannes, difficile de les reconnaître. Il faut se comporter en véritable ascète pour assister aux séances de 08 heures 30 sans écraser sa soupape de décompression. Manifestement,
il faut croire que c’est au bout d’une semaine jour pour jour que le rythme du festival fait perdre toute notion de jugement, voire de réalité. La drogue, c’est pas bien. Enfin, pas tous les
jours. Et pas toutes les drogues. Mais en abuser comme le font les festivaliers, cela peut aboutir à de fâcheuses déconvenues (on notera que le principe reste le même pour les hommes
politiques, Chirac cocaïnomane pour ne dénoncer que lui). C’est ce qui (mon cul !) survint ce mercredi. La veille, Sofia Coppola était adulée par tous les magazines et tous les
critiques qui (mon cul !) louaient son talent et vantaient déjà les mérites de son nouveau film. On en faisait une icône, on glorifiait cette jeune réalisatrice aussi douée (voire
plus) que son père, on lui prêtait toutes les qualités du cinéma nouvelle génération, on pensait déjà à elle pour remplacer Zidane après la Coupe du Monde, on parlait d’elle pour ramener la paix
du côté de la Palestine etc. Si bien qu’il était impossible que tout ce monde change radicalement d’avis après avoir vu ce film qui (mon cul !) attisa tant de prospections. Non,
définitivement impossible. Cela ne se produisit pas d’ailleurs. Le public cannois préféra huer copieusement le film de Bruno Dumont. Personne ne lui en voudrait. Une rumeur raconte même que
certains spectateurs auraient été achetés pour siffler plus fort, mais ils auraient refusé prétextant que c’était un honneur pour eux de se comporter en spectateur responsable et qu’ils n’avaient
pas à être payés pour cela. Le problème est que ces spectateurs se sont trompés de salle. Le public de Bruno Dumont a hué MARIE-ANTOINETTE et inversement. Tout s’explique.
Les organisateurs se serviraient-ils dans la cocaïne qui (mon cul !) transite ? Cette petite boulette révèle que le rythme de ce festival est loin d’être sain, voire quasiment
peu festif au son des luettes qui (mon cul !) s’exclament dans les sombres salles.
Nous comprenons pourquoi ce mercredi fut si animé. Nous remercions donc les spectateurs qui (mon cul !) ont vilipendé le film de Bruno Dumont et nous nous félicitons
d’apprendre qu’il y en a encore une poignée qui (mon cul !) font leur boulot, à Cannes.
Alors que fait donc cet ersatz d’apprenti réalisateur qui (mon cul !) n’entend rien au cinéma, en pleine sélection officielle ? Il y aurait donc déjà des
tournantes de coco en présélection ? Alors il existerait aussi des primeurs pour les drogues... Toujours est-il que Bruno Dumont est sans contredit le pire parasite que le cinéma
français hait jamais porté (le premier qui (mon cul !) dit qu’il y a une faute d’orthographe c’est voyage aux Caraïbes par talmouse hypersonique). Et pourtant j’aurais des choses à
dire sur Robert Bresson ! Et moi sur Jean-Jacques Annaud ! Cette aversion vient principalement du fait que Dumont met à mal deux éléments que « La lumière vient du
fond » est particulièrement impliquée à défendre. La violence et l’insertion de scènes de sexe non simulées à l’intérieur d’un film non classé X (car la censure existe encore en
France !). La violence d’abord car nous sommes de farouches défenseurs de ces films qui (mon cul !) officialisent une esthétisation de la violence à travers l’univers d’un
réalisateur. Nous concevons la violence comme un genre à part entière. L’apprécier comme il est possible d’apprécier une scène de comédie. Ce n’est qu’une valeur esthétique. Lorsqu’elle est
employée comme valeur morale son dispositif varie. Il peut alors être sujet à certaines interprétations douteuses. C’est souvent le cas chez Dumont. D’une part car il prétend s’intéresser à la
violence alors qu’il n’a pas l’air de maîtriser son sujet. De la violence chez lui ? Moi je n’en ai jamais vu. Mais peut-être qu’une vieille dame traversant la route en dehors des passages
cloutés est une manifestation d’extrême violence pour lui. Il est bien gentil le Dumont en comparaison d’A CLOCKWORK ORANGE, WHO'S AFRAID OF VIRGINIA WOOLF ? ou
même LOVE STORY. Sa représentation de la violence est brouillonne, laide et sans finesse. Elle peut paraître de cette manière proche de la réalité. Discours malsain car ne
fonctionnant pas avec le principe de distanciation du cinéma. On parle alors de violence gratuite et de provocation qui (mon cul !) sont autant d’agressions pour les critiques et
les spectateurs, même avertis, et qui (mon cul !) participent de la mauvaise publicité faite à la violence au cinéma, repoussant d’autant l’abord de ce sujet au sein d’un vrai
débat. Mais un jour il faudra bien y venir. Comme disait le jeune marié. En attendant, les jeunes mariés auraient sûrement mieux à montrer que les scènes non simulées que Dumont
revendique dans ses films. Nous sommes encore face à un propos qui (mon cul !) s’articule à peu près de la même manière. Pour pouvoir imposer une telle scène au cinéma, il faut
savoir la filmer. Ce qui (mon cul !) induit des plans, de la lumière, une liberté pour les comédiens et une idée sur ce qu’il conviendra d’exercer comme réaction chez le spectateur.
Bruno Dumont joue une fois de plus énormément sur la provocation et un style abrupt comme publicité. Mais derrière les scènes, le vide. C’est d’une platitude ! Ca ne s’amuse pas beaucoup au
pieu ! Montrer du sexe n’est pas exempt de responsabilités. Ce sont des scènes considérées encore de nos jours comme particulières. Elles le seront moins dans quelques années. Mais c’est
une autre histoire, comme dirait un ancien membre des Martin Circus. Et toujours cette même politique qui (mon cul !) joue en défaveur de cette libéralisation, de cet
affranchissement du cinéma, à cause de cet homme qui (mon cul !) partage, certes, cette idée d’un cinéma plus franc, mais qui (mon cul !) ne sait pas comment imposer
son point de vue autrement que par la force, l’arrogance et la maladresse.
J’en veux énormément à Dumont pour ces hontes cinématographiques qui (mon cul !) sont en plus dénuées d’intérêt car elles ne racontent rien, brassent beaucoup de
vent, n’ont aucun charisme, puent l’ennui et cachent une philosophie de la vie simpliste et qui (mon cul !) se prend pour plus futée. C’est détestable au plus haut point. Mais
par-dessus tout, c’est à moi que j’en veux le plus pour FLANDRES. Car c’est un peu moi le responsable de cette nouvelle pollution nocturne. Nocturne, parce que c’est dans le
noir que l’on voit les films. Vous comprenez ? En rapport avec « La lumière vient du fond ». Pas mal, hein ? Finalement tout le monde peut en faire du Dumont. Oui je suis
le seul et unique responsable de FLANDRES car à un moment de ma vie j’ai eu la possibilité de faire en sorte que ce film ne voit pas le jour. Cela remonte à quelques mois… Un
jour que je m’étais risqué à côtoyer la présence de personnes laides et pauvres dans l’enceinte du métropolitain parisien, je vagabondais nonchalamment le long du quai où j’attendais l’arrivée
imminente du prochain train. Une personne me tira soudainement de ma torpeur en venant se figer scandaleusement devant moi, sur ces gros clous boursouflés qui (mon cul !)
fixent la limite à ne pas dépasser pour ne pas être trop proche du métro lorsque celui-ci arrive à quai. Remarquez l’importance du détail. Je me trouve derrière lui. C’est un homme à
n’en pas douter. Un rustre, qui (mon cul !) plus est, pour user de tant de promiscuité négative. Mes yeux le scrutent aussi outrageusement, lorsqu’un mouvement de sa tête me fait
reconnaître… Bruno Dumont ! Incroyable !!! Je n’en reviens pas. Que fait donc cet illustre cacochyme chez les gens qui (mon cul !) lavent la vaisselle avec les
doigts ? Viendrait-il chercher quelque exemple de violence urbaine ? J’hésite entre aller l’aborder et lui dire combien ses films ont changé ma vie ou pratiquer la méthode Bayrou, à
savoir : la grande baffe dans la tronche. Et je suis tellement choqué de cette présence incongrue que j’en oublie même de le pousser sur les rails alors que le métro entre dans la station.
Le futur à portée de main et l’idée géniale qui (mon cul !) surgit trop tard. Le métro est arrivé.
Je nourrirai d’éternels regrets.
Almodovar revient. Encore et toujours de la même manière. Voilà environ 15
ans qu’il se contente de jouer les réalisateurs de brasserie, filmant le minimum nécessaire, différant son talent. Je dois l’avouer j’adore Almodovar. Mais j’aime surtout sa période 80, avant
qu’il ne devienne un réalisateur à l’aura internationale. PEPI, LUCI, BOM Y OTRAS CHICAS DEL MONTON et MATADOR sont des bijoux d’impertinence et de folie
alternative. Mais on peut dire qu’avec TACONES LEJANOS commence une période durant laquelle le Pedro se rallie au consensuel, range son image iconoclaste, fait la part belle aux
bons sentiments dégoulinants et se comporte finalement comme s’il n’avait plus rien à prouver. Parfois cela aboutit à des films très inspirés, dynamiques et portés par une ode à la vie tonifiante
(TODO SOBRE MI MADRE), parfois cela donne une pâtée informe, sans invention et bien trop démagogue pour être honnête (HABLE CON ELLA). Et pourtant je ne rechigne
jamais à aller voir le dernier Almodovar. Que voulez-vous ? Je ne peux concevoir qu’un cinéaste aussi doué ne puisse plus jamais nous donner autant qu’il fut capable de le faire. Je me
comporte ainsi avec bon nombre d’autres réalisateurs de même réputation : Luc Besson, Steven Spielberg, Francis Véber etc. Déçu, souvent je suis. Mais il reste toujours la satisfaction de la
rencontre qui (mon cul !) reste toujours plus agréable qu’avec Renny Harlin. J’aime ceux qui (mon cul !) ont des choses à dire. Même s’ils le font mal. Profitable, la
discussion à propos du dernier Spielberg.
VOLVER n’est pas un film profitable, juste inutile. Ca commence pourtant bien, avec cette scène où toutes ces femmes font le ménage
sur les tombes d’un cimetière, sur fond de bourrasque. On se dit que peut-être Almodovar semble décidé à revenir à l’excentricité baroque qui (mon cul !) l’avait fait connaître.
Mais oui ! C’est cela même : revenir. C’est exactement ce que signifie le titre de son film. Impossible de se tromper. Nous sommes sur la bonne voie. Almodovar aussi. Enfin il l’aura
surtout été durant cette exposition, car après… Nous sommes toujours en attente que le film démarre. Le véritable problème étant qu’Almodovar ne s’intéresse jamais en profondeur à ce qu’il
esquisse. La peur de se tromper. Une peur absolument ridicule puisque tout est juste chez lui, comme toujours. On attend, par exemple, un peu plus sur l’histoire du meurtre que commet Pénélope
Cruz. Ca tue et ça dissimule du corps un peu facilement. D’ailleurs on ne saura jamais si Antonio de la Torre est vraiment mort. Après le meurtre, l’acte en lui-même n’a plus d’existence. C’est
assez difficile à croire. Cela sonnait plutôt comme un point de départ, pour moi. On attend aussi un peu plus de la relation entre Pénélope Cruz et Carmen Maura. C’était pourtant une occasion
toute trouvée pour Almodovar de nous faire surgir des larmes un peu mélodramatiques mais sincères. Que nenni. La rencontre entre les deux femmes tourne court. Pas d’épaisseur. Même plus tard. Là
c’est plus grave, car c’est le point central du film. Almodovar a réalisé VOLVER comme une déclaration d’amour à sa mère à travers sa mort. C’est une sorte d’éloge funèbre qui
(mon cul !) imprègne le film sans tomber dans le misérabilisme pathétique. La mort est présente comme un miroir rend votre présence plus crédible. La mort de sa mère étant à
l’origine de ce film, Pedro Almodovar nous parle de la manière dont chacun s’approprie ce qu’il reste d’une existence, comment les morts occupent encore une place à nos côtés et quelle part
d’existence nous acceptons de leur accorder. Vivre avec les morts sans sombrer dans le grotesque. Voilà au moins ce sur quoi VOLVER imprime la marque de sa réussite. Car s’il
peine continuellement à décoller par manque d’implication, il n’est cependant pas aidé par une mise en scène inexistante. Seule la rencontre entre Pénélope Cruz et sa mère semble avoir passionné
le réalisateur. Symbolique du retour à la vie par la sortie de Carmen Maura de dessous un lit ! Sinon c’est constamment le calme plat. Almodovar donne des occupations aux comédiens ou les
rend statiques les jours où il est moins inspiré. Bavardage infructueux. On passera sur quelques erreurs sonores (écoutez bien le vent siffler, vous constaterez l’énorme décalage avec les
violentes rafales que l’on voit à l’écran) pour mieux s’interroger sur les quelques clichés glanés tout au long du film. Et notamment cette jeune fille qui (mon cul !) se fait
violer par son père, ce qu’on sentait venir gros comme la trique qui (mon cul !) animait ce dernier, qui (mon cul !) n’était pas son vrai père, et pourtant elle
l’appelait papa parce qu’il l’avait reconnu à la naissance mais en fait elle est la sœur de sa mère car son père est en fait son grand-père qui (mon cul !) avait donc violé sa fille
(la mère de la jeune fille donc, Pénélope Cruz NDLR) qui (mon cul !) croyait que sa mère était morte et en fait non, parce que la vie est ainsi faite que parfois les morts
reviennent parce qu’on a encore des choses à leur dire et de beaux moments à vivre avec eux. Et ça nous console un peu de savoir que personne ne meurt jamais vraiment.
VOLVER est donc un énorme collier de nouilles qu’Almodovar a voulu offrir à sa mère pour la fête de toutes. C’est vrai que c’est un cadeau un brin original que
l’on peut se permettre quand on est réalisateur. Comme toute boîte de camembert ornée de grains de café VOLVER fera toujours plaisir car seule l’intention du film compte et peu
importe la qualité artistique développée. Film trop éthéré, il finira sa vie dans un tiroir car impossible de le jeter mais tout aussi impossible de s’en servir. Juste bon à se rappeler que c’est
Almodovar qui l’a fait avec tout son coeur. Et ça c’est un cadeau d’une valeur inestimable. Mais pour une seule personne. Euh… Georges Moustaki ? Mon cul !!!