Rien n’est jamais gratuit. Personne n’est jamais vraiment désintéressé. Et pourtant il existe une catégories d’actes qui fascinent par leur portée symbolique ou leur apparent désengagement capitaliste. C’est comme cela que naquit Internet et qu’il a fonctionné pendant un certain temps. Partage altruiste et inconditionnel. Juste le rapport de celui qui met à disposition et de celui qui est attiré par la lumière. C’est une des raisons pour lesquelles vous ne trouverez pas de publicités ici.
Je trouve particulièrement attrayant l’idée d’une action qui n’appelle pas de réponse. Dire tout le bien que l’on pense d’un film c’est un peu comme dédicacer une chanson, lors d’une soirée karaoké, à une personne qui n’est pas dans l’assistance. « Il est des choses de faire et de ne pas dire » entendait-on dans le MANON DES SOURCES de Marcel Pagnol. L’action qui prime sur la parole. Ah oui, je vois : claquer une baigne à Georges Moustaki plutôt que de répéter qu’il en mériterait une, c’est ça ? Parce que parler de cinéma, finalement, ce n’est pas si important que cela. Lorsque la parole devient acte, ce que nous glorifions devient une statue. Edifier des totems. Et si le cinéma ne servait qu’à cela ?
J’ai envie de dire du bien de HAPPY ENDINGS. L’exercice semble un peu frustrant car plus que tout j’aimerais que cette déclaration s’adresse aux véritables instigateurs de ce succès. Mais il y a peu
de chances que l’un d’eux passe par là. Avouer son amour n’a d’importance que si la personne en face est capable de recevoir ce que vous lui offrez. Discourir d’un film, un acte gratuit ?
Evidemment non, mais forcément inachevé.
HAPPY ENDINGS, donc. Réalisé par Don Roos. Alors tout d’abord on est tout excité par ces petits cartons-textes qui viennent agrémenter le film en splits-screens. Une excitation qui naît de ce qu’ils nous annoncent. Toujours en complément de l’action. Révélations, actes antérieurs, pensées… L’exercice nous fait penser à GABRIELLE qui employait un processus presque équivalent mais beaucoup moins efficace. Ici nous pourrions nous passer de quelques panneaux, mais leur agencement en tant qu’éléments prépondérants suffit à faire notre bonheur. Du bonheur annoncé, pas du tout consensuel, et qui se permet de découler d’histoires qui tournent autour d’origines, de racines et de ce qui définit nos attachements. On est dans le film familial métaphysique. Sa vraie force est de ne pas s’attacher à la famille comme modèle fondateur et formateur, mais beaucoup plus à la signification qui émane de la source de vie. Une petite introspection qui permet au réalisateur de nous faire s’interroger sur notre rapport au lien. Différentes histoires avec peu d’interactions entre elles mais toujours un thème commun. Une belle description de personnages vient alimenter le propos, laissant place à de magnifiques interprétations, et notamment celle de Maggie Gyllenhaal, une fois de plus, qui confirme son énoooOOOooorme talent, après son énoooOOOooorme prestation dans SECRETARY. A ne pas confondre avec l’énoooOOOooorme talent de Rocco Siffredi. Et une actrice que nous avions mentionné il y a peu de temps à propos de WE DON’T LIVE HERE ANYMORE : Laura Dern. Même constatation. Troublante, surprenante, touchante, riche intérieurement. Très loin de la Lula de WILD AT HEART. On l’attend avec impatience dans les prochains David Lynch et GeorgeA. Romero.
Jeudi 16 mars 2006. Plateau de l’émission « Tout le monde en parle ». Comme à son habitude Thierry Ardisson met en opposition des personnalités qui viennent exposer leurs contradictoires visions du monde. Du spectacle, très souvent. Ce soir-là ce fut un grand moment télévisuel. Quand la bêtise se confronte à l’idiotie…
Sur le plateau : Eric Zemmour qui vient présenter son livre « Le premier sexe ». Face à lui, Clémentine Autain, conseillère municipale de Paris. Alors là ça fait
plaisir ! Ca fait plaisir quand des personnes peuvent enfin parler comme elles pensent. Allez, on ne va pas bouder son plaisir. M. Zemmour est un client formidable et Clémentine Autain est
délicieuse. Eh oui, que voulez-vous ?! Je ne m’intéresse qu’épisodiquement à la politique de mon pays et j’avoue que je ne connaissais pas cette jeune femme auparavant. Et en tant que vil
consommateur je me surprends parfois à aimer répondre à des concepts. La belle Clémentine emporta donc mon adhésion dès son entrée en scène. Elle fut un peu moins convaincante dans l’exposition
de ses idées. Or comme je réponds à son concept, je lui passe tout. Mais en face il y a Eric Zemmour et surtout Francis Huster. Ah, Francis Huster ! Heureusement qu’il était sur ce plateau
ce soir-là pour sauver une banale opposition et en faire un petit chef-d’œuvre de comédie post-moderne. Le Francis, lui, il n’avait à priori rien à faire dans ce débat. Il venait la gueule
enfarinée (tout ce qui se sniffe n’est pas poudre !) présenter un livre sur Sacha Guitry. Jusque-là no problemo. Sacha Guitry c’est encore un bon concept. Un livre de Francis Huster
un peu moins. Il commence donc par nous parler de l’équipe de France de football et soutient à qui veut l’entendre qu’elle gagnera la prochaine Coupe du Monde. Paco Rabanne ! Sors de ce
corps ! Bon, après tout, pourquoi pas. Il fait peur, mais juste un peu. Et puis il faudrait mettre Fabien Barthez dans les cages, qu’il dit. Ouh ! Alors là tu m’intéresses, mon
p’tit ! Mes poils se hérissent et je tends l’oreille. Ou l’inverse, je ne me rappelle plus. Horreur ! Il vient d’enchaîner sur la politique qu’il considère en étroite relation avec le
sport, le football en l’occurrence. Encore une fois : pourquoi pas ? Et voilà qu
’il commence sa
démonstration en arguant de l’engagement de l’équipe d’Iran au cours de la Coupe du Monde précitée. Et quelle aurait été la réaction de la France, des joueurs français, si l’Iran ne s’en était
pas pris à Israël mais à la France ? Ah oui, mais alors là ça ne va plus du tout, monsieur Huster. Parce que le sport c’est avant tout des joueurs qui mettent en
opposition leurs compétences physiques. Comment voulez-vous demander à des sportifs de prendre partie pour une compétition d’où seraient exclus des équipes nationales sous prétexte que leur pays
ne seraient pas en accord avec l’opinion internationale ? Non, s’il y a bien quelque chose de beau dans le sport c’est que pendant un certain laps de temps on laisse de côté ce qui se passe
sur d’autres terrains et on se consacre à l’effort physique. Comme disait la jeune mariée. Ce n’est pas de l’hypocrisie : on met de côté mais on n’oublie pas. La politique
intervient dans le sport, vous avez raison mais les joueurs n’ont pas à répondre des actes de provocation de leur pays ou de leurs opinions. Vous devriez savoir comme le disait Antonin Artaud que
les comédiens sont des sportifs affectifs. Il y a donc un rapport très étroit et des comparaisons fréquentes entre le sport et le théâtre. Mais je doute que vous fassiez un rapide tour des
spectateurs qui viennent vous voir jouer et que vous en excluiez les sympathisants Lepenistes sous peine de ne pas assurer la représentation. La politique prend part au théâtre mais on n’oublie
pas. On n’oublie pas qu’on joue devant 15 à 20 % de personnes qui ont voté pour lui. Bref.
Belles paroles sur Sacha Guitry, consensualisme du plateau télé, sourire séducteur etc. Et tout à coup c’est le drame. Apparitions d’Eric Zemmour et de la divine Clémentine Autain. La situation se tend. Les propos de monsieur Zemmour se font réactionnaires. Et Francis Huster montre son vrai visage. C’est toujours en situation de crise que l’on découvre la vraie personnalité des personnes. Tout à coup, le discours humaniste, apaisant, chaleureux et tolérant qu’il tenait quelques minutes plus tôt se transforme en arrogance et en mépris. Francis Huster est pris sur le vif. Il n’a pas préparé sa réaction comme il avait pu préparer l’intervention au sujet de son livre. Du coup, il se montre totalement en opposition à ses propos précédents. Certes, on a le droit de ne pas être d’accord avec ce que dit Eric Zemmour. Cela paraît même intelligent. Mais chacun a le droit d’exprimer ses opinions et ses théories, aussi absurdes soient-elles. Permettre la liberté d’expression c’est être tolérant. Il appartient alors à chacun de pouvoir opposer ses arguments. Mais monsieur Francis Huster à jugé plus judicieux de constamment tourner le dos à Eric Zemmour, le méprisant d’une indifférence feinte, allant jusqu’à le menacer de le sortir du plateau s’il le traitait une nouvelle fois de démagogue. Voilà encore une nouvelle preuve intelligente de diplomatie. User de la violence pour régler un différent. Francis Huster prêt à frapper Eric Zemmour pour le réduire au silence. Bravo ! Bel exemple ! Son irrespect continua jusqu’à la fin de l’émission, Francis Huster ne s’apercevant pas qu’il s’enfonçait un peu plus à chaque fois qu’il ouvrait la bouche. Facile de décrédibiliser un homme lorsque l’on est habitué à jouer avec les mots et à parler avec emphase devant un public, facile de le défier dans une joute verbale où Zemmour faisait preuve d’un manque de volubilité évident. Nous aurions préféré que Francis Huster avance des arguments en contrepoint de ceux d’Eric Zemmour plutôt que d’attirer sur lui notre opprobre. Du grand dénigrement comportemental digne d'un Fabius des grandes heures.
Belle attitude courageuse d’Eric Zemmour de venir braver tout ce monde qui était contre lui. On regrettera que ce fut au service d’une idéologie rétrograde. Le problème dans ce genre de cas est que celui dont l’aberration du discours est avérée se trouve être celui qui a constamment tort et dont le public doit huer tous les arguments. C’est un peu plus compliqué. Eric Zemmour se servait d’éléments qu’il était impossible de nier (la féminisation de l’homme, le racisme anti-blancs…) mais qui lui servaient à élaborer une théorie plus que douteuse. Impossible pour lui d’avoir une quelconque crédibilité sur n’importe quel point que ce soit.
Quelques jours plus tard, je subis la même punition. Sur le plateau de l’émission « On a tout essayé » le fade Bruno Wolkowitch s’en prenait violemment à Steevy, exprimant qu’il est des choses que l’on n’a pas le droit de dire à une heure de grande écoute sur des sujets sérieux. Faux ! Archi faux !
Quelle est donc cette arrogance de personnes qui se croient supérieures parce qu’elles considèrent leurs idées plus justes ? Tout le monde a le droit de s’exprimer. Il n’existe aucune restriction. Chacun a aussi le droit de se tromper. Honte sur Bruno Wolkowitch !
Vous allez finir par croire que je m’éternise devant la télévision ce qui n’est absolument pas vrai. Cela fait très longtemps que je ne la regarde plus. En tombant sur de tels programmes c’est moi qui vais finir par me demander pourquoi ce genre de propos s’attirent toujours les faveurs du public.
Des fois j’ai l’impression d’être unique.






