QUESTION :
Dans quel film Gérard Lenorman tue-t-il
Pompidou ?
QUESTION :
Dans quel film Gérard Lenorman tue-t-il
Pompidou ?
Dans un futur proche et indéfini.
Après avoir revisionné les images de la finale de la Coupe du Monde de football 2006, les dirigeants de la F.I.F.A. estiment que Zinédine Zidane a été provoqué tout au long du match par le défenseur central Marco Materazzi. Le carton rouge du français est donc annulé et Materazzi interdit de compétition pendant 4 ans. L’Italie est destituée et la Coupe du Monde revient à la France. De nombreuses déclarations émanant du monde entier saluent ce geste comme le triomphe universel du bon sens. Le monde du sport s’en trouve bouleversé. L’expression « bon sens » fait la une de tous les journaux et devient un vrai label de qualité, succédant à « bling-bling », expression jusqu’alors la plus normative. Tous les domaines sportifs sont soumis au bon sens et nombre de rectifications sont effectuées par les instances les plus compétentes. Ainsi, l’équipe des Etats-Unis surnommée « la Dream Team », perd son titre de championne aux Jeux Olympiques de 1992 à Barcelone pour avoir refusé de se soumettre aux contrôles antidopage. La médaille d’or est pour la Croatie. Lance Armstrong perd ses sept titres de vainqueur du Tour de France, toujours sous le prétexte du bon sens. Pour tricherie, l’Argentine est aussi déchue de son titre de championne de la Coupe du Monde de football 1986 au Mexique. La « main de Dieu » de Diego Armando Maradona en est évidemment la cause.
Pendant ce temps, en France, c’est l’euphorie. Le pays ne vit plus que dans la fierté de ce second titre. La télévision consacre régulièrement des émissions aux différents joueurs de l’équipe nationale 2006. En Italie, c’est la soupe à la grimace. Marco Materazzi a été obligé de fuir le pays sous les menaces des supporters qui ont promis de lui faire de nouveaux tatouages. Les relations diplomatiques entre les deux pays se détériorent. Dans les grands médias, les quolibets et les insultes les plus imagés fleurissent de tous côtés tant et si bien qu’une loi est votée en vitesse pour dépénaliser les contrevenants. Chacun peut désormais invectiver n’importe qui sans risquer de poursuites. L’insulte devient une liberté d’expression reconnue. Mais les tensions entre la France et l’Italie s’enveniment de plus en plus. Pour essayer d’apaiser ce contexte, Nicolas Sarkozy et son homologue italien prévoient un grand sommet télévisé, arbitré par Puff Daddy. L’entrevue tourne mal. Ne pouvant supporter de se faire traiter « de sale petit nain qui baise une pute au rabais », notre président de la République déclare la guerre à l’Italie. Le lendemain, de nombreux avions entrent irrégulièrement en Italie et ont pour ordre de bombarder les plus grandes villes. L’un des bombardiers se trompe et largue Carla Bruni. Dès lors une querelle d’intellectuels éclate pour essayer de savoir si Carla Bruni est réellement une bombe ou pas…
Voici les 15 premières minutes du scénario que je viens de terminer. Ami producteur, si tu viens ici par hasard, choisis ton camp ! Aujourd’hui les films ne se vendent plus que sur des scénarii. Qu’à cela ne tienne ! Je me vends au plus offrant et te permets d’empocher le pactole en participant au futur plus gros carton du box-office.
Ce message n’est pas destiné à Claude Berri, qui vient encore d’être salué comme un producteur qui n’en avait finalement pas fini d’avoir le nez creux. Bravo donc à Claude Berri qui a pris le risque de produire :
Si je comprends bien la logique des critiques, le seul succès (financier ou artistique) d’un film suffirait à féliciter l’acuité des producteurs à dénicher des films prétendument non bankables.
Attendez. Claude Berri est encore un producteur qui sait débusquer ce genre de petites perles ? Il me semble que vous avez mal regardé les derniers films qu’il a produits. ENSEMBLE,
C’EST TOUT a très bien marché au box-office en 2007, il est vrai. Et le succès d’ASTERIX & OBELIX : MISSION CLEOPATRE n’était-il pas facilement
prévisible ? Mais la prise de risques, la vraie, celle qui part d’un film exigeant, au scénario peu attractif, au casting inconnu, aux qualités de mise en scène ardues, où la trouve-t-on
dans ses productions ? L’ENFANCE NUE et TESS datent déjà des années 60-70. Récemment, AMEN. pourrait rentrer dans cette catégorie (et
encore c’est grandement discutable), et puis pas grand-chose d’autre. Les risques ont toujours été très limités dans les productions Berri. N’oublions pas qu’il a continuellement financé des
films qui n’avaient d’autre but que de rapporter de l’argent. Et que penser de MOOKIE, ARLETTE, LES ROIS MAGES et autres SAN
ANTONIO ? Non, Claude Berri n’est pas ce grand chantre du cinéma d’auteur, catégorie dans laquelle tomberait LA GRAINE ET LE MULET. Quand les critiques en parlent
ils l’associent à une forme de cinéma qui se veut indépendant, véhiculant une forme d’expression non conditionnée par les diktats des majors. Donc non académique. D’abord c’est faux. Cette
dichotomie entre cinéma d’auteur et cinéma de blockbusters est totalement invalide. Changez à Opéra. Le premier peut très bien se fondre dans l’autre. Comme disait la jeune
mariée. Bertrand Blier (qui est sûrement notre auteur cinématographique le plus important à l’heure actuelle et dont tous attendent sa mort pour s’apercevoir de son importance), c’est quand
même de la grosse machine si nous nous référons à des titres comme TROP BELLE POUR TOI, MERCI LA VIE ou même son dernier film COMBIEN TU
M’AIMES ? Idem chez les étrangers pour Steven Spielberg ou Martin Scorsese. Alors LA GRAINE ET LE MULET serait un de ces films d’auteur, partie émergeante du cinéma
d’art et essai, quintessence du cinéma indépendant par opposition aux grosses productions françaises ? Il me semble qu’il a plutôt eu la vie belle pour avoir été produit avec un joli budget
de 6,14 millions d’euros, et qu’il s’oppose plutôt à ces vrais films indépendants que se font dans une galère de démarches et une réduction des coûts, comme en témoignent les films de René Féret.
C’est un peu comme la Warner et sa firme Warner Independent Pictures. La Warner faisant dans l’indépendant ? Il y a là comme un oxymore assez cynique, puisque le véritable dessein n’est que
de prendre des parts de marché dans des domaines où ils n’avaient pas l’habitude de répondre présent.
Les canines qui poussent, quoi !
Toujours est-il que, dès sa sortie en salles, LA GRAINE ET LE MULET a très bien marché, relayé par une critique dithyrambique et un bouche à oreille quasiment viral. Je ne fais jamais cela mais une à deux fois l’an je me dis qu’il est foncièrement très probable qu’un tel film m’ait échappé et heureusement que l’engouement universel est là pour me le rappeler. Ma curiosité est alors plus forte que tout et je me laisse convaincre d’aller vérifier cette supposition en milieu obscur (qui n’a rien à voir avec celui auquel vous pensez !) Je paie donc mes 8,70 euros au Cinéma des Cinéastes que j’aime beaucoup (le lieu est très chaleureux et les salles plus que confortables), et je m’installe en salle 2. J’en ressortirai le premier, chose qui ne m’était jamais arrivée. D’habitude j’attends toujours la fin du générique (c’est dire si je me termine tout seul !) Qu’y a-t-il de plus beau qu’un générique qui défile lentement en vous laissant savourer l’évanescence des dernières notes d’un plaisir qui s’est fait intense pendant deux heures et dont l’atmosphère va vous imprégner en fonction de votre degré d’approbation ? Plus la descente est raide plus le petit tarpé est le bienvenu. En 2007, j’ai vu une sortie de film belle à en pleurer des larmes grosses comme des Mentos. C’était à l’occasion de PARANOID PARK. 16 personnes dans la salle et seulement 2 à s’être enfuies à la fin du générique ! Dans certaines salles, le geste n’aurait pas eu autant d’importance, mais c’était au Pathé Wépler et cela vaut bien plus qu’une salve d’applaudissements. C’est pourtant bien ce que j’ai cru qu’il allait se produire (une salve d’applaudissements pour cette transition facile) à la fin de LA GRAINE ET LE MULET tant je semblais bien être le seul élément dépareillé. Et non pas « avec des bas rayés » pour faire une mauvaise blague, et ça ne me fait même pas rire, et la porte s’ouvre toute seule, et je la prends vite fait.
Troisième film d’Abdel Kechiche.
J’avais passablement oublié son premier (LA FAUTE A VOLTAIRE) et L’ESQUIVE (petit film assez laid et très surcoté) m’avait surtout surpris par sa vigueur, sa direction d’acteurs d’une richesse étonnante et par les découvertes Sara Forestier et Sabrina Ouazani. « Non, non rien n’a changé » comme le chantaient si bien Les Popples, ces petits chanteurs en peluche capables de se mettre en boule. Dans LA GRAINE ET LE MULET nous sommes toujours en compagnie de ces créatures magiques et poilues, êtres étranges venus d’ailleurs qui font tant pour leur intégration que leur pays d’accueil les a aussi vite oubliés que la mort de Raymond Barre. Le grand message d’Abdel Kechiche est qu’il veut nous prouver qu’il s’agit d’une race intellectuellement supérieure. Il y arrive d’ailleurs parfaitement en nous rapportant l’exemple d’une famille qui a très vite compris la vacuité des émissions de Michel Drucker, et qui préfère mettre ses dimanche à profit en mangeant du couscous en famille. S’attaquer à Michel Drucker, là, nous nous disons qu’il n’y va quand même pas avec le dos de la main morte, notre ami Kechiche ! Et ce n’est pas fini. Ca balance sec sur le prix des couches culottes pour bébé, et ce jusqu’à l’insoutenable. Ca va très loin. Mais nous le savions. Dès le début, la première scène nous annonçait clairement que nous allions être menés en bateau. Que tout cela soit premier degré ou non, chez Kechiche tout rapport humain est conçu avant tout comme un rapport d’expression. De langage pour être précis. C’était aussi la grande thématique qui teintait la pellicule de L’ESQUIVE. Hommes et femmes s’affrontent, s’amusent à se croiser, à se dévoiler, à se connaître, à se juger à travers le rapport à leur langue et à leur façon de s’exprimer. Procédé très intéressant car il bâtit les personnages. « Les personnages sont bien bâtis » me murmure Clara Morgane à l’oreille. Que ce soit la mère de famille qui n’arrête pas de houspiller sa gamine à grands renforts d’insultes, de mots criés, répétés inlassablement, l’employée de banque qui utilise un vocabulaire pointu, raisonné et doucement rabaissant, ou cette jeune Hafsia Herzi au franc parler ininterrompu, empli de fautes de français, amalgame de langues, de grossièretés, d’élans du cœur etc. C’est en faisant s’affronter tous ces microcosmes que le choc des cultures naît dans une danse touchante, étourdissante, rageuse, vivifiante, parfois grotesque mais toujours riche de pulsations de vie. C’est à travers un jeu d’acteurs brillant que ces différentes synergies trouvent leur point d’ancrage. Hafsia Herzi est sublime. Un regard à la Sylvie Vartan jeune. Un érotisme sous-jacent. Une poigne d’enfer. Pas de gestes en trop, pas de regards non nourris. Par contre, il paraît qu’elle se resservait à la cantine. Un jeu moderne, un ton d’une justesse rare. L’héritage de Maurice Pialat dont je parlais récemment. En face d’elle, Habib Boufares (non professionnel) est l’exception qui confirme la règle. Si chacun se définit par son propre langage, lui se caractérise par son peu de présence vocale. Hommage à Pierre Bachelet. Il ne sait pas exprimer, il sait faire. Tout n’est qu’une question d’expression et de compréhension. Ce qui ne peut s’exprimer par les mots doit s’exprimer par le corps (« Il est des chose de faire et de ne pas dire » disait l’un des personnages dans MANON DES SOURCES de Marcel Pagnol). C’est le lien fédérateur de la première histoire, celle qui se passe sur le bateau (expression des yeux, compréhension des corps) et puis surtout de cette danse du ventre, comme un écho symétrique, qui rassemble et agrandit la famille qui partage la nourriture (que ce soit pour le S.D.F. ou pour les pouvoirs décisionnaires, l’essentiel c’est la mise en relation, le partage et la transmission).
Ah, la grande et belle idée de la fraternité retrouvée !
Si l’on en croit « Libération », LA GRAINE ET LE MULET est le grand film politique qui nous manquait. Cela ne nous surprend plus vraiment. Nous sommes habitués à ce que les critiques ne fassent plus leur travail si l’on songe à la quasi-unanimité du film. Politique !!! N’importe quoi ! Le film se préoccupe de bien d’autres choses plus artistiques que de ces querelles futiles. A peine est-il légèrement social. Et certainement pas parce qu’il aborde de front les problèmes de racisme, de rassemblement communautaire ou de niveaux de vie. Je vous conseille de voir COWBOY de Benoît Mariage, un film bien plus social que ceux que l’on prétend imposer en tant que tels, puisque attaché aux conditions plus qu’aux causes et aux revendications. Bien sûr, le film s’est fait descendre par la plupart des critiques qui n’y ont rien compris ! Si encore tous les films étaient traités sur le même pied d’égalité. Comment peut-on vilipender le cinéma de Benoît Mariage et encenser celui d’Abdel Kechiche ? Parce que, soyons fous, si nous parlons de cinéma comme d’une technique d’expression artistique, le film d’Abdel Kechiche, c’est le degré zéro des nourritures terrestres. J’ai comme l’impression que cette expression n’est pas de lui… Sous prétexte de modernité dans le jeu des comédiens, d’un discours en phase avec la bonne conscience collective, d’effets de mode stylistiques et d’apologie du cinéma du réel, le réalisateur renie l’art et sert la soupe. Il fait deux des choses qui m’insupportent le plus dans le cinéma contemporain : les gros plans et la caméra flottante. Les gros plans, évidemment, c’est l’estampille télévision, le règne de l’acteur au plus près, de la recherche constante de l’émotion. C’est du tout faux sur la ligne. Et d’un, ce n’est pas comme cela que naît une émotion. Et de deux, de la manière dont sont fabriqués ces films de télévision, chacun sait qu’aucun des réalisateurs ne prend le temps pour aller la chercher. D’où ces béquilles. Quant à la caméra bercée par le doux fracas des vagues, il semble que la trimballer pour donner un style documentaire et accentuer le côté « pris sur le vif » soit une règle sacrée qui érige le cinéma vérité. Une marque de fabrique, si vous préférez. Artifices que tout cela. Il est une seule et même règle à laquelle vous ne pouvez pas déroger quand vous réalisez un film : faire de la mise en scène. Et dans LA GRAINE ET LE MULET, des gros plans pendant 2 heures et 31 minutes, moi je n’appelle pas cela de la mise en scène. Abdel Kechiche n’a aucun champ lexical. C’est d’une monotonie hivernale. Aucun jeu sur les axes, une photographie terne, des cadres complètement accessoires, un son quelconque (bien que la prise de son soit assez joliment étouffée pour un film français ; faite avec des micros HF ?) Où commence le lyrisme ? Quelle est la part de beauté ? Comment se définit la poésie visuelle ? A quoi cela sert-il d’enseigner dans les écoles de cinéma la profondeur de champ, l’échelle des plans, le rythme, les relances de l’action, la pertinence du dialogue ? En terme de narration, il est vrai qu’Abdel Kechiche nous sert quelques ellipses savoureuses qui élaguent certaines questions que nous pourrions nous poser sur le développement de l’action, mais qui ne sont pas essentielles au film, puisqu’il traite de bien d’autres choses que de la simple intrigue primaire qui est de savoir si Habib Boufares arrivera finalement à monter son restaurant ou non. Mais diverses maladresses empêchent l’harmonie totale du film. Par exemple, la scène où les musiciens discutent en terrasse de bar n’apporte rien de scénaristiquement fondamental et, pire, annule les effets des précédentes ellipses puisqu’il s’agit d’une scène d’exposition ! Et puis d’autres scènes manquent de dynamisme. Certains ont pu dire qu’elles sont trop longues, mais la longueur n’est jamais un défaut au cinéma. D’ailleurs, Kechiche joue avec cet étirement. Il essaie de faire traîner les choses pour aboutir à une sorte de litanie, étrange par ses répétitions verbales ou carrément magique par ses rituels. Dans leur composition, chaque scène semble marcher de manière totalement indépendante, mais couplées elles tendent à effacer le fil rouge du film et ralentissent considérablement l’effort fourni dès lors qu’une nouvelle scène se profile.
Revenons-en au dialogue. Nous avons précédemment parlé de l’intérêt que leur portait Kechiche. Les mots n’ont pas tant d’importance intellectuelle que leur propre rythme, leur déformation, leur
répétition ou leur tonalité. Malheureusement cela ne fonctionne pas toujours. Il y a quelques mois nous avons eu un magnifique exemple où le dialogue était magnifié de la plus belle des manières.
Il s’agissait du DEATH PROOF de Quentin Tarantino. Les séquences de discussion y sont abordées comme des points de vue précis sur l’action. Le mot participe à l’action. Chez
Kechiche c’est assez fabuleux de dis-narration, mais à chaque fois en interruption de l’action principale. En fait, chaque intervention des protagonistes a exactement la même valeur dans
LA GRAINE ET LE MULET.
Qui plus est, la vision des français de souche est assez malheureuse dans son exploitation. Chacun est pourvu de tares, affublé de clichés indissolubles, plein de défauts. Symboles de la bêtise humaine. Qu’il soit question de l’employée de banque aux sarcasmes sourds et à l’arrogance hiérarchique, du patron qui oblige Habib Boufares à abaisser sa durée de travail alors qu’il sait parfaitement qu’il n’en a pas le droit ou des notables qui jouent au Petit raciste Illustré en attendant le couscous. Et tout ce qui concerne l’administration française a tellement été vu et revu (avec brio de la part de Courteline, notamment) que cela n’étonne plus personne aujourd’hui.
Ce sont tous ces indices qui nous amènent à vérifier la pertinence du scénario.
Car, finalement, il est loin d’être exceptionnel. Il ne s’agit que de parvenir à un final bien délimité en faisant surgir une sous-intrigue annoncée dès le départ qui fera échec à toute l’entreprise. Mais l’histoire se joue elle-même des tours lorsque Abdelhamid Aktouche s’enfuit de la soirée. Pour quelle raison ? Son amante est venue en couple ! Voilà une décision bien arbitraire. Les notables se trouvent alors dépendants d’un plat qui ne vient pas et ne peuvent jouer que le mauvais rôle qui reste à distribuer. Et c’est parti pour un nouveau dîner de cons ! Ca c’est vraiment dégueulasse. Quoi qu’en dise Aristote et toute la philosophie, ce film est le problème et non la solution. Il se sclérose lui-même en délimitant une communauté et « les autres », comme il est dit ostensiblement lors du rendez-vous avec la conseillère financière. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises puisque le meilleur reste à venir. La fin que nous réserve Abdel Kechiche intervient de manière brutale, sans être issue d’un quelconque élément du scénario. La mort d’Habib Boufares est un élément indépendant de tout principe narratif, c’est-à-dire qu’elle ne découle de rien. Elle n’a pour but que de faire un effet et de conclure une histoire qui se cherchait une fin percutante. C’est ce que l’on appelle un deus ex machina. Ca ou autre chose, de toute façon le spectateur est pris en otage. L’histoire s’affranchit de son propre contexte et s’éloigne de ses enjeux. Le film ne se respecte plus. Les spectateurs sont sacrifiés. La recette familiale se termine en véritable boucherie. Vous me donnerez la recette de la queue de poisson cuite dans de l’eau de boudin.
Voilà donc sur quels critères la presse cinématographique élit chaque année ses chouchous qu’elle va porter aux nues pendant quelques temps.
Généralement, le phénomène lasse très vite et le réalisateur devient éternellement le grand talent du cinéma français qui n’a jamais concrétisé tous les espoirs que l’on plaçait en lui. Rappelez-vous Xavier Beauvois et les critiques qui ont encensé son bien insipide PETIT LIEUTENANT. Eh bien il se trouve justement que l’actualité rattrape cet ancien membre de l’élite française. Suite à une annonce passée sur Ebay, il se promettait d’offrir un rôle dans son prochain film à celui ou celle qui remporterait l’enchère. L’argent serait reversé à « La Mie de Pain », association qui lutte contre l’exclusion et la pauvreté en accueillant les personnes les plus démunies et sans domicile fixe. Après 53 enchères, l’heureux veinard a déboursé 457 euros pour acquérir le droit de travailler gratuitement. Voilà comment se porte le cinéma français, engageant le premier venu et arguant que le métier de comédien n’en est pas vraiment un puisqu’à la portée de n’importe qui. Quelle grandeur d’âme et quelle belle idée du cinéma ! Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, aucune rémunération n’est évidemment promise. La grande classe, Xavier. Ca c’est Palace !