Nous ne le dirons jamais assez : y’a pas de saison pour que vive la musique, au fond, pas de saison pour que vive le son. Ce qui nous emmerde bien parce qu’il y a des fois où, la musique, c’est quand même rat des villes et rat des champs. Même pour ceux qui pensent que c’est leur métier. Tenez : Georges Moustaki. Chanter c’est pas qu’une affaire de micro. Qu’il aurait un micropénis qu’il chanterait pas mieux. Qu’on peut pas employer le verbe « chanter » non plus. Bon, disons qu’il ne baiserait pas mieux. « Tout est sexuel » dirait notre bon Freud. Moi, qui croyais que tout est amour comme le clamait si fort monsieur Christ. Là-dessus, v’là l’autre qui vient nous dire que tout est relatif. L’autre, là… Marc Lesgy. Faudrait qu’ils arrivent à accorder leurs harmonicas ces gens-là. Manquerait plus que Mylène Farmer vienne nous faire accroire que tout est chaos.
Tout cela manque donc bien d’accord majeur. CQFD. EFPDBDI.
Funky toujours, nous voici en partance, samedi 13
janvier 2007, pour Drancy de sinistre mémoire, parce que l’on y joue l’une des pièces les plus follement attrayantes de l’année, et puis aussi parce qu’une musique sans accord majeur c'est une
piste sans danseur. Allons donc les voir ces dégingandés de la guibole qui s’exhibent sans pudeur dans « Un héritage pour deux », comédie en trois actes douloureux de Duru,
Busnach et Gatineau. Ils auraient pu rajouter un nom de plus, personne ne leur aurait scotché le museau sur la nougatine. Parce qu’il y a des auteurs que personne ne connaît ni de la pomme ni des
dents et c’est très bien comme ça. Seulement Luq Hamet (metteur en scène de cette descente en ski sans skis) a deux métiers dans la vie. Quand il est en
forme il est fossoyeur. C'est-à-dire que son boulot c’est la mort. Il déterre pour mieux enterrer. Remontons les Champs-Elysées. Avant d’exhumer, Luc rêve de gloire, de reconnaissance. Tout comme
l’on félicite Quentin Tarantino d’avoir su réaffirmer le talent de John Travolta, de Pam Grier etc. ou de savoir dénicher les musiques idéales à calquer sur ses œuvres, Luc aussi prospecte. Il
gratte la terre, s’use les ongles et va jusqu’à s’épancher tel un petit goret, pour trouver ce qu’il appelle des truffes. Pour lui, ce sont ces petites perles théâtrales qui feront dire plus tard
aux critiques : « Mais où est-ce que tu as bien pu aller dénicher ce petit bijou ? » Pour d’autres, une truffe est un imbécile qui vend des cachous pour du caviar et
qui se lève en chantant : « Je suis de bonne bonne bonne bonne humeur ce matin » en mangeant des meringues bio. (J’ai essayé de trouver des paroles de Diam’s
intéressantes pour mettre à la place de la chanson de Tristan, mais il est manifestement évident qu’elle n’a pas envoyé POEZI au 82 500). Le deuxième boulot de Luc c’est contrefaiseur.
Déformation professionnelle qui provient de ses jeunes années où il travaillait pour Canada Dry. On dirait du, ça a l’air de, c’est un peu comme, ça ressemble à, mais ce n’est pas !
Perfection aboutie jusqu’à son nom de famille qu’il essaiera en vain de faire passer pour l’une des plus grandes pièces de théâtre jamais écrite. En plus, Othello ça ne casse pas des briques.
Comme dirait David Douillet. « Un héritage pour deux » veut donc se la jouer petite comédie joyeuse et bien écrite où la folie l’emporte sur la vraisemblance. Tout est raté
d’Aadorf à Zywiec, c’est régalicieux ! A commencer par cette affiche ringarde qui annonce les grandes heures retrouvées du théâtre de boulevard qui dégueule son amateurisme et son patronage,
starring Patrice Laffont, Christine Lemler, Luq Hamet et surtout Lucienne Troka. Là où ils peuvent féliciter leur metteur en scène c’est dans l’ouverture d’esprit dans laquelle il était disposé
lorsqu’il les a dirigé. Ou plutôt mis en place, devrais-je dire, car Luq Hamet dispose des comédiens (on le voit nettement se replacer sans motivation tout au long de la pièce) et ne s’occupe pas
de leurs propres motivations. On sent bien qu’il ordonne plus qu’il ne dirige, ce qui annihile toute vibration artistique issue de l’imagination des comédiens. Alors Patrice Laffont dit son texte
comme s’il présentait « Pyramide », les mêmes attitudes, la même façon de ne pas être présent. Parfois il commence ses phrases par : « Monsieur Tertain, les
lettres… », puis se ravise aussitôt. Luq Hamet, lui, est beaucoup plus investi. Il fait son petit numéro de cabotin de manière assez juste. Tout passe pour peu qu’un comédien soit
convaincu à 100% de ce qu’il défend. Il n’en reste pas moins que le texte n’est jamais drôle. La pièce est sans intérêt, l’intrigue indéfinie, le décor polonais, les lumières abruptes dans leurs
déclarations. La panoplie complète, quoi. Placid et Muzo font du théâtre. Alors le public rit, évidemment et heureusement pour les comédiens. Mais le succès ne se mesure pas à l’applaudimètre.
En fait, c’est avec une pompe à vélo, étrangement, et personne ne le sait. Mention spéciale aux rôles secondaires parmi lesquels se trouvent de vrais comédiens qui ont l’humilité de ne
pas s’affubler des prétentions précédemment revendiquées. Nous pourrions aussi y englober Christine Lemler, qui a un rôle très important mais qui se comporte plus comme une artiste que ses
compères de même niveau. D’abord, son volume de jeu est loin d’être aussi fromager, et son aisance est très rassurante par la vraie nature d’une comédienne qui n’est pas sans cesse travaillée par
son image personnelle, mais plus par la vérité qu’elle confère à son personnage. Alors, bien sûr, elle a du mal à trouver le trou du poncho car sa technique prend souvent le pas de son père et
ses efforts sont souvent projetés. Mais c’est sûrement son envie qui la fait se hisser au-dessus de la barre transversale.Comparaison amère pour Lucienne Troka, qui n’a encore pas tout à fait
compris ce qu’est le théâtre. Déclamation, syllabes qui s’étirent pour marquer des effets de voix, jeu face public, répliques assénées avec force, poses guindées, fausses sorties puis retour face
public pour dire sa dernière phrase et partir le menton levé comme pour dire au public que c’est là qu’il doit rire, conviction de faire de l’art, impossibilité de marquer une attitude de défaite
en face d’un autre personnage féminin (ce que d’aucuns appellent la ringardise de l’acteur) etc. Tout y passe et l’on regrette de ne pas la voir plus souvent dans des festivals. Pas tout à fait
l’idée que je me faisais des étoiles.
C’est justement le livre de la hiérarchie qu’ouvre ce genre de théâtre. Le genre pas de genre. Je me suis souvent demandé à quel point ces personnes peuvent être convaincues de se positionner au-dessus du lot. Croyant être exceptionnels et faire quelque chose de radicalement ovationné, comment réagissent-ils s’ils font le bilan de leur non nomination aux Molières ? Ils doivent quand même bien se rendre compte qu’ils ne font pas partie des références professionnelles !… Le meilleur moyen est souvent de se croire un artiste incompris. Mais peut-être sont-ce eux qui ont raison et que c’est ma vellecer qui fait des gueva.
Dans les prochaines sorties de films.
Vu BOBBY d’Emilio Estevez. Comédien dans l'un des plus grands films de lycée de tous les temps : THE BREAKFAST
CLUB, il n’avait plus tourné que dans des productions télévisées ou complètement fauchées, depuis le début des années 90. C’est son frère, Martin Sheen, à la présence plus poussive, qui
fera le jeu de films plus médiatisés.
Rien que pour le film de John Hughes, Emilio a une place un peu particulière dans nos cœurs. Mais tout cela est un peu loin. Le film
est très peu convaincant, et même en tant que comédien Emilio se la joue anti-pornostar, c'est-à-dire qu’il ne montre pas grand-chose.
BOBBY est un film chorale qui se prend en pleine face le panneau du piège à éviter. La difficulté est de passer outre la superposition quantitative de micro histoires. Lorsque l’effet est réussi, le film crée une harmonie étroite entre les protagonistes, soit par des liens directs soit par une ambiance (souvent poétique) qui travaille dans le même sens idéologique. Un bon film chorale est bâti selon une forme géométrique très précise. Quasiment mathématique. La figure avouée est le cercle. C’est la théorie du cercle délimité. Cinématographiquement, il est possible de concevoir un cercle de deux manières diamétralement opposées. La première consiste à percevoir un cercle comme une ligne. Nous partons du point A pour aller au point B. Il est aussi possible de passer par d’autres points (ils seront alors les différents éléments insubmersibles du scénario), mais le but avoué est bien d’arriver à un point défini. J’ai ! Nous limitons donc le cercle à ce point A (pris n’importe où) jusqu’au point final (qui se trouve être le dernier point que l’on peut trouver sur la ligne qui forme le cercle, et qui vient s’apposer en bordure du A). On dit que le cercle est fini. Cela forme la cohésion et la cohérence du récit. Chaque point est un élément constituant de l’histoire qui permet son élaboration, son développement et finalement sa résolution lorsque les équations révèlent enfin les inconnues.
La seconde manière est de concevoir le cercle comme un ruban de Möbius. Il n’existe ni début ni fin. Le film débute arbitrairement (par n’importe quel point) et ne décide de s’arrêter que d’une manière aussi arbitraire. Bien évidemment, il choisit aussi des points d’ancrage tout au long de son parcours, mais il se singularise par le fait que ces points peuvent être illimités. Ici, on dit que le cercle est infini. Comme pour une tapisserie, les motifs sont répétés ad libitum, jusqu’à ce que le réalisateur y mette fin. Mais le véritable arbitre est celui qui possède les cartons jaunes et rouges. Le spectateur.
Carton rouge pour BOBBY qui opte pour le ruban de Möbius dans une succession de portraits et de petites histoires insignifiantes, pas très bien mises en scène et sans effort de cadrage. Par rapport au cœur de l’histoire que le film souhaite mettre en avant, tout devient vite anecdotique. Les phases de montage pourraient être inversées et les histoires concernant les personnages prolongées. C’est à cela que nous reconnaissons les films chorales sans intérêt, lorsque la théorie devient trop obscure.
Vu aussi BLOOD DIAMOND d’Edward Zwick. Celui-là nous le connaissons bien puisqu’il
fait partie du Consortium des Laxatifs du Cinéma depuis le désastreux LEGENDS OF THE FALL. Juste avant BLOOD DIAMOND, THE LAST SAMURAI était
aussi un beau ratage des familles. Pas d’indulgence donc, et rien de nouveau sous la ficelle du string. C’est fait avec les armoiries de la famille Milligan afin de s’octroyer le privilège des
larmes par l’image. Tu la sens bien l’émotion pénétrer en toi quand on nous montre les victimes des rebelles se faire hacher menu best-of les membres ? Ca sent dès le départ le film à grosse
morale et, bien sûr, ça finit de la même manière avec les cartons sur fond noir de rigueur. C’est lourdaud dans les dialogues, les situations sont montées comme des gradins dans le stade de
Furiani et la réalisation est d’une belle platitude façon ligne bleue des Vosges.
Attachons-nous à un moment particulier du film.
Un enfant est enlevé par les rebelles. Ils lui mettent une arme automatique entre les mains, lui bandent les yeux et lui ordonnent de tirer sur un autre enfant qu’ils ont placé devant lui. L’enfant finit par appuyer sur la détente. Juste après, il ôte son bandeau et réalise (mieux qu’Edward Zwick, d’ailleurs) ce qu’il vient de faire. Un plan un peu plus appuyé sur le garçon nous montre la prise de conscience interne qui vient de faire l’effet d’une véritable bombe chez lui. Oui, mais voilà. Outre l’incapacité d’Edward Zwick a faire jaillir ne serait-ce qu’une illusion d’émotion, il choisit en plus de filmer l’infilmable. Car vouloir rendre compte de ce qu’une personne éprouve la première fois qu’elle constate qu’elle vient de donner la mort, beaucoup s’y sont essayé mais personne n’y est arrivé. Même Kubrick dans FULL METAL JACKET. Voici l’une des rares choses que le cinéma n’a jamais réussi à faire passer. La bonne intention est visible, palpable, malaxable, tâtable. Nous comprenons que cette révélation est une sorte de rapport direct avec ce que nous ressortons de l’expression de notre propre violence. La découverte de ses plus bas instincts. C’est parfois très violent et extrêmement bouleversant, mais c’est un chemin interne et souvent peu expressif, si bien que la caméra est bien incapable d’aller chercher cela. C’est un semblant de réaction que nous offrent Edward Zwick et Stanley Kubrick, ce qui n’aura pas échappé aux personnes qui ont déjà pu tuer. La première fois que j’ai eu du sang sur les mains (la seule fois, d’ailleurs, en ce qui me concerne) fut un véritable choc. Genre qui vous coupe du monde pendant quelques secondes, avec véritable immobilisme face à la victime et impossibilité physique d’entendre paroles ou sons. Le moment où tout s’arrête. Vous avez même l’impression que votre cœur ne bat plus. Vous n’éprouvez et ne ressentez plus rien. Vous devenez imperméable tant la révolution interne qui vous affecte change toute votre conception du monde. C’est une sensation effroyable. Vous n’existez quasiment plus. Du moins pas de la manière consciente dont vous avez appris à vous situer. Vous comprenez que tout cela est naturel, dans un sens darwiniste. C’est ce qui peut vous amener à vous considérer comme un monstre face à la logique des hommes. Et puis vous apprenez à vivre avec et, le temps aidant, la symbiose s’exerce, la violence s’efface. Un étrange sentiment de supériorité vous envahit. Mais ce n’en est pas. La ligne terminatrice n’est qu’une oraison funèbre de la connaissance. Nous pourrions dire de l’accomplissement total. Comment retranscrire cela en langage cinématographique ?
Le seul que je connaisse à s’en être le plus rapproché est George Sluizer dans SPOORLOOS.
La mise en scène anorexique de BLOOD DIAMOND fait déporter le sujet (à défaut de juifs) sur les comédiens. Jennifer Connelly, une comédienne que l’on révère et une femme que l’on admire, est ici sous-exploitée dans un rôle peu étoffé. Djimon Hounsou est le plus accrocheur car son rôle est plus payant. Très belle annotation dans la marge et parenthèse spéciale pour les moments où il joue l’émotion blanche, c'est-à-dire rentrée, que ce soit la colère, l’impatience ou bien les débordements lacrymals (-On ne dit pas « lacrymaux » ? - Non, ça c’est quand il y en a plusieurs). Leonardo DiCaprio est à nouveau très fort. Beaucoup moins cependant que dans THE DEPARTED, qui nous reste encore en mémoire deux mois après sa sortie. Difficile de faire oublier cette prestation. Qui plus est, dans BLOOD DIAMOND, comme il n’est pas dirigé le travail est beaucoup plus dur. Le rôle est de toute façon moins riche, ce qui ne lui permet pas de jouer sur une énorme palette, comme il nous avait éblouis dans le film de Martin Scorsese. Son rôle ne bénéficie de toute façon pas de la même évolution que dans THE DEPARTED. Dans BLOOD DIAMOND, le personnage ne mue pas. DiCaprio est alors obligé d’aller chercher dans son imagination pour mettre en scène son personnage dans des attitudes qui lui confèreront la crédibilité et tout le curriculum vitae que les rares indices du scénario pouvaient suggérer. Ce qui fait partie intégrante du travail de comédien. Mais regardez bien de quelle manière il va plus loin. C’est par une mise en œuvre formelle qui n’a rien à voir avec la façon dont tout un chacun se figure son personnage qu’il crée une véritable œuvre iconoclaste.
Coïncidence de la programmation actuelle, c’est encore plus visible chez le Jason Schwartzman de SHOPGIRL. Film sorti derrière les
fagots le 19 novembre 2005 et qui n’aura pas tenu l’affiche très longtemps grâce à un tirage copie qui avait oublié sa propre définition. Nouvelle injustice que même une sortie vidéo ne pourra
pas rattraper. La faute d’abord au genre sûrement le plus suranné et décrié à l’heure actuelle : la comédie romantique. Paraît que toutes sont remplies de clichés, mais qui ne rencontre pas
de clichés dans sa vie de tous les jours ? Et puis les relations amoureuses sont emplies de clichés à 97,18 %. Il suffit de lire le journal ou de parcourir les blogs pour s’en rendre compte.
Nous nous heurtons
là à une définition du cliché qu’il faut extraire de la péjorativité et qu’il convient d’employer dans une acceptation moins générale pour qu’elle devienne plus juste. Essayons d’aller voir plus
loin. Des clichés, nous pouvons dire que nous en trouvons plein dans SHOPGIRL. Attenants à cette histoire de jeune fille venue réussir sa vie dans une grande ville et en attente
du prince charmant qui saura déceler le diamant qui se cache au fond de son cœur. Situations clichées, aussi. Mais, encore une fois, pas plus que ce qu’apporte le quotidien de chacun. Ce qui fait
que ces clichés n’enrayent pas la bobine c’est que le réalisateur Anand Tucker a compris la composante essentielle de ce genre : il faut allier le propos avec une poésie visuelle
transcendante. Et un peu de cul, quand même ? C’est vrai que ça fait toujours plaisir, mais pas cette fois-ci. Claire Danes reste sage et garde les
pommes au frigo. A part une très belle petite scène où nous la voyons allongée sur le ventre dans le plus simple appareil. Très joli moment car complètement inattendu. C’est d’ailleurs le
qualificatif qui convient le mieux à ce film qui s’écarte volontairement du convenu. Seule la trame du scénario peut paraît simplette (et aussi Anne Roumanoff). Ce qui n’est pas bien
grave puisque (contrairement à ce que croient les producteurs) un film ce n’est pas un scénario. Tout reste à faire et l’on peut dire que c’est assez admirable dans SHOPGIRL.
Tout d’abord, la mise en scène cherche à être en perpétuelle exploration des éléments qui surgissent brusquement dans une vie pour lui faire emprunter de brusques virages. Ellipses et cassures de
rythme arrivent le plus souvent à anticiper nos réactions. Surprises et détournement des grandes routes qu’empruntaient alors nos conceptions du film. Le film avance subtilement grâce à ces
mouvements très maîtrisés. Anand Tucker cherche à nous baigner dans une atmosphère de fiction qui matérialise la grande utopie de la personne idéale qui viendra un jour, accompagnée par une
réalité cruelle qui fait contrepoids au monde précité. Par ce bel amalgame, Anand Tucker construit un univers doux-amer très proche des visions fantasmées de nos mondes personnels.
L’identification s’en trouve forcément facilitée.
C’est juste, sensible et attachant.
Nous noterons aussi une photo très luxueuse qui prend le parti d’alterner la classe éclatante avec des zones plus sombres, et ce dans le même plan. Le chef opérateur signale ici la
volonté dont nous parlions précédemment de faire coexister deux mondes en un. Et puis nous pouvons aussi trouver quelques perles dans les dialogues comme lorsque Jason Schwartzman expose sa
théorie sur les amplificateurs qui pourraient être cools mais personne ne s’est encore assez penché sur leur design pour le leur permettre. Cela flirte parfois avec l’absurde quand le même
Schwartzman explique à Claire Danes qu’il pourrait se confectionner un préservatif si elle avait un petit sac en plastique, ou lorsque Bridgette Wilson le prend pour Steve
Martin. Ajoutés à des plans très originaux et d’une grande beauté, toujours en accord avec l’action qui va suivre, tout cela n’a qu’une seule et même portée : de la poésie autour de
nous. C’est ce qui fait de SHOPGIRL un film singulier et décalé qui ne tombe jamais dans le conventionnel comme certains critiques ont pu l’écrire. A ce chapitre je vais me
parquer et mettre mes warnings pour vous faire part de mes recherches sur internet. Car lorsqu’un film qui vous a plu de la sorte n’a pas eu la couverture médiatique qu’il mérite, vous cherchez
évidemment un maximum de renseignements qui pourraient vous éclairer sur son échec en salles. Allôciné nous informe que seuls deux critiques ont vu le film. Déjà on sent qu’il va y avoir de la
conscience professionnelle à revendre… Pire que tout, il s’agit en fait de déontologie. Car, en surfant jusqu’au site Mcinema.com (qui est en fait un site racheté par Alice Ouhou pour se faire de
la publicité) voici ce que le fumeux Franz Miceli griffonne : « Il en résulte une bluette insignifiante où les personnages, caricaturaux, développent, tous autant qu'ils sont, le
charisme d'un poulpe en fin de course. Claire Danes, malgré ses fossettes et son sourire enjôleur, peine à trouver ses marques au milieu de tant de pellicule gâchée ; Jason Schwartzman, à la fois
doux et dingue, s'essouffle plus vite qu'un fumeur courant après un bus ; et Steve Martin, en quinqua à l'âme tourmentée, est aussi touchant et expressif qu'une huître morte. Resserré
sur vingt minutes, cela aurait pu faire un très bon épisode d' « Hartley coeur à vif ». Au lieu de ça, la musique d'ascenseur, les plans sans objet et le scénario inconsistant font de
SHOPGIRL, un film à éviter toute séance tenante. » Alors là, je n’ai pas l’habitude de faire du jet ski avec des moonboots mais force est de constater que nous sommes
en présence d’une caricature de critique en plein inventaire de neurones. Nous sentons bien l’idée de chercher la bonne réplique en vue de briller dans ce cercle de l’élite cinématographique. Que
Franz Miceli n’ait pas aimé je m’en claque un peu les rotules. Ce qui me fait croire que sa critique ne vaut pas la peau de la tête c’est lorsque je constate que mon détecteur d’arguments ne
ferait pas sursauter un spectateur de « Derrick ». Comment peut-on écrire autant sans expliquer ? « Bluette insignifiante » : pourquoi ?
« Personnages caricaturaux » : qu’est-ce qui le montre ? « Claire Danes, malgré ses fossettes et son sourire enjôleur » : cela aurait-il une
quelconque incidence sur sa capacité ou son incapacité à interpréter un rôle ? « Jason Schwartzman, à la fois doux et dingue » : termes impersonnels et passe-partout
(à moins que ce ne
soit
« passe-passe », je les confonds tous les deux !), ou alors prouvez-le. « Les plans sans objet » : faux. Et ça je peux le prouver, moi, à commencer par ce
magnifique plan sous le lit, qui s’attarde sur les pieds de Claire Danes qui cherche son chat, et puis plus tard sur un peu plus d’elle-même lorsqu’elle vient à regarder sous le lit. Nous sentons
bien toute l’étrangeté qu’il y a d’effectuer un plan aussi décalé. Sublime plan aussi que celui où Claire Danes pleure sur le lit, Steve Martin au premier plan, dos à elle. Très léger travelling
arrière raccord avec le même travelling avant du plan suivant montrant Claire Danes qui va partir. Et enfin un plan large qui les montrera dans les bras l’un de l’autre, avec beaucoup de pudeur.
Si le réalisateur ne joue pas sur la distance qui existe entre les paroles et les faits, entre dire à quelqu’un qu’on l’aime et le lui prouver, alors SHOPGIRL n’est pas un film
qui parle de la transformation de l’idée amoureuse. Il y a autre chose que je ne pardonne pas non plus à Franz Miceli, c’est l’histoire des animaux de mer. Insulter Steve Martin avec autant de
classe, cela mérite au moins le Goncourt. Ou une baffe dans sa gueule ; on devrait toujours hésister. En fait, la méchanceté est juste triste. Encore plus quand l’on songe que la formule
l’aura sûrement fait sourire. Enfin, s’en prendre au scénariste par une image du même acabit (toujours les animaux de mer, cela révèle une ouverture au monde incommensurable) c’est vraiment avoir
regardé le film en tapant une autre de ses critiques. Car s’il y a bien un personnage non caricatural c’est bien celui de Jason Schwartzman (ça tombe bien, je voulais finir par ça). Il est
bizarre, décalé, inattendu et à la fois attirant et repoussant. Comme une fleur au milieu de plantes à désherber. Il est flagrant que le comédien lui a apporté beaucoup plus que le script ne le
laissait présager. L’imagination de Jason Schwartzman s’est emparé de son personnage pour en établir toute sa densité. Cela peut se vérifier par tous les petits gestes qu’il additionne pour
valoriser certains de ses actes. C’est drôle et en plus très poétique. C’est la résurgence de toute la folie du personnage. Cela donne corps concrètement à ce qu’il pense, chose qui aurait paru
beaucoup plus obscure scénario seul. Il est d’une inventivité de tous les instants. Sa justesse en devient d’une précision matricielle. Nous ne nous ennuyons pas un seul instant dès qu’il
apparaît à l’écran.
Et c’est une grande qualité que l’on peut aussi appliquer au film. Ce qui est rare avec de telles touches de simplicité comme connaître les positions qui font qu’une femme se sente vrraiment femme, ou comme cette manière originale qu’a Claire Danes de se photographier. Juste se photographier. Un cliché.






