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Mercredi 10 janvier 2007

THE FOUNTAIN            Nous y voici. Les yeux rivés sur les affiches du MK2 Odéon, cinéma dans lequel je mets les pieds pour la première fois et qui n’a rien à envier à Pathé ou UGC depuis que les cinémas de Marin Karmitz sont devenus des complexes capitalistes revendiqués. Tant pis, j’aime bien essayer de nouveaux cinémas. A défaut de nouvelles femmes. Occasion exceptionnelle : THE FOUNTAIN de Darren Aronofsky. Ironie du sort : il aura fallu attendre 2007 pour ce film que j’ai attendu toute l’année 2006.

Le gros problème des chefs-d’œuvre trop tôt venus.

Ce fut notamment le cas avec Tarantino et son PULP FICTION, film parfait, exceptionnel et culte. Oui, mais voilà, il faut y aller au charbon, après, pour se montrer aussi surprenant. Déception donc, quand sort JACKIE BROWN. Je me souviens des longueurs que j’y trouvais et du manque de surprise. Et puis, en le revoyant, il s’avère que JACKIE BROWN est un film beaucoup plus dense qu’il n’y paraît, et de toute façon magistral. L’après chef-d’œuvre est peut-être plus difficile pour le spectateur que pour le réalisateur. Lui, il a son univers, aussi multi-varié soit-il. Le spectateur, lui, doit apprendre tout un champ lexical qui le frustre parfois, lorsque la barre est placée un peu trop haute trop tôt. A quoi peut-on s’attendre d’autre après CITIZEN KANE ou LES 400 COUPS ? C’est une sacralisation du réalisateur avant l’œuvre dont il est question ici. Héritage (très difficile à se défaire) de notre éducation judéo-chrétienne.

La question n’est pas là, revenons-en à THE FOUNTAIN et non pas à Darren Aronofsky. D’un point de vue formel, le film est esthétisant. L’idée du réalisateur est d’allier le plaisir visuel à celui de l’histoire. Ce n’est pas très révolutionnaire, mais qui peut encore prétendre révolutionner le cinéma ? Y a-t-il seulement encore des idiots qui croient que c’est possible ? Aronofsky, lui, a travaillé sur sa vision esthétique. On ne peut absolument pas lui reprocher cela, ce qui donnera une classe au métrage que nous avons rarement vue cette année. C’est beau, mais pas tout à fait quand même. Par exemple, les dorures manquent d’éclat. Le contraste n’est pas si prononcé que cela. Nous avons du mal à saisir certaines nuances de couleurs qui pourraient peut-être plus provenir d’un mauvais tirage de la copie. Car cela me semble singulier qu’il existe une certaine fadeur sur des images qui ont pris le temps d’être chiadées. Ne blâmons pas Aronofsky sur ce point, l’édition DVD nous donnera sûrement d’autres certitudes.

Revenons sur ce qu’il y a de positif dans le film. Des éloges ? Ca existe alors les cas de méningite schizophrénique ? Oui, des éloges car le film a fait un bel effort narratif. Pas dans la chronologie des évènements s’entend, puisque THE FOUNTAIN est ultra-classique de ce point de vue (complètement linéaire), mais bien dans son affranchissement des points de vue. Alors que quasiment tous les films se conjuguent selon un seul et unique point de vue, THE FOUNTAIN innove par la grande trouvaille qu’il peut se lire instantanément sur trois niveaux. Darren Aronofsky amalgame tout au long du film ces trois représentations complémentaires qui se nourrissent à tour de rôle. Nous avons pu lire à plusieurs reprises que l’histoire se déroule à plusieurs époques. Il n’en est rien. Une seule et même époque, et les personnages sont toujours les mêmes. Rien que pour voir jouer le rôle de Rachel Weisz par un arbre, THE FOUNTAIN vaut le coup ! Après tout, Frédéric Diefenthal joue bien comme une bûche.

Nous sommes en fait en relation avec ce que Sigmund Freud appelle le Ca, le Moi et le Surmoi.

Un film très psychanalytique, il est vrai, mais loin d’être intello. Darren Aronofsky souhaite mettre l’accent sur le ressenti des personnages et sur ce qui conditionne leurs actes. Alors beaucoup de symbolisme, beaucoup d’ellipses qui jouent la similarité et beaucoup d’associations d’idées. Mais au-delà de ces aspects narratifs, la base n’est pas assurée. Nous entrons là dans un problème de fond. De quoi nous parle Aronofsky ? Une histoire d’amour. Plus précisément, un homme qui aime une femme qui va mourir. Que deviendra cet amour ? C’est aussi bête que ça. Mais ce n’est pas sur cela que THE FOUNTAIN peut être attaqué. « La lumière vient du fond » a toujours défendu le fait qu’un bon film peut se contenter d’une seule idée, encore faut-il qu’il nous raconte quelque chose. Les mêmes personnes qui concèdent que THE FOUNTAIN ne s’appuie pas sur une histoire assez fouillée sont les mêmes qui sacralisent le scénario comme l’élément prépondérant de la machine cinématographique. Seraient-ce toujours les mêmes qui sont toujours d’accord avec tout ce DARREN ARONOFSKYque dit Pascal Prau ? Le film de Darren Aronofsky ne souffre pas de sa simplicité. C’est plutôt la mise en scène idéologique qui plombe le film. D’abord nous apprenons que Hugh Jackman est amoureux, et que son amour puise sa force dans le désir qu’il éprouve pour sa compagne. C’est ici la prédominance du Ca. La force qui s’exerce est intrinsèque à l’expression sexuelle de cet amour. C’est tout l’acquis qui nourrit cet épanchement. D’où la nécessité de le replacer dans un contexte historique. Parallèlement, le Moi est la pierre angulaire de l’histoire. Il est la résultante du mouvement précédent. C’est l’entre-deux, le moment présent. Il dirige donc l’action et conditionne tout ce qu’il va advenir. Il fixe le but à atteindre. Comme l’écrit Freud : « Le Moi tend vers le plaisir et cherche à éviter le déplaisir. ». A partir de là, nous comprenons parfaitement, le continuum dans lequel se trouve Hugh Jackman et la rupture amoureuse qu’il cherche coûte que coûte à éviter dès lors que Rachel Weisz sera emportée par la maladie. Reste enfin le Surmoi, où la pulsion précitée se voit réfrénée par l’inéluctable : le décès. Alors tout cela est une représentation un peu trop commune de ces instances, mais il n’empêche qu’elle reste fidèle et particulièrement juste. Cinématographiquement c’est bien moins pertinent. Le film est un ventre mou qui manque de punch. Darren Aronofsky nous laisse sans cesse sur la brèche, prêts à s’enflammer à la moindre étincelle. Mais le film ne semble bâti que pour parvenir au final. Entre temps, c’est un peu le même axiome resservi à la sauce libanaise. On change la couleur mais c’est toujours le même goût. Un final pourtant sublime, qui fait regretter que la totalité du film n’ait pas bénéficié du même rendement. Le but est constamment en dehors de toute attente, les images d’une beauté apocalyptique et le rythme parfait. Mais c’est désespérant car c’est précisément le rythme qui est le plus en cause jusque là. Très peu épicé. Quasiment impersonnel. Alors quand arrive cette scène de fin, cela ne peut que nous conforter dans la maestria que nous avions vécue lors de REQUIEM FOR A DREAM, et ne peut nous empêcher d’être convaincu qu’Aronofsky en garde sous la moquette. En fait, THE FOUNTAIN c’est tout bonnement la théorie du passage de Charybde en Scylla. Arofonsky combine le vraiment très bon avec d’autres effets bien moins heureux dont nous avons déjà amplement soupé. Autre exemple : le son. Pour une fois qu’un réel effort a été fait en concordance avec la mise en scène, il convient de le souligner. Voici enfin le système auditif employé comme un élément capable d’interagir sur la qualité de l’émotion. Son utilisation frôle le génie, notamment lorsque les graves sont travaillées avec une immense profondeur, à la limite de l’audible. Associés avec du mouvement, cela confère l’impression d’un poids qui agit sur notre corps, comme la grosse caisse d’une fanfare qui passe près de vous ou lorsque le train des montagnes russes se trouve en haut des rails et qu’il s’apprête à dévaler de nombreux mètres. Souvent Aronofsky joue avec cet effet du plexus qui remonte et provoque en nous une sensation d’extraction de notre propre corps. Comme si le Ca et le Surmoi étaient aussi proches de notre enveloppe corporelle que l’est le Moi profond. THE FOUNTAIN se vit alors comme une expérience très proche de la réalité, celle-là même qui ne peut nous échapper parce que la manière de la vivre la rend palpable. Et, en même temps, cette réalité n’est pas aussi fidèle que nous pouvons la vivre. Nous abordons ici toute l’architecture des perspectives du film (d’un point de vue très graphique). Dans cet ordre d’idée, Aronofsky fait exprès de ne pas calquer les perspectives sur l’échelle graphique que nous connaissons (empiriquement). Il choisit alors des cadres où la gravité terrestre n’est pas forcément en accord avec le haut et le bas. Une pente peut être droite, le haut et le bas peuvent être inversés, la gravité peut ne pas exister, l’essentiel est encore de déstabiliser le spectateur par cette impression de flottement que peuvent connaître les astronautes. Bref, tout cela pour dire que nous ne sommes pas libres de nos actes et que nos sphères d’influences sont aussi très légèrement en dehors de notre apparence humaine. Nous pourrions dire vulgairement que personne n’est libre de ses actes. Tout cela n’est pas expliqué mais bel et bien montré. C’est pour cela que THE FOUNTAIN n’est pas un film intello, comme je le disais, mais beaucoup plus une expérience non verbale, en dépit des dialogues. Ca, c’est le gros point fort. Parce que niveau poing dans la gueule, Aronofsky se pose là (non, pas là, juste à côté, merci !) pour mettre en œuvre des moments qui frisent la perfection et parallèlement mettre en pièce jointe des images qui véhiculent un son ultra narratif, d’un académisme à pleurer.

CARLITO'S WAYMais il faut encore parler de ce rythme qui fait défaut, qui empêche constamment le film de décoller. Tout pour le final, ça c’est une erreur. Darren Aronofsky semble fatigué. L’aurait fallu attendre que les Frosties fassent leur effet !

            Un scoop dont tout le monde se fout : Emmanuelle Devos va remplacer Catherine Frot dans la pièce « Si tu mourrais… » de Florian Zeller, mise en scène par Michel Fagadau à la Comédie des Champs-Elysées.

            Tout le monde se fout aussi du début de RUNNING SCARED.

Voici une nouvelle preuve de l’incompétence des critiques qui ne voient pas plus loin que les dossiers de presse qu’ils ont entre les mains ou de la réputation qu’ils cherchent à se créer. L’utilisation de la vidéo ne semble pas non plus leur faire se taper le croupion sur le parquet Louis XV jusqu’à faire des étincelles. S’ils avaient vu BRODRE de Susanne Bier, ils auraient remarqué à quel point ce film est proche de FESTEN. Il doit exister une période secrète dans le monde du cinéma qui équivaut à la période des soldes commerciales et qui aboutit à une forme de cinéma discount exécrable. BRODRE c’est le nouvel opus qui confirme que le cinéma est un tout. On ne peut pas rogner indéfiniment des parts de budget. Tout comme FESTEN est passé à un Twix d’être un chef-d’œuvre, BRODRE est un bon film privé des excès de beauté que lui aurait conféré une qualité moins vidéo.

RUNNING SCARED, rien à voir. Plutôt des effets gratuits dont le vide peut donner le vertige. Dans la forme, c’est vers la problématique de Tony Scott que Wayne Kramer cherche à se rapprocher. Mais sans n’y avoir rien compris. Du mouvement, de la couleur, des détails scénaristiques aberrants et surtout une malheureuse envie de montrer qu’il sait faire des choses. Comme ce début qui reprend un scène qui arrivera aux trois quarts du film. L’idée c’est évidemment la scène d’ouverture de CARLITO’S WAY, scène que l’on retrouvait à la fin, et placée en ouverture de sorte qu’elle mette en exergue un futur déjà écrit à l’avance. Dans RUNNING SCARED, Paul Walker sort d’un bâtiment avec Cameron Bright dans ses bras. Ce dernier ayant sa chemise maculée de sang, le réalisateur veut nous faire croire que l’enfant est proche de la mort. Lorsque la scène intervient dans le cours de l’action, elle nous révèle qu’il n’est absolument pas victime d’une blessure mortelle. Et l’action reprend comme si de rien n’était. Voilà comment on fait de l’effet gratuit et que l’on essaie de faire croire qu’il y a du talent là où il n’y en a pas. Sans effet. T’es dans mon rétroviseur, Wayne, commence à tresser ta corde !

            Je préfère réfléchir sur les nouvelles idées scénaristiques que je vais mettre en forme.

Mon prochain scénario aura comme phrase d’accroche : « Nos amis les nazis ». Un drame en huis clos, dans un bâtiment d’Auschwitz, qui s’efforcera de montrer que les nazis n’étaient pas aussi méchants qu’on le croyait.

Extrait :

- Ach, Gunter. Ché zouis déssolé pour doutes ces morts.

- Gomme ché té gombrends, Ulrich. Moi-mêmé, guand ché zigouille, cé né pas fraiment moi. Zé oune autre moi. Ché né zouis pas oune monsdre, après tout. Gu’est-ce que les chens groient ? Gué zé vacile dé gazer à dout va ? Moi, ch’aurais foulu êdre oune bédit rate dé l’Obéra. Ch’aurais foulu gué mé bédites jaussons dé danse tapotent délicadement le blancher en bois. Mais ché né jamais arrifé à lacer gorrecdement mes jaussons. Ché zerrais doujours, ché zerrais, zerrais, zerrais, zerrais engore blus vort qué ché né bouvais plus marger abrès.

- Ach, Gunter ! Lé monde né gombrendra notre art qué dans des années…

Autre extrait déjà écrit que je vais avoir du mal à insérer :

- Je ne viendrai pas au ciné, ce soir.

- Te casse pas, j’ai compris. T’as envie d’être tout seul chez toi pour sortir ta poupée gonflable…

- Non, pas du tout. J’en ai une en chair et en os qui fait très bien l’affaire.

- A mon avis tu dois la gonfler quand même.

Dernier dialogue déjà entendu quelque part et que je ne tiens absolument pas à faire figurer :

- J’ai faim… Non, j’ai soif… Non, j’ai faim. Qu’est-ce que t’as à boire ?

Gestaprod présente : LES CAMPS DU BONHEUR.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mercredi 10 janvier 2007

QUESTION : De quel film est extraite cette réplique : « A part les films pornos, le cinéma occidental n’a aucune raison d’être » ?


par MAYDRICK publié dans : QUIZZ
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Mercredi 10 janvier 2007
CLASSEMENT
141 points ODOMAR   SYSTOOL
72 points LEF'   DIRTYDIETZ
63 points YANN KERBEC   LOMOK
54 points WEPETE PRIEST   DICK LAURENT IS DEAD
48 points MOVIE   M
45 points COLUMBOY   MESS
39 points LE SEB 9 points DR DEVO
37 points GREG   TONTON BDM
33 points GUCHO 8 points NINA KCK
30 points HARVEY BOLLOCKS   AL
25 points SEB 7 points TWIG
21 points MONSIEUR CRE   MALTASARD
  CHRIS 6 points SIMON
20 points UN VISITEUR   FLESH GORDON
15 points DEAD[OR]ALIVE 5 points FABIUSLEGITIMUS
13 points ALAN SMITHEE 1 point DON LOPE
10 points BUDD!    

 

 

Une image pleine d'indices :


par MAYDRICK publié dans : LANTERNE MAGIQUE
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