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Dimanche 15 janvier 2006

ANTON NEWCOMBE            Anton Newcombe est une personnalité hors du commun. C’est ce que l’on apprend dans DIG ! le documentaire d’Ondi Timoner. Dans notre grande série « Découvrons des artistes aux noms improbables » aurons-nous droit à quelques bons mots sur ce grand groupe qu’était Camper Van Beethoven ?

Anton Newcombe, pour les newbies, est le leader charismatique du groupe The Brian Jonestown Massacre. Un artiste autour duquel s’articule DIG ! Un musicien absolument génial et doué d’un talent absolument démesuré. C’est aussi quelqu’un d’épouvantablement détestable dans ses relations humaines. DIG ! s’attache essentiellement à mettre en lumière ce contraste. Assez mauvais documentaire dans l’ensemble puisqu’il prétend retracer le lien qui existe entre les Dandy Warhols et The Brian Jonestown Massacre. C’est finalement Anton Newcombe qui fait les choux gras du film. Il faut dire que c’est un peu comme si « Strip tease » suivait Jim Morrison. En lui-même Newcombe et ses extravagances sont assez forts pour capter notre attention et combler les immenses lacunes cinématographiques. L’image est assez dégueulasse, c’est la plupart du temps mal filmé, sans aucune lumière (ce qui est le plus difficile pour un documentaire, mais il y a un minimum !) et le montage est aussi très approximatif. Ca fait déjà pas mal. (-On pourrait dire aussi que le film fait l’apologie des drogues ? -Oui mais ce ne serait pas un défaut !) Mais Newcombe fascine. Son aura transcende le documentaire. Sa musique aussi. On suit ce personnage formidablement attractif en essayant de comprendre, de savoir pourquoi tant de gâchis, avec l’envie d’aimer follement mais en n’éprouvant finalement qu’une pitié relative. Le film cherche quelquefois à comprendre par des raccourcis faciles menant à son enfance ou aux personnes qui l’ont bien connu. Nouvelles maladresses.

Tout cela me fait imaginer une sorte de documentaire qu’aurait pu tourner Andy Warhol. Un plan fixe de plusieurs heures sur le visage du Christ.

Dans son style très brouillon DIG ! est pourtant une œuvre qui ne peut nous empêcher d’être rivés à l’écran. Quand tout part à la dérive et qu’il ne nous reste plus que nos émotions… On se dit qu’Anton Newcombe est bien seul. Et que c’est bien dommage vu le monde foisonnant qui vit en lui. Je crois qu’on les appelle les Minipouss.

            Loin de ce monde en 3 D (déchéance, décadence, dégénérescence), Carlos Sorin a signé avec EL PERRO un film simple, doux et surprenant là où il n’aurait jamais pensé l’être. L’anti-EL PERRO serait FLIGHTPLAN. EL PERROLe film de Robert Schwentke véhicule l’idéologie du règne de la peur à travers l’instauration d’instincts paranoïaques. Procédé assez dégueulasse qui consiste à faire croire au spectateur que la vie n’est qu’une espèce de grande mascarade où vous jouez le rôle du faible au sein d’un complot gigantesque. EL PERRO n’est pas construit de cette manière mais nous fait pourtant réagir avec nos vieux réflexes cinématographiques. Il faut dire qu’il y a une différence de culture assez énorme entre le peuple argentin dont nous parle Carlos Sorin et celui dont nous faisons partie et qui voit en David Mamet un scénariste prodigieux. Cette différence se situe avant tout dans les mœurs argentines où la méfiance semble plus absente.

Aussi le film crée malgré lui une vigilance de tous les instants. On pense au pire, on pense que Juan Villegas ne se méfie pas assez, qu’il fait confiance trop facilement, qu’il gravite dans un milieu où chacun cherche à profiter de lui, qu’il ne regarde pas assez souvent derrière lui pour voir si on ne le suivrait pas, qu’on a raison de ne pas vouloir des O.G.M., que notre voisin est peut-être un serial killer, qu’il ne faut plus aller au cinéma parce que les malades du S.I.D.A. (et non les sidaïques) plantent leurs seringues l’aiguille en l’air dans les fauteuils, qu’il ne faut jamais accepter une anesthésie générale (même pour une opération à cœur ouvert) parce que vous ne savez toutes les horreurs qu’ils vous font pendant ce temps, que Nicolas Sarkozy se cache derrière des artifices démagogues pour mieux développer ses idées fascisantes lorsqu’il sera au pouvoir etc. Mais non ! Ce n’est que notre cerveau pourri et perverti qui obéit à des codes cinématographiques. Quoique pour Sarkozy je ne suis pas sûr…EL PERRO est plus proche d’une quête, d’une recherche de bonheur, d’une simplicité diffuse, que ne le seront jamais tous ces scénarios qui se complaisent dans leur complexité.

AMOS GITAI             Amos Gitai aime Lars Von Trier et nous le fait savoir dans PROMISED LAND, film effroyable où il continue à explorer les relents du fascisme contemporain. Vous aurez compris qu’Amos Gitai n’est vraiment pas un pessimiste mais un de ceux qui n’espèrent même plus une rédemption de l’être humain. Dans sa conception, il devient inhumain dès qu’il possède un certain pouvoir. C’est ce que prouve une fois de plus PROMISED LAND. Difficile d’adhérer à autant de banalités et de facilités. Oui, ceux qui exploitent les autres ne méritent aucun respect et doivent être punis pour leurs exactions. Oui, ceux qui souffrent ont raison de se plaindre. Oui, le fascisme est effroyable et bien plus que cela encore. Oui, on éprouve de la pitié pour les exploités. Oui oui oui. Mais pas comme cela. Pas d’une façon aussi univoque. C’est racoleur et manipulateur. D’autant plus que Gitai filme comme un documentaire, comme s’il voulait imposer sa vérité comme une vérité universelle. C’est comme si j’osais prétendre que mon avis sur PROMISED LAND était le seul au monde qui soit juste. Merde ! Si je ne peux même plus me référer à ça que vais-je lire maintenant ? Les Cahiers du Cinéma ?

On aurait bien aimé qu’il se passe quelque chose pendant 1 heure 30 mais on passe son temps à se demander pourquoi répéter toujours les mêmes choses ? C’est quand arrive le dénouement heureux que tout devient plus clair. Si c’est pas du cinéma consensuel !!! Amos Gitai vitupère vainement.

Bon, sinon les comédiennes sont justes et blablabla et blablabla. C’est quand même le minimum qu’on leur demande, non ?

            En matière de jeu d’acteur c’est une actrice qui donne le ton cette semaine. Reese Whiterspoon compose une June Carter accorte dans le très sympathique WALK THE LINE de James Mangold. Pas qu’elle ait la trempe d’une Jennifer Jason Leigh mais son interprétation est une nouvelle fois sublimement convaincante tout comme elle nous avait déjà époustouflés dans le FREEWAY de Matthew Bright. C’est aussi une des rares actrices qui soit aussi à l’aise dans les comédies légères (son apparition dans la série « Friends », LEGALLY BLONDE) que dans des rôles avec plus d’épaisseur (CRUEL INTENTIONS, A FAR OFF PLACE).

REESE WHITERSPOONDans WALK THE LINE elle est superbement aidée par le très dépressif Joaquin Phoenix. Il compose un Johnny Cash plein de contradictions et de perturbations internes difficiles à recréer. On aimerait tout de même le voir dans des rôles un peu plus énergiques. Sa force tranquille est une mine de nonchalance qui laisse parfois éclater une colère rageuse et qui nous fait penser que ce genre de rôles pourrait aussi lui convenir.

A part ça le film est une biographie peu originale mais relevée par la qualité de mise en scène de James Mangold. Il aurait sûrement pu apporter beaucoup d’arguments s’il avait dirigé I’LL SLEEP WHEN I’M DEAD. Mais c’est Mike Hodges qui s’y est collé. Rappelez-vous : le FLASH GORDON au début des années 80 c’était lui !!! Pas grand-chose de nouveau depuis. Peut-être l’apparition du fist-fucking, non ? Jonathan Rhys-Meyers est fantastique. Clive Owen aussi mais il a plus de temps pour camper un personnage qui va se révéler au fur et à mesure du film. Charlotte Rampling est toujours aussi intrigante tant qu’elle ne jouera jamais sur ce caractère mais elle devrait donner quelques leçons à Malcolm McDowell qui devrait arrêter de croire qu’il est un véritable salaud. L’héritage d’A CLOCKWORK ORANGE est décidément encore trop lourd ! Qu’on se rappelle ses débuts très prometteurs dans l’excellent IF…, ROYAL FLASH ou même CALIGOLA ! La folie qui tue les comédiens…

Il manque à I’LL SLEEP WHEN I’M DEAD une vraie réalisation qui lui confèrerait des attraits majeurs. Au lieu de cela le film se contente de déverser son histoire sans grande conviction. Un scénario pourtant intéressant, original et tout, mais gâché par tant de médiocrité. I’LL SLEEP WHEN I’M DEAD est comme un magnifique sapin de Noël que l’on n’aurait pas décoré. Les aiguilles sont un peu trop visibles.

            Jérôme Bonnell a réalisé LES YEUX CLAIRS avec une délicatesse, un respect de son sujet et un amour pour la comédienne Nathalie Boutefeu qui font plaisir à voir. Le personnage que joue cette dernière est magnifiquement retranscrit par un scénario qui en exploite toutes les caractéristiques ainsi que par les prises de risques de cette comédienne moins banale que nous l’évoque son apparence. C’est donc une belle surprise que ce film sensible, tendre et étonnant.

Tout cela c’est pour faire preuve de clémence car côté réalisation c’est un peu peine-à-jouir. Alors bien sûr on peut accepter le principe qui consiste à nous décrire des tranches de vie pleines de vitalité mais tout cela devient très limité une fois que l’on découvre l’inexistence d’enjeux qui relanceraient le récit. Point d’éléments insubmersibles ici. Nathale Boutefeu trouvera un lieu où son bonheur pourra s’épancher, et après ? C’est une comédie légère ou c’est un peu léger comme comédie ?

Notez la présence de Marc Citti, comédien très drôle, qui trouve ici son meilleur rôle. Beaucoup d’expression dans le regard et le faciès, avec une intensité de jeu qui donne plus d’identité au personnage qu’il ne devait y en avoir sur le papier.

SALMA HAYEK            Ah ! Voilà un mauvais film que j’aime beaucoup ! Brett Ratner c’est RED DRAGON, RUSH HOUR ou encore THE FAMILY MAN. Bref, rien de bien transcendant. Un cinéaste maladroit qui ne se débrouille pas trop mal pour rassasier son auditoire populaire et puis basta. Alors quand arrive AFTER THE SUNSET on se dit que le film sera sûrement un peu insane mais qu’on pourra aisément se consoler avec la présence de Salma Hayek. Et puis Woody Harrelson c’est pas le dernier non plus à nous faire rire !

Résultat assez proche de nos prédictions avec des explosions, des gadgets électroniques plus qu’improbables, des casses comme on fait ses courses, des acteurs qui ne croient pas vraiment à ce qu’ils jouent (ce qui les distingue du naïf donc risible Georges Moustaki), et puis Woody « pas le dernier pour la déconne » Harrelson. Mais là où AFTER THE SUNSET commence à devenir intéressant c’est lorsqu’il s’attarde sur les traditions cinématographiques. Alors que l’on croyait qu’on ne pouvait plus faire certaines choses dans le cinéma contemporain, Brett Ratner joue les réactionnaires de service et remet au goût du jour le vieil adage : « Dans n’importe quel film, si vous êtes dans les îles et que vous vous retrouvez poursuivi par quelqu’un qui vous en veut, vous pourrez toujours tomber au milieu d’un carnaval pour passer inaperçu. » Cinq étoiles. La grande classe.

Mais le point le plus satisfaisant du film réside dans les relations qui se tissent entre les principaux protagonistes et qui fait fi de tous les codes traditionnels. Après ce qu’il vient de nous montrer c’est exactement le genre de déstabilisation que l’on adore de la part d’un réalisateur. Brosnan et Harrelson jouent alors aux faux amis dans une sorte de ballet où chacun essaie de prendre le dessus sur l’autre. En même temps la relation entre Salma Hayek et Pierce Brosnan se complexifie alors que l’on suit Harrelson qui nous devient de plus en plus sympathique. Peut-être parce qu’il n’arrête pas de nous faire rire ! Le final (toujours aussi improbable) va se révéler éblouissant de jubilation, de mauvaise foie et de dépit dissimulé. C’est avec un plaisir communicatif que ces acteurs et actrices jouent entre eux, décor de rêve aidant. C’est légèrement excessif mais tellement jouissif ! AFTER THE SUNSET est complètement surfait mais dissimule l’énergie d’un premier film.

            Hideo Nakata c’est avant tout RINGU. La suite qu’il a réalisé de son chef-d’œuvre est loin d’être aussi réussie et HONOGURAI MIZU NO SOKO KARA, bien que parfaitement maîtrisé, n’utilise pas les mêmes artifices pour nous faire peur et fonctionne donc moins bien. En réaliser un bon remake paraissait donc une gageure, surtout quand on s’appelle Walter Salles. C’est bien évidemment un film raté car il privilégie l’effet à l’ambiance. Et comprendre cette ambiance c’est comprendre les tenants et les aboutissants d’une grande partie de l’Histoire japonaise. Pas impossible. Gore Verbinski y était bien arrivé lors de son remake assez satisfaisant de RINGU. Dans DARK WATER Jennifer Connelly fait ce qu’elle peut. Elle le fait donc très bien mais tout sonne un peu creux car Walter Salles ne semble pas savoir de quoi il parle. Il filme l’histoire d’une mère qui vit avec sa fille dans un nouvel appartement où l’eau s’infiltre de manière étrange. C’est du premier degré. Ce n’est pas très intéressant.

            Et puis un petit message personnel de Christian Carion qui voudrait souhaiter une bonne année à tous ceux qui liraient ces quelques mots. Il a juste eu le temps de souhaiter un JOYEUX NOEL à la France entière ; pour ses vœux 2006 le délai a été un petit peu court. Par contre ce n’est pas très sérieux de votre part : vous êtes déjà près de deux millions à l’avoir encouragé jusque là ! Vous n’imaginez pas tous les BON ANNIVERSAIRE ! et autres VIVE LA MARIEE ! qu’il pourrait nous proposer. Pour ma part, je crois que je vais m’arrêter là. C’est pourtant avec les meilleurs sentiments du monde que je m’apprêtais à regarder JOYEUX NOEL, mais rien à faire. J’ai été très vite rattrapé par l’inanité du propos. Une belle histoire (oui, si on veut, elle est tout de même très romancée) qui mérite d’être mentionnée dans les bouquins d’Histoire, mais qui mérite aussi les deux seules lignes qui lui sont consacrées. Car il faut broder autour de tout ça ! Et Christian Carion de faire s’étirer son film. Mais les beaux sentiments, que voulez-vous, ça marchera toujours ! Et puis tiens, revoilà un comique qui n’assume plus sa fonction populaire mais veut aussi prouver qu’il peut être comédien : Danyboon. Va falloir repasser parce que le rôle le dessert plus qu’autre chose. Manque de sincérité, tics comiques trop présents, problème d’intensité dramatique. Non, là vraiment, il y a des jours on a beau être armé des plus beaux sentiments du monde il y a des choses qui ne sont pas possibles.

GOLDFRAPP            Pas possible non plus le CREEP de Christopher Smith. Un serial killer très très méchant et pas beau du tout. De l’originalité disiez-vous ? Il y a Franka Potente, certes, mais elle semble plus vouloir sortir du film que du métro où elle est enfermée.

            LILA DIT CA de Ziad Doueiri nous parle d’une jeune fille très intéressante car elle ne ressemble absolument pas aux stéréotypes des autres personnages qui l’entourent. C’est le seul attrait de ce film. On aurait alors aimé que le décalage soit exploité mais il n’est juste perçu qu’à travers les yeux de Mohammed Khouas. Le personnage de Lila devient alors une divinité sacrée que personne ne peut décrypter. Dommage c’était le sujet du film. Attention toutefois ! Contrairement à d’autres pays ce film n’a subi aucune interdiction en France. Il convient cependant d’être prévenu de la violence extrême devant tant de comédiens au jeu plus qu’approximatif et aux intonations vocales abominablement fausses. En football on appelle ça de l’anti-jeu. Enfin moi je dis ça…

            Et pour terminer signalons à nos amis parisiens que Goldfrapp sera en concert le 7 février prochain à l’Elysée Montmartre. Ce sera le « Supernature Tour » et le prix des places ne sera même pas à 30 euros. Que demande le peuple ?

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mardi 10 janvier 2006

            « They cry in the dark, so you can’t see their tears. They hide in the light, so you can’t see their fears » comme le disait si bien la chanteuse Pat Benatar quand elle interprétait « Hell is for children ». Aujourd’hui encore ces paroles nous semblent bien obscures et nos plus grands chercheurs du C.N.R.S. se penchent sur ces quelques mots laissés comme une sentence digne de Lao-Tseu. Le grand Lao-Tseu qui nous tînt jadis à peu près ce langage : « Mi no wan si kwaï, dorimong nanch naï si to cha noji. Si maravé mogwaï toafer kasshé tafasse par jipépé ». Ce qui signifierait s’il ne parlait pas la bouche pleine : « Si quelqu’un t’as offensé ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre ». Quand on pense que Georges Moustaki ne sait pas nager…

Mais revenons-en à Mme Benatar dont le prénom nous évoque un vibrant hommage à l’autre grand philosophe de notre époque : M. Le Guen. Dieu seul sait ce qu’il est devenu (Jean-Luc Azoulay pour les intimes). Certains disent qu’il fabrique des ukulélés pour Jim Morrison sur une île déserte. Recueillons-nous quelques secondes en nous remémorant l’un de ses derniers adages :

« Si tu ne fais pas partie de la solution, tu fais partie du précipité. »

            Plusieurs personnalités de confession scurrile se sont glissées dans le début de cet article. Sauras-tu les retrouver ?

Lorsque je suis tombé sur le titre du livre de Jean-François Jeandillou : « Le plérome pataphysique : jocation scurrile ou diadose onéraire ? » il m’est bien évidemment venu tout de suite à l’idée de me procurer incessamment cet ouvrage qui semble prendre plaisir a s’incomprendre lui-même. Rien que pour avoir osé un titre pareil M. Jeandillou est tout sauf un mauvais bougre. Il mérite toute notre sympathie et notre reconnaissance. C’est en y réfléchissant de manière plus ardue que j’ai compris dans quelle erreur je m’embarquais. Comment pouvais-je faire un tel affront à ce maître à penser d’avoir l’outrecuidance de pouvoir me délecter de cette lecture dans le but ultime d’un assouvissement personnel et d’un développement intellectuel ? De telles lectures ne sauraient parvenir à nos esprits dès que l’on commence à s’en rassasier. Il faut d’abord y réfléchir pendant de longues périodes qui mettent nos nerfs à vif : « Aurais-je assez d’à-propos pour que chaque page tournée ne s’abatte pas sur moi comme le fouet du maître s’acharne sur l’élève afin de lui faire comprendre que seul l’immature goûte au fouet ? » Vous arrêtez alors votre lecture et reprenez votre méditation pour de nombreux mois, quand tout à coup la révélation se fait vôtre : l’immature que vous êtes s’est brûlé les ailes à force de vouloir atteindre des sommets auxquels il n’était pas préparé. Et vous vous dites que ce n’est pas sur votre derrière que claque ce maudit fouet mais sur celui du véritable immature : votre maître, car c’est lui qui vous a laissé consulter l’ouvrage et vous a conduit, par sa naïve conception du monde, à vous irradier le cerveau d’ondes apocalyptiques. Mais rien de tout cela n’est vrai. Ce qui est vrai c’est que les plus forts ont toujours un fouet pour affirmer leur pouvoir et les plus démunis sont toujours soumis à l’apocalypse. Et le savoir ne fait rien à la chose.

Alors, me direz-vous, quel est le point commun entre Pat Benatar, Jean-François Jeandillou et Hayao Miyazaki ? J’y arrive.

Dans son dernier film : HAURU NO UGOKU SHIRO, Miyazaki énerve encore par son manque de respect au monde de l’enfance et à ses mystères. Il aime beaucoup les gâteaux à la crème et les dentistes. Dans la plupart de ses dessins animés on retrouve toujours le même goût pour les couleurs sucrées et autres douceurs dégoulinantes. Rajout de sucres, pépites de chocolat à l’intérieur, des monticules de crème pour que ça déborde de partout et encore plein de décorations odorantes. C’est chargé. Un peu trop d’ailleurs. Manger jusqu’à en être malade. Si ce n’est pas du mépris envers nos petites têtes aryennes…

HAURU NO UGOKU SHIRO est un fleuve sirupeux où se déverse une mièvrerie niaise à souhait. Les héros n’ont pas de défauts et les monstres sont débiles et absolument inoffensifs. Miyazaki n’est vraiment pertinent que dans le graphisme des dessins où il atteint une sorte de virtuosité tout aussi sirupeuse. L’acidulé excite. Le principe de Miyazaki est de rendre l’enfant quasiment hystérique. Nous sommes dans le sacré. On ne touche pas à l’univers merveilleux des enfants. On n’enlève pas de guimauve ni de fraises Tagada. On en rajoute même. Cela permet de masquer les comportements que nous ne voulons pas voir car nous ne pouvons pas les expliquer. C’est écoeurant. Un peu comme quand vous avez passé une soirée à manger des bonbons gélifiés, à boire du Coca-Cola, à faire griller des marshmallows et à flinguer les dernières plaques de Crunch. Le matin vous vous réveillez avec un goût bizarre dans la bouche. Comme disait la jeune mariée. Un goût d’excès. Il y a beaucoup de choses agréables dans l’excès. Mais l’excès est un masque. Celui que porte HAURU NO UGOKU SHIRO cache une incompréhension totale du monde de l’enfance. Alors le meilleur moyen d’y pallier est encore d’imaginer ce qui compose les rêves des enfants. C’est ce que Miyazaki a trouvé de mieux pour arriver à imbriquer le sacré des adultes au sacré des enfants.

Sauf qu’on ne peut pas mélanger deux mondes aussi différents. Le monde enfantin est comme un négatif du monde des adultes. Et vice versa. La lumière et l’ombre. Si les deux sont dans la lumière vont ne verrez jamais les larmes d’un enfant, il se servira toujours du noir pour les dissimuler. La lumière ne pourra plus dissiper les ombres. Pat Benatar l’avait compris bien avant l’heure. L’artiste visionnaire n’aura jamais connu le succès.

Dans ce monde en noir et blanc, pourtant fort peu manichéen, Jean-François Jeandillou s’affubla d’un pseudonyme scurrile et déterra la hache de guerre. Je vous repropose le titre de son ouvrage : « Le plérome pataphysique : jocation scurrile ou diadose onéraire ? » Alors que nous pensions avoir atteint et sévèrement purgé les limites du domaine de l’imaginaire, cet essai intervient comme un récital complémentaire aux extrapolations de Miyazaki. Le mot employé comme musique et la couleur comme flatterie des papilles de l’esprit.

Transcendons-nous un instant et réfléchissons un peu aux nouvelles formes philosophiques du monde populaire. Le monde bipolaire dans lequel nous plonge Pat Benatar est un relief issu du mélange des mots et des couleurs. Le monde où se cache les enfants est un monde fantasmé chez Miyazaki. Il n’a plus du tout la même valeur que celui dans lequel leurs parents les voient grandir. L’obscurité est devenue lumière et se fond dans l’univers des adultes. Les enfants s’y cachent pour pleurer. Jean-François Jeandillou propose alors une lecture appropriée au monde adulte où la musicalité du mot serait un vecteur créatif. L’histoire d’un nouveau monde. Virtuel. Changement de couleur. Fondu au noir. Le décalage post-moderne serait alors un inversement des univers enfants et adultes où chacun fonctionnerait encore dans son essence propre mais par une vision altérée. Ainsi, on peut voir HAURU NO UGOKU SHIRO comme on regarde les négatifs des photos.

A moins que Jean-François Jeandillou ne soit qu’un artiste manichéen scurrile, Pat Benatar juste un monticule de crème dégoulinante, Hayao Miyazaki un Père Fouettard post-moderne et Pat Le Guen l’apocalypse des immatures...

            Une chose est sûre. On peut abuser d’un enfant un certain nombre de fois avant qu’il ne s’aperçoive de la duperie. Mais une chose est sûre : quel que soit le temps que cela prend l’enfant finit toujours par obtenir ce dont il rêvait étant petit.

Quand je serai grand je serai chercheur d’or.

Quand je serai grand je veux me remémorer DEAR FRANKIE de Shona Auerbach. Je veux me souvenir d’Emily Mortimer et de son joli minois. Douceur et générosité. Un sourire qui vaut de l’or.

Quand je serai grand je serai chercheur d’or.

Déjà très remarquée dans beaucoup de films très inintéressants mais dernièrement dans le très bon MATCH POINT où elle interprétait une Chloe pleine de charme. On la retrouve donc dans ce gentil film qui a pris le surplus de guimauve de Miyazaki mais qui arrive tout de même à nous divertir tranquillement. Encore le monde de l’enfance. Sacralisé à l’extrême. Le film traite essentiellement de la protection. En parallèle avec le rôle d’Emily Mortimer, Shona Auerbach essaie de nous montrer comment cette protection mène à l’isolement, à l’enfermement intérieur. C’est un peu simpliste quand l’enfant nous apprend à la fin qu’il était au courant de l’identité de son véritable père mais jusqu’ici le film se tient plutôt bien, repose sur les complexités d’Emily Mortimer et traîne une fausse originalité qui se transforme en force amoureuse que la mère déploie pour son fils. Ca se regarde avec beaucoup de tendresse, ça nous rappelle nos forces de conviction de l’enfance et ça réchauffe nos corps glacés par la solitude du temps qui passe.

            Quand je serai grand je serai chercheur d’or. Je m’installerai dans le Klondike et peut-être qu’avec un peu de chance je croiserai Danny Boyle sur la berge d’en face. Il pourrait alors me parler de ce monde de l’enfance qu’il dépeint dans MILLIONS. Danny Boyle est un véritable prospecteur. Son or à lui s’appelle dollars. Rappelons-nous de SHALLOW GRAVE. C’était déjà la même problématique avec l’arrivée soudaine de liasses de billets au sein d’une communauté bien en place. Cela va jusqu’à l’apparition de tierces personnes qui recherchent ce dont elles s’estiment lésées. TRAINSPOTTING et THE BEACH reflètent aussi cet appât du gain. Dans MILLIONS les rouages de la famille sont moins bien huilés mais ce seront les mêmes principes qui vont agir sur l’utilisation ou non des billets. Si c’est pour nous refaire du SHALLOW GRAVE, moi j’me casse ! Non ! Pas du tout. En fait c’est pire. Le premier long métrage cinématographique de Danny Boyle reposait sur une immoralité qui finissait par perdre les protagonistes. C’était brillant et très excitant. MILLIONS retombe dans des questionnements plus classiques. La fin ne permet pas de sauver l’ensemble puisqu’il n’y aura pas d’idée assez forte pour emballer le tout dans un papier cadeau qui aurait pu faire toute la surprise du film. Il reste au premier degré et cette histoire vue et revue ne se démarque pas des schémas traditionnels du genre. Encore un exemple de film que la fin pousse par le fond malgré tous les efforts déployés. Car MILLIONS est pourtant loin d’être un mauvais film. J’veux pas faire le relou de service mais si c’était bon, ça se saurait. Le talent finit toujours par se repérer, d’accord. Mais MILLIONS est sorti l’été dernier dans une quasi-indifférence et il s’est lamentablement gaufré comme ce n’est pas permis. Il faudra même parler un jour de VACUUMING COMPLETELY NUDE IN PARDISE qui date de 2001 et qui n’est jamais sorti !!! Pourtant Danny Boyle est un vrai cinéaste. Avec énormément de talent. SHALLOW GRAVE et TRAINSPOTTING sont des chefs-d’œuvre. Mais son plus grand film c’est A LIFE LESS ORDINARY. Boyle y est à l’apogée de son cinéma. Flamboyance des décors, style visuel lapidaire et soutenu par un rythme effréné, intelligence de la mise en scène, direction d’acteurs subtile et passionnée, second degré à hurler de rire, scénario jubilatoire où symboles, doubles sens et réflexions métaphysiques s’entrechoquent etc. Que du bonheur ! C’est de ce film que MILLIONS se rapproche le plus. Outre les thèmes inhérents au cinéma de Boyle on y retrouve l’intervention divine qui fixe les règles du jeu. Ce que j’aime particulièrement dans les premiers films de Boyle c’est sa détermination à ne pas vouloir user des clichés sous toutes leurs formes. Sinon les réadapter. Jouer avec eux comme le fait Tarantino. Et puis à partir de THE BEACH c’est le grand déballage. Soldes d’hiver et trois paires de chaussettes pour le prix d’une. Malgré cette réapparition de clichés dans MILLIONS toute référence divine y échappe fort heureusement. Dans A LIFE LESS ORDINARY il se moque ouvertement de ces entités. Ici il les parodie avec le même second degré.

MILLIONS : deuxième film de ce que je nommerai sa trilogie céleste. Il n’a pas encore prévu de réaliser de troisième film mais je me plais (beaucoup, oui) à imaginer un nouvel épisode où Boyle retrouverai tout ce qui fait l’intérêt de son cinéma. Et puis aujourd’hui la mode est aux trilogies, tout va par trois : MATRIX, THE LORD OF THE RINGS, LES TROIS MOUSQUETAIRES, RICHARD III, LES TROIS PETITS COCHONS, LES SEPT MERCENAIRES, LES MILLE ET UNE NUITS, K 2000, LUCKY LUKE etc.

MILLIONS est un film formidable parce que Danny Boyle fait de la réalisation et de la mise en scène. On comprend notamment de mieux en mieux l’utilisation exagérée des plans aériens qui sont légions dans ses films. Sa trilogie céleste nous éclaire sur le regard de Dieu. Mais pas tout à fait dans le caractère sacré dont nous avons parlé plus haut. Boyle abhorre aussi le sacré. Pour lui l’intervention divine est considérée comme une épreuve. Plus une difficulté qu’un miracle. Ce qui lui plaît c’est de mettre ses personnages dans des situations inconfortables et de les voir se débattre à l’intérieur. Blier fait aussi cela de formidable manière.

Pour Boyle, les enfants c’est aussi la couleur. Magnificence de leur emploi. MILLIONS est constamment une explosion visuelle. Comme il impose un style non réaliste, baroque et parfois abstrait, il peut se laisser aller dans ce genre de délires où il est le plus à l’aise. Les cadres sont travaillés dans une démesure qui trompe souvent l’œil. Mais le fait le plus est que tous ces éléments de mise en scène sont présents à chaque instant. On est encore dans l’exagération sucrée mais cette fois-ci au service de l’histoire et des sentiments qu’ils soulignent. Toujours en surimpression. Sûrement pour masquer les errements scénaristiques.

Nous sommes enfin sortis de cette mièvrerie, mais à quel prix ?

            Dernier jalon du monde de l’enfance : THE CHRONICLES OF NARNIA : THE LION, THE WITCH AND THE WARDROBE. Bon, on ne va pas reprendre le topo précédent, on va aller au plus concret.

Sucreries : 50 %.

Couleurs : 85 % (nous considérons le blanc comme un élément majeur de l’écriture visuelle).

Sacré : 50 %.

Clichés : 60 %.

Emily Mortimer : 0 %.

Scurrile : 100 %.

Le dosage n’est pas si indigeste que ça. Pas très appétissant mais consommable les jours de grande faim. C’est diablement efficace cette première chronique où les enfants auraient pu être moins bien dirigés et plus stupides. L’armoire magique, évidemment, c’est scurrile. Nous aurions préféré un meuble un peu plus singulier. Les animaux, monstres et autres personnages féeriques sont peu convaincants, comme la plupart du temps. C’est le jeu de celui qui trouvera le détail le plus monstrueux ou celui qui saura le mieux se démarquer par son costume. Le gagnant est invariablement celui qui choisit la simplicité et il n’y a pas beaucoup de gagnants dans THE CHRONICLES OF NARNIA : THE LION, THE WITCH AND THE WARDROBE. Malgré tout le conte fonctionne correctement et Tilda Swinton est parfaite en sorcière blanche. De la grande comédienne qui impose un personnage inquiétant sans être frontalement ce qu’elle prétend jouer. Leçon numéro 1.

Finalement on ressort un peu enchanté de tout ça, non ? Et puis il y a une licorne ! Alors s’il y a une licorne…

N’empêche que THE CHRONICLES OF NARNIA : THE LION, THE WITCH AND THE WARDROBE est un formidable outil didactique pour tous les parents qui veulent apprendre les bases de la féerie à leurs enfants. Voici un film qui fait l’effort que l’école ne fait pas. Ne serait-ce que d’un point de vue mathématique. Tenez, prenons le passage de l’armoire au monde de Narnia. Lorsque l’Enfant (dans sa considération générale) décide de passer de l’autre côté, deux solutions s’offrent à lui : la première et la seconde. Bon, ça se complique alors je vous ai fait un petit graphique :

GRAPHIQUE

On peut donc déjà tirer plusieurs enseignements après une perception globale de ce graphique schématique :

- tout d’abord nous dirons que les couleurs siéent à l’Enfant de manière inversement proportionnelle à leur harmonie sur ce graphique

- ensuite, nous voyons bien que le choix qui s’impose est très restrictif puisqu’il se décompose en deux cas et deux cas seulement (ce qui constitue une hérésie dans la démarche ludique que le film essaie de mettre en place puisque, je vous le répète, tout va par trois à notre époque, l’exception qui confirme la règle étant réservée « aux paires de » de leur prénom)

- chose plus que suspecte : le second cas intervient toujours à la suite du premier et ce dans 100 % des graphiques

- et enfin nous pouvons dire qu’un cas semble se détacher de manière plus ostensible que l’autre, et ce même sans avoir 10/10 aux deux yeux.

Et déjà nous en savons un peu plus sur le marché que THE CHRONICLES OF NARNIA : THE LION, THE WITCH AND THE WARDROBE semble conquérir. Maintenant efforçons-nous de conjuguer notre culture générale, ce que nous avons appris des grands penseurs contemporains et ce que vient de nous révéler ce graphique absolument ignoble. De plus, comme nous savons que nous naviguons dans des sphères mathématiques d’une immense amplitude, nous pouvons facilement énoncer ce principe : « Si la pierre tombe sur l’œuf, attention à l’œuf. Et si l’œuf tombe sur la pierre, attention à l’œuf ». A cela rajoutons quelques données aisément vérifiables mais inutiles :

- à l’âge adulte un porc-épic compte jusqu’à 35000 piquants

- l’Empire State Building est frappé par la foudre en moyenne 2 fois par mois

- l’œil d’une autruche est plus grand que son cerveau.

Je vois que vous commencez à comprendre où je souhaite vous conduire et que vous en arrivez aux mêmes conclusions que moi :

1. Pat Bénatar n’a jamais rien inventé.

2. La véritable apocalypse est déjà survenue sur Terre. Elle a pour nom Georges Moustaki.

3. Tout va toujours par trois.

            Vous avez eu besoin de trente minutes pour lire cet article ? C’est exactement le temps que dure l’orgasme chez le cochon.

Et en même temps : 30 minutes, 30 lépreux.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Jeudi 5 janvier 2006

            Démonstration parfaite que la dualité est une force lorsque chacune des parties cherchent à composer avec les caractéristiques de l’autre. C’est quasiment inhérent à tout type de cinéma asiatique et particulièrement flagrant dans le cinéma japonais. Par exemple, il peut coexister des thèmes de perversions malsaines alliés à des réflexions philosophiques qui ont pour effet de se donner bonne conscience de propos ou d’images trop virulents. Mélange des genres qui anime des instincts naturels peu exploités. C’est pour cela qu’il y a énormément de travaux sur les corps et les organes (notamment gores et sexuels). Cette attitude anime une attirance très singulière où se mêlent Eros et Thanatos dans les cas les plus extrêmes. « Le truc de Jung » comme dirait Matthew Modine dans FULL METAL JACKET.

La véritable identité du cinéma asiatique est toujours liée à une duplicité. C’est par l’exploration très poussée des pulsions humaines qu’il peut se permettre les plus incroyables réflexions sur nos principes de vie. On y trouve par conséquent les plus beaux chefs-d’œuvre sadiques. Fondamentalement il s’agit d’un cinéma qui écoute les gens vivre. C’est assez rare.

            THREE… EXTREMES. Trois histoires. Trois réalisateurs. Trois pays.

THREE... EXTREMESFruit Chan réalise le premier segment : « Dumplings ». C’est celui qui fonctionne le moins bien. Il faut dire que c’est à l’origine un long métrage qui a été amputé pour pouvoir s’insérer aux côtés de deux autres courts. DUMPLINGS, le long original, est beaucoup plus complexe et repose sur l’installation d’un climat et la découverte d’horreurs qui emmènent les personnages sur un chemin fatal. Sans retour. Dans THREE… EXTREMES les raccourcis sont évidemment nombreux et masquent des relations qui font toute l’épaisseur du malaise ambiant. Le montage cherche l’efficacité, privilégiant le choc visuel ou psychologique aux relations entre personnages. L’histoire fonctionne assez mal en ce sens qu’elle n’est plus qu’un récit particulièrement étrange. Le long métrage est beaucoup plus dérangeant. Dans leurs actions les personnages sont plus horribles puisqu’on apprend plus de détails concernant ce qui investit leurs actes. Le plus pervers n’est toujours pas celui qu’on croit. On appréciera d’ailleurs beaucoup plus dans le long métrage la mise en scène de Fruit Chan, qui joue énormément avec les profondeurs de champ, surtout dans la première partie. Par la suite plus il délaisse le procédé plus Mme Lee se rapproche de la vérité. La vérité c’est qu’il ne faut plus manger de ravioli chinois, vous savez pas c’qu’ils mettent dedans !

Park Chan-Wook s’est occupé du second volet : « Cut ». Lui on l’aime bien depuis le machiavélique OLDBOY. C’était il n’y a pas si longtemps que ça et donc il est fort peu probable qu’il ait changé en si peu de temps. Mais paraît-il que la sénilité cinématographique survient plus tôt qu’on ne le pense… Park Chan-Wook n’en est pas encore là. Il ancre une fois de plus son récit sous des formes de tortures sévèrement cruelles et qui ne manquent pas d’imagination. Le méchant est un peu trop fou pour être si ingénieux et tout est un peu trop mis en scène (dans le scénario, pas de la part de Park Chan-Wook), mais on prend quand même beaucoup de plaisir à cet acharnement pervers.

Le dernier court à été confié à Takashi Miike qui, lui aussi, se pose là en matière de perversité. Non, là. Pas là !!! Je pense notamment au très choquant ODISHON. Mais Miike est aussi un réalisateur très prolifique qui ne filme pas que des horreurs. D’ailleurs « Box » ne fait pas appel au traitement horrifique de l’image. Miike s’intéresse avant tout à la violence. Très peu physique. Son expression est le plus souvent liée à des chocs traumatisants qu’il se plait à explorer. Par de lents travellings et panoptiques circulaires, il force le spectateur à rentrer dans un mouvement psychologique où sont en jeu des forces très vives qui cherchent une résolution libératrice. Grâce à un montage époustouflant, cela surviendra par la mise en place d’éléments qui viendront se subvenir les uns aux autres et permettre au spectateur la compréhension narrative. On est encore très proche de Lynch et de tout son univers fantasmagorique. On pense très fort à la période MULHOLLAND DR. où tout se joue clairement dans des profondeurs inconscientes. Voilà, c’est 50 euros.

MAREBITO            Takashi Shimizu est surtout connu pour être à l’origine des JU-ON, JU-ON : THE GRUDGE et THE GRUDGE qui sont les mêmes films peu originaux et jamais convaincants. Outre l’affreux TOMIE : RE-BIRTH, on lui doit aussi MAREBITO. Nous avions déjà dit que Shimizu était le maître des idées géniales sans fondements. Et si nous ne l’avons pas dit nous le crions haut et fort. Oui mais ferme ta fenêtre, il y en a qui veulent dormir ! Non mais c’est pas vrai !!! Je disais donc que Shimizu nous ressert continuellement l’histoire bien hasardeuse d’une sombre malédiction ou d’un mystère qui ne demande qu’à se désépaissir, mais il ne parvient jamais à résoudre ses intrigues. C’est très frustrant et assez facile. Et comme ses réalisations sont soit plates soit tape à l’œil, il n’est jamais parvenu à rendre son cinéma digne d’intérêt.

MAREBITO aurait pu s’annoncer comme une nouvelle variation autour d’une quête comme l’était TESIS pour la violence. Ce thème est remplacé ici par la terreur dans ce qu’elle a de plus représentatif chez un être humain : ce qu’on peut y lire sur son visage. Shinya Tsukamoto (oui, le grand réalisateur !) y incarne un homme qui cherche à percer ce secret de manière obsessionnelle. Malheureusement les éléments qu’il va découvrir n’auront pas pour but de nourrir une réflexion sur la représentation de l’Image ou sur l’assouvissement des pulsions. Le personnage sombre dans une folie irrécupérable où tous les mystères énoncés paraissent secondaires.

Shimizu ne terminera pas non plus le film qu’il avait commencé. Fainéantise ? Carence scénaristique ? Problème érectile de son imagination ?

            La grand-messe du marketing. Ou comment vendre un produit qui n’est pas celui que l’on vous présente et dont vous n’avez pas besoin. Ils ont déjà réussi avec Georges Moustaki, ils remettent le couvert avec KUNG FU de Stephen Chow. Toujours plus loin, toujours plus con. Comédie niaise et peu intelligente qui repose sur des gags éculés et patauds. En France, depuis SIU LAM JUK KAU de sinistre mémoire, on appelle ça du second degré et cela devient hype. Le second degré c’est quand il fait bien froid, c’est ça ? Je vois qu’on a bien compris l’humour du film ! Non, le second degré c’est une référence. Une référence à quelque chose. Prenons STARSHIP TROOPERS. Le renvoi mène directement aux films de propagande et Verhoeven peut alors jouer tant qu’il veut avec les codes du genre. Dans KUNG FU point de second degré. L’humour est aussi fin que celui qui encombre les comédies chinoises et ne se différencie que par un savoir-faire efficace de Stephen Chow qui en fait un show de tous les instants. C’est chaud ! On ne peut pas penser que cette escalade dans le grotesque des situations où les effets spéciaux font tout soit de la démesure comique. On a vu la même chose récemment dans FANTASTIC FOUR de Tim Story et personne ne parlait de second degré.

CHA NO AJI            En France quand on ne sait pas quel titre donner à un film étranger on ne s’embarrasse pas à faire travailler son imagination. On se tourne vers ceux qui ont précédemment bien marché et on en fait une nouvelle variation. De cette manière L’ODEUR DE LA PAPAYE VERTE a donné lieu au GOUT DE LA CERISE, qui amena LA SAVEUR DE LA PASTEQUE et maintenant THE TASTE OF TEA (on s’emmerde encore moins à traduire le titre anglais cette fois). Bientôt sur vos écrans : LES SAVEURS DU MUCUS.

CHA NO AJI de Katsuhito Ishii (y’a du papier juste à côté) : ça a quand même plus de gueule ! Le film est tout aussi évocateur par les délicieux parfums de poésie qui émanent de sa vision. Chronique douce-amère d’une famille qui vit les petits bonheurs du quotidien, ses espérances, les histoires extraordinaires de toute une vie, les occasions manquées etc. Un magnifique hymne aux battements de cœur qui font office de regard à porter sur ce qui nous entoure et que l’on ne voit pas. Petite fille très attachante avec son minois angélique d’irrésolution. Jeune homme aux prises avec toutes les difficultés du monde pour concilier les mots et les sentiments. Découverte du temps qui s’écoule et qui emmène au loin les désirs inassouvis.

Un film délicat et qui respire la vie. Un rythme naturel. Comme la flamme consume la bougie. Invisible à l’œil nu mais d’une action lente et déterminée. Regarder les bougies s’épuiser. Les derniers soubresauts du feu ne sont que des moments où l’on se souvient que la bougie fut belle.

Notez comme Katsuhito Ishii (c’est pas une raison pour en foutre partout) réutilise les lieux et les mêmes cadrages afin de nous convier dans un décor amical qui apporte confiance et chaleur humaine. Il essaie de développer de cette manière des moments privilégiés où le spectateur est plus à même d’être réceptif à des sentiments de familiarité et d’intimité.

De l’importance de traiter le spectateur comme un ami.

            Encore une belle surprise : BARAMNAN GAJOK d’Im Sang-Soo. De vraies préoccupations contemporaines au sein de questionnements sensibles et d’une authenticité descriptive qui nous touche à tous les coups. La réalisation suit de très près les personnages sans avoir recours à trop de plans réfléchis. Du cinéma instinctif qui confirme toute la vivacité et la clairvoyance actuelle du cinéma sud-coréen.

            Plus basiquement je me suis aussi tapé WEDDING CRASHERS de David Dobkin. Rien à voir avec du cinéma asiatique. Rien à voir avec du cinéma tout court. Rarement drôle, souvent affligeant et constamment cliché. Vu et revu.

Owen Wilson et Vince Vaughn sont les seuls attraits de cette comédie pâlotte réalisée avec un entrain certain. Même Christopher Walken a bien du mal à se sortir du sale rôle dont il a hérité. Son charisme et sa technique jouent pour lui. Allez, on ne peut pas lui en vouloir c’est Christopher Walken tout de même !!!

THE CONSTANT GARDENER            L’un des films les plus importants de ces dernières années, CIDADE DE DEUS, avait révélé Fernando Mereilles au monde entier. Dans un style moins flamboyant il revient nous narrer THE CONSTANT GARDENER, ardente romance s’étirant vers la sombre machination. On y retrouve Rachel Weisz, comédienne très attachante qui alterne productions épouvantables (THE MUMMY, ENEMY AT THE GATES, CONSTANTINE…) et produits de meilleur classe (I WANT YOU, RUNAWAY JURY, THE FOUNTAIN : le prochain Darren Aronofsky) avec une rigueur stakhanoviste. Jeune femme passionnée elle porte le film avec une force de conviction étonnante et marque le rythme, le suspense et l’aura du film jusque dans la seconde partie où elle est moins présente puisqu’elle meurt. Dans sa construction THE CONSTANT GARDENER fait penser à HARRISON’S FLOWERS sauf que Ralph Fiennes ne lutte pas pour sa femme mais pour ce qui lui survivra. Car bien qu’étant doté d’une intrigue très bien écrite, prenante jusqu’à sa résolution, THE CONSTANT GARDENER est avant tout un formidable film romantique et dans ses sentiments et dans sa réalisation. Heureusement on évite le grand classicisme coincé comme celui de THE ENGLISH PATIENT. Mereilles se veut moins démonstratif que pour CIDADE DE DEUS. Sa réalisation s’affaire plus à laisser la part belle à cette histoire où amour rime au moins autant que passion. Comédiens en tête. Ralph Fiennes peut paraître moins expressif que sa partenaire, n’oublions pas que son rôle est aussi plus ingrat.

Et la beauté accentue l’exaltation des cœurs…

            Un film à voir toutes affaires cessantes. Un documentaire drôle et pertinent sur les filous qui dirigent l’O.M.C. et les pays riches qui exploitent la misère des plus démunis. Un bon complément de programmes à THE CORPORATION et aux films de Michael Moore. Une heureuse démonstration que la quête de profits délaisse les facteurs humains et recherche les procédés d’exploitation les plus sordides. Une envie de se révolter. Un document qui traite de nos actions. Une portée civile de nos actions. Un nouvel argument qui confirme que les documentaires ont plus d'avenir que les films réalistes. Une preuve que nous pouvons encore rester maîtres de nos destins. Une manifestation concrète des actes nihilistes gratuits que prônait FIGHT CLUB. THE YES MENUn rejet constant de l’uniformisation mondiale et de l’imposition de stéréotypes universels. Une illustration de l’or que vous avez entre les mains ? THE YES MEN de Dan Ollman, Sarah Price et Chris Smith.

            Et s’il vous reste encore du temps vous devrez à tout prix vous renseigner pour savoir quand le Blue Lazer sera proche de chez vous afin d’y passer une soirée d’anthologie. « Le grand bal des 26000 » est un spectacle tout en restant un bal. Un vrai bal comme dans l’ancien temps. Quand vos parents se sont connus c’était là-bas. Cette magnifique époque riante où Nicolas Sarkozy faisait encore des pâtés de sable et se demandait comment faire pour que cette mer, cette saleté de mer qui vient des côtes étrangères, ne puisse plus s’exprimer dans son continuel va et vient et empêche lesdits pâtés de se désintégrer comme une voiture réduite à un tas de cendres. Une époque où Internet n’était que savoir personnel et où l’agriculture biologique s’écrivait « agriculture ». On dit que les dinosaures existaient encore et que Georges Moustaki causa leur fuite vers une lointaine planète en composant ses premières (fausses) notes.

Cette époque vous pourrez la retrouver à l’intérieur de ce dancing où les 26000 ne sont que 25 (le temps a passé) et où tout prend forme comme à la grande époque. Tony Vasy et son orchestre nous régalent de succès particulièrement bien arrangés où « Antisocial » ne côtoie jamais les chansons de Georges Moustaki. Et en plus ils ont bon goût ! Des comédiens se mêlent au vrai public sur le parquet de bal et leur font suivre leurs péripéties d’un œil amusé. Personnages non caricaturaux mais si bien définis que l’on reconnaît sans difficulté les divers caractères. Et le videur, je ne sais pas comment ils ont fait mais c’est carrément Mickey Rourke dans SIN CITY. Du cassage de Renault 5 à la frénétique scène de baston finale c’est un délire non-stop de trois heures où l’ambiance provinciale s’allie au caractère bon marché du concept. C’est à coup de bonheur que les 26000 nous assaillent durant cette soirée où le cocktail folie jusqu’au-boutiste, ambiance bon enfant et interventions humoristiques vous transporte dans l’univers intemporel où les époques commençaient tout juste à se transformer en souvenirs.

Le 31 décembre 2005 mes souvenirs ont changé une année en une époque.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Samedi 31 décembre 2005

            Les fêtes de fin d’année sont comme des orgies annoncées. Une sorte de surabondance dans la générosité et d’excès dans la somptuosité des offrandes. Overdose volontaire.

Beaucoup d’images donc. Quelques représentations de ce que pourraient être une vie. Quelques dommages occasionnés par des actes manqués…

            Premier d’une longue liste : EL SEPTIMO DIA de Carlos Saura. Scénario très étonnant basé sur des faits réels. On peut faire une analogie plaisante avec LA CEREMONIE de Claude Chabrol, juste pour le procédé formel de narration. Le film vaut surtout pour sa fin. Ca me rappelle DOGVILLE : j’étais bien content que ça finisse ! Tout ce qui précède instaure les rapports entre personnages, ce qui se joue entre eux et les conséquences inéluctables. Mais à travers une description trop âpre. Saura ne fait pas suffisamment l’effort pour rechercher les sentiments profonds. Le flirt et ses regrets…

Nous reparlerons de lui prochainement. Il y aura du CRIA CUERVOS..., attendu depuis de nombreuses années...

            Crachons un peu sur les mauvais films.

JUST LIKE HEAVEN de Mark Waters.

MY LIFE WITHOUT MEIgnoble pitre à qui l’on doit le non moins ignoble FREAKY FRIDAY. Sa dernière monstruosité est à peine regardable. Il a entraîné cette fois-ci Reese Witherspoon (que l’on a toujours plaisir à retrouver depuis FREEWAY) et Mark Ruffalo (très bon comédien qui nous donne l’occasion de féliciter une nouvelle fois l’extraordinaire ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND ou le très sensible MY LIFE WITHOUT ME) dans ses âneries qui marquent autant de dégénérescence que la sénilité de Georges Moustaki. Bon ça va, on a compris qu’il n’aime pas Moustaki, c’est pas la peine d’en rajouter... En même temps payer 49 euros pour le voir au théâtre du Rond-Point ne serait-ce pas une escroquerie qui mérite d’être dénoncée ? Attaquons-nous d’abord à JUST LIKE HEAVEN. Sale histoire de fantôme qui fait de Reese Whiterspoon une ravissante idiote. Il faut lui répéter plusieurs fois que passer à travers les objets et les êtres humains n’est pas vraiment normal avant qu’elle n’ait une once de lumière dans les yeux qui lui permette d’envisager la possibilité qu’elle est morte. Tout phénomène paranormal lui semble bien quotidien. Quelle bêtise ! Rien ne tient debout. Si la réalisation montrait un quelconque talent de la part de Waters cela nous sortirait de la torpeur à l’intérieur de laquelle le film sombre petit à petit. Et nous avec.

LA MOUSTACHE d’Emmanuel Carrère.

Alors celui-là je ne vais pas le louper. Rarement un film m’aura laissé dans un tel état de frustration. Il n’y a qu’une idée là-dedans. Une seule. Après c’est de la broderie. Le scénario s’oriente sur plusieurs pistes qu’il n’explore pas. Absurde ? Fantastique ? Machination diabolique ? Peu importe semble nous dire le scénariste. Si l’on veut y voir une explication logique on peut se dire que finalement Vincent Lindon est fou. Le film serait alors une aberration pour les uns ou une manipulation déplaisante pour les autres. En tout cas cinématographiquement c’est sans intérêt. Le peu charismatique Vincent Lindon n’arrive pas à inscrire son personnage dans un univers suffisamment décalé pour le rendre passionnant. Un acteur comme Dominique Pinon amènerait sûrement autre chose. Du reblochon ? LA MOUSTACHE : le film le plus inutile qu’il m’ait été donné de voir.

VE'LAKHTA LEHE ISHA de Ronit et Shlomi Elkabetz.

Rien compris. Ca crie dans tous les sens et tout le monde se mêle des affaires des autres. Ronit Elkabetz se laisse humilier et cela semble lui convenir. Elle n’arrête pas de se plaindre de son mari et pique des crises de colère qui frôlent l’hystérie. De la démesure comme organe de pouvoir ? Je crois plutôt qu’elle a ses Narnia, comme on dit chez Disney.

PALAIS ROYAL ! de Valérie Lemercier.

VALERIE LEMERCIERVoilà quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Une fille simple, qui expose ses atouts et assume ses défauts dans les interviews qu’elle donne, et qui continue son parcours professionnel dans son univers si personnel. Elle a de l’humour, du charme et une philosophie de la vie qui montre un recul face à ce qu’elle est qui fait d’elle une personne très lucide. Mais son dernier film est loin d’être aussi réjouissant que les précédents. Subissant une réalisation déprimée, l’histoire s’embourbe dans des gags sans effets qui manquent terriblement de punch. Ca se suit sans grande conviction car les comédiens sont assez crédibles mais on aurait aimé un peu plus de mordant dans les dialogues et surtout dans les situations. L’humour se fait politiquement correct. C’est dans l’air du temps, me direz-vous. N’empêche que c’est ce qui pouvait lui arriver de pire.

IL NE FAUT JURER… DE RIEN ! d’Eric Civanyan.

On ne reviendra pas sur l’influence de l’époque sur les moeurs, Civanyan n’en a apparemment pas grand-chose à secouer. Il aurait quand même pu prêter une plus grande attention à l’adaptation qu’il a faite de la pièce d’Alfred de Musset. Tout son charme et ses enjeux définitivement oubliés, il ne reste qu’une histoire plus que jamais conventionnelle servie par des personnages grossièrement dessinés. Voici un bon film bien balourd, difficilement enchanteur car grossier et brouillon. On est dans son fauteuil un peu comme les comédiens dans leur costume d’époque : inconfortables et anachroniques.

FOON de Benoît Pétré, Deborah Saïag, Mika Tard (anciennement Véronique Tard, enfin on ne dit plus Véronique mais Mika même si on se demande pourquoi on ne dit plus Véronique mais Mika…) et Isabelle Vitari.

Alors là j’aime quand il y a de la folie et des idées comme celles dont FOON regorge. En tête de cortège : l’irrésistible procédé consistant à mélanger le français et l’anglais dans un dialecte dont il faut souligner le magnifique travail d’écriture puisque l’on comprend tout du début à la fin. Drôle dès le départ, le gag finit par s’essouffler, même s’il n’aurait pas été convaincant d’arrêter l’idée à mi-parcours. Mais peut-être que le processus aurait pu évoluer, se transformer… Les élèves sont tous un peu trop over-edge mais qu’importe ; on est dans un délire continuel qui s’achève dans une sorte de bacchanale mortuaire qu’on aurait aimé plus orgiaque. Mais le vrai gros défaut de FOON est un cruel manque de savoir-faire côté réalisation. On n’improvise pas dans ce métier. C’est d’autant plus fâcheux que toute cette culture de comédies musicales et de films de lycée semble être bien digéré par Les Quiches. Mais il faut connaître comment provoquer un impact émotionnel par une séquence musicale ou par un effet comique pour prétendre le réaliser. Tout tombe à plat. C’est de la série M6. Aucune harmonie, les comédiens parlent sans feu intérieur, aucune idée visuelle, des cadrages incohérents… Du blabla, quoi.

MICHAEL BAYTHE ISLAND de Michael Bay. Il ne fait partie du Consortium des Laxatifs du Cinéma, lui ? Si si. Je songe d’ailleurs à en révéler une liste non exhaustive très prochainement.

Lorsqu’il y a Michael Bay au générique d’un film il faut toujours s’attendre au pire. Du coup on n’est jamais déçu. THE ISLAND est sûrement très mauvais mais il est nettement au-dessus de ses productions habituelles. La faute à un scénario pas trop malhabile qui exploite une veine futuriste un peu clichée (le futur comme avènement de l’exploitation des humains) et pleine de symbolisme démagogue. Fidèle à lui-même, Michael Bay nous offre une belle boucherie visuelle où seuls comptent le spectaculaire et les actes de bravoure. Ewan McGregor joue le héros plus intelligent que les autres et Scarlett Johansson la belle et douce qu’il n’a pas le droit d’approcher. Faut dire que dans le futur ça ne plaisante pas avec les caresses épidermiques. Profitons-en pendant qu’il en est encore temps. Alors bien sûr les uniformes sont grotesques, les dialogues frisent l’indigence caractérisée, les effets spéciaux sont absolument ignobles (ah, ces foutus micro-capteurs qui vous rentrent par les yeux et vous passent sous la peau !) et on a beaucoup de difficultés à croire à tout ce qu’on nous raconte, mais Michael Bay est au top et aura beaucoup de mal à ne pas retomber dans ses nombreux travers. Le futur ne lui fera pas de cadeau. On peut donc voir THE ISLAND comme un avertissement. Profitons-en pendant qu’il en est encore temps.

LES AMANTS REGULIERS de Philippe Garrel.

Pour les nostalgiques de la Nouvelle Vague ce film sera une véritable bénédiction. Il trouve pourtant ses limites dans ce que le mouvement à eu pour conséquences les plus désastreuses sur le cinéma français. Il n’y a presque rien à sauver. La lumière est beaucoup trop contrastée. Le son est horrible et semble n’avoir subit aucun traitement, tout est au même niveau. Tout ce qui est montré n’a pratiquement pas d’intérêt. On s’ennuie ferme, Garrel ne sachant pas insuffler de rythme ni de beauté dans ce qu’il filme. On a au moins le sentiment de voir qu’il est honnête avec son travail et qu’il ne cherche pas à attirer le spectateur par de quelconques artifices vomitifs. Pour moi, c’est le pire du cinéma français.

HOUSE OF WAX de Jaume Collet-Serra.

Déplorable.

            Du côté des vraies réjouissances, parlons un peu de cul. Du sexe ? Enfin !!! Non non, du cul. Avec INSIDE DEEP THROAT. Film réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbato, et qui nous narre la fabuleuse histoire du film pornographique DEEP THROAT. Outre l’impact que ce film a eu sur les comportements cinématographiques et la retranscription d’une époque que l’on a du mal à percevoir aujourd’hui, INSIDE DEEP THROAT nous ramène avant tout à l’Histoire du mouvement pornographique. Un genre qui a été politiquement étouffé et que l’on a tué petit à petit. D’abord phénomène de mode, il a par la suite été condamné dans ce qui s’appelle une véritable infraction à la liberté d’expression. A cette époque le porno ne ressemblait pas à ce qu’il est devenu aujourd’hui. Le genre comptait ses honnêtes artisans, ses escrocs et ses visionnaires comme tout autre genre, mais n’a jamais pu permettre à ses réalisateurs de s’illustrer au sein de leur vision artistique. Si l’on revoit DEEP THROAT DEEP THROATaujourd’hui, on peut s’apercevoir que ce n’est pas uniquement un film qui se contente d’exploiter de manière salace les scènes hards qui s’y trouvent. Son réalisateur Gérard Damiano y a bâti une intrigue et propose quelques métaphores visuelles qui sont les seules éléments intéressants au sens artistique. Car DEEP THROAT n’est pas à proprement parler un bon film. Il permet juste d’insérer la sexualité crûe dans le cinéma traditionnel. C’est déjà une avancée énorme. Le succès qu’il connaîtra viendra essentiellement de cet argument qui ralliera les défenseurs des libertés individuelles, mais aussi de son actrice Linda Lovelace qui y fait montre d’une ardeur et d’une ingénuité à la tâche jusqu’ici inconnue. DEEP THROAT marque ainsi les bases du cinéma pornographique qui prétend rivaliser avec tout autre genre. Alors qu’il était en droit d’espérer autant de chefs-d’œuvre que dans le western ou le film noir pour exemples, une véritable éradication du porno s’engage. En France de nombreux films subissent de plein fouet le décret n° 61-62 du 18 janvier 1961 qui permet au ministre de l’Information d’interdire totalement un film. Avec la déferlante du porno et l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir, la « loi X » va reléguer ces films devenus indésirables dans un circuit de salles spécialisées. Elle va aussi les astreindre financièrement et fiscalement (TVA à taux majoré, taxe forfaitaire de 300000 francs pour les longs métrages étrangers, disparition du fonds de soutien etc.). Le X s’enfonce désormais dans un ghetto où les productions cinématographiques coûtent de moins en moins cher. L’Etat devenu proxénète ne veut plus de ces « horreurs » mais ne se privent pas de récupérer l’argent qu’elles génèrent. Le genre s’effondre dans une misère cinématographique à pleurer. Avec la prise de pouvoir des socialistes en 1981, Jack Lang s’est juré la disparition des salles X et commence à regarder de plus près les contournements que la droite avait laissés faire. Résultat : le nombre de films pornographiques tournés en 35 millimètres diminue jusqu’à atteindre le zéro fatidique au milieu des années 90. La dernière salle française fermera au début du XXIème siècle. Aujourd’hui l’héritage pornographique se fait tout de même sentir dans des productions plus « classiques ». En 1998, Gaspar Noé utilise des plans hards dans son brillant SEUL CONTRE TOUS. Les scènes d’amour non simulées atteignent des films comme les très mauvais LA VIE DE JESUS de Bruno Dumont et BAISE-MOI de Virginie Despentes et Coralie Trinh Tih. La représentation pornographique n’aura finalement jamais été exploitée au cinéma mais il reste que l’on peut désormais clairement montrer des plans hards. Le décret n° 90-174 du 23 février 1990 met en place deux types d’interdictions :

- interdit aux moins de 12 ans

- et interdit aux moins de 16 ans.

Les films pornographiques ou d’incitation à la violence restent interdits aux moins de 18 ans et la mesure d’interdiction totale d’un film est toujours en vigueur. L’affaire du film BAISE-MOI aura permis de relancer le débat. Le premier film a se réclamer de toute cette idéologie sera le très bon 9 SONGS de Michael Winterbottom, sorti cette année sous une interdiction aux moins de 18 ans ! Je ne sais pas pour vous mais je trouve que cette chronique manque un peu d’images !

INSIDE DEEP THROAT est un documentaire très bien monté qui rend l’aventure toujours accrocheuse sans tomber dans le racolage excessif. Il dépeint un morceau de l’Histoire du cinéma dont l’influence se fait encore sentir de nos jours. Il nous montre comment la naissance d’un mythe annonça sa propre mort. A une consonne près, la grosseur des mythes varie…

ANNE CONSIGNY            LE PETIT LIEUTENANT de Xavier Beauvois est très nettement découpé en deux parties complémentaires. Peu convaincant. La première est la plus intéressante. Jalil Lespert parvient à nous attacher à son personnage si peu héroïque mais porté par ses valeurs et son ambition. En s’attachant à chercher un certain réalisme dans sa direction d’acteurs Xavier Beauvois nous entraîne facilement dans le quotidien de ces policiers. Dans le même genre, on avait déjà beaucoup apprécié L.627 de Bertrand Tavernier. Le manque de palpitant est ici compensé par les remous psychologiques que Beauvois veut décrire. Et dans la seconde partie, malgré la persuasive Nathalie Baye, le propos devient un combat intérieur qui n’a plus rien à voir avec du cinéma. On parlait il y a quelques années de Xavier Beauvois comme un des acteurs majeurs du renouveau du cinéma français, il n’y a pas que lui qui devrait revoir sa copie.

            Nous avions préalablement aimé L’ART (DELICAT) DE LA SEDUCTION de Richard Berry puis détesté son second film : MOI CESAR, 10 ANS ½, 1m39. Son troisième long métrage : LA BOITE NOIRE se démarque encore, cette fois-ci de manière formelle. Le film fait preuve d’une virtuosité technique assez peu personnelle. Un peu comme si Richard Berry avait cherché à s’entourer des meilleurs opérateurs afin de réaliser un film très poussé sur la composition des cadres, des lumières ou du montage mais au final sans touche personnelle.

            Alex de la Iglesia est fou. Découvert en 1993 avec ACCION MUTANTE, un petit film déjà bien azimuté, il a continué à animer le cinéma espagnol d’œuvres pas vraiment correctes mais très drôles. Il s’est fait le spécialiste d’un humour noir très jubilatoire où il prend un malin plaisir à malmener ses personnages principaux au cœur de situations où le plus ignoble n’est pas toujours celui qu’on croit. CRIMEN FERPECTO ne déroge pas à la règle. De la Iglesia affine son style et nous concocte une comédie noire très savoureuse. En elle-même l’immoralité n’est jamais traitée sous forme de glorification mais sert de prétexte pour jouer avec nos propres notions de morale. Sous une réalisation énergique, de la Iglesia mêle rebondissements et surprises. Nous évoluons sur un fil où la tension est toujours de mise. Un élément vient sans cesse rajouter une difficulté à l’histoire. Aussi impossible à défendre soit le personnage de Guillermo Toledo, de la Iglesia nous rallie à sa cause et impose Monica Cervera comme l’ennemi personnifié. Tour de force ancré dans le second degré qui nous mène vers l’assouvissement euphorique d’une histoire menée tambour battant et qui nous permet de rire de tout, même de la mort.

            JE NE SUIS PA LA POUR ETRE AIME de Stéphane Brizé est une intense satisfaction dont l’espiègle sensation de révélation du sentiment amoureux fait toute la force dramatique. Patrick Chesnais est incontestablement un des atouts primordiaux du film mais il convient de citer avant tout la succulente présence d’Anne Consigny. Ca sent le César. Elle est tout ce que le charme du film symbolise : une beauté discrète, quasiment secrète et qui cherche son pendant face à ses contradictions. Car JE NE SUIS PAS LA POUR ETRE AIME subit les effets les plus néfastes de la politique cinématographique française. Récit lent, photographie morne, déprime ambiante et manque d’ambition. Or sa grande force est d’avoir su exploiter avec un maximum d’impact émotionnel ce qui pourrait être des défauts. Les personnages sont très bien exploités dans leurs caractéristiques du quotidien et notamment des espoirs déchus. Les âmes qui se cherchent se frôlent sans savoir comment s’exprimer. Il y a aussi beaucoup d’humour qui se cache derrière toute cette sobriété. C’est touchant, triste, sensible et plein d’espoir. Plein d’espoir parce qu’il faut parfois arrêter de jouer au con. Ecouter ce que fredonnent ses sentiments ça ne s’achète pas et pourtant ça vaut tout l’or du monde.

PETER JACKSON            Et puis il y a le cas Kong. King de son prénom. On aime bien Peter Jackson parce qu’on lui doit les remarquables FORGOTTEN SILVER et BAD TASTE. Et puis il n’a pas été complètement manchot sur la trilogie THE LORD OF THE RINGS. Il avait raté THE FRIGHTENERS mais ne comptait pas de véritable mauvais film. Jusqu’à présent.

KING KONG c’est un peu l’exemple que tout est possi