Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

.

ARRET-SUR-IMAGES.jpg

   

 

 

Jeudi 23 mars 2006

            Rien n’est jamais gratuit. Personne n’est jamais vraiment désintéressé. Et pourtant il existe une catégories d’actes qui fascinent par leur portée symbolique ou leur apparent désengagement capitaliste. C’est comme cela que naquit Internet et qu’il a fonctionné pendant un certain temps. Partage altruiste et inconditionnel. Juste le rapport de celui qui met à disposition et de celui qui est attiré par la lumière. C’est une des raisons pour lesquelles vous ne trouverez pas de publicités ici.

Je trouve particulièrement attrayant l’idée d’une action qui n’appelle pas de réponse. Dire tout le bien que l’on pense d’un film c’est un peu comme dédicacer une chanson, lors d’une soirée karaoké, à une personne qui n’est pas dans l’assistance. « Il est des choses de faire et de ne pas dire » entendait-on dans le MANON DES SOURCES de Marcel Pagnol. L’action qui prime sur la parole. Ah oui, je vois : claquer une baigne à Georges Moustaki plutôt que de répéter qu’il en mériterait une, c’est ça ? Parce que parler de cinéma, finalement, ce n’est pas si important que cela. Lorsque la parole devient acte, ce que nous glorifions devient une statue. Edifier des totems. Et si le cinéma ne servait qu’à cela ?

HAPPY ENDINGS            J’ai envie de dire du bien de HAPPY ENDINGS. L’exercice semble un peu frustrant car plus que tout j’aimerais que cette déclaration s’adresse aux véritables instigateurs de ce succès. Mais il y a peu de chances que l’un d’eux passe par là. Avouer son amour n’a d’importance que si la personne en face est capable de recevoir ce que vous lui offrez. Discourir d’un film, un acte gratuit ? Evidemment non, mais forcément inachevé.

HAPPY ENDINGS, donc. Réalisé par Don Roos. Alors tout d’abord on est tout excité par ces petits cartons-textes qui viennent agrémenter le film en splits-screens. Une excitation qui naît de ce qu’ils nous annoncent. Toujours en complément de l’action. Révélations, actes antérieurs, pensées… L’exercice nous fait penser à GABRIELLE qui employait un processus presque équivalent mais beaucoup moins efficace. Ici nous pourrions nous passer de quelques panneaux, mais leur agencement en tant qu’éléments prépondérants suffit à faire notre bonheur. Du bonheur annoncé, pas du tout consensuel, et qui se permet de découler d’histoires qui tournent autour d’origines, de racines et de ce qui définit nos attachements. On est dans le film familial métaphysique. Sa vraie force est de ne pas s’attacher à la famille comme modèle fondateur et formateur, mais beaucoup plus à la signification qui émane de la source de vie. Une petite introspection qui permet au réalisateur de nous faire s’interroger sur notre rapport au lien. Différentes histoires avec peu d’interactions entre elles mais toujours un thème commun. Une belle description de personnages vient alimenter le propos, laissant place à de magnifiques interprétations, et notamment celle de Maggie Gyllenhaal, une fois de plus, qui confirme son énoooOOOooorme talent, après son énoooOOOooorme prestation dans SECRETARY. A ne pas confondre avec l’énoooOOOooorme talent de Rocco Siffredi. Et une actrice que nous avions mentionné il y a peu de temps à propos de WE DON’T LIVE HERE ANYMORE : Laura Dern. Même constatation. Troublante, surprenante, touchante, riche intérieurement. Très loin de la Lula de WILD AT HEART. On l’attend avec impatience dans les prochains David Lynch et GeorgeA. Romero.

            Jeudi 16 mars 2006. Plateau de l’émission « Tout le monde en parle ». Comme à son habitude Thierry Ardisson met en opposition des personnalités qui viennent exposer leurs contradictoires visions du monde. Du spectacle, très souvent. Ce soir-là ce fut un grand moment télévisuel. Quand la bêtise se confronte à l’idiotie…

Sur le plateau : Eric Zemmour qui vient présenter son livre « Le premier sexe ». Face à lui, Clémentine Autain, conseillère municipale de Paris. Alors là ça fait plaisir ! Ca fait plaisir quand des personnes peuvent enfin parler comme elles pensent. Allez, on ne va pas bouder son plaisir. M. Zemmour est un client formidable et Clémentine Autain est délicieuse. Eh oui, que voulez-vous ?! Je ne m’intéresse qu’épisodiquement à la politique de mon pays et j’avoue que je ne connaissais pas cette jeune femme auparavant. Et en tant que vil consommateur je me surprends parfois à aimer répondre à des concepts. La belle Clémentine emporta donc mon adhésion dès son entrée en scène. Elle fut un peu moins convaincante dans l’exposition de ses idées. Or comme je réponds à son concept, je lui passe tout. Mais en face il y a Eric Zemmour et surtout Francis Huster. Ah, Francis Huster ! Heureusement qu’il était sur ce plateau ce soir-là pour sauver une banale opposition et en faire un petit chef-d’œuvre de comédie post-moderne. Le Francis, lui, il n’avait à priori rien à faire dans ce débat. Il venait la gueule enfarinée (tout ce qui se sniffe n’est pas poudre !) présenter un livre sur Sacha Guitry. Jusque-là no problemo. Sacha Guitry c’est encore un bon concept. Un livre de Francis Huster un peu moins. Il commence donc par nous parler de l’équipe de France de football et soutient à qui veut l’entendre qu’elle gagnera la prochaine Coupe du Monde. Paco Rabanne ! Sors de ce corps ! Bon, après tout, pourquoi pas. Il fait peur, mais juste un peu. Et puis il faudrait mettre Fabien Barthez dans les cages, qu’il dit. Ouh ! Alors là tu m’intéresses, mon p’tit ! Mes poils se hérissent et je tends l’oreille. Ou l’inverse, je ne me rappelle plus. Horreur ! Il vient d’enchaîner sur la politique qu’il considère en étroite relation avec le sport, le football en l’occurrence. Encore une fois : pourquoi pas ? Et voilà quTOUT LE MONDE EN PARLE’il commence sa démonstration en arguant de l’engagement de l’équipe d’Iran au cours de la Coupe du Monde précitée. Et quelle aurait été la réaction de la France, des joueurs français, si l’Iran ne s’en était pas pris à Israël mais à la France ? Ah oui, mais alors là ça ne va plus du tout, monsieur Huster. Parce que le sport c’est avant tout des joueurs qui mettent en opposition leurs compétences physiques. Comment voulez-vous demander à des sportifs de prendre partie pour une compétition d’où seraient exclus des équipes nationales sous prétexte que leur pays ne seraient pas en accord avec l’opinion internationale ? Non, s’il y a bien quelque chose de beau dans le sport c’est que pendant un certain laps de temps on laisse de côté ce qui se passe sur d’autres terrains et on se consacre à l’effort physique. Comme disait la jeune mariée. Ce n’est pas de l’hypocrisie : on met de côté mais on n’oublie pas. La politique intervient dans le sport, vous avez raison mais les joueurs n’ont pas à répondre des actes de provocation de leur pays ou de leurs opinions. Vous devriez savoir comme le disait Antonin Artaud que les comédiens sont des sportifs affectifs. Il y a donc un rapport très étroit et des comparaisons fréquentes entre le sport et le théâtre. Mais je doute que vous fassiez un rapide tour des spectateurs qui viennent vous voir jouer et que vous en excluiez les sympathisants Lepenistes sous peine de ne pas assurer la représentation. La politique prend part au théâtre mais on n’oublie pas. On n’oublie pas qu’on joue devant 15 à 20 % de personnes qui ont voté pour lui. Bref.

Belles paroles sur Sacha Guitry, consensualisme du plateau télé, sourire séducteur etc. Et tout à coup c’est le drame. Apparitions d’Eric Zemmour et de la divine Clémentine Autain. La situation se tend. Les propos de monsieur Zemmour se font réactionnaires. Et Francis Huster montre son vrai visage. C’est toujours en situation de crise que l’on découvre la vraie personnalité des personnes. Tout à coup, le discours humaniste, apaisant, chaleureux et tolérant qu’il tenait quelques minutes plus tôt se transforme en arrogance et en mépris. Francis Huster est pris sur le vif. Il n’a pas préparé sa réaction comme il avait pu préparer l’intervention au sujet de son livre. Du coup, il se montre totalement en opposition à ses propos précédents. Certes, on a le droit de ne pas être d’accord avec ce que dit Eric Zemmour. Cela paraît même intelligent. Mais chacun a le droit d’exprimer ses opinions et ses théories, aussi absurdes soient-elles. Permettre la liberté d’expression c’est être tolérant. Il appartient alors à chacun de pouvoir opposer ses arguments. Mais monsieur Francis Huster à jugé plus judicieux de constamment tourner le dos à Eric Zemmour, le méprisant d’une indifférence feinte, allant jusqu’à le menacer de le sortir du plateau s’il le traitait une nouvelle fois de démagogue. Voilà encore une nouvelle preuve intelligente de diplomatie. User de la violence pour régler un différent. Francis Huster prêt à frapper Eric Zemmour pour le réduire au silence. Bravo ! Bel exemple ! Son irrespect continua jusqu’à la fin de l’émission, Francis Huster ne s’apercevant pas qu’il s’enfonçait un peu plus à chaque fois qu’il ouvrait la bouche. Facile de décrédibiliser un homme lorsque l’on est habitué à jouer avec les mots et à parler avec emphase devant un public, facile de le défier dans une joute verbale où Zemmour faisait preuve d’un manque de volubilité évident. Nous aurions préféré que Francis Huster avance des arguments en contrepoint de ceux d’Eric Zemmour plutôt que d’attirer sur lui notre opprobre. Du grand dénigrement comportemental digne d'un Fabius des grandes heures.

Belle attitude courageuse d’Eric Zemmour de venir braver tout ce monde qui était contre lui. On regrettera que ce fut au service d’une idéologie rétrograde. Le problème dans ce genre de cas est que celui dont l’aberration du discours est avérée se trouve être celui qui a constamment tort et dont le public doit huer tous les arguments. C’est un peu plus compliqué. Eric Zemmour se servait d’éléments qu’il était impossible de nier (la féminisation de l’homme, le racisme anti-blancs…) mais qui lui servaient à élaborer une théorie plus que douteuse. Impossible pour lui d’avoir une quelconque crédibilité sur n’importe quel point que ce soit.

Quelques jours plus tard, je subis la même punition. Sur le plateau de l’émission « On a tout essayé » le fade Bruno Wolkowitch s’en prenait violemment à Steevy, exprimant qu’il est des choses que l’on n’a pas le droit de dire à une heure de grande écoute sur des sujets sérieux. Faux ! Archi faux !

Quelle est donc cette arrogance de personnes qui se croient supérieures parce qu’elles considèrent leurs idées plus justes ? Tout le monde a le droit de s’exprimer. Il n’existe aucune restriction. Chacun a aussi le droit de se tromper. Honte sur Bruno Wolkowitch !

            Vous allez finir par croire que je m’éternise devant la télévision ce qui n’est absolument pas vrai. Cela fait très longtemps que je ne la regarde plus. En tombant sur de tels programmes c’est moi qui vais finir par me demander pourquoi ce genre de propos s’attirent toujours les faveurs du public.

Des fois j’ai l’impression d’être unique.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
commentaires (4)    ajouter un commentaire
Dimanche 19 mars 2006

INGMAR BERGMAN            J’aime particulièrement les mémoires et autres autobiographies décrivant la vie des grands cinéastes. Ah bon ? Moi j’aime les putes. On y apprend toute la richesse que la plupart d’entre eux ont accumulée au cours d’une vie palpitante faite de multiples aventures extraordinaires et de rencontres excitantes, et qui mériteraient tout autant qu’on y consacra un film. Mais les films autour de ces cinéastes cela n’existe pour ainsi dire pas. Et pourtant ils sont légion ceux dont la vie aura été plus cinématographique qu’une œuvre de Renny Harlin. Exceptionnelle est celle d’Ingmar Bergman qui se raconte à travers « Laterna magica », livre d’une confondante crudité. Je ne vois pas le rapport avec les légumes…

Il y a bien une constante qui apparaît assez logique si l’on s’intéresse en même temps à leurs films, c’est que l’on y retrouve leurs influences, les grandes obsessions de leur vie, leur manière d’appréhender le monde et de se comporter avec autrui. Ce qui est plus étonnant c’est de voir comment la transformation créative a abouti, plaçant chaque aspect de cette vie, chaque considération aussi minime qu’elle soit, au sein d’un cercle de réflexions qui aboutissent à un enchevêtrement de connexions complexes. Avec la même interrogation qui parcourt le processus : « Comment retranscrire une émotion ? ». Je ne conçois pas qu’un cinéaste puisse œuvrer sans se poser cette question. Et moi je n’arrive pas à me faire à l’idée que le vrai nom de Georges Moustaki est Yussef Mustacchi. Changer de nom pour pas qu’on le reconnaisse ! Si c’est pas fourbe, ça…

En revoyant PAT GARRETT & BILLY THE KID il apparaît clairement que Sam Peckinpah n’est pas le réalisateur qui se limite à la violence stylisée de THE WILD BUNCH et aux ralentis exagérés, comme veulent bien le laisser entendre une grande partie des critiques cinématographiques. Et pas la meilleure partie. PAT GARRETT & BILLY THE KID est sûrement son film le plus beau. Peut-être pas le plus abouti techniquement mais en tout cas celui qui affirme de la manière la plus conséquente sa vision du monde et surtout des rapports humains. Car Peckinpah décrit avant tout le destin unique de deux amis qui vont se retrouver opposés dans une lutte où chacun finira par tuer une partie de lui-même. Lutte déchirante et cependant pleine de tendresse.

SAM PECKINPAHLa dualité est l’une des premières grandes réflexions chez Peckinpah. Il conçoit de toute évidence le monde de cette manière. On peut ici faire référence à l’immense violence dont fait preuve Dustin Hoffman dans STRAW DOGS, revirement inattendu face à la détermination pacifique qu’il avait arborée jusque là. On se rappelle aussi les jeux ambigus d’amour et de haine de Steve McQueen et Ali Mac Graw dans THE GETAWAY. Relation qui préfigurait son film suivant : PAT GARRETT & BILLY THE KID. Une dualité intéressante parce qu’elle n’est pas aussi inepte que le manichéisme hollywoodien. Croire que l’Homme subit en même temps les affres de ce qu’il est et de ce qu’il aimerait être.

Dans PAT GARRETT & BILLY THE KID Sam Peckinpah cherche à s’échapper d’une voie sans issue. C’est en cela que l’on a pu lire qu’il s’agissait d’un western crépusculaire. Mais pas plus que la plupart de ses autres films. Et notamment le savoureux BRING ME THE HEAD OF ALFREDO GRACIA. La mort y était encore plus présente, allant même jusqu’à s’incarner dans les décors crasseux et décadents. Ici nous connaissons dès le début la tournure tragique des évènements. Cela confère plus de place à Peckinpah pour axer son récit autour du difficile clivage annoncé.

La beauté provient de cette tristesse, de cette nostalgie, de ce fossé qui sépare les vécus communs. Et l’annonce que l’un d’entre eux doit mourir pour avoir joué son propre rôle jusqu’au bout. La danse de mort ouvra le bal. Crépusculaire, forcément. Musique de Bob Dylan. Deux grands moments du film : évidemment « Knockin’ on heaven’s door » et puis le moment où Billy The Kid s’offre une dernière nuit, une dernière étreinte, dans un rituel en forme d’adieu. Témoignage troublant car plein d’affect.

Pour moi les films de Peckinpah sont des films musicaux. Il aurait très bien pu en diriger s’il n’était pas mort prématurément. Il suffit de constater à quel point il marie la musique avec ses personnages, comment elle définit l’ambiance et le rapport quasi chorégraphique. Du rythme, bien sûr, mais bien plus que ça, une manière d’être, de composer avec l’environnement. Ah c’est sûr, ça a plus de gueule que Richard Gere qui se dandine sur les faux airs de CHICAGO ! La mise en scène en tant que chorégraphie. Voilà ce qui rapproche Peckinpah du grand Kubrick. Et comme nous en étions à parler de beauté, il faut aussi mentionner l’ingéniosité d’avoir eu recours à de nombreuses occasions aux longues focales qui créent cette beauté crépusculaire tant appréciée. Quasi unique pour ce western new age sombre et rageur.

STANLEY KUBRICK            Entre PEINDRE ET FAIRE L’AMOUR le choix pouvait paraître très simple et ne pas appeler une lente introspection cinématographique, mais c’est pourtant ce qu’ont osé les frères Larrieu. Plus d’une heure et demie à suivre Sabine Azéma ne sachant pour quel choix opter :

- Peindre ou faire l’amour ? Faire l’amour ou peindre ? Peindre c’est quand même la tranquillité, la nature paisible, la passion créatrice, le pinceau qui chatouille la toile… Oui mais faire l’amour c’est la communion des corps, l’assouvissement d’un plaisir que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, le pinceau qui chatouille ma toison… J’arrive pas à me décider ! Tiens, si j’allais plutôt chercher des fossiles du paléolithique…

Je ne pensais pas que le choix était si cornélien, mais faut croire !

La bonne nouvelle c’est que les frères Larrieu ont des pieds. La mauvaise c’est qu’ils écrivent avec. Rarement vu un film aussi mal écrit. Construction et dialogues. Ben tiens ! Pourquoi faire les choses à moitié ? A ce rythme là je peux leur en écrire des dizaines par jour, moi, des comme ça. On ne parle pas comme on écrit ! C’est notamment le dur travail d’une adaptation. Mais là, quand les frères Larrieu sont aussi les auteurs c’est encore plus inexcusable. C’était la première fois que je voyais Daniel Auteuil parler faux au cinéma ! J’ai eu beaucoup de mal à me demander tout le début si ce n’était pas une comédie. Et dire que c’était en compétition à Cannes ! Cela en dit long sur l’intellectualisme du festival. Parce question cinéma, c’est le néant complet. Absence du cadre, travail sur la lumière jugé inutile, son horrible ou plutôt de qualité française, mise en espace pontifiante, incohérences du personnage interprété par Sergi Lopez, ellipses aberrantes, j’en passe et des pas mûres. Il reste quelques jeux d’adultes qui se retrouvent dans l’échangisme. Un thème qui aurait pu s’avérer particulièrement payant s’il avait été exploité en tant que réappropriation de son propre corps. Mais rien. On est bien content qu’ils s’amusent bien. Voilà. Mais tout cela est un peu putassier et racoleur. Alors que l’exploitation du sexe à l’intérieur du film, franchement cela ne casse pas trois briques à un canard ! L’exploitation de la sexualité aurait sûrement amené plus de corps dans un film qui ne sait pas les filmer. Qui ne sait rien filmer. L’idée de faire l’amour comme on peint, de penser son corps comme l’on pense à une activité ludique, voilà quelque chose d’intéressant. L’héritage des années 70 sans sa compréhension. Mais les frères Larrieu préfèrent balancer des idées sans les aborder de front, dans le but d’une légitimité intellectuelle. Trompeuse, la légitimité de cet intellectualisme post-moderne. Ca la fout mal quant à la qualité du film.

PATRICK DEWAERE            Grand film que le COUP DE TETE de Jean-Jacques Annaud. Relis bien cette phrase et tu constateras que quelque chose est en opposition dans cette affirmation. Oui, je sais, grand film et Jean-Jacques Annaud cela ne s’accompagne pas bien. J’aime bien le conspuer le monsieur Annaud, mais cette fois-ci nous allons parler du seul film qui mérite d’être cité dans sa si vilaine filmographie. Pour tout vous dire, COUP DE TETE ce n’est pas sa faute. Les véritables personnes à féliciter sont Alain Godard et Francis Veber. Ils sont à l’origine de ce que les frères Larrieu ont le plus mal réussi : l’histoire et les dialogues. Et puis il y a les comédiens. Patrick Dewaere en tête. L’avoir dans son film était un atout indéniable. Il apporte une richesse de caractère et une diversité en émotion qui lui amènent toute la sympathie du spectateur nécessaire pour que le film fonctionne. Quant aux seconds rôles il faut mettre en avant le fabuleux Claude Legros, absolument hilarant, et de grands numéros de Gérard Hernandez, Robert Dalban, Hubert Deschamps, Michel Aumont, Jean Bouise ou encore Paul Le Person. Une époque où le cinéma français savait encore employer les seconds rôles. Quant à la patte de Jean-Jacques Annaud il faudra sûrement la déceler dans sa capacité à avoir su composer avec la qualité de ces divers éléments pour en faire un film revigorant, où la rébellion de Patrick Dewaere emporte notre adhésion face à la crétinerie de Monsieur Tout Le Monde. Parce que pour ce qui est de filmer du ballon rond… Nous sommes tous d’accord qu’aujourd’hui le football à la télévision est d’une réalisation affligeante et qu’il y a énormément de choses à mettre en œuvre pour que ce spectacle ait plus de relief. Toujours les mêmes plans, les mêmes axes, les mêmes réactions etc. Pas beaucoup d’émotion si ce n’est par le jeu que proposent les équipes. Il y a donc une place à prendre, place que ne semble pas vouloir conquérir le misérable Annaud qui filme la partie encore plus platement. Pas de mouvement, pas d’action de jeu, pas de montée de suspens… C’est du cinéma pauvre en idée. Et dire que si ce film n’avait pas marché Jean-Jacques Annaud n’aurait peut-être plus fait de cinéma... Je me fais du mal.

            Au rayon des grands réalisateurs disparus, vous seriez gentils de nous donner des nouvelles de Jim Sheridan. J’ose à peine croire que l’homme qui a signé les sublimes MY LEFT FOOT, IN THE NAME OF THE FATHER et IN AMERICA soit à l’origine du JIM SHERIDANpitoyable GET RICH OR DIE TRYIN’. Où est donc passé l’humanisme de Jim Sheridan ? La vente de la drogue et le règlement de comptes à coups de revolvers en tant que valeurs de considération sociale ne sont à mon avis pas des éléments qu’il est inconvenant de montrer au cinéma. Ce serait occulter une réalité bien trop horrible. Cependant GET RICH OR DIE TRYIN’ se définit par le manque de rapport aux valeurs qui régissent la société américaine. En cela il est profondément immoral. Il empêche l’identification du spectateur à l’ordure qu’est 50 Cent. Encore plus dégueulasse est le fait de le victimiser par la balle qu’il reçoit en pleine tête afin de cautionner sa revanche sur ses ennemis. Mais jamais le chanteur ne se repentit et continue tout autant à alimenter son univers où les différents se règlent avec des armes. Immoral et pernicieux. Côté réalisation, Sheridan est tout autant aux abonnés absents. Il aime d’habitude faire au plus simple et s’occuper de ses comédiens dans son cadre. Mais des comédiens il n’en a pas cette fois. Et niveau visuel rien de bien percutant. Un film qui se trouve bien loin de son postulat de départ : conter la difficile vie du rappeur 50 Cent et bouleverser le public par son parcours hors du commun. Réaction inverse : pas de pitié. Difficile d’adhérer à un discours à sens unique qui glorifie un homme peu exceptionnel et clairement dévoyé. En tout cas il s’agit d’un travail indigne de Jim Sheridan. Sûrement une commande. Et l’on ne discute pas avec les rappeurs dont la gâchette à toujours raison. Peindre or die tryin ? C’est à croire qu’ils se passent le mot niveau questions existentielles.

            De Funès. Un grand que jamais personne n’est parvenu à imiter, encore moins à égaler.

Rigolote cette petite apparition dans MONSIEUR TAXI d’André Hunebelle. Une seule scène (très courte) et déjà toute l’intelligence de jeu nécessaire pour tirer le maximum de son personnage et augmenter le caractère atypique des rencontres que fait Michel Simon. Film légèrement irrévérencieux et fort agréable à regarder grâce à son charme désuet.

LOUIS DE FUNESOn prend les mêmes et on recommence trois ans plus tard avec L’IMPOSSIBLE MONSIEUR PIPELET. Le rôle est plus construit et l’empêche un peu de laisser libre cours à ses extravagances. Il en reste cependant quelques morceaux de choix particulièrement visuels.

L’un de ses rôles les plus frustants restera celui du valet dans LE CAPITAINE FRACASSE de Pierre Gaspard-Huit. Impossible pour lui de tirer parti de ses peu nombreuses répliques, le metteur en scène veillant scrupuleusement à ce que son univers ne dénote pas avec le film de cape et d’épée.

Heureusement, en 1962, LES VEINARDS lui donne un peu plus de souffle. Présent uniquement dans le dernier sketch (le plus drôle, comme par hasard), il est déjà très avancé dans son personnage colérique et autoritaire. Il faut noter la présence de deux faire-valoir comme il les appréciera plus tard : sa femme Blanchette Brunoy et sa fille France Rumilly, l’extraordinaire Sœur Clotilde du Gendarme. Une actrice complètement allumée qu’il convient de redécouvrir puisqu’elle interprète ici son premier rôle au cinéma.

LES GRANDES VACANCES est un film très souvent diffusé à la télévision et considéré comme partie intégrante des de Funès majeur. C’est assez paradoxal car le film est assez pénible à suivre. Or, si l’on y regarde de près, il bénéficie de dialogues vraiment très drôles. Extraits :
 










  

LES GRANDES VACANCES a aussi comme atouts Claude Gensac (toujours aussi constante) et Maurice Rish (qui campe un Michonnet souffre-douleur hilarant). Mais son grand défaut vient de la réalisation. Nous savions que Jean Girault n’était pas connu pour être régulièrement cité dans les palmarès regroupant les cinéastes les plus influents du siècle dernier, mais il fut cependant plus inspiré sur d’autres réalisations, mettant généralement en scène Louis de Funès. JO ou LE GENDARME DE SAINT-TROPEZ se distinguent par un rythme très enlevé et surtout mettant en avant Louis de Funès au maximum. Ici l’histoire est plus que poussive. De Funès est bien exploité mais nous avons envie de plus de surprise et de divertissement. La vision de la jeunesse et son insouciance arrivent cependant à insuffler suffisamment de légèreté à cette comédie dont le public est avant tout adolescent.

AH ! LES BELLES BACCHANTES est un bon exemple de transformation ratée. Ici c’est Jean Loubignac aux commandes, vous repasserez donc pour les plans stylisés et les effets de montage. Le problème de ce film (qui est très mauvais) est que la troupe de Robert Dhéry passe avant tout. Il est indéniable que Louis de Funès attire toute l’attention sur lui tellement son personnage est riche, mais le film s’attache plus à mettre en valeur les différents sketches que ce policier qui cherche à passer incognito. Et qui plus est : un humour qui a terriblement vieilli. La cerise sur le gâteau, comme on dit chez nous, ou la barbe mitée sur le Moustaki comme on dit dans des contrées reculées du Texas profond.

            CREMASTER 2 de Matthew Barney a réussi à nous faire oublier son piètre précédent exercice. Nous avons droit à un peu plus de grâce au niveau de l’image et moins d’onanisme dans la recherche narrative. Barney applique le même rythme mais semble avoir tiré les leçons du premier volet. N’en disons pas de mal et attendons le numéro 3 pour gloser plus avant.

            Quel horreur que ce film d’André Téchiné : LES SŒURS BRONTE. Alors là je n’hésite pas à le dire : je me suis fait chier comme pas permis. Lourdeur de la réalisation, mise en scène statique, acteurs à la recherche de la flamme intérieure, son déplorable et image à vomir. Mais que j’espère que leur vie n’a pas été aussi ennuyeuse à ces formidables sœurs ! On ne devrait pas mettre de caméra entre les mains de réalisateurs dépressifs !

WILLIAM FRIEDKIN            Si je vous dit William Friedkin ? Vous préférez évidemment penser au grand réalisateur du terrifiant THE EXORCIST, qui a donné ses lettres de noblesse au genre. Grand, très grand. Enorme devait être la carrière qui s’ouvrait à lui. Et pourtant il n’en fut rien. Il sombra petit à petit dans le milieu télévisuel et ses quelques tentatives cinématographiques furent très laborieuses (JADE, THE HUNTED…). Mais pour nous rappeler son talent il existe un film depuis THE EXORCIST où il démontra toutes ses qualités : TO LIVE AND DIE IN L.A. Policier hyper nerveux où l’on trouve l’une des dernières poursuites en voiture vraiment trépidante. Axes de la caméra, différences de rythme, parcours original, tout fait partie d’une mise en relief époustouflante de cette poursuite. Nerveux, toujours nerveux le grand Friedkin. Un cinéaste qui s’attache beaucoup à une retranscription méticuleuse des détails qui forgent la crédibilité du scénario. Dans TO LIVE AND DIE IN L.A. la précision avec laquelle Willem Dafoe fabrique ses faux billets n’est pas sans nous rappeler la description des actes chirurgicaux pratiqués sur Linda Blair dans THE EXORCIST. Le genre de plans qui font fuir un producteur. Tout comme faire mourir son personnage principal à quelques encablures de la fin du film. Si ça c’est pas du grand cinéaste…

            Quelques mots sur GRITOS EN LA NOCHE de Jesus Franco. Très bonne surprise pour ce qui fut l’un de ses premiers films. Il nous avait habitué à moins de tenue dans le déroulement de ses histoires, mais celle-ci est bien construite et est surtout le prétexte à de nombreuses ambiances gothiques et des cadres proches de l’expressionnisme allemand. Alors bien sûr, certains maquillages ne sont absolument pas réussis mais chacun joue sa partition de manière très convaincante, à commencer par Howard Vernon en Dr. Orlof. MARIO BAVAJesus Franco avait à cette époque de vraies prétentions de cinéma d’auteur, avec de réelles influences du côté de Mario Bava qui venait de réaliser son somptueux LA MASCHERA DEL DEMONIO deux ans plus tôt. Jesus Franco est certes moins talentueux que l’immense Mario Bava mais son GRITOS EN LA NOCHE est intéressant au vu de l’évolution de son cinéma, révélant déjà le cinéaste de l’à peu près qu’il est devenu. A ne pas confondre avec le cinéaste du rien du tout qu’est Tim Story. Même s’il ne ressemble que très peu aux YEUX SANS VISAGE de Georges Franju, GRITOS EN LA NOCHE y fait constamment référence. Nous préfèrerons ce dernier qui a beaucoup plus de classe.

            Le poker est devenu en quelques années un incroyable phénomène de société vu l’engouement qu’il suscite. Merci Internet entre autres, merci Patrick Bruel surtout. Sur le câble, les retransmissions se multiplient. Sur Paris Première, « Le tournoi des as » met en scène quelques fortes têtes du jeu et beaucoup de célébrités pour doper l’audimat. Peu d’intérêt lorsque ces dernières rentrent dans le jeu. Ils cherchent plus à faire bonne figure qu’à dompter les cadors du tapis qui finissent fatalement la partie entre eux. Le petit bilan fait avec le présentateur après leur sortie n’amène que des banalités et les commentaires sont un peu trop bavard et laissent peu de place à l’atmosphère autour de la table. Plus palpitant est le « World Heads Up Championship » diffusé sur Eurosport. S’y affrontent de véritables maîtres en la matière. Les tactiques de jeu sont alors bien plus claires et comme nous sommes en tournoi la donne n’est plus faussée quant au spectacle annoncé. Jouissance du spectateur qui connaît la musique. Belle mise en scène. Eclairages avec des ombres. C’est presque du polar. Wépété forever !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
commentaires (5)    ajouter un commentaire
Dimanche 5 mars 2006

LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE

            L’avantage de voir un film comme LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE c’est qu’il nous replace dans le temps. Nous avions laissé cette sympathique troupe du Splendid au milieu des années 80, où chacun s’envola de ses propres ailes, nous laissant comme héritage plusieurs films parfois très drôles. Héritage très lourd d’ailleurs si l’on s’en tient aux dernières comédies françaises et aux constantes références cultes qui ont fini par inscrire leurs œuvres dans nos mémoires cinématographiques collectives. Trop lourd parce qu’il est toujours préférable de s’arrêter au sommet de sa gloire que de faire une suite qui amoindrisse une image si positive. Georges Moustaki, si tu nous entends… Ah, mais non ! Il a dit « au sommet de sa gloire » ! C’est ce qu’ont pour l’instant très bien réussi Les Nuls, qui restent à l’heure actuelle la référence (puisqu’on en parlait). Nous attendions donc ce troisième épisode avec le souvenir d’un comique fulgurant qui assénait des répliques d’une efficacité redoutable. Alors pourquoi ne pas rééditer l’exploit ? Pari très difficile à tenir, mais après tout nous avions à faire à une troupe à part, unique dans la culture française. Le talent est-il une denrée périssable ? A priori nous pourrions dire que c’est un peu comme faire du vélo. Oui, mais voilà, les temps ont changé. Fin des années 70 début des années 80, la troupe du Splendid amenait un nouvel argument dans la conception de l’humour où le pince-sans-rire et le fait de pouvoir se moquer des pires choses allaient faire jurisprudence dans le paysage humoristique français. Ces jeunes gens étaient novateurs, remplis d’une énergie créatrice et dotés d’un sens de l’observation de leurs concitoyens particulièrement affûté. Aujourd’hui ces personnes ont toutes réussi à ce niveau et n’ont donc plus rien à prouver. C’est d’autant plus dommage qu’en matière d’humour la France manque de maître étalon.

Avec LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE cette équipe montre qu’elle n’est plus aussi pertinente qu’il y a quelques années. Les gags tombent à plat, manquent de percutant, mais le plus terrible c’est qu’ils sont calqués sur ce que l’on a déjà vu faire auparavant. Dans LES BRONZES ou LES BRONZES FONT DU SKI il n’y avait pas qu’eux qui savaient manier ce genre d’humour, mais c’étaient eux qui l’avaient annoncé (probablement inspirés entre autres par les Monty Python) et surtout qui le pratiquaient de la plus belle des façons. Aujourd’hui Les Bronzés ont des idoles dont ils pratiquent l’humour. Synchronisation anachronique.

Le film n’est pas très drôle. Cela tient essentiellement à ce que nous venons d’illustrer. Concrètement les situations ont perdu leur originalité. Nous aimions notamment la gêne dans laquelle les personnages semblaient trouver une ingéniosité remarquable à s’y enfoncer. Dans LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE c’est d’un ennui continuel : le divorcé qui espère reconquérir sa femme des années après, le chien que l’on remplace par un autre de la même race, l’homme qui n’arrive pas à dire à sa femme qu’il va la quitter pour une femme plus jeune etc. Heureusement qu’il y a du soleil, des jolies filles, de la bonne humeur et une intrigue digne d’une chanson de Georges Moustaki. Ca me rappelle les grandes heures de Max Pécas tout ça.

Pourtant on les aime bien toute cette équipe. A commencer par Michel Blanc, le meilleur comédien de la troupe. Moins intéressant cette fois-ci car le personnage de Jean-Claude Dus n’est plus exploité. En faire une victime était drôle. Mais la retenue au niveau de l’invention a obligé nos amis à nous refaire le coup du télésiège en le remplaçant par un jet-ski. Un petit gag juste pour nous dire : « Rappelez-vous, c’était bien LES BRONZES FONT DU SKI, n’est-ce pas ? ». Alors regardez plutôt celui-là si vous voulez vous divertir. Thierry Lhermitte, lui, n’est pas un bon comédien. Il nous l’a déjà prouvé à maintes reprises mais ici cela frise l’insolence caractérisée. A sa décharge, son personnage n’a pas évolué. S’il n’y avait que lui ! Il n’est jamais mis en danger et il se contente de jouer les play-boys. Ce n’est évidemment pas incompatible avec l’humour, mais encore faut-il savoir comment faire pour parvenir à ce savant mélange. Cary Grant pourrait lui donner des leçons. Marie-Anne Chazel cherche à combler sa transparence par des atouts mammaires sans grand intérêt. Le couple Balasko-Jugnot est sûrement celui qui fonctionne le mieux. Ce sont surtout de très bons comédiens qui ont su profiter de leurs expériences en solitaire. Leur style est beaucoup plus mûr, plus sûr et surtout ils ont encore leur sens de l’humour. Savoir jouer la comédie n’est pas donné à tout le monde. Josiane Balasko reste une des rares qui sait encore l’écrire et l’interpréter. Ce qui la distingue de Georges Moustaki qui ne sait rien écrire (si ce n’est des lettres à sa famille) et encore moins interpréter. Une petite parenthèse pour citer Martin Lamotte, acteur génial, toujours sous-employé au cinéma, parfait en Miguel, même s’il s’agit d’un rôle peu étoffé qui ne lui permet pas de montrer toute l’étendue de son talent. Pour vous dire à quel point le film n’est pas bon j’ai même trouvé Christian Clavier très bien. Rien d’extraordinaire cependant. Il joue au petit acteur de brasserie mais avec une force de conviction plus prenante que celle de ses équipiers. D’ailleurs son personnage est le plus touchant mais aussi celui qui a le plus changé. Il est juste, joue la médiocrité, la lâcheté et la misère humaine dans la même veine que ce qu’il faisait trente ans plus tôt. C’est lui qui incarne le mieux l’esprit des Bronzés tel qu’on les a connus. Maintenant ce sont des parvenus et la critique de ce genre de personnages n’a pas été faite. Même Patrice Leconte à la réalisation semble être prisonnier de cet héritage. C’est à mon sens sa plus mauvaise mise en scène. Aucun sens artistique dans les plans, des cadrages qui évoquent des feuilletons télévisés, aucun travail technique et un montage d’une lourdeur aberrante.

Triste de clore cette trilogie de cette manière. LES BRONZES 3 - AMIS POUR LA VIE nous ramène à ce qu’est devenu un certain esprit comique, à ce que sont devenus des comédiens qui auraient dû rester nos amis pour la vie puisque nos vies se poursuivaient conjointement avec ce qui avait élaboré notre humour, et à ce que nous tentons encore de rechercher en allant voir ce genre de films. Se souvenir d’un temps qui n’existe plus qu’à travers notre existence ? Se persuader que ces amis sont encore drôles car on ne peut pas se séparer si subitement d’une partie de sa vie ? S’apercevoir de l’incroyable fausseté de l’adage « jamais deux sans trois » ? Préférons nos vrais amis. Préférons la vraie comédie. Préférons la nostalgie de nos blessures. Préférons les films qui n’exploitent pas le spectateur. C’est un peu ce que je ressens face à un film qui a coûté 35 millions d’euros et dont nous n’en voyons même pas un dixième sur l’écran. Bien sûr, les comédiens ont tout pris, nous le savons. Et ce n’est pas bien joli d’accepter certains compromis cinématographiques pour faire en sorte que le film soit rentable. C’est pour cela que je ne donne pas mon argent à ces gens-là.

            Dans la catégorie meilleur documentaire, les oscars ont eu beaucoup de mal à sélectionner un bon documentaire. C’est simple il n’y en a pas (même si je n’ai toujours pas vu STREET FIGHT). Nous avions déjà parlé précédemment de l’épouvantable DARWIN’S NIGHTMARE, qui était cependant plus regardable que l’idiot LA MARCHE DE L’EMPEREUR, documentaire glacial gelé dans la superficialité de sa beauté et la débilité de son faux bon concept. MURDERBALL et ENRON : THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM sont aussi nominés et feront bonne figure quant à la déliquescence qualitative qui guette le cinéma mondial. Techniquement c’est vraiment très laid. Ces deux films ont été tournés en vidéo pour des questions d’ordre financier. Et je ris très fort de cet argument grotesque brandi comme une excuse imparable. Je me gausse devant tant de médiocrité qui brade le cinéma. MURDERBALL utilise la technique du cinéma vérité, n’effectuant aucun travail sur la lumière pour donner plus de véracité à ses images. Ineptie. L’image est dégueulasse, sature très souvent et ne rend compte que d’une seule chose : ce que nous voyons ne trouve un impact qu’à travers l’originalité du sujet. Pour sa mise en valeur ce n’est pas la peine de lui attribuer une statuette dorée le mal est déjà fait. ENRON : THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM en est moins affecté car ce travail technique est plus élaboré. Il ne parvient cependant pas à nous faire oublier la laideur de la vidéo mais a le mérite d’un film beaucoup plus construit. Les deux documentaires préférant baser toute leur efficacité sur le montage, nous nous retrouvons avec deux films très éloignés mais assez similaires au niveau de l’impact visuel : ne jamais ennuyer, mettre de la vitesse à défaut de rythme. Du montage sur ordinateur sans aucun doute tellement cela manque de chaleur et de créativité. MURDERBALL reste étrangement bancal. Très vite, le film est pornographiquement très alléchant lorsqu’il met en avant les différents handicapés puis le jeu en lui-même. Ca excite l’œil mais tout retombe très vite lorsque le réalisateur n’a plus grand-chose à dire, laisse son sujet de côté pour un bon moment et s’intéresse à la vie de ces joueurs. Une sorte de grand flash-back. Mauvais découpage et mauvais rythme. C’était sûrement le sujet le plus intéressant et le plus à même de recevoir un oscar, mais son uniformisation amoindrit la portée du film.

On ne brade pas le cinéma ! MURDERBALL et ENRON : THE SMARTEST GUYS IN THE ROOM sont des films abjects car ils subtilisent la qualité à des raisons économiques. Un documentaire comme un long métrage mérite une image de qualité (ce qui a par exemple empêché FESTEN de devenir un chef d’œuvre), sauf s’il s’agit d’un choix artistique (comme pour THE BLAIR WITCH PROJECT). Le genre documentaire n’a pas à se laisser imposer ce genre de stéréotypes dictatoriaux. C’est ce genre de raisonnements qui ont abouti à une dépréciation du système cinématographique et engendré des immondices visuelles telles que GAMER de Patrick Lévy, CHAOS de Coline Serreau ou encore DANCER IN THE DARK de notre ami Lars Von Trier.

JUNEBUG            Le A.K. de Chris Marker aurait beaucoup à apprendre à tout ce joli monde. Voilà un documentaire absolument sublime sur tous les points de vue et qui plus est tourné en pellicule ! Extraordinaire sujet filmé que le travail du réalisateur Akira Kurosawa sur le plateau de RAN. Fabuleux esprit de cohabitation et d’ambiance de travail qui régnait entre tous les participants. Sublimes paysages que ces pentes noires du mont Fuji-Yama ou ces champs d’herbes repeints couleur or. Néanmoins le film choisit de ne pas s’attarder sur la beauté trompeuse qui pourrait émaner de recherches esthétiques mais de se concentrer sur ce qui lui est donné à voir. Et montrer ce qui se joue réellement sous ses yeux. « Montrer » comme le dit Kurosawa. Ce que beaucoup ne savent plus faire et qui est pourtant la base. Alors la pellicule limite les prises. Evidemment. Mais de toute façon, comme le dit un membre de l’équipe, « on ne filme jamais ce qui est beau ».

            Amy Adams mériterait de faire parler d’elle aux oscars car elle est vraiment éblouissante dans JUNEBUG de Phil Morrison. Petit film intimiste dont le seul talent est de décrire des liens familiaux d’une complexité étrangement poétique, il faut en retenir l’interprétation de cette jeune femme de 30 ans (et j’allais oublier : un générique d’introduction absolument divin !), bouleversante en maman qui se cache la dureté des personnalités qui l’entourent mais qui sera douloureusement rattrapée par ces démons. A cet égard la scène qui augurera ce changement est celle où Amy Adams est la plus touchante car elle exprime toute cette violence rentrée depuis des années et que sa nature ne peut exprimer devant la prise de conscience des obstacles que la vie lui présente. Le genre de barrières qu’elle contournait jusque là par le sourire et en faisant en sorte que tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sa renaissance marque sûrement la révélation de ses propres désirs, quitte à la couper d’une partie du monde dans lequel elle vit.

            Vu BROKEBACK MOUNTAIN pour ne pas paraître idiot après sa prochaine victoire aux oscars. Très déçu. Où sont les somptueux paysages promis ? Qui a dirigé cette musique envoûtante qui prône l’ennui soporifique et le mélo à deux euros cinquante ? Qui soutient encore qu’il s’agit d’une histoire de cow-boys homosexuels ?

Ce n’est qu’un film triste qui s’apitoie sur son propre sort. D’abord Ang Lee ne nous montre jamais le lien qui rapproche ces deux hommes. A aucun moment il ne s’occupe de définir l’amour qui va instaurer leur relation. Il nous impose le rapport par une étreinte ou des baisers venus un peu comme des cheveux sur la soupe. Nous aurions aimé plus de fougue et de sentimentalité. « Montrer » comme le disait Akira Kurosawa.

BROKEBACK MOUNTAINEt puis ils ne vivront jamais leur grande histoire d’amour puisque Jake Gyllenhaal meurt avant la fin du film. L’intérêt est vraiment très relatif dans le contentement mutuel. Chacun est renvoyé à sa solitude. Passé très loin.

BROKEBACK MOUNTAIN n’est qu’une lente promenade sur des aires de la déconstruction intérieure. On dévaste plutôt qu’on essaye de bâtir, d’aller vers l’avant, de penser au futur, de frapper la balle au rebond. C’est assez pitoyable. Alors quel intérêt ?

            Pour en finir avec les oscars (commençons par ne pas les regarder) parlons un brin de SOPHIE SCHOLL - DIE LETZEN TAGE de Marc Rothemund, nominé dans la catégorie du meilleur film étranger. Tiré d’une histoire vraie le film nous refait le coup des nazis très méchants qui cherchent à coincer une jeune allemande qui n’a eu que le tort de distribuer des tracts discréditant ce régime. A vrai dire c’est toujours intéressant lorsque l’on échappe à la caricature de ces personnages. Ce que le film réussit très bien. Et Julia Jentsch est particulièrement juste dans ce personnage qui nous fait tout d’abord croire à une possible échappatoire par son assurance et la tactique qu’elle engage, et puis petit à petit qui nous entraîne vers ce piège qui se renferme tout doucement sur elle. Film très angoissant qui manque toutefois d’une mise en scène plus enjouée, moins rigide, pour être pleinement satisfaisant.

            Petite curiosité : THE BLOB d’Irvin S. Yeaworth Jr. tombé aujourd’hui dans l’oubli, au contraire de son comédien principal : le toujours sémillant Steve McQueen. La mise en scène est bien évidemment inexistante et prête souvent à sourire tout comme les rudimentaires effets spéciaux chargés d’animer le blob. Les caractères sont des archétypes de voyous qui traînent en bande, du sympathique fils de bonne famille et de policiers bornés (c’est un archétype, ça ?) qui ont beaucoup de mal à croire un adolescent qui leur raconte qu’il y a un blob descendu du ciel qui va s’attaquer aux habitants de la paisible petite bourgade. Du cinéma qui avait déjà vieilli avant de sortir en salles. Je ne résiste cependant pas à l’envie de vous faire partager ce monument du dialogue cinématographique :

- There must be a house nearby.

- No, sounds more like a dog.

            Quitte à s’attarder sur de vieux films préférons BROKEN BLOSSOMS OR THE YELLOW MAN AND THE GIRL du grand maître David Wark Griffith. Un maître car tout ce que nous voyons aujourd’hui sur un écran découle de ce qu’a inauguré cet homme vraiment génial. C’est lui qui a commencé à changer tous les procédés de réalisation et de mise en scène pour faire en sorte que chacun de ses films se démarque des processus de fabrication de l’époque qui rendaient les films relativement semblables. Et c’est tout à fait notable dans BROKEN BLOSSOMS OR THE YELLOW MAN AND THE GIRL. On peut notamment s’apercevoir avec quelle virtuosité il emploie les gros plans de manière à obtenir une acuité émotionnelle accrue. C’est flagrant lorsque le père découvre sa fille chez l’asiatique. LILIAN GISHOu quand ce dernier devient enragé à la suite de la scène précédente. Quant à Lilian Gish elle est particulièrement mise en valeur comme pour la plupart des interprètes féminines de Griffith, qu’il savait magnifier de manière exceptionnelle. Elle est ici particulièrement émouvante notamment dans la scène où son père cherche à ouvrir la porte de la pièce où elle s’est enfermée pour éviter qu’il ne la frappe. Exceptionnelle la manière dont se traduit le vertige dans lequel elle sombre, mélange de terreur et d’incapacité à affronter cet homme. Nous sommes ici dans des réactions qui ne s’apprennent pas dans des cours de théâtre. C’était l’extraordinaire pouvoir du cinéma muet. Notons un autre bel exemple : le mouvement de balancier malgré le visage figé de l’asiatique qui découvre que la jeune fille a disparu. Des réactions qui ne s’expliquent pas mais qui sont le cœur de l’aléatoire humain. On ne réagit jamais vraiment comme on l’avait prévu.

BROKEN BLOSSOMS OR THE YELLOW MAN AND THE GIRL est aussi un film  d’une élégance esthétique que la mauvaise qualité de la copie n’arrive pas à surpasser. L’emploi des différentes gammes chromatiques des pellicules en fonction des situations et des lieux engendre un contraste saisissant quant aux émotions que Griffith cherche à faire passer par des rythmes très précis. C’est étonnant comme ces émotions font partie de la palette des grands sentiments humains. Le scénario n’a alors pas besoin de rechercher la complexité voire la sinuosité. Ce film de D. W. Griffith est le parfait exemple qu’un scénario peut se contenter de simplicité. Mais ce à quoi il fait référence relève de nombreux thèmes universels : le racisme, la famille, la générosité, l’amour (bien évidemment)… Que de sujets inépuisables et dont certains diront « encore d’actualité » ! C’est si étonnant qu’il faut encore le préciser ?

            Au rayon des bons films quasiment introuvables THE SAFETY OF OBJECTS est une vraie découverte. Voir tous les films peut avoir un côté rébarbatif mais quand on tombe sur ce genre de petite perle la démarche prend tout à coup un sens extrêmement évident.

Réalisatrice : Rose Troche.

C’est ce que l’on appelle un film chorale. Rien de très nouveau jusque-là sauf que c’est un exercice de style très casse-gueule où beaucoup se sont perdus dans leur propre labyrinthe. « Paix à son âme » pour le pauvre MAGNOLIA de Paul Thomas Anderson PAUL THOMAS ANDERSON(véritable génie qui vaut mieux que BOOGIE NIGHTS et MAGNOLIA réunis). Si la réalisation se contente de compiler les scènes comme du Santa Barbara le procédé s’essouffle et devient une tapisserie sans grand intérêt et qui peut se répéter éternellement. Mais dans THE SAFETY OF OBJECTS Rose Troche affirme sa chorale dans une danse où chacun se trouve tour à tour mêlé, devenant celui vers qui les regards se tournent, celui qui guide la danse puis celui participe à l’effort de groupe pour maintenir l’ambiance. La réalisatrice ne se contente pas de suivre les personnages séparément mais les fait évoluer en recoupant leurs histoires dans un montage nettement maîtrisé comme en témoigne la première (très longue) scène du film. Tous sont marqués par une blessure qui s’impose sur le devant de leur vie à ce moment du film. Tout en délicatesse Rose Troche va nous montrer ce à quoi l’on se raccroche quand on croît avoir perdu l’essentiel de sa vie et que l’on se sent abandonné. Désespérément seuls, chacun va alors apprendre à ne plus considérer ses actes par ce qui le rassure mais par son impact sur son entourage. C’est très fin, extrêmement touchant et surtout mené par un rythme très soutenu. Le montage anticipe sans cesse les gestes, les réponses et les situations. Une vraie découverte qui ne cesse de vous accompagner en professant un discours qui devient le vôtre. De l’influence du cinéma sur nos comportements...

            Il va décidément falloir que je me résigne à faire des articles plus courts. Beaucoup trop de films à parler et plus assez de place pour la tête de turc officielle de ce blog. A croire que je fais tout pour dissuader mes lecteurs d’aller jusqu’au bout de ces quelques lignes. Mais il fait quoi exactement dans la vie ce garçon ? Il ne travaille pas ? Le travail, il faut le laisser à ceux qui aiment ça. Arrêtons-nous là car je serai encore bien capable de disserter pendant plusieurs heures sur la notion de plaisir au cinéma. Des choses assez simples finalement : les yeux d’Emily Watson, la symétrie chez Stanley Kubrick, les silences dans M/OTHER, « Le chat », la plastique de Marlène Dietrich dans THE SCARLET EMPRESS, les marteaux de PINK FLOYD - THE WALL, la brutalité avec laquelle Leatherface referme la porte dans THE TEXAS CHAIN SAW MASSACRE, le funk chez Tarantino, le trio amoureux de THREESOME qui résonne étrangement en moi, l’énergie folle du batteur de Santana dans WOODSTOCK, les chevaliers d’EXCALIBUR sous les cerisiers en fleurs, cette femme qui s’en va en traversant des volutes de fumée dans je ne sais plus quel film, Sadako qui sort de l’écran, le petit chien qui meurt dans THE PANIC IN NEEDLE PARK, la femme chez Bertrand Blier, Pierre Richard quoi qu’il fasse, le cri du LOCATAIRE, la classe de Steve McQueen, Antoine Doinel qui a du tact, le glaçon sur Kim Basinger dans NINE ½ WEEKS, la caméra subjective d’EVIL DEAD, les sphères de PHANTASM, les moustiques de YI YI , les seins de Patricia Arquette, Ethan Hawke qui prend conscience que Denzel Washington est parti dans TRAINING DAY, REDRUM, les jambes de Jessica Lange, le travail en équipe chez Cassavetes, la balle de golf dans FUNNY GAMES, les sangsues de STAND BY ME, la luge de CITIZEN KANE, la crudité chez Larry Clark, l’humour de Todd Solondz, les images arrêtées de CIDADE DE DEUS, le métal liquide du T1000, les trois cycles de SALO O LE  GIORNATE DI SODOMA, la danse de NIKITA, l'orgasme de Meg Ryan etc.

Synthétiser la totalité et se comporter comme un phénix…

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
commentaires (5)    ajouter un commentaire
Dimanche 26 février 2006

            Voilà. Ca, c’est fait. Comme dirait Terry Kevin. Nous sommes tranquilles pour une année. La 31ème cérémonie des César aura tenu toutes ses promesses et nous aura gratifié de quelques moments particulièrement croustillants voire de quelques scènes d’anthologie que tout le monde aura préféré oublier l’année prochaine.

Beaucoup contestent cette appellation de « grande famille du cinéma » qui caractérise ceux qui affichent un sourire hypocrite lors de ce genre de soirée et passent le reste de l’année à lamentablement dénigrer la majorité de leurs concurrents. Ton univers impitoyable (air connu). Et pourtant cette grande famille du cinéma correspond bien à l’idée que l’on pourrait se faire d’une famille où se cachent des secrets que l’on n’avoue pas (surtout devant les médias), où se jouent des querelles incessantes qui ne trouveront jamais d’apaisement entre les différents protagonistes, où l’on se chamaille, où l’on se fâche pour des choses sans importance, où l’on prétend aimer tous ses frères et ses sœurs (parce que ce sont ses frères et ses sœurs après tout), mais aussi une famille où chacun se retrouve uni par un lien majeur qui fait le bonheur de tous et qui s’érige en symbole déiforme comme celui qui se dressait au milieu de la scène hier soir. Elle est parfaite cette famille qui devrait célébrer le septième art et qui fait la gueule car elle n’a pas laissé de côté ses rancoeurs lorsqu’elle a passé la porte du Châtelet. Comment faire la fête au milieu d’un parterre soumis à une pression telle que chacun aura beau dire qu’il n’y a pas de concurrence entre eux et que tout le monde a quand même gagné, cela ne trompe personne. Comment pourrait-il en être autrement ? Ces acteurs là sont les victimes du Dieu qui avait décidé de les regarder du haut du symbole élevé sur cette scène. Cette récompense revêt une telle importance que cette lutte fratricide fait plus de déçus que d’heureux, et quand il y a plus de démunis que d’honorés les regards se remplissent de décharges électrifiantes.

Oui elle fait vraiment plaisir cette famille réunie pour prendre l’annuelle photo de groupe.

            Belle entrée en matière, tout d’abord, par une Carole Bouquet qui a choisi de parler d’elle plutôt que de cinéma. En général ça casse. Merci, c’était le début de la soirée, Valérie Lemercier ne s’en relèvera jamais. Il faut dire qu’oser jouer du Shakespeare comme on jouerait du Guy Foissy, il fallait toute la délicatesse de Mademoiselle Bouquet. Attention ! Les choses bien quand même, minimum annoncé, les frissons et tout ! Mais que voulez-vous je suis un grand sensible et j’avais vraiment pitié de voir cette femme se ridiculiser aux yeux de tous. Elle a eu raison de dire que l’on aime ce métier pour la beauté de ce genre de texte et pour les raisons les plus nobles. Elle aurait dû rajouter qu’apprendre à dire les vers s’apprend et que c’est un métier. C’est le sien. Contractuellement.

Valérie Lemercier, elle, n’est pas présentatrice de télévision. Et c’est tant mieux. J’ai beaucoup trop d’estime pour cette personne que je juge honnête et sincère dans son travail pour la voir se rabaisser à ce niveau intellectuel. Ce fut donc très laborieux pour elle de rendre cette cérémonie moins solennelle qu’à son habitude. Il faut dire qu’à peu près seul Edouard Baer avait réussi à donner un ton convivial et euphorique à cette remise de prix. On retiendra d’autres qui furent très drôles (Alain Chabat) ou catastrophiques (Antoine de Caunes), mais aucun n’est jamais parvenu à faire un show de cette émission guindée.

On va pouvoir enfin reparler des américains, car dans quelques jours aura lieu la remise des oscars et en matière de spectacle ils ont encore beaucoup de leçons à nous donner. Nous sommes ici dans une autre culture, certes, mais ce n’est pas seulement cela qui change la donne. Rappelons-nous Billy Crystal en maître de cérémonie alliant un humour toujours percutant à une mise en spectacle rythmée, folle et qui célébrait la communion de cette autre grande famille. Car si les querelles ne changent pas vraiment d’une famille à l’autre, chez les américains il y a cependant la volonté de ne pas prendre cette cérémonie au sérieux, du moins la volonté de ne pas rattacher cet évènement avec la gravité que nous connaissons. Ils ont depuis longtemps dépassé ce stade (la culture, le passé des oscars etc.) En France, quel acteur pourrait faire ce qu’osent les animateurs de ces soirées ? Personne (peut-être Michaël Youn, mais nous plus alors dans le ton approprié). Car chacun pense (à tort) que ce serait la fin de sa carrière, ou parce que certains organisateurs croient (à tort) que le public ne comprendrait pas cette démesure pour une cérémonie de ce rang.CESAR

Alors commençons par enlever le mot de cérémonie. Son officialisation (toujours en quête d’une reconnaissance internationale, mais ne rêvons pas elle n’est pas encore prête d’y prétendre) n’est plus à promulguer. Arrêtons ensuite de considérer le César comme le but ou l’aboutissement d’une reconnaissance. Ce n’est qu’une récompense. Et détrompons-nous, le talent ce n’est pas des médailles et des podiums. Enfin, et ceci constitue sûrement le plus important et le plus radical des changements, virons les vieilles figures qui sont à la tête de cette remise de prix et qui la dirigent comme à sa création. Les gardiens du temple, gardiens d’une certaine idéologie, ne sont plus en accord avec nos mœurs. D’abord parce que les mœurs ont bien évidemment évoluées et puis surtout parce que les comédiens et les comédiennes ne se comportent plus comme des stars (il n’y a qu’à voir le nombre de beaufs qui composaient le parterre de cette soirée). Cela signifierait concrètement un changement radical dans l’élaboration de cette soirée avec une conception artistique qui laisserait la place à une véritable mise en scène. Un spectacle. Vous voulez dire comme les américains ? Voilà. En plus ce serait très simple il n’y aurait qu’à s’inspirer. On sait le faire d’habitude, bon sang !

            Désolé de le rappeler à Valérie Lemercier mais ce n’est pas la star de la soirée. D’ailleurs le public ne s’est pas trompé sur ses effets humoristiques en ne réagissant que très froidement voire pas du tout. Et ce malgré quelques petites perles (la petite vanne pour Vahina). Mais que tout cela manquait de rythme et de folie ! Son univers était présent mais bloqué par le protocole cérémonial. Elle n’allait jamais au bout dans le côté décalé. Hésitante, jouant sur deux tableaux, utilisant le compromis, elle ne pouvait que se vautrer dans le plus gros danger de ce genre de défi : faire figure de maître de cérémonie. Nous l’avons déjà dit plus haut, tant que le terme de « cérémonie » ne sera pas aboli, les « maîtres de cérémonie » continueront à se succéder et à créer la même platitude.

Déstructurer, dépoussiérer. Ne pas rayer.

Mais dans son rôle Valérie Lemercier s’en est plutôt bien tirée. D’autres n’ont pas eu cette chance. Cécile de France a appris à ses dépens qu’il vaut mieux s’en tenir aux clichés remerciatifs (il est pas content Word quand je tape ce mot !) lorsque l’on n’a rien préparé plutôt que de se lancer dans un enthousiasme arrogant qui a brisé une partie de l’image de la comédienne sympathique que nous avions d’elle. Kad et Olivier ont frisé une nouvelle fois le ridicule dans une intervention qui manquait d’humour, et qui plus est ratée ! Je passerai très vite sur Niels Arestrup et son festival d’égocentrisme puisqu’il a osé adresser ses remerciements à lui-même ! Aure Atika et Bruno Todeschini ont formé un duo où chacun avait une phrase à dire, sans comprendre que ce procédé n’a jamais marché et ne marchera jamais ! Il va falloir vous le dire combien de fois. Je les vois déjà rentrant en coulisses :

- Bon. Ca s’est plutôt pas mal passé, non ?

- Oui. Je crois qu’on n'était pas mal.

- Oui. C’est dommage que ce soit si court.

Non, non, non, cent fois non ! Ce n’était pas bien ! Nous sommes cependant loin du trait d’esprit dont Emmanuelle Devos nous a régalé en se demandant si nous étions trop peu intelligents pour comprendre la finesse de son intervention où si sa petite expérience pratique était vaine et finalement assez bête. La réponse est visuelle .Mais la palme (il avait dû se tromper de cérémonie) revenait à Clovis Cornillac qui s’est payé le bide le plus magnifique de la soirée en faisant le pire des gags éculés : la fausse chute. Les obsèques auront lieu mardi après-midi au cimetière du Père-Lachaise.

A l’opposé, il y a la simplicité, ceux qui préfèrent une intervention fine, courte mais efficace, et ceux qui viennent chercher leur prix avec l’humilité de l’émotion. Denis Podalydès nous a beaucoup amusé en étant le personnage touchant, drôle, fin et superbement naturel qu’il sait être, face à l’insipide Chiara Mastroianni. Radu Mihaileanu était troublant d’intensité émotionnelle et d’amour pour les personnes qu’il remerciait. J’ai toujours trouvé que les personnes qui s’épanchaient en remerciements racontaient beaucoup plus d’histoires que ceux qui cherchent l’originalité pour légitimer la valeur de leur prix. Bravo aussi à Linh Dan Pham qui a réussi à faire passer tout ce qu’elle éprouvait à travers ce que certains qualifieront de laborieux. Qu’ils écoutent un album de Georges Moustaki s’ils veulent avoir une idée de la définition de ce mot. Quant à Nathalie Baye, c’est encore une grande leçon de simplicité sur toute la longueur. Mais c’est une grande actrice et son prix le confirme, alors n’y aurait-il pas à lire entre les lignes ? Enfin, un grand bravo aux seules personnes qui ont eu le courage de parler du problème des intermittents du spectacle. Car le véritable cœur du problème résidait là hier soir. Alors que des intermittents du spectacle avaient envahi le plateau, l’émission se voyait retardée de plusieurs minutes. Quelle honte que la télévision française n’ait pas retransmis cet imprévu de qualité ! Pensez donc, des priviligiés venus dénoncer l’éradication de leur statut par le MEDEF et le soutien du gouvernement, il y avait de quoi faire un grand moment télévisuel si l’on cadrait le ministre de la culture. On m’a rapporté qu’il serait allé changer de sous-vêtements discrètement. Information à vérifier. Et Laurent Veil qui annonçait l’impossibilité de rentrer dans la salle pour des raisons de sécurité !!! Là ça va un peu trop loin dans le foutage de gueule quand même ! Et si l’on décidait de nous montrer les images de ces intermittents qui se sont faits refoulés par l’emploi de la force, qui est-ce qui se serait le moins en sécurité ? Scandale d’autant plus accentué que cette année ils n’ont pas eu recours à leur traditionnel message adressé au ministre. Bel exemple de la démocratie qui fait taire !

Toujours est-il que ce problème d’intermittence dure maintenant depuis plusieurs années et qu’à chaque évènement artistique revoici ces gros militants péruviens (clichés, quand tu nous tiens !) qui débarquent et crachent leur venin. Oui, mais ne vous y trompez pas car le fond du problème n’est absolument pas celui que les médias véhiculent. On parle aujourd’hui de privilégiés. Alors que la majorité d’entre eux touchent environ 1000 euros par mois, à quel seuil estime-t-on le privilège au MEDEF ?

            Non monsieur le ministre, vous n’avez pas raison lorsque vous dites en interview pré-émission que vous êtes proches de cette catégorie et que vous vous battez pour eux afin qu’ils vivent dans les meilleures conditions. Vous avez tort car le protocole du 26 juin 2003 a commencé à exclure un grand nombre d’artistes qui ne peuvent plus prétendre aux Assedic et qui se retrouvent aujourd’hui au RMI pour survivre. Mais c’est peut-être ce que vous appelez de meilleures conditions. Vous avez tort car chacune des propositions faites pour essayer de rétablir plus de justice dans le fonctionnement de l’allocation chômage a systématiquement été rejetée par le MEDEF. Vous avez tort une nouvelle fois car vous ne vous attaquez pas aux vrais problèmes qui ont gonflé les abus du système. Vous avez enfin tort en présentant les intermittents du spectacle comme des personnes qui touchent les Assedic après avoir travaillé seulement 507 heures. C’est faux. Ces personnes là travaillent  parfois beaucoup plus que certains hommes politiques mais sont parfois payées uniquement pour 507 heures de travail effectuées.

Je pense que la volonté politique est aujourd’hui de faire en sorte que seules les personnes rapportant de l’argent à l’Etat aient une place dans votre société. De ce fait le protocole mis en place se charge chaque jour un peu plus d’extraire ces artistes d’un système qui n’aura bientôt plus aucune raison d’exister puisqu’il n’englobera personne. A défaut d’éliminer ces personnes de manière physique, voilà ce qui s’appelle une extermination sociale. Rien que pour cela j’ai envie de soutenir ces personnes, de combattre à leurs côtés pour que leur statut continue d’exister. Et pourtant je sais que c’est peine perdue. Cette éradication a été programmée et aujourd’hui rien n’est fait en vue d’apaiser le bras de fer que vous avez provoqué. J’ai alors envie de crier, et si cela ne suffit pas de hurler, hurler à qui veut l’entendre qu’il faut mener des actions d’éclat, qu’il faut aller démanteler les locaux du MEDEF, qu’il faut aller perturber vos séances parlementaires jusqu’à tant que vous vous décidiez non pas à nous écouter mais à nous entendre, qu’il faut aller démanteler vos bureaux si cela ne suffit pas, qu’il ne faut faire de mal à personne, et par-dessus tout qu’il faut dire des horreurs ! J’ai envie de hurler tout cela mais je ne le ferai pas car la loi me l’interdit. Mais si vous saviez combien j’ai envie de le faire !

Regardez la rage issue de l’injustice que vous avez fait naître chez nous… Regardez avant qu’il ne soit trop tard. Car il arrive le jour où plus personne ne pourra faire marche arrière. Vous êtes en train de mettre en œuvre ce que l’on appelle « la bombe humaine ». En attendant qu’elle explose nous avons les larmes aux yeux, la rage au ventre et toujours le besoin vital de dire des horreurs !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
commentaires (7)    ajouter un commentaire
Samedi 25 février 2006

KEIRA KNIGHTLEY            C’est avec insistance que je vous ai déjà parlé à maintes reprises de l’exquise Keira Knightley. D’abord parce qu’elle est une référence intime à un pan de ma vie privée mais ensuite parce que c’est à l’heure actuelle l’actrice qui me fascine le plus. Une fascination née de l’expression physique, corporelle et esthétique qu’elle entretient avec la caméra. Il serait possible de le quantifier par un sourire insolemment érotique de par son caractère unique, un regard qui se porte haut et qui défie effrontément tout argument, différentes postures physiques qui mettent en valeur sa féminité, une attitude souple, classieuse et parfois sèche dans les arrêts, ce qui imprègne les personnalités exceptionnelles qu’elle compose, et puis la douceur du visage, le caractère atypique de ses réactions faciales, l’intransigeance vis à vis de ce qu’elle est et qu’elle entend affirmer. La frêle déambulation qui n’espère qu’à se lover près du corps chéri. La crinière rétive qui prolonge toute la dualité d’un caractère à la fois généreux et autoritaire. L’envolée charnelle, la sensualité qui se cache derrière l’espièglerie du regard et les gestes mélodieux. Je ne voudrais par rompre le charme mais si je pouvais exaucer un souhait j’aimerais bien être l’élastique de sa petite culotte pour pouvoir craquer quand elle l’enfile.

Pas forcément besoin d’être une grande actrice pour trouver la mesure d’un rôle. Cependant il en est qui méritent une certaine technique pour pouvoir alimenter toutes les nuances qu’ils recèlent. C’est l’apanage des grands auteurs de les écrire. C’est l’apanage des grands comédiens de pouvoir les interpréter. On pouvait donc légitimement s’interroger sur la nomination de Keira pour les prochains Oscars (bof, plus rien ne m’étonne depuis que l’inexpressif Richard Gere a remporté le Golden Globe du meilleur acteur pour CHICAGO). C’est avec ce genre de préjugés que compose le film de Joe Wright. Car la jusqu’à présent justesse de Keira Knightley s’est convertie en un jeu plus étoffé, riches en émotions variées et d’une vie intérieure foisonnante qui conditionne son personnage par plus de jeu que de paroles prononcées. Et il en fallait pour ce rôle d’Elizabeth Bennet, jeune fille que la mère ne cesse de vouloir marier, et qui se trouve singulièrement attirée par Mr. Darcy, ce que les conventions d’usage ne permettent guère. Les conventions, les préjugés, l’orgueil, beaucoup de thèmes qui inondent les relations amoureuses et qui falsifient les rapports voire qui arrivent parfois à les compromettre. Le chemin qui mène à les surpasser peut relever du cliché, mais chaque histoire d’amour l’est plus ou moins. Dis cela à ta copine tu vas voir ce qu’elle en pense ! C’est en cela que cette histoire n’est foncièrement ni surprenante ni révolutionnaire. Il n’empêche que pour mettre en avant ces sentiments qui ne peuvent que se lire sur les visages il fallait calibrer un jeu d’acteur fin et aiguisé. De ce côté, l’interprétation de Keira Knightley est une vraie révélation. Matthew Macfadyen lui donne le change de la plus belle des façons. Son personnage impose une image publique qui annonce l’aspect raisonnable du monde dans lequel il évolue et qui doit faire figure d’exemple. C’est ce qui complique les rapports, amène les préjugés, et subséquemment l’orgueil. Mais la seconde facette de son personnage va finalement se révéler très éloignée de l’image qu’il représente et dont il souffre. Il exploite cette dualité par une torture mentale introvertie qui glace par le manque d’émotion que lui impose son rang. La difficulté d’exprimer une émotion est toujours redoutable pour un acteur car l’extraversion est toujours plus facile qu’une expression que l’on ne doit pas jouer mais qui doit être ressentie par le spectateur. C’est en cela que le jeu de ce comédien est saisissant.

PRIDE & PREJUDICEPRIDE & PREJUDICE est aussi un film qui se démarque par sa mise en scène. La plupart des films à costumes me laissent toujours insatisfait car ils baignent dans une atmosphère guindée due à la sacralisation de l’époque. Dès l’écriture (première étape de la mise en scène, suivez un peu je ne vais le répéter à chaque fois !) cette rigidité laisse la place à des dialogues