« Champions du monde ! » qu’ils disaient. Et on n’osait
pas y croire. Faut dire qu’on n’avait pas grand-chose à quoi se raccrocher pour y croire. Alors on avait appris à accepter. Prendre un temps. Baisser la tête. Les mains sur
les hanches. Respirer. Et convenir qu’une moitié de parcours ça ne serait pas si mal.
Oui mais se contenter ça nous foutait une putain de grosse boule dans la gorge. Et les larmes commençaient à monter. Et j’aurais jamais pu croire mon père capable de pleurer une nouvelle fois. « On sera jamais qu’des gosses » qu’il m’avait lâché. C’était pas vraiment faux. Moi j’avais pas cherché à comprendre, j’avais pas les possibilités. C’est le spectacle qui m’a fait comprendre tout ça. C’est l’euphorie générale. C’est de voir des septuagénaires esquiver des voitures. C’est de m’apercevoir qu’il y a certains soirs on est tous les mêmes. On crie tous ensemble sans savoir pourquoi. Une sorte de cri primal, un truc comme ça. Le genre qui doit porter une expression un peu savante, mais ça ferait un peu trop pédant. Pis, j’aime pas trop les « name droppers ». Je sais juste que ça sort sans pouvoir rien retenir. La boule dans la gorge, celle qui explose de joie parce qu’elle n’en peut plus d’être souffrance. C’est l’amour propre qui se libère. Un peu comme le nouveau-né qui vient au monde. « Rien que des gosses ». On ne cherche que des apparences. Mais les larmes ne mentent jamais.
Nous sommes champions du monde ! Ca y est ! Moi, au départ, je ne voulais pas crier. La coupe, on en avait déjà une et c’était sûrement celle des plus grandes émotions puisque c’était la première. Mais les rêves on en fait toutes les nuits et parfois on devient persuadé qu’on n’en fera plus d’aussi beaux. On apprend alors que l’Histoire n’est qu’un éternel retour.
Coupe du Monde 2006. Juste retour des choses. Quand on est gosse on vénère certains héros sans trop comprendre pourquoi. Aujourd’hui nos héros sont un peu les mêmes. Bon, ils n’ont pas de supers pouvoirs. Rien qui peut vraiment les distinguer au quotidien. Juste qu’une fois dans leur vie ils auront été les meilleurs. Et les frissons pour nous. Les yeux rivés sur l’écran. La main qui en sert une autre, inconnue. On vit très fort en nous. On vit ensemble. Jamais la symbiose humaine n’aura été si palpable. Comme quoi, quand on veut se mobiliser pour des grandes causes… Et tout d’un coup, c’est l’explosion tonitruante. « ON EST LES CHAMPIONS !!! ON EST LES CHAMPIONS !!! ». C’que ça peut être ringard ! La beauf attitude. Et ceux qui disent qu’on les a niqués, sans savoir qu’on a gagné…
A fortiori voilà une bonne idée de sortir SUPERMAN RETURNS après la grande finale. Le problème c’est qu’on ne fait pas de grands films avec de bonnes idées. Mel Brooks en est le meilleur exemple.
Superman c’est quand même le prototype du héros dans tout ce qu’il a d’attrayant. C’est la quintessence du héros que personne ne connaît, qui a suffisamment de pouvoirs pour sauver le monde entier, qui sait être parfait dans tout ce qu’il entreprend et en même temps suffisamment humain pour être tiraillé par les cas de conscience extra-terrestres qu’il s’impose. Le plus nobles des supers héros, quoi ! Et c’est comme cela qu’il nous faisait rêver quand on n’était que des gosses. N’empêche que s’il faut répondre à tout ça pour être un super héros, faut être un peu maso quand même !
Faut dire ce qui est : concernant les films de supers héros, il n’y a pas eu grand-chose de vraiment excitant depuis… depuis… Ah oui ! Quand même !!! A part SPIDER-MAN, rien qui ne vaille son pesant de beurre de cacahuètes. Nous passerons sur les lamentables suites de BATMAN (quoique BATMAN BEGINS ne soit pas à jeter intégralement) ainsi que sur les affreux FANTASTIC FOUR, HULK, HELLBOY, DAREDEVIL etc. Nous nous plaisons à aimer X-MEN surtout pour se dire que sa réalisation n’est pas si mauvaise qu’elle aurait pu l’être. Et le dernier film d’Albert Dupontel (ENFERMES DEHORS) nous avait aussi bien surpris. Dire que l’année prochaine sortira WONDER WOMAN par l’immonde Joss Whedon !...
La queue toute frétillante, nous attendions donc ce SUPERMAN RETURNS en nourrissant toute les espérances quand au placement de barre qu’il était censé
supposé opérer et qui conditionnerait les prochaines données du film de super héros pour les années à venir. SPIDER-MAN garde son trône. L’élément principal
à cette pléthore d’espoirs venait de Bryan Singer. Révélé en 1995 par son second film : THE USUAL SUSPECTS, film de scénario avant
tout, mais qui laisse paraître au fil de ses visions une mise en scène dense, particulièrement chiadée, puisqu’elle permet de lire le film sur plusieurs niveaux. Avec le sombre APT
PUPIL nous nourrissions pour Singer des rêves de mise en scène capables d’annoncer de très grands films. Il ne faut pas le renier, Singer a énormément de talent, mais il n’aura su
l’exploiter que sur ces deux œuvres (n’ayant toujours pas vu PUBLIC ACCESS). Avec brio cependant. Il développe à chaque fois une mécanique imparable de précision, d’honnêteté, de
justesse dans sa vision des personnages et d’une montée en régime parfaitement maîtrisée (ce qui est l’élément primordial chez un metteur en scène puisqu’il constitue le facteur qui influe le
plus visiblement sur le spectateur). Par la suite, il prendra un peu son temps pour réaliser les deux premiers opus des X-MEN, dont on peut le féliciter pour avoir su composer un
premier épisode assez loin de la démesure aberrante de ces films de genre, qualité que l’on retrouvera considérablement affaiblie dans sa suite : X2.
Les supers héros, Singer connaissait donc bien. Les gros budgets aussi. Sauf qu’il arrive un moment où trop d’argent se trouve engagé pour que les producteurs n’aient leurs mots à dire. Et plus le change augmente plus la rédaction se fait longue. Pour information, SUPERMAN RETURNS est le second film le plus cher de l’histoire du cinéma, puisqu’il a coûté plus cher que TITANIC ! Bryan Singer n’a donc pu échapper à la pression de faire un film pour toute la famille avec orchestre symphonique bien consensuel et méchants très très méchants. Pas de grande idée derrière ce scénario qui oublie (volontairement, cela ne peut pas être autrement, mais alors pourquoi, bon sang ?) que Loïs Lane sait que Clark Kent est Superman. Le con, il a dévoilé l’intrigue !
Alors voilà, Superman revient sur Terre (parce qu’il avait disparu, figurez-vous ! En même temps je le comprends, il venait d’une planète magnifique et il a fallu qu’il échoue sur Terre au milieu de tous ces cons qu’il faut en plus sauver à chaque seconde parce qu’ils ne regardent pas avant de traverser la rue !) et il continue à sauver la veuve et l’orphelin. Un peu comme dans le premier et le plus regardable de la série, celui réalisé par Richard Donner. Pas forcément propret de bout en bout, mais qui a au moins le mérite de fonder les principes mythologiques du héros. Aujourd’hui, Bryan Singer laisse cet élément de côté et frappe dans le conventionnel. L’habitude de voir Superman résoudre les problèmes. Du coup cela flirte plus avec la série « Loïs & Clark : the new adventures of Superman » qu’avec un vrai bon film de divertissement. Superman revient mais il n’a pas vraiment évolué. Il cherche toujours à se battre « pour la justice, la vérité et l’idéal humain ». Sympa la vie au quotidien ! J’comprends pourquoi il n’a pas de meuf ! C’est une bien belle devise qui nous donne à revoir à peu de choses près tout ce qu’il faisait déjà des années auparavant. La vraie problématique du film (inabordée) figure un super héros qui est resté bloqué à une période de sa vie et qui n’en est plus sorti. Puisque le film aborde des problèmes plus intérieurs du personnage (je devrais dire un seul problème : le rapport à son père, et encore ce n’est qu’une pirouette scénaristique) pourquoi ne pas avoir essayer de développer ce thème qui empêche le personnage de prolonger la légende ? D’un aspect purement figuratif, Superman semble ne pas se rendre compte du décalage des années sur son apparence physique. Déjà qu’en 1978 il portait un costume des années 30, mais de nos jours la cape rouge ce n’est plus possible !!! Presque 20 ans qu’il n’a pas changé de coupe de cheveux ! A la limite, pourquoi pas ! Mais la mèche folle !!! Superman est ancré dans un passé qu’il croit toujours effectif. Tout cela est légèrement suranné et sent la naphtaline. Et c’est ce qui fait que le film devient bancal par les anachronismes qui se succèdent. Superman sauve la veuve et l’orphelin. Encore ? Oui, oui. La recette est éculée car autant sa devise reste de mise autant les considérations morales ont déporté nos axes sur des portées moins clairement définies. Quitte à aller rétablir la justice, pourquoi Superman n’intervient-il pas en Irak, en Angola, au Rwanda ou en Corée du Nord pour libérer les peuples de l’oppression, de la guerre civile ou des agissements malsains de leurs dirigeants ? Pourquoi nos pas coopérer avec les gouvernements qui luttent contre le terrorisme et autres attaques nucléaires ? L’ouverture sur le monde nous montre SUPERMAN RETURNS comme un film éminemment bourgeois et assez éloigné des raisons pour lesquelles nous appréciions SUPERMAN. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la vision de ce dernier nous devienne pénible. Loin de là. Un film se regarde toujours avec un œil rétrospectif. C’est un état de fait.
Puisque les mœurs ont évoluées il aurait été intéressant de nous présenter Superman sous un angle moins déiste. Cela conduit inévitablement au politiquement correct. Mais la dérision dans tout cela ? Comme nous avons pu le voir dans SUPERMAN, où Christopher Reeve balançait un ballon de football américain plus loin que ses yeux ne pouvaient le distinguer (je me suis toujours demandé quelle drôle de tête avait pu faire la personne qui avait pu voir ce ballon sorti de nulle part passer par sa fenêtre), un autre ton aurait été donné s’il avait été permis de s’interroger sur les performances du héros. S’il courrait le 100 mètres faudrait-il homologuer son record ? Cela prendrait un autre sens si Superman disait à Loïs Lane : « Je vais te défoncer ». D’ailleurs est-ce que Superman est capable de contrôler sa force à tout instant ? Peut-il tuer une femme rien qu’en éjaculant ? Des questions pourtant essentielles, jamais soulevées.
Niveau effets spéciaux c’est un peu léger. Rien de très imaginatif, rien de particulièrement virtuose, rien qui ne vaille tout l’argent dépensé. Ah bon ? Pourtant moi je trouvais qu’ils avaient fait des brutes d’effets spéciaux. La preuve : dans chaque scène de Superman on ne voit plus du tout le fauteuil roulant.
Difficile de passer après Christopher Reeve. Comme disait sa femme. Enjeu majeur pour Brandon Routh. Disons-le tout de suite, il est à l’image du film. Fade et sans surprises. Kate Bosworth campe une Loïs Lane toute aussi équivalente. Kevin Spacey ne semble pas connaître l’adage de maître Hitchcock qui nous révèle que plus le méchant est réussi, plus le film l’est de même. Il faut pour cela ne pas montrer dès le départ que l’on est méchant. Pire, plus il est sympathique, séduisant et charismatique plus le piège se refermera sur le spectateur avec un bruit effroyable. Concernant SUPERMAN RETURNS, je vous laisse conclure. Parker Posey est la seule véritable satisfaction du casting. Son rôle est délicieux d’humour piquant et elle s’en acquitte avec beaucoup de malice et de perversité. Mêlées à son charme vénéneux, c’est une séance de rattrapage qui nous conforte dans la pensée qu’aucun film n’est véritablement mauvais. Exception faite pour Alexandre Arcady. Qui ne fait pas de films.
Enfin, nous signalerons une fois de plus la mise en pratique de la théorie de l’hélicoptère silencieux (que j’avais précédemment développée le 22 mai 2006 dans l’article ON NE PEUT SATISFAIRE UN PUBLIC QUI N’A PAS DE TALENT). Dans SUPERMAN RETURNS, l’hélicoptère est une voiture. Un piéton marche tranquillement dans la rue lorsqu’une voiture fait une brutale entrée de champ, manquant de peu d’écraser le promeneur. Evidemment, le bruit du moteur ne se fait entendre qu’une fois que la voiture est visible ! La voiture qui passe le mur du son, fallait oser quand même ! Oser l’idée n’est pas ce qui m’énerve le plus, c’est surtout quand je me demande ce qui a bien pu passer par la tête du réalisateur qui a vu cela dans un film et qui a décidé de reprendre l’effet à son propre compte. Faut vraiment pas que ce soit la guerre des neurones, chez lui ! Voilà le type même de manipulation cinématographique qui m’exaspère. C’est insupportable ! Ne donnons plus d’argent aux réalisateurs qui nous prennent pour des cons !
Revu ZAMANI BARAYE MASTI ASBHA de Bahman Ghobadi. D’abord très désarçonnés par la pauvreté de la
photographie, nous sommes ensuite transcendés par toute la pitié que ces enfants vivants dans la misère suscitent en nous. Dans son travail avec les comédiens, Ghobadi s’attarde sur leur vérité
intérieure, sur ce qu’ils ont tiré de leur vie et des émotions proches de celles qu’ils ont connu. Cette vérité imprègne la pellicule comme une force motrice qui rend ces personnages foncièrement
attachants. Finalement, malgré un système de vie assez éloigné du notre, nous sommes happés par cette envie de vivre, plus forte que tout. Et la perte de l’innocence. Dans leurs regards ces
enfants ont bien grandi !
Revu aussi l’un des plus grands westerns qui n’ait jamais été tourné : IL GRAND DUELLO de Giancarlo Santi. Un film qui semble avoir été pillé à maintes reprises. Nous nous interrogeons même pour savoir dans quelle mesure le scénario de C’ERA UNA VOLTA IL WEST ne s’en est pas inspiré. L’histoire de la vengeance et la manière dont les flashbacks sont utilisés (jusqu’au flou artistique de Sergio Leone qui ressemble à s’y méprendre au personnage dans l’ombre d’IL GRAND DUELLO) semblent singulièrement consanguins ! On peut aussi citer comme exemple PALE RIDER et la scène où Spider Conway, armé de sa pépite, se fait tuer par le shérif Stockburn et ses suppléants. Presque la même scène ici lors de la première apparition de Philipp Wermeer.
Nous y trouvons tous les plus grands ingrédients nécessaires à l’élaboration d’un western dans tout ce qu’il a de grandiloquent. Et la mise en scène souligne sans cesse toute la
tension qui existe entre les différents protagonistes. La scène de fin est d’ailleurs un exemple de réalisation baroque, à travers cet enclos à bêtes où le trio s’affronte. Et les yeux en gros
plans bien avant l’heure. La beauté et l’audace des cadrages rajoutent au film de Giancarlo Santi, réalisateur qu’il convient de redécouvrir. Nous rejetterons simplement l’humour peu affûté de
certains personnages, qui enlève à la noblesse du film et l’empêche d’accéder au statut de chef-d’œuvre.
Dans sa conception, IL GRAND DUELLO rappelle tout à fait la manière dont les pouvoirs se confrontent dans LIU XING HU DIE JIAN de Chor Yuen, autre film phare
d’un cinéma de genre : le wu xia pian.
CARS de John Lasseter et Joe Ranft. Déjà un mauvais pressentiment avant d’aller voir ce dessin animé qui se contente de décliner FINDING NEMO version mécanique.
Mauvais pressentiment dû à une campagne d’affichage désastreuse puisque sur les affiches du film se trouvaient apposés comme phrases d’accroche les plus mauvais jeux de mots qu’une campagne
publicitaire ait osés. Déjà, moi qui ait horreur de l’humour, je trouve que le genre du calembour est ce qu’il y a de plus ringard mais si, en plus, ils sont mal construits, on s’aperçoit tout de
suite que le publicitaire a juste cherché à remplacer un mot pour un autre en se disant qu’il collait parfaitement au film. Un calembour doit être valide dans les deux sens. « Il en faut
pneu pour être heureux » ne fonctionne qu’en rapport avec les voitures du film ; l’expression, elle, ne signifie rien du tout. A contrario, « Ils n’y verront que du
pneu » (réplique extraite du film) fonctionne comme un clin d’œil par rapport à la phrase de référence et en même temps, correspond à ce qu’il se passe dans l’action du film.
Tout ça pour dire que ces aventures motorisées privilégient la vitesse visuelle à l’activité cérébrale. Le style est alerte, élégant, démarré de façon trop abrupte (mais que voulez-vous ? Il
faut bien accrocher la ceinture du spectateur dès le début !) et considérablement aussi mièvre que les productions apparentées. Et puis ce sirop de morale pour public décervelé nuit toujours
au récit. Sauf que cette fois, la morale n’est pas la bonne. Surtout pas un jour comme aujourd’hui. Parce que dans une course, ce qui compte le plus c’est la victoire.
Fuck le baron Pierre de Coubertin ! Alors la petite voiture rouge qui s’arrête à cinquante centimètres de la ligne d’arrivée, est prise d’un terrible cas de conscience,
laisse gagner un autre concurrent, s’en retourne chercher le vieux tacot qu’elle avait violemment cartonné, et l’aide à passer la ligne blanche, ça va un moment, mais pas
aujourd’hui. Surtout pas aujourd’hui ! Pas le lendemain d’une finale de football volée par des italiens plus catcheurs que footballeurs. Pointer du doigt Zidane pour un coup de boule alors
que tous les coups seraient permis pour le petit bolide rouge ? Non mais qui c’est qui a vu la vierge en couleurs ? Vous avez tellement peu de neurones pour trouver cette fin
triomphale ? Où est-ce que vous avez vu cette enflure de Materazzi s’insurger contre ce qu’il a fait, crier au scandale d’infliger un carton rouge à Zinédine Zidane pour le dernier match de
sa carrière et aller le chercher alors qu’il allait sortir, pour le ramener sur le terrain, le prendre par les épaules et obliger le public à lui faire une ovation ? Quel match avez-vous
vu ? Non, cela n’existe pas ! ZZ méritait son carton, l’italien son coup de tonsure. Marre de ces italiens qui font leurs coups en douce sans être sanctionnés. Le français laisse son
message pour les années à venir : montrer qui est le maître sur le terrain. Et la France gagne sa seconde Coupe du Monde de football. Seule la victoire importe.
JAY & SILENT BOB DO DEGRASSI est un DVD vendu sous le format d’un long métrage
nous narrant les nouvelles aventures des héros des films du réjouissant Kevin Smith. Oui, mais voilà, ce n’est pas lui qui réalise cette fois-ci. Pire que tout : il ne s’agit pas d’un film
mais de trois épisodes d’une série télévisée, mis bout à bout. Rappelez-vous : « Degrassi junior high ». Série qui nous a bercés à la fin des années 80. Ils ont repris les mêmes
caractères (enfin, surtout les plus marquants) devenus adultes et la série continue sous le nom de : « Degrassi : the next generation ». C’est aussi navrant que
l’originale, écrit avec les pieds de son voisin, laid à pleurer et mou comme quiche passée au four à micro-ondes. C’est de la série télévisée, quoi ! Impossible de se réjouir de la présence
de Jay et Silent-Bob. Ils sont sous-exploités et leurs dialogues ont perdu tout leur mordant. Par contre, Kevin Smith joue toujours autant l’autodérision et c’est un vrai régal d’entendre ce
qu’il laisse dire sur ses films. Curiosité sans intérêt
qui nous faire attendre un peu plus la sortie de CLERKS II, que les Etats-Unis (chanceux sur ce coup-là !) pourront découvrir dès le 21 juillet 2006. Pas de date sortie française prévue pour le moment. Va
falloir commencer à se tirer les doigts de la prise si personne ne veut que l’on sorte armés de M16 ! Cibles italiennes bienvenues…
Terminons ces quelques réjouissances par une petite note nécrologique comme nous n’avons pas l’habitude d’en faire. Epitaphe dédiée au réalisateur Fabian Bielinsky. C’est toujours dans ces moments-là que l’on se prend à rêver : « Mais pourquoi lui et pas Lars Von Trier ? ». Agé de 47 ans, nous lui devions le sympathique NUEVE REINAS en 2000 et EL AURA l’année dernière. Un infarctus aura eu raison de celui qui faisait partie de la « nouvelle vague » argentine. Les médias n’ayant pas jugé utile de s’attarder sur sa disparition, nous souhaitions le rapprocher de nos propres considérations afin de ne pas le laisser s’éteindre en solitaire.







Malgré cela,
LA PISCINE fonctionne de manière exemplaire sur bien des points. Le plus étonnant reste ce temps qui s’écoule et où il semble ne rien se passer. En apparence. Car Jacques Deray
rentabilise la gestion du temps de manière très intelligente. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un couple parti se reposer loin des difficultés de leur quotidien. Un couple qui profite. Du
soleil, de la piscine, de la veine érotique d’une telle atmosphère… Le temps ne semble alors avoir aucune prise sur eux. Ils pourraient être ici depuis un bon moment. Ils pourraient y rester
encore plus. A la montre de Jacques Deray le temps est fonctionnellement distendu. Incroyable comme le film prend son temps dans cette première partie ! Nous sommes bien loin des critères
cinématographiques actuels qui imposent d’accrocher immédiatement l’œil et l’attention du spectateur. Quoique pour l’œil ce soit quand même le cas puisque LA PISCINE bénéficie de
la somptueuse photographie concoctée par Jean-Jacques Tarbès. Il choisit de mettre en valeur les couleurs chaudes pour nous envoûter par la lourdeur d’un été torride et suffocant. Il l’allie
d’ailleurs aux magnifiques corps des deux
Ce qui ne peut pas se jouer et que l’on retrouvera notamment dans EYES WIDE SHUT.
Sublimés par la photographie de Jean-Jacques Tarbès ils trouvent ici l’un de leurs plus beaux rôles (Romy Schneider en ayant un nombre considérable dans sa filmographie, et Alain Delon prouvant
qu’il était aussi un très bon comédien lorsqu’il était jeune). Et puis Maurice Ronet qui balade sa classe et son allure charismatique ! Parfait pour dissimuler
ce qui se cache derrière les apparences. Du double jeu, de la subtilité, de la très grande manipulation psychologique.
entend
cette expression cela signifierait que MARIE-ANTOINETTE avait déjà vieilli avant même sa sortie. Et l’on peut reprocher beaucoup de choses à ce troisième film de Sofia Coppola
mais il est tout sauf vieux dans sa conception. Est-ce la première chose que l’on entend d’un film de Charles Chaplin ? Pourquoi la musique de SCARFACE aurait-elle plus
vieillie que celle de PHANTOM OF THE PARADISE ? On entend souvent ce genre de justifications à partir du moment où les caractères de la contemporanéité ne correspondent plus
avec les anciens. Ainsi certains films ne sont jamais qualifiés de « vieillis » car ils sont supposés bénéficier d’une intemporalité plus marquée (mode vestimentaire, influence
musicale, rapport aux mœurs de l’époque). Mais c’est une erreur de considérer qu’un film vieillit. Tout au moins d’après ces critères. Avec le temps certains films montrent des procédés
(techniques, scénaristiques, d’art dramatique…) qui peuvent paraître obsolètes. Voilà tout au plus ce qui pourrait être reproché à un film. Si vous acceptez qu’un film vieillit alors vous devez
accepter qu’un film meurt. Or le cinéma a cela de beau qu’il peut être vu et revu. Aucun film ne meurt d’être vu. D’ailleurs il n’y a que pour le cinéma que cette expression soit née. Jamais vous
n’entendrez dire d’un tableau ou d’une sculpture qu’il ou elle a vieilli. Un film évolue au même rythme que les regards que l’on porte sur ce qui nous entoure. En cela nous pouvons dire que le
cinéma est tributaire de nos évolutions. Mais c’est une observation assez triviale. Il faut en fait considérer la vieillesse sous deux points de vue opposés pour pouvoir l’appliquer à des
considérations cinématographiques. Toute vieillesse est sujette soit à un épanouissement soit à un replis. Dans le premier cas elle sera issue de la qualité du travail effectué par toutes les
forces majeures du film. Ce qui ne signifie pas forcément que ce soit le chemin tout tracé de films considérés comme des chefs-d’œuvre dès leur sortie. Un des meilleurs exemples reste le
magnifiquement expressionniste THE NIGHT OF THE HUNTER. Nous pouvons lui reprocher quelques procédés désuets dans son élaboration mais cela n’entame
en rien l’impact qu’il garde sur le public (qui s’est d’ailleurs accru à partir d’une certaine période).
De l’autre côté, nous parlons du renfermement d’un film lorsque celui-ci ne correspond plus à rien de ce qu’un public est en
droit d’attendre. C’est une notion assez générale, qui ne peut être globale, et va donc bien à l’encontre du postulat de la mort d’un film puisqu’il existe autant d’intérêt à visionner un film
qu’il y a de publics.






C’est plutôt un problème d’intégrité. Qu’un jury se
trompe dans l’attribution de récompenses passe encore. L’incompétence n’est qu’un problème de hiérarchie. D’autant qu’une erreur est moins grave car elle fonctionne sur une logique tout à fait
justifiable. Mais lorsque Wong Kar-Waï insiste pour que ce soit le Studio Canal (BABEL et INDIGENES) qui soit récompensé en reconnaissance d’anciens films qu’il
n’aurait pas pu réaliser sans certains appuis, ou qu’il interdise que YIHE YUAN de Lou Ye ne figure pas dans la liste des heureux élus de peur de ne plus jamais pouvoir tourner
en Chine, cela confirme des choix avant tout politiques. Hors-jeu. Pas de surprises, donc. Mais que pouvait-on attendre d’un président qui a visionné tous ses films avec des lunettes de
soleil ? Cannes est la grand messe du copinage. L’Histoire est un éternel retour. Les palmarès cohérents qui ne souffrent d’aucune ambiguïté ne sont que des erreurs de parcours.
Evidemment ce sont les cuvées les plus prestigieuses. Il faut savoir les attendre. Cela commence à tarder. 1997 était peut-être la dernière en date. Je me rappelle qu’Isabelle Adjani en
était la présidente. Comme par hasard.
Là où le bât blesse c’est qu’elle ne peut pas le partager avec cinq autres personnes qui ne sont pas de la même
trempe. Je pense notamment à la jeune Yohana Cobo qui incarne sa fille d’un air mal assuré, monocorde et particulièrement peu touffu. Je m’aperçois que je n’emploie jamais assez ce
mot ! C’est donc plus à Pedro Almodovar que ce prix s’adressait. Pour son amour des femmes et sa manière de les diriger. Enorme erreur donc puisque l’interprétation ne devrait-elle pas
plutôt faire l’éloge d’une vision de jeu plus que d’un univers au travers duquel elle se met au service ? On pourrait aussi dire que l’interprétation est une manière de faire. C’est vrai.
Mais quand elle émane du réalisateur cela relève de la mise en scène. Et s’il existe un prix qui devrait valoriser les nouvelles prises de risque, les nouvelles voies qu’un acteur promet
d’explorer, ce devrait être celui-là. C’est aussi pour cela que je suis partisan de pouvoir offrir ce prix à des comédien(ne)s qui ont des rôles secondaires.
et comme pour
THE VIRGIN SUICIDES et LOST IN TRANSLATION elle cristallise tout mutisme comme éléments clés des désirs profonds. Dans son premier film déjà l’éducation à
travers le système familial édictait les règles de bienséance. C’est pour cela qu’elle avait alors jugé bon de replacer les faits dans les années 70 (le livre propose, le réalisateur dispose),
alors que l’on était en droit de se demander pourquoi cela ne pouvait pas se dérouler de nos jours. Pareil pour LOST IN TRANSLATION, le fait de pouvoir déplacer l’action au Japon
lui permettait de confronter ses personnages à une autre culture, c'est-à-dire un autre système qui impose des lois que l’on ne peut transgresser. Avec MARIE-ANTOINETTE la cour
de Louis XVI permet d’amener une notion plus évidente d’étiquette. Il n’en reste pas moins que ces trois films se déroulent aussi bien à notre époque, une génération en arrière ou au
XVIIIème siècle. C’est pour cela qu’un cadre avec des Converse en arrière-plan s’inscrit dans un melting-pot générationnel. La musique souligne cela de manière encore plus formelle.
C’est à mon sens la plus grande réussite du film. Les éléments musicaux sont d’un choix exquis et éminemment heureux en fonction des émotions qui traversent la diaphane Kirsten Dunst. Le summum
sera atteint lors du bal masqué, où l’élégance de la mise en scène met en valeur le somptueux baroque romantique (Sofia Coppola est d’ailleurs la dernière réalisatrice romantique) qui s’en
dégage. Du grand baroque qui claque sa mère ! Cette scène apparaît paradoxalement réussie dans un film que je considère comme raté. Car aucune partie ne semble assez longue pour fonctionner de la
manière que le souhaiterait Sofia Coppola. Imprégner petit à petit le spectateur par un sentiment diffus. Le montage accélère beaucoup trop le rythme. J’ai senti que c’était par peur d’ennuyer le
spectateur. En fait, pour être vraiment convaincant le film aurait dû durer le double de temps. La réalisatrice veut raconter un maximum de choses en un minimum de temps. Elle touche parfaitement
à ce qu’elle juge essentiel mais ne fait qu’en exhiber les postulats. Nous sommes en plein supplice de Tantale.
