Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

.

ARRET-SUR-IMAGES.jpg

   

 

 

Lundi 10 juillet 2006

SUPERMAN            « Champions du monde ! » qu’ils disaient. Et on n’osait pas y croire. Faut dire qu’on n’avait pas grand-chose à quoi se raccrocher pour y croire. Alors on avait appris à accepter. Prendre un temps. Baisser la tête. Les mains sur les hanches. Respirer. Et convenir qu’une moitié de parcours ça ne serait pas si mal.

Oui mais se contenter ça nous foutait une putain de grosse boule dans la gorge. Et les larmes commençaient à monter. Et j’aurais jamais pu croire mon père capable de pleurer une nouvelle fois. « On sera jamais qu’des gosses » qu’il m’avait lâché. C’était pas vraiment faux. Moi j’avais pas cherché à comprendre, j’avais pas les possibilités. C’est le spectacle qui m’a fait comprendre tout ça. C’est l’euphorie générale. C’est de voir des septuagénaires esquiver des voitures. C’est de m’apercevoir qu’il y a certains soirs on est tous les mêmes. On crie tous ensemble sans savoir pourquoi. Une sorte de cri primal, un truc comme ça. Le genre qui doit porter une expression un peu savante, mais ça ferait un peu trop pédant. Pis, j’aime pas trop les « name droppers ». Je sais juste que ça sort sans pouvoir rien retenir. La boule dans la gorge, celle qui explose de joie parce qu’elle n’en peut plus d’être souffrance. C’est l’amour propre qui se libère. Un peu comme le nouveau-né qui vient au monde. « Rien que des gosses ». On ne cherche que des apparences. Mais les larmes ne mentent jamais.

Nous sommes champions du monde ! Ca y est ! Moi, au départ, je ne voulais pas crier. La coupe, on en avait déjà une et c’était sûrement celle des plus grandes émotions puisque c’était la première. Mais les rêves on en fait toutes les nuits et parfois on devient persuadé qu’on n’en fera plus d’aussi beaux. On apprend alors que l’Histoire n’est qu’un éternel retour.

Coupe du Monde 2006. Juste retour des choses. Quand on est gosse on vénère certains héros sans trop comprendre pourquoi. Aujourd’hui nos héros sont un peu les mêmes. Bon, ils n’ont pas de supers pouvoirs. Rien qui peut vraiment les distinguer au quotidien. Juste qu’une fois dans leur vie ils auront été les meilleurs. Et les frissons pour nous. Les yeux rivés sur l’écran. La main qui en sert une autre, inconnue. On vit très fort en nous. On vit ensemble. Jamais la symbiose humaine n’aura été si palpable. Comme quoi, quand on veut se mobiliser pour des grandes causes… Et tout d’un coup, c’est l’explosion tonitruante. « ON EST LES CHAMPIONS !!! ON EST LES CHAMPIONS !!! ». C’que ça peut être ringard ! La beauf attitude. Et ceux qui disent qu’on les a niqués, sans savoir qu’on a gagné…

            A fortiori voilà une bonne idée de sortir SUPERMAN RETURNS après la grande finale. Le problème c’est qu’on ne fait pas de grands films avec de bonnes idées. Mel Brooks en est le meilleur exemple.

Superman c’est quand même le prototype du héros dans tout ce qu’il a d’attrayant. C’est la quintessence du héros que personne ne connaît, qui a suffisamment de pouvoirs pour sauver le monde entier, qui sait être parfait dans tout ce qu’il entreprend et en même temps suffisamment humain pour être tiraillé par les cas de conscience extra-terrestres qu’il s’impose. Le plus nobles des supers héros, quoi ! Et c’est comme cela qu’il nous faisait rêver quand on n’était que des gosses. N’empêche que s’il faut répondre à tout ça pour être un super héros, faut être un peu maso quand même !

Faut dire ce qui est : concernant les films de supers héros, il n’y a pas eu grand-chose de vraiment excitant depuis… depuis… Ah oui ! Quand même !!! A part SPIDER-MAN, rien qui ne vaille son pesant de beurre de cacahuètes. Nous passerons sur les lamentables suites de BATMAN (quoique BATMAN BEGINS ne soit pas à jeter intégralement) ainsi que sur les affreux FANTASTIC FOUR, HULK, HELLBOY, DAREDEVIL etc. Nous nous plaisons à aimer X-MEN surtout pour se dire que sa réalisation n’est pas si mauvaise qu’elle aurait pu l’être. Et le dernier film d’Albert Dupontel (ENFERMES DEHORS) nous avait aussi bien surpris. Dire que l’année prochaine sortira WONDER WOMAN par l’immonde Joss Whedon !...

BRYAN SINGERLa queue toute frétillante, nous attendions donc ce SUPERMAN RETURNS en nourrissant toute les espérances quand au placement de barre qu’il était censé supposé opérer et qui conditionnerait les prochaines données du film de super héros pour les années à venir. SPIDER-MAN garde son trône. L’élément principal à cette pléthore d’espoirs venait de Bryan Singer. Révélé en 1995 par son second film : THE USUAL SUSPECTS, film de scénario avant tout, mais qui laisse paraître au fil de ses visions une mise en scène dense, particulièrement chiadée, puisqu’elle permet de lire le film sur plusieurs niveaux. Avec le sombre APT PUPIL nous nourrissions pour Singer des rêves de mise en scène capables d’annoncer de très grands films. Il ne faut pas le renier, Singer a énormément de talent, mais il n’aura su l’exploiter que sur ces deux œuvres (n’ayant toujours pas vu PUBLIC ACCESS). Avec brio cependant. Il développe à chaque fois une mécanique imparable de précision, d’honnêteté, de justesse dans sa vision des personnages et d’une montée en régime parfaitement maîtrisée (ce qui est l’élément primordial chez un metteur en scène puisqu’il constitue le facteur qui influe le plus visiblement sur le spectateur). Par la suite, il prendra un peu son temps pour réaliser les deux premiers opus des X-MEN, dont on peut le féliciter pour avoir su composer un premier épisode assez loin de la démesure aberrante de ces films de genre, qualité que l’on retrouvera considérablement affaiblie dans sa suite : X2.

Les supers héros, Singer connaissait donc bien. Les gros budgets aussi. Sauf qu’il arrive un moment où trop d’argent se trouve engagé pour que les producteurs n’aient leurs mots à dire. Et plus le change augmente plus la rédaction se fait longue. Pour information, SUPERMAN RETURNS est le second film le plus cher de l’histoire du cinéma, puisqu’il a coûté plus cher que TITANIC ! Bryan Singer n’a donc pu échapper à la pression de faire un film pour toute la famille avec orchestre symphonique bien consensuel et méchants très très méchants. Pas de grande idée derrière ce scénario qui oublie (volontairement, cela ne peut pas être autrement, mais alors pourquoi, bon sang ?) que Loïs Lane sait que Clark Kent est Superman. Le con, il a dévoilé l’intrigue !

Alors voilà, Superman revient sur Terre (parce qu’il avait disparu, figurez-vous ! En même temps je le comprends, il venait d’une planète magnifique et il a fallu qu’il échoue sur Terre au milieu de tous ces cons qu’il faut en plus sauver à chaque seconde parce qu’ils ne regardent pas avant de traverser la rue !) et il continue à sauver la veuve et l’orphelin. Un peu comme dans le premier et le plus regardable de la série, celui réalisé par Richard Donner. Pas forcément propret de bout en bout, mais qui a au moins le mérite de fonder les principes mythologiques du héros. Aujourd’hui, Bryan Singer laisse cet élément de côté et frappe dans le conventionnel. L’habitude de voir Superman résoudre les problèmes. Du coup cela flirte plus avec la série « Loïs & Clark : the new adventures of Superman » qu’avec un vrai bon film de divertissement. Superman revient mais il n’a pas vraiment évolué. Il cherche toujours à se battre « pour la justice, la vérité et l’idéal humain ». Sympa la vie au quotidien ! J’comprends pourquoi il n’a pas de meuf ! C’est une bien belle devise qui nous donne à revoir à peu de choses près tout ce qu’il faisait déjà des années auparavant. La vraie problématique du film (inabordée) figure un super héros qui est resté bloqué à une période de sa vie et qui n’en est plus sorti. Puisque le film aborde des problèmes plus intérieurs du personnage (je devrais dire un seul problème : le rapport à son père, et encore ce n’est qu’une pirouette scénaristique) pourquoi ne pas avoir essayer de développer ce thème qui empêche le personnage de prolonger la légende ? D’un aspect purement figuratif, Superman semble ne pas se rendre compte du décalage des années sur son apparence physique. Déjà qu’en 1978 il portait un costume des années 30, mais de nos jours la cape rouge ce n’est plus possible !!! Presque 20 ans qu’il n’a pas changé de coupe de cheveux ! A la limite, pourquoi pas ! Mais la mèche folle !!! Superman est ancré dans un passé qu’il croit toujours effectif. Tout cela est légèrement suranné et sent la naphtaline. Et c’est ce qui fait que le film devient bancal par les anachronismes qui se succèdent. Superman sauve la veuve et l’orphelin. Encore ? Oui, oui. La recette est éculée car autant sa devise reste de mise autant les considérations morales ont déporté nos axes sur des portées moins clairement définies. Quitte à aller rétablir la justice, pourquoi Superman n’intervient-il pas en Irak, en Angola, au Rwanda ou en Corée du Nord pour libérer les peuples de l’oppression, de la guerre civile ou des agissements malsains de leurs dirigeants ? Pourquoi nos pas coopérer avec les gouvernements qui luttent contre le terrorisme et autres attaques nucléaires ? L’ouverture sur le monde nous montre SUPERMAN RETURNS comme un film éminemment bourgeois et assez éloigné des raisons pour lesquelles nous appréciions SUPERMAN. Ce qui ne veut pas dire pour autant que la vision de ce dernier nous devienne pénible. Loin de là. Un film se regarde toujours avec un œil rétrospectif. C’est un état de fait.

Puisque les mœurs ont évoluées il aurait été intéressant de nous présenter Superman sous un angle moins déiste. Cela conduit inévitablement au politiquement correct. Mais la dérision dans tout cela ? Comme nous avons pu le voir dans SUPERMAN, où Christopher Reeve balançait un ballon de football américain plus loin que ses yeux ne pouvaient le distinguer (je me suis toujours demandé quelle drôle de tête avait pu faire la personne qui avait pu voir ce ballon sorti de nulle part passer par sa fenêtre), un autre ton aurait été donné s’il avait été permis de s’interroger sur les performances du héros. S’il courrait le 100 mètres faudrait-il homologuer son record ? Cela prendrait un autre sens si Superman disait à Loïs Lane : « Je vais te défoncer ». D’ailleurs est-ce que Superman est capable de contrôler sa force à tout instant ? Peut-il tuer une femme rien qu’en éjaculant ? Des questions pourtant essentielles, jamais soulevées.

Niveau effets spéciaux c’est un peu léger. Rien de très imaginatif, rien de particulièrement virtuose, rien qui ne vaille tout l’argent dépensé. Ah bon ? Pourtant moi je trouvais qu’ils avaient fait des brutes d’effets spéciaux. La preuve : dans chaque scène de Superman on ne voit plus du tout le fauteuil roulant.

Difficile de passer après Christopher Reeve. Comme disait sa femme. Enjeu majeur pour Brandon Routh. Disons-le tout de suite, il est à l’image du film. Fade et sans surprises. Kate Bosworth campe une Loïs Lane toute aussi équivalente. Kevin Spacey ne semble pas connaître l’adage de maître Hitchcock qui nous révèle que plus le méchant est réussi, plus le film l’est de même. Il faut pour cela ne pas montrer dès le départ que l’on est méchant. Pire, plus il est sympathique, séduisant et charismatique plus le piège se refermera sur le spectateur avec un bruit effroyable. Concernant SUPERMAN RETURNS, je vous laisse conclure. Parker Posey est la seule véritable satisfaction du casting. Son rôle est délicieux d’humour piquant et elle s’en acquitte avec beaucoup de malice et de perversité. Mêlées à son charme vénéneux, c’est une séance de rattrapage qui nous conforte dans la pensée qu’aucun film n’est véritablement mauvais. Exception faite pour Alexandre Arcady. Qui ne fait pas de films.

Enfin, nous signalerons une fois de plus la mise en pratique de la théorie de l’hélicoptère silencieux (que j’avais précédemment développée le 22 mai 2006 dans l’article ON NE PEUT SATISFAIRE UN PUBLIC QUI N’A PAS DE TALENT). Dans SUPERMAN RETURNS, l’hélicoptère est une voiture. Un piéton marche tranquillement dans la rue lorsqu’une voiture fait une brutale entrée de champ, manquant de peu d’écraser le promeneur. Evidemment, le bruit du moteur ne se fait entendre qu’une fois que la voiture est visible ! La voiture qui passe le mur du son, fallait oser quand même ! Oser l’idée n’est pas ce qui m’énerve le plus, c’est surtout quand je me demande ce qui a bien pu passer par la tête du réalisateur qui a vu cela dans un film et qui a décidé de reprendre l’effet à son propre compte. Faut vraiment pas que ce soit la guerre des neurones, chez lui ! Voilà le type même de manipulation cinématographique qui m’exaspère. C’est insupportable ! Ne donnons plus d’argent aux réalisateurs qui nous prennent pour des cons !


           
Revu ZAMANI BARAYE MASTI ASBHA de Bahman Ghobadi. D’abord très désarçonnés par la pauvreté de la photographie, nous sommes ensuite transcendés par toute la pitié que ces enfants vivants dans la misère suscitent en nous. Dans son travail avec les comédiens, Ghobadi s’attarde sur leur vérité intérieure, sur ce qu’ils ont tiré de leur vie et des émotions proches de celles qu’ils ont connu. Cette vérité imprègne la pellicule comme une force motrice qui rend ces personnages foncièrement attachants. Finalement, malgré un système de vie assez éloigné du notre, nous sommes happés par cette envie de vivre, plus forte que tout. Et la perte de l’innocence. Dans leurs regards ces enfants ont bien grandi !

            Revu aussi l’un des plus grands westerns qui n’ait jamais été tourné : IL GRAND DUELLO de Giancarlo Santi. Un film qui semble avoir été pillé à maintes reprises. Nous nous interrogeons même pour savoir dans quelle mesure le scénario de C’ERA UNA VOLTA IL WEST ne s’en est pas inspiré. L’histoire de la vengeance et la manière dont les flashbacks sont utilisés (jusqu’au flou artistique de Sergio Leone qui ressemble à s’y méprendre au personnage dans l’ombre d’IL GRAND DUELLO) semblent singulièrement consanguins ! On peut aussi citer comme exemple PALE RIDER et la scène où Spider Conway, armé de sa pépite, se fait tuer par le shérif Stockburn et ses suppléants. Presque la même scène ici lors de la première apparition de Philipp Wermeer.

Nous y trouvons tous les plus grands ingrédients nécessaires à l’élaboration d’un western dans tout ce qu’il a de grandiloquent. Et la mise en scène souligne sans cesse toute la tension qui existe entre les différents protagonistes. La scène de fin est d’ailleurs un exemple de réalisation baroque, à travers cet enclos à bêtes où le trio s’affronte. Et les yeux en gros plans bien avant l’heure. La beauté et l’audace des cadrages rajoutent au film de Giancarlo Santi, réalisateur qu’il convient de redécouvrir. Nous rejetterons simplement l’humour peu affûté de certains personnages, qui enlève à la noblesse du film et l’empêche d’accéder au statut de chef-d’œuvre.
Dans sa conception, IL GRAND DUELLO rappelle tout à fait la manière dont les pouvoirs se confrontent dans LIU XING HU DIE JIAN de Chor Yuen, autre film phare d’un cinéma de genre : le wu xia pian.

CLERKS II            CARS de John Lasseter et Joe Ranft. Déjà un mauvais pressentiment avant d’aller voir ce dessin animé qui se contente de décliner FINDING NEMO version mécanique. Mauvais pressentiment dû à une campagne d’affichage désastreuse puisque sur les affiches du film se trouvaient apposés comme phrases d’accroche les plus mauvais jeux de mots qu’une campagne publicitaire ait osés. Déjà, moi qui ait horreur de l’humour, je trouve que le genre du calembour est ce qu’il y a de plus ringard mais si, en plus, ils sont mal construits, on s’aperçoit tout de suite que le publicitaire a juste cherché à remplacer un mot pour un autre en se disant qu’il collait parfaitement au film. Un calembour doit être valide dans les deux sens. « Il en faut pneu pour être heureux » ne fonctionne qu’en rapport avec les voitures du film ; l’expression, elle, ne signifie rien du tout. A contrario, « Ils n’y verront que du pneu » (réplique extraite du film) fonctionne comme un clin d’œil par rapport à la phrase de référence et en même temps, correspond à ce qu’il se passe dans l’action du film.
Tout ça pour dire que ces aventures motorisées privilégient la vitesse visuelle à l’activité cérébrale. Le style est alerte, élégant, démarré de façon trop abrupte (mais que voulez-vous ? Il faut bien accrocher la ceinture du spectateur dès le début !) et considérablement aussi mièvre que les productions apparentées. Et puis ce sirop de morale pour public décervelé nuit toujours au récit. Sauf que cette fois, la morale n’est pas la bonne.
Surtout pas un jour comme aujourd’hui. Parce que dans une course, ce qui compte le plus c’est la victoire. Fuck le baron Pierre de Coubertin ! Alors la petite voiture rouge qui s’arrête à cinquante centimètres de la ligne d’arrivée, est prise d’un terrible cas de conscience, laisse gagner un autre concurrent, s’en retourne chercher le vieux tacot qu’elle avait violemment cartonné, et l’aide à passer la ligne blanche, ça va un moment, mais pas aujourd’hui. Surtout pas aujourd’hui ! Pas le lendemain d’une finale de football volée par des italiens plus catcheurs que footballeurs. Pointer du doigt Zidane pour un coup de boule alors que tous les coups seraient permis pour le petit bolide rouge ? Non mais qui c’est qui a vu la vierge en couleurs ? Vous avez tellement peu de neurones pour trouver cette fin triomphale ? Où est-ce que vous avez vu cette enflure de Materazzi s’insurger contre ce qu’il a fait, crier au scandale d’infliger un carton rouge à Zinédine Zidane pour le dernier match de sa carrière et aller le chercher alors qu’il allait sortir, pour le ramener sur le terrain, le prendre par les épaules et obliger le public à lui faire une ovation ? Quel match avez-vous vu ? Non, cela n’existe pas ! ZZ méritait son carton, l’italien son coup de tonsure. Marre de ces italiens qui font leurs coups en douce sans être sanctionnés. Le français laisse son message pour les années à venir : montrer qui est le maître sur le terrain. Et la France gagne sa seconde Coupe du Monde de football. Seule la victoire importe.

            JAY & SILENT BOB DO DEGRASSI est un DVD vendu sous le format d’un long métrage nous narrant les nouvelles aventures des héros des films du réjouissant Kevin Smith. Oui, mais voilà, ce n’est pas lui qui réalise cette fois-ci. Pire que tout : il ne s’agit pas d’un film mais de trois épisodes d’une série télévisée, mis bout à bout. Rappelez-vous : « Degrassi junior high ». Série qui nous a bercés à la fin des années 80. Ils ont repris les mêmes caractères (enfin, surtout les plus marquants) devenus adultes et la série continue sous le nom de : « Degrassi : the next generation ». C’est aussi navrant que l’originale, écrit avec les pieds de son voisin, laid à pleurer et mou comme quiche passée au four à micro-ondes. C’est de la série télévisée, quoi ! Impossible de se réjouir de la présence de Jay et Silent-Bob. Ils sont sous-exploités et leurs dialogues ont perdu tout leur mordant. Par contre, Kevin Smith joue toujours autant l’autodérision et c’est un vrai régal d’entendre ce qu’il laisse dire sur ses films. Curiosité sans intérêt FABIAN BIELINSKYqui nous faire attendre un peu plus la sortie de CLERKS II, que les Etats-Unis (chanceux sur ce coup-là !) pourront découvrir dès le 21 juillet 2006. Pas de date sortie française prévue pour le moment. Va falloir commencer à se tirer les doigts de la prise si personne ne veut que l’on sorte armés de M16 ! Cibles italiennes bienvenues…

            Terminons ces quelques réjouissances par une petite note nécrologique comme nous n’avons pas l’habitude d’en faire. Epitaphe dédiée au réalisateur Fabian Bielinsky. C’est toujours dans ces moments-là que l’on se prend à rêver : « Mais pourquoi lui et pas Lars Von Trier ? ». Agé de 47 ans, nous lui devions le sympathique NUEVE REINAS en 2000 et EL AURA l’année dernière. Un infarctus aura eu raison de celui qui faisait partie de la « nouvelle vague » argentine. Les médias n’ayant pas jugé utile de s’attarder sur sa disparition, nous souhaitions le rapprocher de nos propres considérations afin de ne pas le laisser s’éteindre en solitaire.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
commentaires (11)    ajouter un commentaire
Jeudi 29 juin 2006

LA PISCINE            J’aime bien traiter les personnes âgées de « vieux con » ou de « vieille peau ». Car, la plupart du temps, ces personnes à la peau mal repassée abusent du privilège de l’âge, se croyant prioritaires en toutes situations. Avez-vous déjà remarqué le nombre de petits vieux qui traversent la route ? Soit le jumping de passage clouté à 2 à l’heure est devenu leur sport national soit il arrive un âge à partir duquel on cherche vraiment la mort. En tout cas, c’est à chaque fois un nouvel épisode de FINAL DESTINATION qui se joue sous nos yeux : la mort vrombit au loin alors que petit vieux et petite vieille traversent de toute leur décrépitude. Le choc semble inévitable mais la mort crisse de ses quatre pneus neufs et fulmine de rage envers les deux morts-vivants qui terminent d’arriver au trottoir opposé, faisant mine de ne pas se rendre compte de la scène. La mort repart, le sourire au coin des lèvres, car elle préfère toujours frapper à un moment moins prévisible. Belle épitaphe : « Mort en mangeant du Saint-Moret » ! Déchéance de ces pauvres corps déliquescents qui n’auront pas su mourir de manière descente.

Heureusement, il y a la canicule ! Toute une année à attendre patiemment que le mercure s’excite et finisse par érupter. Déjà le 21 juin et FINAL DESTINATION IV s’avance à grands pas. Que j’aime ces chaleurs qui commencent à envahir notre espace vital, s’immiscent dans les moindres recoins dé nos maisons, neutralizent la moindre climatisation digne dé zé nom, emblissent nos poumons, commencent à nous édouffer bétit à bétit, arrrrgh ! zé beau lé gri d’une vemme à gui on arrache zon envant… Mais je m’emporte !

Pendant ce temps, des centaines de vieux ont la vie belle du côté du métro Glacière. Ou métro Goldwyn-Mayer peut-être…

En attendant la canicule l’idée m’est venue de revoir un film qui combinait ces chaleurs étouffantes, le désir qu’elles peuvent transformer en folie, le farniente vacancier et l’absence de personnes over âgées : LA PISCINE de Jacques Deray. Un souvenir assez ancien mais fort agréable, et surtout cette scène, impossible à sortir de son esprit quand on est enfant, où Alain Delon noie Maurice Ronet. Commençons précisément par cette séquence. C’est bien évidemment le gros noyau du film. Elle m’apparaît dotée d’un impact visuel fort (notamment le plan où Delon appuie sur la tête de Ronet pour l’empêcher de reprendre son souffle) mais assez bancale dans l’exploitation de la noyade. Je veux bien que Maurice Ronet soit dans un état d’alcoolémie avancé mais je trouve qu’il reste bien sagement au milieu de cette piscine comme s’il s’attendait déjà à ce que son adversaire l’envoie par le fond. Chose que fait, en général, assez bien le jeune marié. Mais outre le peu de débattement que je lui reproche, sa noyade arrive pour moi un peu trop tôt. J’attendais un peu plus de panique et de suffocation dans cette immense piscine où il semble bien simple de noyer n’importe qui. D’autres cinéastes ont bien voulu montrer que tuer un homme relevait d’un défi physique majeur, car celui qui se débat décuple ses forces (j’avoue être un peu mieux placé que vous pour m’en tenir à une telle affirmation). Il faut de longues minutes pour amener quelqu’un à la mort lorsqu’il s’agit d’un corps à corps. Alfred Hitchcock l’avait déjà montré et nous avons tous en mémoire l’effroyable séquence du meurtre dans le téléfilm DEKALOG, PIEC de Krzysztof Kieslowski. Aujourd’hui, au cinéma, ce genre de mort n’est jamais exploité, toujours évacué en quelques secondes pour mettre (à tort) plus de rythme, alors que nous sommes en puissance dans le spectaculaire.

JACQUES DERAYMalgré cela, LA PISCINE fonctionne de manière exemplaire sur bien des points. Le plus étonnant reste ce temps qui s’écoule et où il semble ne rien se passer. En apparence. Car Jacques Deray rentabilise la gestion du temps de manière très intelligente. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un couple parti se reposer loin des difficultés de leur quotidien. Un couple qui profite. Du soleil, de la piscine, de la veine érotique d’une telle atmosphère… Le temps ne semble alors avoir aucune prise sur eux. Ils pourraient être ici depuis un bon moment. Ils pourraient y rester encore plus. A la montre de Jacques Deray le temps est fonctionnellement distendu. Incroyable comme le film prend son temps dans cette première partie ! Nous sommes bien loin des critères cinématographiques actuels qui imposent d’accrocher immédiatement l’œil et l’attention du spectateur. Quoique pour l’œil ce soit quand même le cas puisque LA PISCINE bénéficie de la somptueuse photographie concoctée par Jean-Jacques Tarbès. Il choisit de mettre en valeur les couleurs chaudes pour nous envoûter par la lourdeur d’un été torride et suffocant. Il l’allie d’ailleurs aux magnifiques corps des deux  amants sur lesquels il fait peser une densité corporelle effervescente dès les premiers instants. Ce sont les couleurs du désir. La photographie choisit l’embrasement général. Face à cette incandescence le spectateur est séduit par la plénitude d’un tel laisser vivre.

EYES WIDE SHUTUn film puissamment érotique, donc, mais dont il faudra cependant noter une malhonnêteté assez grossière de la part de Jacques Deray. Je parle précisément du moment où Romy Schneider fait une sieste dans la chaleur de l’après-midi. Restée seule dans la maison, elle se repose entièrement nue sur son lit. Ah ! Ca commence à m’intéresser… Alors que le réalisateur avait jusqu’à présent opté pour une pudeur érotique qui n’essayait pas de masquer coûte que coûte la nudité des corps, il met en place un travelling qui remonte le long des courbes de Romy Schneider afin de nous dévoiler son anatomie par pur voyeurisme. Jean-Luc Godard disait que le travelling est une affaire de morale. Nous pouvons plus que jamais le vérifier à travers ce plan honteux puisque inutile. Dans ce que j’appellerai « l’intelligence du sein qui se laisse voir » Jacques Deray nous avait précédemment régalé lorsque sa caméra ne cherchait pas à cacher les parties honteuses de ses personnages derrière des objets ou des plans aberrants composés pour la cause. Au passage, il arrivait à faire en sorte qu’un sein (limite bord cadre) se dévoile presque innocemment, sans que la caméra ne s’y attarde. Il s’agit là de la quintessence de l’érotisme non avoué (à la censure). Lorsqu’il filme Romy allongée, ce n’est plus le même réalisateur. Je ne connais pas l’histoire du film mais cela ressemble étrangement à un discours de producteur.

LA PISCINE c’est avant tout le récit d’un homme en mutation. Une sorte de film-cocon où le temps (dont nous parlions précédemment) joue son rôle de révélateur sournois. Lorsque le film débute, Alain Delon se trouve déjà au cœur d’un processus de révolution interne, à l’image de la chrysalide enfermée dans un cocon de soie (symbolisée par la piscine). Maurice Ronet sera l’élément déclencheur. L’accélérateur d’un processus qui aurait de toute façon connu le même sort, mais qui va se retourner contre ce dernier. C’est pour cette raison que le rythme du récit s’accélère considérablement dès son arrivée. Agitations. Le scénariste crée plus de mouvement. Personnages provenant de l’extérieur, les rôles principaux qui commencent à sortir de leur repaire, rythmes musicaux etc. La vie prend forme. Jacques Deray, lui, va moins s’attacher à la vanité du papillon qu’à ses nouveaux pouvoirs, ainsi révélés. Mutatis mutandis. Oui. Et un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. J’aime bien « les voyages forment la jeunesse » aussi.

Le plus beau film de Jacques Deray est aussi celui où le couple Delon-Schneider fonctionne le mieux. Leur histoire à la ville semble profiter au rapport du couple à travers ce qui se joue derrière les mots et les silences. MAURICE RONETCe qui ne peut pas se jouer et que l’on retrouvera notamment dans EYES WIDE SHUT. Sublimés par la photographie de Jean-Jacques Tarbès ils trouvent ici l’un de leurs plus beaux rôles (Romy Schneider en ayant un nombre considérable dans sa filmographie, et Alain Delon prouvant qu’il était aussi un très bon comédien lorsqu’il était jeune). Et puis Maurice Ronet qui balade sa classe et son allure charismatique ! Parfait pour dissimuler ce qui se cache derrière les apparences. Du double jeu, de la subtilité, de la très grande manipulation psychologique.

Ce qui restera à tout jamais exemplaire est l’utilisation de ce temps. Prendre le temps c’est ne plus se trouver confronté à l’emprise qu’il a sur nous. Etre en dehors du temps. C’est aussi être en dehors d’une certaine réalité. Rien d’étonnant donc à ce que ce soit une montre qui soit l’élément le plus incohérent de la noyade de Maurice Ronet. Cette démarcation du temps oppose un conflit de générations. Quels films se voulant aussi populaires peuvent se prévaloir d’autant de lenteur dans l’exposition de leur histoire ? FACE/OFF ? Non, quasiment aucun aujourd’hui. On parle donc de LA PISCINE comme d’un vieux film. Celui qui rappelle une autre époque, une manière différente de concevoir le cinéma. Mais il importe de s’insurger contre l’expression qui veut qu’un film ait « vieilli ». J’ai d’ailleurs toujours trouvé cette expression suspecte. On l’emploie souvent pour caractériser un film qui se situe en dehors des modes. Ainsi, d’un point de vue vestimentaire, certains trouvent A CLOCKWORK ORANGE vieilli. Les mêmes se défendent pourtant de qualifier BARRY LYNDON de la même manière, alors que dans les deux cas les styles choisis par le réalisateur ont été complètement délibérés, en fonction de l’impact qu’ils auraient sur le temps qui passe. Imaginons qu’A CLOCKWORK ORANGE soit réalisé dans deux siècles, il est probable qu’il serait plutôt considéré comme l’empreinte d’une époque (ce qu’il doit évidemment être) et non comme le calque fané d’une société qui s’est affranchie des idées qu’elle véhiculait à un moment M. Dans le sens où l’on BARRY LYNDONentend cette expression cela signifierait que MARIE-ANTOINETTE avait déjà vieilli avant même sa sortie. Et l’on peut reprocher beaucoup de choses à ce troisième film de Sofia Coppola mais il est tout sauf vieux dans sa conception. Est-ce la première chose que l’on entend d’un film de Charles Chaplin ? Pourquoi la musique de SCARFACE aurait-elle plus vieillie que celle de PHANTOM OF THE PARADISE ? On entend souvent ce genre de justifications à partir du moment où les caractères de la contemporanéité ne correspondent plus avec les anciens. Ainsi certains films ne sont jamais qualifiés de « vieillis » car ils sont supposés bénéficier d’une intemporalité plus marquée (mode vestimentaire, influence musicale, rapport aux mœurs de l’époque). Mais c’est une erreur de considérer qu’un film vieillit. Tout au moins d’après ces critères. Avec le temps certains films montrent des procédés (techniques, scénaristiques, d’art dramatique…) qui peuvent paraître obsolètes. Voilà tout au plus ce qui pourrait être reproché à un film. Si vous acceptez qu’un film vieillit alors vous devez accepter qu’un film meurt. Or le cinéma a cela de beau qu’il peut être vu et revu. Aucun film ne meurt d’être vu. D’ailleurs il n’y a que pour le cinéma que cette expression soit née. Jamais vous n’entendrez dire d’un tableau ou d’une sculpture qu’il ou elle a vieilli. Un film évolue au même rythme que les regards que l’on porte sur ce qui nous entoure. En cela nous pouvons dire que le cinéma est tributaire de nos évolutions. Mais c’est une observation assez triviale. Il faut en fait considérer la vieillesse sous deux points de vue opposés pour pouvoir l’appliquer à des considérations cinématographiques. Toute vieillesse est sujette soit à un épanouissement soit à un replis. Dans le premier cas elle sera issue de la qualité du travail effectué par toutes les forces majeures du film. Ce qui ne signifie pas forcément que ce soit le chemin tout tracé de films considérés comme des chefs-d’œuvre dès leur sortie. Un des meilleurs exemples reste le magnifiquement expressionniste THE NIGHT OF THE HUNTER. Nous pouvons lui reprocher quelques procédés désuets dans son élaboration mais cela n’entame en rien l’impact qu’il garde sur le public (qui s’est d’ailleurs accru à partir d’une certaine période).

THE NIGHT OF THE HUNTERDe l’autre côté, nous parlons du renfermement d’un film lorsque celui-ci ne correspond plus à rien de ce qu’un public est en droit d’attendre. C’est une notion assez générale, qui ne peut être globale, et va donc bien à l’encontre du postulat de la mort d’un film puisqu’il existe autant d’intérêt à visionner un film qu’il y a de publics.

Dire d’un film qu’il a vieilli fait donc appel à un raccourci un peu trop facile où l’amalgame semble de mise. Techniquement, seule la pellicule peut subir l’altération du temps. D’un point de vue basique, le contenu, le film, reste immuable pour l’éternité.

            Cela doit sentir le sapin très fort en haut de la tour T.F.1 puisque nous apprenons par Le Point que la chaîne « a obtenu des députés et des sénateurs, réunis en commission mixte paritaire, l'introduction d'un amendement inédit autorisant les chaînes de télévision à diffuser gratuitement des extraits de musique sans passer par la case droit d'auteur ! ». La justice à double vitesse fait un nouveau pied de nez (un doigt d’honneur serait plus approprié, mais il faut se mettre en phase avec le vocabulaire de cette génération qui mûrit et qui semble même entrée de plein pied dans le stade suivant, si l’on se réfère à l’odeur) au consommateur lambda en général et aux téléchargeurs en particulier. Certains ont donc la possibilité de diffuser la musique sans payer de droits d’auteur et d’autres non. Rien d’étonnant à ce que la raison du plus fort reste toujours la meilleure depuis Jean de La Fontaine. Rien d’étonnant donc à ce qu’un jour ceux sur qui l’on ne cesse de taper retournent le bâton contre leurs agresseurs. On ne peut décemment pas s’acquitter de ses simples devoirs de citoyen sans en payer une contrepartie. Il est grand temps de se révolter. Les jours se suivent et laissent place à de continuelles dénonciations de ce genre. Elles sont nécessaires mais d’une efficacité relative. Besoin de trouver d’autres moyens pour se faire entendre. Vite. La colère fera place un jour à la violence. Et comme le court terme n’est pas à la révolution, nous passerons donc par la dépénalisation du téléchargement. FRANCOIS ROLLINDe gré ou de force. Vous avez ouvert nos cœurs pour y graver la haine, nous ouvrirons vos crânes pour y graver nos peines.

De quelques manières que ce soit il faudra bien que s’exprime la contrepartie à toute cette défiance. Il doit bien y avoir un moyen de contourner la violence. Il nous appartient de pouvoir réfléchir pour faire en sorte que tout ce sapin brûle en un grand feu de joie. Honte sur les grandes chaînes hertziennes ! Les mêmes qui ont boycotté les FMR de François Rollin, qui se produisait un dimanche par mois, depuis 10 mois, pour 10 représentations uniques, sur la scène de l’Européen. Le spectacle est à l’image de l’homme : repousser tout ce qui a trait au parisianisme et au tape à l’œil pour mieux se recentrer sur l’aventure humaine de nos propos et de nos attitudes quotidiens. La dernière édition vire à l’exercice de style qui peine à se renouveler mais nous enchante quand même par la simplicité de la démarche et la virtuosité avec laquelle il utilise le processus créatif. Car François Rollin est un chimiste avant tout. Un homme qui explore, qui cherche, qui essaie. Alors rien n’est totalement parfait, bien entendu, mais ce n’est pas le but. Laisser une grande place à la liberté d’expression sous toutes ses formes. S’éloigner des carcans culturels et parcourir de nouveaux chemins de créativité. Une sorte de performance scénique de libre pensée.

Aucune des six grandes chaînes de télévision n’aura daigné l’inviter pour relayer ce projet fou qui fait la part belle à l’inventivité et à la vitalité imaginative. Les médias tendent à nous faire croire que la créativité n’est plus une valeur majoritaire. Il est plus que temps de désorganiser ces relais. De toute façon leurs pouvoirs s’amoindrissent avec le temps. Ce sont des organes vieillissants devenus incompétents. Chacun de vous sera un journaliste en puissance dans les années à venir.

Les vieux, faudrait les tuer à la naissance.

            Revu LA VIE EST UN LONG FLEUVE TRANQUILLE d’Etienne Chatiliez. Encore entendu parler de ce film comme « ayant péniblement vieilli ». Il est vrai que l’humour de l’époque semble assez éloigné des normes contemporaines. On pourrait alors lui reprocher son manque d’agressivité, de méchanceté, de cynisme, d’humour cinglant, de toutes ces caractéristiques que l’on essaie d’étouffer dans nos rapports aux autres et qui ne peuvent plus s’épancher que dans l’humour. Sans la diaboliser, je trouve cette attitude assez navrante. Il est encore possible de faire de l’humour sETIENNE CHATILIEZans faire dans l’immoralité. Le film de Chatiliez ne l’est que très peu. C’est peut-être pour cela que nous le trouvons moins drôle. Il ne l’est pourtant pas. Juste assez mal réalisé car Chatiliez pense mise en scène quand il s’axe sur les dialogues ou le jeu des comédiens. Comme d’habitude, cela ne résiste pas au temps.

            Vu ROMPER STOMPER de Geoffrey Wright. Le film est bourré de clichés concernant les néo-nazis. C’est une question de déontologie. Point de vus monosémique. Aucun contrepoint aux comportements de ces individus. D’autant plus inintéressant que la mise en scène essaie constamment de faire dans l’effet visuel. Mais c’est sans idée. C’est cadré de manière atypique. C’est assez déstabilisant car nous sommes tout le temps en train de chercher ce qu’a voulu faire le chef opérateur. C’est décalé mais sans jamais servir le propos du film. La photographie, elle, oscille entre les jaunes et les verts, donnant au film un aspect glauque visuellement peu excitant, pour ne pas dire nauséeux. Inutile.

            Revu DON’T DRINK THE WATER, premier téléfilm réalisé en 1994 par Woody Allen, d’après sa pièce. Nous le savons, Allen est un cinéaste inégal. Nous savons aussi que la télévision n’a jamais réalisé de chef d’œuvre. Le pari semblait mal engagé mais j’avais un souvenir autre de cette pièce assez mal filmée. La situation en elle-même est assez succulente mais difficile de trouver beaucoup de drôleries à travers l’écriture. Quelques bonnes répliques qu’Allen se réserve et puis c’est tout. Très théâtral et assez mal aéré pour éviter toute référence récurrente. La photographie s’embourbe dans des tons ocres et sépias pour nous rappeler que le récit se passe pendant la Guerre froide. C’est un peu conventionnel. D’une manière générale. Le véritable intérêt vient d’un côté de la mise en scène que Woody Allen est sûrement le seul à utiliser de manière aussi flagrante : le rythme par la parole. A travers les différents rythmes et flots de paroles qui s’enchaînent, s’enchevêtrent, s’amoncèlent etc. il crée une mise en scène dynamique et souvent surprenante. Ici c’est la technique du comédien qui crée le même effet de rythme que le montage. A ce niveau c’est de l’horlogerie. C’est notamment une des clés du cinéma de Woody Allen, qui met en place une mise en scène plus axée sur les comédiens que sur la technique proprement dite.

THE GOOD GIRL            CREMASTER 4 de Matthew Barney.

Je me demande encore pourquoi je persiste à regarder cette quinqualogie d’une bêtise intersidérale aussi concluante que la mégalomanie qui s’en dégage. Reste encore un épisode. Est-ce bien raisonnable ? Jamais une saga ne m’aura rendu aussi malheureux. A part « Dr. Quinn, femme médecin » peut-être…Je serais Président de la République je le condamnerais à errer dans un coin reculé de la Lozère où il rencontrerait des personnes qui lui diraient : « J’adore Jamel Debbouze ! » et où il n’aurait pas d’autres choix que de s’enfermer dans son hameau où son passe-temps favori deviendrait le pen spinning.

            Petite note concernant la sortie de THE BREAK-UP de Peyton Reed avec notamment Vince Vaughn et Jennifer Aniston. Je n’aime pas cette dernière pour des raisons que je n’ai pas à exposer ici, mais j’ai lu (je ne sais malheureusement plus où sans quoi je me serais fait un plaisir de le citer) qu’après de nombreux rôles qui ne lui avaient apporté aucune crédibilité en dehors des plateaux télévisés de la série « Friends », il s’agissait enfin du film qui allait pouvoir exposer ses vraies qualités au grand public, à l’instar de ses partenaires. C’est faux. Encore un critique dépourvu de culture (alors comme ça on fait des pléonasmes ?) qui a oublié de compter dans sa filmographie l’épatant THE GOOD GIRL de Miguel Arteta, qui ne date pourtant que de 2002, où elle était fascinante de justesse et d’intériorité. Et de profondeur, comme disait la jeune mariée.

            Individus modernes et désireux de bouffer la vie à pleines dents 34EME FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLEque vous êtes, prenez note dès à présent que le formidable festival de La Rochelle (34ème du nom) se tiendra du vendredi 30 juin au lundi 10 juillet.

Et où aura-t-il lieu ? Dans ton cul !
Il s’agit d’un des festivals français les plus dignes d’intérêt puisque cette année vous aurez la chance d’y voir :

- Roman Polanski, qui viendra présenter son intégrale (tous ses longs et courts métrages)

- une rétrospective des plus beaux films de John Huston

- 12 films avec Bulle Ogier (comme quoi l’âge ne fait rien à l’affaire puisqu’on peut déjà lui attribuer 67 printemps ! « Elle en a déroulé du câble ! » comme on dit chez moi) dont le très perturbant MAITRESSE de Barbet Schroeder

- de nombreuses œuvres méconnues ou invisibles (tous les films des frères Quay (qui seront présents), idem pour Hirokazu Koreeda)

- quelques films pour découvrir les peu médiatiques Nikos Panayotopoulos et Dito Tsintsadze

- de nombreux films de Maurice Ronet (en tant qu’acteur mais aussi réalisateur) et d’Harold Lloyd

- du D.W. Griffith : ORPHANS OF THE STORM, du Masaru Konuma : NURETA TSUBO, GENTLEMAN JIM de Raoul Walsh

- pleins d’avants-premières et d’inédits : le très attendu IKLIMLER de Nuri Bilge Ceylan, JARDINS EN AUTOMNE d’Otar Iosseliani, LAI XIAO ZI de Han Jie, TAKESHIS’ de Takeshi Kitano, THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY de Ken Loach, EN FOLKEFIENDE d’Erik Skjoldbjaerg etc.

- plein de courts métrages, une nuit blanche, diverses rencontres, des séances spéciales pour les enfants, des expositions et tout plein de bonnes choses que nous ne pouvons pas encore vous révéler afin d’éviter que vos esprits ne sombrent dans une folie fiévreuse.

L'EQUILIBRE DE LA TERREUR            Nouvelle incursion dans la discographie de Goldfrapp. Rien à voir avec le chanteur Emile qui ferait des percus, j’espère ?! Chansons hypes, sensuelles et glamour. Je confirme bien qu’il s’agit de ce qu’il y a de mieux en matière de musiques sur lesquelles faire l’amour ! Avec la main, ça compte ?

            A surveiller de près : le 2 août 2006 sortira enfin L’EQUILIBRE DE LA TERREUR de Jean-Martial Lefranc. Premier film qui expose l’organisation d’un attentat nucléaire en Europe fomenté par un réseau terroriste islamiste. L’idée principale (et ô combien intéressante) est de décortiquer les différents niveaux à travers lesquels l’attentat s’élabore, sans jamais verser dans une position univoque. Cela alimentera sûrement une certaine polémique puisque le film n’est à priori pas militant. Les frontières des personnages sont volontairement floues de façon à donner une image de chacun où le manichéisme bien/mal ne suffit plus dans l’opinion que le spectateur est en droit de se faire. La personne humaine est plus complexe que ce vieux schéma. Et cela est tout à l’avantage de ce réalisateur qui attise notre curiosité par une manière de faire très audacieuse, et qui ne s’épargne aucune difficulté en matière de production.

« Les meilleurs spécialistes considèrent que la probabilité qu'un attentat nucléaire ait lieu dans les cinq ans est de 60% » (Jean-Martial Lefranc).

Une initiative qui paraît palpitante sur le papier et dont il faut encourager la prise de risques, d’autant que le film saurait se démarquer du rendu français habituellement terne, peu enjoué et satisfait de sa médiocrité. L’EQUILIBRE DE LA TERREUR s’appuierait plutôt sur un style plus alerte mêlant une manière de filmer nerveuse, une photographie imprévisible et une mise en haleine motrice.

Il me semble bon de s'y attarder. A moins que je ne sois devenu un vieux con.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
commentaires (7)    ajouter un commentaire
Dimanche 4 juin 2006

FESTIVAL DE CANNES            Les jurés du festival de Cannes voient-ils les films de la compétition ? Et s’ils les voient pourquoi dorment-ils dans la salle ? Et s’ils les voient quand même les regardent-ils ? Et, après tout, s’ils les regardent connaissent-ils la définition de « juré » ? Et quand bien même répondraient-ils à toutes ces conditions (bah j’ai pas eu de bol jusqu’à maintenant, car il y en a manifestement un ou une qui cherche à me prouver que les jurés cannois servent à quelque chose ! Soit cette personne cherche à me nuire (ce que je peux comprendre) soit je fais fausse route (ce que je peux comprendre aussi). Dans tous les cas le résultat demeure en ma faveur puisque nous pouvons conclure sans équivoque que je suis un homme extrêmement compréhensif), oui quand bien même répondraient-ils à toutes ces conditions, à quoi cela servirait-il puisque chaque palmarès cannois se décide avant même que le festival ne se mette en branle ? Cela me rappelle l’histoire d’une jeune mariée…

Ainsi la mouture 2006 n’aura été qu’une énième version d’un festival où se côtoient moins de passionnés en cinéma que de professionnels cherchant à justifier la pratique de leur métier au cours de l’année écoulée. Le palmarès ne fut pas, lui non plus, très surprenant.

Rien que pour des films comme KES, AE FOND KISS… ou FAMILY LIFE, Ken Loach méritait bien de remporter une Palme d’or. Mais il eut été incorrect de rajouter : « Enfin ! ». - Réservons-nous pour le moment où Alexandre Arcady annoncera la fin de sa carrière. - Quelle carrière ? C’est pourtant l’erreur commise par le jury cannois qui a préféré accorder un prix de persévérance plutôt que de féliciter toute ardeur filmique. Rien de surprenant donc, puisque ce prix évoque notamment celui qu’avait reçu Théo Angelopoulos (ou Rastapopoulos peut-être, en tout cas je sais que ses films sont un peu comme une aventure de Tintin. Gentils. Oui, gentils. A moins que ce ne soit « niais » l’adjectif ad hoc) en 1998. L’Histoire n’est qu’un éternel retour. Et pour justifier une nouvelle fois cette maxime fort à propos, Wong Kar-Waï s’est contenté de récompenser en fonction de ses intérêts, comme les jurés ont voté pour les leurs. On s’interroge sur le rôle du président de cette cérémonie et l’on arrive parfois à se demander s’il ne serait pas en droit de faire fonctionner son petit monde selon des principes dictatoriaux proprement énoncés. Cette solution n’empêcherait cependant pas l’émergence de tels palmarès. D’ailleurs plusieurs d’entre eux ont déjà beaucoup usé et abusé de leur rôle de président pour imposer leurs points de vue en dépit du bon sens et des différents avis des jurés. Certains n’y sont même pas arrivés : on se souvient de Quentin Tarantino tentant d’imposer OLDBOY comme Palme d’or à la place de FAHRENHEIT 9/11. KEN LOACHC’est plutôt un problème d’intégrité. Qu’un jury se trompe dans l’attribution de récompenses passe encore. L’incompétence n’est qu’un problème de hiérarchie. D’autant qu’une erreur est moins grave car elle fonctionne sur une logique tout à fait justifiable. Mais lorsque Wong Kar-Waï insiste pour que ce soit le Studio Canal (BABEL et INDIGENES) qui soit récompensé en reconnaissance d’anciens films qu’il n’aurait pas pu réaliser sans certains appuis, ou qu’il interdise que YIHE YUAN de Lou Ye ne figure pas dans la liste des heureux élus de peur de ne plus jamais pouvoir tourner en Chine, cela confirme des choix avant tout politiques. Hors-jeu. Pas de surprises, donc. Mais que pouvait-on attendre d’un président qui a visionné tous ses films avec des lunettes de soleil ? Cannes est la grand messe du copinage. L’Histoire est un éternel retour. Les palmarès cohérents qui ne souffrent d’aucune ambiguïté ne sont que des erreurs de parcours. Evidemment ce sont les cuvées les plus prestigieuses. Il faut savoir les attendre. Cela commence à tarder. 1997 était peut-être la dernière en date. Je me rappelle qu’Isabelle Adjani en était la présidente. Comme par hasard.

Petit retour sur le Grand Prix réservé à Bruno Dumont. Le seul avec Andrea Arnold à pouvoir se prévaloir d’avoir été récompensés pour leur cinéma et non autre chose. Nous pouvons remercier Ken Loach d’exister et de nous avoir évité la plus grande bévue qu’un festival aurait connue. Déjà que le festival de Cannes en a commis de belles avec notamment DANCER IN THE DARK ! Il ne faut de toute façon pas se leurrer. Dumont est appelé à recevoir dans quelques années la récompense suprême. Nous n’y sommes pas encore ; un accident est si vite arrivé… En attendant, il fut la véritable vedette de cette 59ème édition en commettant ZI imposture de la sélection. Celui que je compare volontiers à un Lars Von Trier français parce qu’il racole sur les mêmes terres, ne nous a jamais impressionné par le cinéma qu’il développe. Lourd et faussement intello, il est encore plus détestable lorsqu’il confond la nouveauté formelle avec du sens artistique. A éviter sous peine de régression. Je sais, c’est un peu excessif, mais je ne serai d’aucune pitié envers celui qui considère que l’art est réservé à une élite.

Je n’étais pas parti pour commenter le palmarès mais puisque nous y sommes j’enchaîne sur le cas Almodovar. Pour qui se prend-il cet homme qui vient présenter un film pour recevoir une récompense ? Cette attitude est bien à l’image de son VOLVER. Comme si ses films précédents suffisaient à lui conférer une aura cinématographique impossible à remettre en cause. VOLVER est un film paresseux et peu inspiré. Les jurés ont bien fait de ne lui accorder que des prix secondaires. Complètement immérité en ce qui concerne le scénario. C’est primaire et assez tiré par les cheveux (t’aimes ça ? Hein, t’aimes ça ?) à l’image du père pseudo-incestueux. Cliché et poussif. En ce qui concerne les six prix d’interprétation féminine nous avons là un bel exemple d’erreur de jugement comme j’en parlais précédemment. Dans VOLVER, Pénélope Cruz est absolument formidable. Nous l’avions laissé en compagnie de la pulpeuse Salma Hayek dans BANDIDAS, où la direction d’acteur avait semblé aux réalisateurs aussi indispensable qu’un toit ouvrant sur un sous-marin. Salma faisait montre d’un talent un peu plus complet que Pénélope. Seulement celle-ci n’avait pas dit son dernier mot. Elle prouve dans VOLVER que lorsqu’elle est bien dirigée elle est aussi capable de composer puisqu’elle campe un personnage à cent lieues des jeunes femmes chétives qu’elle a l’habitude d’incarner. Elle est Raimunda, la Méditerranéenne au caractère ferme. On la découvre incisive, animée d’un feu intérieur qui génère en elle une vivacité qu’elle ne lâche jamais. A la fois sensible et ardente, elle joue sur plusieurs registres qui prouvent que son prix n’est pas usurpé. PENELOPE CRUZLà où le bât blesse c’est qu’elle ne peut pas le partager avec cinq autres personnes qui ne sont pas de la même trempe. Je pense notamment à la jeune Yohana Cobo qui incarne sa fille d’un air mal assuré, monocorde et particulièrement peu touffu. Je m’aperçois que je n’emploie jamais assez ce mot ! C’est donc plus à Pedro Almodovar que ce prix s’adressait. Pour son amour des femmes et sa manière de les diriger. Enorme erreur donc puisque l’interprétation ne devrait-elle pas plutôt faire l’éloge d’une vision de jeu plus que d’un univers au travers duquel elle se met au service ? On pourrait aussi dire que l’interprétation est une manière de faire. C’est vrai. Mais quand elle émane du réalisateur cela relève de la mise en scène. Et s’il existe un prix qui devrait valoriser les nouvelles prises de risque, les nouvelles voies qu’un acteur promet d’explorer, ce devrait être celui-là. C’est aussi pour cela que je suis partisan de pouvoir offrir ce prix à des comédien(ne)s qui ont des rôles secondaires.

Plus consensuel, nous nous attendions un peu aux multiples prix d’interprétation pour INDIGENES. C’est de bon ton. Alors là, par contre, le coup du « tout le monde a gagné » ça commence à se voir. Pour un peu on se croirait chez Jacques Martin. Autant nous avions à faire à d’honnêtes comédiennes chez Almodovar, autant je vous rappelle, messieurs les jurés, que vous venez d’accorder un prix d’interprétation à Samy Nacéri et Jamel Debbouze, deux des plus mauvais interprètes masculins que la France se prévaut de mettre en avant dans de nombreuses productions tout aussi enguirlandées dont, la plupart du temps, un petit indice nous est donné (pour que nous nous en apercevions) puisqu’il s’agit généralement de films à la hauteur de leur talent. Un prix d’interprétation ! M.P.E.R. Voilà du boulot tout trouvé pour la C.V.R. Et pourtant Roschdy Zem (comédien toujours juste et foisonnant dans toutes ses propositions) mérite sûrement ce prix. Sami Bouajila ne m’a jamais arraché le cul mais je le retrouve toujours à sa vraie valeur et investi par ce qu’il joue. Enfin, Bernard Blancan est lui aussi un vrai comédien qui sait faire passer une expression. Mais Nacéri et Debbouze ! C’est vrai qu’il était difficile de ne pas les mentionner si l’on récompensait les autres. C’est toute l’ambivalence d’un tel prix. Mais quand nous savons que le jury a, une fois de plus, récompensé une idée, voire un symbole, et non une forme de jeu, nous comprenons mieux les aboutissements de cet excès de politiquement correct. C’était un dimanche, Tonton Mayonnaise avait décidé que tout le monde avait gagné et à la fin tout s’est terminé par une chanson. Comme chez Jacques Martin, donc.

            Continuons notre approche cannoise 2006 et parlons quelque peu du MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola. Savait-elle qu’elle allait réaliser un film d’une extraordinaire contemporanéité puisque sa cour allait étrangement croiser celle qui la glorifiait la veille, puis cherchait à avoir sa tête par les plus viles des manières, et ce juste après la première projection du film ? C’était dans l’ordre des choses que cette cour ne lui accorde aucun prix. Ce n’est pas complètement idiot, mais peut-être pas pour les raisons évoquées.

MARIE-ANTOINETTE est un film savoureux par interstices. Allons sans plus attendre là où le film fait du bien : il s’agit d’un grand film romanesque qui nous conte l’histoire d’une jeune femme perdue, éloignée de ses propres désirs et qui réapprend les coutumes d’un monde qu’elle ne cherche pas à repousser. Cela aurait pu être un portrait de femme, ce sera plutôt un voyage en aller simple au pays des mondes intérieurs (ce n’est pas pour rien si le film se termine par un plan de la chambre de la reine, dévastée). Sofia Coppola poursuit son approche des personnages soumis à leur environnement, et de la solitude alliée à une promiscuité faussement sécurisante. De ce point de vue, elle s’attache à suivre de manière insistante son héroïne, SOFIA COPPOLAet comme pour THE VIRGIN SUICIDES et LOST IN TRANSLATION elle cristallise tout mutisme comme éléments clés des désirs profonds. Dans son premier film déjà l’éducation à travers le système familial édictait les règles de bienséance. C’est pour cela qu’elle avait alors jugé bon de replacer les faits dans les années 70 (le livre propose, le réalisateur dispose), alors que l’on était en droit de se demander pourquoi cela ne pouvait pas se dérouler de nos jours. Pareil pour LOST IN TRANSLATION, le fait de pouvoir déplacer l’action au Japon lui permettait de confronter ses personnages à une autre culture, c'est-à-dire un autre système qui impose des lois que l’on ne peut transgresser. Avec MARIE-ANTOINETTE la cour de Louis XVI permet d’amener une notion plus évidente d’étiquette. Il n’en reste pas moins que ces trois films se déroulent aussi bien à notre époque, une génération en arrière ou au XVIIIème siècle. C’est pour cela qu’un cadre avec des Converse en arrière-plan s’inscrit dans un melting-pot générationnel. La musique souligne cela de manière encore plus formelle. C’est à mon sens la plus grande réussite du film. Les éléments musicaux sont d’un choix exquis et éminemment heureux en fonction des émotions qui traversent la diaphane Kirsten Dunst. Le summum sera atteint lors du bal masqué, où l’élégance de la mise en scène met en valeur le somptueux baroque romantique (Sofia Coppola est d’ailleurs la dernière réalisatrice romantique) qui s’en dégage. Du grand baroque qui claque sa mère ! Cette scène apparaît paradoxalement réussie dans un film que je considère comme raté. Car aucune partie ne semble assez longue pour fonctionner de la manière que le souhaiterait Sofia Coppola. Imprégner petit à petit le spectateur par un sentiment diffus. Le montage accélère beaucoup trop le rythme. J’ai senti que c’était par peur d’ennuyer le spectateur. En fait, pour être vraiment convaincant le film aurait dû durer le double de temps. La réalisatrice veut raconter un maximum de choses en un minimum de temps. Elle touche parfaitement à ce qu’elle juge essentiel mais ne fait qu’en exhiber les postulats. Nous sommes en plein supplice de Tantale.

Ce film est un manque. Matériellement, un manque de carrosses évident. Ne pas respecter la précision historique, pourquoi pas. Mais le propos du film était tout de même d’opposer cette « pauvre » autrichienne à l’opulence, au luxe, à la démesure. Le départ de la Du Barry en est l’exemple le plus à-propos. Un petit carrosse, une petite valise vide et le tour est joué ! Les valises vides au cinéma, qu’est-ce que ça peut m’énerver ce genre d’imbécillité ! Manque de figurants aussi : la cour fait vraiment pitié. Et les révolutionnaires n’en parlons même pas ! En cadre rapproché pour masquer leur faible nombre. Non, filmer Versailles de cette manière c’est manquer complètement à son film. Car c’est en réalité un énorme manque de travail que masque tout cela (et non pas un manque de moyens). Sofia Coppola a tellement hésité à se demander comment orienter son film qu’elle finit par nous livrer un film bâtard. A l’image de la Converse il était un film follement formel, délirant et plein d’amalgames symboliques à réaliser. Elle ne nous l’a pas donné et ces quelques détails résonnent comme autant de questions qui cherchent en vain une réponse car ils n’ont plus de légitimité existentielle.

Alors bien sûr, la « fille de » nous fait du Sofia Coppola. Le plan dans le carrosse où Kirsten Dunst nous la joue mélancolique, c’est tout simplement la susnommée dans THE VIRGIN SUICIDES lorsque le taxi la ramène chez elle après sa nuit avec Trip Fontaine. Le film en est plein. Plein de références et de décalcomanies aussi. Et ça fonctionne ! Quelque part peu importe les sources, le principal est de donner à voir du cinéma, non ? Kubrick a tourné à l’heure magique pour BARRY LYNDON. Reprendre cette idée pour des images magnifiques, c’est ajouter encore à l’ambiance crépusculaire qui hante Marie-Antoinette. Idem pour la musique. Quand Sofia Coppola copie Sofia Coppola : lorsque Marie-Antoinette trouve un amant, regardez et écoutez comme la musique se calque sur le rythme des images. On croirait que cela a été composé pour le film. Dans THE VIRGIN SUICIDES c’est exactement la même dynamique que lors de la scène où Trip Fontaine quittait le domicile des Lisbon, montait dans sa voiture et que Kirsten Dunst venait subitement l’embrasser. Le tout parfaitement chorégraphié sur l’intro de la chanson « Crazy on you » de Heart. Le cœur qui bat. Avoir l’impression de vivre plus fort.

Finalement, MARIE-ANTOINETTE s’avère être un film d’intentions. Un film qui recèle des trésors que Sofia Coppola ne s’est pas décidée à exploiter, trop hypnotisée par son égérie. La preuve en est le rôle secondaire confié à Jason Schwartzman. Celui-ci campe un Louis XVI à la fois comique et touchant. Il se sert de la mise en scène guindée pour donner à son personnage toute la retenue, la pudeur et la maladresse qui lui conviennent, et par petites touches subtiles montre la profondeur d’un rôle qui ne sera jamais étoffé. Sofia Coppola ne lui donne de la place qu’en présence de Marie-Antoinette.

Un film est une discussion. C’est un échange qui peut se concevoir comme du spectacle vivant. Le public se nourrit de ce qui lui est donné à voir. Ce qu’il rend et qui est impalpable donne pourtant corps au contenu filmique (bien qu’il ait déjà imprimé la pellicule). Si vous comprenez les attentes des spectateurs vous êtes capables d’anticiper sur ce qu’il est en droit de se passer dans chaque scène. Du jeu. L’essence même d’une personne qui raconte une histoire à une autre personne. Un jeu où tout est écrit à l’avance. Le réalisateur à l’avantage de fixer les règles. Dommage pour ceux qui n’en profitent pas. Manifestement, MARIE-ANTOINETTE parle sans trop se soucier de qui l’écoute. C’est un film très égocentrique. On l’aurait préféré onaniste.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
commentaires (12)    ajouter un commentaire
Samedi 27 mai 2006

            Le festival de Cannes n’est qu’une énorme expérience médicale. Il aura donc fallu une semaine, ni plus ni moins, pour que les effets secondaires de cette furie cocaïnesque se fassent sentir. Ajoutés à la fatigue croissante ils ont été, mercredi 24 mai 2006, le théâtre d’une parodie affligeante de méprise cannoise. Ce jour-là sont programmés le tant attendu MARIE-ANTOINETTE de Sofia Coppola et FLANDRES de Bruno Dumont, film dont se fout éperdument toute personne normalement constituée.

MARIE-ANTOINETTE

A Cannes, difficile de les reconnaître. Il faut se comporter en véritable ascète pour assister aux séances de 08 heures 30 sans écraser sa soupape de décompression. Manifestement, il faut croire que c’est au bout d’une semaine jour pour jour que le rythme du festival fait perdre toute notion de jugement, voire de réalité. La drogue, c’est pas bien. Enfin, pas tous les jours. Et pas toutes les drogues. Mais en abuser comme le font les festivaliers, cela peut aboutir à de fâcheuses déconvenues (on notera que le principe reste le même pour les hommes politiques, Chirac cocaïnomane pour ne dénoncer que lui). C’est ce qui (mon cul !) survint ce mercredi. La veille, Sofia Coppola était adulée par tous les magazines et tous les critiques qui (mon cul !) louaient son talent et vantaient déjà les mérites de son nouveau film. On en faisait une icône, on glorifiait cette jeune réalisatrice aussi douée (voire plus) que son père, on lui prêtait toutes les qualités du cinéma nouvelle génération, on pensait déjà à elle pour remplacer Zidane après la Coupe du Monde, on parlait d’elle pour ramener la paix du côté de la Palestine etc. Si bien qu’il était impossible que tout ce monde change radicalement d’avis après avoir vu ce film qui (mon cul !) attisa tant de prospections. Non, définitivement impossible. Cela ne se produisit pas d’ailleurs. Le public cannois préféra huer copieusement le film de Bruno Dumont. Personne ne lui en voudrait. Une rumeur raconte même que certains spectateurs auraient été achetés pour siffler plus fort, mais ils auraient refusé prétextant que c’était un honneur pour eux de se comporter en spectateur responsable et qu’ils n’avaient pas à être payés pour cela. Le problème est que ces spectateurs se sont trompés de salle. Le public de Bruno Dumont a hué MARIE-ANTOINETTE et inversement. Tout s’explique. Les organisateurs se serviraient-ils dans la cocaïne qui (mon cul !) transite ? Cette petite boulette révèle que le rythme de ce festival est loin d’être sain, voire quasiment peu festif au son des luettes qui (mon cul !) s’exclament dans les sombres salles.

Nous comprenons pourquoi ce mercredi fut si animé. Nous remercions donc les spectateurs qui (mon cul !) ont vilipendé le film de Bruno Dumont et nous nous félicitons d’apprendre qu’il y en a encore une poignée qui (mon cul !) font leur boulot, à Cannes.

BRUNO DUMONT

Alors que fait donc cet ersatz d’apprenti réalisateur qui (mon cul !) n’entend rien au cinéma, en pleine sélection officielle ? Il y aurait donc déjà des tournantes de coco en présélection ? Alors il existerait aussi des primeurs pour les drogues... Toujours est-il que Bruno Dumont est sans contredit le pire parasite que le cinéma français hait jamais porté (le premier qui (mon cul !) dit qu’il y a une faute d’orthographe c’est voyage aux Caraïbes par talmouse hypersonique). Et pourtant j’aurais des choses à dire sur Robert Bresson ! Et moi sur Jean-Jacques Annaud ! Cette aversion vient principalement du fait que Dumont met à mal deux éléments que « La lumière vient du fond » est particulièrement impliquée à défendre. La violence et l’insertion de scènes de sexe non simulées à l’intérieur d’un film non classé X (car la censure existe encore en France !). La violence d’abord car nous sommes de farouches défenseurs de ces films qui (mon cul !) officialisent une esthétisation de la violence à travers l’univers d’un réalisateur. Nous concevons la violence comme un genre à part entière. L’apprécier comme il est possible d’apprécier une scène de comédie. Ce n’est qu’une valeur esthétique. Lorsqu’elle est employée comme valeur morale son dispositif varie. Il peut alors être sujet à certaines interprétations douteuses. C’est souvent le cas chez Dumont. D’une part car il prétend s’intéresser à la violence alors qu’il n’a pas l’air de maîtriser son sujet. De la violence chez lui ? Moi je n’en ai jamais vu. Mais peut-être qu’une vieille dame traversant la route en dehors des passages cloutés est une manifestation d’extrême violence pour lui. Il est bien gentil le Dumont en comparaison d’A CLOCKWORK ORANGE, WHO'S AFRAID OF VIRGINIA WOOLF ? ou même LOVE STORY. Sa représentation de la violence est brouillonne, laide et sans finesse. Elle peut paraître de cette manière proche de la réalité. Discours malsain car ne fonctionnant pas avec le principe de distanciation du cinéma. On parle alors de violence gratuite et de provocation qui (mon cul !) sont autant d’agressions pour les critiques et les spectateurs, même avertis, et qui (mon cul !) participent de la mauvaise publicité faite à la violence au cinéma, repoussant d’autant l’abord de ce sujet au sein d’un vrai débat. Mais un jour il faudra bien y venir. Comme disait le jeune marié. En attendant, les jeunes mariés auraient sûrement mieux à montrer que les scènes non simulées que Dumont revendique dans ses films. Nous sommes encore face à un propos qui (mon cul !) s’articule à peu près de la même manière. Pour pouvoir imposer une telle scène au cinéma, il faut savoir la filmer. Ce qui (mon cul !) induit des plans, de la lumière, une liberté pour les comédiens et une idée sur ce qu’il conviendra d’exercer comme réaction chez le spectateur. Bruno Dumont joue une fois de plus énormément sur la provocation et un style abrupt comme publicité. Mais derrière les scènes, le vide. C’est d’une platitude ! Ca ne s’amuse pas beaucoup au pieu ! Montrer du sexe n’est pas exempt de responsabilités. Ce sont des scènes considérées encore de nos jours comme particulières. Elles le seront moins dans quelques années. Mais c’est une autre histoire, comme dirait un ancien membre des Martin Circus. Et toujours cette même politique qui (mon cul !) joue en défaveur de cette libéralisation, de cet affranchissement du cinéma, à cause de cet homme qui (mon cul !) partage, certes, cette idée d’un cinéma plus franc, mais qui (mon cul !) ne sait pas comment imposer son point de vue autrement que par la force, l’arrogance et la maladresse.

J’en veux énormément à Dumont pour ces hontes cinématographiques qui (mon cul !) sont en plus dénuées d’intérêt car elles ne racontent rien, brassent beaucoup de vent, n’ont aucun charisme, puent l’ennui et cachent une philosophie de la vie simpliste et qui (mon cul !) se prend pour plus futée. C’est détestable au plus haut point. Mais par-dessus tout, c’est à moi que j’en veux le plus pour FLANDRES. Car c’est un peu moi le responsable de cette nouvelle pollution nocturne. Nocturne, parce que c’est dans le noir que l’on voit les films. Vous comprenez ? En rapport avec « La lumière vient du fond ». Pas mal, hein ? Finalement tout le monde peut en faire du Dumont. Oui je suis le seul et unique responsable de FLANDRES car à un moment de ma vie j’ai eu la possibilité de faire en sorte que ce film ne voit pas le jour. Cela remonte à quelques mois… Un jour que je m’étais risqué à côtoyer la présence de personnes laides et pauvres dans l’enceinte du métropolitain parisien, je vagabondais nonchalamment le long du quai où j’attendais l’arrivée imminente du prochain train. Une personne me tira soudainement de ma torpeur en venant se figer scandaleusement devant moi, sur ces gros clous boursouflés qui (mon cul !) fixent la limite à ne pas dépasser pour ne pas être trop proche du métro lorsque celui-ci arrive à quai. Remarquez l’importance du détail. Je me trouve derrière lui. C’est un homme à n’en pas douter. Un rustre, qui (mon cul !) plus est, pour user de tant de promiscuité négative. Mes yeux le scrutent aussi outrageusement, lorsqu’un mouvement de sa tête me fait reconnaître… Bruno Dumont ! Incroyable !!! Je n’en reviens pas. Que fait donc cet illustre cacochyme chez les gens qui (mon cul !) lavent la vaisselle avec les doigts ? Viendrait-il chercher quelque exemple de violence urbaine ? J’hésite entre aller l’aborder et lui dire combien ses films ont changé ma vie ou pratiquer la méthode Bayrou, à savoir : la grande baffe dans la tronche. Et je suis tellement choqué de cette présence incongrue que j’en oublie même de le pousser sur les rails alors que le métro entre dans la station. Le futur à portée de main et l’idée géniale qui (mon cul !) surgit trop tard. Le métro est arrivé.

Je nourrirai d’éternels regrets.

            Almodovar revient. Encore et toujours de la même manière. Voilà environ 15 ans qu’il se contente de jouer les réalisateurs de brasserie, filmant le minimum nécessaire, différant son talent. Je dois l’avouer j’adore Almodovar. Mais j’aime surtout sa période 80, avant qu’il ne devienne un réalisateur à l’aura internationale. PEPI, LUCI, BOM Y OTRAS CHICAS DEL MONTON et MATADOR sont des bijoux d’impertinence et de folie alternative. Mais on peut dire qu’avec TACONES LEJANOS commence une période durant laquelle le Pedro se rallie au consensuel, range son image iconoclaste, fait la part belle aux bons sentiments dégoulinants et se comporte finalement comme s’il n’avait plus rien à prouver. Parfois cela aboutit à des films très inspirés, dynamiques et portés par une ode à la vie tonifiante (TODO SOBRE MI MADRE), parfois cela donne une pâtée informe, sans invention et bien trop démagogue pour être honnête (HABLE CON ELLA). Et pourtant je ne rechigne jamais à aller voir le dernier Almodovar. Que voulez-vous ? Je ne peux concevoir qu’un cinéaste aussi doué ne puisse plus jamais nous donner autant qu’il fut capable de le faire. Je me comporte ainsi avec bon nombre d’autres réalisateurs de même réputation : Luc Besson, Steven Spielberg, Francis Véber etc. Déçu, souvent je suis. Mais il reste toujours la satisfaction de la rencontre qui (mon cul !) reste toujours plus agréable qu’avec Renny Harlin. J’aime ceux qui (mon cul !) ont des choses à dire. Même s’ils le font mal. Profitable, la discussion à propos du dernier Spielberg.

VOLVER

VOLVER n’est pas un film profitable, juste inutile. Ca commence pourtant bien, avec cette scène où toutes ces femmes font le ménage sur les tombes d’un cimetière, sur fond de bourrasque. On se dit que peut-être Almodovar semble décidé à revenir à l’excentricité baroque qui (mon cul !) l’avait fait connaître. Mais oui ! C’est cela même : revenir. C’est exactement ce que signifie le titre de son film. Impossible de se tromper. Nous sommes sur la bonne voie. Almodovar aussi. Enfin il l’aura surtout été durant cette exposition, car après… Nous sommes toujours en attente que le film démarre. Le véritable problème étant qu’Almodovar ne s’intéresse jamais en profondeur à ce qu’il esquisse. La peur de se tromper. Une peur absolument ridicule puisque tout est juste chez lui, comme toujours. On attend, par exemple, un peu plus sur l’histoire du meurtre que commet Pénélope Cruz. Ca tue et ça dissimule du corps un peu facilement. D’ailleurs on ne saura jamais si Antonio de la Torre est vraiment mort. Après le meurtre, l’acte en lui-même n’a plus d’existence. C’est assez difficile à croire. Cela sonnait plutôt comme un point de départ, pour moi. On attend aussi un peu plus de la relation entre Pénélope Cruz et Carmen Maura. C’était pourtant une occasion toute trouvée pour Almodovar de nous faire surgir des larmes un peu mélodramatiques mais sincères. Que nenni. La rencontre entre les deux femmes tourne court. Pas d’épaisseur. Même plus tard. Là c’est plus grave, car c’est le point central du film. Almodovar a réalisé VOLVER comme une déclaration d’amour à sa mère à travers sa mort. C’est une sorte d’éloge funèbre qui (mon cul !) imprègne le film sans tomber dans le misérabilisme pathétique. La mort est présente comme un miroir rend votre présence plus crédible. La mort de sa mère étant à l’origine de ce film, Pedro Almodovar nous parle de la manière dont chacun s’approprie ce qu’il reste d’une existence, comment les morts occupent encore une place à nos côtés et quelle part d’existence nous acceptons de leur accorder. Vivre avec les morts sans sombrer dans le grotesque. Voilà au moins ce sur quoi VOLVER imprime la marque de sa réussite. Car s’il peine continuellement à décoller par manque d’implication, il n’est cependant pas aidé par une mise en scène inexistante. Seule la rencontre entre Pénélope Cruz et sa mère semble avoir passionné le réalisateur. Symbolique du retour à la vie par la sortie de Carmen Maura de dessous un lit ! Sinon c’est constamment le calme plat. Almodovar donne des occupations aux comédiens ou les rend statiques les jours où il est moins inspiré. Bavardage infructueux. On passera sur quelques erreurs sonores (écoutez bien le vent siffler, vous constaterez l’énorme décalage avec les violentes rafales que l’on voit à l’écran) pour mieux s’interroger sur les quelques clichés glanés tout au long du film. Et notamment cette jeune fille qui (mon cul !) se fait violer par son père, ce qu’on sentait venir gros comme la