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Vendredi 27 octobre 2006

L’ASSASSIN HABITE AU 21

MELISSA P.

AMERICAN DREAMZ

JEAN-PHILIPPE

SCREAM

SEX TRAFFIC

LA PETITE JERUSALEM

THE END OF THE AFFAIR

PULSE

BRICK

THE DEVIL WEARS PRADA

THE BREAK-UP

et OTLEY.

Quelques bonheurs assez diffus et de grandes plages d’insignifiance. C’est une question d’époque, via nos préceptes économiques et les considérations de nos mœurs. La période actuelle est un fossé cinématographique (qui lorgne vers la cuvette). Il y a plein de choses très intéressantes et parfois émergent de vraies perles, mais vu le nombre de films qui nous sont proposés, nous sommes face à un processus laborieux où le manque de rigueur artistique ne parvient pas à ébranler les exigences marketing en place.

De toute façon le bonheur se raconte mal.

MARTIN SCORSESENous n’allons toutefois pas pleurer sur ce qui se présente à nous car, s’il reste aujourd’hui difficile de trouver un film assez excitant pour aller s’enfermer dans une salle de cinéma, les deux bons gros mois qui vont clore l’année cinéma 2006 vont être source d’assouvissement exacerbé de notre curiosité. Vont ainsi se succéder le Woody Allen (SCOOP), le Brian de Palma (THE BLACK DAHLIA), le Christopher Nolan (THE PRESTIGE), le Scorsese (THE DEPARTED, mais ce n’est pas une raison pour oublier son prénom), le Paul Verhoeven (ZWARTBOEK), le Darren Aronofsky (THE FOUNTAIN), ainsi que quelques mystérieux : NACHO LIBRE, SHORTBUS, BORAT, FAST FOOD NATION et RED ROAD. Je sais, voilà du lourd ! On pourra même trouver un Eastwood qui me fait un peu trop peur pour le citer. Vu la bande-annonce en salles et j’ai bien l’impression que notre bon vieux Clint ne se soit un peu trop dévoilé cette fois-ci. (Puisque nous parlons de bande annonce, j’ouvre ici une parenthèse pour mettre en avant celle du nouveau film de Stephen Frears : THE QUEEN. Je ne savais pas que l’on faisait encore ce genre de niaiseries dignes d’un téléfilm sur M6 l’après-midi. On y trouve donc une des plus belle occasion de rire, mais aussi de pointer du doigt les concepteurs, puisqu’au milieu des différentes images du film nous pouvons y lire le carton : « Une femme face à son destin ». Il ne manque plus que la voix grave et nous y sommes. A venir : « A man and a woman who believe in dreams ».) Nous l’aimons bien, le gars Clinton, il faut bien l’avouer, mais nous apporterons un sérieux bémol quand à ses prétentions de metteur en scène, nous en avons déjà parlé il y a peu. Or, FLAGS OF OUR FATHERS tendrait à démontrer sa vision étriquée de l’héroïsme et sa philosophie malsaine de glorification des armes et des luttes qu’elles servent. Clint Eastwood = Charlton Heston, ne nous leurrons pas. Une facette du personnage étrangement passée sous silence chez nous. Alors, bien sûr, Heston ferait sa propagande par film interposé, nous ne serions pas loin du phénomène que nous avions connu lorsque Mel Gibson faisait la sienne dans THE PASSION OF THE CHRIST en 2004. Mais notre bon Clint jouit d’un capital sympathie qui va encore faire juger les critiques à travers le message de glorification qu’ils vont y voir. Les mêmes qui considèrent INDIGENES comme un film essentiel. Conneries. Uniformisation sous couvert d’une pensée universelle. Eux qui dénonçaient hier le manichéisme américain. Car INDIGENES c’est quand la plus belle arnaque organisée, dans vos salles en 2006. Laideur d’une vision imposée sur ce qui s’est vraiment passé. C’est prêcher parmi des convaincus qu’ils ont raison d’être convaincus. Mais quid des sujets qui posent questionnements ? Et qu’en est-il des antithèses ? Mise à mal de la liberté d’expression. Tant pis pour vous ; si vous cherchez toujours à savoir si les bons ont raison de ne pas avoir tort, alors vous êtes un con ou un fasciste. Belle conception ! Heureusement que le succès ne se mesure pas à l’applaudimètre.

Nous avons donc bien fait d’attendre avec impatience cette fin 2006, qui s’achèvera en beauté par THE FOUNTAIN, le 27 décembre, et dont j’ai personnellement entendu le plus grand bien. Sûrement le film que j’attendais le plus cette année, avec le Terrence Malick. Il est encore un peu matin pour dire s’il suivra les mêmes traces.

            En attendant vérification de nos préjugés (que nous vous encourageons à ne jamais abandonner, vous aussi), arrêtons-nous un peu sur ce qui se discerne plus aisément.

KEVIN WILLIAMSONAviez-vous remarqué comme les scénarii de SCREAM et de L’ASSASSIN HABITE AU 21 se ressemblent étrangement ? Kevin Williamson n’a rien inventé, nous le savions depuis longtemps, mais il est étonnant de s’apercevoir qu’il n’y a dans SCREAM aucune grande idée qui n’ait déjà été exploitée dans le film de Clouzot (- Tiens, encore un cinéaste qui n’a pas de prénom ! - Ah bon ? Il n’est pas inspecteur ?) Le tueur (qui est en fait plusieurs), évidemment, mais aussi beaucoup d’emprunts dans la construction narrative (exemple : une première scène de meurtre où le meurtrier se cache), dans les composantes des personnages (exemple : les archétypes extrêmement forts des pensionnaires dans L’ASSASSIN HABITE AU 21 et ceux des lycéens dans SCREAM), ou même dans l’élaboration du suspense (la manière dont Pierre Fresnay joue avec son chapeau ramène directement à la manière dont Wes Craven désigne (par une réelle mécanique de mise en scène) les faux coupables). Et comme Wes Craven est un petit malin, il a réalisé son film en couleurs pour qu’on ne l’accuse pas de plagiat. Non, il n’est pas question de recopiage, mais juste d’une refonte d’idées, ce que d’autres qualifieraient d’inspiration.

Ce pourrait être le cas de PULSE de Jim Sonzero. En fait, il s’agit carrément d’un remake du film KAIRO de Kiyoshi Kurosawa, film japonais qui ne parvenait jamais à faire peur. Nous pouvions cependant y déceler une certaine volonté de plans chocs qui explosaient le film de la léthargie où il s’enfonçait petit à petit. Le matériau était assez riche mais encore fallait-il en comprendre toute la vision sous-jacente de l’original. De même RINGU n’est pas seulement une histoire de série B où une cassette tue ceux qui la visionnent. Mais PULSE c’est du travail bâclé. Rien de juste de A à Z. Multiplication d’effets qui ne cherchent qu’à surprendre le spectateur. Mais ce n’est pas la peur. De toute façon, il n’y a pas de mise en scène, donc pas d’ambiance, pas de direction d’acteur, pas de chocs visuels (les suicides sont filmés platement, sans action sur la stupéfaction du geste final).

Pas de lauriers, donc.

PAUL WEITZEt les lauriers, ils ont largement été distribués aux films de Clouzot et Craven. Ce n’était pas la première fois que je les voyais, il est vrai. Disons qu’au rayon des nouveautés il reste encore AMERICAN DREAMZ à féliciter. Réalisé par Paul Weitz (qui n’avait rien de très marquant à son palmarès jusque-là), il s’agit d’un des films les plus drôles de ces derniers mois. Les effets humoristiques ne sont jamais appuyés. Le texte, les personnages, les situations et les décors font tout à l’affaire. Seuls quelques effets de montage viennent renforcer l’impact de certaines chutes, par des « cuts » légèrement anticipés. Nous rions donc volontiers devant ces personnages un brin demeurés, un brin caricaturaux, un brin incroyables et un brin déjantés. Ce cocktail façonne un ton satirique où le comique naît d’une vision poussive, mais toujours relative à la pertinence du discours en filigrane (les dérèglements de la société américaine) qui renvoie largement à la responsabilité de l’administration Bush. Le film atteint une impétuosité comique qui s’essouffle dans le dernier tiers du film. Au cours des deux premières parties, le film tire avantage de l’exposition des différents personnages et de leurs enjeux qui vont finir, bien évidemment, par converger. Le rythme est assez enlevé et lorsqu’il va retomber pour laisser place à l’émission (qui va beaucoup plus poser le déroulement de ce qui vient d’être enclenché), le film ne parviendra pas à trouver son second souffle. Cela n’est pas dû au changement de rythme mais plutôt à la conjonction des éléments que les scénaristes ont mis en place et qu’il faut bien, à moment donné, faire coexister. Ces moments-là sont moins imaginatifs. Grâce à tout ce que la richesse des personnages permettait, on assiste alors à un déchaînement des comédiens. Nous sentons très vite qu’ils ont bénéficié d’une grande liberté de la part de Paul Weitz, et qu’il a même dû les encourager à improviser, à rajouter de la folie ou des attitudes qui rajouteraient aux caractéristiques de leurs rôles. Il convient de parler spécifiquement de la sublime Mandy Moore (alors là, par contre je crois que tu te trompes de prénom. Tu avais pourtant le choix entre Roger, Julianne, Michael, Demi ou Lova), souvent vue dans des films qui n’ont jamais cassé trois briques à un canard, et qui est exquise tant par sa beauté plastique que par l’ignoble petite star prête à tout qu’elle compose. Personnage très contrasté, Mandy Moore parvient à en comprendre sa substance par l’alternance de deux visages variables : l’attachante idole m’a tu vu et la sournoise arriviste. Mais ce qui la sublime par-dessus tout c’est le délaissement quasi instinctif de sa représentation féminine. La plupart du temps, dans les comédies, les femmes ne sont pas crédibles car elles jouent leur image. Mandy Moore ne semble pas s’en préoccuper et cela donne du poids à son jeu comique. Elle n’hésite pas à paraître ridicule ou à revêtir des faciès peu esthétiques. Et ce n’est pas incompatible avec une mise en avant de ses atouts lorsque les scènes le nécessitent !

En terme de nécessité, je me demande bien qui a pu permettre à Laurent Tuel (déjà auteur de la baudruche UN JEU D’ENFANTS) de réaliser JEAN-PHILIPPE. Là aussi, on ne saurait être aimable qu’avec un numéro d’acteur : celui de Fabrice Luchini. Pourtant quelqu’un que je déteste quand il en fait des patatonnes. Ici, hasard et coïncidence, cela correspond très bien au rôle et il le mène avec une énergie compulsive particulièrement convaincante. Johnny, lui, ne fait que du Johnny. Juste, mais au même titre que Bernard Tapie dans son propre rôle chez Lelouch. Sans chair, sans démesure, sans originalité, sans éblouissement. On continue, cette fois-ci avec une erreur de casting : Antoine Duléry qui incarne Chris Summer dans le monde parallèle. Alors là, le charisme, la présence, la capacité à soulever des foules, ça ne s’invente pas. Ca peut se travailler, mais c’est comme le talent, c’est quasiment de l’ordre de l’inné. Et force est de constater qu’Antoine Duléry va à l’encontre d’une star que l’on pourrait aduler. Je parle en tant que représentation d’une icône musicale scénique. Regard fuyant, posture douteuse, force intérieure inexistante, bref, il n’est convaincant que quand son personnage se comporte comme un loser. Tout ça pour dire que JEAN-PHILIPPE est une horreur et une erreur. Laurent Tuel se trompe en ne faisant pas confiance à son script. Il le dévalorise en recherchant l’approbation du public plutôt que de respecter son sujet. Tout est conçu pour caresser le spedtateur dans le sens du poil, l’inciter à rire par tous les moyens possibles sans considérer les enjeux des personnages (qui sont loin d’être dans une comédie, eux). Ainsi, c’est une véritable abomination de voir Fabrice Luchini s’exprimer comme s’il était encore dans son ancien monde. Il devrait logiquement avoir compris que personne ne peut comprendre que Johnny Hallyday a pu être une idole dans une autre dimension. Ou alors il est peut-être émacié du lobe temporal. Le fait est que le film souffre d’incohérences profondes et d’inexactitudes dans les réactions de chacun. C’est putassier et insupportable

JEAN-PHILIPPE est un film qui musarde. Sans quête. Sans qui ?

Pire, peut-être pas, mais THE DEVIL WEARS PRADA de David Frankel suit la même ligne de conduite. Le réalisateur est un anonyme comme le voulaient les producteurs, et donc comme l’est devenu son résultat final. Accumulation de scènes censées assouvir les pulsions sadiques des spectateurs, où l’on voit l’adorable Anne Hathaway se faire rabaisser et humilier par Meryl Streep (encore une fois parfaite ; même si le rôle ne revêt pas de caractère très compliqué, il fallait tout de même le souligner, d’une part parce qu’il n’y a pas besoin de plus pour le faire, et d’autre part car elle ne doit le succès du rôle qu’à elle seule. Et probablement son coach). Le reste n’est qu’une vision sans grande imagination du monde de la mode et une bluette même pas romantique (ce qui pouvait au moins sauver le tout aussi pitoyable PRETTY WOMAN).

TARSEM SINGHC’est quand même pas grand-chose de demander un minimum de mise en scène dans un film, non ? Quand je vais au cinéma c’est pour ressentir des choses, aussi contrastées soient-elles. Et il n’y a qu’un seul et unique moyen pour ne pas trop passer à côté de cela : que le réalisateur ait une vision de ce qu’il doit porter à l’écran. Qu’il réussisse ou non, mais qu’il essaie de faire de la mise en scène, bon sang ! Dans ses plus mauvais films Brian de Palma reste quand même un réalisateur fascinant. Récemment Peter Jackson et Sofia Coppola son largement passés à côté de leur film mais KING KONG et MARIE-ANTOINETTE sont terriblement séduisants sur bien des points. De la mise en scène ! Cela ne passe pas uniquement par la mise en relief du scénario. La direction d’acteurs en fait aussi partie. Mais nous n’allons pas au cinéma pour voir des comédiens. Vous-mêmes, vous ne devriez jamais (soulignez deux fois, s’il vous plaît) choisir un film pour son casting. Cela n’a jamais été une garantie de satisfaction (même s’il y a 2 ou 3 exemples qui confirment la règle). On ne va pas au cinéma pour voir Angelina Jolie ou Tom Cruise. Il y a des revues pour cela. Un film ne se fait pas par son casting. C’est une combinaison de facteurs. Aujourd’hui l’on réclame aux films d’avoir du style. C’est une erreur. Qui demande cela ? D’abord les producteurs, évidemment. Mais ensuite, le public, qui s’est vu imposer ses propres goûts en la matière depuis de nombreuses années. C’est une erreur de croire que le cinéma est affaire de style, car cela est réducteur. THE CELL de Tarsem Singh est un film qui a un style fou, mais épouvantable si l’on regarde ce qui l’entoure. La nature et le style. Nous sommes passés progressivement d’un cinéma de nature à un cinéma de style. Où sont passés les gueules d’antan ? Ces comédiens au physique sans critères, qui bâtissaient des films autour d’eux, ont été évincés par une foule de candidats plus sérieux quant à l’obtention du monopole de la beauté. Techniquement c’est aussi l’avènement d’effets toujours plus spectaculaires au détriment de la cohésion du film. INDEPENDENCE DAY et consorts. Aujourd’hui le cinéma a évolué avec les sociétés et il est normal que les exigences du public mutent de la même manière. Il faut qu’un comédien soit beau pour être bankable, qu’un film mise sur les effets spéciaux pour amasser toujours plus d’argent, que le scénario soit le plus explicite possible pour ne léser personne etc. On cherche le style, on recherche l’iconographie. On mise sur la beauté universelle. C’est ce que nous entendons et ce que nous voyons.

Mais c’est faux.

C’est faux car la beauté universelle n’existe pas. Car si on peut essayer de calibrer des films pour que les producteurs aient l’assurance d’un succès financier, on ne peut que difficilement prévoir le charme qu’un film exercera. Je parle de producteurs mais je pourrais tout aussi bien inclure les critiques, eux qui sont les premiers à relayer le phénomène d’appartenance aux idées préconçues. Ce sont eux qui décident qui est beau ou pas, où se trouve la laideur d’un film etc. Mais sur quels critères ? C’est gens ne parlent jamais d’eux ! Remarquez comme ils ramènent tout à cette référence avérée. Avérée de quoi ? Il serait temps qu’ils en proposent une définition… Malgré ces données que l’on veut imposer de nos jours, rien ne pourra jamais aller contre le cours du temps, celui qui prouve encore que certains films fonctionnent encore auprès de nombreux publics. C’est donc bien un effet de mode général, comme d’autres effets ont régi par le passé le système cinématographique. Ce ne sont que des archétypes amenés à évoluer. Arrêtons de vouloir changer nos comédiens et arrêtons de prendre des films pour ce qu’ils ne sont pas. Mais par-dessus tout : ne créons pas du talent là où il n’y en a pas !

La nature et le style c’est un peu la querelle du fond et de la forme. Mais leurs connotations ne sont pas suffisamment précise quant à ce qui nous intéresse. La nature serait ce qui a trait à la véritable essence du film. Et quand nous parlons d’essence nous faisons directement référence à la matière élaborative. Nous sommes donc face au potentiel, qui devient puissance lorsque le style joue dessus son rôle de révélateur. Il s’agit de la matrice, ce qui est moteur de l’action, qui avance les grandes lignes abordées tout au long du métrage. C’est foncièrement ce qui fait le caractère unique d’un film, ce qui est capable de nous attirer par ce qu’il dégage. Une notion totalement subjective. Et j’emploie l’adverbe « totalement » pour signifier qu’elle ne souffre aucune possibilité d’appropriation aux critères d’objectivité universelle comme le style peut en être le sujet. On ne change pas une nature au contraire d’un style (qui n’échappe pourtant pas à la règle de la subjectivité puisque nous venons de démontrer qu’il n’existe pas de beauté universelle). Ce dernier introduit la notion d’artifices. Le film pourrait se suffire à lui-même sans style, mais jamais en procédé inverse. Cela ne veut pas pour autant dire que le superficiel est inintéressant car creux. Nous devons à ce titre militer pour plus de superficiel dans les films. C’est une notion trop péjorative aujourd’hui. Elle l’est si elle est considérée sans finalité (d’où l’accord avec la nature) comme autant de couchers de soleil (aussi beaux soient-ils) peuvent fonctionner indépendamment mais jamais sur la globalité d’un sujet qui ne les exploitera que pour ce caractère. Attention, voici quelque chose qui ne se reproduira peut-être plus jamais : je vais citer du Lars Von Trier. Dans BREAKING THE WAVES, regardez comme les inserts entre les séquences filmées se fondent en changements de couleurs avec l’évolution des situations et des personnages, sur fonds sonores tout aussi révélateurs.

Chacune de ces parties peut donc très bien se comporter de manière tout à fait sublime indépendamment, il n’en reste pas moins qu’aucune ne fait un film à elle seule. - Dites-moi, mon bon. Vous qui semblez tout savoir, je croyais qu’en art il n’y avait pas de règles ? - C’est faux. Bien sûr qu’il y a des règles, même si elles sont peu nombreuses. Rappelez-vous que la liberté n’est pas sans contraintes. Dire que l’une ne saurait trouver sa juste valeur sans l’autre serait un peu convenu. Il consiste de se rapprocher de ce qui a été fait en la matière et de constater que ce n’est pas la cohabitation mais l’art du dosage, qui a toujours fait le film, donc le cinéaste. Le génie est une question de nature. L’œuvre, une question de style.

            Bon, nous avons beaucoup digressé et nous nous sommes un peu trop éloignés du concret.

Reprenons le cours de nos estampilles.

Je voulais juste vous dire de ne pas perdre votre temps avec SEX TRAFFIC, un téléfilm de David Yates. Je l’ai perdu pour vous. Pas que ce soit inintéressant, mais j’ai vraiment beaucoup trop de mal avec les formats télévisuels. Tous les formats. Le principal étant cette constante absence de qualité au niveau de l’image. Jamais de cadre. M.P.E.R. Que du plan rapproché. Une photographie morne. Un montage sans relief, la plupart du temps à refaire. C’est une épreuve dont je sors malheureux à chaque fois. Mais j’aurais quand même bonne conscience pour 2006 : mon quota d’un téléfilm par an est atteint.

EDWARD DMYTRYKTHE END OF THE AFFAIR est un film qui date de 1955, réalisé par Edward Dmytryk, et dont Neil Jordan a tiré un splendide remake en 1999. Autant dire qu’après cette grosse impression il me tardait de voir l’original, difficile à trouver. Pas de grande déception même si le film avec Julianne Moore est très nettement au-dessus. Deborah Kerr est bien évidemment tout aussi expressive, mais ce sont les personnages masculins qui manquent de corps. L’histoire est toujours aussi prenante. L’explosion toujours aussi surprenante et limite choquante. C’est romantique à souhait, même si la mise en scène souffre d’un certain académisme. Le couplet moralisateur sur l’intervention divine est certes moins intéressant. C’était moins appuyé chez Jordan car il préférait tisser les liens singuliers qui unissaient le trio, et c’est ce qui manque ici. Que l’on soit d’accord ou non avec le propos moral, c’est avant tout les convictions des personnages qui ajoutent au tragique de l’histoire. A noter que l’opposition des univers psychiques de Julianne Moore et de Ralph Fiennes est une trouvaille de Neil Jordan, qui marque par sa mise en scène l’exemple même d’un remake réussi. Et qui prouve une fois de plus qu’il n’est pas besoin de partir d’un chef-d’œuvre pour ce faire. C’est ainsi que nous avions vu cet été L’EQUILIBRE DE LA TERREUR, film raté qui possède tous les ajouts pour en faire un remake éclatant. Et ils sont légions les films de cet acabit !

Je passerai très vite sur MELISSA P., petit film qui nous parle sexualité sans nous en montrer grand-chose, ce qui est une erreur manifeste vu l’état de frustration dont nous ressortons. Qui plus est, le film est assez malsain dans sa complaisance alors qu’il aurait tellement gagné à se servir de l’énergie d’un film comme THIRTEEN. Même passage au contact de LA PETITE JERUSALEM, pourtant pas mal foutu, mais qui m’a laissé de marbre par son sujet et par le peu d’idées cinématographiques. Idem pour THE BREAK-UP, comédie assez efficace qui doit beaucoup à son interprétation, mais lâchement répétitive et ennuyeuse. OTLEY de Dick Clement est plus convaincant dans sa manière d’aborder l’humour. C’est un pastiche de film d’espionnage assez prenant, et qui affiche un goût prononcé pour les blagues en coin, les détails comiques et les références anecdotiques. Nous aurions tout de même souhaité que ce soit parfois plus drôle, ce qui est un peu embêtant pour une comédie…

Et puis il y eut BRICK de Rian Johnson. Exercice de style qui consiste à replacer de jeunes étudiants au sein d’une intrigue policière style années 50. Les codes du genre sont respectés mais rien ne marche vraiment à ce niveau. Un film comme BUGSY MALONE est d’un ordre tout autre face à la folie dont il fait montre. BRICK se prend trop au sérieux et navigue dans le premier degré. Ce n’est pas sur ce registre qu’il aurait dû se concevoir. Impossible de croire à cette histoire inadaptée aux personnages et au campus (lieu que le réalisateur ne mettra jamais à profit, mais qui sera juste prétexte à l’établissement d’une mise en scène qui se démarque par son étrangeté). Mais le point le plus satisfaisant réside dans des rapports assez opposés avec ceux que nous venons d’établir. Point de crédibilité nécessaire ici. BRICK se regarde comme un fantasme d’adolescent. Prisme d’une vision extraordinaire où chacun de nous est le héros qu’il aurait toujours rêvé d’être. Une sorte de rêverie où nos esprits vagabondent lorsque la réalité n’apporte plus son lot d’extravagances. Vous savez, le genre de petites histoires que l’on se crée, les yeux perdus dans le vide et l’imagination au pouvoir. Vous êtes le héros qui fascine par son assurance. Celui qui ne paie pas de mine mais qui se révèle dans sa virilité si on le cherche un peu trop. L’homme qui ne dit rien mais qui devine avec une grande finesse les tenants et les aboutissants de toute intrigue. La force intérieure est votre atout et attire inévitablement les plus belles femmes. Vous bâtissez votre monde, vous en fixez les règles. C’est réjouissant de replacer le tout dans un contexte de réalité fort marqué. C’est gratifiant d’avoir des supers pouvoirs et de se prouver qu’il suffit d’un rien. BRICK c’est cela. C’est le grand détective que l’on aurait rêvé d’être à la fac. C’est la femme à qui l’on aurait voulu prouver que l’on peut tout tenter pour elle. C’est continuer à se comporter comme soi-même tout en montrant aux autres que l’on vaut un peu mieux. Mais enlevez la magie et il ne reste rien de réaliste. Allez hop, on se réveille et on essuie son petit filet de bave ! Vous comprenez alors pourquoi cela ne fonctionne qu’en rêve mais jamais au contact du réel. Dur retour à la vie. Bonus : on appréciera grandement le moment où notre héros se fait poursuivre par un homme dont la tête finit par heurter un poteau, avec un bruit qui nous donne des frissons partout partout. Du bon gros son bien travaillé comme rarement. Cela nous rappelle les grandes heures de TRUE ROMANCE et le délicieux son de la plaque de la chasse d’eau dont se sert Patricia Arquette pour frapper violemment sur James Gandolfini. C’est à cela que l’on mesure encore les déficiences des retransmissions télévisées des matches de football et des coups de boule en particulier.

            Je rappelle enfin que le premier novembre sortira NE LE DIS A PERSONNE, le dernier film de Guillaume Canet. Pour ceux qui ne le savent pas encore c'est Marie-Josée Croze qui a tué Guillaume Canet et le titre requiert qu’on ne le dise à personne. Merci de respecter la règle du jeu.

Je n’ai absolument rien contre François Cluzet. Je le tiens même pour l’un des cinq plus grands acteurs français vivants. Et ce depuis ce qu’il nous a montré dans L’ENFER (et un bon film de Chabrol, ça se remarque !) Une composition qui aurait dû lui valoir le César du meilleur comédien. Savez-vous qui l’a eu à sa place ? Gérard Lanvin pour LE FILS PREFERE.

* * * * * ALERTE C.V.R. * * * * *

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Jeudi 12 octobre 2006

            Ce blog vit ses dernières heures. Ces mots qui résonnent en vous comme des prophéties explosives font partie des ultimes messages que chacun peut y voir. Je pourrais très bien évoquer plusieurs raisons qui justifieraient la fermeture de cet espace, je pourrais vous dire que je ne supporte plus les claviers AZERTY et pourtant il était si simple de faire en sorte que les lettres de l’alphabet se suivent, que des ponts d’or me sont faits pour que j’aille écrire ailleurs mais que je préfère rester sur mon petit pont de bois (en évitant la compagnie d’Yves Duteil, de préférence) à attendre que ce soit l’or qui coule dessous, qu’il faudrait foutre une honte publique aux hommes qui portent des slips en lycra, que je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi mon facteur s’obstine à sonner furieusement chez moi à 08 heures du matin, et qu’il doit être sacrément seul dans sa vie pour n’avoir que La Poste de si bonne heure, que je n’arrive pas à me faire à l’idée que la girafe n’aura jamais le pelage de la panthère, qu’on ne parle plus de Margaret Thatcher alors qu’elle a plusieurs morts sur la conscience, que jamais personne n’a pensé à appeler son groupe de rock : Tite, pour pouvoir faire un album live dont le titre aurait été : « Tite : live », et que je suis persuadé qu’il y a des extra-terrestres parmi nous et qui si vous arriverez à lire entièrement cette phrase sans reprendre votre souffle, vous en êtes sûrement un. Et le pire c’est que vous ne nous donnerez jamais la formule du vaccin contre le S.I.D.A. Putain ! Dire que vous aviez abandonné l’un des vôtres dans E.T. THE EXTRA-TERRESTRIAL ! Peuple de dégénérés qui se croit supérieur, tout ça parce que ses excréments s’illuminent. Si, c’est vrai ! D’ailleurs, on le voit bien quand E.T. se sort le doigt et qu’il en a encore plein au bout.

Oui, je pourrais trouver tout un tas de bonnes raisons qui légitimeraient mon acte, mais il n’est qu’une seule et bonne raison à tout cela : la lassitude. Entendons-nous bien : je ne suis pas du tout lassé par la tenue de ce blog. Pas même fatigué. Même pas ennuyé. Même pas morose. Même pas gloomy. Même pas mal ! Même pas touché ! Même pas là ! Même pas invité ! M.P.E.R. ! Non, c’est juste qu’il faut être lucide face au monde virtuel. La relation qu’entretien un utilisateur régulier avec son blog est en moyenne de deux ans. Après quoi. Voilà la vraie raison. Et puis aussi parce que, cette nuit, j’ai été visité par un messager de Dieu, vêtu d’une burka en or, qui s’exprimait dans un waray-waray approximatif, et qui ressemblait à Edouard Balladur. Alors, me direz-vous, comment puis-je savoir qu’il s’agissait d’Edouard Balladur, puisque le spectre se cachait sous un tel déguisement et qu’il parlait une langue que seulement 5 millions de personnes peuvent décrypter ? Je vous l’ai dit, c’était un spectre, il ne faut pas chercher de logique dans tout cela. Tout ce que je sais c’est que j’ai toujours pensé que la bourka ferait un très bon costume d’assassin dans une nouvelle série à slasher. C’est un vêtement très agressif lorsqu’on l’a en face de soi. Il crée tout de suite une panique suffocante. Malheureusement, et vous comprendrez aisément pourquoi, aucun producteur ne prendra le risque de développer un tel projet. Dommage. Edouard Balladur aurait été très bien. Toujours est-il que j’ai très distinctement entendu ses paroles. Sur le sol, il a d’abord jeté son bâton, qui s’est transformé en serpent, puis, il a levé les bras vers le ciel, il y eut un grand bruit comme des éclairs qui frappent un clodo un soir de pluie, et tout à coup ces quelques paroles : « Je vous demande de vous arrêter. Je vous demande de vous arrêter ». Je ne sais pas pourquoi, mais c’est à ce moment précis que j’ai reconnu notre ancien Premier Ministre.

Lorsque vous êtes sujet à ce genre de vision, le monde vous apparaît tout à coup nettement différent. Ces paroles ont été lourdes de sens pour moi. Quel oracle ! Il fallait absolument que je mette en œuvre la mission qui m’avait été ordonnée.

En y réfléchissant, j’aurais de toute façon clôt ce blog d’ici quelques années par manque de motivation, écrivant quelques vagues articles d’une dizaine de lignes une fois par mois, mettant à jour les lanternes magiques lorsque j’y aurais pensé, ne répondant plus à vos commentaires, bref, cela aurait été plus un boulet qu’autre chose. Alors qu’en choisissant dès aujourd’hui la date de péremption de ce blog, je vous assure jusque-là une continuité dans votre quête d’idées précieuses, et une absence de déception le jour où la date fatidique arrivera. Quoi de plus beau que de fêter une mort annoncée, alors que nous aurons profité au maximum de chaque moment passé ensemble ?

Je lance donc dès aujourd’hui la grande autodestruction de ce blog. Que résonnent cloches au son lourd, qu’explosent feux d’artifices festifs et que se jettent sur moi de jeunes femmes dénudées et perverses !

Ce blog s’autodétruira dans 1310 jours, dans un fracas webesque infernal. Préparez vos bougies, la lumière va s’éteindre.

JUAN CARLOS CREMATA MALBERTI            D’ici là, nous allons continuer à nous passionner pour toutes choses artistiques ou culturelles, à commencer par VIVA CUBA, le second film de Juan Carlos Cremata Malberti. Gros succès dans son pays d’origine, ce film est avant tout destiné aux adultes accompagnés d’enfants, selon son auteur. Mais c’est un vrai film d’enfants et quand même destiné prioritairement à ces derniers. Ce n’est pas une raison pour se permettre tout et n’importe quoi. Un film a beau être destiné à une certaine catégorie, il a beau développer une idéologie, véhiculer des sentiments, mettre en scène un scénario implacable, il n’en reste pas moins de l’art avant tout.

Juan Carlos Cremata Malberti est né à Cuba. Une chance en soi, puisque l’île bénéficie de l’extraordinaire caractère naturel qu’on lui connaît. Malheureusement, il a choisi de devenir réalisateur. Or, à Cuba, on manque d’argent. Le film a été fortement soutenu, mais cela n’a manifestement pas suffit pour l’acquisition de pellicule. VIVA CUBA a donc été tourné en digital. Bon, jusqu’ici rien de très scandaleux (on ne pourra jamais faire pire que l’abject DANCER IN THE DARK) quand on sait les derniers progrès qui ont été faits en ce domaine, et qui ont permis à certains films de devenir regardables. Mais VIVA CUBA n’aura pas connu ce succès. La post-production n’a pas jugé utile de lui donner un caractère cinématographique, ce qui le confine honteusement au rang de vidéo de nos dernières vacances. Il faut aussi dire que l’on peut difficilement transformer une matière brute qui manque singulièrement de classe. Je veux parler ici de la photographie. Détestable. Du digital, d’accord, mais un travail spécifique. Il n’est pas fait, ici. Ce qui aurait pu être passable devient alors très laid. Cela se voit notamment lorsque les flux lumineux sont trop intenses, comme en témoigne le passage où Jorge Milo dirige le rayon lumineux d’une lampe torche sur son visage. Je m’attache à des détails importants et je n’oublie pas pour autant de parler de l’émotion que le film cherche à véhiculer. C’est son but premier. La relation d’amitié entre les deux gamins est bien définie, même si sans grande originalité. Et pourtant nous sommes loin du compte à cause d’un jeu en dents de scie. Il est dans un premier temps déstabilisant, autant du point de vue des enfants que des adultes. Très souvent, les expressions sont outrées et exagérées. Je trouve malgré tout que c’est une des réussites du film car cela compose un monde en manque d’apaisement, très contrasté dans ses caractères, et qui fera négatif avec l’échappée des enfants (moment, d’ailleurs, qui sera propice à plus d’intériorité et de justesse (même si tout est assez inégal) de la part des enfants). C’est fait dans l’esprit d’un conte. L’histoire elle-même s’en rapproche effrontément : le milieu qui empêche l’épanouissement des enfants, la fuite, la quête d’un monde meilleur, la rencontre de plusieurs personnages sur leur chemin, les enfants que l’on retrouve, le retour dans leur milieu originel. C’est assez simple et assumé comme tel par le réalisateur. Oui, mais qui dit simple ne dit pas forcément simpliste, et ce n’est pas ce que nous propose Juan Carlos Cremata Malberti. L’amitié est plus forte que tout est un propos limité, qui ne trouve pas sa véritable exploitation au sein du film. Je crois pourtant sincèrement que l’on peut faire des films avec un discours tout aussi simple que celui-là, que l’on peut encore réaliser de bons films sans scénarii sophistiqués, encore faut-il savoir comme mettre le tout en images. Et l’un des gros défauts de VIVA CUBA est qu’il manque continuellement de mise en scène. Juan Carlos Cremata Malberti s’amuse sans discontinuer à filmer en plans rapprochés et gros plans, ce qui empêche de donner de l’espace à l’action et pallie à l’absence de mise en scène. Et lorsque la caméra s’éloigne un peu, le défaut est flagrant, à l’image de la scène où les deux gamins s’insultent : plan large, profils, statisme. Il y avait sûrement autre chose à trouver, au-delà de la composition picturale.

A contrario, la scène d’ouverture est à la fois drôle et terrible, lorsque les enfants, jouant à la guerre, sont filmés comme un jour de mission spéciale. Pour une fois, la mise en scène est très présente. Elle autorise un jeu de commando comme l’on en voit dans les films provenant des Etats-Unis. Cela participe au style non réaliste que le réalisateur imprime à VIVA CUBA et qui nous fait rentrer de la meilleure des manières dans le monde de l’enfance, qui n’a pas les mêmes priorités que par lesquelles le duo enfantin va être rattrapé.

C’est le découpage qui est une véritable surprise, dans VIVA CUBA. Il favorise un rythme assez soutenu et avec des ellipses évocatrices.

Le réalisateur utilise beaucoup le montage alterné, avec plus ou moins de réussite. Lorsqu’il tient à opposer les deux familles par leurs travers, le procédé fonctionne plutôt bien, alors que lorsqu’il met en avant l’angoisse des familles pendant que les enfants sont à l’autre bout de l’île, nous tombons dans le cliché manichéen du film hollywoodien par excellence.

Nous noterons aussi les petits moments de poésie (les fleurs qui poussent sur la plante, les étoiles qui dansent, les lucioles et le guije…) qui se trouvent disséminés tout au long du film, et qui sont particulièrement révélateurs de l’univers magiques que se créent les enfants. Ces rares moments sont comme de petites billes de velours sur lesquelles se laisse glisser le spectateur.

Au final, VIVA CUBA est un film assez sommaire dans sa conception, dans son message et dans sa concrétisation visuelle. Il a cependant remporté nombre de prix dont le Grand Prix Ecrans Juniors du Festival de Cannes 2005. Oui, mais attention, même si le jury l’a attribué à l’unanimité, il n’était composé que d’enfants. Et pourquoi pas un jury composé de serial killers pour élire le meilleur thriller, tant qu’on y est ? Je n’ai rien contre les jurys d’enfants et les festivals qui remettent ce genre de prix. Au contraire. Ce que je trouve un peu plus putassier c’est l’amalgame qui est établi avec les jurys de professionnels. On vend un film avec des prix qui ont la même valeur. Mais quel est l’intérêt marketing de mettre en avant une récompense qui n’a pas été décernée par des professionnels ? D’autant plus que je comprends parfaitement pourquoi ce jury a été aussi touché par ce film, tout comme l’immense majorité des enfants qui le visionnent. VIVA CUBA est recouvert d’une épaisse couche de consensualisme qui se retrouve jusque dans son titre. C’est un film qui été fait pour les enfants tout comme un blockbuster est calibré pour assouvir une soif de spectaculaire.

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            D’un extrême à l’autre, passons à HARD CANDY de David Slade, pas franchement fait pour les enfants et à l’origine de grosses sueurs chez la gent masculine.

Tout d’abord, je voudrais féliciter les concepteurs de l’affiche. On parle rarement des affiches de cinéma et pourtant, c’est l’un des premiers éléments marketing du film. Tout comme les bandes-annonces, ce n’est pas souvent que l’une d’entre elles sort du lot. Pour les bandes annonces, nous avions dernièrement pu apprécier celle de THE HITCHHIKER’S GUIDE TO THE GALAXY (bien plus efficace que le film en lui-même), alors que les dernières grandes affiches sont à chercher du côté d’ASSASSIN(S) ou de KIDS (affiche française). HARD CANDY c’est un concept simple, une évocation rapide de ce que présente le film, une seule et grande idée visuelle et le mystère que suscite l’attrait du film en rapport avec les interrogations nées de l’affiche.

Le film est assez flippant quant aux zones d’ombre qui révèlent peu à peu le personnage interprété par la jeune Ellen Page. Jeune fille à peine majeure et qui doit composer un personnage bien plus jeune. Difficile de trouver une actrice qui convienne aussi bien et qui combine un faciès plus juvénile, ce qui aurait encore apporté un caractère dérangeant, voire perturbant et malsain, encore plus marqué. Mais l’actrice est absolument prodigieuse de folie et de maturité. Le rôle est bien évidemment écrit pour (cela aide), mais elle amène en plus une assise qui ne trompe pas la caméra.

Difficile, en tout cas, de parler du film sans en dénaturer toutes les surprises et le leit-motiv, mais ce qu’il est possible de dire c’est qu’HARD CANDY est joue avec l’ambiguïté pédophile, qu’elle soit placée du côté d’une jeune fille dont on est en droit de se demander ce qu’elle cherche d’une relation avec un photographe bien plus âgé qu’elle, et, bien sûr, la limite floue qui nous permet de juger un homme de pédophile. Car Patrick Wilson n’est jamais dans une démarche qui tend à affirmer un quelconque penchant. Il n’existe aucune preuve flagrante qui puisse le rendre coupable. D’un autre côté, ce n’est pas parce que l’on n’est pas coupable que l’on est innocent. Le film s’acharne sur cette zone nébuleuse.

ELLEN PAGENéanmoins, HARD CANDY n’est pas totalement réussi car il y manque un certain aboutissement. Pas dans son scénario (quoiqu’un certain passage aurait pu se contenter de ne pas faire de retour en arrière ; si tu as vu le film, tu sais de quoi je parle et que je ne peux nommer) mais plutôt dans son abomination des caractères des personnages principaux. Un film comme FUNNY GAMES a au moins l’honnêteté d’être glacial, pervers et implacable dans le moindre de ses recoins. HARD CANDY n’est pas aussi retors que son sujet l’est. Même si certains moments sont de véritables épreuves pour le spectateur (au niveau du ressenti visuel ou de la prise de position), le film se dilue dans un systématisme artistique qui ne trouve d’évolution que dans le scénario. Prenons le cas de la mise en scène. David Slade choisit, comme bon nombre de metteurs en scène à l’heure actuelle, de filmer en plans rapprochés. Aberration filmique. Il choisit aussi de ne jamais faire d’explication des situations par des plans généraux. Soit. Ce peu de mise en scène (il choisit de préférence d’écrire la mise en espace dès le scénario) semble pourtant être ici un vrai choix, une vraie manière de filmer, avec un impact précis sur le public. David Slade choisit de ne rien montrer des situations environnementales pour garder son spectateur dans un vide qui s’apparente à une neutralité. Gardons les yeux ouverts sur ce qui se joue et n’ayons aucun recours intelligent de ce que l’on pourrait déduire. Gros plan, donc, sur l’ordinateur. Plans rapprochés sur les visages qui se découvrent. Qui plus est, l’effet va devenir encore plus saisissant les rares fois où il se permettra d’élargir ses plans, comme le moment où Patrick Wison accompagne Ellen Page à sa voiture, afin de l’emmener chez lui. Le cadre est magnifique. L’isolement total. Car si le plan général rend les protagonistes moins présents, il les montre encore une fois seuls, et en milieu urbain. C’est la vision du prédateur qui fond sur sa proie. Rien n’existe alentour. Lien. La tragédie peut avoir lieu.

Par ce qu’il donne à voir et par son caractère décalé, HARD CANDY est vraiment un film très excitant, et qui bénéficie d’une photo sublime que l’on doit à Jo Willems. De beaux inserts de couleurs en milieu quotidien et des choix très osés de lumières qui s’affaiblissent à des endroits précis du film, comme des évènements semi-conscients annonciateurs de revirements sombres.

Si j’avais un conseil à donner, ce serait d’aller voir le film sans rien en lire auparavant. Vous devriez d’ailleurs toujours vous comporter de la sorte. Pourquoi donc continuez-vous à prendre en compte les critiques ou à aller voir les films dont on parle le plus ? Seul le réalisateur devrait être un facteur déterminant dans ce choix. En ce qui concerne HARD CANDY, ce serait dénaturer l’essence même du film que de connaître plus que les dix premières minutes. Sachez juste qu’il est interdit aux moins de 16 ans, mais que si vous aimez les expériences extrêmes il est fait pour vous. Je citais plus haut FUNNY GAMES, voilà non pas un bon élément de comparaison mais plutôt d’association.

            Qu’on se le dise, le « Cinéma de minuit » de France 3 n’est plus ce qu’il était. Déjà qu’Arte diffuse de moins en moins de films en version originale et que T.F.1 vient de supprimer le film du dimanche soir en première partie de soirée (voilà exactement le genre de décisions qui devraient être prises par référendum), voici donc que notre rendez-vous hebdomadaire prend une forme cauchemardesque qui ne me plaît absolument pas. Figurez-vous que dimanche dernier, il nous offrait la diffusion du trop rare A HIGH WIND IN JAMAICA d’Alexander Mackendrick, réalisateur qui gagnerait beaucoup à ce que l’on se replonge dans son œuvre. Ce film est d’ailleurs un bel exemple de film d’aventures riche en émotions. Puisque nous parlions tout à l’heure de VIVA CUBA, A HIGH WIND IN JAMAICA prouve que l’on peut faire des films avec des enfants et pour les enfants tout en faisant appel à une palette de sentiments que l’on tend aujourd’hui à exclure de ces productions. Mais SNOW WHITE AND THE SEVEN DWARFS et BAMBI sont aussi des films cruels, brutaux et tristes. Et pourtant quelle richesse pour un enfant de le découvrir à travers eux !

Dans A HIGH WIND IN JAMAICA, que vous soyez enfant ou non, vous pouvez découvrir de magnifiques cadres composés au ras du sol, que vous kifferez encore plus si vous ne visionnez pas une copie en pan & scan. Car, et c’est la première fois que je vois cela au « Cinéma de minuit », ils n’ont rien trouvé de mieux que d’éliminer ces bandes noires qu’ils ont jugées disgracieuses, et de recadrer ce film (qui bénéficie de compositions de cadre abouties, avec de formidables prises de vues de la Jamaïque) pour ne laisser place qu’à un tronçon de film inintéressant et granuleux. Je n’aurais jamais cru pouvoir dire cela un jour envers l’émission de Patrick Brion, mais suite à cette pratique je crie : « Honteux ! »

GARDE A VUE            Dans la série « Honteux mais juste », je vais vous conter le dernier projet que j’ai essayé de mener à bien.

En revoyant GARDE A VUE de Claude Miller, me vient à l’idée de mettre en scène au théâtre le scénario de Michel Audiard, après une adaptation que j’aurais entrepris moi-même. Je me renseigne donc auprès de la S.A.C.D. où je tombe sur une dame charmante qui m’explique que pour toute adaptation d’une œuvre cinématographique, c’est le producteur qui détient les droits, et que je dois en premier lieu lui adresser une demande pour obtenir une autorisation de sa part. Après quelques recherches, je trouve le nom de la production : les Films Ariane. Il s’agit d’une société de production qui a à son actif des films tels que FANFAN LA TULIPE, L’HOMME DE RIO, L’EMMERDEUR, ADIEU, POULET, LA BALANCE ou encore GINGER E FRED. Grosse boîte, donc, qui ne serait pas difficile à contacter. Seulement là où l’affaire se complique c’est au moment où je commence à chercher son adresse. Après maintes pérégrinations, je finis par m’apercevoir que les Films Ariane a été dissoute à la fin du siècle dernier, et les droits d’exploitation de son catalogue rachetés par T.F.1 International. Aïe ! Je vous passe les diverses manigances pour rentrer en relation avec une personne qui puisse me renseigner, et j’obtiens enfin les précisions qui décideront de mon adaptation future. Chez T.F.1 International, une autre charmante personne finira par lâcher quelques éclaircissements précieux. Figurez-vous qu’à sa mort, Michel Audiard a laissé un testament dans lequel il stipulait qu’il ne voulait en aucun cas que GARDE A VUE soit adapté au théâtre. Il doit y avoir une petite subtilité puisque la seule possibilité qui pourrait outrepasser cette ordonnance serait que les ayants droits soient tous d’accord face à la proposition qui leur serait amenée. Ces ayants droits, ils sont une dizaine, parmi lesquels Claude Miller et le producteur du film. Autant dire que les satisfaire tous est une mission quasiment impossible, voire une galère innommable. Cerise sur le gâteau, il y a environ six mois, une grosse boîte de production, dont je tairai le nom, s’est aventurée à proposer un projet équivalent. Jean Reno devait tenir le rôle de Lino Ventura (pourquoi pas ? Ils ont bien essayé de monter A STREETCAR NAMED DESIRE avec Eric Cantona !) et Jacques Gamblin celui de Michel Serrault. Le nom de Stéphane Freiss était avancé pour le rôle de Guy Marchand. Eh bien cette production fut tout simplement refoulée, les ayants droits n’étant pas satisfaits.

Donc, pour une adaptation de GARDE A VUE au théâtre ce ne sera pas sous notre règne, mes chers amis. Honteux, mais juste. Qu’à cela ne tienne, il existe tant d’autres projets à entreprendre, tout aussi excitants. Mais cela passe par la destruction de ce blog. « La destruction est une forme de création », entend-on dans DONNIE DARKO. Probablement. Première étape : l’autodestruction de « La lumière vient du fond ». Mais rassurez-vous, cela est tout sauf une fin. C’est une étape. Et puis la mort du virtuel, après tout, cela n’existe pas vraiment.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Lundi 9 octobre 2006

            Vous qui écoutez régulièrement mes soliloques, il est une chose (et vous l’aurez remarqué à maintes reprises) qui m’en soulève une sans bouger l’autre, c’est d’être aussi précis que possible à travers le symbolisme de mes textes. Je ne rechigne pas à expliquer pourquoi j’aime tel ou tel film, ou quels sont les éléments qui font de cet autre une œuvre complètement ratée. Avancer des arguments est le principe essentiel qui permet de comprendre ce qui se joue en vous lorsque vous regardez un film. Essayer d’être en synergie avec son moi. Mais je déteste être explicatif quant aux références qui émaillent ces écrits. Mots obscurs ou passages dénués de sens ? La réponse vous appartient. Il existe plutôt un ensemble d’éléments de réponse. Référence à un vécu personnel mais aussi transfert du lecteur. Fragments où j’espère que vous flottez sur un océan de sensations.

Je précise ce que vous aviez déjà compris pour que vous soyez sûrs que l’ambiguïté ne sera pas aujourd’hui à travers les films dont je vais vous parler, mais bien à travers ma vie personnelle et très privée. Si privée que c’est elle qui m’empêche de bâtir une littérature explicative. Nommer les choses serait concourir à un usage restreint des quelques lignes qui s’extirpent de mon clavier chaque semaine.

Introduction pour qu’au point final vous ne soyez pas perdus et ne vous demandiez ce que j’ai bien pu vouloir dire.

Je suis franc, carré et glacial. Cela m’empêche de mentir. Dommage. Parfois, je me dis que je devrais…

Ma psy me dit que je lui fais penser à Will Hunting. Espérons qu’elle se trompe lourdement.

Donc, allégorie avouée : je ne vais vous conter qu’une seule et même histoire, celle d’une jeune fille blonde qui voyait des illuminations partout. Mais il y avait une lumière qui brillait encore plus intensément…

 

DONNIE DARKO            Que vous le croyez ou non, il existe un autre monde. Un monde parallèle où tout ressemble à s’y méprendre à ce que nous connaissons ici, à l’exception d’une faille qui permet à quiconque la trouve, de se projeter dans le parcours de sa vie. De le diriger, aussi. La jeune fille n’avait jamais entendu parler de cette faille. Elle croyait que son but était de continuer à se balader sur le chemin classique que son destin lui indiquait. Pas d’idées précises concernant l’amour, pas de solutions précises à apporter face à sa recherche du bonheur. Elle se contentait d’être persuadée que tout arriverait un jour et qu’en attendant il lui fallait gagner ce mérite.

Un jour, DONNIE DARKO croisa son regard. Elle compris le chemin parallèle. Début de la réflexion concrétisée par l’exploration de ses rêves. Dans DONNIE DARKO, là où Jake Gyllenhaal devrait rêver, il est appelé par un guide qui lui explique qu’il existe bien un chemin, mais qu’il est seul à décider ce qu’il peut y rencontrer. Cela fit sens. Le processus d’identification devient alors complexe. Elle trouve Jake Gyllenhaal magnifique. C’est vrai, il l’est. Mais sa sœur l’est encore plus. La fraîcheur de son jeu contraste à merveille avec la noirceur apparente de Donnie. Formidables sont tous les comédiens de DONNIE DARKO. Et pourtant, leurs compositions paraissent bien anecdotiques face à la richesse du film. C’est cette dernière qui fit comprendre à la jeune fille la complexité (ce qu’elle avait pris uniquement pour quelque chose de compliqué) des ramifications qui forment sa destinée. Le plexus. Tout est lié. Dans DONNIE DARKO, la clef vient de la période où se situe l’action. Richard Kelly a volontairement choisi de replacer cette histoire dans un contexte où un changement fort s’opère. La fin du reaganisme avec les dérives arrogantes qu’il a engendré. Les Etats-Unis se réveillent. Brouillard matinal et début de la fin des libertés individuelles. On envoie les jeunes se faire soigner par des psys qui les gavent de pilules, on installe le règne de la peur, ce qui va bien ou mal devient une décision hiérarchique etc. C’est étonnant que ce sujet n’ait jamais été abordé de cette manière auparavant. MAGGIE GYLLENHAALDans sa mise en scène, le réalisateur décide de ne pas appuyer mais de signaler cela par une omniprésence de détails qui trahissent cette période (on boit du Pepsi à table, les drapeaux américains sont des éléments de décor quasi insupportables, la photo de Ronald Reagan derrière le proviseur, les références au cinéma de Spielberg, Zemeckis etc.). Voilà pour la situation dans laquelle se trouve la jeune fille lorsque le film démarre. A cela viendra s’ajouter le mal de vivre de Donnie, la multiplicité des éléments qui se recoupent (la voiture de Frank qu’il croise dès le début, le prénom Frank qui revient sans cesse, la couleur rouge qui annonce la mort etc.), une réflexion complexe sur la religion et une théorie encore plus complexe sur les mondes parallèles. Nous pourrions alors comprendre que le film s’assemble à la fin comme une sorte de puzzle où tous les éléments ont leur place, où les moindres les détails trouvent une raison d’être détails. Mais l’image n’est pas tout à fait juste. Le film est bien plus construit comme un accident. Pour qu’il y ait accident, il faut une somme de facteurs qui convergent vers l’avènement du caractère tragique. Lorsque les éléments du puzzle s’emboîtent, c’est une avancée toujours plus concrète vers l’accident. C’est ainsi qu’à la fin, le réacteur, qui n’avait aucune raison d’existence au début du film, devient le vecteur de tout ce qui va découler de cette histoire qui recommence. Le film devient logique. Logique aussi que la jeune fille considère sa vie comme un accident. J’ai aimé panser ses blessures. Mais je ne suis pas toujours là. Et je ne veux pas être assujetti à ce rôle.

RICHARD KELLYDONNIE DARKO est vraiment un film époustouflant. Il y a du cadre, il y a de la mise en scène (magnifique faux plan-séquence lors de l’entrée de Donnie dans son lycée), un travail sur le son toujours très bien calibré, du montage (excitante la manière hypnotique dans laquelle nous entraîne la scène où Jake Gyllenhaal frappe avec la pointe de son couteau), des comédiens débordant d’ingéniosité, un scénario étoffé, une musique en parfaite adéquation avec le sujet et une photo cinq étoiles. Nous pourrions croire que le film comporte plusieurs niveaux de lecture, il n’en est rien. Le scénario est tellement développé que ce sont tous les éléments qui s’imbriquent entre eux qui font le film. Or, ils sont tous en étroite coordination. Comme dans la vie. Le génie de Richard Kelly a été de pouvoir les combiner dans cette histoire en faisant en sorte qu’aucun ne soit plus important que les autres. De ce fait, le film est absolument logique de A à Z. L’obscurité provient plus d’un manque d’explication scénaristique. La théorie abordée aurait sûrement gagné en clarté si le film avait duré deux heures et demie. Le film peut-être moins. Le manque de réponses aux questions que nous sommes en droit de nous poser concernant la passage d’un monde à l’autre et la possibilité d’influer sur l’un d’eux, crée comme une aporie qui relègue la théorie à une idée bancale. Discutable, probablement. Peu plausible, encore plus. Mais sûrement pas bancale. Et la jeune fille sent bien qu’il lui manque juste d’avoir un peu de recul sur elle-même, juste quelques révélations sur le temps qu’elle passe sur cette planète, pour subir une libération.

J’aime m’extasier devant la beauté qui contemple le sublime. Comme un lien de parenté qui serait au-dessus de toutes les critiques, aussi justes soient-elles. Il y a des choses que même les mots ne parviennent pas de démontrer. C’est fou comme des personnes peuvent être liées pour la vie sans qu’il y ait trop d’explications rationnelles à apporter. Dans ses ratiocinations, DONNIE DARKO démontre tout le contraire. Le visuel se veut empirique, mais c’est un acte impossible. Trop de choses nous échappent. Ce que je sais c’est qu’elle est présente à chaque instant. Elle est l’entité liquide qui émane de mon plexus et moi le lapin géant qui énonce quelques apophtegmes divinatoires. Elle me cache dans un coin de son subconscient comme un secret encore inavoué. Parfois, quelques sentiments profonds sont encore capables de lui parcourir l’échine. Nous vivons alors en cœur, capables de considérer DONNIE DARKO comme un film brillant. Mais il existe encore plus lumineux que l’œil du lapin, frappé à l’arme blanche.

SUPERMANDONNIE DARKO, c’est cela : l’impression qu’il existe quelque chose de plus fort que tout, une puissance déiforme à la force indescriptible qui scelle les baisers de la jeune fille sous un sceau cordiforme.

La grande question demeure : « Sommes-nous tous manipulés ? ».

            J’ai eu de la chance de pouvoir vivre quelques instants magiques avec elle. J’en vivrai encore certainement d’autres. Ce que j’aime par-dessus tout c’est les mots qu’elle murmure à mon oreille lorsque je la serre fort contre moi, et qu’on croirait qu’un voile nous enveloppe et se resserre peu à peu. L’amour peut provoquer une sensation d’étouffement.

De l’étranglement dans MURDER SHE SAID de George Pollock. Grand inconnu du cinématographe, ce qui s’explique par la faible mise en scène de son film. Il ne repose que sur le roman d’Agatha Christie, et un peu sur le jeu de Margaret Rutherford, qui campe une Miss Marple extrêmement crédible. Attention ! Miss Marple n’est pas un personnage, c’est un caractère. Et quand on est l’héroïne d’une intrigue policière, on ne peut qu’être assaillie par une foule de bons sentiments qui ne laissent la place à aucun défaut. C’est l’une des premières leçons que la jeune fille a tiré de ce film. Fadeur de l’image trop lisse. Apprendre à casser des miroirs. En revoyant SUPERMAN, le principe semble faire figure de relais. Le super-héros devient insupportable par le manque d’irrégularités dans son profil. Juste un caractère. Impossible de faire preuve d’adoration envers quelqu’un dont on ne connaît rien.

Les 25 premières minutes du film sont un véritable chef-d’œuvre. Tout fonctionne, et ce grâce à un rythme aussi efficace que celui du début de 2001 : A SPACE ODYSSEY. Ensuite, lorsque le film essaie de s’assimiler à la bande dessinée, SUPERMAN fonctionne moins bien, la faute principalement à un humour trop simpliste (restes évidents de la parodie que devait être le film) qui n’a pas sa place ici, notamment chez les ennemis de Superman. Qui plus est, Superman est vide de toute profondeur scénaristique. Bien sûr, on peut très bien traverser la vie en ne s’intéressant qu’au superficiel, en n’ayant aucune forme de désir profond. Car il y a une différence entre aimer et savoir pourquoi l’on aime. De la recherche de la lumière naît la découverte de son rayonnement intérieur. Ne relègue pas ton talent à une catégorie mineure, tout comme le film de Richard Donner ne s’adresse qu’au potentiel magique de fantasme héroïque enfoui en chacun de nous.

ART SCHOOL CONFIDENTIALLa lumière vient du fond, lui disais-je. Mais il y a plus intéressant. Il y a l’ombre que cache la lumière.

C’est dans ce dont personne ne parle que réside le mystère de la vie.

            On peut alors commencer à entreprendre une quête sans fin. Il n’est jamais une seule période où l’on se connaît parfaitement.

La peur, pour commencer. Car tout débute par un échec. Se servir de ce que l’on a vécu. Tirer des leçons. Premier exemple : ART SCHOOL CONFIDENTIAL. Nouveau film de Terry Zwigoff, à qui l’on doit le surprenant GHOST WORLD. Cette fois-ci il se perd un peu dans la réflexion que l’on sent un peu sienne, sur le processus de création et l’exploitation de son talent artistique. Discours convenu, mise en scène paresseuse. Le tout manque de fluidité pour paraître palpitant (sans faire référence au rythme). Tiens, une parenthèse. Où est-il le temps où il en faisait des kilomètres avec plusieurs idées dans une même phrase ? On ne comprenait pas plus, mais au moins le style était lourd et ça, c’était passionnant.

Aussi peu intéressant soit le film, il n’en reste pas moins honnête dans sa conception, car fait avec un grand cœur. Et même s’il ressemble à beaucoup d’autres, Elle en tire au moins la leçon qu’un film ne se définit pas par ses ressemblances mais par les évocations qui heurtent nos sensibilités. Elle me fait rire lorsque ses yeux scintillent de tant de découverte.

Elle est entrée dans mon cœur. La porte s’est refermée ; je vois encore les interstices qui irradient.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Lundi 2 octobre 2006

            Comme s’interrogeait Jean-Pierre Pernaut avant de refermer son journal, le 04 avril dernier : « Pourquoi y a-t-il écrit « fin » à la fin d’un film alors qu’il n’y a pas marqué « début » au début ? », nous sommes en droit de nous demander pourquoi Jean-Jacques Annaud ne met-il pas définitivement fin à une carrière qu’il n’a jamais débutée ? Car autant la fin permet de se rendre compte des intentions premières, autant Jean-Jacques Annaud n’a jamais eu d’intentions premières, alors que les premières intentions de Jean-Pierre Pernaut auraient déjà dû être de remercier ses parents pour lui avoir donner ce prénom. Avaient-ils déjà compris qu’il n’y a qu’un Jean-Pierre de possible pour présenter des métiers vermoulus du Moyen Age qui ne peuvent s’exercer que par des paysan(ne)s à moustache, qui portent de la laine qui pique et qui mangent avec des couverts en bois ? Un Gérard, aussi, aurait pu faire ça. Ou un Didier. En tout cas un prénom qui se gueule. Pas un Denis, par exemple. Denis, ça ne se gueule pas. Ca s’expire, ça s’époumone, ça se laisse quémander, ça se lascive de toutes ses lettres. Essayez : « Deniiiiiiiiiiiis ! » Alors que : « Géraaard ! » Je suis désolé, ça, ça se gueule. Pire, ça s’éructe ! Et c’est important d’éructer quand on regarde le Journal de 13 heures. Surtout que c’est l’heure où l’on a la bouche pleine. Je ne conçois pas pouvoir regarder ce programme sans s’indigner, sans vociférer, sans éructer ! Moi, je ne conçois pas de le regarder, tout court. Ne perdez jamais une occasion d’éructer. Envers Jean-Pierre Pernaut, envers Mathilde Seigner, envers Alain Finkielkraut, envers les coiffeurs à leur compte, les gosses de riches, les marchands de verre filé de Murano, les bibliothèques Elsa Triolet ou encore ceux qui se rappellent les paroles de la chanson « Le géant de papier » de Jean-Jacques Lafon.

AARON ECKHARTDans le dernier film de Jason Reitman, Aaron Eckhart ne cesse d’éructer un « Thank you for smoking » qui ne veut surtout pas s’en prendre à quiconque, mais qui se laisse plutôt entendre comme une ode au capitalisme pur et dur. Indéfendable, à priori. La cause, forcément. Mais ce n’est pas le sujet du film. Il faut d’abord dire que THANK YOU FOR SMOKING s’appuie sur son comédien principal, comme une sorte de pivot qui décide, expérimente, argumente, prouve, synthétise et conclut avec une force de percussion étonnante. C’est l’homme qui conçoit la société dans laquelle il vit, mais aussi (et c’est encore plus terrible) celle dans laquelle il souhaite vivre. Jason Reitman choisit de mettre le personnage dans une position active. Numéro propice à la preuve démonstrative de l’acteur. Car s’il ne promet pas à chaque fois un oscar, le procédé révèle en tout cas le bon comédien du mauvais. C’est ainsi qu’à l’heure actuelle, il est tout à fait possible de faire la comparaison, dans nos salles, entre la sublime composition d’Aaron Eckhart et, par exemple, celle de Steve Carell dans LITTLE MISS SUNSHINE. Cela devient absolument exécrable de lire un peu partout qu’un comédien étiqueté « comique » devient très bon à partir du moment où on commence à le voir jouer dans des rôles dramatiques. Que cela soir étonnant, d’accord, c’est une des multiples qualités de ces types d’acteurs qui peuvent passer d’un genre à un autre avec une facilité déconcertante. Mais pourquoi cet engouement soudain pour un acteur que ces personnes semblent vouloir ériger en nouvel héros ? C’est à celui qui s’accordera le droit aux honneurs pour avoir mis le premier en évidence les qualités du comédien en question. Premièrement, les honneurs ne reviennent qu’à lui seul. Et ensuite, il n’est pas plus à féliciter qu’à hauteur de ce qu’il nous a fait ressentir, qu’il sache passer du comique au tragique ou pas.

STEVE CARELLEncore une fois, donc, les éloges sont dithyrambiques à propos de Steve Carell, petit acteur comique qui n’a pas la trempe d’un Jim Carrey, la subtilité d’un Adam Sandler ou la diversité d’un Mike Myers. Précédemment, il ne nous avait fait que passablement sourire, et maintenant, une horde déchaînée s’extasie devant cet acteur peu inspiré. Mais, d’abord, le rôle est peu étoffé. Esquissé dès le départ, mais finalement juste prétexte à une situation décalée. Dans LITTLE MISS SUNSHINE Frank Ginsburg est un personnage passif (comme la plupart de ceux mis en place par le scénariste Michael Arndt). Et quand je dis passif, je ne fais pas l’apologie de propos homophobes, je constate juste que c’est une solution de facilité qui consiste à faire de ses personnages des victimes, bien plus simple pour être en réponse, bien plus à l’aise pour acquérir notre sympathie de cette manière. Or, il existe plein de personnages cinématographiques passifs bien plus intéressants. Ce n’est donc pas incompatible avec la recherche de qualité. Or, cela s’accompagne souvent d’un jeu d’acteur inhibé. Le personnage doit paraître inhibé, pas le comédien. Nous démontrons donc la différence entre Steve Carell et un grand comédien qui aurait ajouté au personnage une autre dimension. Steve Carell se laisse porter par ce qui écrit. C’est un choix juste, mais assez scolaire. Et tout ce qu’il fait nous semble suivre la même mesure. C’est juste. Juste un peu vide. Tout cela est bien entendu corollaire au script qui ne fait que se servir des comédiens pour amener des touches drôles et non pas bâtir une harmonie familiale drôle (se conférer une fois de plus au magnifique HAPPINESS de Todd Solondz et la manière dont la pédophilie du père se mêle aux relations qu’il entretient avec son fils). Ici, le côté dépressif ne se met en scène que pour l’avènement du gag pour le gag. C’est juste, c’est drôle. D’accord. Ensuite ?

Steve Carell n’a pas grand-chose de difficile à jouer : un homme au cœur blessé dont la dépression a tué toute forme de cohésion interne. Il fait le renfrogné, l’anti-démonstratif et les yeux de cocker battus. Sans problème. Même Frédéric Diefenthal aurait pu le faire. En aucun cas, il ne faut souligner la prestation de Steve Carell. Celle de Greg Kinnear serait bien plus propre à être mise au premier plan. Mais que voulez-vous… Ce sont les mêmes gens sans imagination qui font et défont les réputations médiatiques d’aujourd’hui. De même qu’hier ils s’extasiaient pour Benoît Poelvoorde dans ENTRE SES MAINS. Un cas légèrement différent toutefois, puisque Poelvoorde est un excellent comédien que nous connaissons depuis longtemps, et qui aurait dû faire un changement de genre très remarqué si le film ne s’était pas plus intéressé à Isabelle Carré. Le personnage campé par Poelvoorde manquait de richesse intérieure. Le comédien était à la peine. Peut-être mal dirigé aussi, par Anne Fontaine, qui semblait avoir une vision un peu clichée de son tueur…

Quelques beaux exemples de comédiens qui alternent avec brio les différents genres : Daniel Auteuil, Bourvil, Jim Carrey, Gérard Depardieu, Cary Grant, Raimu etc.

Le pire dans tout cela reste la déviance. Le comique qui veut passer à des rôles plus dramatiques pour changer son image (encore une ineptie qui veut que l’on accorde moins de crédit à celui qui fait rire qu’à celui qui nous émeut !). Le désastre Muriel Robin ou le piètre Jamel Debbouzze qui ne cesse de surfer sur son capital crédit pour oser tout ce dont il n’est pas à la hauteur. Moignon. Moi ?... Non ! Dit-il.

Et voilà ! Nous avions plein de choses intéressantes à dire à propos de THANK YOU FOR SMOKING et, une fois de plus, que ce sont toujours les mêmes qui perturbent notre concentration. Choisissez votre camp et reprenons notre occupation. Nous disions donc qu’Aaron Eckhart est une vraie satisfaction de comédien au sein du film. Il expose sa force de conviction à travers un charisme et un usage de la parole qui lui confèrent une aura d’homme politique. Car c’est de pouvoir que traite le film. Le pouvoir en tant qu’organe qui génère l’arrogance par sa non remise en cause. Parce que le véritable piège du film était de tomber dans une morale qui aurait asséné des réponses populistes face à l’image que nous avons des fabricants de tabac, THANK YOU FOR SMOKING nous plaît parce qu’il prend le parti de l’humour cynique. Et c’est tout. Fin du film. Le reste n’est que de l’ennui à 24 images/seconde. THANK YOU FOR SMOKING continue sur un rythme présomptueux, comme si cette grande idée allait suffire à faire passer un scénario, lui non plus, pas si alerte qu’il y paraît. Pauvre antienne qui joue la carte du politiquement incorrect, mais qui ne ressemble qu’à un cierge magique, c'est-à-dire avec beaucoup d’étincelles et finalement peu de bruit.

L’image est assez quelconque, le cadre est inconnu en termes techniques, la mise en scène est plus une mise en espace et le montage fait la part belle aux effets comiques un peu trop évidents. Par conséquent, le film est extrêmement mollasson, pas forcément très drôle (c’est toujours pareil, quand on vous force la main…) et ne repose que sur l’intérêt que met le réalisateur à accroître le rôle complexe d’Aaron Eckhart. Et sa plus grande réussite viendra de la mise en avant du sophisme. Procédé par lequel Aaron Eckhart construit son personnage irréfragable. Voilà une vraie difficulté à mettre en scène que ce côté d’une personnalité atypique. A vrai dire aucun exemple ne me vient pour comparer deux compositions cinématographiques. C’est la grande idée du film. En opposition avec toute morale. Car si le film avait été une affaire de morale, il n’aurait pas tenu le coup longtemps puisqu’il n’aurait été assujetti qu’à une seule cause. En lui faisant prendre le chemin du sophisme, le réalisateur peut mieux attaquer sur le thème de l’hypocrisie du pouvoir. Aaron Eckhart devient alors plus juste dans sa vérité (où chacun jugera sa position morale), et le vecteur d’un discours propre à faire prendre conscience de certains faits. Mais toujours par le mensonge. Car s’il est un élément réducteur qui se révèle constamment chez lui, c’est qu’il n’en reste pas moins un menteur. Et tout son sophisme ne tient que par le mensonge. Prenons l’exemple où, à table, il demande pourquoi personne n’attaque Ford lorsqu’un particulier a un accident de voiture alors que les consommateurs se retournent contre les marques de cigarettes. D’où la réaction recherchée : acharnement, complot, hypocrisie ? Sophisme. Or, il associe au départ deux choses qui ne sont pas comparables : conduire une voiture, qui n’est techniquement pas une atteinte à la santé de chacun, et fumer une cigarette, qui a l’effet que chacun connaît. Mais c’est le propos du personnage. Celui que veut défendre le réalisateur. Et tenter ainsi de comprendre comment le pouvoir s’accommode du pouvoir par les profits qu’il fait du système déjà en place. « Si je ne la fais pas, quelqu’un le fera à ma place. » Faux. Du mensonge au sophisme…

WILLIAM H. MACYAu final, THANK YOU FOR SMOKING est un film dont l’opiniâtreté à demeurer consubstantiel est assez phénoménale. Nous cherchons toujours de quoi assouvir notre soif cinématographique, nous nous rattachons au jeu d’Aaron Eckhart (William H. Macy est aussi fabuleux, même si très loin de PANIC d’Henry Bromell, qui reste son meilleur rôle), aux différents signes humoristiques, à un semblant de relance scénaristique, mais rien n’y fait. Le film est boursouflé et se traîne. Exactement ce que se disaient Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri lorsque que je tombai sur eux, en sortant de la salle :

Jean-Pierre Bacri : « C’est boursouflé, non ? »

Agnès Jaoui : « Et ça se traîne ! »

Jean-Pierre Bacri : « Tu sais, Agnès. Ca m’a donné une super idée. Si on écrivait un film qui s’appellerait THANK YOU FOR NO SMOKING ? »

Agnès Jaoui : « Sortons, Jean-Pierre. Je suis une femme d’extérieur. »

            Dehors, le concept de réalité fait rage. Violence du concept de la personne qui passe son après-midi à choisir des doubles rideaux. Incrédulité face au fait journalistique qui m’apprend que des personnes vivraient dans la Creuse. L’été, d’accord. Mais l’hiver ? Ils hibernent ou ils transhument ?

Le cinématographe commence à perturber sérieusement mes synapses pulpo-tectoniques. Je décide de m’arrêter consciencieusement au Petit Gymnase. Arno Duteil y joue son one-man-show : « Aaarrg ! J'ai honte !! » Nous attendions effectivement des excuses d’un des membres de la famille Duteil, mais assurément pas Arno. Il a au moins le courage d’assumer la honte avant que l’on s’en aperçoive, c’est tout à son honneur. Ce qui l’est moins c’est la piètre performance à laquelle il nous convie sur la scène de cette salle assez sympathique. La grosse erreur commise lors de sa construction est de n’avoir songé à aucune surélèvation du premier au dernier rang. Tous les sièges sont au même niveau. Sûrement l’architecte polonais de la salle 10 du Pathé Wépler qui officie une nouvelle fois dans Paris. Alors si vous n’êtes pas au premier rang et qu’un abruti s’assied devant vous, il ne vous reste plus qu’à regretter les temps guillotins. Toutefois, si vous arrivez à voir le spectacle, ce sera votre argent que vous regretterez, car Arno Duteil à beaucoup de mal à donner du souffle à un vrai faux-solo. D’abord par la qualité des textes. Je devrais dire des quelques idées disséminées sur papier, autour desquelles il brode, pour parvenir la plupart du temps à un humour convenu et franchement pas souriant. C’est de toute façon le gros problème des comiques seuls en scène à l’heure actuelle. D’ailleurs, pour faire une parenthèse, je trouve que, depuis quelques années, la scène parisienne se remplit de plus en plus de ces solitaires du rire. Paris commence de plus en plus à ressembler à Hollywood, où beaucoup de comédiens ont leur show. Après le cinéma, le théâtre comme aux Etats-Unis. C’est aussi ce que semble nous montrer le nombre trop conséquent de comédies musicales toutes plus crétines les unes que les autres. C’est une conception de la forme artistique. Heureusement il y en a d’autres, si l’on se donne la peine de chercher d’autres manières de se confronter à la création. Arno Duteil ne semble pourtant pas l’avoir compris. Outre ses textes indigents, ses personnages sont à peine esquissés, stéréotypés et sans vérité intérieure. Seul le vieux pervers sort du lot, car plus complet dans ses attitudes, plus délicieux dans la rupture et plus jouissif à jouer pour le comédien, ce qui ne passe pas inaperçu. Cependant, je n’en veux pas tant au comédien qu’à la mise en scène. Sur le plateau, Arno Dute