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Vendredi 29 décembre 2006

GAND

            Gand est une ville merveilleuse. D’abord parce que ça s’écrit comme une moufle et que ça s’enfile comme une jeune mariée. Ou l’inverse. Et ensuite parce que c’est moi qui vous le dis et que je sais ce que je dis quand même !!! Cons de geeks ! Gand est hors du temps par ses bâtiments marqués par le burinage du climat, associés à certaines maisons dont l’architecture demeure grandement en avance sur la pauvreté de nos horizons français. Des maisons qui donnent droit dans l’eau, une cathédrale aux verticales proches d’une influence germanique, une sérénité des habitants qui doit beaucoup à la quasi-absence de circulation de voitures, pas de clodos, pas de pédés, pas de nègres etc. Alors pourquoi ne pas aller vivre à Gand ? Parce qu’il y fait froid sa race ! Mais je ne vous parle pas du froid que nous connaissons tous qu’il suffit de bien se couvrir pour affronter la rue et qu’après nous retrouvons nos appartements moelleux. Non ! A Gand, le froid est une atteinte à la dignité humaine. Ce n’est même plus une dimension climatique c’est une attaque légale d’Al-Qaida. Là-bas, personne ne se réchauffe. Oubliez-en jusqu’à l’idée. Personne n’y vend de chauffage, cela ne sert à rien. Soit tu résistes physiquement soit… Soit… Y’a pas de soit ! Le froid s’infiltre partout. Le froid n’est jamais ton ami. Les gantois parlent le flamand (quand le froid ne les empêche pas d’articuler) et n’ont pas d’équivalence pour le terme « chaleur ». Il n’est même pas possible d’essayer de le leur faire comprendre, c’est hors de leurs conceptions biologiques.

Alors pourquoi aller à Gand, me direz-vous ? Tout simplement pour se rendre à l’immense exposition internationale concernant le plus grand cinéaste, j’ai nommé monsieur Stanley Kubrick. Comme je vous l’avais annoncé il y a quelques mois de cela, le Caermersklooster abrite une concentration impressionnante de documents en rapport avec l’œuvre du maître, et ce encore jusqu’au 7 janvier prochain. L’exposition a déjà été présentée à Francfort (dès le 31 mai 2004), Berlin et Melbourne, et sera accessible futurement à Rome.

C’est une somme colossale d’informations ici amoncelée, même si tout est un peu trop grand public à mon goût. J’y ai passé 8 heures.

On a tellement l’impression de rattraper du temps que l’on n’a pas perdu quand on est passionné !

Pour commencer vous devez aller acheter vos billets juste à côté de l’entrée. Là, pour la somme modique de 8 euros, votre passeport vous est délivré. Inutile de faire la comparaison avec la France où le prix s’élèverait déjà à un minimum de 15 euros ! Tout cela pour dire que l’expo ne sera pas visible en France (chose incompréhensible !) à cause de l’incompétence de Marin Karmitz, qui n’en est plus à sa première bévue !

Donc, vous achetez votre place muni du plan de l’exposition et d’un petit guide rempli d’un peu trop de publicités (pas trop bêtes par ailleurs puisque certaines reprennent les idées d’affiches kubrickiennes ou de slogans qu’ils font leurs) qui présente succinctement (malheureusement en flamand) les grands projets de Stanley Kubrick. Beaucoup de photos. Il va sans dire que le numéro est gratuit et que vous pouvez en voler un nombre incalculable, ce qui est prestement fait. Ressortons maintenant pour entrer. Remarquons au passage que ce Caermersklooster est d’un aspect extérieur peu engageant, limite en ruines. L’intérieur est entièrement rénové mais l’exposition ne nous permettra pas de le délimiter (si ce n’est le plafond) puisque ce sont de faux murs blancs anonymes qui le cachent, afin de mieux arborer photographies et autres matériels divers. Mais avant cela il faut faire valider son billet dans un petit sas où un écran plat fait défiler un documentaire. Je ne vous dis pas quel en est le sujet, je suis déjà absorbé. Un petit avertissement pour nous rappeler que les photos et les films sont interdits. Je rêve ! Je crois qu’ils n’ont pas compris que nous sommes français !!! Puis nous rentrons. Premier choc. Nous nous retrouvons de suite face au plus bel agencement de l’exposition. 12 écrans retransmettant chacun les films de Stanley. Qui plus est, le format est retravaillé de manière à ce que l’uniformité nous frappe premièrement. Evidemment, cela est une atteinte sans nom à l’intégrité des films, mais là n’est pas l’enjeu. Le panneau est sublime. Le surplombant : la signature de Stanley Kubrick faite en néon rouge. Toute l’essence kubrickienne est concentrée ici. Il serait possible de rester scotché pendant des heures. Ce n’est pas loin d’être le cas. C’est l’endroit que je viendrai le plus souvent revoir. A gauche, nous commençons avec deux grands panneaux qui retracent les grandes dates de sa biographie pour l’un, et un rapide aperçu de chaque film pour l’autre. Progressons. Tout est organisé d’un point de vue chronologique. C’est peu innovant. Un peu trop simple, trop évident. Comme le sera en grande majorité la présentation des photos : fond blanc, cadre strict, pas de jeux de lumières. Un épure proche de celle du réalisateur cependant.

Ensuite, la première salle est consacrée à un documentaire d’une dizaine de minutes, fait de photos pour la plupart connues, ainsi que d’intertitres dont une fabuleuse citation que l’on doit à Sidney Lumet, qui dit à peu de choses près que chacun mois pendant lequel Stanley Kubrick ne réalise pas de film est une perte importante pour chacun. Il manque toutefois une musique pour accompagner le tout. Sublime photo de Stanley face à l’objectif, avec deux de ses chiens, de dos, qui le regardent, et dont les queues se rejoignent pour ne devenir qu’une.

Nous reprenons le sens de l’expo. Nous débutons par ses premières photos. C’est l’occasion de s’apercevoir de la qualité exceptionnelle des objectifs de l’époque. Photos qui ne trouvent quasiment pas de correspondance aujourd’hui. La précision est diabolique. Une autre époque. Pas grand-chose d’exceptionnel concernant ces photos connues depuis longtemps. C’est la partie où nous trouvons aussi son tambour, qu’il avait gardé, celui qui date de la même époque où il était batteur.

Commencent alors les différents espaces consacrés à ses films.

Chacune des parties est organisée un peu de la même manière. L’on y trouve des photos de tournage, des photos du film, des extraits vidéos pour chaque film (y compris FEAR AND DESIRE) et un petit panneau présentant sommairement ce dont il est question,  en trois langues : flamand, français et allemand. Chaque scénario original est aussi présent, souvent ouvert en plein milieu. Mais aucun ne sera à disposition. Parfois, c’est le cas pour 2001 : A SPACE ODYSSEY et PATHS OF GLORY, une reproduction a été faite et se trouve en libre accès. Malheureusement, elles sont incomplètes. Après une minutieuse analyse de ces scénarii, il apparaît que quasiment chaque page est annotée de la main de Stanley. Certains sont même recouverts de passages retapés au fur et à mesure du tournage (THE KILLING). Ces annotations sont parfois très fournies, presque compulsives, dénotant une précision extrême. Des indications pour les comédiens, des questions, des doutes, des signes concernant les respirations, d’autres signes incompréhensibles, des annotations pour le montage (que viennent faire les notes concernant des inserts de Jessica Harper dans le script de THE SHINING ?) et puis des questions que ne se posent que les comédiens. Indications précieuses sur la manière d’envisager la direction d’acteur. Certains de ces scénarii sont accompagnés de traitements du film, parfois aussi volumineux. Celui de THE SHINING est accompagné du premier script original signé Stephen King.

Seul vrai bémol qui pénalise beaucoup cette exposition, les écrans qui diffusent en boucle les extraits de films proposent des images d’une qualité vraiment déplorable et qui ne sont pas dignes d’une exposition de cette importance. Pixels, drops et freeze. Que du pas beau.

Comme je le disais précédemment, chaque espace est assez peu différencié du suivant. Exception pour 2001 : A SPACE ODYSSEY et A CLOCKWORK ORANGE. Tout cela manque d’une personnalisation filmique un peu plus marquée. Ainsi, « redrum » est une inscription sur un mur blanc, mais qui ne reprend que la typographie du film. Il aurait été préférable de l’avoir en rouge sang et écrit réellement à la main. Le coin consacré à BARRY LYNDON manque un peu de démesure et est surtout bercé par une lumière basse qui empêche d’apprécier correctement chaque élément. L’idée était bonne mais il aurait fallu que la pièce soit complètement éclairée à la bougie pour baigner parfaitement dans cette ambiance feutrée. J’aurais même été jusqu’à faire les vraies toilettes du Caermersklooster à l’image de celles de THE SHINING, en rouge vif, avec comme porte d’entrée la notice concernant la gravité dans les toilettes de 2001 : A SPACE ODYSSEY. La porte s’y trouve, d’ailleurs. Mais au mauvais emplacement ! Par contre, concernant ce film de science-fiction, idée très juste d’avoir conçu l’endroit en cercle. Mais tellement plus intéressant si un monolithe géant avait été placé en son centre ! Beaucoup de documentation par ici. Le cloisonnement consacré à l’intérieur d’HAL9000 est un peu raté car nous entendons les respirations de Keir Dullea mais la voix de l’ordinateur et la chanson qu’il interprète avant de mourir font défaut !

Parmi les belles curiosités (éléments originaux, s’il vous plaît !) qui sont visibles, citons entre autres le casque porté par Matthew Modine dans FULL METAL JACKET, l’oscar attribué à Stanley Kubrick pour 2001 : A SPACE ODYSSEY, son propre échiquier, un de ses premiers appareils photos, une lettre d’Eli Wallach à propos de DR. STRANGELOVE OR : HOW I LEARNED TO STOP WORRYING AND LOVE THE BOMB, une page manuscrite recensant les différents titres envisagés pour le même film, la platine disque de Malcolm McDowell dans A CLOCKWORK ORANGE, un des costumes porté par Ryan O’Neal dans BARRY LYNDON, le système de classement de 15000 fiches pour le projet NAPOLEON avec une mise en libre-service de certaines (oui !!!), une lettre de la commission de censure qui détaille toutes les scènes qu’il faudrait couper pour A CLOCKWORK ORANGE (c’est sans fin !), pour THE SHINING : les costumes des sœurs jumelles, le couteau de Shelley Duvall, la photo de fin, des projets d’affiche de Saul Bass, la machine à écrire de Jack Nicholson, sa hache, la montre Hamilton de 2001 : A SPACE ODYSSEY, des photos prises par Stanley sur le tournage de PATHS OF GLORY où il photographie celle qui allait être sa femme (d’une beauté, la femme et les photos !), son fauteuil de réalisateur, l’objectif qui lui a permis de filmer les scènes aux chandelles dans BARRY LYNDON, des tenues romaines de SPARTACUS, l’affiche originale de FEAR AND DESIRE, un masque et un costume de singe de 2001 : A SPACE ODYSSEY, des masques originaux d’EYES WIDE SHUT, le costume de Malcolm McDowell dans A CLOCKWORK ORANGE, les journaux que l’on voit dans ce même film, une lettre d’Audrey Hepburn qui décline le rôle de Joséphine pour NAPOLEON, la cape de Tom Cruise dans EYES WIDE SHUT, une partie des 500 livres sur NAPOLEON que comportait sa bibliothèque, et encore plein de richesses émerveillantes.

Finalement, nous pouvons revoir énormément de photos et de documents que nous connaissions déjà, mais tout ce qui relève de la découverte est bien plus qu’étourdissant.

Bon, bien sûr, impossible de voir FEAR AND DESIRE en copie correcte, mais nous ne nous y attendions pas, donc aucune déception. Par contre, le making of de FULL METAL JACKET est flamboyant. Ce que nous apercevions dans A LIFE IN PICTURES est présenté dans une version de 10 minutes et doit encore être sûrement beaucoup plus long. Certaines correspondances sont étonnantes, comme cette femme de militaire qui s’insurge devant LOLITA. Toutes les notes de Stanley sont exceptionnelles dans la retranscription de l’attention qu’il porte aux moindres détails. Et puis il y a les projets non aboutis dont nous ne connaissions rien. Personnellement, je ne savais pas qu’ARYAN PAPERS était prêt à tourner. Apparemment, il n’y aurait que la sortie de SCHINDLER’S LIST qui l’aurait empêché de le réaliser. En plus de ce que nous ne savons pas… Le travail préparatoire est conséquent. Les repérages énormes. Les essayages nombreux. Le casting déjà établi (il existe notamment beaucoup de photos avec Johanna ter Steege). Mais cela n’est rien comparé à la somme de travail, de documentation et de préparation engagés dans le projet NAPOLEON. Le plan de travail est colossal rien qu’à travers sa conception. Là encore le film était prêt à être tourné. Et puis il y a le fameux système de classement des 15000 fiches, qui est déjà beau à pleurer rien qu’à le regarder. Je ne savais pas non plus que des voitures futuristes avaient été conçues pour 2001 : A SPACE ODYSSEY. Plusieurs photographies nous les présentent. Nous comprenons très vite le danger de les montrer dans le film ! Enfin, dans les projets avortés, terminons par A.I. Peu de documents mais beaucoup de dessins signés Chris Baker (ou plutôt signés Fangorn, bravo aux fans de Tolkien qui reconnaîtront), assez extraordinaires d’ailleurs.

Pas beaucoup de son tout au long de l’expo. Il faut dire qu’il aurait été difficile de les faire exister avec les ambiances que dessinent les projections vidéo. On retrouve de toute façon l’essentiel : la chanson de Christiane dans PATHS OF GLORY, l’entêtante musique de LOLITA (avec en prime le 45 tours original !), la musique classique sur 2001 : A SPACE ODYSSEY, le Beethoven d’A CLOCKWORK ORANGE, la respiration de Keir Dullea (nous l’avons déjà évoqué) etc. Pour remédier à ce manque de combinaison, les organisateurs ont eu l’idée d’une dernière salle qui évoquerait l’accompagnement musical dans son œuvre. La salle est très grande. C’est un immense plaisir. Pour la projection du documentaire, nous sommes dans le noir et nous levons la tête. Enfin du vrai cinéma ! Histoire de ressortir avec d’incessantes vibrations. La salle arbore encore des photos en noir et blanc prises par Stanley. Enfin, nous entrons et nous sortons par un petit couloir où les murs s’enorgueillissent des photos des grands seconds rôles de ses films. Histoire de saluer ceux qui l’ont accompagné et dont le talent est immense : Patrick Magee, Leonard Rossiter, Steven Berkoff, Philip Stone, Leon Vitali…

Pour ceux que la technique intéresse, tout un passage est laissé aux optiques, aux caméras, au montage, et l’espace 2001 : A SPACE ODYSSEY explique aussi quelques innovations techniques présentes dans le film. Cela prouve que Stanley était en perpétuelle recherche quant à ce qui se faisait au plus haut degré de la dernière technologie. En témoignent aussi certaines correspondances, notamment des lettres de Jan Harlan qui l’informent des nouvelles caméras et des possibilités qu’elles offrent. Car Stanley Kubrick c’était aussi une multitude de personnes qui travaillaient constamment pour lui à travers le monde. Nous comprenons un peu mieux cette obsession du classement. Ce ne pouvait être qu’inévitable.

L’exposition se clôt par un tableau floral signé Christiane Kubrick. Très coloré, comme la plupart de ses peintures.

Exposition colossale qui nous apprend finalement pas mal de choses, qui nous permet d’en revoir d’autres que l’on reverrait encore et encore, et qui nous laisse avec l’impression d’avoir la main de Stanley au creux de la nôtre, quelques minutes encore après être sorti.

Ce qui est particulièrement magique, c’est la concentration de toute cette vie en un lieu, ce qui permet de passer allègrement d’un film à l’autre en atteignant toujours l’essentiel. Et cela permet de se rendre compte de l’extrême cohérence de l’œuvre de quelqu’un qui a eu la chance de savoir très tôt ce qu’il voulait faire. Remarquez comme la lumière est déjà sublime dans KILLER’S KISS. Regardez attentivement les effets de surprise dans THE SHINING. Le son anticipe souvent de manière infime le choc visuel. Les chorégraphies de BARRY LYNDON mélangent musique et gestuelle avec un calque d’accompagnement absolument parfait. Ses attitudes sur le plateau de FULL METAL JACKET montrent à quel point cet homme était généreux et attentif, et que l’ambiance était toujours agréable si elle savait être studieuse. La recherche est aussi constamment présente. Même dans les périodes où il n’y a pas de films. Etre toujours au fait. Ce qui l’a amené à constamment se renouveler, à aborder des genres aussi différents. Ce que certains grands cinéastes comme Brian de Palma ou Francis Ford Coppola n’ont pas réussi. Et le regard ! Filmer les comédiens de face. Filmer leur regard. Ne jamais leur couper le visage.

Kubrick est inépuisable, pour moi. 8 heures d’expo ce n’est pas assez. Je rêve d’y retourner. Finalement, je crois que c’est un bien qu’elle ne débarque pas à Paris.

            A Gand, si les journées sont froides, les nuits sont polaires. Dans mon igloo, le froid m’empêche de dormir. Par chance, j’ai une télévision dans ma chambre. Je décide de l’allumer, elle produira sûrement un peu de ##*@§**?!!!##. De ##*@§**?!!!##. De ##*@§**?!!!##, quoi ! Damned, je suis fait ! Les traditions flamandes m’envahissent peu à peu. Je ne peux même plus prononcer le mot ##*@§**?!!!## !!! Stade ultime avant la congestion cérébrale, je dois devenir complètement végétatif pour croire qu’une télévision peut créer de la ##*@§**?!!!##.

L’avantage que j’ai avec la télévision, c’est que je ne la regarde quasiment plus depuis plusieurs années. Vous avez déjà entendu dire quelque part qu’il n’y a rien d’intéressant à la télévision française ? Justement, nous allons parler de cela.

Et là, fermez bien les autres fenêtres car il va y avoir du gros dossier.

Je vais maintenant vous dévoiler l’un de mes super pouvoirs et vous allez encore croire que je pars dans un de mes délires de neuro-dévasté du froid, mais tout est vrai. Bref. Il se trouve que la télévision (l’objet) et moi sommes au sein d’un pacte secret. Je suis soumis à une influence compulsive inexplicable qui me pousse à l’allumer à chaque moment télévisuel important. Un match de football ? Je l’allume précisément au moment du but. Une émission en direct ? J’arrive juste au démarrage de l’altercation verbale dont tout le monde parlera la semaine suivante. Parfois je tombe pile poil sur un spécial J.T. d’info, sur le moment le plus drôle des AVENTURES DE RABBI JACOB, moments comiques, diffusion d’une archive télévisuelle rare etc. T’as pas comme l’impression de ne pas être tout seul dans ta tête ? Effectivement. Je suis deux. Mais tout cela n’est pas très nouveau, j’emploie ici fréquemment le pronom « nous » pour parler de moi à la première personne du singulier. Et en cette nuit du mardi 26 au mercredi 27 décembre 2006, j’ai à nouveau été deux. Il est presque deux heures du matin lorsque Numéro Deux me réveille. Machinalement je branche le poste de télévision, et ce que j’ai vu… Je suis en Belgique. J’en conclus qu’ici les chaînes sont complètement différentes de ce que l’on produit chez nous. Je vois de la vraie télévision qui ose, intelligente, belle, libre, complètement poétique et presque subversive. J’avais oublié. Ou je n’avais pas connu. Et puis le présentateur nous apprend que nous sommes sur France 2 ! Surprise. Incompréhension. Cela ne peut pas se passer sur le service public ! C’est impossible !!! Comment cette chaîne a-t-elle pu permettre une œuvre aussi iconoclaste ? L’émission s’intitule « Visu ». Il s’agit d’un faux débat où un présentateur accueille un réalisateur et un opticien pour parler de ce qui est vu et de ce qui permet d’être vu au cinéma. Le réalisateur s’appelle Benoit Forgeard. Inconnu de la pomme d’Adam. C’est son vrai nom. Il joue son propre rôle, ou presque. Ses courts métrages viennent illustrer le débat.

Y a-t-il parmi vous des personnes qui ont vu ce que j’ai vu ? Ai-je été victime de mon ennemi belge ou tout cela est-il vrai pour de vrai ? Dites-moi que tout cela a bien eu lieu et qu’une brèche vient d’être ouverte. Non pas celle qui va permettre à la télévision de changer de visage mais une brèche qui nous permet de croire qu’il y a encore de la place pour qu’un grain de sable vienne gripper le système.

« Visu » dépasse l’entendement.

Le plateau est composé de panneaux représentant des yeux et qui semblent tomber des cintres, le tout dans un décor évoquant les grands débats des années 80, avec ces comédiens qui jouent de prime abord l’intellectualisme. Ce qui est absolument bluffant c’est ce second degré permanent, hilarant et très poétique. Ce plateau est d’un lyrisme comique à nul autre pareil. Pour rajouter à cet élan de recherche de légitimité télévisuelle, une harpiste est placée en arrière du plateau. Constamment dans le champ mais n’ayant aucun autre intérêt jusqu’à la danse des fromages. Belle idée puisque jusqu’au boutiste. Décalée, poétique et politique aussi. Encore plus fort : cette danse des fromages, donc. Poème lyrique. Expérience visuelle tonitruante. Folie qui n’a d’ordinaire pas sa place sur un écran. Tout est merveilleusement écrit, développant toute une thématique liée à l’optique, au regard. L’émission est d’ailleurs ironiquement sponsorisée par le magazine « Rétine » ! La mise en scène est proprement prodigieuse avec ses effets d’un télévisuel guindé, parfois complètement largué par la technique ou l’imprévu. Les comédiens, eux, ne sont pas totalement convaincants (notamment l’opticien) car ils sombrent très facilement dans le sourire en coin. Le second degré est un peu trop visible rendant parfois le débat plus potache qu’il ne se veut. Le débat aurait gagné à être complètement premier degré avec une sincérité de tous les instants. Benoit Forgeard est beaucoup plus juste. D’ailleurs dans ses courts métrages certains acteurs sont tout autant peu justes. C’est particulièrement frappant dans STEVE ANDRE, reportage de 40 minutes dans un conseil municipal. C’est le court qui est le moins intéressant. Malgré des dialogues encore une fois très drôles, le film tombe dans un systématisme qui flingue le rythme. Il manque quelques cassures cinématographiques. Cela arrivera un peu tard avec le comique Mouquette. La mise en espace deviendra dès lors plus aérée.

Ce qui m’a le plus convaincu c’est LA COURSE NUE. Histoire nourrie par un comique en constante évolution qui charrie des idées folles, improbables, parfois absurdes voire grotesques. C’est alerte (le rythme est pourtant assez lent, ce qui n’empêche pourtant pas le spectateur de soutenir son attention grâce à la singularité du film, propos plus mise en scène), fin, complètement pragmatique au final, mais d’une beauté à couper le souffle. Et cela vient en grande partie de la réalisation qui ose, toujours dans le second degré, avec une confondante ingénuité. En témoigne, ce plan fixe sublimement composé mais gâché par les allers incessants d’un acteur qui obstrue le champ les trois quarts de la scène. Le film est hilarant de bout en bout. Là encore, les comédiens ne sont pas tous vraiment à la hauteur, mais c’est un peu plus secondaire.

Nous citerons aussi LAIKAPARK, épisodes 0 et 2 d’une série qui en compte 52, fantaisie ouvrière qui se déroule dans un parc d’attractions consacré aux animaux morts dans la conquête spatiale ! Benoit Forgeard joue tous les rôles. Il fait d’ailleurs quasiment tout sur le film. Nouveau lyrisme formel. Même rythme neurasthénique complètement régalicieux.

Comment se fait-il que personne n’a entendu parler de ce programme passant, il est vrai, tard dans la nuit ? C’est le genre d’expérience que tous les médias devraient relayer s’ils faisaient un temps soit peu leur métier.

Une vraie émission culturelle comment personne n’en fait plus, avec du texte, de la mise en scène, un vrai propos sujet à discussions (notamment pour STEVE ANDRE), un divertissement effréné et une magie poétique qui suspend le temps. Car l’émission dure tout de même plus d’une heure et demie. Quand le présentateur annonce la vision de LAIKAPARK épisode 0 et qu’il mentionne une durée de 12 minutes, la folie d’une telle entreprise nous fait éclater de rire. Nous sentons la blague, évidemment. Nous pensons que peut-être le film va être tronqué pour revenir au débat, mais non. Et c’est là toute la force du gag. Ils en remettent une couche car STEVE ANDRE est annoncé pour une durée de 40 minutes ! Et ils vont jusqu’au bout ! C’est du Andy Kaufman sur toute la ligne, parfois aussi très desprogien (version « Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède ») sur le plateau télé.

Beau, intense et cruel.

Mais là réside aussi toute la limite de « Visu ». Elle s’adresse dans ses moindres détails à un public qui possède déjà une culture, notamment des mouvements télévisuels et cinématographiques. De là peut naître la dérision. Mais quiconque ne possède pas ce langage se retrouve désarmé face à des décalages qui peuvent passer pour un sérieux pompeux, voire carrément chiant. Car il existe un immense public sous l’influence des formes télévisuelles actuelles qui, par exemple, refusent tout espace, tout vide, toute suspension d’écran. La télévision d’aujourd’hui a horreur du silence. Et « Visu », c’est tout le contraire ! « Visu » c’est la télé du silence. La lenteur qui crée l’ambiance, les silences d’incompréhension au moment du débat, le systématisme etc. tout cela peut concourir à la perplexité du spectateur qui perd ses repères et rejette en bloc ce qu’il voit. Or, « La lumière vient du fond » est depuis longtemps un espace qui affirme que l’œil du spectateur peut s’éduquer. Et c’est pour cela qu’il faut promouvoir une telle émission, car outre toutes ses qualités elle bénéficie d’un réel intérêt pédagogique. Ce sont les prémisses de quelque chose que touche ici Benoit Forgeard. Les prémices de son art, cela est certain. Car si l’on regarde avec attention ses films, nous pouvons nous apercevoir des qualités autant sur le fond que sur la forme, mais qui manquent cruellement d’enrobage pour rendre son cinéma plus personnel. La référence c’est le personnage de Christian Bale dans THE PRESTIGE. L’homme qui ne sait pas se vendre. Comme un diamant non taillé. Benoit Forgeard me fait penser à Robert Pirès lors de la Coupe du Monde de football de 1998, quand Aimé Jacquet lui disait de muscler son jeu. Benoit Forgeard c’est le talent qui est palpable, mais qui manque de muscle, de corps. Chose d’autant plus frappante lors que l’on sort d’une exposition consacrée à Stanley Kubrick. En visionnant les films de Benoit Forgeard, nous nous disons que tout cela est plus qu’intéressant mais qu’il manque ostensiblement la classe.

            Je reviens sur Paris. Je sors du TGV, je pose de nouveau le pied sur le sol français, j’ouvre mon blouson. J’ai chaud.

A la rentrée, Laurent Romejko est passé directeur du service météo sur France 2. Belle carrière !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Lundi 25 décembre 2006

ARCADE FIRE            Tout est blanc. Tout est froid. Sauf la fille. Cool. C’est la période où l’on se blottit l’un contre l’autre et où l’on enferme nos regards quatre à quatre vers de magiques instants dévédés. Ca sonne à l’oreille comme à la porte le nom d’un grand-oncle. Confrérie. Convivial. Le temps qui s’égrène au rythme d’Arcade Fire. Suspendu comme les jardins de Babylone. My dear, mon grand, mon tout, my precious. Non ! Tout sauf ça ! Eviter les clichés. D’accord. Donc, ne pas s’abonner à WHEN A STRANGER CALLS de Simon West où la règle est respectée. Nous quittons les grands espaces vides de démesure et de démence organique pour se perdre dans des contrées où s’affiche l’hérésie maximale de la faim. Hiroshima dans mon estomac. Les mêmes grandes lignes tracées à même le sol deviennent des rails. Je caresse. Mais le carcan comportemental emporte le réalisateur. L’enfant reproduit le geste du parent. No more creation. La peur ne réside que très peu dans la surprise. Préparer l’effet si l’on craint le pétard mouillé. Simon West et ses aberrations. Vous souvenez-vous de son irruption brutale au sein du Consortium des Laxatifs du Cinéma grâce à l’abrutissant LARA CROFT : TOMB RAIDER ? J’adore adorer et tu pars si loin de moi… Rien de rien. Je ne ressors rien de WHEN A STRANGER CALLS. Une jeune fille traquée au téléphone pendant plus d’une heure. Ce film est un pénis que l’on allonge. Etirement jusqu’à ce que l’élastique lâche. Il est toujours difficile de combler les vides avec de mornes plaines. Place aux effets. « Je sais pas quoi faire. Qu’est-ce que je peux faire ? » disait Simon West dans un film de Godard. Celui-ci lui répondait : « Si tu veux faire de l’effet gratuit dans un film d’épouvante, filme un chat qui surgit à n’importe quel moment et qui miaule comme une bachelière à l’oral. » De l’agresseur jusqu’au synopsis, tout est téléphoné. Jeu de mots qui se vautre avec délectation dans cette mare excitante de saleté. Plonger en apnée dans le répugnant et se délecter du plaisir pervers qui inonde chaque centimètre érogène. Toujours plus loin. L’affreux son de l’être aimé qui tombe à terre et ne se relèvera plus. Le canon fume. Déjà les sirènes hurlent. Je mets un disque pour happer le bruit.

Baby will never do a bad bad thing…

EYES WIDE SHUTIl se calme en sirupant des glaces ensoleillées. La grande famille du déjà vu s’agrandit et avant de parler de Tony Scott, l’abordage Claude Chabrol en ligne droite balise le terrain. Je me soutiens pour ne pas crier mon exaspération bicéphale envers les montagnes qu’il érige en monstres convénients et je m’arrête. Demi-tour. Tête à queue, comme dirait la jeune mariée. Je ne sais pas ce que je sais mais je sais que je ne sais pas ce que je sais. Cela ne m’empêche pas d’inventer des mots. L’inconnu favorise l’imagination. Et Claude Chabrol ne m’est pas inconnu. +1. L’IVRESSE DU POUVOIR. Rien ne me tente. J’ai beau m’accrocher et continuer à caresser, rien ne me tente. Je veux de la lumière, je veux des comédiens qui sachent parler, je veux du gros son massif, je veux être surpris et je veux de la mise en scène !!! Petit. Chabrol toujours songer petit. La Nouvelle Vague encore et maintenant. Moi, je. Mon expérience. Un semblant de maîtrise de l’inacceptable. On ne peut se résoudre au « déjà ça » du « déjà vu ». Chabrol miroir de quoi ? Représentatif de quoi ? Mon cul et tarte aux fraises ! Patrick Bruel au cinéma c’est Geneviève de Fontenay qui saute à l’élastique. Que ce chanteur cesse d’arborer fièrement sa médiocrité autant vocale que visuelle ! Des générations sacrifiées. Cet homme n’a rien à faire dans une distribution. Le spectateur se lève de son fauteuil et montre du doigt son manque de technique. Un phrasé mou comme la teub d’un opéré de la prostate. Ses débuts de phrase manquent de tonicité et ses fins sombrent par paresse ou par incompétence. On est homme avant d’être comédien. Même Isabelle Huppert se contente parfois de jouer les comédiennes de brasserie. Passages inertes. Direction d’acteurs lyophilisée. Ce n’est pas gai d’assister à la déchéance d’un couple qui sombre dans la routine. Mon vague à l’âme reprend, bercé par d’inconditionnels fils du temps qui dirigent mes pas. « Revois Chabrol ! Il y a bien 2 ou 3 trucs à sauver, quand même ! » Mes yeux me font mal comme de l’alu sur mes plombages. Je veux faire une pause et écouter une chanson qui porte un joli titre. « Rue des cascades » de Yann Tiersen. Ce n’est plus moi qui écris. Je viens de m’en apercevoir depuis que je me suis relu. Je ne le dirai pas au lecteur. Il faudra que je pense à supprimer les phrases précédentes pour qu’il ne s’aperçoive de rien. Le souci de ne pas trop en dire. Je retrouve mon marque-ma-page. Poursuite dans les rues de mon appartement. L’ivresse joviale de la blondeur. Les cheveux qui t’effleurent sont les langues qui te dévoreront demain. En ce moment, c’est Chabrol qui est aux petits oignons. Le cuistot va faire la gueule. C’est certain. Tant pis, je dirai que j’ai déjà déjeuné. Après tout, c’est la vérité. Que ses fade in & out faits en post-production sont laids ! Ils sont trop courts pour insuffler le moindre rythme et ça c’est une erreur mystificatrice. Est-il vraiment obligé d’afficher l’impasse de son art ? Encore un puits de science !

            J’attendrai seul dans la nuit s’il le faut. Et proche des vapeurs exhalées. Des yeux dans le noir. Je rêve de massacres et de morts dans la souffrance. Parfois c’est moi. La rose à côté du cœur. Juste pour le contact. Toucher ta peau en fusion éternelle. Je te donne mon sourire. Je sais que tu iras le vendre au Pandémonium. C’est mon tumulte intérieur qui s’arroge certaines heures de ma vie. Et j’attends. Des fois j’entends ta voix, au loin. Je l’ai entendue dans THE HOLIDAY de Nancy Meyers. Quoiqu’un peu trop faible. Je tenterai les synthétiseurs la prochaine fois. Trompé que j’ai été par cette glorieuse affiche qui promettait un petit film d’auteur touchant et qui n’est autre qu’une grosse comédie à peine alerte. Alerte, oui, à ceux qui seraient tentés par le confortable du soyeux. Fuyez ! L’arnaque, vous, l’argent, bassesse, hypocrisie, talent publicitaire, les pleurs, une de perdue, offrir des fleurs. Imposture du film sans intérêt. THE HOLIDAY est un film chorale. Moi, j’appelle ça un film tapisserie. Partons du principe qu’une chorale est inconstante car il peut lui arriver malencontreusement de chanter juste, la tapisserie, elle, se décline à l’infini sans changer quoi que ce soit aux questionnements qui restent les mêmes dans ces films où chaque histoire n’est jamais assez développée pour en faire une histoire à part entière. Et puis dans la chorale, les participants essaient de converger vers le même point. L’objectif radial. Avec la tapisserie, ce n’est plus le but l’important, c’est la déclinaison. La quantité à la qualité. J’ai vu la perte et la chute. J’ai rTHE HOLIDAYelayé. J’ai été pris à partie. J’ai été pris à part. J’ai pris ma part. Alors le cinéma c’est encore comme quand j’étais pas né et que tout le monde s’offusquait de tout ? Alors dans les musées on autorise la vision de jeunes femmes dénudées alors que Cameron Diaz garde son soutien-gorge profonde quand elle fait l’amour avec Jude Law ? Mais quels temps anciens sont ceux qui nous hérissent le poil ? Nous aurions évidement adoré qu'elle sorte les pommes du frigo, mais au-delà de ça il s'agit d'une ingérence évidente face à une telle situation. Contrarié, Jude Law a sûrement dû garder son caleçon. Cela en dit long sur la fantaisie au pieu avec Nancy Meyers ! Faute de mise en scène. Enorme. Impardonnable. Inqualifiable. Je vous crache à la gueule et je piétine votre film. TIREZ SUR LE PIANISTE ! Comédie légère même pas lol. Deux histoires qui se croisent (pas de fil, pas d’aiguille) mais qui ne se nourrissent jamais l’une de l’autre. Un quelconque petit tâcheron hollywoodien aurait aussi mal fait d’en faire deux films distincts à peine plus étoffés. Les comédiens n’y vont pas avec le dos de la main morte et fragilisent tout le procédé qui égrène sans jamais récolter. Mon histoire est plus belle que la vôtre, madame Meyers. Pauvres radiofréquences exhumées par hasard.

Et je préfère chanter sous une fine pluie d’été.

            Se mêler de faire du cinéma pour quoi faire ? Qui croit encore que l’on peut apporter quelque chose au cinéma ? Qui peut se prévaloir de faire des films qui changent quelque chose à quoi que ce soit ? Et si le cinéma n’était qu’un dinosaure qui n’entravera pas le fleuve au long cours quand il disparaîtra ? La preuve : il a déjà disparu. Comme un animal. Pas con. Extended version. Hymne loin de ses bases, série en cours d’œuvres dégradantes : ANIMAL de Roselyne Bosch, AN UNFINISHED LIFE de Lasse Hallström, HELLBENT de Paul Etheredge-Ouzts et ILS de David Moreau et Xavier Palud.

Quelques hallucinations collectives devant le premier et sa lumière un peu surexposée. Assez agréable malgré moi. Le film lance des fourches sur lesquelles je m’embarque. C’est extrêmement bien fait pour les vagabonds de l’âme, ceux qui rêvent du meilleur, qui s’émerveillent en pensant à ce qui aurait pu sublimer l’immonde sarcophage (dialogues trisomiques, situations raffariniennes, montage à la truelle, comédiens vacataires etc.) Incapacité à s’entendre hors des sentiers balisés. Peu s’élèvent.

Les choses rares sont des démons insouciants.

Le suédois, lui, ne fait plus grand-chose depuis WHAT’S EATING GILBERT GRAPE. Les travailleurs étymologiques aiment le nom de réalisateur. Ils affleurent près des côtes populaires, au son d’une barcarolle stridente et rébarbative. Jetez vos tympans dans la mère de toutes les mers ! Vous ne serez jamais le premier de la classe. Et pour cause ! Les élèves dissipés sont les plus récréactifs. Il y aura toujours ce que vous ne pourrez contrôler. Question de mode. Profitez-en avec le vieux Redford et la bien improbable scène qui ne consiste qu’à redorer son effigie de vieux beau toujours attractif. L’intérêt de la scène dans le film ? Scénario à haut pouvoir médiatique, donc, avec en prime l’immonde Jennifer Lopez. Imbuvable comédienne. Manque de charisme aux jointures. Il y a le cinéma et il y a les à-côtés. Et chacun est heureux. Mais la révolution gronde…

Film porno des années 70 où l’on joue de face, plaqué et avec un montage qui ne tient compte ni du son ni des axes, HELLBENT c’est de la pisse de dromadaire qui a le cancer du gland.

Enfin, le film français est peut-être le moins pire des trois, puisqu’il y en à quatre, c’est dire le niveau de la division d’honneur sans honneur ! ILS pour nous faire peur. Filmé au vibromasseur dans les scènes d’action, j’ai enbie de bobir ! Laideur, fuite du cadre et sans propos. Pourquoi ? Pourquoi l’épouvante ? Pourquoi le manque de moyens se voit-il si bruyamment ? Encore de l’effet, votre Majesté. Mais vous ne pouvez pas vous tuer en retenant votre souffle, c’est impossible ! M.P.E.R. Vous êtes des sujets, des cobayes. Ils vous envoient des décharges pour mesurer votre taux d’acceptation. Et ça peut aller très loin. Ils s’en prennent à vous comme les gamins du film s’en prennent aux deux comédiens principaux. Dans les deux cas, ils ne savent pas ce qu’ils font. La porte se referme sur ces jeux de l’enfance. En avant !

            Je ne dois rien à ceux qui ont enflammé les restes de ma vie qui subsistent en soubresauts démentiels. La route est longue et j’attends contre le mur. Il s’effrite. Personne ne me l’a dit. C'est toujours au pied du mur qu'on voit le mieux le mur. Imagine… Moi avec toi. Entourant le monde. Et je n’aurais rien à dire. Life is so easy. Je pense au GRADUATE. L’une des plus grandes surprises en matière de mise en scène qu’il m’ait été donné de ressentir. Mise en scène frontale, figurative et impressionniste. Le film ne bouge pas à chaque vision. Il attend, lui aussi. Notion de clôture. Du GRADUATE à RUMOR HAS IT… je me fais aspirer et me retrouve dans l’œil du cyclone. Je dois énormément d’émotions à Rob Reiner (STAND BY ME, MISERY et WHEN HARRY MET SALLY évidemment bien sûr) mais je reste le client affable que j’ai toujours voulu être. Même Kubrick. Même Kubrick. Soulignez. Et notez bien que Rob Reiner fait une entréTHE GRADUATEe remarquée parmi les cinéastes du C.L.C. Nous le sentions venir avec son cabriolet ostentatoire. Je réside dans toutes les remarques et tous les détails cinématographiques. Rien ne peut m’échapper. Je suis une maladie intempestive et je contamine tous ceux qui font du cinéma, à défaut de faire de l’art.

Et j’en rajoute 3 grammes 50 pour la bonne bouche. Savez-vous comment l’on peut s’apercevoir que Jennifer Aniston fait sa mauvaise actrice (THE GOOD GIRL n’étant qu’une parenthèse qui répond à la démarche scientifique tendant à prouver qu’il n’y a pas de mauvais comédiens mais uniquement de mauvais directeurs d’acteurs) ? D’une part elle fait son show (chose qu’elle a largement eu le temps de bonifier au fur et à mesure de la série boulevardière « Friends ») en jouant tout avec un temps de retard, et d’autre part elle ne bouge jamais sa lèvre supérieure. Ce qui explique aussi la rupture avec Brad Pitt.

            Je rechigne à la tâche. Pourquoi ai-je FRANKIE entre les mains ? Faut-il comprendre : «  au lieu de l’avoir entre les jambes » ? Non, il faut comprendre que ce film paraît terne et creux comme ce que je pouvais attendre du plus que mauvais BACKSTAGE. Il faut parfois s’établir en athlète et s’affranchir du sélectif. C’est une guerre civile qui se joue en mon for intérieur. La rage. Jusqu’à ce que je m’y risque.

Les premières images. Pire que tout. Filmé en DV. Et je ne le savais pas ! Le piège se referme sur moi. Je sens poindre mon courroux. De convulsions volcaniques en outrageantes dérélictions atrabilaires. Si j’étais sculpteur, je modèlerais, je donnerais corps, et ce qui sortirait de moi serait comme une deuxième personne. Pas un nouveau-né. Mais une nouvelle naissance.

Voilà bien ce que le cinéma fait de plus laid à l’heure actuelle : de l’image vidéo.

Et certains osent en faire des films ! Colère rentrée parce que Diane Kruger est magnifique. Aryika ! La solitude des mots face à ce qu’ils ne peuvent exprimer. Juste le cœur qui bat plus vite. Merde, je vais manquer de subjectivité ! Tant mieux je pourrais tout vous confier. Et, tout à coup, la bascule dans le grand vide. Cendrillon passe de l’autre côté du miroir. Quoi, c’est Alice ? Ne soyez pas si comme ça, bordel ! Un peu d’iconoclasme ! Diane Kruger c’est Cendrillon, un point-virgule c’est tout ! Eh bien, vous me croirez par ce que je vous le dis, mais c’est sûrement le film qui m’a le plus touché cette semaine (avec ISOLATION, nous allons y revenir, je le laisse pour la bonne grosse bouche de fin). Rien de transcendentalement mirifique dans cet univers. Un son ignoble de chez monsieur et madame Ignoble, pas de cadre, du gros plan vendu comme du gros sel, un rythme décousu de fil blanc cassé et des comédiens qui jouent comme chez Lars Von Trier. Du montage, cependant. Des effets assez plaisants. Comme la pluie d’été. C’est chaud, moite, humide, réconfortant, étrange et grandement paradoxal. Alors quoi ? Il en faut peu, c’est ça ? Hmmm… Il faut parfois simplement qu’un film tombe au bon moment, qu’il fasse écho comme un cri de rage se propage le long d’un canyon asséché et qu’une fine pluie d’été vient convertir en sentiments nobles à la grandeur inimaginable. La détresse de Frankie. Des envolées lyriques. Des cordes sensibles qui vibrent en chœur comme les cœurs des amants font vibrer des cordes sensibles. Ca fait du bien parce que sans raison. On ne sait jamais vraiment pourquoi un film nous touche. Merci Fabienne Berthaud. FRANKIE est d’une beauté que j’aurais rejetée pour tout autre film. DIANE KRUGERMais la période, la call-girl, les cordes vocales fatiguées, la chanson qui file encore et encore, les libellules qui se transforment en échappatoires…

            DEJA VU de Tony Scott. Moi, je l’ai déjà dit à l’occasion de la sortie de DOMINO, j’aime de plus en plus le style de Tony Scott. Pas ses films. Idem, DEJA VU c’est compris dans le titre. Beaucoup d’esbroufe et impossible d’adhérer à cette histoire impossible à adhérer. Tiens, déjà écrit, non ? Le labyrinthe de mon cerveau m’explique que toute cette simplicité fait passer les chercheurs du C.N.R.S. de mon quartier pour des fonctionnaires de La Poste. « Déjà vu » me dis-je, après THE PRESTIGE de Christopher Nolan. Même cause, même effet spécial. Deux films qui se comportent plutôt bien jusqu’à l’énoncé abracadabrantesque et la poursuite des choses change d’angle et casse la magie du rêve éveillé. Explosion démentielle. J’entends un bruit sourd qui indique la persistance du PRESTIGE. D’abord parce qu’avoir Christian Bale dans son film c’est un atout majeur. Rayonnement et fonte des glaces. Et puis la mise en scène s’accorde la fluidité de l’énergie frénétique. Rythme en cadeau jumelé chez Scott mais qui ne trouve pas son cheval d’arçon dans le montage. Ce qu’à compris Nolan par le biais de Lee Smith. Il pactise avec un soulagement qui ressemble étrangement à une délivrance (producteur visé) de l’épilepsie antiproductive de BATMAN BEGINS. A côté de ça, Tony Scott, pourquoi tu parles dans le vide ? Put your hands up.

            Les grands remous involontaires ne s’arrêtent jamais et, malgré le déjà vu, vos meilleurs amis sont encore capables de vous surprendre. Comment vous sentez-vous ? A votre place, je m’éloignerais de la porte d’entrée. Il y a toujours quelqu’un qui attend derrière. Du sang goutte de la machette qu’il tient à la main. Peut-être qu’il l’a ramassée. Peut-être pas. Ce qui est sûr c’est qu’ISOLATION de Billy O’Brien démontre que l’on peut faire un film fauché sans qu’il n’en ait l’air de rien à faire. Rappel : ILS.

Belle surprise. Un film à regarder la nuit et dans le noir, comme tous les films d’horreur, je vous le rappelle pour ceux qui n’étaient pas là à la dernière session et qui ont à cœur d’éduquer leurs yeux. ISOLATION c’est de la peur sans les effets du genre chat mongolien qui bondit devant vous toutes les cinq minutes, ou le cousin d’Amérique qui débarque à l’improviste et pose sa main sur l’épaule du personnage principal pour lui faire un peu peur mais pas trop par ce que c’est surtout le spectateur qu’on veut prendre pour un con. Non, ici que du vrai. Des situations qui prennent le temps se s’installer. On vit sa vie d’irlandais avec un air triste de savoir qu’on ne sortira jamais de l’enfer de ce pays, mais on prend surtout le temps de vivre ces silences qui font la véracité de cette histoire de génétique. Billy O’Brien soigne l’ambiance car il a compris que c’est elle qui va conditionner l’effet futur. Je suis en Irlande. Un peu, mais pas vraiment. Signe que ça marche. Vous l’entendez le crachin qui pourrait vous faire croire à une pluie d’été si tout n’était pas si gris ? Si tout n’était pas si gris, je me croirais chez Jean-Pierre Jeunet et je ne marcherais plus. De la justesse, ce n’est pas beaucoup demander pourtant. ISOLATION s’en contente, fait le minimum syndical et est grassement payé puisqu’il se hisse parmi les meilleurs films de cette année, ce qui est un comble pour un film pas si extraordinaire. Mais j’aime le travail honnête et ISOLATION vous surprend à l’angoisse et à la résolution pressante. Un grand conventionnel à la fin l’isole de l’iconoclasme, mais un montage sec et avec de magnifiques changements de cap nous ont fait saliver comme au dernier degré d’un combat de pride. Un peu de sensationnel et beaucoup de gore dévissent nos têtes et font de nous des combattants inaccessibles. Je bois la beauté. Je meurs de plaisir. Je fuis quand je suis sûr de perdre.

A l’apogée de ce qui nous comble au lieu de nous divertir.

            On remet le couvert dans les salles ? Mercredi prochain sort THE FOUNTAIN de Darren Aronofsky, le film que j’aurais attendu toute cette année. J’en ai déjà la culotte qui palpite ! A suivre…

            Terminons par une note exclusive qui ne s’adresse qu’aux enfants qui lisent ce blog, et je sais qu’ils sont nombreux. Chers enfants, vous qui passez vos heures ici et qui êtes la bonne conscience de cet espace, il est temps que vous sachiez la vérité : le Père Noël n’existe pas ! Ce n’est qu’un énorme mensonge que les personnes qui vous servent de parents ont décidé de vous faire pour vous déchirer le cœur quelques années plus tard. Ces gens-là sont sans vertu. Bientôt ils vont vous faire croire à l’existence de Dieu, à la politesse, aux bienfaits du travail, à la fraternité et aux sachets à ouverture facile. Mensonges ! Ce Père Noël n’est qu’une légende construite comme un complot d’envergure mondiale, et tout cela dans le seul but de vous faire croire à la générosité de vos parents une fois qu’ils vous annonceront la vérité. Ne gâchez pas votre enfance. Buvez, faites du sexe et dites des horreurs !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Mardi 19 décembre 2006

MONSIEUR PROPRE            Je n’ai pas grand-chose d’autre à dire là-dessus, mais cela me plaisait bien de débuter ce texte de cette manière. Il est vrai que l’on ne pense jamais assez à ce que doit être la vie de couple de cet homme super brillant qui passe sa vie à rendre tout si propre que l’on peut se voir dedans. Sans compter Monsieur Meuble et autre Monsieur Bricolage, tous plus assujettis les uns que les autres aux velléités ménagères de leur chère moitié. En attendant, il y a La Pie Qui Chante et La Vache Qui Rit…

Et là, il va falloir trouver une transition habile avec un quelconque sujet culturel de préférence peu intéressant comme ça je pourrai en faire 3 ou 4 pages virgule 5. Alors bien sûr, cela aurait été plus facile si j’avais fait une petite introduction démago en vous apprenant que le dauphin dort avec un œil ouvert. Sujet véridique qui paraît aisément vérifiable mais qui appelle inévitablement un autre raisonnement : comment peut-on être sûr que le dauphin est bien endormi et qu’il n’est pas plutôt en train de vivre avec un œil fermé ? Ce qui ne serait pas très surprenant vu que le dauphin est l’animal le plus intelligent, paraît-il, après l’homme. Et là je m’interroge sur la personne qui a réalisé cette mesure d’intelligence, car il (ou elle) a forcément dû établir une comparaison en fonction d’une moyenne humaine. Cela peut faire peur si l’on songe que la moyenne d’intelligence pourrait être calculée auprès d’un échantillon représentatif d’habitants de la Creuse à pilosité drue, ou pire, par les inventeurs du jersey. De toute façon, le dauphin n’est qu’un con. Et puis d’abord quel dauphin ?

Oui, si j’avais commencé cet article de cette façon, vous comprenez bien qu’il m’aurait été bien plus facile d’enchaîner sur DIKKENEK, LE CAIMAN ou RED DOAD, dont je compte absolument vous parler. Mais là, force est de constater que je suis bien emmerdé avec ce Monsieur Propre qui doit me permettre d’enchaîner d’illustre manière.

Je cherche alors dans les expériences de même sorte menées par le même agité du chaudron.

Je m’aperçois qu’il affirme aussi qu’un crocodile ne peut pas sortir sa langue. Ineptie invérifiable. Qu’est-ce qui nous prouve que le crocodile ne sortirai pas sa langue qu’à des moments très précis de sa vie ? Cela signifierait que cet homme a passé toute sa vie à surveiller un crocodile. Impossible. Quand aurait-il dormi ? Et l’évier bouché qui s’en est occupé ? De toute façon il a bien fallu qu’il s’occupe du dauphin ! En plus, le crocodile aurait très bien pu sortir sa langue juste au moment où il ne regardait pas, ce qui infirmerait, par la même occasion, la théorie sur le dauphin sur l’intelligence du dauphin puisqu’il serait détrôné par le crocodile. D’autre part, et je sens que vous vous posez la question depuis que je vous ai révélé ce fait, comment le crocodile se débrouillerait-il donc pour faire un cunnilingus à dame Crocodile ? Non, tout cela est vraiment trop tiré par les cheveux. Position que la jeune mariée aime particulièrement, et figure de style que l’on retrouve tout au long de DIKKENEK (la voilà ma transition !). Film réalisé par Olivier Van Hoofstadt qui sent le compromis à plein nez. Il suffit déjà de jeter un coup d’œil rapide au générique pour s’apercevoir que ce film aurait dû être intégralement français, mais il a préféré combiner quelques acteurs (et non pas quelques tracteurs, ce qui ne voudrait rien dire) et techniciens d’origine belge afin de pouvoir bénéficier de certaines aides financières permettant de faciliter sa production. Sachant que Luc Besson en est le producteur exécutif, la combine DIKKENEKnous enlève déjà les quelques illusions que nous avons pu avoir à son abord. Et c’est à peu près la chose calibrée à laquelle nous nous attendions. Humour pas vraiment fin, mais chichement assumé. C’est déjà ça. Par contre, niveau direction d’acteurs c’est mon cul et tarte aux fraises pendant presque une heure et demie. C’est l’occasion de vérifier les vrais bons comédiens, ceux qui savent travailler sans metteur en scène (ou qui ont un bon coach, si Laetitia Casta nous lit, ou plutôt si elle arrive à nous lire). Contre toute attente, Jérémie Rénier est un bon comédien. Disons que nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit aussi bien. Il faut dire qu’il a un rôle en or, une sorte de blaireau, grande gueule, vraie victime, et il joue ça avec une immense aptitude à composer les Jacky qui veulent péter plus haut que leur cul et qui n’ont pas les neurones en face des trous. C’est comme si il se plaisait à enfoncer son personnage, avec une belle dimension humaine (malgré tous ses défauts) plus il s’enfonce dans sa petitesse.

Par contre, Florence Foresti représente tout ce que j’abhorre chez les comiques actuels. Son truc à elle c’est d’être dans la caricature. Soit. Il y a un public, quota Coterep oblige. Mais pour son premier grand rôle au cinéma, elle apprend douloureusement que la technique aide moins que sur scène (et non pas dans la Seine, ce qui ne voudrait pas forcément rien dire, mais qui ne serait absolument pas ce que je voulais dire). Car il est vrai que techniquement cette femme est irréprochable. Le problème est qu’elle a uniquement bâti sa carrière sur ce procédé. Comme il y a deux sortes de mélos : ceux qui font pleurer et ceux qui cherchent à faire pleurer (Lars Von Trier se reconnaîtra), il y a deux sortes de comiques : ceux qui font rire et ceux qui cherchent le rire. Evidemment, cela n’est pas bien joli-joli. Florence Foresti ne déroge pas à la règle avec son registre « attention, c’est là qu’il faut rire » et son manque flagrant de sincérité. Elle est constamment dans un second degré qui dessert son personnage, pour que nous n’y voyions finalement qu’une personne qui fait son show. Elle s’est crûe dans une vitrine. - Pour 1500 euros je vais prendre la comique qu’à l’air drôle. - Attention, monsieur. Il s’agit de Florence Foresti. - Oh, pardon ! Dans ce cas, je vais plutôt prendre le flûtiau dont je ne me servirai pas mais qui me sera tout de même plus utile. Qui veut bien dire à Florence Foresti que le cinéma d’Olivier Van Hoofstadt n’est pas une agence de petites annonces ?

Nous sommes juste un peu déçus pour Dominique Pinon qui peut être formidable, et Marion Cotillard qui peut être radieuse, mais ils ne sont pas dirigés.

En lui-même, le film est une gros délire de potaches avec quelques ressorts très comiques, mais qui a oublié d’engager un monteur pour assembler tous ces plans mal cadrés. Tout cela ressemble à une blague, mais en pas drôle.

« Faudrait pas que j’me laisse aller », comme disait l’autre.

            Parlons un peu de ce film de Nanni Moretti : IL CAIMANO. Super Nanni, comme le surnomment ces critiques qui ne comprennent rien à son cinéma. S’ils se rendaient compte que la notoriété n’est pas un critère de qualité artistique, ils comprendraient que Nanni Moretti n’a jamais fait de cinéma. Nanni Moretti est un coursier. C’est quelqu’un qui délivre des messages (il nous l’a ouvertement dit dans CARO DIARIO lorsqu’il se représentait sur son scooter). Exemples : dans LA STANZA DEL FIGLIO la mort c’est triste, dans CARO DIARIO je vais vous parler de ma vie parce que je connais plein de trucs intéressants que vous mourrez d’envie de connaître, dans IL CAIMANO le Berlusconisme c’est pas bien etc. L’injustice, c’est vraiment trop injuste !

NANNI MORETTIDonc, le Berlusconisme c’est pas bien. Heureusement que Super Nanni est arrivé à temps, on aurait pu subir 30 années de Berlusconisme. Le Morettisme non plus, c’est pas bien. D’abord parce que ça filme son petit nombril. La portée des idées semble plus importante que tout le processus de création filmique. Dans ces cas-là, moi je recommande surtout d’écrire de petits livres rouges plutôt que de venir encombrer les salles où de vrais artistes n’arrivent pas à montrer leurs projets. Ca filme un vague synopsis sans sortir de ce qui est dit dans le script, ça cadre au petit bonheur la chance, ça considère la lumière comme un animal préhistorique, ça monte sans envergure et toute la suite est dans le même ordre d’idée. Parlons maintenant un peu de mise en scène. Que veux montrer Super Nanni ? Il convient très précisément de dire qu’il ne veut rien montrer mais qu’il veut faire croire. Il veut nous faire croire qu’il a quelque chose à dire, une idée très précise pour en finir du Berlusconisme, alors il essaie de faire du Rossellini. Et tout à coup, c’est le drame. Parce qu’il n’a rien à dire. Le film ne raconte rien. Il ne nous apprend rien sur Berlusconi. Ce n’est qu’un immonde tract de propagande qui présente Silvio Berlusconi comme un être abominable. Là où Super Nanni s’avère un abject manipulateur, c’est lorsqu’il décide d’utiliser la démagogie pour rallier un public à sa cause. Tiens, il fait du montage, ici ! Succinct, mais il s’agit tout de même de montage. Il extrait de courts passages filmés de Silvio Berlusconi pour laisser entendre que cet homme dit horreur sur horreur. Il commente alors librement ces paroles par des dialogues propres à inspirer légitimement ce que chacun est capable de comprendre par ces images. Que Berlusconi soit une ordure, ce n’est pas Super Nanni qui va nous l’apprendre et nous sommes lucides sur les dégâts qu’il a infligés à son pays. Mais que Super Nanni se serve de techniques de propagande pour ratisser large, qu’il choisisse de ne conserver qu’une part de vérité (celle qui l’arrange) pour faire dire aux images ce qu’il a envie qu’elles disent, cela équivaut à corroborer la théorie des extrêmes qui se rejoignent car cela s’assimile purement et simplement à du mensonge caractérisé. Rappelons que par la même technique Super Nanni a obtenu une palme d’or à Cannes en 2001. Il a décidément bien mérité son superlatif !

            La difficulté des films qui ne restent que quelques semaines à l’affiche. Il faudrait, un jour, plancher sur l’idée de garder plus longtemps certains films dans de grands circuits pour leur permettre, non pas de trouver leur public, mais tout simplement d’être vus.

Sorti le 6 décembre 2006, RED ROAD n’est déjà quasiment plus visible sur Paris (3 copies).

Je suis à l’UGC Ciné Cité Les Halles, sûrement le complexe le moins attractif de tout Paris (pour une fois que je ne crache pas sur le Pathé Wépler !). Ca sent le pop-corn, ça pue la machine à fric et l’ouvreuse au sourire décongelé, et ça renarde sec dans la salle. C’est vraiment à se demander ce qu’il s’est passé avant la séance. Qu’a foutu Monsieur Propre ? Cela me ramène brutalement aux questions existentielles que je me posais précédemment. Malgré tout cela, la salle se remplit correctement.

Le film d’Andrea Arnold nous fait penser à HARD CANDY et à THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL. La photographie évoque la même grisaille que ces deux films. Pour le film de Thomas Clay cela fait directement référence au temps saumâtre, alors que dans HARD CANDY, il y avait plus de filtres pour diriger les impressions dominantes. Il n’empêche que les trois films véhiculent cette atmosphère dépressive, ce malaise caché qui révèlera que la Bête se terre toujours là où personne aurait eu l’idée de la chercher.

ANDREA ARNOLDLa volonté d’Andrea Arnold est donc tout avouée : nous déstabiliser par les véritables enjeux qui nous sont inconnus et qui doivent nous pousser dans une direction pour mieux nous surprendre par ce qui surgira tôt ou tard. La réalisatrice cherche donc tout d’abord à nous rallier à la cause de Kate Dickie. Nous comprenons très vite qu’elle a vécu un drame au cours de sa vie et que Tony Curran est impliqué voire responsable. Andrea Arnold ne nous apprend quasiment rien, ce qui a pour effet de diaboliser le personnage masculin, puisqu’elle n’épouse qu’un seul point de vue. Il n’est d’ailleurs pas utile d’en savoir davantage. Les personnages ont une démarche on ne peut plus logique face à leur vécu, les zones d’ombre n’entravant en rien la facilité d’accompagnement du spectateur au sein du film. Le plus intéressant arrive au moment où le flou que constitue ce qui n’a pas été dévoilé, nous amène vers une ambivalence entre les deux personnages principaux. S’agit-il d’une de ces magnifiques histoires de vengeance qui s’achèvent dans l’ultra-violence sophistiquée et les bains de sang (nouvelle référence à THE GREAT ECSTASY OF ROBERT CARMICHAEL), ou d’une relation amoureuse irraisonnée, immorale et qui va s’épancher dans un climat malsain et dérangeant (un peu comme IL PORTIERE DI NOTTE) ? Je ne suis pas sûr que la réalisatrice ait choisi la bonne solution. Parce qu’à moment donné il faut bien lâcher les éléments qui vont venir éclaircir le pourquoi du parce que. Tout devient plus précis. Et trop explicatif ; voilà bien le problème. Après qu’elle nous ait affranchi sur les véritables motivations de Kate Dickie, Andrea Arnold s’embarque dans un épanchement psychanalytique censé résoudre les nœuds de l’histoire. Le film se veut salvateur et donc moral, là où jusqu’ici il préférait mettre en valeur des pulsions primaires (vengeance, voyeurisme, peur et sommes des peurs…). C’est dommage car Andrea Arnold avait réussi à ourdir une sorte de mécanique dérangeante car presque désenchantée. La fin est complètement ratée (en plein dans HARD CANDY !) à partir du moment où l’on sent le revirement comme une retraite non assumée (par la réalisatrice) de la part nébuleuse de Kate Dickie. Pas que le baroque ne puisse toucher que la mise en scène, je pense que c’est autant possible pour le scénario, et je pense par là même que chaque être humain est capable de se comporter compulsivement de manière complètement déraisonnée voire suicidaire, plus que d’une manière logique, ce qui implique que rien n’est gratuit (à contrario de ce que certains peuvent dire de la violence au cinéma). Cependant, cet épisode raisonne comme si l’actrice principale changeait d’identité, de manière d’être active dans le contact avec Tony Curran, tiraillée qu’elle est entre ses désirs premiers et la triste réalité qui la rappelle à une vision plus raisonnée des choses. Comme ces mauvais films absolument fabuleux pendant une heure et demie et qui se terminent par le héros qui se réveille : tout ceci n’était qu’un rêve !

Le malhonnête THE DEVIL’S ADVOCATE et bien d’autres.

Ca, c’est une manière de voir les choses. Si l’on s’en tient au décalage qui s’opère entre le ressenti et l’intellect, Andrea Arnold nous convie bien plus à une refonte des procédés émotionnels, puis intellectuels. Kate Dickie a besoin de se réaliser par l’accomplissement de ce qu’elle croît être vrai. Cela crée un choc chez elle. Exorcisme. Elle rentre en lien avec sa manière d’analyser objectivement une situation. Elle pointe sa caméra sur elle-même. Introspection. Elle prend du recul. Elle redevient la personne raisonnée et raisonnable qu’elle a appris à être. Une nouvelle façon de voir les choses, de les appréhender et, au prochain stade, de les gérer. Car le but final du film deviendra l’apaisement (et non pas l’appartement, mais je n’ai pas besoin de vous expliquer pourquoi).

Il n’en reste pas moins que RED ROAD nous offre de belles variations visuelles sur le thème de ce qui est vu et de ce qui est, ou comment chaque interprétation naît de réflexes collectifs, de fantasmes ou de règles de conduite forcément subjectives. En témoigne ces nombreuses images vidéo qui mélangent tous ces aspects jusqu’à ce que l’image ne représente plus l’image mais l’idée que l’on veut y voir. C’est la scène où Kate Dickie reconnaît Tony Curran. Extrême gros plan sur les pixels de l’écran. L’image ne représente plus rien pour le spectateur. Elle représente tout pour l’héroïne.

Là résidait la clé d’un film aux faux-semblants de mise en scène très astucieux.

Je sors de la salle qui renarde toujours autant. Pas de quoi s’exciter pourtant, dans ce film. La scène de relation sexuelle du film est loin d’entrer au top ten des baises du siècle. Cela me fait penser à l’extrême pauvreté des scénaristes en matière de pénétration. SHORTBUS a un peu changé tout cela dernièrement. En vain ? L’avenir nous le dira.

Cette odeur est troublante. Pesante.

A vrai dire, ce qui m’embarrasse le plus dans tout cela c’est que je viens subitement de comprendre pourquoi Monsieur Propre et non pas Madame Propre. Parce que chauve et avec une grosse boucle d’oreille, cela aurait dû m’y mettre la puce. Ca sent bien plus le fennec que le détergent. Cet homme ne peut manifestement pas être marié !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Lundi 11 décembre 2006

THE SADDEST MUSIC IN THE WORLD            Quelqu’un a dit (comme je ne sais plus qui c’est, je vais dire que c’est moi) : « Il faut transformer ses besoins en plaisirs, sinon ce sont les deux tiers de la vie qui se passent en nécessité. » Je déteste toutes ces personnes qui commencent leurs phrases par : « Il faut… » Je n’y peux rien, j’ai toujours eu une certaine aversion envers ces taxinomistes qui croient détenir des vérités universelles en s’abritant derrière des formules de démiurge. Je n’écoute jamais ceux qui prétendent que tout système s’axe autour de composantes majeures. Différents points développés qui ne servent qu’à justifier leur propre ligne de conduite. Aucune méthode n’est infaillible. Il n’est objectivement pas possible de prétendre arriver du point A au point B si l’on respecte certaines règles (en plus, il est scientifiquement démontré que la ligne droite n’est pas forcément le chemin le plus court pour aller du point A au point B. Et nous ne pouvons pas ignorer le point G !). Ce n’est qu’un seul dispositif qui se borne à ignorer ceux concomitants. « Un film se fait de cette façon. » « Une critique s’écrit de telle manière. » « Voici une recette pour draguer les femmes. » « Une autre pour paraître intelligent en toute circonstance. » « Apprendre à mettre un pied devant l’autre en 10 leçons. » Point de vérité universelle. Juste personnelle. C’est pour cela qu’elle peut se propager comme un virus, comme le disait Happy Harry La Trique dans PUMP UP THE VOLUME.

Il n’empêche qu’il est certaines phrases qui résonnent dans votre tête comme des fouets qui claquent et marquent vos corps de lourdes cicatrices.

Et puis il est beaucoup plus excitant de faire les choses sans permission !

Cette semaine quelqu’un m’a dit de belles choses. Des mots susurrés à l’oreille. Une beauté qui peut aussi se comprendre sans les mots. Des mains qui s’engagent. Et toujours la nouveauté même si nous ne faisons que vivre inlassablement les mêmes histoires. Le sentiment que tout cela ne ressemble à rien de connu. Du cinéma, quoi !

            De vrais morceaux de cinéma nous en trouvons dans THE SADDEST MUSIC IN THE WORLD du talentueux et trop mésestimé Guy Maddin. Ce film date de 2003 mais n’est sorti en France que le 22 février 2006 ! Qui plus est dans des conditions désastreuses puisque le peu de salles qui lui ont été attribuées l’ont empêché de trouver son public. Heureusement, l’Espace Saint-Michel continue à le programmer. Précipitez-vous y voir l’un des films les plus audacieux de cette année. Loin d’être exempt de gros défauts (flagrantes baisses de rythme), c’est avant tout un plaisir d’excitation visuelle, d’humour décalé et absurde, et de délire scénaristique particulièrement revigorant. Régalicieux ! Nous sortons de là en ne pouvant s’empêcher d’être en colère contre ce système français qui octroie plus de 1000 copies pour de grosses productions alors que d’autres, plus modestes, ne peuvent en aucune façon (si ce n’est par le bouche à bouche. Celle-là je vais la laisser, le lapsus est tellement révélateur) rivaliser. Il faudrait juste une petite voGUY MADDINlonté politique derrière tout cela, car il est encore temps d’y apporter concrètement des solutions. Mais tant qu’ils continueront à s’en tartiner l’œil avec du beurre demi-sel… « The poor stay poor, the rich get rich, that’s how it goes » comme le chantait Herbert Leonard Cohen.

            Magnifique moment aussi passé en compagnie du trop rare film de Michel Boisrond : LA LECON PARTICULIERE. Boisrond n’a pourtant jamais rien fait de bien carré mais nous découvrons avec une délectation non feinte ce film qui date de 1968. Il doit beaucoup au charme de Nathalie Delon, actrice à côté de laquelle je suis constamment passé. Il faut dire qu’ici il est impossible de ne pas être sensible à sa pudeur diffuse, sa délicate présence et son regard enjôleur. Elle envahit d’autant plus nos âmes qu’elle incarne l’un des plus beaux fantasmes que certains d’entre nous ont concrétisé : la femme mariée encore brut de passion. Hmmm… J’arrive pas à trouver où, mais je sens la publicité clandestine quelque part. Identification facilitée, forcément.

Et puis un autre grand charme du film est aussi cette époque où personne n’attachait sa motobylette en plein Paris, où le Louvre était filmé sans sa pyramide, où Robert Hossein portait une barbe qui le faisait étrangement ressembler à Patrick Fiori, où l’on buvait du Coca-Cola à table dans une grande bouteille en verre, où l’on roulait en voiture sans ceinture, où l’on rentrait dans les immeubles sans avoir à se souvenir du digicode et où les films se faisaient encore avec ces poils que l’on ne vérifiait pas et qui se baladaient d’un coin à l’autre de l’écran. Nostalgie, fantasme et vivre un grand amour. Des thèmes assez palpitants pour être sources d’extases. La mise en scène est sans fioritures, et sans Patrick Fiori puisqu’il n’était pas encore né. Quelques scènes ressortent étonnamment du lot comme celle où Renaud Verley sur sa motobylette défie à un feu rouge Robert Hossein dans sa Lamborghini. Néanmoins le film véhicule un potentiel émotionnel énorme avec force idéalisation de la relation amoureuse. Un grand film romantique avec une fin complètement ratée parce que trop convenue. Nous sentons bien ici où s’arrête la capacité de Michel Boisrond à raconter une histoire. Comme il a beaucoup de mal à rentrer dans chaque profondeur de scène, LA LECON PARTICULIERE se clôt comme s’il n’avait plus trop d’autre solution. Ce qui est faux. Le film aurait d’ailleurs pu continuer une heure de plus sur le postulat qui le conclut. C’est un peu l’éternel problème de tous les films de Boisrond. Tout est parfaitement exposé mais surnagé. Pourquoi ne pas pousser plus loin les retrouvailles entre Robert Hossein et Nathalie Delon ? Pourquoi ne pas exposer avec plus de relief les tiraillements intérieurs de Renaud Verley ? Pourquoi ne pas exprimer les difficultés d’un amour qui fait du bien là où il fait du mal ? Vivre des relations destructives mais qui nous font du bien par toutes les émotions qu’elles font surgir. (Ca me rappelle des trucs, ça. Un jour il faudra que je vous raconte certaines de mes aventures. Finalement, quand j’y repense, j’en ai eu de l’intensité ! Et tout ce qu’il reste à vivre !!!) Nous sentons bien que Michel Boisrond touche là des sujets qu’il aime mais qui le dépassent, soit parce qu’il n’a pas le bagage émotionnel soit parce qu’il n’a pas le talent cinématographique qui donnerait une toute autre dimension à ses films.

            Dans les films récents, GWOEMUL de Bong Joon-Ho est satisfaisant sur de nombreux points.

GWOEMULEn premier lieu parce qu’il nous réconcilie un peu avec les images de synthèse. A l’heure actuelle, il est tout à fait déplorable de constater que leur utilisation est toujours sujette au ridicule et à une glorification de la médiocrité. Peu de films peuvent s’enorgueillir d’avoir des rendus de qualité qui ne font pas effet de superposition. Nous sommes encore trop dans les prémices de ce que pourront nous apporter ces effets spéciaux une fois qu’ils seront maîtrisés. Images trop lisses, objets sans poids, inadéquation du geste et de la parole pour tout organisme vivant, réactions trop prévisibles, manque de défauts etc. Si l’on regarde les premiers films qui les ont intégrées, nous sentons bien que les concepteurs surfent sur la vague du concept et qu’ils n’ont aucun rendu optimum. Ca fera la rue Michel ! Non, ça ne fera pas la rue Michel ! Comment peut-on manquer à ce point de rigueur ? Dans quelques années tous ces procédés paraîtront bien naïfs et désuets !

GWOEMUL est une exception car le monstre est formidable de conception graphique. Outre son apparence faciale qui cherche trop le complexe et l’effrayant, sa plastique est quasiment irréprochable (à part les mandibules, irréalistes lorsqu’elles sont sujettes au souffle). La grande nouveauté c’est que la bête a un poids (très bien rendu lorsqu’elle court ou qu’elle se déplace avec sa queue). Et une des plus belles réussites, mais qui tient cette fois aux scénaristes, est d’avoir réussi à la rendre animale. Dans tout ce que cela comporte d’instinctif. D’habitude, on écrit une histoire avec un gros monstre bien flippant, qui surgit d’on ne sait où et qui commence à bouffer tous les humains. Le message derrière tout cela est invariablement d’insulter hommes et femmes en leur faisant croire qu’ils ont un Q.I. de salade, puisque chaque alien se veut plus finement réfléchi. Dans GWOEMUL l’originalité provient de cette immense bestiole qui ressemble plus à un énorme animal de compagnie qu’à un monstre assoiffé de sang. D’ailleurs, elle ne cherche absolument pas à s’en prendre aux personnes pour les dévorer. Très bonne idée d’avoir joué avec la jeunesse de l’animal, qui se comporte dès lors comme une bête pataude et qui cherche beaucoup à jouer avec ces êtres humains qui courent autour d’elle et qui semblent très amusants. C’est très net lorsque nous la voyons les pousser comme un chien pousserait son maître afin de lui faire savoir qu’il veut jouer. Elle ne tue qu’accidentellement, pourrions-nous dire. C’est là que le scénario devient intéressant puisqu’il cherche vraiment à montrer comment les Hommes réagissent face à une agression inconnue. Ils considèrent uniformément (sauf le personnage principal, d’où le cliché dont nous allons parler) l’agresseur comme un prédateur. Ambiguïté d’autant plus renforcée que les mâchoires de la bête rappellent volontairement celles du « crustacé » de PREDATOR.

Le film reste néanmoins une déception car la mise en scène n’est fulgurante qu’à de rares moments. Toujours lorsque le monstre est en action, et prioritairement sur ses premières scènes (qui mêlent une belle volonté poétique). Les personnages sont un peu trop clichés avec le businessman sans cœur, la fille qui n’arrive pas à viser assez vite avec son arc mais qui y arrivera finalement pour toucher la bête (parce qu’il faut bien que tout soit résolu à la fin d’un film), le père qui est la voix de la raison et l’attardé qui symbolise la bonne conscience du film. Que cela est sans idée ! Rien à sauver non plus du côté des dialogues trop explicatifs, ou du montage qui se contente du minimum syndical.

De très belles choses mais un peu vaines.

MICHAEL WINTERBOTTOM            Semaine touchante. Film touchant. DOWN IN THE VALLEY de David Jacobson manque de souffle épique. Peu de mise en scène. Juste ce qu’il faut pour faire passer une histoire émouvante par ses personnages paumés et ses enjeux. Romantique et très beau par moments (notamment la première rencontre et la première fois qu’Edward Norton et Evan Rachel Wood font l’amour), DOWN IN THE VALLEY ne parvient jamais