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10 juillet 2026 5 10 /07 /juillet /2026 19:06

--------------  UTOPIA  --------------
----------------  SALLE 2  ----------------

Mercredi 8 juillet 2026, 21h
ENTRONCAMENTO de Pedro Cabeleira

 

                Me voici de retour dans cette ville où j’ai commis mes pires méfaits cinématographiques voilà maintenant plus de trente ans ! A cette époque l’Utopia n’existait même pas. Il y avait trois gros plexes, un U.G.C., un C.G.R. et un Gaumont. Et aussi un cinéma d’art et essai dans le vieux Bordeaux, dont je ne me souviens même plus le nom. Il me semble que j’y avais vu PANDORA AND THE FLYING DUTCHMAN là-bas. Je crois bien que c’était le Trianon – Jean Vigo. Voilà pour l’anecdote qui ne sert à rien.
 

Aujourd’hui, en matière de cinéphilie c’est l’Utopia qui fait référence. Attention, l’entrée du plexe est mal indiquée et nous passons devant sans nous en rendre compte. Retour en arrière et effectivement, il faut être attentif car il n’y a aucun panneau gigantesque ou néon clignotant pour vous sortir de la torpeur de vos rêveries bordelaises ! Ce n’est pas ici non plus que vous trouverez au-dessus de l’entrée toute une panoplie d’écrans LED chargés d’happer votre concentration. Ici, tout est old school et de là à dire que ça sent le vieux il n’y a qu’un demi-pas.
 

Voilà un plexe qui ressemble à tout sauf à un plexe ! D’abord, nous entrons dans un bâtiment en pierre de taille, c’est pour cela que nous avions raté l’entrée ! En fait, le plexe se trouve coincé entre plusieurs terrasses, et à cette heure elles sont bondées, ce qui ne rend pas forcément l’entrée intuitive quand on ne connaît pas le lieu. Nous entrons et nous découvrons les vestiges d’un ancien cloître ou d’une ancienne église, nous ne savons pas trop, mais c’est clairement cultuel. Très grand hall, ça c’est un excellent point. Il y a de la place pour un bar tout à fait conséquent, même sil les personnes l’ont un peu déserté car elles préfèrent être dehors pour souffrir de la chaleur. Dans ce hall, nous pouvons prendre du temps pour lire les différentes documentations affichées à propos des films à l’affiche. Mais aussi avoir accès à tout un tas de prospectus. Un petit espace aménagé par-ci pour se poser et discuter un peu. De nombreuses affiches papier (s’il vous plaît !) par-là pour choisir au hasard parmi ce qui se joue. Le lieu est très sympathique et invite au partage. Il ne mise pas sur la modernité ni sur le côté luxe sur lequel parient les gros plexes actuels, mais il s’attarde bien davantage sur ce qui est le cœur de ce que vend le lieu : du cinéma. Ça sent la passion, ça sent la hauteur humaine, ça sent le plexe qui cherche à imprégner une ambiance et non à imposer sa marque. Quand vous entrez dans un lieu comme celui-là, vous savez que parlez le même langage.
 

Très beau comptoir où aller prendre ses tickets. Il ressemble assez à un comptoir de réception dans un hôtel de grand standing. La jeune femme qui s’y tient est affairée à faire des comptes, mais elle s’occupe de nous dès notre arrivée. Très sympathique, suffisamment souriante, je me risque à lui faire une demande inhabituelle :

 

- Quel est le film le plus long que vous avez ?

- C’est un film portugais de deux heures dix.

- Je vais prendre ça.
 

Cela lui paraît tout à fait normal. En tout cas, elle fait comme si de rien n’était. Elle ne nous dit rien sur le film. Elle ne se rappelle même plus le titre. C’est parfait. C’est exactement ce que nous avions besoin de savoir. Elle nous indique la salle 2 qui se trouve derrière le comptoir. En fait, derrière le comptoir il y a une porte qui donne sur une cour intérieure. Et pile poil devant, nous montons quatre marches. C’est là que se trouve la salle 2 ainsi que les autres salles du plexe. Il faut quand même dire un petit mot sur cette cour intérieure tout en longueur qui est extrêmement agréable lorsqu’il fait beau. Elle est joliment fleurie même si la canicule a déjà fait souffrir certaines plantes, mais l’endroit permet de se poser (inconfortablement) en attendant la séance. Néanmoins, celle dernière a lieu dans 20 minutes et nous pouvons déjà entrer dans la salle si nous le souhaitons. Là encore, cela change ce ces perpétuels plexes qui enchaînent les séances et vous font patienter jusqu’à la dernière minute !
 

La salle 2 est à découvrir absolument. Elle non plus ne ressemble à rien de connu. C’est bien simple, à peine y avons-nous pénétré que nous voilà retournés au temps de Philippe le Bel. Désormais, c’est sûr et certain, la légende qui dit que l’Utopia est né en 1999 est une fake news éhontée. Ce plexe ressemble exactement à ce à quoi devaient ressembler les plexes du Moyen Age. Et probablement que cette salle a été laissée en l’état depuis cette époque. Parce que la première chose qui nous saisit en entrant, c’est la poussière qui hante le lieu. Si vous êtes sensible à cela, attention cela vous prend à la gorge et ne vous lâche plus. D’ailleurs, nous nous disons que la moquette bordeaux qui recouvre les murs n’est pas forcément l’idée la plus lumineuse du concept-décorateur qui officia ici au onzième siècle. Oui, plus je regarde les détails, plus le style onzième siècle semble s’imposer. Quelques boiseries se signalent de part et d’autre de l’écran, en contrebas. Des demi-colonnes enserrent l’écran avec comme ornement un oiseau mythique à longues plumes du Moyen Age, le tout peint à la main. C’est tout à fait croquignolet. Mais l’écran est aussi encadré par une sorte de frise qui pourrait s’apparenter aux bezels de l’époque. Ils sont aussi peints à la main dans une ambiance kitsch qui n’est pas sans évoquer les tapisseries de l’époque. C’est champêtre et bucolique, surannée et gentiment confit. Sous l’écran se situe un promontoire dont la façade est elle aussi décorée à l’unisson. La fresque est plus large, les oiseaux plus nombreux, les motifs toujours aussi art brutesques. Sur les murs de côté, les luminaires sont d’un style plus contemporain mais dans la même thématique onzième siècle, c’est-à-dire avec force enjolivures qui témoignent d’une certaine religiosité.
 

Les 74 strapontins bleu-gris bénéficient d’une assise tout à fait confortable et d’un dossier en bois qui leur donne beaucoup de cachet. Mais ne le nions pas, dans la pénombre de la salle, leur couleur les rend plus obsolètes et poussiéreux qu’ils ne le sont vraiment. A noter aussi que le dossier est assez haut et permet de bien faire reposer notre tête. Un détail qui a son importance : le siège est assez bas une fois déplié.
 

L’écran n’est pas très grand mais de dimension correcte pour cette salle. Pourtant son rapport est assez étrange car les films en Scope doivent forcément avoir deux bandes noires en haut et en bas au lieu de remplir complètement l’écran. La qualité technique est tout à fait au rendez-vous, que ce soit au niveau sonore ou visuel. Le point positif de cet écran est qu’il est en hauteur, ce qui permet d’avoir la tête penchée en arrière pendant la projection. Quel bonheur ! Les nouveaux plexes ne pensent plus à ce genre de détail qui fait la différence. Quand on pense qu’il y a encore certains béotiens qui se plaignent d’être penchés en arrière !
 

Quant aux blocs lumineux, il y en a un tout en haut, au plafond, assez gros, qui n’a pourtant aucune diode d’allumée. C’est très bizarre car il défigure l’ensemble. Le bloc de sortie est situé à la droite de l’écran et sa luminosité reste beaucoup trop forte pendant la projection.
 

A part ça, le public cinéphile bordelais s’est très bien tenu, même si nous n’étions que 7 dans la salle ! Notons tout de même que ces salles sont coupées de l’accueil par la petite cour intérieure dont nous avons parlé précédemment. En sortant de la salle 2, il nous paraît évident qu’il est extrêmement simple de pouvoir prendre un ticket en début de journée et d’accéder gratuitement aux séances suivantes. Et ça aussi c’est l’esprit cinéphile qu’on aime ! A bon entendeur…

 


 

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